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Ce que la «romance halal» fait à Maupassant

La pièce vide


Ce que la «romance halal» fait à Maupassant
Capture compte Instagram de aels_lectures anissa. RS.

Islamisation. Sur les réseaux sociaux, des créatrices de contenu arborant le voile islamique mettent en garde leurs abonnées : attention à ne pas se faire « contaminer » par la littérature française ! Au nom d’une pudeur revendiquée, de « halal » et d’illicite, ces pieuses lectrices transforment le choix personnel d’une œuvre en une véritable police des lectures, qui tire profit de la faiblesse pédagogique de notre école pour soustraire la fiction au libre examen de chacun.


Il faut imaginer la scène dans la lumière plate d’un CDI de collège, un mercredi après-midi, à l’heure où le bâtiment s’est à moitié vidé et où le silence n’est plus tout à fait le silence ordinaire d’un établissement scolaire. Une adolescente y tient deux objets. Dans une main, un livre mince, presque rien : quelques dizaines de pages jaunies dont le titre parle d’une femme et d’une guerre perdue. Dans l’autre, son téléphone diffuse la vidéo d’une jeune femme voilée, à peine plus âgée qu’elle. D’une voix calme, avec les mots du bien-être et de la fidélité à soi-même, elle explique que ce livre banaliserait la faute, romantiserait la violence – bref, qu’il ferait entrer dans l’esprit d’une musulmane des choses dont elle devrait se préserver.

Islamisation de la France : la réalité dépasse la fiction

La vidéo dure trente secondes. Le geste, lui, prend à peine le temps d’un mouvement : Maupassant retourne sur l’étagère, et l’écran reprend toute la place. Il se peut qu’aucun adulte, dans ce bâtiment que la République entretient précisément pour transmettre ce livre, ne sache jamais qu’elle vient de le refuser – et qu’elle l’a refusé au nom d’une autorité sans chaire, sans diplôme et sans statut officiel. Le critère du refus n’est plus littéraire, historique ou scolaire : il est devenu confessionnel.

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Cette scène est imaginée, mais elle ne relève pas de la pure fiction. Depuis quelques mois, sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et, plus encore, TikTok, des créatrices de contenu musulmanes – souvent voilées, rarement identifiées – expliquent, vidéos à l’appui, qu’elles ne souhaitent plus lire certains classiques français jugés incompatibles avec leurs valeurs. Boule de suif revient régulièrement, « coupable » de mettre en scène une prostituée.

À ces classiques, elles opposent ce qui est désormais présenté comme la « romance halal » : des récits chastes, le plus souvent destinés à un public young adult, sans représentation de relations sexuelles ni d’amour consommé hors mariage, peuplés de personnages musulmans et placés sous le signe d’une pudeur revendiquée comme islamique. Certains vont jusqu’à faire du mariage arrangé l’horizon même de la narration.

Le phénomène demeure quantitativement limité. Il compte quelques vidéos, une controverse naissante et, désormais, une vitrine éditoriale : Nous malgré tout, de L.K. Imany, paru chez Scrineo en avril 2026. Pourtant, ce faible volume ne doit pas conduire à l’indifférence. Ce qui est relativement nouveau n’est pas l’existence d’un jugement religieux sur la littérature, mais sa circulation ordinaire, décentralisée et visible sur les réseaux sociaux, sous la forme de conseils de lecture adressés à de jeunes musulmanes.

Tout, dans ce geste somme toute minuscule, mérite d’être observé. Il condense une mutation que le vacarme de la polémique brouille. On pourrait y voir une lubie d’adolescente, ou le signe d’un endoctrinement ; ce serait se tromper deux fois. Ce n’est pas une lubie : le refus se veut fondé, mobilise un langage, s’inscrit dans un cadre éthique cohérent et prétend distinguer le licite de l’illicite jusque dans l’ordre des lectures. Ce n’est pas non plus, ou pas d’abord, un endoctrinement au sens classique : celui d’un maître qui façonne son disciple.

Personne, ici, n’a fait la leçon à cette jeune fille du CDI. Une inconnue a parlé face caméra ; une norme a circulé de pair à pair. Aucune institution – ni mosquée, ni conseil d’oulémas, ni école juridique – n’a eu besoin de la formuler pour qu’elle soit reçue et appliquée…

Une autorité sans chaire

C’est là qu’il faut nommer la première des deux vacances dont la « romance halal » est le nom. Dans l’islam sunnite, l’autorité chargée de dire le permis et le proscrit reposait traditionnellement sur des hommes, des lieux et des procédures : le mufti qui délivre la fatwa, le cadi qui juge, le savant que légitime une chaîne de transmission et une licence patiemment obtenue. Or celle qui vient d’ordonner ce refus sur TikTok ou Instagram n’est ni muftie, ni cheikha, ni savante reconnue par une école juridique : c’est une créatrice de contenu, et son autorité ne descend plus d’en haut, du docte vers le fidèle, elle circule à l’horizontale, de sœur à sœur, mesurée en vues, en partages, en likes et en commentaires.

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Le lieu de l’autorité change doucement, sans que son contenu bouge nécessairement. Ces jeunes femmes n’ont rien inventé ni rien volé aux hommes : elles reprennent, sous une forme simplifiée et directement prescriptive, des normes présentes dans certains courants rigoristes de l’islam contemporain – pas de khalwa (le tête-à-tête entre un homme et une femme non mariés ou non-mahram), pas de zina (relations sexuelles illicites), séparation des genres, méfiance à l’égard de la fitna que pourrait susciter le récit amoureux – dans la langue de leur époque, celle de l’influence. Tandis que les prescripteurs masculins (Redazere, Comprends Ton Dîne, Nader Abou Anas, Jannah TV, etc.) interviennent souvent en amont, principalement sur YouTube, les influenceuses, elles, occupent l’aval de la chaîne de prescription : le moment où la norme cesse d’être une thèse pour devenir un geste, dans une chambre, un mercredi, devant une étagère.

On aurait tort de n’y voir que des relais dociles de l’entreprise islamiste ou de la doxa frériste. Se plier au voile, à la pudeur, à la discipline de soi n’est pas seulement subir un ordre masculin, c’est une manière d’agir, un travail patient par lequel un sujet se façonne. Refuser Maupassant, préférer une histoire sans contact charnel, relève de cet ascétisme contemporain qui vise à discipliner le regard et le désir. C’est une discipline de soi qui mobilise à la fois l’esprit, le cœur, le corps – et, dans ce cas précis, l’imaginaire littéraire.

Une femme voilée en famille en promenade sur les planches de Deauville, 10 mai 2025 © SICCOLI PATRICK/SIPA

Cette ascèse a, d’ailleurs, pour ces influenceuses un versant de désir, non de privation: se lire enfin. L.K. Imany, l’autrice à succès du genre réclame une héroïne « musulmane imparfaite, qui peut avoir un crush », et rappelle que « les musulmans sont des êtres humains comme les autres ». Elle dénonce ainsi un déficit de représentation, parfois réel et juste, qu’on aurait tort de balayer.

Reconnaître ce manque n’est pas absoudre toutes les prescriptions qui peuvent s’y greffer. Car une chose est la piété d’une femme qui, dans une mosquée, s’astreint pour elle-même ; autre chose est la créatrice qui enseigne à des milliers d’adolescentes que le patrimoine scolaire d’un pays est illicite. L’exercice intime devient, une fois agrégé par le marché et l’algorithme, une parole prescriptive susceptible de devenir une norme partagée.

Dès que le critère religieux devient collectif, le geste change de nature. « Je n’achète pas ce livre » relève encore d’un choix personnel. « Ce livre n’est pas compatible avec l’éthique musulmane ; une musulmane ne devrait donc pas le lire » prend déjà la forme d’une prescription. Dès que ce « devrait » s’adresse à une communauté, le goût personnel s’efface pour céder le passage à la police des lectures.

C’est précisément ce saut d’échelle, de la conscience singulière au mot d’ordre partagé, que l’ethnographie ne doit pas servir à masquer. Le fait saillant n’est pas qu’une lectrice pieuse refuse Boule de suif à son chevet. C’est que le couple halal/haram cesse d’être un critère rituel (viande, finance, vêtement) pour devenir un filtre culturel global. Le risque est alors de nourrir l’illusion qu’il serait possible de vivre à l’écart de toute œuvre, de toute image ou de tout récit jugé impur, pour ne pas dire « contaminant ». La littérature engage autre chose qu’une pratique alimentaire ou vestimentaire. Elle touche au patrimoine scolaire, à la langue commune, à l’imaginaire amoureux et à la formation du jugement.

Cela ne signifie pas que « l’islam » tout entier impose ce filtre. Cela signifie que certaines normes rigoristes, relayées par des créatrices de contenu, peuvent circuler plus vite que les exhortations des institutions musulmanes officielles, et qu’elles parlent le langage de l’époque : authenticité, bien-être, représentation, « mes valeurs, ma liberté »…

Que ce basculement passe par des visages féminins n’a rien d’un hasard : un homme en qamis prescrivant à « ses sœurs de rester à leur place » serait aussitôt identifié comme un salafiste tenant un discours antirépublicain ; une jeune femme voilée disant « ce n’est pas ce que j’ai envie de lire » parle le langage aujourd’hui valorisé de l’authenticité et du consentement. Elle reprend certains mots du féminisme (autonomie, consentement, fidélité à soi) pour défendre une éthique religieuse qui, sur plusieurs points, entre pourtant en tension avec les présupposés émancipateurs de ce même « vocabulaire féministe ».

Le livre que l’école ne défend plus

Cette première vacance n’expliquerait rien à elle seule, car une norme rencontre d’autant plus facilement un public qu’elle s’insère dans un espace laissé vacant. Il faut alors se tourner non plus vers celles qui refusent le livre, mais vers ceux qui étaient censés le transmettre et l’expliquer – non pas comme un totem, mais comme une œuvre fondatrice du commun qui fait la France.

Si le geste de l’adolescente ne rencontre aucune résistance, c’est que le livre qu’elle repose est un livre que l’école elle-même ne défend plus vraiment. Il y a là une ironie que la polémique n’a pas les moyens de voir. Boule de suif ne célèbre ni la débauche ni la transgression sexuelle : c’est l’un des récits les plus durs jamais écrits contre l’hypocrisie des honnêtes gens, l’histoire d’une prostituée, seule âme généreuse d’une diligence, que des bourgeois vertueux poussent au lit de l’officier prussien avant de la mépriser d’avoir cédé. Y lire un éloge de la faute, c’est le manquer entièrement.

Mais ce contresens n’est pas l’apanage des influenceuses : il prospère sur un terrain que la République a elle-même largement laissé se dégrader, en réduisant ses classiques à des extraits utiles, à des objets d’examen désamorcés et à un patrimoine qu’on révère de loin et qu’on ne lit plus de près. Il arrive que la lectrice qui le refuse et l’adulte chargé de le transmettre n’en connaissent que des extraits, des résumés ou une réputation.

Le vide pédagogique ouvre souvent un espace au substitut religieux. Une société qui ne sait plus expliquer ses propres textes laisse le champ libre à qui propose, lui, du sens, une discipline, de nouveaux mots et une communauté de lecteurs. La norme religieuse n’arrive pas dans une institution sûre d’elle-même : elle ne conquiert pas une place forte ; elle entre dans une pièce que l’école a laissée vide.

Le roman contre le dogme

Ces deux vacances, celle de l’autorité et celle de l’école, se rejoignent en un point plus profond, que le tumulte de la polémique recouvre. Ce qui s’affronte, sous le hijab et sous Maupassant, ce sont deux conceptions de ce que la lecture a le droit de faire à une conscience. Pour la première conception, un récit n’est jamais tout à fait extérieur à celui qui le lit : représenter le mal reviendrait déjà à lui faire une place en soi. La seconde conception – celle que Milan Kundera a formulée avec force – considère au contraire que le roman retarde le jugement pour rendre possible une compréhension plus profonde.

Le conflit déborde donc largement l’islam. On le retrouve dans d’autres univers moraux et militants, chaque fois que la représentation est confondue avec l’approbation. La clean romance évangélique américaine répond, avec son langage propre, à une logique comparable : elle promet des récits purifiés de la sexualité explicite, de la transgression et des formes d’intimité jugées incompatibles avec une éthique chrétienne. De l’autre côté du spectre politique, certains procès contemporains du canon littéraire procèdent parfois du même réflexe : un texte serait disqualifié non pour ce qu’il pense ou révèle, mais pour les mots, les rapports de domination ou les violences qu’il met en scène.

La singularité de la « romance halal », c’est sans doute sa capacité à parler deux langues à la fois. Elle emprunte à l’époque son vocabulaire de la représentation, de la visibilité et du droit à se reconnaître dans les récits. Cette revendication est légitime sur le fond. Mais à cette demande de représentation peut s’ajouter autre chose : une théologie du filtrage. Il ne s’agit plus seulement de demander que d’autres récits existent ; il s’agit de considérer que certains récits ne devraient plus être lus, parce qu’ils feraient entrer dans l’esprit du lecteur des formes de vie moralement dangereuses. À partir de là, la pluralité littéraire cesse d’être un élargissement du monde ; elle devient la coexistence surveillée de textes compatibles et de textes suspects.

Ce que le rigorisme retranche

Ce rigorisme des lectures, avant d’être un conflit avec la France, est aussi une amputation que l’islam s’inflige à lui-même. Les mondes musulmans ont produit de la fiction, de l’ironie, de l’érotisme savant, de la poésie amoureuse parfois explicite, des récits mystiques, des chroniques de cour, des œuvres où le désir, le rire, la ruse et la transgression ne sont pas absents, mais pensés : les Mille et Une Nuits, l’adab classique, le grand roman arabe moderne.

Le rigorisme contemporain ne protège pas cette culture : il en retranche une part. En Égypte, une édition des Mille et Une Nuits a encore fait l’objet, en 2010, d’une plainte portée par des avocats islamistes qui demandaient son retrait au nom de la lutte contre « le vice et le péché ». La demande fut finalement rejetée.

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Le cas de l’écrivain Naguib Mahfouz est plus grave encore. Son roman Awlad Haratina, traduit en français sous le titre Les Enfants de Gebelaoui, fut publié en feuilleton en 1959. Son traitement romanesque et allégorique des grands récits monothéistes déclencha l’hostilité d’autorités religieuses ; le livre ne put paraître en Égypte sous forme d’édition complète pendant des décennies. Puis, en 1989, dans le sillage de la fatwa lancée contre Rushdie, on a entendu le « cheikh de la Gamaa al-Islamiya (Groupe Islamique) Omar Abourahman déclarer que si Mahfouz avait été châtié pour ce roman, jamais Salman Rushdie n’aurait osé écrire les Versets sataniques :ce n’était pas une fatwa en forme, il s’en défendra plus tard, mais ses partisans y entendirent un ordre. Cinq ans après, en 1994, un jeune homme qui n’avait pas lu une ligne du livre poignardait au cou, devant sa porte, ce Nobel de quatre-vingt-deux ans.

C’est là, très exactement, ce que résume la formule de Charles Dantzig : « les mots des salauds arment les bras des imbéciles » – l’institution qui condamne, le prédicateur qui insinue, l’ignorant qui frappe pour un livre qu’il n’a jamais ouvert. Malek Chebel le disait déjà : le rigorisme contemporain refoule la grande culture arabo-musulmane elle-même. Il est anti-romanesque avant d’être anti-français.

Il serait absurde de confondre la vidéo d’une influenceuse française conseillant de ne pas lire Maupassant avec l’agression de Mahfouz. L’une relève d’une consommation culturelle filtrée, dans une démocratie où chacun demeure libre de lire ou de ne pas lire ; l’autre fut un attentat commis dans un contexte de violence politique et religieuse. Les mettre sur le même plan serait une faute intellectuelle autant qu’une faute morale.

Mais refuser tout rapprochement serait une naïveté symétrique. Le cas Mahfouz montre, sous une forme tragiquement extrême, ce qui peut arriver lorsque l’idée qu’un récit corrompt ou contamine cesse d’être une préférence individuelle et devient une injonction collective, soutenue par une autorité qui se prétend gardienne de la foi. Entre l’algorithme et la milice fanatisée, il n’y a pas continuité mécanique ; il y a toutefois une même tentation de soustraire le récit à la liberté du lecteur. Là où la fiction voit des personnages, le dogme peut exiger des figures préservées de toute ambiguïté. Là où le roman ouvre des questions, la norme entend fermer le sens.

Aucun camp indemne

Revenons alors à l’étagère et à la main qui y repose le livre, car c’est là que tout se noue, et qu’aucun camp ne sort indemne. Celui qui, du refus de quelques adolescentes, pousse le cri du grand remplacement littéraire grossit le phénomène en lui offrant la dignité d’une guerre culturelle – et oublie à la fois que l’école qu’il prétend défendre, il l’a lui aussi laissée dépérir, et que beaucoup de Français musulmans continuent de lire Hugo, Camus, Duras et trouvent cette polémique ridicule. Celui qui n’y veut voir qu’une revendication de représentation oublie l’étendue de ce qu’il concède : car elle va du plus légitime, le « désir de se lire enfin », au plus raide, quand la représentation devient procès et que l’édition entière se voit disqualifiée comme « entre-soi blanc, bourgeois, parisien ».

À ce bout du spectre, l’inclusion réclamée est déjà une orthopraxie : le récit n’a plus à être beau, juste, complexe ou vrai ; il lui suffirait d’être « des nôtres », de respecter les bonnes frontières, de ne jamais mettre en danger le lecteur. La vraie question n’a jamais été de savoir si l’on a le droit de préférer une romance chaste : on l’a, sans réserve. Elle est de savoir ce que nous consentons encore à laisser la lecture faire à une conscience : la troubler, l’inquiéter, la confronter à des existences qu’elle n’aurait pas choisies, lui apprendre à regarder des êtres qui ne lui ressemblent pas, ou exiger que le récit demeure à l’intérieur d’une éthique déjà close ?

Le danger ne tient donc pas seulement au fait qu’une adolescente repose Maupassant. Il tient au silence qui pourrait entourer ce geste : personne ne lui demande ce qu’elle a lu, ce qui l’a heurtée, ni pourquoi elle renonce au livre. À cet instant, l’école ne perd pas seulement une lectrice. Elle oublie les raisons pour lesquelles ce texte avait été placé sur cette étagère.

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Docteur en science politique - Observateur du fait religieux musulman

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