« Il suffit de passer le pont », chantait Brassens. L’émir du Qatar, lorsqu’il ne rachète le parc immobilier, hôtelier et sportif parisien, semble appliquer cette antienne au terrain syrien, puisqu’il entend armer l’opposition au régime de Bachar Al-Assad. Las, il s’est fait vertement répliquer par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton que cela reviendrait à armer Al-Qaïda dans la région, Ayman al-Zawahiri (qui court toujours) ayant en effet lancé une fatwa de soutien à la révolution syrienne. Voilà qui contredit le discours binaire des soutiens inconditionnels aux contestataires syriens, à commencer par le Quai d’Orsay, où Alain Juppé enjoint même aux chrétiens orientaux de lâcher leurs despotes protecteurs et de ne pas craindre les Frères Musulmans.

Considérer une frange de l’opposition aux Assad comme terroriste et violente, c’est aussi rejoindre une partie de leurs arguments sécuritaires : Clinton reconnaît ainsi, à la différence de Juppé et Sarkozy, que tous les cortèges ne sont pas pacifiques et que toutes les attaques contre l’armée, les bâtiments publics voire certains monastères (à Sednaya) obéissent à une logique de guérilla. Dans cette affaire complexe faite de propagande et de contre-propagande, il semble délicat de dénoncer les exactions commises des deux côtés, sans être accusé de parti pris par les uns ou les autres.

Ainsi, après le referendum bidonné approuvé par plus de 90% des votants virtuels, le pouvoir de Damas continue sa répression féroce, sans distinction aucune entre la contestation légitime et les bandes salafistes violentes disséminées à travers le pays. Pour peu que l’administration Obama poursuive sur cette ligne assez finaude, on se met à rêver que sa politique vis-à-vis de l’Orient compliqué soit moins manichéenne et… atlantiste que celle de la diplomatie française…

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