Accueil Édition Abonné Coup de rouge

Coup de rouge

L’humeur d’Olivier Dartigolles


Coup de rouge
Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias. DR.

Dans un contexte de polarisation et de radicalisation, les deux mamelles d’une société malade et d’un imaginaire en cale sèche, est-il possible de préserver la dignité humaine ?


Il est tard. Après une journée de radio et de télé, je choisis la compagnie des livres. La volupté de la lecture. Je te dis toute ma tendresse, écrit François Mauriac à son fils Claude (Albin Michel). Flamme, volcan, tempête, le portrait de Christine Pawlowska par Pierre Boisson (Sous-Sol) est une pépite. Alors pourquoi, ce soir-là, se saisir de la télécommande ?

À l’écran, un animateur et des chroniqueurs. Je connais bien ce format. Et un thème : l’immigration. Je n’ai jamais fait partie d’une certaine gauche qui, ne voyant pas le réel, refuse le débat sur cette crise. L’écran est partagé en deux. D’un côté, une famille de migrants. Un père et une mère encadrent un jeune enfant. Il a un bonnet de laine. Dans un jour naissant, son corps est immergé dans l’eau de mer que l’on imagine glacée. Ils attendent très certainement le bateau pneumatique d’un réseau de passeurs criminels. Puis une autre image, un autre enfant qui semble plus fragile encore. Je pense à Aylan Kurdi, ce petit Syrien de 3 ans, étendu à plat ventre, sans vie, sur une plage de Turquie en septembre 2015. De l’autre côté de l’écran, les chroniqueurs sont d’humeur joyeuse. L’esprit est roi dans un entre-soi idéologique et mondain. L’un d’entre eux profite d’un écran de contrôle pour réajuster son nœud de cravate. Ad nauseam.

Tiens, justement, ad nauseam… Au Sénat, le vice-président Pierre Ouzoulias a fait l’objet d’une « exclu » du média Frontières. « Le sénateur communiste de Nanterre Pierre Ouzoulias SE VOMIT DESSUS [en lettres capitales et en gras] en direct. Au perchoir du Sénat hier soir peu avant minuit, où il présidait la séance. La séquence a été depuis retirée du replay (du site du Sénat) ». Garen Shnorhokian, « journaliste et éditorialiste » qui « décrypte sans filtre » ajoute : « Ils se gavent tellement de votre argent qu’ils en vomissent. » Du bel ouvrage… du journalisme d’investigation… qui n’obtiendra pas le prix Albert-Londres : le sénateur a une maladie génétique. « Ces dernières semaines, souvent tard dans la nuit, j’ai assuré de nombreuses présidences de séance », écrit Ouzoulias. Le syndrome de Gilbert peut provoquer de tels symptômes en cas de fatigue importante ou de stress. Pierre Ouzoulias a une « pensée toute particulière pour toutes les personnes qui souffrent du même syndrome et qui savent combien il est difficile de vivre avec cela »

Si BFM a aussitôt retiré les images, sur Frontières, elles sont toujours en ligne. Pierre Ouzoulias a déposé plainte. « Des propos diffamatoires ont été tenus, sans preuve, avec une intention manifeste de nuire, la liberté de la presse n’autorise pas le mensonge, ni l’atteinte à la dignité humaine. »

Nous y voilà. Dans un contexte de polarisation et de radicalisation, les deux mamelles d’une société malade et d’un imaginaire en cale sèche, est-il possible de préserver la dignité humaine ? Est-il encore possible de débattre, de se confronter politiquement, d’aborder des sujets clivants tout en se respectant ?

Est-il déjà trop tard ?

Janvier 2026 – #141

Article extrait du Magazine Causeur




Article précédent Téhéran: bagatelle pour un massacre
Olivier Dartigolles est chroniqueur politique. Il intervient sur Cnews, Sud Radio et La Terre.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération