Pour les médias, le racisme anti-blanc n’existe pas. Au cours de votre enquête, avez-vous découvert des foyers de « blancophobie » ?

Le phénomène que l’on appelle « racisme anti-blanc », objet de mon livre, est en effet peu évoqué dans l’espace public et les grands médias. Il existe pourtant des quartiers, des environnements, notamment dans le milieu scolaire, où il existe une véritable intolérance visant les « blancs », c’est-à-dire les personnes perçues comme des « Français de souche ».

La notion de racisme, ici, est à comprendre comme étant une forme d’intolérance envers un individu en raison de son appartenance, réelle ou supposée, à une ethnie ou à un groupe. Il est manifeste que les « Français de souche » vivant dans certaines banlieues autour des grandes agglomérations sont particulièrement touchés par cette hostilité. Cette dernière, couplée à des problèmes liés à l’insécurité, font fuir des familles, et pas uniquement « Françaises de souche », ce qui renforce une certaine forme d’homogénéité dans certaines localités.

Comment expliquez-vous l’aveuglement des associations antiracistes officielles face à ce qu’elles considèrent comme de simples délits de droit commun ? N’est-ce pas un cadeau fait au Front National ?

Je n’ai jamais été dans une démarche de dénonciation globale des associations antiracistes. Cependant, le sentiment de deux poids-deux mesures chez les victimes de racisme anti-blanc devrait amener ces associations à réfléchir sur une meilleure prise en compte de ce phénomène. Je crois que ces associations ont parfois du mal à concevoir qu’une victime peut être un « Français de souche » et que malheureusement, le racisme est partagé par des individus de toutes origines. Il ne s’agit évidemment pas de nier les racines sociales de cette forme de racisme, mais ces racines ne doivent pas occulter la réalité. Dans l’imaginaire, une victime de racisme ne peut être qu’une personne issue d’une minorité « ethnique ». Mais dans certains lieux, la minorité n’est pas toujours celle à laquelle on pense.

Nier l’existence de ce phénomène ne fait qu’amplifier la frustration des victimes et laisse le monopole de ces questions à des mouvements qui prétendent être les seuls à voir la réalité et à comprendre les souffrances de nos concitoyens.

Dans Fractures françaises, Christophe Guilluy démontre l’existence de ghettos ethniques et territoriaux autoconstitués largement indépendants de la condition sociale de leurs habitants. Dans ces conditions, comment réparer la mécanique assimilatrice républicaine ?

Pendant longtemps, l’école républicaine était un moyen privilégié de de s’assimiler à la société dans son ensemble. Force est de constater que cette « intégration sociale » au reste de la société grâce à l’école est aujourd’hui beaucoup moins évidente. Il faut donc s’interroger sur les raisons de cet échec et y remédier.

Je suis convaincu qu’une des raisons essentielles est le changement d’état d’esprit à l’école. Pour adapter le savoir à l’auditoire, on y étudie des textes de rap ou des textes de qualité médiocre au détriment d’œuvres de notre culture plus « classique », beaucoup plus exigeantes. Cela freine le processus d’intégration sociale et le sentiment d’appartenir au même ensemble.

De plus, le manque de présence de l’État, notamment en matière de police, dans ces quartiers, livre un certain nombre d’habitants à eux-mêmes. L’insécurité risque d’encore aggraver la situation : les citoyens, sentant que l’État n’assure plus le respect de la justice, pourraient développer d’autres moyens de se défendre ou faire confiance à des groupes qui représenteraient une légitimité parallèle à celle de l’État.
Ainsi, un changement dans la démarche éducative et une présence accrue des représentants de l’État dans ces quartiers, pourraient, entre autres, redonner toute sa force à notre modèle français. Ce dernier a fait ses preuves, il mérite d’être remis au goût du jour.

*Tarik Yildiz, essayiste et chercheur, auteur de Le racisme anti-blanc. Ne pas en parler : un déni de réalité publié aux Editions du Puits de Roulle

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