Robespierre à la rue?

Robespierre à la rue?

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Les combats de rue m’ont toujours paru fort nobles parce qu’entièrement vains. Je veux parler bien entendu de ces longues guerres, pleines de retournements, de basculements d’alliances, de contre-attaques, d’embuscades, de renforts, de défaites où nul jamais ne renonce ni ne capitule qui se nouent autour de la dénomination d’un ruban de bitume urbain.

Alors que tout dormait paisiblement, Brighelli vient de rallumer la mèche pour l’honneur de Robespierre. Car bien entendu, il s’agit d’honneur et à tout prendre, il vaut mieux mourir pour la toponymie que d’une scarlatine. L’affaire est fort grave, et nous ne nous laisserons pas insulter sans réfléchir, monsieur. Nous ? En ces matières, il est toujours malvenu de dévoiler ses batteries et de révéler ses demi-brigades. Sachez pourtant que nous sommes un fort parti. Nous ? À tout le moins moi et quelques capétolâtres que je connais.

C’est en effet de la mémoire de Capet qu’il s’agit de notre côté. D’abord, remisons quelques contre-vérités de détail. On nous explique doctement que le pauvre Robespierre est mal servi en noms de rue par la France réactionnaire. Or, moi qui suis assez savant depuis qu’existe wikipédia, étrange maison qu’habite au moins un fou dont l’occupation quotidienne est de classer les rues, je sais maintenant qu’il y a au bas mot cent cinquante voies, impasses, avenues, boulevards, venelles, passages souterrains et rocades extérieures qui honorent le lunettard à perruque républiqueusement.

« J’aime bien le félibrige, même si le mouvement a fini par rassembler un grand nombre d’imbéciles heureux », poursuit notre homme. Moi, c’est presque pareil, j’aime bien la République, même si elle a constitué le plus grand rassemblement de comiques de l’histoire de l’humanité. Il y eut quelques excès de-ci de-là, prêche au contraire Brighelli, qui compare l’œuvre d’un an de pouvoir robespierriste avec celle de quarante rois. Effectivement, à eux tous, ils auront peut-être commis plus de crimes que la classe 93-94 qui, comme toutes les années scolaires, ce qui doit plaire à notre professeur, s’achève heureusement en thermidor. Mais c’est même pas sûr. Ce qui est certain en revanche, c’est que les deux derniers siècles – et je suis gentil encore, parce qu’ils furent pas entièrement républicains – furent pis en massacres, exactions, tortures, viols des corps et des consciences que les huit de la Capétie. Question de moyens, dira-t-on. Eh oui, fallait pas les inventer.

Comparons ce qui peut l’être, savoir les travaux humanitaires de Robespierre et ses amis avec ceux du gouvernement précédent, celui de Louis Capet, seizième du prénom. Mais c’eût été se tirer une balle dans le pied, d’évidence. Car qui abolit la torture, je vous l’demande ? Le bon Louis. Qui, ô malheureux, subventionna l’inventeur de la guillotine par bonté envers les suppliciés et même, selon une bonne histoire, lui conseilla de l’améliorer en changeant sa forme originelle de demi-lune en le rasoir tranchant que l’on connaît ? Toujours ledit Louis.

Robespierre fut un homme d’ordre qui nous tira de la guerre civile ? Certes. Mais Franco aussi, et je ne sais nulle rue à son nom. Mais je suis bonhomme et je ne veux, comme dirait Péguy, voir seulement ma mystique et chez l’autre la politique : me touche donc que d’aucuns aient placé haut en leur panthéon l’Incorruptible, aussi ne leur dénié-je le droit qu’il a de hanter quelques rues de notre France. En échange, puisqu’il veut assurément la concorde civile, notre collègue sera heureux, j’en suis certain, de céder quelques arpents marseillais aux féaux du félibre. Ce ne sont certainement pas eux qui menacent la République.

 *Photo : Philippe Froesch/AP/SIPA . AP21500160_000003.


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est journaliste et essayiste.

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