Nous ignorons si nos contemporains s’interrogent encore sur la suite donnée à la carrière du sociologue Daniel Lindenberg, après qu’il a commis un petit pamphlet confus intitulé Le Rappel à l’ordre . Ce follicule, conçu comme un listing d’auteurs jugés ontologiquement infréquentables, avait eu pour seul mérite de réunir Alain Finkielkraut et Alain Badiou sous la bannière de la « réaction » près d’une décennie avant la parution de leur livre L’explication.

Nos pensons pour notre part avoir mis la main sur quelques rejetons du « lindenbergisme ». Ils séviraient dans les colonnes des Inrockuptibles, quelque part entre les critiques cinémas du genre « les films cathos sont-ils cools ? » et les pages littérature façon « l’un et l’être de Plotin à Christine Angot ».

C’est en tout cas une hypothèse que nous formulons après la lecture d’un billet intitulé « comment les réacs ont échoué à décrédibiliser l’homme de gauche », paru sur le site du journal. Quoique l’aptitude du « linderbergisme » à dresser des listes semble s’être passablement émoussée, l’auteur-e y fustige deux figures qu’elle semble juger spécialement urticantes : Philippe Muray (vilipendé comme anar de droite), et Jean-Claude Michéa (fustigé comme anar de gauche). Tous deux seraient coupables d’incarner « une idéologie rétrograde jusqu’à l’écœurement » qui « se répand en se faisant passer pour anticonformiste ». Beurk.

Après avoir achevé de régurgiter son quatre-heures, la consœur-censeur poursuit : « du rejet des Arabes à l’antisionisme, ratiocineurs de droite et anars de gauche se rejoignent dans une même haine ». Là, l’horreur nous conduit au bord de la spasmophilie psychosomatique.

Par chance, l’indignée achève son texte sur une note d’espoir : « on constate aujourd’hui, après la primaire, que leur tentative de ringardiser l’homme de gauche aura complètement échoué ». C’est vrai. Toutefois, faute de « ringardiser » la gauche, Les Inrockuptibles pourraient bien parvenir, à force de nigauderies dans ce genre-là, à la ridiculiser. Comme disait l’autre : « protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ».

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