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Présumé coupable

Sylvie Bagur publie "Le Process - Chronique judiciaire et lunaire" (La Mouette de Minerve)


Présumé coupable
Sylvie Bagur. D.R.

Avec Le Process, Sylvie Bagur imagine un procès où l’institution judiciaire ressemble à une machine à fabriquer un coupable.


Une catégorie suspecte

Un certain « C. » comparaît devant un tribunal dont la sentence semble avoir été prononcée avant même l’ouverture des débats. Son crime ? Il est d’abord difficile à établir, et c’est précisément ce qui fait la force comique et inquiétante du livre de Sylvie Bagur : la faute de C. est d’abord d’appartenir à une catégorie d’individus suspects. Il est en effet attaché au passé, à la peinture ancienne, aux meubles ; il se méfie des modes et des slogans : il possède donc tous les attributs d’un homme qu’une époque nouvelle peut facilement désigner à la vindicte.

La société qui l’accuse est incarnée par une galerie de personnages grotesques, dont les noms mêmes semblent annoncer la caricature. Avocats, militants, témoins et représentants de l’autorité composent une troupe où chacun joue son rôle avec un sérieux imperturbable. Maître Corbot et Maître Gym, loin de réintroduire du doute ou de la contradiction, participent à cette justice devenue spectacle ; le « Trépidant » représente, quant à lui, l’activiste perpétuellement indigné. Tous semblent parler une langue préfabriquée, faite de mots généreux dont l’accumulation finit par produire l’effet inverse de celui qu’ils recherchent.

Quand la bienveillance devient une arme

C’est dans ce décalage entre les intentions affichées et la violence réelle du discours que Sylvie Bagur trouve son meilleur ressort satirique. La bienveillance devient une arme, l’inclusion une manière d’exclure, la rééducation une forme de justice. Le procès ne cherche plus à établir la vérité, mais à déterminer si l’accusé est du bon côté du Progrès.

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L’autrice pousse volontairement son dispositif jusqu’à l’absurde. Son monde est outré, ses personnages sont des archétypes, ses dialogues ressemblent parfois à des sketches. Mais cette exagération est précisément le principe de la fable. En grossissant les traits, Sylvie Bagur fait apparaître les mécanismes d’une époque où l’indignation collective peut tenir lieu de jugement.

Le Process est donc une satire, mais aussi une inquiétante petite machine à anticiper le monde. Car le plus troublant, dans cette histoire de procès, n’est peut-être pas que C. soit condamné, c’est qu’il le soit avant d’avoir comparu.

Le Process, de Sylvie Bagur, La Mouette de Minerve, 144 pages.



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est professeur de Lettres modernes

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