On a le droit d’être en désaccord avec Eric Zemmour. C’est écrit dans la Déclaration des droits de l’Homme – et dans Causeur. L’ennui, avec Dominique Sopo, le patron de SOS Racisme, c’est qu’on se demande s’il est encore permis d’être d’accord avec Zemmour. Et ce qui est encore plus fâcheux, c’est que quand Sopo n’est pas d’accord avec quelqu’un, il exige qu’on le fasse taire. Enfin, quelqu’un, façon de parler. Parce que ces temps-ci sa principale contribution au débat public consiste à réclamer la tête d’Eric Zemmour. Dans ce beau combat pour la censure, il en est à sa deuxième tribune dans Le Monde. Et on ne compte pas les passages radio ou télé. À croire que pour Sopo, la lutte contre le racisme passe par l’éradication de la liberté de penser et de parler.

Cette fois, c’est le jugement de Zemmour sur Christiane Taubira qui stimule l’ardeur répressive de Sopo. Au passage, Sopo dispense tous azimuts un avertissement sans frais: critiquer Taubira, c’est s’exposer à l’accusation de machisme et de racisme. Tenez-vous le pour dit !
Attention, Sopo ne dit pas que Zemmour est raciste, il parle de « vision racialisée de la société ». Ben voyons. Faux, réplique Zemmour, quand j’attaque Taubira, je ne m’attaque pas à une femme ou à une Noire, mais à une idéologie. De fait, il y a bien une vision idéologique de l’histoire et du monde dans la loi Taubira de 2002 qui érige l’esclavage et la traite au rang de crimes contre l’humanité dont la négation elle-même est un crime. En effet, dès son article premier, cette loi exclut de son champ les traites interafricaines – pourtant responsables, d’après des historiens sérieux, de près de la moitié des victimes. Peu importe, le seul crime dont il faut perpétuer le souvenir et honorer les victimes, c’est le crime raciste, perpétré par des Blancs sur des Noirs. L’histoire de l’Europe en regorge. Mais des Noirs massacrés par des Noirs méritent-ils l’oubli pour autant ?

Tout cela et bien d’autres choses devraient être l’objet de notre querelle commune. Seulement voilà, Dominique Sopo aime condamner, pas discuter. Il ne veut pas argumenter, il veut sanctionner, interdire, exclure. Ce défenseur de la tolérance, cet amoureux de la différence ne comprend pas qu’on puisse ne pas penser comme lui sans être un salaud ou un idiot. Bref, Sopo ne connaît pas de contradicteurs intellectuels ou d’adversaires idéologiques, il n’a que des ennemis. Ce doit être bien triste de vivre dans un monde où tout le monde pense comme soi. Tant pis pour Sopo. Mais au moins qu’il n’en dégoûte pas les autres. Or, Sopo semble ignorer que des millions de gens aiment être surpris, agacés, parfois choqués et toujours stimulés, par une idée qu’ils ne partagent pas. Il n’y a pas de vie sans conflit. C’est donc à l’honneur de RTL – station où j’ai le privilège d’intervenir – qu’on y entende Eric Zemmour et Rokhaya Diallo, Alain Duhamel et Ivan Rioufol, Jean-Michel Apathie et Laurent Gerra. Pardon pour les grands mots, cher Dominique Sopo, ça s’appelle la liberté. Et ça s’appelle la démocratie.

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Elisabeth Lévy
Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle fait partie des chroniqueurs de Marc-Olivier Fogiel dans "On refait le monde" (RTL). Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "La gauche contre le réel (Fayard), sorti en 2012.
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