Accueil Culture Bye Baye

Bye Baye


Bye Baye
Johnny Hallyday, Nathalie Baye , Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Leaud, Cannes 1985 © BENAROCH/SIPA

L’actrice aux quatre César n’était pas pour rien dans le succès de la star Johnny Hallyday, rappelle Pascal Louvrier.


Nathalie Baye fut un soleil dans la vie de Johnny. La rock star avait plutôt l’habitude de croiser des astres noirs. Ça m’a fait de la peine, je dois l’avouer, quand Baye a vécu une histoire d’amour avec Jojo. J’étais pote avec Philippe Léotard. Or, Baye l’a quitté pour vivre avec Johnny. Ça l’a dévasté encore plus, l’ancien prof de lettres et de philo qui refaisait le monde au bar de la Closerie en buvant des Ricard sans eau. Quand je le rencontre quelques jours après l’officialisation de la rupture, Léo me lance, ivre : « Eh man ! Baye s’est définitivement tirée. Avec Johnny, en plus. Comment veux-tu que je rivalise avec lui ! »

Entremetteuse entre Godard et Johnny

Nathalie apporte la stabilité et le supplément de culture qui manquent à Johnny. Elle comprend immédiatement qu’il faut isoler le chanteur de la bande de parasites qui gravite autour de lui. Elle lui aménage un havre de paix dans sa maison située à Vallière, en Creuse. Le nomade, déchiré par ses fantômes, la drogue et l’alcool, pose enfin son sac. Nathalie, conciliante et ferme à la fois, purge son cœur. En 1983, l’actrice reçoit un César pour son rôle dans La Balance – Léotard est au générique. Le soir de la cérémonie, elle manque de s’évanouir. Elle est enceinte de Laura. Johnny va avoir une fille. Il explose de joie le jour de sa naissance, le 15 novembre 1983. Nathalie, décidément, ne lui apporte que du bonheur.

L’actrice veille sur sa fille et Johnny. Elle continue de cibler les déjeuners dans la maison en pierre et aux volets verts. C’est elle qui invite le taciturne Godard. Un moment de bravoure. Le réalisateur ne parle qu’à Nathalie. Il l’a fait tourner avec Alain Delon, dans le film Détective. À la fin du déjeuner, Godard, lunettes fumées, se tire dans un nuage de fumée bleue sans dire au revoir à Johnny. Le rocker est furibard, d’autant plus qu’il n’y avait que de l’eau sur la table.

A lire aussi, Thomas Morales: Nathalie Baye, toutes les femmes de notre vie

Quelques jours plus tard, Godard appelle. Johnny décroche. Il dit que Nathalie est absente. Godard rétorque : « Je m’en tape, c’est à vous que je veux parler. » Second déjeuner, sous haute surveillance. Godard, toujours peu loquace, devant une sole sans beurre ni légumes, dit, laconique : « Je vais vous faire tourner dans mon prochain film. On commence dans quinze jours. Tenez-vous prêt. » Nathalie le convainc d’accepter.

Dans Détective, Johnny incarne un entraîneur de boxe, Jim. Godard est bluffé par sa perf. Il est dans la peau du personnage. Il a oublié Johnny. « À toi tout seul, souffle Godard, tu es un opéra rock. Joue sur scène comme dans la vie, sois insaisissable, inimitable. » Il ajoute : « Sois Brando ». Johnny jubile. C’est son acteur préféré, sa référence suprême.

Nathalie veille au grain

Les déjeuners continuent, même si Johnny invite de plus en plus de potes à la maison. Mais Nathalie veille au grain. Elle bataille. Son but : donner une nouvelle dimension à son compagnon. Parfois, elle en a marre, mais cette femme a un tempérament d’acier. Nouveau déjeuner déterminant : France Gall et Michel Berger. Pari audacieux, car les univers de Johnny et Berger semblent inaccordables. Johnny écoute, parle peu, se tient sur la réserve. Il fait confiance à son instinct. C’est un fauve qui ne se découvre jamais. C’est en réalité le face-à-face de deux timides. Johnny finit par lâcher : « Michel, j’aimerais que tu m’écrives une chanson. » Berger le regarde, très calme, et répond : « Non. C’est tout l’album. Ou rien. » Johnny n’en revient pas. Mais ça lui plait. Il saisit la balle au bond. « Ok, Michel », sourit-il.

En juin 1985, sort l’album Rock’n’Roll Attitude. Un tournant incontestable dans la carrière de Johnny. Des titres culte, exemple Le chanteur abandonné, avec des phrases qui claquent comme celles de Sam Shepard : « Mais lui il se demande qui il est ». La perle des perles reste Quelque chose de Tennessee, l’hommage rendu à l’écrivain sudiste, et qui évoque en réalité l’existence de Johnny avec « cette force qui nous pousse vers l’infini ». La diction douce de Nathalie Baye introduisant la chanson en lisant les dernières lignes du roman La Chatte sur un toit brûlant, contribue au succès.

En 1986, c’est la rupture entre Nathalie et Johnny. L’actrice, qui vient de disparaître le 17 avril dernier, lui aura permis d’être aimé par l’ensemble des Français, toutes classes sociales confondues. Lors d’un entretien, toujours lucide et déterminée, Nathalie Baye confiait : « C’est un type désarmant. D’une absolue simplicité. Je suis contente qu’il soit enfin reconnu pour ce qu’il est. Parce que je vous assure qu’à l’époque j’en ai entendu de belles. Tout le monde se demandait ce que je foutais avec ce crétin. »

Elle possédait un sacré tempérament.

Johnny que je t'aime

Price: ---

0 used & new available from

Malraux maintenant

Price: ---

0 used & new available from




Article précédent «Je suis passionnément attaché à la diversité du monde»
Article suivant Philippe Bilger: «Se représenter CNews comme la seule chaîne valable est absurde»
Pascal Louvrier est écrivain. Derniers ouvrages parus: biographie « Malraux maintenant », Le Passeur éditeur; roman « Portuaire », Kubik Editions.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération