Ce n’est pas parce que la guerre est une question trop sérieuse pour les militaires qu’il faut nécessairement l’abandonner aux rugbymen. Et bien c’est précisément parce que la question des banques est sérieuse qu’on a tort de l’abandonner aux footballeurs. L’initiative de Cantona – inciter les Français à retirer leurs dépôts des banques – est finalement banalement française.

Il n’existe pas dans notre pays problème trop complexe qui ne puisse être résolu par une célébrité à l’aide d’une solution simple et fausse. C’est ainsi que la pauvreté a été abandonnée à Coluche, l’écologie à Nicolas Hulot, les sans-papiers à Josyane Balasko, l’humanitaire à Bernard Kouchner et désormais la lutte contre les banques à Eric Cantona. D’ailleurs à ce propos, je ne comprends pas pourquoi la question israélo-palestinienne n’a pas encore été confiée à David Douillet.

Si quelques milliers de particuliers décidaient de retirer leur dépôt des banques, cela ne parviendrait pas même à chatouiller le capitalisme sous les aisselles. Plus sérieusement, retirer leurs dépôts des Monts de Piété n’a pas empêché les républicains espagnols, dans les années 1930, d’être battus par les franquistes. Bien sûr, le fait que cette proposition soit entendue, l’écho qu’elle reçoit, montre à quel point nos politiques sont désormais inaudibles, mince découverte. Mais surtout, cette proposition bouffonne conforte les esprits dans l’idée qu’il y a une certaine noblesse à apporter des solutions radicales et surréalistes à des problèmes réels. Réformer le système bancaire international est probablement indispensable: même les zélateurs les plus aveugles du cercle de la raison finissent par s’en apercevoir. Cela suppose une réflexion austère et ingrate sur les mécanismes qui rendent nos sociétés tributaires de marchés au comportement devenu non seulement irrationnel, mais aussi imprévisible.

Évidemment, une telle démarche ne risque pas de mobiliser les foules révolutionnaires. Toutefois, elle gagnerait cependant en efficacité ce qu’elle perdrait en romantisme. Mais en France, on préfère l’exaltation du Grand soir à la prose de la gestion quotidienne. Quitte à se payer le lendemain une terrible gueule de bois.

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