J’ai fait un rêve l’autre nuit : 2013 était décrétée année sans « affaires ». Je ne parle pas ici de l’affairisme, des financements occultes politiciens, des emplois fictifs, du sang contaminé, des ballets roses ou du petit Grégory, qui sont la moelle et font le sel de notre République. Non, je veux parler de « l’affaire des affaires » qui mine la vie intellectuelle depuis au moins quinze ans, fait couler beaucoup d’encre pour rien, et vendre beaucoup de papier à la presse.

Aussi loin que mes souvenirs de lecteur conscient remontent, il y a toujours eu une « affaire » à se mettre sous la dent, en toute saison. Il y a eu une affaire Camus, une affaire Finkielkraut, une affaire Nouveaux réactionnaires, une affaire Dantec, une affaire Houellebecq, une affaire Soral-Dieudonné, une affaire Zemmour, une affaire Kundera, une affaire Taguieff, trois cent soixante-deux affaires Nabe, une affaire Deutsch, une affaire Millet et j’en passe, et j’en oublie, et il faudrait enfin que je pense à en demander à Daeninckx, Laure Adler ou Pascale Clark la liste complète.

Je crois que maintenant que le ménage avait été fait et qu’il ne restait plus le moindre mouton noir dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, nous décidions collectivement de passer à un autre sport sans risque.
Ainsi, en 2013, dans mon rêve, Finkielkraut défendait les Palestiniens, Millet embrassait l’islam, Camus devenait bénévole à la CIMADE, Zemmour dealait dans un « quartier », Taguieff dénombrait les agressions de citoyens français noirs, Nabe fait son alyah, Dantec militait au PS, et Elisabeth Lévy refusait le débat « parce qu’à la fin c’est fatigant, j’veux dire ». Enfin, chacun s’indignait.

Pour le reste, Benoît XVI s’affirmait contre le Sida, Tariq Ramadan athée, Michel Onfray cistercien et Marine Le Pen fleuriste.

J’ai fait un rêve l’autre nuit : 2013 était ennuyeux comme la pluie.

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