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Fin de mandat, fin de vie…

Le billet politique de Philippe Bilger


Fin de mandat, fin de vie…
Manifestation contre l'euthanasie, Paris, 18 janvier 2026 © Cesar VILETTE/SIPA

La « fin de vie » administrée constituera le triste épilogue du second quinquennat Macron


Malgré l’accélération choquante dont le président a fait bénéficier la loi sur la fin de vie pour la faire voter le plus rapidement possible, le 15 juillet sans doute, a-t-on encore le droit de signifier à tous ceux qui prétendent, avec bonne conscience, prendre en charge nos derniers moments intimes, de quelque nature qu’ils soient, qu’on ne leur a rien demandé ? Considérant, sur ce plan, la triste fin de ce second mandat, qui marque un déclin civilisationnel, comment ne pas songer, à rebours, aux lenteurs, atermoiements et abstentions dont Emmanuel Macron a fait pâtir la France dans le registre régalien, d’abord à cause de la médiocre méthode du « en même temps » et aussi d’une sensibilité d’intellectuel progressiste ayant trop longtemps minimisé la délinquance et la criminalité ?

Chaque fois que le président s’est directement immiscé dans le sociétal et dans le cours d’affaires particulières, ce fut pour le pire. La loi sur la fin de vie, évidemment, mais, auparavant, la mort de Nahel ! Sur l’euthanasie, des argumentations contradictoires ont été développées, des pensées élevées ont été exprimées, favorables ou défavorables aux futures dispositions. Mais, dans cette multitude qui aurait dû au moins faire taire les péremptoires de la cause mortifère, on ne peut passer sous silence la constante, intelligente et humaniste lutte d’un Philippe Juvin. Ce dernier, sans la moindre démagogie ni la moindre envie de stigmatiser l’adversaire, a rappelé les terribles risques de cette loi à venir, l’inégalité sociale qu’elle porte en son sein et les possibles dérives que les limites d’aujourd’hui pourront engendrer demain. Alors que les soins palliatifs amplifiés constitueraient une alternative à la fois apaisante et humaine. À ses côtés, tout récemment, la publication d’un admirable texte de Michel Houellebecq, « Fin de vie : la mer noircie de sang », dans Le Figaro, est venue rappeler combien cet écrivain génial s’est investi, depuis le début, sur les plans philosophique, social, civilisationnel et d’une humanité profonde, dans un combat où sa désinvolture, son ironie et sa distance critique n’ont plus cours. À leur place, une indignation froide, cinglante, toute de stupéfaction devant ce que notre société est prête à valider et qui, pour lui, constitue une monstruosité à l’égard des plus faibles, des plus vulnérables, avec cet argument passe-partout d’une dignité qui imposerait la mort, alors que l’authentique dignité préserverait les existences menacées le plus longtemps possible. Ce monde « nihiliste » qu’il a annoncé, mais dont il ne s’est jamais réjoui, va rendre « plus facile de mourir » – lui qui aurait préféré « un monde où l’on puisse vivre ».

C’eût été une autre ambition, et autrement exaltante, pour cette fin de mandat, que cette fin de vie administrée nous dépossédant de cet idéal qui, contre vents et marées, faisait de l’accompagnement de la vie jusqu’à son terme notre condition commune, une destinée partagée.



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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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