Après le lynchage mortel du jeune Quentin par l’extrême gauche, les cornes du diable passent définitivement de la tête de Jean-Marie Le Pen à celle de Jean-Luc Mélenchon.
Après la mort de Quentin à Lyon, LFI est montrée du doigt par la droite et l’exécutif. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon dénonce sa responsabilité morale. Les Insoumis hurlent à la calomnie: « C’est nous qui sommes attaqués », pleurniche Mélenchon. Les sociologues habituels expliquent que la violence des antifas répond à celle de l’ultradroite. Sauf que Quentin n’a jamais agressé personne. D’ailleurs, dans le reste de la gauche et même dans les rangs insoumis, on sent une certaine gêne noyée dans les propos larmoyants sur le fait que personne ne mérite de mourir pour ses idées. Et même les porte-voix du camp du Bien (Patrick Cohen, Thomas Legrand, Jean-Michel Aphatie) ne repeignent pas le réel en rose.
La nouveauté, c’est que la violence politique a aujourd’hui des relais à l’Assemblée nationale. Il y a un continuum entre les éructations des insoumis, leur volonté assumée et claironnée de conflictualisation, leur antifascisme/antinazisme de bazar et le lynchage de Quentin. Contre les nazis, contre les fascistes, tout est permis, y compris le dix contre un. Pour ma part, je désapprouverais le lynchage d’un homme à terre même du pire des SS.
Après la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 19901, toute la classe politique défilait contre antisémitisme et FN. Sauf que le FN n’avait rien à voir dans l’affaire. Cette fois, on ne verra pas de manifestation transpartisane contre la violence d’extrême-gauche.
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Certains veulent interdire le parti de Jean-Luc Mélenchon… Pour moi, LFI est plus dangereux pour la France que le FN ne l’a jamais été. Ses méthodes cochent toutes les cases du fascisme : approbation de milices qui intimident et agressent les opposants, culte du chef, antisémitisme.
Ils devraient être sanctionnés pour leurs propos incendiaires comme les autres, mais le Parquet est mou du genou dans leur cas (toutes les plaintes contre eux sont apparemment dans les limbes). Mais quoi qu’il en soit, on n’interdit pas une réalité sociale ni les mauvaises idées. Et on ne les envoie pas non plus à l’asile. On ne va pas ressortir pour LFI le cordon sanitaire qui consistait hier à frapper le vote RN d’interdit moral. A part faire monter LFI, cela ne servirait à rien.
A gauche, à part Raphaël Glucksmann que personne ne prend vraiment au sérieux, tous se soumettront aux insoumis. Pour Le Monde, le grand danger des municipales, ce ne sont pas les alliances avec LFI mais l’union des droites. Même le purgé Alexis Corbière appelle à une résurrection du Nouveau Front populaire pour la présidentielle. Et on peut toujours compter sur Olivier Faure pour vendre ses principes contre un siège. Face aux Insoumis, c’est aux Français, particulièrement de gauche, d’ériger un barrage politique – et non pas moral – en sanctionnant dans les urnes tous ceux qui s’allieront avec eux.
Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio
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