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Quand la grenouille universaliste veut se faire plus grande que le bœuf ethnico-racialiste

Dernières nouvelles du «grand remplacement» : les députés communautaristes de LFI en roue libre


Quand la grenouille universaliste veut se faire plus grande que le bœuf ethnico-racialiste
Le député du Val d'Oise d'extrème gauche Carlos Martens Bilongo, mars 2023 © Chang Martin/SIPA

Profession ? Député « tribal » ! Chez les lfistes, la dérive communautariste s’aggrave. Les dérapages se multiplient à la base, tandis que les élites insoumises appellent à privilégier les candidats «racisés» aux élections. À Noël, la chaîne YouTube La Librairie africaine a retiré en catastrophe une émission avec le député Carlos Martens Bilongo, enregistrée le 23 décembre, dans laquelle il tenait des propos misogynes à l’encontre de Rachida Dati et dénonçait la pauvreté intellectuelle ainsi que le racisme supposé des gens du Nord. Pendant que se tenaient ces débats intellectuels de haute volée, la « taxe Nahel » se mettait en place dans une relative indifférence de la France réelle.


Ces derniers jours, plusieurs députés de la République ont tenu publiquement des propos qui, mis bout à bout, dessinent une rupture idéologique majeure — et désormais assumée.

Éric Coquerel a expliqué que la représentation politique devait correspondre à la couleur de peau des habitants des territoires concernés, entérinant l’idée que l’origine ethno-raciale constitue un critère de légitimité politique.

Sébastien Delogu a revendiqué une représentation fondée sur l’appartenance identitaire, les « racisés », plutôt que sur l’adhésion à un projet civique commun.

Aly Diouara est allé plus loin encore. Il a défini explicitement les « gens de chez nous » comme étant exclusivement « noirs et arabes » et a expliqué qu’il n’avait vocation à défendre que ces derniers. Il a donc assumé une préférence politique fondée sur l’origine, excluant de fait d’autres citoyens du champ de sa représentation légitime. Il ne s’agit plus ici de sociologie, mais d’une approche racialiste, où la loyauté politique est indexée à l’appartenance — une forme de suprémacisme, au sens strict : la hiérarchisation des groupes humains en fonction de leur origine.

Dans le même registre, Carlos Martens Bilongo a tenu un discours valorisant explicitement le nombre, la fécondité, l’endurance et la supériorité démographique des populations qualifiées de « racisées[1] ». La légitimité politique n’y repose plus sur le droit ni sur le citoyen abstrait, mais sur la dynamique biologique et démographique. Le peuple devient une force, la démocratie la traduction d’un rapport de force.

Carlos Martens Bilongo a aussi insisté sur la pauvreté intellectuelle des gens du Nord, expliquant leur racisme ! Un amalgame assumé puisque visant les « Chtis ».

Ces propos ne sont ni ambigus ni sortis de leur contexte. Ils sont écrits, filmés, revendiqués. Pris isolément, ils pourraient être relativisés. Pris ensemble, ils forment un système.

À cela s’ajoutent des formulations venues du champ militant et syndical. En 2017, une responsable étudiante de l’UNEF a pu appeler publiquement à la mort des « Blancs », qualifiés de « sous-race », sans que cela ne provoque l’effondrement immédiat du cadre moral censé rendre de tels propos impensables. Ce qui frappe n’est pas seulement la violence des mots, mais l’absence de rupture nette avec les catégories idéologiques qui les rendent possibles.

Enfin, dans le registre théorique, il y a quelques années, Houria Bouteldja a affirmé qu’il fallait « éradiquer la blanchité », présentée comme une construction morale à dissoudre. Peu importe ici le vernis conceptuel : le principe posé est celui de l’illégitimité d’un groupe humain désigné, non pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est censé incarner.

Nous ne sommes plus dans la critique de l’universalisme républicain. Nous sommes dans son remplacement assumé par une lecture ethnico-raciale du politique.

Et ce basculement n’est pas né d’hier.

Bien avant les discours : le réel à hauteur d’enfant

Bien avant les déclarations de députés lfistes et les controverses médiatiques, ces logiques existaient déjà — à bas bruit, dans les quartiers, à hauteur d’enfant.

À la fin des années 1980, dans mon quartier, à la Cité-Neuve de Lens, on jouait déjà des matchs de football identitaires. Des France–Maroc. Ce n’étaient ni des blagues ni des provocations politiques. C’était spontané, évident, assumé. Les jeunes Marocains ne voulaient plus se mélanger avec ceux qu’ils désignaient déjà comme « les Français ».

Le terrain de foot devenait un espace de séparation. Le jeu collectif se transformait en affrontement symbolique. Chacun son camp, chacun son drapeau imaginaire, chacun son récit. La France n’était plus le cadre implicite du jeu. Elle devenait une équipe parmi d’autres. Un camp adverse.

À l’époque, dire que ces scènes annonçaient quelque chose de plus profond aurait été jugé excessif. Pourtant, tout était déjà là : la séparation, la nomination de l’autre, la politisation précoce de l’identité.

Quand le récit remplace la loi

Une autre scène, à la même époque, dit peut-être encore plus clairement ce qui était déjà à l’œuvre.

Un jour, dans les jardins des corons, j’ai surpris des jeunes en train de voler des survêtements de marque. Pas dans un centre commercial anonyme, mais dans ces jardins ouvriers hérités du monde minier, symboles d’une France populaire, laborieuse, enracinée.

Je les ai interpellés, presque naïvement. Je leur ai demandé pourquoi ils faisaient cela.

La réponse m’a sidéré par sa tranquillité.

Ils m’ont expliqué qu’ils se vengeaient de la colonisation. Qu’ils se « remboursaient » de la colonisation. Voler un Français n’était pas grave, puisque c’était, selon eux, une forme de justice historique. Une compensation. Un dû.

Ce qui frappait, ce n’était pas la délinquance — elle a toujours existé. C’était la justification idéologique. La loi commune était remplacée par un récit. La responsabilité individuelle par une dette collective. Le vol devenait moralement acceptable dès lors que la victime appartenait au camp désigné comme coupable par l’Histoire.

Quand la démographie devient une arme morale

Au début des années 1990, une autre scène a achevé de me faire comprendre ce qui se jouait.

Un enfant d’origine algérienne avait frappé une petite fille. Les parents de celle-ci sont allés voir les parents du garçon, pensant obtenir des excuses ou une sanction. Le père a refusé toute punition et expliqué qu’il était hors de question que son fils s’excuse devant des « chiens de Français ».

Puis il a tenu un discours glaçant par sa clarté : un jour, disait-il, les Algériens seraient plus nombreux. Ils feraient plus d’enfants. Les Français « ramperaient » devant eux pour la colonisation et l’humiliation subie.

Cette scène m’a rappelé une phrase souvent attribuée à Houari Boumédiène, selon laquelle l’Europe serait un jour conquise par le ventre des femmes du Sud. Qu’elle soit parfaitement authentique ou non importe peu : elle circulait déjà, elle imprégnait les imaginaires.

La logique démographique comme revanche historique n’est pas nouvelle. Elle existait déjà, bien avant d’être formulée dans le débat public.

La revanche postcoloniale comme matrice mentale

Les discours militants apparus plus tard ne sont pas des inventions ex nihilo. Ils sont la reformulation politique d’un imaginaire ancien, largement diffus.

La revanche postcoloniale était au cœur de la propagande du FLN en Algérie. Elle a structuré durablement le rapport à la France. Elle ne s’est pas dissoute avec l’indépendance ; elle s’est transmise, parfois explicitement, parfois par imprégnation, dans les familles et les récits.

À cette obsession de la revanche s’ajoute souvent une obsession identitaire : l’idée que l’on pourrait vivre ici « comme au bled », tout en exerçant un pouvoir politique inspiré de modèles autoritaires, militaires, peu tolérants. Mais l’enjeu n’est pas la démocratie. L’enjeu central est ailleurs : l’humiliation symbolique de la France.

Quand les États légitiment le ressentiment

Cette logique n’est plus seulement militante ; elle est aujourd’hui institutionnalisée.

L’Algérie a adopté des positions officielles visant à criminaliser la colonisation française et à réclamer des réparations. La colonisation devient un capital symbolique renouvelable.

Le plus grave est que cette stratégie a trouvé, en France même, des alliés objectifs au sommet de l’État. Lorsque Emmanuel Macron affirme qu’il n’existe pas de culture française, il n’énonce pas une abstraction philosophique : il envoie un signal politique. Lorsqu’il qualifie la colonisation de crime contre l’humanité en Algérie, il valide un cadre narratif immédiatement exploité.

La France se retrouve sommée de se taire chez elle et de payer ailleurs.

Payer ailleurs… et payer ici

Mais elle est aussi sommée de payer ici.

Dans certains quartiers populaires, s’est installée une conviction dangereuse : transgresser serait excusable, sanctionner serait raciste. Faire respecter la loi deviendrait une violence.

Lorsque le coût des émeutes est collectivisé, lorsque les assurances — donc l’ensemble des assurés — prennent en charge les destructions, le message est clair: la responsabilité se dilue, la violence se socialise.

La boucle est bouclée. La culpabilité historique devient un argument politique. La transgression, une réparation. L’intégration a réussi. C’est l’assimilation qui a été abandonnée. Il faut ici renverser le diagnostic : l’intégration n’a pas échoué. Elle a réussi. Mais elle a intégré autre chose que la France. On a réduit l’intégration au social et à l’économie. On a renoncé à l’assimilation — c’est-à-dire à l’adhésion exigeante à une culture d’accueil assumée. On a dit : « Venez comme vous êtes. Vous êtes un enrichissement. »

Intégrer des différences sans leur demander de se dépasser produit mécaniquement du communautarisme. Ce n’est pas une trahison ; c’est une conséquence logique.

Conclusion — La fable, enfin prise au sérieux

La fable est connue. La grenouille veut se faire plus grosse que le bœuf. Elle se gonfle d’abstractions, de vertu, de bonnes intentions, jusqu’à oublier le réel.

Cette fable est profondément française. Elle dit notre tentation récurrente de confondre les lois avec la société, les décrets avec les hommes, les concepts avec la vie. Nous avons cru qu’énoncer l’universel suffisait à faire advenir le commun. Nous avons préféré l’idéologie au terrain, le verbe à la transmission, l’abstraction à la chair.

Ce sont les idéologues de la République universaliste qui ont enfanté ce qui vient. Ils peuvent se dire surpris, choqués, dépassés. Mais cette République ethnico-racialisée n’est ni un accident ni une trahison de leur projet. C’est leur bébé. Et pendant qu’ils continuent de parler dans le ciel des idées, le réel, lui, parle déjà. Il parle cru. Il parle sans détour. Il parle la langue qu’aucun décret ne corrige. La République ethnique ta mère la France !

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[1] « La lutte contre le racisme passe par une prise du pouvoirMoi je ne vais pas laisser ces racistes faire leur petite vie avec les milliardaires et insulter les gens à la télé. On va leur montrer qu’on est plus nombreux. Ils ont voulu se foutre de nous, nous on est plus intelligents, on est plus endurants et si on fait plus de gosses qu’eux et bien tant pis pour eux. »



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