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Deschamps-Zidane: l’épilogue d’une sourde inimitié

Zizou est le nouveau sélectionneur de l'Equipe de France de football


Deschamps-Zidane: l’épilogue d’une sourde inimitié
Zinedine Zidane, nouveau sélectionneur de l'équipe de France, et Philippe Diallo, président de la FFF, Paris, 28 juillet 2026 © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Game of Trones chez les Bleus : comment Zidane a conquis le Trône (et viré DD)


Enfin, au terme de 14 ans d’attente ponctués d’intrigues et surtout d’une sombre machination visant par ricochet Didier Deschamps à savoir la démission contrainte en février 2023 du président d’alors, Noël Le Graët, de la Fédération française de football (FFF) , Zinédine Zidane, dit « Zizou », a enfin obtenu mardi ce qu’il convoitait : le poste d’entraîneur-sélectionneur des Bleus.

Relation complexe

En public, les deux hommes se respectent. En réalité, comme l’a dit L’Équipe le 21 juillet, « la relation entre l’ancien capitaine des Bleus (N.D.L.R., Deschamps) et l’ex-meneur de jeu (Zidane) a été parfois complexe ». La langue de bois n’est pas, et de loin, l’exclusivité de la politique… À vrai dire, c’est une sourde et acerbe inimitié qui remonte à la première Coupe du monde gagnée par la France en 1998 : lors du deuxième match de poule, face à l’Arabie saoudite, Zidane écope d’un carton rouge pour s’être essuyé les crampons sur son adversaire à terre. Il est suspendu pour deux rencontres.

Conséquence : la France peine à se hisser en phase finale. Deschamps, qui est le capitaine de la sélection, lui en fait vertement le reproche. Néanmoins, elle parviendra, un peu à l’arraché, à se qualifier en finale, comme on le sait bien. Elle sera pour Zidane l’occasion de sa rédemption. De la tête, il marque deux buts sur les trois passés au Brésil qui, lui, n’en passe aucun. Il devient à partir de ce moment l’idole des fans hexagonaux du ballon rond et gagne l’affectueux sobriquet de « Zizou ».

Ce carton rouge avait révélé pourtant, chez l’ex-numéro 10, ainsi que le souligne le chroniqueur du Figaro Cédric Caillier dans un article publié lundi et intitulé « Zinédine Zidane en bleu, entre lumières et ombres », une part « de ténèbres qu’il n’aura pas su enfouir dans les tréfonds de son être, d’apparence si calme et si doux, mais agité en réalité d’une impulsivité tempétueuse. » Ce jugement a été confirmé, si besoin était, par le désormais anthologique « coup de boule » en pleine poitrine du défenseur italien Marco Materazzi, qui n’avait cessé de le provoquer verbalement lors des prolongations de la finale du Mondial 2006 en Allemagne. Cette seconde expulsion en Coupe du monde a sans doute privé les Bleus du titre. La France s’inclina face aux Transalpins aux tirs au but (5-3). Or, Zidane avait ouvert le score à la 7e minute en transformant un penalty.

Deschamps avait déjà pris sa retraite. Mais avant cela, outre le maillot bleu, lui et Zidane avaient partagé celui de la Juventus de Turin durant deux saisons, de 1996 à 1998. Cette cohabitation ne contribua pas à leur réconciliation. Cependant, leur sourd antagonisme n’apparut au grand jour qu’en 2012, quand Le Graët nomma Deschamps à la tête des Bleus. Zidane convoitait le poste. Bien qu’écarté, il ne renonce pas à son ambition. Il revient à la charge en 2023, après la défaite des Bleus en finale au Qatar, encore aux tirs au but (4-2), contre l’Argentine, après une incroyable « remontada » tricolore grâce à deux réalisations de Mbappé aux 80e et 81e minutes, et une égalisation à 3 à 3 sur penalty à la 118e.

Impatient, le lobby pro-Zidane intrigue en coulisses depuis des années

Entre-temps, Zidane était devenu entraîneur du Real, club où il avait terminé sa carrière de joueur. Durant son règne de 2016 à 2021, le club madrilène décrochera entre autres trois Ligues des champions et deux titres de champion d’Espagne. Donc, auréolé de ces succès hispaniques, Zidane s’estime légitime pour succéder à Deschamps et le fait discrètement savoir. En effet, beaucoup estiment qu’après sa défaite au Qatar, Deschamps a fait son temps. Un lobby se monte en faveur de Zidane. D’après certains, le cerveau de celui-ci aurait été à l’Élysée, vu le rôle que jouera la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra dans le limogeage ultérieur de Le Graët… Mais, à la surprise générale, ce dernier reconduit Deschamps avec pour mission d’accéder, dans le pire des cas, en demies et, au mieux, bien sûr, en finale et de revenir des États-Unis avec la Coupe.

Aussitôt, une sombre cabale se met en branle contre lui et l’ancien président de la FFF. On reproche à ce dernier de n’avoir pas pris Zidane au téléphone. Il dément et réplique que si cela avait été le cas, « je ne l’aurais même pas pris[1] ». Ce qui provoque un tollé d’indignation. Même Mbappé se dit offusqué et se fend d’un message à destination du peuple : « Zidane, c’est la France, dit-il. On ne traite pas une légende comme ça. »

Comme la cabale fait chou blanc, on passe début 2023 au stade supérieur : la machination. Deux femmes l’accusent de harcèlement sexuel : la directrice générale de la FFF, Florence Hardouin, et une agente de joueurs, Sonia Souid. La ministre des Sports, Mme Oudéa-Castéra, commande à l’Inspection générale de l’Éducation, du sport et de la recherche (IGESR) un rapport qui conclut à « des comportements inappropriés vis-à-vis de femmes ». Dans la foulée, à la mi-janvier de cette année-là, le parquet de Paris s’empresse d’ouvrir une enquête pour « harcèlement moral et sexuel ». Le 18 février, M. Le Graët démissionne. Dix-huit mois plus tard, le parquet classe l’affaire, estimant que rien ne permettait d’établir les faits imputés.

Dans son édition du 3 novembre 2024, Le Monde, qui n’avait pas été tendre à l’époque avec Le Graët, admettait que la ministre des Sports, qui avait le soutien du président Macron, avait eu un « rôle actif » en sollicitant des témoignages à charge contre lui. L’ex-président de la FFF dira : « J’ai rarement vu un ministre s’impliquer à ce point dans une enquête. L’objectif était de me dégager. » Se gardant de dire ce qu’on peut déduire aisément : si en haut lieu on a voulu et obtenu sa tête, c’est pour n’avoir pas choisi Zidane. Son successeur, Philippe Diallo, conservera, un peu à son corps défendant, Deschamps, n’ayant aucune raison légale pouvant justifier une rupture du contrat liant ce dernier à la FFF.

Départ sur la pointe des pieds

À la lumière de ce contexte, les propos sibyllins tenus par Didier Deschamps au micro de M6, le 19 juillet, à l’issue de la demi-finale qui a vu l’élimination de la France par l’Espagne (0-2), prennent toute leur signification : « Je m’interdis de parler de l’équipe de France à partir de ce soir. » Il a ajouté que c’était lui qui avait décidé de partir « pour le bien de l’équipe de France ».

Et en fin d’entretien, il confessait : « Je dois vous le dire en toute honnêteté (…). Si j’ai pris cette décision, c’est parce qu’il y avait un environnement… un environnement qui était tellement irrespirable pour moi. L’équipe de France ne méritait pas ça. »

Didier Deschamps a quitté la FFF sur la pointe des pieds, comme s’il avait été un usurpateur. Aucun pot de départ n’a été organisé, aucune cérémonie de passation de pouvoir entre lui et Zidane n’est prévue. Il n’a droit à aucun hommage officiel. Il n’a eu droit qu’à une « touchante lettre d’adieu de son staff », publiée en exclusivité par Le Parisien du dimanche : « Alors que cette incroyable aventure a pris fin à l’issue de la Coupe (…), nous avions envie de nous adresser à toi, dit le texte. Ici, dans ces colonnes. Parce qu’il y a des mercis qu’on ne peut pas garder pour soi. (…) Tu as toujours su nous rappeler que chacun comptait. (…) De cette aventure, il restera une trace indélébile qui nous liera à vie. »

Lors de l’annonce de sa nomination, où il se tenait aux côtés du président de la FFF, Philippe Diallo, au siège de cette dernière, Zidane n’a pas eu un mot de félicitation à l’endroit de son prédécesseur. Il s’est borné à dire : « J’ai passé ces quatre-cinq dernières années à attendre ce jour-là », et a ajouté un laconique : « On va faire différemment ». Sans préciser ce qu’il entendait par « différemment ». Est-ce que tout serait vraiment à jeter des 14 années de Deschamps à la tête des Bleus ? Une Coupe en 2018 en Russie, une finale au Qatar, et une demi-finale aux États-Unis ?

L’équipe de France bat la Croatie en finale de la Coupe du monde à Moscou, le 15 juillet 2018. Wikimedia Commons.

[1] Invité sur RMC Sport, le président de la FFF avait déclaré qu’il n’en avait « rien à secouer » si Zidane s’était engagé au Brésil, ajoutant qu’il n’aurait même pas pris son téléphone si l’ancien entraîneur du Real Madrid l’avait appelé…




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écrivain et journaliste français.

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