Fleur Pellerin est à la gauche ce que le Galak est à l’amateur de cacao. Ce n’est pas parce qu’il y a marqué « chocolat » sur la plaquette que l’on va en manger. Le signifié et le signifiant divorcent définitivement au temps du social-libéralisme vert. Pour ceux qui avaient des doutes, la charmante sous-ministresse, chargée de l’économie numérique ou d’une de ces appellations virtuelles qui sentent tout sauf la sueur du prolo, a déclaré récemment au Parisien qu’elle « ne croyait pas à la lutte des classes » , que les personnels des PME étaient « en osmose » avec leur patron et qu’ « il n’y avait pas de honte à s’enrichir ».

On pourrait lui répondre, symétriquement, sans davantage de preuves et avec la même assurance, que nous croyons nous dans la lutte des classes, que les tribunaux des prud’hommes prouvent chaque jour par les cas qu’ils ont à traiter que l’ « osmose » dans les PME est peut-être un terme légèrement hyperbolique pour décrire les relations patrons-salariés et que plus généralement, s’il n’y a pas de honte à s’enrichir, on ne voit pas pourquoi on s’énerverait contre les dealers de Saint-Denis ou les traders de la City qui appliquent ce sain principe au mépris de la common decency mais aussi de la loi (on en est où, à propos, de l’affaire des monumentales falsifications autour du Libor ?)
Tout ça pour une représentante du gouvernement, cela devrait quand même poser problème. Apparemment, non. En même temps depuis que l’on sait qu’une élue verte du XIIIème arrondissement explique sans rire, quand elle est soupçonnée d’être impliquée dans un trafic de coke et de blanchiment de l’argent qui va avec, façon Pablo Escobar de la place d’Italie, qu’en fait, elle cherchait juste à frauder le fisc pour ne pas payer l’ISF, on se dit que ce n’est plus à du Galak qu’on a à faire mais carrément à du Benco de contrefaçon.

Mais Fleur Pellerin a plus urgent à penser et notamment l’extension du très haut débit pour Internet. La lutte des classes n’existe pas, donc. Pourtant, cette vidéo, prise par le smartphone d’un facétieux collégien semble prouver que non seulement la lutte des classes existe toujours mais qu’elle est aussi l’objet d’un très haut débit dans la bêtise et l’abjection tranquille de ces sous-fifres intermédiaires qui se prennent pour des seigneurs. Saint-Domingue, La Baule, « votre salaire de merde », « vous allez crever », « pauvre connasse », tout y passe.

« Touchez ma bosse, monseigneur » comme dit avec humour l’agente de la SNCF agressée verbalement par ce divin abruti, apparemment cadre chez Orange. Orange qui s’est empressé d’affirmer que ce n’était aucunement représentatif des valeurs de l’entreprise et que rien ne prouvait les dires de cet individu. On les comprend, chez Orange. Cela pourrait faire croire que chez eux, à l’époque de Lombard, ou on se suicidait, ou on finissait en humaniste de ce genre-là.
Il a de la chance, finalement, le monsieur présumé orangiste. En d’autre temps, disons dans les années 70, quand les rapports de force étaient différents et que ce que gagnait une personne ne suffisait pas à prouver sa valeur humaine, ce n’est pas à une citation de Féval qu’il aurait eu le droit, le grossier personnage à l’hystérie lâche et insultante (il s’est fait reprendre au départ parce qu’il parlait trop fort dans son portable), mais au cassage de gueule réservé aux petits chefs, tels que les relatent Robert Linhart ou Daniel Rondeau, par exemple, dans L’Etabli ou L’Enthousiasme.

Bien sûr, la violence ne résolvait rien. Mais des fois, ça devait soulager… Juste une bonne baffe. Juste une…

PS : aux dernières nouvelles, après une enquête interne, Orange a reconnu qu’il s’agissait de l’un de ses salariés et lui a demandé de présenter ses excuses à l’employée. L’entreprise a également annoncé qu’elle allait s’excuser et a parlé d’un éventuel « accompagnement psychologique » pour l’individu en question. On n’est jamais trop prudent, chez Orange, depuis le passage de Didier Lombard…

*Photo : Mathieu Delmestre/Parti socialiste.