Dans une brillante étude, Monsieur Subtil de l’université de Zurich démontre que la fermeture des bars-tabacs, considérés comme des lieux clés de sociabilité locale, est associée à une progression durable du vote d’extrême droite dans les communes françaises, en particulier en milieu rural, parce que la disparition de ces espaces réduirait les interactions sociales et nourrirait un sentiment d’abandon territorial.
Le site de La Chaîne Parlementaire (LCP) se faisait l’écho, ce lundi, d’une de ces études sociologiques dont on ne se lasse pas et que, très probablement, la terre entière nous envie. De ces études ubuesques dont, à les lire, on se surprend à se demander si elles ne relèvent pas en réalité de la tradition bien française, dont personnellement je suis un ardent défenseur, de la franche déconnade potache.
Or, il n’en est rien. Ce qui est proposé là l’est avec le plus grand sérieux.
Le chercheur dont le travail prodigieux a abouti à la publication en question a pour nom Hugo Subtil. Ce genre de rapprochement entre ce qu’induit le nom et la finesse de la production du concerné ne s’invente pas. Il y a là comme une marque de prédestination qui mérite attention.
Car, Mesdames, Messieurs, la subtilité la plus vive est bel et bien au rendez-vous. Jugez-en. Le site LCP, en titre, fait mine de s’interroger. Subtilité, vous dis-je : « La fermeture des bars-tabacs, un facteur de progression du vote d’extrême-droite en milieu rural ? » Et de poursuivre : « Selon une étude du Centre pour la recherche économique et ses applications (officine dont l’utilité ne saute pas immédiatement aux yeux mais qui, je le suppose, fonctionne grâce à l’argent public, le nôtre donc), la fermeture de ces « lieux de socialisation « participerait à la progression durable du vote en faveur du Rassemblement national. Un phénomène d’autant plus marqué dans les communes rurales. »
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Vous avez bien lu. Ce ne sont pas la disparition des services publics dans les bourgs et villages de nos campagnes, la désertification médicale, l’imparable progression des incivilités et de la délinquance, la désespérance croissante et mortifère de la paysannerie, la paupérisation avérée des populations, l’incurie, l’impéritie des élites technocrato-citadines, leur arrogance, leur mépris de classe, leur ignorance de la réalité profonde du pays, qui pousseraient les gens à glisser dans les urnes de plus en plus de bulletins Rassemblement national, mais tout simplement la fermeture du bar-tabac du coin, sacralisé pour la circonstance en « lieu de sociabilisation ». Il fallait y penser. Le sieur Subtil l’a fait.
Jusqu’à ce jour, on ne s’en doutait pas, mais maintenant nul ne peut plus l’ignorer. Derrière le ballon de rouge se profilait un vote à tendance de couleur identique. Ailleurs, le canon de rosé assurait probablement la survie d’une représentation politique de robe moins prononcée, en demi-teinte, centro-centriste pour tout dire. Le tout salué matin, midi et soir par la devise républicaine et consensuelle par excellence, sortie de tous les gosiers, assoiffés ou non : « Garçon, remettez-nous ça ! ».
Je pense que le chercheur Subtil a un bel avenir devant lui. Un ministère de la Sauvegarde du patrimoine à boire devrait lui échoir avant peu, avec au programme la réouverture de tous ceux des bistroquets qui ont été fermés ces dernières vingt années. Leur gestion pourrait être confiée à des personnes ayant fait leurs preuves dans le commerce-qui-tue, version contemporaine de l’Assommoir de M. Zola, je pense évidemment aux jeunes et dynamiques dealers dont la reconversion dans le pinard multi-couleurs ferait, qui plus est, le bonheur de la viticulture française.
Donc, oui, rouvrir les bistrots. Et dans les classes enfantines, organiser des ateliers récréatifs au sein de ces endroits, dans le but que l’électeur de demain en connaisse parfaitement le chemin et les attraits. Enfin, si la réouverture ces lieux de sociabilisation-là ne suffit pas, M. Le ministre-chercheur pourrait envisager celle des maisons-closes, inopportunément condamnées par Madame Marthe Richard en son temps. Là, c’était la sociabilisation de la notabilité des préfectures, sous-préfectures et chefs-lieux de canton qui s’opérait. Pour quel résultat électoral, au juste ? J’avoue l’ignorer. Attendons la prochaine étude du Centre de l’excellent M. Subtil qui, j’en suis certain, ne manquera pas de nous éclairer sur ce point.





