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Trop des Dieux quand ils gagnent !

Le billet foot de Philippe Bilger


Trop des Dieux quand ils gagnent !
France Angleterre, Coupe du monde, Miami, 18 juillet 2026 © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Entre la leçon espagnole et le camouflet frôlé face à l’Angleterre en petite finale, les Bleus ont payé au prix fort leur excès de confiance et le statut de favoris qu’on leur avait trop tôt attribué.


Le problème, pour l’équipe de France de football, ne se pose pas après mais avant. En clair, pas après les défaites, mais après les victoires. Battue, le 19 juillet, six à quatre par l’équipe d’Angleterre, après avoir été menée quatre à zéro à la mi-temps au terme d’une prestation indigne, elle termine quatrième de cette Coupe du monde où tout le monde la voyait gagnante. Après la leçon de foot et de tactique qu’elle a reçue de l’équipe d’Espagne, entraînée par un maître, et qui l’a privée de la finale contre l’Argentine, il était naturel qu’avec le départ de Didier Deschamps, bientôt remplacé par Zinedine Zidane, un bilan soit fait. Il est plus qu’honorable. Deschamps a été le sélectionneur qui a accompli sa mission le plus longtemps, et de très loin. Il faut reconnaître, comme l’a excellemment écrit Vincent Duluc dans L’Équipe, « qu’il a duré, lassé, mais surtout qu’il a beaucoup gagné ». La plupart des spécialistes ont admis cette appréciation, même si, pour ma part, je n’ai pas attendu cette Coupe pour juger que, malgré les apparences, le jeu des Français, inspiré par Didier Deschamps, n’était pas brillant : il reposait trop sur un footballeur hors du commun comme Kylian Mbappé et non sur un collectif parfaitement huilé. La complicité entre ce footballeur exceptionnel et cet entraîneur se remarque d’ailleurs — maintenant que le second est en partance — par la rhubarbe et le séné que l’un et l’autre se déversent, alors que c’est le futur qui nous intéresse. Il est évident aussi que, s’il nous faut choisir entre Didier Deschamps et l’aigreur de Christophe Dugarry à son égard, on n’hésite pas une seconde et on a l’envie immédiate de soutenir le premier. De même, l’absolue indélicatesse de Charlie Hebdo, caricaturant la mère du sélectionneur après le décès de celle-ci, doit être dénoncée.

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La manière dont les Bleus ont été perçus au cours de cette Coupe est révélatrice, avec des dithyrambes après leurs victoires — encore plus avec la « boucherie » du Paraguay — et une cruelle déception après leur déroute face à l’Espagne. Pourtant, c’est avant qu’il aurait fallu s’interroger. On a analysé les victoires de la France comme des triomphes et on a porté aux nues des footballeurs sur un mode inconsidéré. J’ai moi-même, modestement, participé à ce délire avec un tweet concernant Michael Olise. Personne, sur le plan sportif, amateurs comme spécialistes, n’a osé souligner que leurs victoires, face à des équipes trop faibles, ne signifiaient rien de décisif et qu’elles tenaient à quelques éclats fulgurants, par exemple les trois buts d’Ousmane Dembélé contre la Suède.

Bien au contraire, nos Bleus ont été appréhendés comme des dieux pour lesquels rien de fâcheux ne pouvait survenir, et on les a vus tomber de haut face, enfin, à une authentique équipe. C’est la tare française, dans les analyses sportives, que d’être démesurément placés sur un pavois quand on gagne, de sorte qu’une confiance en soi proche de la vanité est instillée, ainsi qu’une moindre envie de se battre puisque la cause serait entendue et que « nous sommes les meilleurs ». Ce n’est pas après les défaites que nous dérapons. Même s’il est concevable de n’avoir guère de sympathie pour ceux qui brûlent aussi vite qu’ils ont adoré. C’est après les victoires que nous dégradons le futur. Et que nous créons donc les défaites à venir. Les footballeurs pris pour des dieux, trop vite et absurdement, sont tout étonnés, après, de se retrouver humains, pour le meilleur comme pour le pire.




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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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