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Une haine « antiflics » qui est nouvelle…

Le billet de Philippe Bilger


Une haine « antiflics » qui est nouvelle…
Manifestation contre la violence policière à Marseille, France. 30/3/2023. SOPA Images/SIPA

Guets-apens, refus d’obtempérer, agressions : les policiers sont de plus en plus souvent sommés de faire respecter une autorité que l’on s’emploie par ailleurs à délégitimer. De l’antiflicisme militant à la prudence des pouvoirs publics, c’est tout l’équilibre régalien qui vacille.


Il y a toujours eu, dans la tradition française, le gendarme et le voleur, l’autorité ridiculisée, la mythologie du bandit au grand cœur déjouant avec panache toutes les recherches policières. Il y a toujours eu, sur le plan citoyen, cette hostilité viscérale à l’encontre des incarnations de l’ordre, mais cette exaspération au quotidien quand la police ne venait pas sur-le-champ répondre à votre appel. Il y a toujours eu, dans les moments solennels et tragiques de notre Histoire, des rassemblements en hommage aux victimes de leur devoir, aux policiers et gendarmes tués, à tous ceux qui ont payé de leur vie, face notamment aux terroristes, leur volonté de défendre, de protéger et de résister. Il y a toujours eu, au fil des temps, une malfaisance, des transgressions de toutes sortes, des délits, des crimes, une volonté perverse de ne pas se plier aux injonctions et aux commandements, une minorité structurellement vouée à défier et à intimider la majorité des honnêtes gens.

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Ce qui a changé, c’est que les voyous d’alors n’étaient pas considérés, que les forces de l’ordre, pour être tournées en dérision sur le mode satirique, étaient respectées, que leur autorité n’était pas contestée et qu’en quelque sorte, elles avaient la main sur le désordre et l’effervescence sociale. Les infractions ne les devançaient pas, elles ne les prenaient pas de vitesse, leurs auteurs ne prenaient jamais l’initiative de l’agression, de l’attaque initiale. Cette haine antiflics a fini par substituer à la lutte contre l’insécurité une mise en cause permanente de la police. Aujourd’hui, on s’attache davantage à contester les conditions de son intervention qu’à mesurer l’efficacité de son action. Au point que, sur un double plan, la lutte régalienne y perd : la police est devenue présumée coupable chaque fois qu’une interrogation grave est formulée sur les responsabilités des détenteurs de la force légitime ou de ceux qui lui ont résisté et, à cause de cette présomption, les premiers n’osent même plus aller jusqu’au bout de ce que la loi les autorise à accomplir. Leur force légitime est limitée quand la violence illégitime d’en face est illimitée.

Ces agressions, ces refus d’obtempérer, ces guets-apens qui se multiplient ne sont que la traduction de plusieurs facteurs : ceux que je viens d’évoquer ; l’incontestable bonne volonté d’un État cependant impuissant devant des flots transgressifs, de plus en plus précoces, qu’il ne parvient pas à maîtriser ; la perversion idéologique d’une part du personnel politique qui détruit sciemment le socle de confiance et d’estime sur lequel police et gendarmerie doivent reposer ; l’incroyable renversement qui a conduit ceux que la loi devrait soumettre à s’ériger eux-mêmes en maîtres du jeu et à imposer leur propre loi. À l’air libre comme dans la plupart des prisons.

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Je suis persuadé qu’une victoire régalienne et démocratique est possible, à condition d’avoir des ministres courageux jusqu’au bout, de lever les obstacles qui, sans motif constitutionnel pertinent, entravent les réformes nécessaires et de cesser de travestir l’échec relatif en triomphe et le laisser-aller en vertu républicaine.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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