Julian Barnes fait revivre la société mondaine de la fin du XIXᵉ siècle par le portrait d’un gynécologue-star


On ne dira jamais assez combien un titre peut-être faussement trompeur. Julian Barnes n’a probablement pas pensé en intitulant son dernier livre L’homme en rouge aux ramifications étranges, aux associations d’idées qui font le lit de la littérature et échappent à toute logique. L’auteur est toujours dépossédé de sa création par l’imagination perverse et taquine de son lecteur.

Julian Barnes ressuscite Samuel Pozzi, médecin star de la «société fin de siècle»

Tableau de John Singer Sargent, 1881

En lisant ce titre marqué par cette couleur « rouge » et associé au patronyme « Pozzi », j’ai eu quelques secondes de perplexité, oui, je m’étonnais qu’un écrivain aussi prestigieux que Barnes, traduit dans plus de quarante langues, honoré du David Cohen Prize pour l’ensemble de son œuvre, s’intéresse à Charles Pozzi (1909-2001), pilote de course et importateur Ferrari en France. Je me suis réjoui un peu vite, mon tropisme mécanique et mon admiration pour la fabrique de Modène ont été déçus. L’automobile n’a pas encore accès au champ littéraire. Un jour, peut-être, lui donnera-t-on ses lettres de noblesse ?

Barnes s’intéresse à un autre Pozzi prénommé Samuel (1846-1918), un garçon de Bergerac qui, à force de talent et d’opiniâtreté allait séduire toute la belle société littéraire, aristocratique, politique et financière de son temps, faisant de lui, un homme riche, distingué, convoité, charmant aussi bien les patientes des hôtels particuliers que des malades plus « ordinaires ».

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Collectionneur averti et bibliophile érudit, ce médecin fut également un sénateur dreyfusard qui a combattu le poids de l’Église à cette période charnière. Star des blocs, libre-penseur, élu de la Nation, ne résistant pas aux aventures féminines, il a cumulé les honneurs et les amitiés prestigieuses. Il eut même « le loisir » de révolutionner la pratique de son art. Père de la gynécologie moderne, soucieux d’une prise en charge humaine et de l’hygiène dans les salles d’opération, Pozzi semblait avoir hérité de tous les dons puisqu’il affichait le physique av

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