Vladimir Poutine. Sipa. Reportage n°AP20290930_000002.

Même si la survie de l’Etat islamique s’explique essentiellement par le jeu des puissances régionales, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie ou de l’Arabie Saoudite, force est de constater que les limites territoriale de ce proto-Etat peuvent être utilement rapprochée des Empires qui se succédèrent à l’aube de l’histoire au Moyen-Orient.

En premier lieu, la mainmise de l’Iran sur le sud de l’Irak n’est pas sans rappeler l’antique complémentarité entre le foyer de l’Elam, à mi-chemin entre plaine et montagne, et la riche plaine de Mésopotamie dans laquelle fleurit la civilisation de Sumer. Dotée en abondance de naphte et de céréales, Sumer importe des montagnes iraniennes le bois, la pierre et les métaux indispensable à la construction de sa civilisation très avancée. Plus tard, la conquête perse de la Babylonie préservera ce foyer majeur de civilisation et l’incorporera à l’Empire. Les liens actuels entre l’Iran et la partie chiite de l’Irak, s’enracinent par conséquent dans une complémentarité vieille de cinq milliers d’années, la plaine mésopotamienne ayant inventé l’agriculture au moment où le piémont iranien domestiquait moutons et chèvres. Il n’est donc pas négligeable de constater que l’antique territoire de Sumer, partie la plus avancée de la Babylonie, échappe aujourd’hui au contrôle de l’Etat islamique au profit de l’Iran.

Dans sa forme actuelle, le territoire de l’Etat islamique correspond à celui de la civilisation d’Akkad, située plus au nord de Sumer, et qui la supplantera entre le XXIVe et le XXIIe siècles avant Jésus-Christ.
akkad
Le territoire d’Akkad, restreint à la Mésopotamie, n’a jamais réussi à trouver un débouché sur les mers occidentales et il y a fort à parier pour que la chute de l’Etat islamique ressemble à celle de cette civilisation. En revanche, le rêve de l’Etat islamique est de devenir une seconde Assyrie, balayant, depuis le cœur des terres, le rivage syrien et formant un empire étendu au cœur du Moyen-Orient, capable de projeter des forces jusqu’à l’Egypte ou l’Anatolie lointaines. Il est en effet à noter que l’Assyrie, même après avoir été détruite, connut plusieurs renaissances, notamment sous la forme d’un empire néo-assyrien.

assyrie

Si nous déplaçons notre regard plus à l’ouest, il apparaît que les velléités néo-ottomanes de la Turquie, cherchant à déborder des montagnes anatoliennes pour conquérir le piémont syrien, s’enracinent elles aussi dans une histoire très anciennes. L’histoire de l’Empire indo-européen Hittite, qui se construisit au cœur de l’Anatolie avant de mener une offensive éclair contre la Syrie du nord en est un exemple éclatant. Le contrôle d’Alep, représentait alors déjà un enjeu stratégique de premier plan. Pour contrer le danger Hittite, les cités marchandes syriennes s’appuyèrent sur une puissance militaire de premier plan : celle de l’Egypte de Ramsès II dont la contre-offensive militaire préfigura celle de la Russie contemporaine. Après s’être combattus lors de la bataille de Qadesh (1274 av. J-C), Égyptiens et Hittites finirent par trouver un compromis.

hittites

La permanence des complémentarités géopolitiques comme des lignes de fractures pourrait relever de l’effet d’optique si elle n’était corroborée par l’empilement des fortifications sur des micro-territoires circonscrits. Négliger l’archéologie de ces espaces revient par conséquent à s’interdire toute capacité à contrer efficacement l’Etat islamique. Vladimir Poutine, qui l’a bien compris, pourra préparer ses prochaines opérations cartes en mains, tout en fumant tout à son aise les cigares du Pharaon.

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enseigne à Saint-Cyr.Dernier livre: Les grandes migrations ne détruisent que les cités mortes (L’Aube, 2016).