photo : The Green Party

La patience n’est pas la plus grande vertu des journalistes, ni des politiques d’ailleurs. Alors, à défaut d’avoir que ce soit de sérieux à se coller sous la dent du côté des primaires socialistes ou vertes, on échafaude, on murmure, on colporte.

Dernière rumeur en date, il n’y aurait pas de candidat d’Europe Ecologie – Les Verts à la présidentielle. Dit comme ça, ça n’a pas l’air de tenir la route. Mais à y regarder de plus près, en rassemblant quelques vagues épisodes qui avaient pu nous échapper, on se surprend à penser « et pourquoi pas ? »

Premier indice, ce que répète depuis un an Daniel Cohn-Bendit, médecin accoucheur d’EELV et depuis emmerdeur patenté de la boutique : si le candidat socialiste se montre raisonnable, ouvre de vraies discussions et lâche surtout une vingtaine de sièges de députés (gagnables évidemment) aux Verts, il ne voit pas l’intérêt d’aller au carton dans une élection où toutes les voix, dès le premier tour vont être chères. Longtemps défendue dans le désert, cette stratégie commence à trouver des échos chez les écolos, et de l’autre main, chez François Hollande. Elle aurait le mérite de la clarté et du cynisme. Après tout, si le Vert sait être cynique comme les autres, c’est la preuve qu’il grandit.

Deuxième indice, Jean Paul Huchon, le président PS de la région Ile-de-France est menacé d’inéligibilité pour une sombre histoire de campagne publicitaire lancée justement pendant sa campagne électorale. Le conseil d’Etat doit statuer sur son sort dans les semaines à venir. De mauvaises langues, de droite comme de gauche, racontent que si par malheur, ce soutien à DSK devait sauter, la présidence de l’institution pourrait immédiatement être proposée par la majorité PS à une élue régionale du 9/4 nommée Cécile Duflot, par ailleurs patronne en titre des Verts. Le tout en échange d’un sourire et d’une poignée de main, probablement…

Troisième indice, Jean-Vincent Placé, autre élu Vert au conseil régional d’Ile-de-France, homme de toutes les négociations avec le PS (y compris quand il s’agit de les faire échouer) devrait devenir sénateur de l’Essonne en septembre prochain. Le PS a lâché 13 places éligibles au Sénat à ses alliés Verts, quitte à pousser à des places non éligibles des sénateurs – en fait, assez souvent des sénatrices – socialistes pur sucre. Comme une préfiguration de ce qui pourrait se jouer aux législatives de 2012 ?

Quatrième indice : qui peut croire à une compétition sérieuse entre Nicolas Hulot et Eva Joly ? Personne, et cela en dépit du fait que Hulot pourrait faire des voix. La machine à disqualifier s’est mise en route. D’un côté, on délégitime l’ancien animateur de TF1, dépeint comme un suppôt de droite de l’écologie bling-bling. C’est curieux, on faisait moins les difficiles, quand il s’agissait d’encenser les pompeux navets de Yann Arthus Bertrand… De l’autre, on murmure à voix de plus en plus haute qu’Eva Joly ne cesse de prouver qu’une icône de la justice aveugle peut être très myope en politique. Hulot donc ne serait pas kasher et Joly, elle, a juste l’étoffe pour planter la candidature verte, façon Tchernobyl ou disons Lipietz.

Si vous voulez tout savoir, je ne suis pas loin de penser qu’on va laisser ces deux-là s’étriper joyeusement, pendant que les grosses légumes (bio, hein) discutent en douce et entre adultes avec le PS. Après quoi, avec comme prétexte en or l’impérieuse nécessité d’éviter un nouveau 21 avril, les Verts pourraient renoncer à la course présidentielle, avec un contrat de gouvernement limpide à la clé. Je vois arriver d’ici les communiqués.

On résume : la présidence d’une région riche et emblématique pour faire des chouettes expérimentations écolos, des sièges et des groupes parlementaires à l’Assemblée et au Sénat, des ministères régaliens et des secrétariats d’Etat à gogo, un contrat de gouvernement avec plein de nouveaux Grenelle dedans et un futur président socialiste aux mains liées… De Montreuil à Oberkampf, que demande le peuple ?

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