Les réflexions de l’ouvrage collectif Laïcité et droits des femmes : L’autonomie en question (L’Harmattan, 2026)

La cause des femmes : voilà un thème, historique à bien des égards, qui, par-delà même ce bel intitulé d’un livre resté célèbre de Gisèle Halimi, devrait intéresser au plus haut point, au sein de notre monde moderne et contemporain, la conscience individuelle aussi bien que collective. Et, de fait, c’est exactement là le propos d’un important ouvrage collectif, Laïcité et droits des femmes : L’autonomie en question , paraissant ces jours-ci, sous la triple mais surtout docte direction de Laure Caille (présidente de « Libres Mariannes »), Annie Sugier (présidente cofondatrice, avec Simone de Beauvoir, de la « Ligue du Droit International des Femmes ») et Michèle Vianès (présidente de « Regards de Femmes »), aux éditions L’Harmattan.
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Un urgent et crucial débat de fond sur le féminisme correctement entendu
Ainsi s’exprime, par ailleurs, sur ce sujet primordial tant sur le plan culturel que civilisationnel, Gérard Delfau, responsable éditorial de la bien nommée collection « Débats Laïques », qui voit, à juste titre, dans cet ouvrage, par la qualité de son contenu et la justesse de son engagement en faveur d’un féminisme vaillant et lucide, un « véritable manifeste » : « Nombreuses sont les collections qui traitent des religions. En revanche, il n’existait pas jusqu’ici de collection consacrée à la laïcité, alors qu’elle est devenue un enjeu majeur, en France et dans le monde. L’objectif de la collection “Débats Laïques”, c’est d’ouvrir une discussion de fond sur sa dimension historique et philosophique, mais aussi de faire le point sur un certain nombre de sujets controversés, liés à sa mise en œuvre (…) Les auteurs s’inscrivent dans la grande tradition humaniste, celle des Lumières, de la Révolution française et des lois de laïcisation de la IIIe République. Or, ce mouvement d’émancipation se prolonge aujourd’hui dans le combat en faveur de l’égalité des droits pour les femmes et les minorités sexuelles (…) Irremplaçable laïcité, qui reste un acquis fragile, menacé par un regain des intégrismes, y compris sur notre sol. »
Critique raisonnée du pouvoir religieux et de la domination patriarcale
Le résumé que proposent, afin de préciser leur objectif tout autant que leur méthode, les trois excellentes directrices – Laure Caille, Annie Sugier et Michèle Vianès, donc – de cet ouvrage subdivisé en cinq amples chapitres et réunissant une bonne vingtaine de contributions n’est pas moins disert. De fait, y est-il spécifié, de manière plus substantielle encore, tant sur le plan théorique que pratique : « Dans un contexte de crispation identitaire et de montée des communautarismes religieux et politiques, les droits universels des femmes subissent un mouvement de recul préoccupant. Entre héritages religieux, pressions sociales et régressions législatives, leur autonomie reste fragile et constamment interrogée. Cet ouvrage collectif réunit regards croisés, analyses théoriques et études de cas, menés par des chercheuses, des philosophes, des journalistes, des historiens des religions, des essayistes, des personnalités politiques et des militantes, pour analyser la manière dont les traditions religieuses ont contribué à structurer le patriarcat et comment la laïcité peut protéger et renforcer l’autonomie des femmes, sans toutefois, à elle seule, la garantir. »
L’humanité contre la guerre des sexes
Bref : « Une réflexion essentielle pour comprendre, défendre et construire l’autonomie effective des femmes », y est-il affirmé, à très juste titre, en guise de conclusion !
C’est là, en effet, un enjeu culturel et civilisationnel majeur pour les indispensables progrès de l’humanité en son ensemble. Oui, l’humanité en son ensemble : c’est bien là l’un des grands mérites de ce livre collectif, dont la portée est tout à la fois morale, anthropologique, conceptuelle et sociologique. Loin d’exclure péremptoirement des contributions d’hommes – ce que tend malheureusement trop souvent à faire aujourd’hui une conception erronée, réductrice et malveillante du féminisme – il accueille aussi généreusement des textes livrés par la gent masculine.
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Ainsi, aux côtés des contributions de quelques-unes des plus insignes militantes, à l’heure actuelle, de ce féminisme correctement entendu à l’échelon idéologique – de Djemila Benhabib, Catherine Kintzler, Françoise Laborde ou Françoise Morvan à Maryam Namazie, Lucetta Scaraffia, Linda Weil-Curiel ou Anne Zelensky (impossible ici, et l’on me pardonnera, de citer tous les noms) –, on notera également celles, à seuls titres d’exemples, de Kamel Daoud, Frédéric Lenoir, Frédéric Thiriez ou Odon Vallet.
Car, oui, c’est bien là, contre une très contreproductive, sinon stupide, guerre des sexes, une juste compréhension du féminisme contemporain, intelligemment pensée et parfaitement exprimée, que propose ce livre collectif, essentiel pour la nécessaire cause des femmes. Ses nombreuses réflexions, certes diverses mais toujours cohérentes, plurielles et universelles à la fois, s’adressent à l’imprescriptible liberté de conscience, sans laquelle il n’est point d’humanisme qui vaille, ni de démocratie qui tienne à long terme !
Laïcité et droits des femmes: L’autonomie en question, sous la direction de Laure Caille, Annie Sugier, Michèle Vianès, Editions L’Harmattan, 2026, 262 pages.
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