La résistance s’organise. Partout en France, les clubs, les marchands, les garagistes, les galeristes, en somme, tous les passionnés de mécaniques anciennes, préparent ce rendez-vous incontournable du calendrier. Début février, tout le monde de la collection se rend à la Porte de Versailles pour communier sur l’autel des carrosseries d’antan. Ce manège enchanté réunit, à chaque édition, près de 115 000 visiteurs durant cinq jours. Chez ces irréductibles, à la fois défenseurs du patrimoine et esthètes d’un art de vivre, on fait fi de l’auto-phobie ambiante qui véhicule son lot de restrictions et d’oukases. No pasarán ! crient certains édiles municipaux qui n’ont décidément rien compris à l’attrait touristique de ces musées roulants. Le rêve de faire disparaître les automobiles de caractère du paysage urbain ne vaincra pas. Des frondeurs en Peugeot 404, Citroën DS ou Renault Dauphine veillent à ce que le plaisir de circuler demeure un droit inaliénable du conducteur. En pré-campagne présidentielle, les candidats devraient penser à ne pas trop snober cette « clientèle électorale ».

Du cockpit à l’isoloir

D’après le dernier rapport de la Fédération Française des Véhicules d’Epoque (FFVE) datant de février 2015, ils seraient 230 000 à posséder un ou plusieurs modèles affichant plus de 30 ans au compteur. Sur notre territoire, pas moins de 4 000 entreprises fabriquent ou vendent des produits et services ayant trait aux véhicules historiques, soit un chiffre d’affaires dépassant les 4 milliards d’euros. Un mouvement en marche qui pourrait peser dans l’isoloir. Les politiques, sans aucune culture industrielle et artistique, ont beau s’évertuer à leur mettre des bâtons dans les roues, les amoureux de la Nationale 7, de l’autodrome de Montlhéry ou du Grand Prix de Reims n’abdiquent pas. Le vieux moteur à explosion fait même des étincelles auprès d’un nouveau public.

Les « Youngtimers », ces voitures des années 80/90, attirent aujourd’hui des « têtes blondes » dans les rassemblements jadis squattés par les cheveux argentés. Les 205 GTI côtoient désormais les Simca 1000 et rebattent les cartes du milieu. Cet univers-là est bien plus mélangé, ouvert et vivant, que les raccourcis médiatiques laissent croire. L’enfermer dans une niche rétrograde serait une grave erreur d’analyse car ces milliers d’hommes et de femmes consomment, voyagent, échangent et participent à la bonne santé économique du pays en roulant ! Actifs ou retraités, citadins ou ruraux, riches ou modestes, ils sont tous garants d’une partie de notre mémoire. Ces historiens du volant mériteraient parfois les palmes académiques pour leur contribution à l’éducation des jeunes générations. Pourquoi n’enseigne-t-on pas au collège, l’âge d’or de la carrosserie française, par exemple ? Rétromobile est l’occasion unique de se retrouver entre amis, de penser aux futures escapades du printemps et de l’été, de fustiger les spéculateurs qui faussent le marché, de s’alarmer sur des législations toujours plus contraignantes, d’envier nos voisins britanniques et leur culte royal de la préservation et puis surtout de profiter du programme de cette 42ème édition.

Paris, capitale de l’auto… rétro

Pénétrer dans les Pavillons 1, 2 et 3 du Parc des Expositions, c’est ouvrir le garage aux souvenirs. Il y en a pour tous les goûts, toutes les époques et toutes les bourses. Rétromobile n’est pas qu’un salon de voitures rutilantes, « best of show » comme disent les américains. On y trouve des miniatures, des accessoires, des livres, une prestigieuse maison de ventes aux enchères, des sorties de granges, des associations, de grands constructeurs internationaux, des spécialistes de la restauration, des manufacturiers, des vendeurs de vêtements, des anciennes gloires des circuits, des camions, des engins militaires, des scooters, des plaques émaillées ou des sculptures. Dans cet inventaire à la Prévert, on y croise aussi bien l’amateur fortuné de Bugatti, prêt à débourser quelques millions d’euros pour s’offrir une folie des années 20 que l’électricien en retraite, monté de son Berry en Traction, à la recherche d’un enjoliveur. Depuis peu, les organisateurs ont relevé le niveau des prestations. Les stands ressemblent moins à une foire à la brocante qu’aux allées soignées du salon de Detroit ou de Genève. Le charme foutraque en moins, cette 42ème édition s’annonce d’ores et déjà comme un grand cru.

Ouvrez grand les yeux, Rétromobile célèbrera : les 70 ans de Ferrari en exposant huit modèles emblématiques de la marque, notamment une Barquette 166 Mille Miglia qui a remporté les premières 24 Heures du Mans de l’après-guerre en 1949 ainsi qu’une 250 LM en provenance de la collection Schlumpf et une 250 GT Berlinetta ; les 90 ans du titre de champion du monde des Grand Prix décroché par Delage avec la présence de 6 modèles rares, les 40 ans de l’apparition du Turbo en Formule 1 chez Renault et ses déclinaisons routières (R5, R18, R9/11, Alpine V6, R21 2 litres, etc.), une exposition de motos 100 % française dont un exemplaire de 1871 produit par Louis Guillaume Perreaux (premier deux roues motorisé et commercialisé au monde) et une Louis Blériot de 1920 ; un Prototype Chausson CHS, une microcar révolutionnaire développée secrètement en 1942 dans les usines réquisitionnées par l’armée allemande ; une vente orchestrée par Artcurial Motors et agrémentée de quelques pièces exceptionnelles comme cette Delahaye 135 Compétition Roadster carrossée par Figoni & Falaschi de 1936 estimée entre 1,2 et 1,8 millions d’euros ou une Cadillac Series 62 et une Harley-Davidson Softail appartenant à Johnny Hallyday au profit de l’association La Bonne Etoile et des dizaines d’autres surprises, des Mercedes d’exception en direct de Stuttgart, une flopée de Porsche 356 et 911, d’aguicheuses italiennes (Alfa, Lancia, Maserati, etc…), des Ford Mustang gavées de chevaux. Enfin que les anglophiles se rassurent, des Jaguar, Bentley et Austin-Healey, il y en aura à la pelle !

Sa majesté, l’authentique Aston Martin DB5 de James Bond dans Goldfinger ou la très exclusive DB4 GT Zagato seront de la partie. Une journée à Rétromobile équivaut à une sortie dans un parc d’attractions, une visite au musée, une pause dans une bibliothèque, une virée dans les Hunaudières et un Tour de France de nos plus belles régions.

Rétromobile, Salon international des voitures de collection – du 8 au 12 février – Paris Expo Porte de Versailles – Pavillons 1, 2 et 3 – Horaires : Mercredi 8 février (10h-22h), Jeudi 9 février (10h-19h), Vendredi 10 février (10h-22h), Samedi 11 février (10h-19h), Dimanche 12 février (10h-19h) – Tarif : 18 € par personne -Gratuit pour les moins de 12 ans – www.retromobile.fr

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...