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Trump, Sissi, H&M, burqa, etc.

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Al-Sissi vote Trump

Par Gil Mihaely

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a été récemment invité par l’une des stars de CNN, Erin Burnett. Dans un tête-à tête fascinant sur le plateau de l’émission OutFront, al-Sissi a passé en revue les candidats à la présidentielle américaine, et il n’a pas vraiment caché ses préférences.

Quand son hôte lui a demandé ce qu’il pensait des déclarations de Donald Trump sur la limitation voire l’interdiction d’entrée des musulmans aux États-Unis, Sissi, qui a déjà rencontré le candidat républicain, s’est montré extrêmement compréhensif : « Pendant les campagnes électorales, beaucoup de déclarations sont faites, beaucoup de choses sont dites. Mais gouverner le pays est une tout autre affaire. » Et comme Erin Burnett insistait lourdement sur la xénophobie de Trump, Sissi a lui aussi remis le couvert : « Pendant une campagne, on peut avoir une certaine vision des choses, puis cette vision évolue grâce à l’expérience, à la lecture de rapports et aux conseils des experts. »

Pour que ses préférences soient encore mieux comprises, le taquin président égyptien en a rajouté une couche quand son intervieweur lui a demandé s’il pensait qu’« Hillary Clinton ferait une bonne présidente ». Réponse d’al-Sissi : « Les partis politiques aux États-Unis ne laisseront jamais un candidat inapte à diriger un État de cette importance arriver à ce niveau. » En clair, cela signifie qu’Hillary a les compétences requises pour le job – ce que peu de gens remettent en cause, mais qu’elle n’est ni plus ni moins qualifiée que son concurrent, ce qui aux USA est une opinion beaucoup plus « controversial ».

Pour expliquer cette pique, on a l’embarras du choix. L’ancien chef d’état-major égyptien devenu chef d’État a pu être blessé par les propos de Mme Clinton qualifiant l’Égypte de « dictature militaire ». À moins qu’il ait gardé une dent contre celle qui, quand elle était secrétaire d’État, a laissé choir sans états d’âme son fidèle allié Hosni Moubarak. Deux sujets qu’Erin Burnett n’a sans doute pas eu le temps d’aborder…[access capability=”lire_inedits”]

Feuillets d’automne…

Par François-Xavier Ajavon

En automne les feuilles tombent avec mélancolie, les balades en forêt deviennent des aventures esthétiques faramineuses, les Russes font des révolutions bolchéviques et les Américains élisent de nouveaux présidents. Ainsi Alphonse de Lamartine, qui avait un jugement sûr, écrivait à ce propos : « Feuillages jaunissants sur les gazons épars ! / Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature / Convient à la douleur et plaît à mes regards ! » Bref, il fait déjà froid, et nous voici dans le dur de l’année. Signalons d’abord, dans l’actualité de ces derniers jours, l’entrée d’un nouveau mot dans la langue française : « tripalement ». Voilà un événement ! Nous devons ce néologisme vertigineux à la comique écologiste Cécile Duflot, qui a twitté : « Vous êtes blanc – comme moi – donc vous ne comprenez pas tripalement ce qu’est vivre le racisme. » Bad trip… Voilà un mot qui rejoindra certainement bientôt « bravitude » dans le cimetière des « novations » lexicales de la gauche de gouvernement.

Dans un registre voisin, on nous annonce que Batman a été retrouvé mort à Sevran. Pour être plus précis, un sexagénaire a été découvert sans vie dans la ville chaude de Seine-Saint-Denis, face contre terre, dans le costume du fameux super-héros justicier et taciturne de Gotham City. Une source policière a confirmé : « Il portait une cagoule, un string, un collant, un haut en Lycra, et des gants et des bottes en caoutchouc. » Le voisinage a indiqué que ce senior actif avait l’habitude de déambuler ainsi, nuitamment, dans les rues de la ville. Les héros occidentaux sont fatigués.

L’avenir c’est peut-être la Chine ? L’agence Chine Nouvelle nous apprend que l’Empire du Milieu s’est enthousiasmé il y a peu pour un récit digne d’Hollywood : le héros de la fable, un Sud-Africain attaqué par un malandrin à son domicile du Cap, a échappé à la mort grâce à son smartphone Huawei, made in China, qu’il portait dans la poche de sa chemise… La merveille technologique a en effet arrêté net une balle de 9 mm tirée quasiment à bout portant. Jadis, dans les westerns, c’était des bibles qui stoppaient par miracle les munitions des carabines Winchester et sauvaient la vie des héros. Il faudra s’habituer au western du far east.

Par ailleurs, sachez que le pangolin est en voie de disparition. Nous l’apprenons par des ONG de défense des animaux qui tirent le signal d’alarme. Le fameux artichaut sur pattes, victime de trafics incessants, est en danger. La situation est critique. Le drame dans le drame ? Le pangolin suscite peu d’intérêt. La concurrence victimaire est déloyale par rapport aux éléphants et aux rhinocéros. Le pangolin se meurt. Je vous le dis en toute franchise, tripalement, cela m’abat.

Procès verbeux

Par Jonathan Siksou

Le 1er juin, une femme portant un voile intégral est contrôlée par un policier dans une rue de Champigny-sur-Marne.

Comme le veut la procédure, ce contrôle donne lieu à un procès-verbal. Moins fréquent, l’agent, qui a respecté la loi de 2010 sur l’interdiction de la « dissimulation du visage dans l’espace public », reçoit ensuite les félicitations de son commissaire. Dans sa lettre, celui-ci écrit : « Je tiens à vous exprimer ma reconnaissance pour votre action, laquelle s’inscrit dans la lutte contre tous les phénomènes de communautarisme qui s’inscrivent délibérément hors des fondements de la République française. Je vous encourage vivement à poursuivre dans cette voie, la seule permettant de sauvegarder les valeurs de l’Occident. » Choqué ou fier de ce courrier, on ne sait, il le fait circuler jusqu’à ce qu’il arrive à la préfecture de Police de Paris.

Et là, ça ne rigole pas : « Les termes employés dans ce document sont inappropriés et le chef de service va faire l’objet d’une lettre de son directeur afin que ce type de propos ne soient pas réitérés », assure la PP qui ne fournit pas d’explication de texte. À nous de comprendre que « valeurs » et « Occident » seraient des mots indignes sous la plume d’un représentant de la force publique, et qu’ils ne s’accordent pas aux « fondements de la République française ». En plus, « Occident » ça rime avec « Blanc », ce qui fait tâche sur notre vivre-ensemble-multiculturel.

Nous savons grâce à Jacques Chirac que la France a des racines musulmanes, nous ignorions encore que ce n’était pas un pays occidental. Enfin, si la police nationale ne doit plus défendre « les valeurs de la République », à nous peut-être de lui trouver de nouvelles attributions. La principale activité de la Poste n’est-elle pas désormais le service bancaire ? Et celle de la SNCF, le transport routier ? Impossible n’est pas français ! Et pardon pour ce dicton un rien xénophobe.

Black Hair Matter 

Par Sami Biasoni

Alors que les médias outre-Atlantique dressent à l’envi les nécrologies d’hommes noirs plus ou moins armés, abattus par des policiers plus ou moins racistes, trois femmes « afro-américaines » ont récemment saisi la Cour de justice fédérale de Californie dans le but d’engager un recours collectif à l’encontre de SoftSheen-Carson, filiale « ethnique » du géant franco-mondial de la cosmétique, L’Oréal.

Dénonçant les dommages qu’elles ont subis – chutes massives de cheveux – en s’appliquant un lissant capillaire prétendument moins nocif que les produits d’usage courant similaires, et invoquant l’étendue probable des dégâts induits chez d’autres consommatrices, les plaignantes réclament un minimum de cinq millions de dollars de dédommagement, au titre des préjudices causés.

Dans un pays où de telles pratiques de droit sont monnaie courante, l’affaire aurait pu passer inaperçue si elle n’était portée par le redoutable cabinet d’avocats Geragos & Geragos, connu pour avoir entre autres défendu l’honneur et les intérêts de Michael Jackson, ou plus récemment ceux de Chris Brown, dont les élans de « tendresse » conjugale ont indigné l’opinion. Et bien sûr, cette class action serait probablement restée lettre morte si elle ne s’inscrivait dans une lourde filiation de revendications communautaires qui structurent aujourd’hui la société américaine.

Dans les années 1970, Angela Davis consacrait la dimension symbolique d’une coiffure afro qu’elle arborait comme marqueur d’émancipation. Deux générations plus tard aux États-Unis, le cheveu des femmes noires est devenu un véritable nœud d’ « intersectionnalité » des luttes : celui où s’entremêlent les résistances à l’oppression masculine, à la discrimination raciale et aux diktats esthétiques de l’Occident.

D’aucuns considèrent ainsi qu’au même titre que le blanchiment de peau, le lissage de cheveux est l’artifice des traîtres à la cause noire, ces « Oreo » américains, ou ces « Bounty », comme disent les jeunes identitaires blacks de chez nous, noirs à l’extérieur mais blancs au-dedans. Parfois, la vie, c’est comme au cinéma : d’un côté, le Bounty, de l’autre, les révoltés.

Femmes libérées, mangez des frites !

Par Paulina Dalmayer

Que ce texte puisse vous paraître sans intérêt, chers lecteurs, ne vous dispense pas d’en retenir l’essentiel, à savoir que votre mensuel préféré se montre sensible à un problème majeur de la société, lequel concerne, non pas la courbe fluctuante du chômage ou le rétablissement des frontières dans l’espace Schengen, mais la question de la « confiance en soi » de chacun(e) d’entre nous.

À l’unisson de tous les titres de presse sérieux (vous avez dû vous en apercevoir), nous partageons la préoccupation des milliers d’êtres humains en surpoids, majoritairement de sexe féminin, de s’affirmer comme tels, c’est-à-dire comme des êtres humains en surpoids. Bref, les gros, et surtout les grosses, élèvent la voix et, contre toutes les salopes qui entrent dans du XS, voire dans du M, réclament une fat-pride.

À l’origine de cette mobilisation citoyenne, la vigilance et le courage d’une jeune femme ronde, qui a constaté que certaines marques de prêt-à-porter, notamment le géant suédois H&M, trichaient sur les mensurations des vêtements mis en vente. Dans les faits, un « 44 » correspondait en réalité à un « 42 » très serré et – comble de perversité –, pour s’habiller au-dessus de « 44 », il fallait piocher dans la collection « grandes tailles », laquelle offre habituellement un choix plus que limité de modèles, en général des basiques conçus avec autant de style qu’une bâche de camion.

L’indignation suscitée par la dénonciation de cette pratique discriminatoire est vite devenue universelle. Aussitôt, l’enseigne incriminée s’est répandue en excuses via son compte Facebook, tout en lançant illico une nouvelle campagne publicitaire, « apaisante et positive », dont l’objectif revendiqué était de « montrer la féminité dans toute sa complexité ».

Ainsi, avons-nous eu droit à des vidéos montrant une actrice septuagénaire, un mannequin transgenre, ou encore une ex-boxeuse thaïe, dans des tranches de vie forcément naturelles et jubilatoires : l’une mange des frites au lit, l’autre se cure les dents à table, la troisième s’assoit dans le métro les jambes écartées.

Un aggiornamento qui devrait enchanter le nouveau maire de Londres. Rappelons qu’une des premières mesures de Sadiq Khan a été d’interdire dans les transports publics de sa ville les publicités susceptibles de faire pression sur les femmes afin qu’elles se conforment à un physique idéalisé. « Pendant les déplacements en métro ou en bus, personne ne devrait se sentir oppressé par des attentes irréalistes liées à son corps », avait-il tranché.

Nous voilà projetés à l’orée d’une nouvelle ère, définissant la féminité de manière inclusive, entendez avec du poil aux pattes, des bourrelets et autres disgrâces stimulantes pour notre esprit de tolérance. C’est dire qu’on s’applique d’ores et déjà à se lécher les doigts à la rédaction, fouillant le fond des paquets de chips dans le plus strict respect de la parité.[/access]


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