Une des caractéristiques du touriste, c’est qu’il aime mépriser les autres touristes!


Être qualifié de « touriste » est devenu une honte. Rares sont ceux qui y échappent, à moins d’être hommes d’affaires ou migrants. Les premiers ont tous les droits, les seconds n’en ont aucun, mais au moins échappent-ils à la qualification calamiteuse de touriste. Une des caractéristiques du touriste, c’est qu’il aime mépriser les touristes, les blâmer et qu’il ne veut en aucun cas être confondu avec eux. Le passage des frontières le rappelle à cette humiliante réalité. Qu’il le veuille ou non, il est un touriste, alors qu’il n’aspire qu’à être un citoyen du monde, sans renoncer pour autant à ce qu’il chérit le plus : sa singularité.

L’humanité a perdu quelque chose

Il tient d’autant plus à cette singularité que l’image du touriste est en général associée à la laideur et à la gaucherie. Être confondu avec sa concierge qui aurait reçu dans une pochette surprise un coupon cadeau pour un séjour à Malte dans un quatre étoiles, quelle honte ! L’écrivain italien Roberto Calasso note que dans le regard porté par un touriste sur un autre touriste, l’humanité se regarde elle-même et pressent qu’elle a perdu quelque chose. S’y mêlent un certain embarras et un soupçon de réprobation d’autant plus violent que réprimé, car le touriste se veut dépourvu de tout préjugé raciste, sexiste ou antidémocratique. Karl Kraus a dit qu’avec la démocrati

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Été 2019 - Causeur #70

Article extrait du Magazine Causeur

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