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A l’heure où 2 et 2 font 5, réapprendre à calculer est une urgence

Le billet de Gregory Vanden Bruel


A l’heure où 2 et 2 font 5, réapprendre à calculer est une urgence
Affichage des résultats du brevet des collèges devant l'établissement Raoul-Dufy à Nice, le 10 juillet 2026. © Syspeo/SIPA

Alors que la nouvelle épreuve de mathématiques du brevet 2026 était censée marquer le retour de l’exigence, les enseignants ont dénoncé un sujet d’une grande facilité. Notre rapport au calcul s’est progressivement dégradé, au point de devenir une compétence en voie de disparition.


Sur les étals des librairies, les cahiers de vacances promettent aux plus jeunes de ne pas perdre le rythme pendant la période estivale, tout en permettant aux parents de se donner bonne conscience. Certains de ces carnets d’été sont consacrés à l’orthographe, actuellement en capilotade dans toutes les tranches d’âge et catégories sociales ; d’autres à l’anglais, demain nous serons tous bilingues « français de chez Wish/Wesh – globish » ; et enfin, au calcul. À l’heure où nous sommes entrés dans une civilisation qui a désappris à calculer, cette dernière compétence devait être urgemment revalorisée.

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Généralement, les plus madrés s’amusent à déceler, dans les messages postés dans les boucles WhatsApp ou sur les réseaux sociaux, les fautes d’orthographe de leurs congénères. Ils s’indignent aussi de temps en temps du manque criant de culture générale chez leurs semblables (« Victor Hugo, je sais pas c’est qui »), mais ils se désolent rarement de l’incapacité à effectuer un calcul mental. Bien sûr, les chiffres sont sans doute moins sexy que les belles lettres, mais n’est-ce pas le signe d’une dyscalculie généralisée que de si peu s’en inquiéter ?

Désormais, une addition en apparence simple nécessite l’usage, non plus de la calculette Casio fonctionnant à l’énergie solaire de notre enfance — et sur laquelle nous tapotions 713705 pour faire apparaître le mot « SOLEIL » une fois retournée — mais de la calculatrice intégrée à nos smartphones ou, plus simplement encore, de Grok. Et c’est ainsi qu’ils sont désormais d’usage pour calculer la somme de trois ou quatre nombres entiers. Il n’est pas nécessaire d’ajouter que les opérations plus complexes, comme une règle de trois, le calcul d’un pourcentage ou la résolution d’une équation, sont encore moins bien maîtrisées.

Compter, c’est déjà penser

Le calcul mental est la porte d’entrée vers les mathématiques qui nous emmèneront, au fil de notre scolarité, vers les probabilités, les statistiques, les logarithmes, la trigonométrie avec ses sinus et ses cosinus. C’est ainsi qu’un pays finit par former des ingénieurs et à façonner une marche du monde… qui ne dépendra jamais des étudiants en sociologie et de leurs recherches sur le genre. Bref, mieux vaut la tignasse ébouriffée d’Albert Einstein que la chevelure mauve et en broussaille de Myrtille. À l’inverse, un pays où deux et deux font cinq et qui ne sait plus calculer, de l’opération de base à un budget en équilibre, ne peut tourner correctement.

Numéro 71 du mensuel « Causeur ».

Signe encourageant, le génie français a accouché, à travers son histoire féconde, de grands mathématiciens dont on retient, indice révélateur du manque d’intérêt pour la discipline, souvent les à-côtés : Blaise Pascal, érudit touchant à toutes les disciplines et inventeur de la pascaline — ancêtre de la Casio —, Évariste Galois, plus connu pour le duel qui mit fin à sa vie de façon tragique que pour la théorie portant son nom, ou encore Henri Poincaré, précurseur du calcul infinitésimal et cousin de Raymond, qui fut président de la République. D’ailleurs, on ne peut que se réjouir du don de 50 millions d’euros de Bernard Arnault à l’École polytechnique, en vue de créer un institut de mathématiques à l’horizon 2030.

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Surtout, le calcul et tout ce qui en découle offrent bien des avantages à celui qui les maîtrise. Faites le test : vos interlocuteurs resteront ébaubis quand votre vivacité aura fini d’achever une opération de calcul. Mais, par-delà la passagère gaudriole, il y a plus essentiel encore : l’intelligence mathématique (ou rationnelle, ou cartésienne, ou logique) ouvre bien des portes. Si j’étais directeur des ressources humaines, je recruterais en priorité des candidats qui en sont abondamment dotés. D’ailleurs, il faut toujours se méfier des grandes vérités émanant des déconstructeurs, car bien souvent elles trahissent un manque d’exigence ou d’ambition, un fourvoiement idéologique ou, plus prosaïquement, une incapacité à être soi-même à la hauteur. Parmi celles-ci, le fait que l’intelligence serait devenue multiple, y compris émotionnelle. C’est évidemment aussi révélateur de l’époque que faux.

À l’ère de l’intelligence artificielle, il semble loin le temps où nous comptions sur les doigts de nos mains en trompant l’attention du professeur, où nous faisions des concours de tables de multiplication, où nous calculions des angles et où, simplement, nous entrions dans un nouvel univers. En pleine époque lacrymale où les émotions priment sur la raison, il fait parfois bon renouer avec l’implacable froideur des chiffres.



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