Jean-Marc Jancovici est péremptoire: les ressources mondiales ont atteint leurs limites, et la “croissance verte” n’est qu’une faribole. Aussi, il prône la décroissance. Cependant ne réalise-t-il pas une erreur de trois ordres?

Membre du Haut Conseil pour le climat, omniprésent dans les médias, l’ingénieur Jean-Marc Jancovici n’aime pas l’idée de croissance verte. Pour la disqualifier et laisser entendre que la décroissance s’impose pour des raisons de physique, il recourt régulièrement à des notions de thermodynamique. En substance, il affirme que la croissance économique, en transformant des ressources naturelles, crée de l’ordre au sein de la société humaine et que, conformément au second principe de la thermodynamique – qui dit que, dans un système clos, le désordre ne peut qu’augmenter –, cet ordre interne en augmentation implique une hausse encore plus grande du désordre dans l’environnement. Jancovici en conclut que la croissance se paye toujours de dégradations environnementales et qu’elle ne peut donc pas continuer. Dès lors, selon lui, la croissance verte serait physiquement impossible. Jancovici a beau être péremptoire, il se fourvoie.
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Son erreur est de trois ordres. D’abord, la Terre n’est pas un système clos. Nous vivons sous un flux continu d’énergie solaire qui peut permettre de maintenir et d’accroître un ordre local. Ensuite, il n’est pas exact d’assimiler impact sur l’environnement et dégradation de ce même environnement. Depuis que l’humanité transforme son environnement pour développer son économie, elle l’a rendu davantage propice à son propre épanouissement que l’inverse ; sinon, la population humaine diminuerait au lieu d’augmenter. Enfin, Jancovici oublie la notion de temporalité propre à tout processus physique. Quand bien même la thermodynamique dirait que l’activité économique dégrade l’environnement, elle serait muette sur le temps qu’il faudrait pour que cette dégradation impacte significativement l’humanité. La croissance pourrait donc durer encore des siècles ou des millénaires, avant d’atteindre ses limites. Autrement dit, la thermodynamique ne nous oblige pas à renoncer à la croissance dès aujourd’hui. Brandir le second principe pour impressionner les novices est ainsi un comble, pour quelqu’un dont la réputation repose précisément sur sa compétence scientifique.





