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Ils veulent la peau de CNews

L’hypothèse du non-renouvellement de la fréquence de CNews par l’Arcom est improbable, mais pas impossible. En coulisses, de nombreux journalistes et militants politiques en rêvent encore. Qui sont-ils ?


Dernière minute! L’Arcom vient d’annoncer que la chaîne C8 perd sa fréquence sur la TNT, ainsi que NRJ12. Les deux chaînes seront remplacées par celles de Ouest-France et de Daniel Kretinsky •

En termes d’audience, CNews est depuis deux mois devant BFMTV, LCI et France Info TV. Son succès est dû aussi bien aux sujets abordés qu’à la qualité des journalistes, chroniqueurs et débatteurs qui se succèdent sur ses plateaux. Chaque soir, Christine Kelly et ses « mousquetaires » proposent des analyses documentées sur des sujets politiques, économiques, historiques ou sociétaux. Certains rendez-vous hebdomadaires affolent les compteurs : Le « Face à Face » entre Gilles-William Goldnadel et Julien Dray remporte un franc succès, tandis que l’émission « Face à Philippe de Villiers » frôle ou dépasse régulièrement le million de téléspectateurs. Au 1er juillet 2024, CNews, qui a connu la plus forte progression toutes chaînes confondues depuis un an, est devenue la 1re chaîne d’info, la 1re chaîne TNT, la 5e chaîne nationale. Et ça, ça défrise le système politico-médiatique en place.

La pression terrible mise sur Roch-Olivier Maistre

Pour Le Monde, il ne fait aucun doute que CNews doit disparaître. Un long papier paru le 17 juillet met subtilement en garde l’Arcom : « la décision qu’elle prendra à l’encontre de CNews et C8 marquera le mandat de son président ». Roch-Olivier Maistre quittera en effet ses fonctions de président de l’Arcom fin janvier 2025. Son mandat sera salué ou hué par la caste médiatico-politique aux manettes selon qu’il sera parvenu ou non à interdire CNews ou C8 sur la TNT. Le quotidien aimerait plus de sévérité envers les dirigeants de Canal + qui, lors de leur audition devant l’Arcom, « n’ont affiché ni humilité ni contrition devant ceux dont dépend leur avenir : les conseillers réunis autour du président Roch-Olivier Maistre ». Mettre un genou à terre devant les juges médiatiques ou craindre leur colère, tel semble être le destin des prétendants à la TNT. Concernant CNews, il est attendu de leurs dirigeants qu’ils se versent en plus un tombereau de cendres sur la tête. Le conseiller Hervé Godechot n’a pas hésité, paraît-il, à mettre les représentants de Canal + en difficulté en leur rappelant les neuf motifs de reproches adressés à CNews en trois ans. M. Godechot a fait toute sa carrière dans le service télévisuel public, France 3, France 2 et France Info TV (cette dernière bénéficiant d’une autorisation d’émission sur la TNT). Nous supposons que pour Le Monde un tel CV atteste une totale impartialité et éloigne tout soupçon idéologique qui pourrait entacher le travail de M. Godechot au sein de l’Arcom… Un autre membre du tribunal de l’inquisition médiatique, Antoine Boilley, n’a pas craint, selon le quotidien, de recadrer CNews – selon la méthode dite du « sentiment d’insécurité » usitée par notre encore actuel garde des Sceaux – sur la manière de traiter les sujets concernant la délinquance et l’immigration : « Comme la météo, il y a la température et il y a le ressenti. Pareil pour la délinquance et l’immigration, il y a les chiffres de la délinquance et le ressenti qui est souvent débattu sur vos plateaux. » Le Monde omet de préciser que M. Boilley a rejoint l’Arcom en février 2023 et que, de 2001 à cette date, son unique employeur a été… France Télévisions, où il a occupé les fonctions de secrétaire général et directeur délégué (France 2) puis celles de directeur adjoint du marketing et de la communication pour l’ensemble du groupe. La pensée unique règne depuis longtemps sur les ondes d’un service public où près de 80% des journalistes et des dirigeants avouent voter à gauche ou à l’extrême gauche. Les obstacles mis en travers d’une chaîne privée ne partageant pas la doxa auront au moins servi à dévoiler la réalité sur les médias et la liberté d’expression dans notre pays. Disons-le tout net : cette liberté est un leurre. Les rênes du système politico-médiatique sont fermement tenues par des militants de gauche aussi bien que de droite, de cette droite qui n’a jamais su se défaire d’un sentiment d’infériorité face à la gauche culturelle, progressiste et morale, ainsi que par des journalistes sortant d’IEP ou d’Écoles de journalisme entièrement gangrénés par l’extrême gauche et le wokisme. Ce système ayant pris conscience qu’un petit mais vigoureux grain médiatique pouvait enrayer la machine propagandiste pro-UE, pro-immigration, pro-wokisme, il met en branle tous les moyens possibles pour l’écraser. Les censeurs fourbissent leurs armes dans les arrières-boutiques politiques, syndicales ou associatives. Inondée de plaintes, de réclamations, de saisines venant principalement de ces arrières-boutiques, l’Arcom est le bras armé à la fois du gouvernement et des ennemis traditionnels de la liberté d’expression, la gauche et l’extrême gauche, lesquelles ravivent ainsi une vieille tradition révolutionnaire, la censure au nom de la juste cause, au nom du bien du peuple, au nom du progrès. 

Le Média rêve de piquer le canal de Bolloré

Kamil Abderrahman, journaliste d’extrême gauche du Média (organe mélenchoniste de propagation des idéologies racialistes, immigrationnistes et antisionistes), participe à sa manière brutale à la charge contre les médias « bollorisés ».  Il s’est fait une spécialité d’inonder les réseaux sociaux de messages anti-israéliens, surtout depuis le pogrom du 7 octobre 2023. Les excès et les mensonges ne lui font pas peur. Ainsi accusa-t-il l’armée israélienne d’avoir tué nombre de ses compatriotes le jour fatidique de l’attaque du Hamas à cause d’une « intensité de la riposte » disproportionnée. Ainsi appelle-t-il régulièrement au boycott de SFR, propriété de l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi, lequel était également à l’époque actionnaire majoritaire de BFMTV et I24News, chaînes faisant « l’apologie du génocide des Palestiniens », selon le journaliste mélenchoniste qui considère d’autre part que « l’imam Chalghoumi, Gilles Kepel et Florence Bergeaud-Blackler sont des guignols ». Après avoir averti l’Arcom dans un tweet du 16 juillet – « Arcom, on vous observe ! » – à propos de CNews, « cette chaîne de merde », le journaliste militant a profité de l’atmosphère générale anti-Bolloré pour menacer à nouveau récemment l’organisme de surveillance médiatique : « Arcom, lisez bien. Maintenant si vous renouvelez la fréquence de cette chaîne raciste qui œuvre tous les jours pour mettre en danger la vie d’une partie de la population française en raison de sa religion, attendez-vous à d’énormes manifestations devant votre siège. » On reconnaît là les détestables méthodes d’un certain mouvement, de son leader et de ses sbires. Il faut préciser que l’interdiction de diffusion de CNews (ou de C8) sur la TNT arrangerait bien Le Média qui est sur les rangs pour remplacer la chaîne bolloréenne et bénéficie à cette fin du soutien de… Rokhaya Diallo, Guillaume Meurice, Thomas Porchet, Benoît Hamon, Audrey Pulvar et Christiane Taubira, entre autres personnalités ayant signé la tribune « Le Média doit devenir une chaîne de la TNT » parue le 28 juin dans L’Humanité. Il n’est pas certain que les propos comminatoires de Kamil Abderrahman aient été appréciés par les membres de l’Arcom. Cela aura-t-il un impact sur leur décision ? Affaire à suivre… 

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Quoi qu’il en soit, la dernière délibération de l’Arcom « relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion par les éditeurs de services » éclaire sur ce qu’attend le « gendarme de l’audiovisuel » des chaînes désireuses de jouir d’une des fréquences de la TNT. Cette délibération fait suite à la demande du Conseil d’État, lui-même sollicité par l’ONG Reporters sans frontières, exigeant plus de contrôle des chaînes de télé et de radio, surtout de CNews. Le « en même temps » macronien semble avoir présidé aux discussions qui ont mené à l’écriture de ce court manuel de surveillance des médias. En effet, en même temps qu’elle affirme que « les éditeurs sont seuls responsables du choix des thèmes abordés sur les antennes et des intervenants » et qu’il « n’est pas question de ficher ni d’étiqueter les intervenants en télé ou radio », l’Arcom prévient qu’elle tiendra compte « de la variété des sujets ou thématiques abordés à l’antenne » et de « la diversité des intervenants dans les programmes ». De plus, elle assure qu’elle sanctionnera les chaînes de télé ou les stations de radio si elle constate un « déséquilibre manifeste et durable », par exemple sur « le choix des sujets » – ce qui veut dire en clair qu’elle décidera de la ligne éditoriale qu’un média doit afficher pour éviter des sanctions. Et on peut le craindre, cette ligne éditoriale serait globalement celle du système médiatico-politique : diversitaire, immigrationniste, progressiste, écologiste, européiste et woke ! Malheur à ceux qui s’en écartent. La France n’est plus le pays de la liberté d’expression mais celui de l’expression médiatique moutonnière, paresseuse et inculte d’une caste qui n’a nullement l’intention d’aller à l’encontre de l’idéologie mondialo-progressiste du moment, laquelle l’assure d’un certain confort intellectuel – même un minimum de culture générale y est superfétatoire et le travail véritable y est inutile – puisqu’il lui suffit de reprendre sans les examiner les dépêches orientées de l’AFP et les analyses du Monde ou de Libération pour être de plain-pied avec elle. L’audiovisuel public fait ça très bien, sans barguigner – elle n’a par conséquent rien à craindre de l’Arcom. La chaîne CNews rechigne à participer au petit théâtre médiatique de la pensée unique ? Au pire, elle se verra retirer son autorisation d’émettre sur la TNT ; au mieux, elle se verra imposer de nouvelles et draconiennes obligations. 

Quoi qu’il arrive, qu’elle émette sur la TNT ou ailleurs, elle restera sous la surveillance acharnée de ce système politico-médiatique qui parle beaucoup de pluralisme mais supporte de moins en moins la contradiction. 

Einstein VS Portes

« Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques ». À quelques jours de l’ouverture de Paris 2024, les propos fleurant l’antisémitisme du député de gauche Thomas Portes, tenus devant une foule vociférante, mettent une cible dans le dos à toute la délégation israélienne. 


« Carthago delenda est ». C’est par ces mots, «  Carthage doit être détruite » que, dit-on, Caton l’Ancien terminait ses prises des paroles, même les plus anodines. C’est une sentence très approchante qui, manifestement, brûle la langue de Thomas Portes et de ses copains de LFI chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. Mais pour eux, ce serait : « Israël doit être détruite ». Cela aurait au moins le mérite de traduire franchement, honnêtement, leur pensée. Et ce le serait encore bien davantage, honnête, s’ils allaient au bout de cette pensée pour lancer, carrément, sans fioritures « le peuple juif doit être détruit, les Juifs doivent disparaître de la surface de la terre ». Car c’est bel et bien cette vision nihiliste qui se profile derrière les éructations du député Thomas Portes lors d’une manifestation pro-Palestine – pro Hamas, en réalité ? – où il savait fort bien d’avance que sa haine et sa profonde bêtise rencontreraient un vif succès. « Les athlètes israéliens ne sont pas les bienvenus. Ils n’ont rien à faire ici, aux J.O » Il est bien évidemment certain que Portes et ses semblables se soucient des J.O et de leurs compétiteurs comme d’une guigne, qui ne sont en l’occurrence que le prétexte à un déferlement de haine. Un de plus, en attendant les autres. 

On se tromperait lourdement si on se laissait aller à regarder ces comportements comme des dérapages incontrôlés, des provocations gratuites, l’effet d’une ignorance sans bornes. Il ne s’agit pas de cela. Portes et ses semblables savent parfaitement ce qu’ils font. Quand ils ne serrent pas la main du député en charge de l’urne lors du vote à l’Assemblée, ils savent ce qu’ils font. Lorsqu’ils vomissent leurs interdits antisémites, lorsqu’ils refusent la qualification de terroristes pour les barbares du 7 octobre, ils savent ce qu’ils font. Ils font très exactement ce que leurs mandants attendent d’eux, ils font ce que prône la stratégie révolutionnaire d’affrontement. L’autre, celui du camp d’en face, n’est pas simplement un adversaire à combattre, mais un ennemi à éliminer. Radicalement. De ce fait, ne pas serrer la main n’est pas qu’une impolitesse, une effronterie, une bêtise de plus. Non, c’est un acte délibéré. C’est la manifestation – télévisée – de la négation de l’existence de cet autre. 

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Julien Odoul, le député RN, à mille fois raison de poursuivre Portes en justice, ce porteur de haine, une haine qui malheureusement se propage comme une sale peste, touchant de proche en proche tous ceux qui n’adhèrent pas, qui n’applaudissent pas. Voilà bien que le dessinateur Plantu, à son tour, est diabolisé, ciblé pour ne pas avoir courbé la tête au délire de Portes. Qui d’autre après lui ? Et combien ?

Cela dit, la question – la question terrifiante, lancinante – devant de telles aberrations est de se demander comment il peut se faire que, au pays de France, ces propagateurs de haine, des zélateurs de l’obscurantisme, puissent réunir sur leurs noms assez de suffrages pour être élus et siéger au sein de la représentation nationale ? En effet, c’est surtout cette question, et la réponse à y apporter, qui devraient d’abord nous occuper, nous inquiéter. Inquiétant aussi le silence assourdissant des alliés de circonstance des Portes et compagnie, de cette gauche perdue qui, tétanisée d’une peur qui ne s’explique guère, laisse dire, laisse faire. Faut-il rappeler ici, une fois encore, le jugement d’Albert Einstein ? « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

Notre naufrage politique: simple reflet de la disparition de la société?

La crise politique actuelle n’est pas une crise provoquée par telle ou telle erreur du président Macron ou imperfection démocratique conjoncturelle, elle est fondamentalement la conséquence du processus de disparition de la société.


Il est inutile de reprendre l’accumulation des faits pour constater le chaos dans lequel le pays est plongé. Il est aussi inutile de commenter toutes les analyses superficielles qui en évoquent les  causes et les improbables solutions : absence de majorité parlementaire, dissolution inappropriée, usure de la verticalité, scrutin majoritaire dysfonctionnel dans une Constitution inadaptée, refus de la proportionnalité, etc. Et parce que l’on se contente de superficialités rapides, on aboutit très vite à des analyses douteuses : la crise actuelle consacrerait le retour aux prétendues horreurs de la quatrième république, le Rassemblement national serait toujours un parti d’extrême droite, le «macronisme » serait en voie d’extinction, etc. 

Pour comprendre le réel, il est nécessaire d’aller plus loin.
On peut commencer par le détricotage du prétendu retour aux pratiques de la quatrième république. Nous serions entrés  dans une période aussi instable que celle que nous aurions connu entre 1946 et 1958. Il y a là confusion de l’apparence avec la réalité : la période considérée était le théâtre d’affrontements entre entrepreneurs politiques de petits partis qui se battaient sur des marchés secondaires sans jamais s’affronter sur de grands projets complètement partagés. Personne ne contestait la reconstruction de la France et les grandes orientations qu’elle impliquait, reconstruction qui se déployait à un rythme spectaculaire mondialement reconnu. Personne ne contestait non plus la construction d’un grand Etat providence qui se déployait dans de multiples directions. Personne ne contestait enfin les grands choix industriels, les grands choix dans le domaine de l’Éducation, de la santé, de l’agriculture, etc. Bien sûr, existaient des affrontements sur certaines réalités de l’histoire : la résistance de l’ancien monde au projet de Sécurité sociale, la gestion de la décolonisation, etc. Mais ces confrontations s’inscrivaient dans un universel censé être le point oméga de l’intérêt général. Le théâtre politique de l’époque est donc bruyant mais insignifiant. Les entrepreneurs politiques de l’époque sont des groupes et individus qui cherchent comme aujourd’hui à se maintenir ou se reconduire au pouvoir, mais les intérêts égoïstes étaient masqués par un idéal commun peu contesté. On se bat sur les modalités de la construction d’un collectif mais ce n’est que très rarement que ces entrepreneurs politiques apparaitront pour ce qu’ils sont à savoir des accapareurs des outils de la puissance publique – le commun de la société – à des fins privées. À l’époque l’utilitarisme de la fonction politique avec ses rémunérations symboliques se noie dans l’océan de la production d’un bien commun approximativement identifié. 

La crise actuelle de la cinquième république est d’une tout autre nature et n’est en aucune façon une sorte d’entrée en quatrième république. Il y avait à l’époque une société française encore assez largement holistique qui faisait que l’intérêt général était connu de tous et ne donnait lieu qu’à des contestations et interrogations secondaires : le capitalisme était – au-delà des discours –  finalement accepté car il donnait des signes évidents de prospérité pour l’immense majorité. D’où le succès des entreprises politiques sociales-démocrates. 

Hélas, aujourd’hui, la société française s’efface et laisse le champ libre à des entreprises politiques en perte de repères. Le holisme qui se cachait dans le concept de citoyenneté  se réduit au mieux à des groupes ultra-minoritaires et plus fondamentalement à des « individus désirants » qu’on peut aussi désigner comme « consommateurs souverains ». Nous reviendrons sur cette expression. Le « commun » qui reliait les individus et constituait les moyens de production/régulation de la société s’est évanoui. Même les groupes ultra-minoritaires (décoloniaux, wokistes, LGBT, etc.) ne sont, dans la plupart des cas, que des regroupements d’individus qui s’associent pour mieux revendiquer leur individuelle et personnelle souveraineté. 

La disparition de la société constitue bien évidemment une complexification gigantesque du travail des entrepreneurs politiques. Un peu comme si en capitalisme les capitalistes perdaient le contrôle de moyens de production qui disparaitraient. Certes le matériau intérêt général reste l’outil de base desdits entrepreneurs. Certes ces entrepreneurs n’ont pas changé, il sont toujours entreprises politiques rassemblant des franchisés plus ou moins obéissants, mais l’intérêt général brandi n’est au mieux qu’un fossile : il n’y a plus que des intérêts privés débarrassés de marque collective. Dans un tel contexte, l’entrepreneur politique se démonétise et ne peut au mieux surnager qu’avec des programmes lourds et fondamentalement incohérents. Les franchisé s- censés promouvoir les produits de l’entreprise politique d’appartenance – s’autonomisent vis-à-vis de l’enseigne car devant tenir compte de ses propres électeurs qui n’ont que peu de choses en communs avec les autres. À société disloquée doit correspondre un marché politique lui-même effondré. La crise politique actuelle n’est donc pas une crise conjoncturelle provoquée par telle ou telle erreur ou imperfection, elle est plus fondamentalement conséquence du processus de disparition de la société.

Ces erreurs d’analyse en entrainent d’autres porteuses de violences futures. Tel est le cas des considérations portées sur un Rassemblement national quasi universellement désigné comme parti d’extrême droite. Il s’agit pourtant d’une entreprise politique comme les autres avec des dirigeants et entrepreneurs politiques franchisés proposant des produits politiques censés répondre  aux désirs et besoins d’individus privés. Le marché dudit RN n’est plus fait du holisme qui caractérisait l’extrême droite européenne du siècle précédent, laquelle véhiculait des discours idéologiques violents et concernaient des organisations autoritaires souvent militarisées. Aujourd’hui, l’électeur du RN est aussi individualisé que tous les autres, et se trouve être un individu désirant classique. Tout aussi classique que l’individu mondialisé qui, fort de sa réussite sociale, se veut consommateur complètement souverain. Ce dernier est tellement souverain qu’il refuse les frontières, les droits de douane et toutes les contraintes environnementales qui l’empêcheraient de  surconsommer ! Quant aux services publics, cet individu mondialisé a les moyens de s’en offrir à titre privé, probablement de meilleure qualité que nos services publics, et ce à l’échelle mondiale.

De ce point de vue, l’électeur du RN brandit encore le fossile de l’égalité républicaine pour réclamer, lui aussi, un statut de « consommateur souverain ». Il exige un revenu plus important et il refuse les contraintes d’un environnement socialement et culturellement dégradé. Ses frontières à lui – frontières qu’il faut abattre comme il faut abattre les frontières nationales de l’individu mondialisé ayant réussi – sont les services publics dégradés dans les campagnes, la montée de l’insécurité matérielle et culturelle, et les contraintes environnementales qui ajoutent à son enfermement. Il veut être souverain et responsable de ses choix, très exactement comme l’individu mondialisé. 

L’individu mondialisé peut se dire ouvert à toutes les cultures et se méfie des frontières qui limitent son statut de consommateur souverain. L’électeur du RN tout aussi consommateur souverain est sensible à une préférence nationale qui se veut protection de sa souveraineté. Les deux sont les produits liés d’une même réalité : la fin de la société. Une fin de la société qui est aussi la contestation radicale des solidarités. Les deux types de consommateurs souverains ont ainsi un point commun : la contestation commune de l’assistanat devenu produit phare des entreprises politiques classiques.

Nous laissons au lecteur le soin d’aller plus loin dans les conclusions de la grille de lecture proposée. Au final, l’individu qui aura réussi sera dans « l’arc républicain », sera tolérant, sera « anywhere », sera sécessionniste, sera contre l’État-nation et européiste, sera enfin très éloigné du poutinisme et du trumpisme. Massivement valorisé par le pouvoir médiatique lui aussi tenu par des individus mondialistes, il dispose d’un outil de pression massif sur les entreprises politiques et leurs franchisés en quête de victoire électorale. D’où le poids gigantesque des prétendues réformes inéluctables dans l’agenda de beaucoup d’entrepreneurs politiques : il est, de leur point de vue, impossible de faire autrement. À l’inverse, l’individu qui se trouve en échec sera en dehors de l’arc républicain, sera plus intolérant voire raciste, sera un « somewhere », sera pour le retour de l’Etat-nation et opposé à l’européisme, sera sensible au poutinisme et au trumpisme. Il est massivement vilipendé par un pouvoir médiatique puissant et efficace. D’où les difficultés des entrepreneurs politiques représentants les intérêts de ce type de consommateur souverain et l’irruption d’une barrière dite républicaine. D’où les turpitudes présentement constatées dans l’hémicycle. 

Entre les deux se trouvent les consommateurs souverains qui regroupent à la fois l’ancien monde de la vieille société et le nouveau des minorités bruyantes : on se veut culturellement mondialistes et économiquement « nationnistes ». D’où un entrepreneuriat politique ultra-interventionniste et surtout chargé de très lourdes incohérences programmatiques : les minorités, toutes peuplées de consommateurs souverains exigeants, ne peuvent réellement cohabiter. Notons au passage la stupéfiante onction de certains économistes, y compris un prix Nobel,  qui au nom d’une méta raison en arrivent à nier les incohérences programmatiques des entrepreneurs politiques concernés. 

Au total, le pays constate la disparition de la société dans un tsunami anthropologique avec comme effet principal l’apparition d’un ensemble d’entrepreneurs politiques naufragés et accrochés à des outils fossilisés de la puissance publique. Répartis en groupes devenus incertains et poreux, ils se livrent à des turpitudes au sein d’un hémicycle devenu reflet de la grande tempête qui agite le pays.

Ne pas comprendre ce grand mouvement anthropologique n’est pas simplement  attristant pour les prétendus intellectuels qui débattent sur l’extrême droite, mais, plus fondamentalement, ce débat mal engagé  se trouve  dangereux. Ne pas reconnaitre pour certains la qualité de consommateur souverain et l’accepter, voire la promouvoir, pour une toute petite minorité, c’est s’exposer à la violence de la future guerre civile. Un temps où le langage performatif des entrepreneurs politiques cessera de cacher un grand vide sans espoir. S’il reste un minimum de conscience aux entrepreneurs politiques naufragés – qui dans la tempête n’arrivent plus à masquer leur strict intérêt privé – ils devraient porter au moins une partie de leur attention à ce qui reste de commun, à savoir l’égalité des droits et devoirs. Mais tout ceci a-t-il encore du sens ?

La fable du « En même temps »

Que dirait Jean de la Fontaine de la France d’Emmanuel Macron? Dominique Folscheid répond à la question dans son nouveau livre


Quand La Fontaine raconte Emmanuel Macron, cela donne le livre malicieux et passionnant, comique et grave, drôle et instructif de Dominique Folscheid intitulé En même temps. Rien d’étonnant à cela. Si les Fables, en effet, sont « une comédie à cent actes divers » dont l’auteur a un génie politique évident, il faut reconnaître que le règne d’Emmanuel Macron se prête, quant à lui, à pareil récit tant il s’apparente à une pièce de théâtre protéiforme. 

La macronie, une ménagerie

En personnage principal, trône le Roi en majesté. Autour de lui, une Cour et ses grands fauves, à la fois ménagerie, salon, Cour de justice, marigot et pétaudière. Face à ce « haut lieu de rivalité mimétique », un peuple coassant de « grenouilles démocrates ». À travers 22 chapitres brefs aux titres savoureux, tout y passe : les guerres — le virus, l’islamisme, le réchauffement climatique, l’ours russe— jusqu’à notre vie politique au quotidien. Tout commence par « la peste »—ou plutôt « les pestes à foison »— qui fait aux animaux la guerre et dont l’auteur analyse précisément le caractère « apocalyptique », jusqu’aux farces et attrapes où se prennent les dindons et dindes européens, ignorants qu’il faut toujours se méfier des gens sans moralité. En attendant le Dragon chinois « qui fera taire les coqs ». Ce n’est pas un pouvoir abstrait que décrit Folscheid mais un pouvoir actualisé. Pas un bébête show qu’il fait mais une analyse politique et philosophique enlevée des acteurs et des actes.

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Le Roi Lion, parlons-en : il est dans le titre du livre. Il est au centre de tout chez La Fontaine comme chez nous. Cynique, machiavélique, un peu brute mais sacrément fort, chez La Fontaine, bien sûr que Macron, c’est le Roi Lion. Lion de guerre, maître des horloges, mais aussi Lion « déconstruit » et Roi « dans de beaux draps », il assure, en acteur accompli, le rôle du renard beau parleur. Ce n’est pourtant pas dans la figure du Lion que le roi du « en même temps » s’incarne le mieux mais dans un oiseau mammifère hybride et bifide : la chauve-souris. Il faut lire avec attention le chapitre que l’auteur consacre à la fable La Chauve-Souris et les Deux Belettes : « Je suis Oiseau : voyez mes ailes… Je suis Souris : vivent les Rats ! … Jupiter confonde les Chats » ! Certes, dit l’auteur, La Fontaine aurait salué le numéro de voltige du Roi Macron. Mais, il faut lire aussi, dit Folscheid, le pendant sévère que fait la fable Le Satyre et le Passant au « en même temps » macronien qui conduit, comme on le voit actuellement, à une impasse politique majeure.  

La déconstruction du politique

De La Fontaine, André Siegfried dit qu’il était le Machiavel français. En tout prince, également, œuvre un Machiavel. Si donc la peste est une maladie politique protéiforme, on peut y mettre le virus jupitérien qui a mis à mal la séparation des deux corps du roi. Au portrait de Hyacinthe Rigaud répondent désormais des images d’un Roi en maillot de bain, en boy branché, en boxeur, sur sa planche à voile… La fonction royale s’est dégradée. Le corps du Roi serait-il définitivement déconstruit pour la grande joie de Sandrine Rousseau ?

On dit que le peuple français est éminemment politique et que, dans notre pays, politique et littérature sont intimement liées—dont le livre de Dominique Folscheid est la preuve—et même la poésie. S’il est deux vers, en effet, dans la fable « apocalyptique » Les Animaux malades de la peste, qui rendraient, mieux que tout, l’atmosphère actuelle de notre société, ce sont bien ceux-là : « Les tourterelles se fuyaient. Plus d’amour, partant plus de joie. » Qu’il soit permis, dans ces conditions, de se demander qui donnera, au Roi Lion de la fable, le coup de pied de l’âne…

Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

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(Re)découvrez la face sombre du « Nouvel Hollywood »


Attention, terrain ultra glissant ! Les premières années de ce que l’on a eu coutume de nommer (a posteriori évidemment) le « Nouvel Hollywood » (1967-1980) regorge de brûlots transgressifs et licencieux à l’instar de ce très irrévérencieux Joe, qui sur bien des aspects, prépare et annonce le futur Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) ainsi que l’éprouvant et bien nommé Hardcore de Paul Schrader (1979), autre icône de cette nouvelle vague nord-américaine un peu oublié mais toujours en activité.

Si l’on définit ce « Nouvel Hollywood » comme un courant artistique contra-culturel et contra-systémique visant à aborder frontalement des sujets et des thèmes jusqu’ici volontairement éludés, escamotés, rejetés par l’Établissement « mainstream » des grands studios et à faire entrer dans le cadre (au sens propre et figuré) la monstrueuse parade des réprouvés (marginaux, névropathes, déclassés, inadaptés, minorités ethniques, blacks, indiens, handicapés, sexworkers, séditieux, subversifs, insoumis, freaks, morts-vivants…), alors le brûlot provocateur de John G. Avildsen (décédé en 2017 à l’âge de 81 ans) peut y prendre toute sa place.

Fabrication d’un brûlot

Au scénario, Norman Wexler, personnalité complexe de cette galaxie néo-hollywoodienne, hélas maniaco-dépressif, tristement passé à la postérité pour avoir proféré des injures publiques et des menaces de mort à l’encontre du président Nixon lors d’un vol aérien intérieur. Outre Joe, Wexler s’est distingué par l’écriture des scénarios de Serpico (Sidney Lumet, 1973), Mandingo (Richard Fleischer, 1975, autre film « à caractère racial et discriminant » hautement controversé aujourd’hui, et quasiment jamais programmé sur les chaînes TV hexagonales…) ou encore La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977), ce qui n’est pas rien dans cette décennie 70, disruptive, contestataire mais ô combien magique pour tout cinéphile !
Précisons d’emblée que le réalisateur Avildsen commet ici son premier véritable effort (après ses deux premiers galops d’essais Turn on To Love ; Guess What We learned in School today ?) et connaîtra une consécration mondiale six ans plus tard avec un certain Rocky, reprenant cette fois le scénario mal dégrossi d’un débutant nommé Sylvester Stallone…. Ce qui leur permettra de glaner la bagatelle de trois Oscars à Hollywood dont ceux de Meilleur film et Meilleur réalisateur, consécration suprême pour le valeureux et besogneux cogneur Sly, strapontin vers une gloire inattendue qui sera toutefois émaillée de hauts et de quelques (très) bas !

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Mais quel est donc ici l’objet du scandale ? De manière très schématique se dessine dans Joe l’alliance de facto entre une posture « anti-liberal » (au sens américain du terme, entendez anti-progressiste et donc anti « contre-culture libertaire ») émanant de la bourgeoisie conservatrice new-yorkaise soutien de Nixon, représentant la fameuse « majorité silencieuse », et un spontanéisme ouvriériste propre à la frange prolétarienne américaine raciste et homophobe aux tendances fascistes et miliciennes. En un mot, un cocktail détonnant !

Soyons plus explicites :
Dans le New York de l’Upper East Side, un couple bourgeois établi, les Compton, déplore la lente descente aux enfers de leur jeune fille chérie Melissa (Susan Sarandon, 24 ans, pour ses grands débuts devant la caméra… avec une nudité explicite offerte au spectateur !), acoquinée à un minable dealer camé nommé Frank Russo (Patrick Mc Dermott). Suite à une overdose, Melissa se retrouve à l’hôpital et manque de passer de vie à trépas, ce qui conduit son paternel compassé Bill (incarné par un très smart Dennis Patrick) à se rendre enfin dans le taudis des tourtereaux pour comprendre ce qui s’est réellement passé… Introduit par effraction, il tombe forcément nez-à-nez avec le vilain « boyfriend » de sa petite fille chérie et ne résiste pas au plaisir de lui défoncer la tête contre le mur au détour d’une scène psychédélique et polychromatique assez hallucinante ! Horrifié par cet acte de démence, Bill se réfugie au pub du coin et subit les éructations nocturnes d’un pochetron prolétaire nommé Joe Curran (le fameux Joe du titre, fantastiquement interprété par le massif et impulsif Peter Boyle, autre grand nom du « Nouvel Hollywood » !). Dans un moment de faiblesse, Bill révèle son crime anti-hippie, ce qui emplit de joie l’ouvrier irascible et sociopathe. Tenus par ce pacte de sang, les deux nouveaux comparses que tout oppose vont dès lors faire cause commune pour pénétrer le milieu interlope des jeunes drogués et tenter de retrouver une Melissa fugueuse afin de la faire retourner dare-dare au bercail familial… Jusqu’à commettre l’irréparable au terme d’un dernier acte glaçant et complètement nihiliste… instaurant un réel malaise chez les spectateurs du début des années 70… comme assurément chez ceux d’aujourd’hui.

Aller chercher Debbie

Notons immédiatement la grande similitude narrative avec un autre fameux film de cette fabuleuse époque de création insensée, le très controversé Hardcore de Paul Schrader (1979) dans lequel un père rigoriste religieux tendance calviniste (interprété avec la rage du désespoir par un immense George C. Scott) part également à la recherche de sa fille en fuite, tombée cette fois dans le piège de la prostitution et du milieu X underground californiens (film dans lequel joue également Peter Boyle en tant que détective privé qui tente d’aider le père outragé dans son impossible quête rédemptrice).
Dans les deux cas (et l’on pourrait évidemment y inclure Taxi Driver), les auteurs ont vraisemblablement voulu reprendre le schéma classique fordien du séminal The Searchers (La Prisonnière du désert, 1956) qui voit Ethan Edwards (John Wayne), ancien soldat confédéré, « conservateur » et xénophobe partir en territoire ennemi comanche afin de retrouver sa nièce Debbie (Nathalie Wood) enlevée par ces « sauvages ». Les indiens d’hier seraient-ils les hippies, proxénètes et pornocrates des seventies ?

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Concernant Joe, on est littéralement subjugués et hypnotisés par la performance exceptionnelle de Peter Boyle en métallurgiste prolétarisé, brut de décoffrage, qui rêve d’ascension sociale tout en épanchant sa haine et sa rancœur à l’encontre de tout ce qui peut symboliser la contre-culture américaine de l’époque : les jeunes libertaires fumeurs de joints, responsables de l’enlisement au Vietnam et de la chute des valeurs régaliennes, les filles lascives un peu trop libérées, sans oublier « les nègres et les pédés ». Préparez-vous, le langage est plutôt fleuri et tranche évidemment radicalement avec la majorité des autres films « progressistes » et « libertaires » (de type Easy Rider, Le Lauréat ou Cinq pièces faciles) produits au même moment par les hérauts de cette nouvelle vague U.S on ne peut plus diverse, protéiforme et évolutive comme l’ont montré les nombreux travaux sur ce sujet menés d’une main de maître par le critique et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret, auteur dans le Blu-ray d’ESC d’un excellent documentaire de 45 minutes, Le réveil de l’Amérique silencieuse.

Quel héritage ?

Produit pour un peu plus de 100 000 dollars, le film rapportera la bagatelle de 20 millions de dollars, rien qu’aux Etats-Unis et au Canada, soit le 13ème succès de l’année, toutes catégories confondues. Mais devant l’enthousiasme irrationnel des foules riant aux larmes et applaudissant plus que de raison les dérapages verbaux et la radicalité transgressive de son personnage, Peter Boyle fut à son tour horrifié et refusa pendant plusieurs années d’apparaître dans un autre matériau filmique similaire glorifiant une quelconque forme de violence ou de posture réactionnaire et « vigilantiste »… D’où son refus d’accepter par exemple l’année suivante le rôle de Jimmy « Popeye » Doyle dans le fameux French Connection de William Friedkin (qu’endossa finalement pour le plus grand bonheur des spectateurs et des financiers Gene Hackman).

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Enfin, comment ne pas évoquer avec émotion le souvenir très fort d’un jeune garçon de sept ans qui découvre ce film sur grand écran au cinéma Tiffany de New York, en 1970, aux côtés de sa mère Connie (très « liberal » pour le coup !) et de son beau-père, Curt. Ce jeune privilégié sera maqué toute sa vie par ce spectacle hors norme ainsi que par les réactions du public dans le cinéma… Un public qui « s’est bien fendu la poire » pendant les trois quarts du métrage ! Ce timide garçonnet a pour nom Quentin Tarantino et son récit est gravé pour l’éternité dans son magnifique essai autobiographique, poétiquement baptisé, Cinéma Spéculations (Flammarion, 2022), que l’on ne saurait trop vous conseiller de dévorer :
« Ce film a été pour moi une projection mémorable. Bien que brutal, laid et violent, Joe est une comédie truculente, trempée dans l’humour noir, sur les classes sociales en Amérique, à la limite de la satire, tout en étant aussi sauvagement féroce. Chaque camp, prolos, bourgeois et culture jeune, est incarné par ses pires représentants (tous les personnages masculins du film sont de détestables crétins). Je crois que c’est l’aspect sordide de l’appartement dans lequel les deux junkies du début vivaient qui m’a le plus fichu les jetons. En fait, j’en ai carrément eu mal au bide. Mais dès l’instant où le père est entré dans le bar et où Joe est apparu pour la première fois à l’écran, le public a commencé à se marrer. Et en un rien de temps, le public adulte est passé du silence dégoûté à la franche hilarité. Le réalisateur, en combinant la comique prestation frime de Peter Boyle avec ce trash-o-logue glauque, produit un cocktail à base de pisse dont le côté savoureux est perturbant. » Du grand Quentin dans le texte pour un Ovni très malséant et très peu « PC » (politiquement correct) mais à voir absolument pour quiconque souhaite mieux appréhender et pénétrer les arcanes parfois hermétiques de ce « Nouvel Hollywood » et qui aide, par voie de conséquence, à mieux comprendre également la situation actuelle d’un pays hautement clivé et en profondes crises/ mutations, à moins de quatre mois de l’élection présidentielle qui devrait opposer Donald Trump à Kamala Harris suite à l’incroyable retrait de Joe Biden…  

Le Blu-ray avec 1 livret de 24 pages disponible le 24 juillet 2024 chez ESC Editions.

Joe, c'est aussi l'Amérique [Blu-ray]

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Cinéma spéculations

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L’abbé Pierre n’était pas #MeToo — et alors?

Ayant épuisé — pour le moment — son stock de personnalités susceptibles d’avoir un jour couché avec des starlettes, l’inénarrable Caroline De Haas en est donc arrivée à monter un dossier de harcèlement contre l’abbé Pierre, qui, paraît-il, dans son grand âge… Bien qu’il soit plus porté sur les seins que sur l’Esprit saint ou les saintes nitouches, notre chroniqueur a voulu revenir sur ces accusations absurdes, puisque l’impétrant est passé dans un monde meilleur où les néo-féministes en quête de notoriété n’existent pas.


Au commencement était saint Paul, le gnome de Dieu, petite chose misérable qui, frappée d’illumination sur la route de Damas (il faut se méfier, au Moyen-Orient, les coups de soleil, de Paul à Mahomet en passant par tous les illuminés du désert, sont redoutables et vous font prendre de l’eau de source pour du saint-julien 1985 — mon préféré) devint un thuriféraire immédiat du dieu qu’il combattait férocement : une intolérance chasse l’autre. 

La chair est faible

C’est à ce père de l’Église, sous-doté par la nature (qui dira l’incidence du micro-pénis dans les convictions religieuses ?) que nous devons la condamnation par l’Église de la sexualité, au point que s’il admet qu’il faut croître et se multiplier, il finit par conclure que mieux vaut s’en abstenir. Rappelez-vous le beau livre de Pascal Quignard, Le Sexe et l’effroi, qui analyse le coup d’arrêt brutal que le christianisme a imposé au monde gréco-romain, où l’on s’emmanchait sans penser à mal…

De surcroît, la progression hiérarchique au sein de l’Église allant d’un train de sénateur, les prêtres n’arrivent en position de force que tard dans leur vie. Mon hypothèse est que l’andropause au cours des siècles leur a fait dire de grosses bêtises sur la nécessaire chasteté des prêtres, des moines et des nonettes, qui avaient, les uns et les autres, l’âge de forniquer — et qui d’ailleurs ne s’en privaient guère : la vertu de saint Ambroise n’est pas à la portée de tout le monde, et la résistance de saint Antoine aux offres de la reine de Saba et autres petites cochonnes est moins un exemple qu’une exception sidérante.

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Alors l’abbé Pierre aurait touchaillé des jeunes femmes… Et alors ? Il a bien fait. Caroline de Haas, qui a monté le dossier d’accusation après avoir ruiné la vie de toutes sortes d’hommes qui ne lui avaient rien fait — crime impardonnable —, a recueilli le témoignage de quelques victimes supposées de l’abbé et / ou gourgandines en mal de célébrité. Et Mediapart, où bien sûr ils sont tous chastes, de se frotter les mains.

L’abbé Pierre était bel homme, et en l’interprétant au faîte de sa beauté (dans Hiver 54, en 1989), Lambert Wilson lui rendait un bel hommage. Que la chair soit faible, nous le savons tous — et nous nous en excusons pour mieux en profiter. Grand bien nous fasse, à nous et aux pénitentes qui à genoux nous supplient de leur déverser notre sainte parole afin qu’elles s’en abreuvent à la source.

Nouvelles perversions

La chasteté obligatoire ne peut avoir été imposée que par des hommes frappés de sénescence ou des pervers imposant aux autres ce dont ils se dispensaient allègrement : pourquoi Madame De Hass ne monterait-elle pas un dossier contre une flopée de papes à progéniture extensive et mœurs équivoques ?

Quant à l’idée d’inculper les morts, elle est, quand on y pense, hautement surréaliste. Cela se faisait autrefois — voir le « Concile cadavérique » qui en 897 jugea post mortem le pape Formose. Cet anticlérical de Paul Laurens en a tiré un tableau saisissant en 1870. Vite, exhumons la dépouille de l’abbé Pierre, et traînons-la au Palais de justice, au milieu des cris vengeurs des hyènes de garde.

Laissons les morts enterrer les morts. L’abbé Pierre a fait un boulot remarquable, et les féministes de gauche qui pensent surtout à faire parler d’elles en sont loin, si loin qu’elles n’y arriveront jamais. Il n’y a pas de faute dans les relations charnelles entre adultes consentants, qu’on se le dise. Et nous devons juger les hommes sur le seul critère du bien qu’ils ont fait, et non des peccadilles que des oies blanches, faute de se repaître à satiété de la substantifique moëlle, leur reprochent pour occulter leur misérable petitesse.

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Non, le commerce ne tire pas son épingle des Jeux

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Avant même le démarrage officiel des Jeux, la Mairie de Paris annonce la création d’une commission d’indemnisation pour les commerces mis en difficulté: un comble pour un événement annoncé comme une aubaine économique ! 


Je me souviens encore de ma réaction, il y a un an, à l’annonce des tarifs affichés par les hôtels parisiens pendant la période des Jeux Olympiques de Paris 2024. Pour un simple établissement deux étoiles, la nuit dépassait parfois le millier d’euros. Étant pourtant une fervente défenseuse du libéralisme, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu honte de l’image que l’on allait renvoyer aux touristes. 

Des chiffres de réservations hôtelières décevants

Un an plus tard, Anne Hidalgo a fini par se jeter à l’eau mais les hôteliers, eux, attendent encore d’être noyés sous le flux de réservations qu’elle leur avait prédit. Pire, les taux d’occupation sont plus bas que les années précédentes et les tarifs actuels bien loin de ceux initialement fixés. Certes, plus de deux millions de touristes sont attendus ces prochains jours, mais c’est sans compter l’effet de substitution des touristes habituels français et étrangers qui ont préféré reporter ou annuler leur séjour à Paris. De la même manière, la plupart des entreprises franciliennes ont anticipé cet événement en annulant  les salons professionnels, réunions ou formations en présentiel.  

Après les hôteliers, ce fut au tour des restaurateurs et commerces situés aux alentours des quais de Seine – la fameuse « zone rouge » – de prendre une douche froide. Ce week-end, dans une vidéo déjà visionnée plus de 20 000 fois sur les réseaux sociaux, un restaurateur désabusé filme le grillage qui encadre son établissement depuis quelques jours, tout en déplorant les annulations en cascade qu’il enregistre et la perte de son chiffre d’affaires qu’il estime d’ores et déjà colossale. Que l’on compatisse ou non à son désarroi, la vision de ces rues parisiennes désertées nous rappelle inévitablement l’époque pas si lointaine de l’épidémie de Covid. Et pour cause, le même arsenal est de retour : attestations, QR code de circulation, et contrôles de police. De quoi créer un climat anxiogène et liberticide fort peu propice à la consommation ou aux moments conviviaux au restaurant ! Heureusement que le slogan des JO « Ouvrons grand les Jeux ! » a vite été relégué aux oubliettes car il n’en deviendrait que plus risible dans ces quartiers confinés. 

Et si les commerces de province tiraient, eux, leur épingle du jeu ?

À cette question essentielle de l’accessibilité des commerces s’ajoute une question plus idéologique. Début 2024, seuls 9% des commerçants indépendants considéraient que les Jeux Olympiques allaient avoir un effet positif sur leur activité. Autant dire que l’annonce des JO avait suscité plus de craintes que d’espoirs chez les commerçants. Malgré tout, les plus enthousiastes (ou naïfs) d’entre eux se voyaient déjà, dans une liesse populaire et nationale, décorer leur devanture aux couleurs des Jeux et arborer en vitrine les symboles de ceux-ci. Que nenni ! À moins de s’acquitter d’une coûteuse redevance, l’utilisation des anneaux olympiques, de la flamme ou même de la mascotte Phryge, mi-bonnet phrygien, mi-clitoris aux yeux bleus, leur est formellement interdite. Anne Hidalgo aura beau dénoncer un « bashing des jeux » et qualifier de « peine-à-jouir » ceux qui n’adhèrent pas à la ferveur populaire, il faut admettre que rien n’a été fait pour que les commerçants s’approprient cet événement. 

Cette ferveur populaire autour des Jeux se révèle d’ailleurs plutôt de l’ordre du fantasme élitiste, comme en témoigne l’exode actuel des Parisiens, qui n’est pas sans rappeler, là aussi, celui qui a précédé le premier confinement. Autant de clients en moins pour les commerces parisiens ! Peut-être que les commerces de province, où se sont massivement expatriés les Parisiens, seront finalement les seuls vrais gagnants de ces jeux…

Avant même le démarrage officiel des Jeux, la Mairie de Paris vient d’annoncer la création d’une commission d’indemnisation pour les commerces mis en difficulté durant cette période : un comble pour un événement annoncé comme une aubaine économique ! Gardons tout de même en mémoire que, pendant les Jeux Olympiques de Londres en 2012, le gouvernement britannique avait rétorqué aux commerçants londoniens déçus, qu’il fallait attendre 10 ans pour juger des retombées économiques. En 2022, force est de constater que si tel bilan a été fait, les Britanniques ne l’ont pas jugé digne d’être divulgué. « Du pain et des jeux ! » disait Juvénal. À défaut de gagner le premier, il reste donc aux commerçants à espérer ne pas sortir trop perdants des seconds. 

Anatomie d’une descente aux enfers

Le réalisateur Yohan Manca était en pleine ascension. Une dispute violente avec sa compagne Judith Chemla a déclenché la terreur MeToo et brisé sa carrière. Depuis, alors qu’il a purgé sa peine, l’actrice multiplie les accusations les plus folles avec la bénédiction des médias. Face à cet acharnement, il sort de son silence.


Au printemps 2021, Yohan Manca est un jeune espoir du cinéma. La presse de gauche se l’arrache. Son premier long-métrage, Mes frères et moi, doit être présenté à Cannes, avec dans le rôle principal la comédienne Judith Chemla qui est aussi sa compagne depuis 2016 et la mère de leur fille, née en mai 2017. Quelques jours avant la projection, Manca apprend qu’elle l’a trompé et, de colère, lui jette son téléphone au visage, la blessant. Le film est présenté au Festival, mais le couple est absent. Chemla porte plainte et le jeune réalisateur se retrouve en garde à vue, puis placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec elle. Le 15 novembre, alors que Yohan Manca se présente au domicile de son ex-compagne, elle prévient la police. Ayant rompu son contrôle judiciaire, il est placé en détention durant quinze jours. En janvier 2022, le film sort en salle. En mai, Manca est condamné à huit mois de prison avec sursis. Mais ce n’est pas fini ! En juillet 2022, l’actrice poste sur Instagram les photos de son visage tuméfié (datant de juillet 2021, donc un an plus tôt) suite au jet de téléphone. Aussitôt, elle est invitée par la matinale de France Inter. Deux mois plus tard, devant la brigade des mineurs, elle accuse Yohan Manca d’embrasser leur fille sur la bouche avec la langue. En janvier 2024, elle publie un livre dans lequel elle revient sur les différentes violences qu’elle aurait subies et enchaîne les télévisions et radios, devenant une figure militante majeure du mouvement de « libération de la parole ». Yohan Manca, lui, disparaît des radars. Aujourd’hui, il décide à son tour de sortir du silence et de dire sa vérité.


Causeur. Vous avez été incarcéré pour non-respect de votre contrôle judiciaire. Pourquoi vous être mis dans cette situation, ce qui alimente l’image d’homme violent que l’on vous attribue et que vous contestez ?

Yohan Manca. Je n’avais pas le droit d’entrer en contact avec Judith, ni de me présenter à son domicile (et donc au mien puisqu’on y vivait ensemble), sauf pour ce qui concernait notre fille. Nous avions donc quelques contacts pour la garde alternée de la petite. Et j’ai voulu aller plus loin. Je voulais la reconquérir, sauver notre famille. J’ai été trop insistant, comme un con, je m’y suis mal pris. Mais avec Judith, nous en discutions, elle n’était pas fermée au dialogue, au contraire. On dînait même ensemble parfois. On riait de nouveau, on pleurait. Sauf qu’un jour, je me présente au domicile alors que je n’y étais pas invité. Là, on s’engueule et elle décide donc de signaler ma présence à la police. Je n’aurais jamais imaginé que cela m’emmène aussi loin dans l’enfer. Parce que je tiens à rappeler qu’en dehors de ce jet de téléphone – dont j’ai honte ! –, il n’y a jamais eu aucune autre violence, ni aucune menace. Jamais. C’est un point très important.

Lorsqu’en juillet 2022, elle poste sur Instagram les photos de son visage tuméfié, que pensez-vous ?

Je comprends que j’entre dans un engrenage terrible. Judith publie ces photos deux mois après ma condamnation et plus d’un an après les faits. J’avais donc déjà payé ma dette. Quarante-huit heures de garde à vue, huit mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. Sans compter les deux semaines à la Santé. Ce n’est pas rien ! Je ne minimise pas la gravité de mon geste et je n’ai d’ailleurs pas fait appel de la décision. Mais pour Judith, ce n’est pas assez. Donc, après que la justice est passée – et alors qu’elle non plus n’a pas fait appel de la décision –, elle m’inflige le tribunal médiatique, elle me livre en pâture à la meute. Je tiens à préciser qu’elle le fait au moment où l’on n’arrivait pas à s’entendre sur les dates de garde de notre fille pour les vacances. Elle m’en voulait. Avec la médiatisation, elle avait une puissance de feu énorme, un quasi-pouvoir de vie et de mort sur ma vie professionnelle et sociale. Elle savait qu’elle anéantirait ma vie, ma carrière qui commençait.

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Et cela n’a pas manqué…

Le lendemain de la publication de cette photo, elle était invitée par Léa Salamé sur France Inter. Et là, toute la machine médiatique s’est emballée. J’étais devenu un monstre, un pervers narcissique, un homme violent. Alors que je le répète, en dehors de ce jet de téléphone sur le coup de la colère, que je regrette et que j’ai payé devant la justice, il n’y a jamais eu aucune autre violence. Après France Inter, ça a été le déchaînement dans les médias. Et aucun journaliste ne m’a contacté pour avoir ma parole à moi ! Aucun. J’ai proposé à des tas de médias de leur donner ma version, personne n’en a voulu. Ils sont allés chercher (avec l’aide de Judith) des filles avec lesquelles je me serais mal comporté quand j’avais 17 ans. Ils n’ont rien trouvé de sérieux contre moi. Mais ils ont réussi à trouver une fille pour dire « Il m’a pincé le genou », et une autre pour dire qu’à 18 ans, j’avais dormi sur son paillasson parce que j’étais fou d’elle. Ces filles, je déjeunais pourtant avec elles dix jours avant la publication. C’est fou ! Quand je leur ai demandé pourquoi elles racontaient ça aux journalistes, certaines me répondaient qu’on leur avait mis la pression, d’autres que c’était par sororité. Toutes ces petites choses parviennent à dresser un portrait bien noir de vous. C’est une machine infernale, un rouleau compresseur. C’est tout un système qui se met en branle contre vous.

Une fois dans cet engrenage, peut-on s’en sortir ?

J’ai l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Judith s’acharne. Elle a continué à déposer d’autres plaintes contre moi. Mais ce qui m’a décidé à prendre la parole, c’est qu’elle m’accuse d’inceste sur notre fille. Elle dit qu’avec mon beau-père, nous embrassons ensemble ma fille avec la langue « en réunion ». L’ignominie. Sa plainte a été classée sans suite. À partir de ce moment, j’ai décidé de parler, même si ça doit me coûter. Parce que sinon, quand ma fille grandira et qu’elle tapera son nom sur internet, elle ne verra que des vidéos de sa mère dressant un portrait horrifique de moi. Je ne peux pas laisser ainsi le champ libre au mensonge. Je dois faire exister ma vérité. Les accusés ont peur de parler. Tout le monde est terrifié, et à juste titre d’ailleurs. Il faut que cela cesse. On ne peut plus laisser des gens aussi extrémistes imposer leur justice à eux, leurs règles à eux. C’est la terreur.

Donc non seulement elle mobilise les médias, mais elle continue son combat judiciaire contre vous ?

Oui. Sauf que – en dehors de la plainte pour le jet du téléphone – toutes ses plaintes ont été classées sans suite. Ses plaintes sont délirantes ! Un jour elle est allée au commissariat parce que je n’avais pas mis de crème solaire à notre fille et qu’elle avait le nez cramé. Une autre plainte parce que je lui ai déposé la petite un peu en retard. Une autre pour harcèlement (ce que je conteste, et qui encore une fois a été classée sans suite). Les services de police l’ont toujours écoutée et ne m’ont pas loupé. Mais au bout d’un moment, même eux n’en pouvaient plus et ne voulaient plus la recevoir. Elle prétendra évidemment que la police n’écoute pas sa parole ! Après m’avoir accusé d’inceste sur notre fille, elle me l’a confiée sans problème pendant un an, comme si de rien n’était. Drôle de manière de protéger sa fille ! Toutes ses plaintes déposées en vain ont tout de même eu un effet ! Je n’ai pas vu ma fille pendant plus d’un an. Donc elle a tout de même réussi à m’infliger une punition de plus sans la moindre décision de justice.

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À partir de la médiatisation de votre affaire, comment s’est comporté le milieu professionnel avec vous ?

Au moment où l’affaire a éclaté, j’étais en pleine ascension. Toutes les portes s’ouvraient à moi. Mon film était présenté à Cannes ! Tous les projets se sont naturellement arrêtés. Très peu de gens m’ont appelé. J’ai senti la majeure partie des gens se détourner de moi. Je suis passé du statut de jeune réalisateur prometteur à celui d’agresseur. Pour cette erreur que j’ai commise et que je ne minimise pas, dois-je payer toute ma vie ? Ai-je le droit d’exister ? Ou alors, qu’on me condamne clairement à la perpétuité avec une peine de sûreté ! Mais j’espère pouvoir refaire du cinéma un jour. J’y travaille. J’ai récemment reçu des nouvelles positives et je sais que je peux compter sur quelques personnes courageuses qui ne sont pas prêtes à se laisser intimider.

Avez-vous lu son livre à charge contre vous ?

Oui. C’est du grand n’importe quoi. Tout est déformé. Tout est malhonnête. C’est du délire. Dans ce livre, elle accuse également l’acteur James Thierrée – père de son autre enfant – de violences conjugales. Ce que James conteste ! En cinq ans de vie commune, elle ne m’a pourtant jamais parlé des prétendues violences de James. James n’a pas vu son fils pendant plus d’un an pour des raisons obscures également. Que le même scénario se répète n’éveille pas le moindre doute, tout le monde trouve ça normal, elle continue d’écumer les médias sans avoir jamais à affronter la moindre petite contradiction. Tout ce qu’elle dit est parole d’Évangile. Elle est reçue partout comme une sainte. J’ai envie de demander aux journalistes : jusqu’où doit-elle aller pour qu’ils se disent que c’est trop ? C’est tout de même flagrant que Judith a complètement perdu la raison !

Capture d’écran d’une vidéo de Konbini de février 2024 dans laquelle l’actrice Judith Chemla évoque les violences conjugales subies de la part de ses ex-conjoints. D.R

Lorsque vous l’avez rencontrée, défendait-elle ce féminisme-là ?

Pas du tout ! Elle n’avait même pas lu Simone de Beauvoir. Aujourd’hui, je ne la reconnais plus. Sa voix, ses mots ont changé. Physiquement non plus, je ne la reconnais pas. C’est comme si elle était entrée dans une secte. Les mots qu’elle utilise ne sont plus les siens. Elle utilise le lexique MeToo. Elle n’a plus que ce vocabulaire en bouche. Lorsque j’ai eu affaire à elle lors des confrontations, j’en ai eu froid dans le dos. Je ne voyais plus aucune humanité en elle. Et pourtant je ne suis pas contre ce mouvement MeToo. Je suis pour que l’on remette de l’ordre dans les relations hommes-femmes. Mais je suis obligé de constater la dérive totalement folle dans laquelle nous sommes.

Pourquoi ne pas vous défendre devant la justice, par exemple en l’attaquant pour dénonciations calomnieuses ?

Les avocats vous déconseillent de le faire. Si je la poursuis, je vais être considéré comme l’agresseur qui piétine la parole des victimes. Regardez ce qu’elle m’inflige alors que je ne répondais même pas à ses attaques. Imaginez ce que ce serait si je l’attaquais à mon tour. Et tous les médias la suivraient, c’est certain. C’est difficile de faire le poids. D’ailleurs, je l’ai attaquée une fois, parce qu’elle ne m’avait pas présenté ma fille pendant trente et une journées. Eh bien, c’est moi qui ai été condamné à 3 000 euros d’amende pour préjudice moral et financier pour procédure abusive. Sans compter que depuis le début de cette affaire, j’en suis presque à 70 000 euros de frais d’avocats.

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Rien de ce qu’elle dit contre vous ne tombe sous le coup de la diffamation ?

A priori non. Lorsqu’elle martèle que je suis un auteur de violences conjugales, elle ne ment pas. Cette vérité est actée. Mais la réalité précise, que Judith dissimule, est que je ne suis l’auteur que d’une violence conjugale. Pas plus. En masquant cette petite nuance, elle fait de moi un monstre. Et dans ce mouvement MeToo, c’est bien cela le problème : la nuance. Ce jet de téléphone, pour eux, fait de moi un nouveau Bertrand Cantat.

Pensez-vous que Judith Chemla est sincère ?

En partie, oui. Judith a basculé dans une dérive extrémiste du féminisme. C’est presque sectaire. C’est comme quelqu’un qui entre dans l’univers Web de Soral et qui s’abreuve toute la journée de ses vidéos antisémites. Il finit par ne plus avoir qu’une vision totalement déformée du monde, à ne plus voir que des complots juifs partout. Eh bien Judith ne vit plus qu’à travers son nouveau combat féministe. Sur ses réseaux sociaux, elle ne publie que des contenus wokistes qui incitent à penser que tous les hommes sont des monstres, des violeurs et que toutes les femmes sont des victimes. Elle ne se nourrit plus que de ça. Elle n’est entourée que par des gens qui pensent ainsi. Son avocate est une spécialiste des violences sexistes. Vous savez comment m’appelle son avocate lorsque je me trouve dans la même pièce qu’elle ? « L’agresseur multirécidiviste » ! Après, il n’y a pas que de la conviction. Je pense aussi que Judith se sert de la cause juste du combat contre les violences faites aux femmes pour mener sa vendetta personnelle contre moi, parce que je l’ai trompée lorsque nous étions ensemble et qu’elle ne l’a pas digéré. Et puis, elle n’a jamais été aussi célèbre que depuis qu’elle est devenue une figure de proue de ce féminisme révolutionnaire. Donc, peut-être qu’il y a un brin d’opportunisme inconscient dans sa sincérité.

Les Amazones de la terreur

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L’émergence de la femme terroriste – La Révolution


L’engagement actif des femmes  dans  des  groupes  terroristes  n’est  pas  nouveau, principalement depuis la fin du XIXème siècle.

Du Parti socialiste révolutionnaire en Russie à la Fraction armée rouge allemande, des Brigades rouges italiennes à Action directe en France, des Forces armées révolutionnaires de Colombie au Partya Karkerên Kurdistan (PKK) en Turquie, de l’organisation Euskadi Ta Askatasuna (ETA) à l’organisation Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), du Hamas en Palestine à l’Etat islamique, elles sont nombreuses à rejoindre les rangs d’organisations terroristes.

De Charlotte Corday à Sofia Pereskovaïa, de Leila Khaled à Nathalie Menigon, d’Ulrike Meinhof à Emilie König, combattantes, militantes, résistantes, activistes, qu’elles soient françaises, russes, palestiniennes, allemandes, elles sont toutes animées par la même violence et le même objectif, vaincre par la force et les armes.

Elles n’hésiteront pas à soutenir activement et de leur plein gré, sur les plans idéologique et opérationnel ces groupes terroristes et à participer à la commission d’infractions liées au terrorisme.

Depuis des siècles les femmes participent à des luttes et pourtant le rapport de la femme à la violence continue de nous surprendre, de nous fasciner et de nous révulser à la fois.

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« Femmes » et « violence » ne peuvent-ils pas aller de pair ? L’architecture sur laquelle repose nos sociétés occidentales a fait de la femme le « sexe faible » celle qui donne la vie et ne peut donc la reprendre. Ces femmes qui cassent les codes des stéréotypes du genre dérangent. Quelles sont leurs motivations ? Sont-elles manipulées ? Sont-elles des suiveuses, des amoureuses ? Quelle est la force de leur engagement ? Si ce phénomène de la violence des femmes n’est pas nouveau dans l’histoire, le contexte actuel où le terrorisme hante notre quotidien et peut frapper à chaque instant, en tout lieu, n’importe qui et par tout moyen semble plus inquiéter aujourd’hui le grand public. Les sympathisantes du djihad, présentes sur notre territoire et celles qui ont fait le choix de rejoindre une organisation terroriste islamique renforce l’idée d’une féminisation du terrorisme.

La culture occidentale considère généralement le masculin comme le chasseur, le guerrier, le commandant, on l’appelle le « sexe fort ». Quant au féminin, on lui attribue, douceur, maternité, pacifisme, on l’appelle le « sexe faible ».

Alors que la part des femmes dans la criminalité est moindre que celle des hommes et que le droit traite en principe à égalité les deux sexes, pourquoi leurs « crimes » nous amènent-ils à plus de questionnements ?

La violence n’est pas l’apanage des hommes !

Plus souvent considérées comme des victimes, elles ont longtemps occupé une place à part dans le discours et dans la lutte contre le phénomène du terrorisme. Il faudra attendre les années 70, pour qu’émergent aux yeux du public à travers les médias, les visages de ces femmes. Comment oublier, la diffusion chaque soir aux informations des photos de Nathalie Ménigon et de Joëlle Aubron membres du mouvement terroriste Action Directe ? Oui, les femmes peuvent porter les armes et combattre, comme les Amazones ! Oui, les femmes peuvent être des soldats, comme Jeanne d’Arc ! Oui, les femmes peuvent tuer, comme Muzghan et Nasreen !

L’histoire nous démontrera que les femmes comme les hommes, les filles comme les garçons peuvent prendre les armes, commettre des actes de violence, semer la terreur et devenir tout simplement des terroristes.

Charlotte Corday conduite à la guillotine par Arturo Michelena (1889) © Wikipédia

La participation politique des femmes aux évènements s’est affirmée durant la Révolution française. Dans la rue, dans les tribunes, dans les clubs, les assemblées et les sociétés, elles occupent tous les terrains. De la simple tricoteuse à la militante qui lutte contre la misère, la faim, de la Gironde à la Convention. D’Olympe de Gouges à Théroigne de Méricourt, elles revendiquent la liberté de la femme et l’amélioration de leurs conditions civiles et sociales, s’engagent dans les armées révolutionnaires et telle Charlotte Corday n’hésitent pas à tuer.

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Elles trouveront face à elles, leurs sœurs, leurs cousines, adhérant aux idées contre-révolutionnaires, fidèles au roi et à la religion, vendéennes et bretonnes, paysannes et nobles, soutiens logistiques et soldates de l’Armée catholique et royale. Marie Papin, Soeur Agnès ou les deux sœurs de La Rochejaquelein pour ne citer qu’elles.

En 1793, la Convention interdit aux femmes d’accéder à l’uniforme de soldats, les invitant à porter l’uniforme qui convient à leur sexe. Pourtant, nombreux sont les portraits de ces amazones, fières, altières, androgynes, en habit d’homme, armées telles des Minerve de la Rome antique.

13 juillet 1793, Marat, la figure de l’Ami du peuple vient d’être assassiné d’un coup de couteau dans la poitrine par la jeune Charlotte Corday, de son vrai nom Marie-Anne Charlotte de Corday d’Amont, issue de la noblesse rurale normande, femme d’esprit, républicaine, engagée en politique auprès des girondins et idéaliste ; elle sera arrêtée le jour même. Marat, celui qui incarne à ses yeux l’injustice et le mensonge, Marat un des principaux responsables de l’écrasement des Girondins, Marat le symbole des dérives de la Révolution.

Charlotte Corday, héroïne cornélienne ou préfiguration du fanatisme terroriste ?

Depuis 1792, Marat cristallise les haines d’une partie de la population, on lui reproche l’essor de la violence, un vent de paranoïa souffle sur Paris, Louis XVI a été exécuté le 21 janvier, tout le monde dénonce tout le monde. Danton, Robespierre et Marat saignent le pays au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Jacobins et Montagnards s’opposent aux Girondins. Parmi les partisans de la Révolution, certains s’opposent aux méthodes des radicaux rejoignant même les monarchistes.

Le 31 mai, Marat exige à la tribune l’arrestation d’une trentaine de girondins, c’en est trop, c’est dans ce contexte agité que Charlotte émet le projet de délivrer son pays de la tyrannie de l’Ami du peuple.

Charlotte Corday est accusée « d’avoir méchamment et de dessein prémédité, étant à Caen, formé le projet d’attenter à la représentation nationale, en assassinant Marat, député à la Convention (…) ce qui est contraire à l’article 4 section trois du Titre premier et à l’article 11 section première Titre second du Code pénal ».

Article 4 (section 3, titre 1, IIème partie) : Toute organisation ou attentat, pour empêcher la réunion, ou opérer la dissolution du corps législatif, ou pour empêcher par force et violence la liberté de ses délibérations, tout attentat contre la liberté individuelle d’un de ses membres, seront punis de mort. Tous ceux qui auront participé auxdits conspirations ou attentats par les ordres qu’ils auront donné ou exécuté, subiront la peine portée au présent article.

Article 11 (section 1, titre 2, IIème partie) : L’homicide commis avec préméditation sera qualifié d’assassinat et puni de mort

Lors de son procès, elle confessera son crime, il s’agira de déterminer pourquoi elle l’a commis, et surtout si elle a agi seule ou sur les ordres d’opposants à Marat ?

Le Républicain français du 23 juillet 1793, publiera un compte-rendu du procès, je cite :

« Le président : Qui vous a engagé à commettre cet assassinat ?
L’accusée : Ses crimes
Le président : Qu’entendez-vous par ses crimes ?
L’accusée : Les malheurs dont il a été la cause depuis la révolution.
Le président : Quels sont ceux qui vous ont engagé à commettre cet assassinat ? L’accusée : Personne ; c’est moi seule qui en ai conçu l’idée.
Le président : Quelles étaient vos intentions en tuant Marat ?
L’accusée : De faire cesser les troubles, et de passer en Angleterre, si je n’eusse point été arrêtée […]. Je savais qu’il pervertissait la France. J’ai tué un homme pour en sauver cent mille. C’était d’ailleurs un accapareur d’argent. »

Elle écrira à son père, « Pardonnez-moi, mon cher papa, d’avoir disposé de ma vie sans votre consentement. J’ai vengé bien d’innocentes victimes, j’ai prévenu bien des désastres ; le peuple, un jour désabusé, se réjouira d’être délivré d’un tyran […]. Adieu, mon cher papa : je vous prie de m’oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort. Vous connaissez votre fille ; un motif blâmable n’aurait pu la conduire. J’embrasse ma sœur, que j’aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents. N’oubliez pas ce vers de Corneille : “Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud ! C’est demain à huit heures, qu’on me juge ”».

Jugée le 16 juillet, elle sera guillotinée le lendemain, sur la place de la Révolution. L’assassinat de Marat présente tous les aspects d’un attentat politique, cependant il est surtout relaté comme un fait divers.

Des femmes au cœur des combats

Certains verront en Charlotte Corday une figure héroïque de cette période de l’histoire, d’autres une « bonne » criminelle. Et pourtant Charlotte fascine, les portraits la représentant auprès de sa victime sont légion. Peut-être même dérange-t-elle l’ordre établi des normes sociales et genrées de l’époque ? Hauer la dessinera de face et en buste, tenant à gauche la gaine qui enveloppait la lame et dans sa paume droite le couteau que l’on devine, le regard décidé à en finir avec Marat, l’ennemi du peuple. Mi-homme, mi-femme, telle une déesse antique. Inversion des représentations féminine et masculine. Mais qui s’en étonnerait dans cette période troublée ?

En Vendée, en Bretagne, en Normandie et dans le Maine, au même moment, des femmes, des filles, des ménagères et des aristocrates mènent aussi un combat, mais cette fois-ci pour Dieu et pour le Roi. Peu nombreuses à combattre au sein des armées en campagne, elles occuperont, malgré tout, une part prépondérante et joueront un rôle important dans l’effort de contre-révolution pour battre les « Bleus ».

Se mobilisent-elles pour maintenir un ordre plus traditionnel et conservateur ? Refusent-elles ce nouvel ordre républicain profondément masculin ?

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L’armée catholique et royale comptait dans ses rangs des femmes de toutes conditions. Des femmes issues de l’aristocratie combattront auprès de François de Charrette de la Contrie pendant les guerres de Vendée contre les républicains, on les appelle les « amazones » de Charrette, telles, la Marquise de la Rochejaquelein, Madame de la Rochefoucauld, Suzanne Marguerite-Adélaïde Poictevin de la Rochette, Céleste Julie Michel Bulkeley Talour de la Cartrie pour ne citer que les plus célèbres. Excellentes cavalières et rompues au maniement des armes du fait de leur condition et de leur éducation, elles s’engagent conquérantes, courageuses, parfois animées par la vengeance, d’un fils perdu ou d’une fortune détruite. Profondément catholiques, elles défendront les lieux de cultes et les religieux. Comme certaines figures républicaines, telle Théroigne de Méricourt, elles n’hésitent pas à troquer leur habit de dame, pour une tenue masculine.

Céleste Julie Michel Bulkeley Talour de la Cartrie, amazone de la guerre de Vendée, dessin de 1900. © Wikipédia

En terre chouanne, les femmes auront un rôle de premier plan en février 1791 au moment où la question religieuse devient déterminante ; du printemps 1791 au printemps 1792, l’activisme féminin est majeur, ce sont elles principalement qui se mobiliseront pour défendre le clergé réfractaire et s’opposer aux prêtres constitutionnels, elles n’hésiteront pas à avoir recours à la violence au nom de Dieu et pour le salut de la France.

Peut-on parler d’action terroriste ? La question demeure, pour certaines qui ont pris les armes et n’ont pas hésité à combattre et mener des actions « criminelles », sans doute que oui, quand d’autres auront limité leur engagement, à de simples implications matérielles et logistiques, transport de munitions ou de missives, agents de liaison, la réponse est plus mitigée. Rappelons que la France est dans une période troublée, que la violence et la terreur sont au cœur du fonctionnement ou dysfonctionnement du pays. Des actions violentes criminelles et qui terrorisent, commises par des hommes ou des femmes, en de telles périodes, est-ce surprenant ? Sans doute est-il plus pertinent de parler de militantes, d’activistes ou de résistantes.

Un tiers seulement des femmes inculpées comme contre-révolutionnaires devant les tribunaux criminels sera soupçonné d’avoir joué un rôle dans des réseaux.

Les actions à caractère criminel menées par les femmes pendant la révolution, pro ou contre-révolutionnaires même si peu nombreuses, méritent cependant d’être soulignées.

La semaine prochaine : L’émergence de la femme terroriste 2 – L’anarchisme féminin : Naissance de LA terroriste

La révérence de Joe Biden: une campagne historique s’annonce

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La campagne présidentielle américaine prend un nouveau tournant. Le président sortant, 81 ans, a annoncé hier qu’il se retirait finalement de la course. Pourvu qu’il s’en souvienne, en se réveillant ce matin… Kamala Harris est favorite pour le remplacer, mais face à Donald Trump la lutte ne sera pas aisée.


Joe Biden aura finalement renoncé à l’ultime bataille. À 82 ans bien sonnés, le natif de Scranton s’est senti trop âgé pour continuer. Diminué et fragilisé, celui qui fut sénateur du Delaware de 1973 à 2009 a fini par admettre qu’il n’avait plus les ressources intérieures suffisantes pour affronter un Donald Trump héroïsé après avoir survécu sous les yeux du monde à une tentative d’assassinat par un post-adolescent complexé comme en produisent à la chaîne les États-Unis d’Amérique.

Sleepy Joe était bien plus que ça

« Je pense qu’il est dans l’intérêt de mon parti et du pays que je me retire », a ainsi posté dans une missive solennelle le second président d’origine irlandaise de l’histoire de l’Amérique. Dans ce bref courrier explicatif adressé aux citoyens américains, Joe Biden dresse le bilan de son action, vantant notamment sa politique économique et infrastructurelle, ainsi que l’inflation reduction act qui fut un rude coup porté à l’Union européenne. Une politique extrêmement protectionniste et pas si éloignée de celle qu’avait en son temps menée Donald Trump. Nous ferions d’ailleurs peut-être bien de nous en inspirer partiellement, mais c’est une autre histoire. L’essentiel est au fond ailleurs, dans cet aveu formulé par Joe Biden qui admet sous la contrainte ne plus être un atout pour son camp et comprendre en creux qu’il ne peut plus l’emporter.

De cet animal politique dépeint ces derniers mois en marionnette, peu de choses sont sues en France. Le parcours politique long et brillant de Joe Biden cache pourtant une vie parsemée de drames terribles qui ont en leur temps durablement marqué l’opinion publique. Joe Biden a notamment perdu sa première épouse Neilia et sa fille Naomi en décembre 1972 lors de sa première campagne sénatoriale, dans un épouvantable accident de la route. Ses fils Beau et Hunter ont miraculeusement survécu, traumatisés à vie.

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En 2015, la mort a frappé de nouveau le clan Biden. Son fils Beau est décédé des suites d’un cancer du cerveau à l’âge précoce de 46 ans. Militaire et procureur général du Delaware, Beau avait toutes les qualités pour faire de lui le successeur naturel de son père. Le deuil a profondément affecté l’actuel 46ème président des États-Unis qui a dû par la suite subir les frasques de son cadet Hunter. Écorché vif, ce dernier s’est fait remarquer dans la colonne des faits divers et les rubriques mondaines pour sa consommation de drogues ainsi que son appétit sexuel.

Face à ces épreuves, Joe Biden a toujours su faire preuve de résilience. Politicien rusé et fin connaisseur des arcanes de Washington, Joe Biden était un expert de la politique étrangère dépeint en « modéré » au sein du camp démocrate. Alors qu’il était apparu plutôt fringant lors de l’élection présidentielle de 2020 où il affronta Donald Trump, la baisse de ses capacités cognitives est devenue bien trop flagrante au cours des derniers mois. Ayant toujours été qualifié de gaffeur, Joe Biden était aussi combatif. Dernièrement, ce trait de caractère semblait s’effacer, dévoilant un vieillard en grandes difficultés face à la presse ou ses adversaires. À telle enseigne que des personnalités de premier plan l’ont appelé à renoncer, à l’image notamment de George Clooney dont la prise de position a fait grand bruit.

Le duel annoncé entre deux hommes d’âge mûr et deux anciens présidents n’était pas au goût de tous les Américains qui semblaient contraints de voter pour faire barrage plus que par adhésion. Ils ne l’auront finalement pas. Reste la question qui fâche : qui pour prendre le relais ?

Kamala Harris en recours naturel : oui, mais…

Joe Biden a relancé une campagne américaine qui semblait acquise aux Républicains. Dans un tweet, il a explicitement soutenu la candidature de sa vice-présidente Kamala Harris. Impopulaire, cette femme métisse et plutôt jeune pour les standards locaux aura fort à faire pour obtenir le soutien du parti démocrate et plus généralement des électeurs démocrates. Elle n’est pas encore la candidate du parti qui se réunira lors d’une convention nationale dans un mois. Barack Obama a notamment exprimé ses réserves : « J’ai confiance dans le fait que les leaders de notre parti seront capables de trouver une solution pour qu’émerge une candidature exceptionnelle ». Voilà une première pierre lancée dans le jardin de Kamala Harris qui fait pourtant figure de candidate naturelle eu égard à sa fonction et au fait qu’elle soit légalement la seule à pouvoir utiliser les fonds collectés pour la campagne Biden.

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Une donnée qui a son importance puisque le parti démocrate se retrouve désormais au coude à coude dans des États qui lui étaient à l’origine acquis sur le papier, tels que le Nouveau-Mexique ou la Virginie en sus des fameux « swing states ». Éviter la catastrophe sera extrêmement coûteux alors que de nombreuses grandes fortunes financent la campagne de Donald Trump, soutenu désormais par le « monde de la tech » dont vient son colistier J.D. Vance. Des personnalités richissimes et influentes comme Elon Musk ou Peter Thiel font ouvertement campagne pour The Donald, dont l’aura a pris la couleur pourpre de l’Empereur survivant.

Les démocrates semblent pourtant décidés à livrer bataille. En plus d’Obama, des pontes comme Nancy Pelosi, Chuck Schumer ou Hakeem Jeffries n’ont pas déclaré leur soutien explicite à Kamala Harris. Joe Manchin, influent sénateur de Virginie-Occidentale, s’est déclaré prêt à entrer dans la bataille. On pourrait imaginer que Gavin Newsom, dont l’ancienne compagne est actuellement en couple avec Donald Trump Jr, pourrait aussi nourrir quelques envies. Pete Buttigieg, sorte de version homosexuelle de J.D. Vance, avec lequel il partage les mêmes origines et la même formation, serait aussi un candidat crédible. Bref, la guerre n’est pas finie. Mais Donald Trump doit être conscient d’une chose : son meilleur ennemi n’est plus dans la course. La virulence extrême de sa déclaration en est d’ailleurs la meilleure preuve. Qualifiant Biden de traître dans un post enragé sur son média social personnel, il a tout de même dévoilé son inquiétude. De fait, la campagne républicaine va devoir entièrement se réorganiser pour affronter un nouvel adversaire qui risque d’être plus jeune et de trancher. En janvier dernier, la républicaine Nikki Haley avait déclaré que « le premier parti qui retirera(it) son candidat octogénaire sera(it) celui qui gagnerait l’élection »

Ils veulent la peau de CNews

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Le journaliste d'extrème gauche Kamil Abderrahman, qui multiplie les sorties controversées, rêve que "Le Media" prenne la place de CNews. Capture d'écran.

L’hypothèse du non-renouvellement de la fréquence de CNews par l’Arcom est improbable, mais pas impossible. En coulisses, de nombreux journalistes et militants politiques en rêvent encore. Qui sont-ils ?


Dernière minute! L’Arcom vient d’annoncer que la chaîne C8 perd sa fréquence sur la TNT, ainsi que NRJ12. Les deux chaînes seront remplacées par celles de Ouest-France et de Daniel Kretinsky •

En termes d’audience, CNews est depuis deux mois devant BFMTV, LCI et France Info TV. Son succès est dû aussi bien aux sujets abordés qu’à la qualité des journalistes, chroniqueurs et débatteurs qui se succèdent sur ses plateaux. Chaque soir, Christine Kelly et ses « mousquetaires » proposent des analyses documentées sur des sujets politiques, économiques, historiques ou sociétaux. Certains rendez-vous hebdomadaires affolent les compteurs : Le « Face à Face » entre Gilles-William Goldnadel et Julien Dray remporte un franc succès, tandis que l’émission « Face à Philippe de Villiers » frôle ou dépasse régulièrement le million de téléspectateurs. Au 1er juillet 2024, CNews, qui a connu la plus forte progression toutes chaînes confondues depuis un an, est devenue la 1re chaîne d’info, la 1re chaîne TNT, la 5e chaîne nationale. Et ça, ça défrise le système politico-médiatique en place.

La pression terrible mise sur Roch-Olivier Maistre

Pour Le Monde, il ne fait aucun doute que CNews doit disparaître. Un long papier paru le 17 juillet met subtilement en garde l’Arcom : « la décision qu’elle prendra à l’encontre de CNews et C8 marquera le mandat de son président ». Roch-Olivier Maistre quittera en effet ses fonctions de président de l’Arcom fin janvier 2025. Son mandat sera salué ou hué par la caste médiatico-politique aux manettes selon qu’il sera parvenu ou non à interdire CNews ou C8 sur la TNT. Le quotidien aimerait plus de sévérité envers les dirigeants de Canal + qui, lors de leur audition devant l’Arcom, « n’ont affiché ni humilité ni contrition devant ceux dont dépend leur avenir : les conseillers réunis autour du président Roch-Olivier Maistre ». Mettre un genou à terre devant les juges médiatiques ou craindre leur colère, tel semble être le destin des prétendants à la TNT. Concernant CNews, il est attendu de leurs dirigeants qu’ils se versent en plus un tombereau de cendres sur la tête. Le conseiller Hervé Godechot n’a pas hésité, paraît-il, à mettre les représentants de Canal + en difficulté en leur rappelant les neuf motifs de reproches adressés à CNews en trois ans. M. Godechot a fait toute sa carrière dans le service télévisuel public, France 3, France 2 et France Info TV (cette dernière bénéficiant d’une autorisation d’émission sur la TNT). Nous supposons que pour Le Monde un tel CV atteste une totale impartialité et éloigne tout soupçon idéologique qui pourrait entacher le travail de M. Godechot au sein de l’Arcom… Un autre membre du tribunal de l’inquisition médiatique, Antoine Boilley, n’a pas craint, selon le quotidien, de recadrer CNews – selon la méthode dite du « sentiment d’insécurité » usitée par notre encore actuel garde des Sceaux – sur la manière de traiter les sujets concernant la délinquance et l’immigration : « Comme la météo, il y a la température et il y a le ressenti. Pareil pour la délinquance et l’immigration, il y a les chiffres de la délinquance et le ressenti qui est souvent débattu sur vos plateaux. » Le Monde omet de préciser que M. Boilley a rejoint l’Arcom en février 2023 et que, de 2001 à cette date, son unique employeur a été… France Télévisions, où il a occupé les fonctions de secrétaire général et directeur délégué (France 2) puis celles de directeur adjoint du marketing et de la communication pour l’ensemble du groupe. La pensée unique règne depuis longtemps sur les ondes d’un service public où près de 80% des journalistes et des dirigeants avouent voter à gauche ou à l’extrême gauche. Les obstacles mis en travers d’une chaîne privée ne partageant pas la doxa auront au moins servi à dévoiler la réalité sur les médias et la liberté d’expression dans notre pays. Disons-le tout net : cette liberté est un leurre. Les rênes du système politico-médiatique sont fermement tenues par des militants de gauche aussi bien que de droite, de cette droite qui n’a jamais su se défaire d’un sentiment d’infériorité face à la gauche culturelle, progressiste et morale, ainsi que par des journalistes sortant d’IEP ou d’Écoles de journalisme entièrement gangrénés par l’extrême gauche et le wokisme. Ce système ayant pris conscience qu’un petit mais vigoureux grain médiatique pouvait enrayer la machine propagandiste pro-UE, pro-immigration, pro-wokisme, il met en branle tous les moyens possibles pour l’écraser. Les censeurs fourbissent leurs armes dans les arrières-boutiques politiques, syndicales ou associatives. Inondée de plaintes, de réclamations, de saisines venant principalement de ces arrières-boutiques, l’Arcom est le bras armé à la fois du gouvernement et des ennemis traditionnels de la liberté d’expression, la gauche et l’extrême gauche, lesquelles ravivent ainsi une vieille tradition révolutionnaire, la censure au nom de la juste cause, au nom du bien du peuple, au nom du progrès. 

Le Média rêve de piquer le canal de Bolloré

Kamil Abderrahman, journaliste d’extrême gauche du Média (organe mélenchoniste de propagation des idéologies racialistes, immigrationnistes et antisionistes), participe à sa manière brutale à la charge contre les médias « bollorisés ».  Il s’est fait une spécialité d’inonder les réseaux sociaux de messages anti-israéliens, surtout depuis le pogrom du 7 octobre 2023. Les excès et les mensonges ne lui font pas peur. Ainsi accusa-t-il l’armée israélienne d’avoir tué nombre de ses compatriotes le jour fatidique de l’attaque du Hamas à cause d’une « intensité de la riposte » disproportionnée. Ainsi appelle-t-il régulièrement au boycott de SFR, propriété de l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi, lequel était également à l’époque actionnaire majoritaire de BFMTV et I24News, chaînes faisant « l’apologie du génocide des Palestiniens », selon le journaliste mélenchoniste qui considère d’autre part que « l’imam Chalghoumi, Gilles Kepel et Florence Bergeaud-Blackler sont des guignols ». Après avoir averti l’Arcom dans un tweet du 16 juillet – « Arcom, on vous observe ! » – à propos de CNews, « cette chaîne de merde », le journaliste militant a profité de l’atmosphère générale anti-Bolloré pour menacer à nouveau récemment l’organisme de surveillance médiatique : « Arcom, lisez bien. Maintenant si vous renouvelez la fréquence de cette chaîne raciste qui œuvre tous les jours pour mettre en danger la vie d’une partie de la population française en raison de sa religion, attendez-vous à d’énormes manifestations devant votre siège. » On reconnaît là les détestables méthodes d’un certain mouvement, de son leader et de ses sbires. Il faut préciser que l’interdiction de diffusion de CNews (ou de C8) sur la TNT arrangerait bien Le Média qui est sur les rangs pour remplacer la chaîne bolloréenne et bénéficie à cette fin du soutien de… Rokhaya Diallo, Guillaume Meurice, Thomas Porchet, Benoît Hamon, Audrey Pulvar et Christiane Taubira, entre autres personnalités ayant signé la tribune « Le Média doit devenir une chaîne de la TNT » parue le 28 juin dans L’Humanité. Il n’est pas certain que les propos comminatoires de Kamil Abderrahman aient été appréciés par les membres de l’Arcom. Cela aura-t-il un impact sur leur décision ? Affaire à suivre… 

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Quoi qu’il en soit, la dernière délibération de l’Arcom « relative au respect du principe de pluralisme des courants de pensée et d’opinion par les éditeurs de services » éclaire sur ce qu’attend le « gendarme de l’audiovisuel » des chaînes désireuses de jouir d’une des fréquences de la TNT. Cette délibération fait suite à la demande du Conseil d’État, lui-même sollicité par l’ONG Reporters sans frontières, exigeant plus de contrôle des chaînes de télé et de radio, surtout de CNews. Le « en même temps » macronien semble avoir présidé aux discussions qui ont mené à l’écriture de ce court manuel de surveillance des médias. En effet, en même temps qu’elle affirme que « les éditeurs sont seuls responsables du choix des thèmes abordés sur les antennes et des intervenants » et qu’il « n’est pas question de ficher ni d’étiqueter les intervenants en télé ou radio », l’Arcom prévient qu’elle tiendra compte « de la variété des sujets ou thématiques abordés à l’antenne » et de « la diversité des intervenants dans les programmes ». De plus, elle assure qu’elle sanctionnera les chaînes de télé ou les stations de radio si elle constate un « déséquilibre manifeste et durable », par exemple sur « le choix des sujets » – ce qui veut dire en clair qu’elle décidera de la ligne éditoriale qu’un média doit afficher pour éviter des sanctions. Et on peut le craindre, cette ligne éditoriale serait globalement celle du système médiatico-politique : diversitaire, immigrationniste, progressiste, écologiste, européiste et woke ! Malheur à ceux qui s’en écartent. La France n’est plus le pays de la liberté d’expression mais celui de l’expression médiatique moutonnière, paresseuse et inculte d’une caste qui n’a nullement l’intention d’aller à l’encontre de l’idéologie mondialo-progressiste du moment, laquelle l’assure d’un certain confort intellectuel – même un minimum de culture générale y est superfétatoire et le travail véritable y est inutile – puisqu’il lui suffit de reprendre sans les examiner les dépêches orientées de l’AFP et les analyses du Monde ou de Libération pour être de plain-pied avec elle. L’audiovisuel public fait ça très bien, sans barguigner – elle n’a par conséquent rien à craindre de l’Arcom. La chaîne CNews rechigne à participer au petit théâtre médiatique de la pensée unique ? Au pire, elle se verra retirer son autorisation d’émettre sur la TNT ; au mieux, elle se verra imposer de nouvelles et draconiennes obligations. 

Quoi qu’il arrive, qu’elle émette sur la TNT ou ailleurs, elle restera sous la surveillance acharnée de ce système politico-médiatique qui parle beaucoup de pluralisme mais supporte de moins en moins la contradiction. 

Einstein VS Portes

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Le député de Seine-Saint-Denis Thomas Portes (extrème-gauche), Paris, 14 janvier 2024 © Chang Martin/SIPA

« Les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus aux Jeux olympiques ». À quelques jours de l’ouverture de Paris 2024, les propos fleurant l’antisémitisme du député de gauche Thomas Portes, tenus devant une foule vociférante, mettent une cible dans le dos à toute la délégation israélienne. 


« Carthago delenda est ». C’est par ces mots, «  Carthage doit être détruite » que, dit-on, Caton l’Ancien terminait ses prises des paroles, même les plus anodines. C’est une sentence très approchante qui, manifestement, brûle la langue de Thomas Portes et de ses copains de LFI chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. Mais pour eux, ce serait : « Israël doit être détruite ». Cela aurait au moins le mérite de traduire franchement, honnêtement, leur pensée. Et ce le serait encore bien davantage, honnête, s’ils allaient au bout de cette pensée pour lancer, carrément, sans fioritures « le peuple juif doit être détruit, les Juifs doivent disparaître de la surface de la terre ». Car c’est bel et bien cette vision nihiliste qui se profile derrière les éructations du député Thomas Portes lors d’une manifestation pro-Palestine – pro Hamas, en réalité ? – où il savait fort bien d’avance que sa haine et sa profonde bêtise rencontreraient un vif succès. « Les athlètes israéliens ne sont pas les bienvenus. Ils n’ont rien à faire ici, aux J.O » Il est bien évidemment certain que Portes et ses semblables se soucient des J.O et de leurs compétiteurs comme d’une guigne, qui ne sont en l’occurrence que le prétexte à un déferlement de haine. Un de plus, en attendant les autres. 

On se tromperait lourdement si on se laissait aller à regarder ces comportements comme des dérapages incontrôlés, des provocations gratuites, l’effet d’une ignorance sans bornes. Il ne s’agit pas de cela. Portes et ses semblables savent parfaitement ce qu’ils font. Quand ils ne serrent pas la main du député en charge de l’urne lors du vote à l’Assemblée, ils savent ce qu’ils font. Lorsqu’ils vomissent leurs interdits antisémites, lorsqu’ils refusent la qualification de terroristes pour les barbares du 7 octobre, ils savent ce qu’ils font. Ils font très exactement ce que leurs mandants attendent d’eux, ils font ce que prône la stratégie révolutionnaire d’affrontement. L’autre, celui du camp d’en face, n’est pas simplement un adversaire à combattre, mais un ennemi à éliminer. Radicalement. De ce fait, ne pas serrer la main n’est pas qu’une impolitesse, une effronterie, une bêtise de plus. Non, c’est un acte délibéré. C’est la manifestation – télévisée – de la négation de l’existence de cet autre. 

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Julien Odoul, le député RN, à mille fois raison de poursuivre Portes en justice, ce porteur de haine, une haine qui malheureusement se propage comme une sale peste, touchant de proche en proche tous ceux qui n’adhèrent pas, qui n’applaudissent pas. Voilà bien que le dessinateur Plantu, à son tour, est diabolisé, ciblé pour ne pas avoir courbé la tête au délire de Portes. Qui d’autre après lui ? Et combien ?

Cela dit, la question – la question terrifiante, lancinante – devant de telles aberrations est de se demander comment il peut se faire que, au pays de France, ces propagateurs de haine, des zélateurs de l’obscurantisme, puissent réunir sur leurs noms assez de suffrages pour être élus et siéger au sein de la représentation nationale ? En effet, c’est surtout cette question, et la réponse à y apporter, qui devraient d’abord nous occuper, nous inquiéter. Inquiétant aussi le silence assourdissant des alliés de circonstance des Portes et compagnie, de cette gauche perdue qui, tétanisée d’une peur qui ne s’explique guère, laisse dire, laisse faire. Faut-il rappeler ici, une fois encore, le jugement d’Albert Einstein ? « Le monde est dangereux à vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

Notre naufrage politique: simple reflet de la disparition de la société?

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Lucie Castets, une inconnue, ici sur France inter le 24 juillet, se présente au poste de Premier ministre au nom de la gauche. Elle est l'actuelle directrice financière de la Ville de Paris, singulièrement endettée. DR.

La crise politique actuelle n’est pas une crise provoquée par telle ou telle erreur du président Macron ou imperfection démocratique conjoncturelle, elle est fondamentalement la conséquence du processus de disparition de la société.


Il est inutile de reprendre l’accumulation des faits pour constater le chaos dans lequel le pays est plongé. Il est aussi inutile de commenter toutes les analyses superficielles qui en évoquent les  causes et les improbables solutions : absence de majorité parlementaire, dissolution inappropriée, usure de la verticalité, scrutin majoritaire dysfonctionnel dans une Constitution inadaptée, refus de la proportionnalité, etc. Et parce que l’on se contente de superficialités rapides, on aboutit très vite à des analyses douteuses : la crise actuelle consacrerait le retour aux prétendues horreurs de la quatrième république, le Rassemblement national serait toujours un parti d’extrême droite, le «macronisme » serait en voie d’extinction, etc. 

Pour comprendre le réel, il est nécessaire d’aller plus loin.
On peut commencer par le détricotage du prétendu retour aux pratiques de la quatrième république. Nous serions entrés  dans une période aussi instable que celle que nous aurions connu entre 1946 et 1958. Il y a là confusion de l’apparence avec la réalité : la période considérée était le théâtre d’affrontements entre entrepreneurs politiques de petits partis qui se battaient sur des marchés secondaires sans jamais s’affronter sur de grands projets complètement partagés. Personne ne contestait la reconstruction de la France et les grandes orientations qu’elle impliquait, reconstruction qui se déployait à un rythme spectaculaire mondialement reconnu. Personne ne contestait non plus la construction d’un grand Etat providence qui se déployait dans de multiples directions. Personne ne contestait enfin les grands choix industriels, les grands choix dans le domaine de l’Éducation, de la santé, de l’agriculture, etc. Bien sûr, existaient des affrontements sur certaines réalités de l’histoire : la résistance de l’ancien monde au projet de Sécurité sociale, la gestion de la décolonisation, etc. Mais ces confrontations s’inscrivaient dans un universel censé être le point oméga de l’intérêt général. Le théâtre politique de l’époque est donc bruyant mais insignifiant. Les entrepreneurs politiques de l’époque sont des groupes et individus qui cherchent comme aujourd’hui à se maintenir ou se reconduire au pouvoir, mais les intérêts égoïstes étaient masqués par un idéal commun peu contesté. On se bat sur les modalités de la construction d’un collectif mais ce n’est que très rarement que ces entrepreneurs politiques apparaitront pour ce qu’ils sont à savoir des accapareurs des outils de la puissance publique – le commun de la société – à des fins privées. À l’époque l’utilitarisme de la fonction politique avec ses rémunérations symboliques se noie dans l’océan de la production d’un bien commun approximativement identifié. 

La crise actuelle de la cinquième république est d’une tout autre nature et n’est en aucune façon une sorte d’entrée en quatrième république. Il y avait à l’époque une société française encore assez largement holistique qui faisait que l’intérêt général était connu de tous et ne donnait lieu qu’à des contestations et interrogations secondaires : le capitalisme était – au-delà des discours –  finalement accepté car il donnait des signes évidents de prospérité pour l’immense majorité. D’où le succès des entreprises politiques sociales-démocrates. 

Hélas, aujourd’hui, la société française s’efface et laisse le champ libre à des entreprises politiques en perte de repères. Le holisme qui se cachait dans le concept de citoyenneté  se réduit au mieux à des groupes ultra-minoritaires et plus fondamentalement à des « individus désirants » qu’on peut aussi désigner comme « consommateurs souverains ». Nous reviendrons sur cette expression. Le « commun » qui reliait les individus et constituait les moyens de production/régulation de la société s’est évanoui. Même les groupes ultra-minoritaires (décoloniaux, wokistes, LGBT, etc.) ne sont, dans la plupart des cas, que des regroupements d’individus qui s’associent pour mieux revendiquer leur individuelle et personnelle souveraineté. 

La disparition de la société constitue bien évidemment une complexification gigantesque du travail des entrepreneurs politiques. Un peu comme si en capitalisme les capitalistes perdaient le contrôle de moyens de production qui disparaitraient. Certes le matériau intérêt général reste l’outil de base desdits entrepreneurs. Certes ces entrepreneurs n’ont pas changé, il sont toujours entreprises politiques rassemblant des franchisés plus ou moins obéissants, mais l’intérêt général brandi n’est au mieux qu’un fossile : il n’y a plus que des intérêts privés débarrassés de marque collective. Dans un tel contexte, l’entrepreneur politique se démonétise et ne peut au mieux surnager qu’avec des programmes lourds et fondamentalement incohérents. Les franchisé s- censés promouvoir les produits de l’entreprise politique d’appartenance – s’autonomisent vis-à-vis de l’enseigne car devant tenir compte de ses propres électeurs qui n’ont que peu de choses en communs avec les autres. À société disloquée doit correspondre un marché politique lui-même effondré. La crise politique actuelle n’est donc pas une crise conjoncturelle provoquée par telle ou telle erreur ou imperfection, elle est plus fondamentalement conséquence du processus de disparition de la société.

Ces erreurs d’analyse en entrainent d’autres porteuses de violences futures. Tel est le cas des considérations portées sur un Rassemblement national quasi universellement désigné comme parti d’extrême droite. Il s’agit pourtant d’une entreprise politique comme les autres avec des dirigeants et entrepreneurs politiques franchisés proposant des produits politiques censés répondre  aux désirs et besoins d’individus privés. Le marché dudit RN n’est plus fait du holisme qui caractérisait l’extrême droite européenne du siècle précédent, laquelle véhiculait des discours idéologiques violents et concernaient des organisations autoritaires souvent militarisées. Aujourd’hui, l’électeur du RN est aussi individualisé que tous les autres, et se trouve être un individu désirant classique. Tout aussi classique que l’individu mondialisé qui, fort de sa réussite sociale, se veut consommateur complètement souverain. Ce dernier est tellement souverain qu’il refuse les frontières, les droits de douane et toutes les contraintes environnementales qui l’empêcheraient de  surconsommer ! Quant aux services publics, cet individu mondialisé a les moyens de s’en offrir à titre privé, probablement de meilleure qualité que nos services publics, et ce à l’échelle mondiale.

De ce point de vue, l’électeur du RN brandit encore le fossile de l’égalité républicaine pour réclamer, lui aussi, un statut de « consommateur souverain ». Il exige un revenu plus important et il refuse les contraintes d’un environnement socialement et culturellement dégradé. Ses frontières à lui – frontières qu’il faut abattre comme il faut abattre les frontières nationales de l’individu mondialisé ayant réussi – sont les services publics dégradés dans les campagnes, la montée de l’insécurité matérielle et culturelle, et les contraintes environnementales qui ajoutent à son enfermement. Il veut être souverain et responsable de ses choix, très exactement comme l’individu mondialisé. 

L’individu mondialisé peut se dire ouvert à toutes les cultures et se méfie des frontières qui limitent son statut de consommateur souverain. L’électeur du RN tout aussi consommateur souverain est sensible à une préférence nationale qui se veut protection de sa souveraineté. Les deux sont les produits liés d’une même réalité : la fin de la société. Une fin de la société qui est aussi la contestation radicale des solidarités. Les deux types de consommateurs souverains ont ainsi un point commun : la contestation commune de l’assistanat devenu produit phare des entreprises politiques classiques.

Nous laissons au lecteur le soin d’aller plus loin dans les conclusions de la grille de lecture proposée. Au final, l’individu qui aura réussi sera dans « l’arc républicain », sera tolérant, sera « anywhere », sera sécessionniste, sera contre l’État-nation et européiste, sera enfin très éloigné du poutinisme et du trumpisme. Massivement valorisé par le pouvoir médiatique lui aussi tenu par des individus mondialistes, il dispose d’un outil de pression massif sur les entreprises politiques et leurs franchisés en quête de victoire électorale. D’où le poids gigantesque des prétendues réformes inéluctables dans l’agenda de beaucoup d’entrepreneurs politiques : il est, de leur point de vue, impossible de faire autrement. À l’inverse, l’individu qui se trouve en échec sera en dehors de l’arc républicain, sera plus intolérant voire raciste, sera un « somewhere », sera pour le retour de l’Etat-nation et opposé à l’européisme, sera sensible au poutinisme et au trumpisme. Il est massivement vilipendé par un pouvoir médiatique puissant et efficace. D’où les difficultés des entrepreneurs politiques représentants les intérêts de ce type de consommateur souverain et l’irruption d’une barrière dite républicaine. D’où les turpitudes présentement constatées dans l’hémicycle. 

Entre les deux se trouvent les consommateurs souverains qui regroupent à la fois l’ancien monde de la vieille société et le nouveau des minorités bruyantes : on se veut culturellement mondialistes et économiquement « nationnistes ». D’où un entrepreneuriat politique ultra-interventionniste et surtout chargé de très lourdes incohérences programmatiques : les minorités, toutes peuplées de consommateurs souverains exigeants, ne peuvent réellement cohabiter. Notons au passage la stupéfiante onction de certains économistes, y compris un prix Nobel,  qui au nom d’une méta raison en arrivent à nier les incohérences programmatiques des entrepreneurs politiques concernés. 

Au total, le pays constate la disparition de la société dans un tsunami anthropologique avec comme effet principal l’apparition d’un ensemble d’entrepreneurs politiques naufragés et accrochés à des outils fossilisés de la puissance publique. Répartis en groupes devenus incertains et poreux, ils se livrent à des turpitudes au sein d’un hémicycle devenu reflet de la grande tempête qui agite le pays.

Ne pas comprendre ce grand mouvement anthropologique n’est pas simplement  attristant pour les prétendus intellectuels qui débattent sur l’extrême droite, mais, plus fondamentalement, ce débat mal engagé  se trouve  dangereux. Ne pas reconnaitre pour certains la qualité de consommateur souverain et l’accepter, voire la promouvoir, pour une toute petite minorité, c’est s’exposer à la violence de la future guerre civile. Un temps où le langage performatif des entrepreneurs politiques cessera de cacher un grand vide sans espoir. S’il reste un minimum de conscience aux entrepreneurs politiques naufragés – qui dans la tempête n’arrivent plus à masquer leur strict intérêt privé – ils devraient porter au moins une partie de leur attention à ce qui reste de commun, à savoir l’égalité des droits et devoirs. Mais tout ceci a-t-il encore du sens ?

La fable du « En même temps »

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Le président Macron reçoit la presse internationale pour les Jeux Olympiques, Paris, 23 juillet 2024. Le soir, invité de France 2, le chef de l'Etat a précisé qu'il ne nommerait pas de Premier ministre avant la mi-août... © CHINE NOUVELLE/SIPA

Que dirait Jean de la Fontaine de la France d’Emmanuel Macron? Dominique Folscheid répond à la question dans son nouveau livre


Quand La Fontaine raconte Emmanuel Macron, cela donne le livre malicieux et passionnant, comique et grave, drôle et instructif de Dominique Folscheid intitulé En même temps. Rien d’étonnant à cela. Si les Fables, en effet, sont « une comédie à cent actes divers » dont l’auteur a un génie politique évident, il faut reconnaître que le règne d’Emmanuel Macron se prête, quant à lui, à pareil récit tant il s’apparente à une pièce de théâtre protéiforme. 

La macronie, une ménagerie

En personnage principal, trône le Roi en majesté. Autour de lui, une Cour et ses grands fauves, à la fois ménagerie, salon, Cour de justice, marigot et pétaudière. Face à ce « haut lieu de rivalité mimétique », un peuple coassant de « grenouilles démocrates ». À travers 22 chapitres brefs aux titres savoureux, tout y passe : les guerres — le virus, l’islamisme, le réchauffement climatique, l’ours russe— jusqu’à notre vie politique au quotidien. Tout commence par « la peste »—ou plutôt « les pestes à foison »— qui fait aux animaux la guerre et dont l’auteur analyse précisément le caractère « apocalyptique », jusqu’aux farces et attrapes où se prennent les dindons et dindes européens, ignorants qu’il faut toujours se méfier des gens sans moralité. En attendant le Dragon chinois « qui fera taire les coqs ». Ce n’est pas un pouvoir abstrait que décrit Folscheid mais un pouvoir actualisé. Pas un bébête show qu’il fait mais une analyse politique et philosophique enlevée des acteurs et des actes.

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Le Roi Lion, parlons-en : il est dans le titre du livre. Il est au centre de tout chez La Fontaine comme chez nous. Cynique, machiavélique, un peu brute mais sacrément fort, chez La Fontaine, bien sûr que Macron, c’est le Roi Lion. Lion de guerre, maître des horloges, mais aussi Lion « déconstruit » et Roi « dans de beaux draps », il assure, en acteur accompli, le rôle du renard beau parleur. Ce n’est pourtant pas dans la figure du Lion que le roi du « en même temps » s’incarne le mieux mais dans un oiseau mammifère hybride et bifide : la chauve-souris. Il faut lire avec attention le chapitre que l’auteur consacre à la fable La Chauve-Souris et les Deux Belettes : « Je suis Oiseau : voyez mes ailes… Je suis Souris : vivent les Rats ! … Jupiter confonde les Chats » ! Certes, dit l’auteur, La Fontaine aurait salué le numéro de voltige du Roi Macron. Mais, il faut lire aussi, dit Folscheid, le pendant sévère que fait la fable Le Satyre et le Passant au « en même temps » macronien qui conduit, comme on le voit actuellement, à une impasse politique majeure.  

La déconstruction du politique

De La Fontaine, André Siegfried dit qu’il était le Machiavel français. En tout prince, également, œuvre un Machiavel. Si donc la peste est une maladie politique protéiforme, on peut y mettre le virus jupitérien qui a mis à mal la séparation des deux corps du roi. Au portrait de Hyacinthe Rigaud répondent désormais des images d’un Roi en maillot de bain, en boy branché, en boxeur, sur sa planche à voile… La fonction royale s’est dégradée. Le corps du Roi serait-il définitivement déconstruit pour la grande joie de Sandrine Rousseau ?

On dit que le peuple français est éminemment politique et que, dans notre pays, politique et littérature sont intimement liées—dont le livre de Dominique Folscheid est la preuve—et même la poésie. S’il est deux vers, en effet, dans la fable « apocalyptique » Les Animaux malades de la peste, qui rendraient, mieux que tout, l’atmosphère actuelle de notre société, ce sont bien ceux-là : « Les tourterelles se fuyaient. Plus d’amour, partant plus de joie. » Qu’il soit permis, dans ces conditions, de se demander qui donnera, au Roi Lion de la fable, le coup de pied de l’âne…

Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

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John G. Avildsen remporte l'oscar du meilleur réalisateur pour Rocky le 28 mars 1977 © PENDERGRASS/AP/SIPA

(Re)découvrez la face sombre du « Nouvel Hollywood »


Attention, terrain ultra glissant ! Les premières années de ce que l’on a eu coutume de nommer (a posteriori évidemment) le « Nouvel Hollywood » (1967-1980) regorge de brûlots transgressifs et licencieux à l’instar de ce très irrévérencieux Joe, qui sur bien des aspects, prépare et annonce le futur Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) ainsi que l’éprouvant et bien nommé Hardcore de Paul Schrader (1979), autre icône de cette nouvelle vague nord-américaine un peu oublié mais toujours en activité.

Si l’on définit ce « Nouvel Hollywood » comme un courant artistique contra-culturel et contra-systémique visant à aborder frontalement des sujets et des thèmes jusqu’ici volontairement éludés, escamotés, rejetés par l’Établissement « mainstream » des grands studios et à faire entrer dans le cadre (au sens propre et figuré) la monstrueuse parade des réprouvés (marginaux, névropathes, déclassés, inadaptés, minorités ethniques, blacks, indiens, handicapés, sexworkers, séditieux, subversifs, insoumis, freaks, morts-vivants…), alors le brûlot provocateur de John G. Avildsen (décédé en 2017 à l’âge de 81 ans) peut y prendre toute sa place.

Fabrication d’un brûlot

Au scénario, Norman Wexler, personnalité complexe de cette galaxie néo-hollywoodienne, hélas maniaco-dépressif, tristement passé à la postérité pour avoir proféré des injures publiques et des menaces de mort à l’encontre du président Nixon lors d’un vol aérien intérieur. Outre Joe, Wexler s’est distingué par l’écriture des scénarios de Serpico (Sidney Lumet, 1973), Mandingo (Richard Fleischer, 1975, autre film « à caractère racial et discriminant » hautement controversé aujourd’hui, et quasiment jamais programmé sur les chaînes TV hexagonales…) ou encore La fièvre du samedi soir (John Badham, 1977), ce qui n’est pas rien dans cette décennie 70, disruptive, contestataire mais ô combien magique pour tout cinéphile !
Précisons d’emblée que le réalisateur Avildsen commet ici son premier véritable effort (après ses deux premiers galops d’essais Turn on To Love ; Guess What We learned in School today ?) et connaîtra une consécration mondiale six ans plus tard avec un certain Rocky, reprenant cette fois le scénario mal dégrossi d’un débutant nommé Sylvester Stallone…. Ce qui leur permettra de glaner la bagatelle de trois Oscars à Hollywood dont ceux de Meilleur film et Meilleur réalisateur, consécration suprême pour le valeureux et besogneux cogneur Sly, strapontin vers une gloire inattendue qui sera toutefois émaillée de hauts et de quelques (très) bas !

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Mais quel est donc ici l’objet du scandale ? De manière très schématique se dessine dans Joe l’alliance de facto entre une posture « anti-liberal » (au sens américain du terme, entendez anti-progressiste et donc anti « contre-culture libertaire ») émanant de la bourgeoisie conservatrice new-yorkaise soutien de Nixon, représentant la fameuse « majorité silencieuse », et un spontanéisme ouvriériste propre à la frange prolétarienne américaine raciste et homophobe aux tendances fascistes et miliciennes. En un mot, un cocktail détonnant !

Soyons plus explicites :
Dans le New York de l’Upper East Side, un couple bourgeois établi, les Compton, déplore la lente descente aux enfers de leur jeune fille chérie Melissa (Susan Sarandon, 24 ans, pour ses grands débuts devant la caméra… avec une nudité explicite offerte au spectateur !), acoquinée à un minable dealer camé nommé Frank Russo (Patrick Mc Dermott). Suite à une overdose, Melissa se retrouve à l’hôpital et manque de passer de vie à trépas, ce qui conduit son paternel compassé Bill (incarné par un très smart Dennis Patrick) à se rendre enfin dans le taudis des tourtereaux pour comprendre ce qui s’est réellement passé… Introduit par effraction, il tombe forcément nez-à-nez avec le vilain « boyfriend » de sa petite fille chérie et ne résiste pas au plaisir de lui défoncer la tête contre le mur au détour d’une scène psychédélique et polychromatique assez hallucinante ! Horrifié par cet acte de démence, Bill se réfugie au pub du coin et subit les éructations nocturnes d’un pochetron prolétaire nommé Joe Curran (le fameux Joe du titre, fantastiquement interprété par le massif et impulsif Peter Boyle, autre grand nom du « Nouvel Hollywood » !). Dans un moment de faiblesse, Bill révèle son crime anti-hippie, ce qui emplit de joie l’ouvrier irascible et sociopathe. Tenus par ce pacte de sang, les deux nouveaux comparses que tout oppose vont dès lors faire cause commune pour pénétrer le milieu interlope des jeunes drogués et tenter de retrouver une Melissa fugueuse afin de la faire retourner dare-dare au bercail familial… Jusqu’à commettre l’irréparable au terme d’un dernier acte glaçant et complètement nihiliste… instaurant un réel malaise chez les spectateurs du début des années 70… comme assurément chez ceux d’aujourd’hui.

Aller chercher Debbie

Notons immédiatement la grande similitude narrative avec un autre fameux film de cette fabuleuse époque de création insensée, le très controversé Hardcore de Paul Schrader (1979) dans lequel un père rigoriste religieux tendance calviniste (interprété avec la rage du désespoir par un immense George C. Scott) part également à la recherche de sa fille en fuite, tombée cette fois dans le piège de la prostitution et du milieu X underground californiens (film dans lequel joue également Peter Boyle en tant que détective privé qui tente d’aider le père outragé dans son impossible quête rédemptrice).
Dans les deux cas (et l’on pourrait évidemment y inclure Taxi Driver), les auteurs ont vraisemblablement voulu reprendre le schéma classique fordien du séminal The Searchers (La Prisonnière du désert, 1956) qui voit Ethan Edwards (John Wayne), ancien soldat confédéré, « conservateur » et xénophobe partir en territoire ennemi comanche afin de retrouver sa nièce Debbie (Nathalie Wood) enlevée par ces « sauvages ». Les indiens d’hier seraient-ils les hippies, proxénètes et pornocrates des seventies ?

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Concernant Joe, on est littéralement subjugués et hypnotisés par la performance exceptionnelle de Peter Boyle en métallurgiste prolétarisé, brut de décoffrage, qui rêve d’ascension sociale tout en épanchant sa haine et sa rancœur à l’encontre de tout ce qui peut symboliser la contre-culture américaine de l’époque : les jeunes libertaires fumeurs de joints, responsables de l’enlisement au Vietnam et de la chute des valeurs régaliennes, les filles lascives un peu trop libérées, sans oublier « les nègres et les pédés ». Préparez-vous, le langage est plutôt fleuri et tranche évidemment radicalement avec la majorité des autres films « progressistes » et « libertaires » (de type Easy Rider, Le Lauréat ou Cinq pièces faciles) produits au même moment par les hérauts de cette nouvelle vague U.S on ne peut plus diverse, protéiforme et évolutive comme l’ont montré les nombreux travaux sur ce sujet menés d’une main de maître par le critique et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret, auteur dans le Blu-ray d’ESC d’un excellent documentaire de 45 minutes, Le réveil de l’Amérique silencieuse.

Quel héritage ?

Produit pour un peu plus de 100 000 dollars, le film rapportera la bagatelle de 20 millions de dollars, rien qu’aux Etats-Unis et au Canada, soit le 13ème succès de l’année, toutes catégories confondues. Mais devant l’enthousiasme irrationnel des foules riant aux larmes et applaudissant plus que de raison les dérapages verbaux et la radicalité transgressive de son personnage, Peter Boyle fut à son tour horrifié et refusa pendant plusieurs années d’apparaître dans un autre matériau filmique similaire glorifiant une quelconque forme de violence ou de posture réactionnaire et « vigilantiste »… D’où son refus d’accepter par exemple l’année suivante le rôle de Jimmy « Popeye » Doyle dans le fameux French Connection de William Friedkin (qu’endossa finalement pour le plus grand bonheur des spectateurs et des financiers Gene Hackman).

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Enfin, comment ne pas évoquer avec émotion le souvenir très fort d’un jeune garçon de sept ans qui découvre ce film sur grand écran au cinéma Tiffany de New York, en 1970, aux côtés de sa mère Connie (très « liberal » pour le coup !) et de son beau-père, Curt. Ce jeune privilégié sera maqué toute sa vie par ce spectacle hors norme ainsi que par les réactions du public dans le cinéma… Un public qui « s’est bien fendu la poire » pendant les trois quarts du métrage ! Ce timide garçonnet a pour nom Quentin Tarantino et son récit est gravé pour l’éternité dans son magnifique essai autobiographique, poétiquement baptisé, Cinéma Spéculations (Flammarion, 2022), que l’on ne saurait trop vous conseiller de dévorer :
« Ce film a été pour moi une projection mémorable. Bien que brutal, laid et violent, Joe est une comédie truculente, trempée dans l’humour noir, sur les classes sociales en Amérique, à la limite de la satire, tout en étant aussi sauvagement féroce. Chaque camp, prolos, bourgeois et culture jeune, est incarné par ses pires représentants (tous les personnages masculins du film sont de détestables crétins). Je crois que c’est l’aspect sordide de l’appartement dans lequel les deux junkies du début vivaient qui m’a le plus fichu les jetons. En fait, j’en ai carrément eu mal au bide. Mais dès l’instant où le père est entré dans le bar et où Joe est apparu pour la première fois à l’écran, le public a commencé à se marrer. Et en un rien de temps, le public adulte est passé du silence dégoûté à la franche hilarité. Le réalisateur, en combinant la comique prestation frime de Peter Boyle avec ce trash-o-logue glauque, produit un cocktail à base de pisse dont le côté savoureux est perturbant. » Du grand Quentin dans le texte pour un Ovni très malséant et très peu « PC » (politiquement correct) mais à voir absolument pour quiconque souhaite mieux appréhender et pénétrer les arcanes parfois hermétiques de ce « Nouvel Hollywood » et qui aide, par voie de conséquence, à mieux comprendre également la situation actuelle d’un pays hautement clivé et en profondes crises/ mutations, à moins de quatre mois de l’élection présidentielle qui devrait opposer Donald Trump à Kamala Harris suite à l’incroyable retrait de Joe Biden…  

Le Blu-ray avec 1 livret de 24 pages disponible le 24 juillet 2024 chez ESC Editions.

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L’abbé Pierre n’était pas #MeToo — et alors?

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L'abbé Pierre. La militante néoféministe et fondatrice de la société Egae Caroline de Haas © DR / Hannah Assouline

Ayant épuisé — pour le moment — son stock de personnalités susceptibles d’avoir un jour couché avec des starlettes, l’inénarrable Caroline De Haas en est donc arrivée à monter un dossier de harcèlement contre l’abbé Pierre, qui, paraît-il, dans son grand âge… Bien qu’il soit plus porté sur les seins que sur l’Esprit saint ou les saintes nitouches, notre chroniqueur a voulu revenir sur ces accusations absurdes, puisque l’impétrant est passé dans un monde meilleur où les néo-féministes en quête de notoriété n’existent pas.


Au commencement était saint Paul, le gnome de Dieu, petite chose misérable qui, frappée d’illumination sur la route de Damas (il faut se méfier, au Moyen-Orient, les coups de soleil, de Paul à Mahomet en passant par tous les illuminés du désert, sont redoutables et vous font prendre de l’eau de source pour du saint-julien 1985 — mon préféré) devint un thuriféraire immédiat du dieu qu’il combattait férocement : une intolérance chasse l’autre. 

La chair est faible

C’est à ce père de l’Église, sous-doté par la nature (qui dira l’incidence du micro-pénis dans les convictions religieuses ?) que nous devons la condamnation par l’Église de la sexualité, au point que s’il admet qu’il faut croître et se multiplier, il finit par conclure que mieux vaut s’en abstenir. Rappelez-vous le beau livre de Pascal Quignard, Le Sexe et l’effroi, qui analyse le coup d’arrêt brutal que le christianisme a imposé au monde gréco-romain, où l’on s’emmanchait sans penser à mal…

De surcroît, la progression hiérarchique au sein de l’Église allant d’un train de sénateur, les prêtres n’arrivent en position de force que tard dans leur vie. Mon hypothèse est que l’andropause au cours des siècles leur a fait dire de grosses bêtises sur la nécessaire chasteté des prêtres, des moines et des nonettes, qui avaient, les uns et les autres, l’âge de forniquer — et qui d’ailleurs ne s’en privaient guère : la vertu de saint Ambroise n’est pas à la portée de tout le monde, et la résistance de saint Antoine aux offres de la reine de Saba et autres petites cochonnes est moins un exemple qu’une exception sidérante.

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Alors l’abbé Pierre aurait touchaillé des jeunes femmes… Et alors ? Il a bien fait. Caroline de Haas, qui a monté le dossier d’accusation après avoir ruiné la vie de toutes sortes d’hommes qui ne lui avaient rien fait — crime impardonnable —, a recueilli le témoignage de quelques victimes supposées de l’abbé et / ou gourgandines en mal de célébrité. Et Mediapart, où bien sûr ils sont tous chastes, de se frotter les mains.

L’abbé Pierre était bel homme, et en l’interprétant au faîte de sa beauté (dans Hiver 54, en 1989), Lambert Wilson lui rendait un bel hommage. Que la chair soit faible, nous le savons tous — et nous nous en excusons pour mieux en profiter. Grand bien nous fasse, à nous et aux pénitentes qui à genoux nous supplient de leur déverser notre sainte parole afin qu’elles s’en abreuvent à la source.

Nouvelles perversions

La chasteté obligatoire ne peut avoir été imposée que par des hommes frappés de sénescence ou des pervers imposant aux autres ce dont ils se dispensaient allègrement : pourquoi Madame De Hass ne monterait-elle pas un dossier contre une flopée de papes à progéniture extensive et mœurs équivoques ?

Quant à l’idée d’inculper les morts, elle est, quand on y pense, hautement surréaliste. Cela se faisait autrefois — voir le « Concile cadavérique » qui en 897 jugea post mortem le pape Formose. Cet anticlérical de Paul Laurens en a tiré un tableau saisissant en 1870. Vite, exhumons la dépouille de l’abbé Pierre, et traînons-la au Palais de justice, au milieu des cris vengeurs des hyènes de garde.

Laissons les morts enterrer les morts. L’abbé Pierre a fait un boulot remarquable, et les féministes de gauche qui pensent surtout à faire parler d’elles en sont loin, si loin qu’elles n’y arriveront jamais. Il n’y a pas de faute dans les relations charnelles entre adultes consentants, qu’on se le dise. Et nous devons juger les hommes sur le seul critère du bien qu’ils ont fait, et non des peccadilles que des oies blanches, faute de se repaître à satiété de la substantifique moëlle, leur reprochent pour occulter leur misérable petitesse.

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Non, le commerce ne tire pas son épingle des Jeux

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Paris, 19 juillet 2024 © MICHEL SETBOUN/SIPA

Avant même le démarrage officiel des Jeux, la Mairie de Paris annonce la création d’une commission d’indemnisation pour les commerces mis en difficulté: un comble pour un événement annoncé comme une aubaine économique ! 


Je me souviens encore de ma réaction, il y a un an, à l’annonce des tarifs affichés par les hôtels parisiens pendant la période des Jeux Olympiques de Paris 2024. Pour un simple établissement deux étoiles, la nuit dépassait parfois le millier d’euros. Étant pourtant une fervente défenseuse du libéralisme, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu honte de l’image que l’on allait renvoyer aux touristes. 

Des chiffres de réservations hôtelières décevants

Un an plus tard, Anne Hidalgo a fini par se jeter à l’eau mais les hôteliers, eux, attendent encore d’être noyés sous le flux de réservations qu’elle leur avait prédit. Pire, les taux d’occupation sont plus bas que les années précédentes et les tarifs actuels bien loin de ceux initialement fixés. Certes, plus de deux millions de touristes sont attendus ces prochains jours, mais c’est sans compter l’effet de substitution des touristes habituels français et étrangers qui ont préféré reporter ou annuler leur séjour à Paris. De la même manière, la plupart des entreprises franciliennes ont anticipé cet événement en annulant  les salons professionnels, réunions ou formations en présentiel.  

Après les hôteliers, ce fut au tour des restaurateurs et commerces situés aux alentours des quais de Seine – la fameuse « zone rouge » – de prendre une douche froide. Ce week-end, dans une vidéo déjà visionnée plus de 20 000 fois sur les réseaux sociaux, un restaurateur désabusé filme le grillage qui encadre son établissement depuis quelques jours, tout en déplorant les annulations en cascade qu’il enregistre et la perte de son chiffre d’affaires qu’il estime d’ores et déjà colossale. Que l’on compatisse ou non à son désarroi, la vision de ces rues parisiennes désertées nous rappelle inévitablement l’époque pas si lointaine de l’épidémie de Covid. Et pour cause, le même arsenal est de retour : attestations, QR code de circulation, et contrôles de police. De quoi créer un climat anxiogène et liberticide fort peu propice à la consommation ou aux moments conviviaux au restaurant ! Heureusement que le slogan des JO « Ouvrons grand les Jeux ! » a vite été relégué aux oubliettes car il n’en deviendrait que plus risible dans ces quartiers confinés. 

Et si les commerces de province tiraient, eux, leur épingle du jeu ?

À cette question essentielle de l’accessibilité des commerces s’ajoute une question plus idéologique. Début 2024, seuls 9% des commerçants indépendants considéraient que les Jeux Olympiques allaient avoir un effet positif sur leur activité. Autant dire que l’annonce des JO avait suscité plus de craintes que d’espoirs chez les commerçants. Malgré tout, les plus enthousiastes (ou naïfs) d’entre eux se voyaient déjà, dans une liesse populaire et nationale, décorer leur devanture aux couleurs des Jeux et arborer en vitrine les symboles de ceux-ci. Que nenni ! À moins de s’acquitter d’une coûteuse redevance, l’utilisation des anneaux olympiques, de la flamme ou même de la mascotte Phryge, mi-bonnet phrygien, mi-clitoris aux yeux bleus, leur est formellement interdite. Anne Hidalgo aura beau dénoncer un « bashing des jeux » et qualifier de « peine-à-jouir » ceux qui n’adhèrent pas à la ferveur populaire, il faut admettre que rien n’a été fait pour que les commerçants s’approprient cet événement. 

Cette ferveur populaire autour des Jeux se révèle d’ailleurs plutôt de l’ordre du fantasme élitiste, comme en témoigne l’exode actuel des Parisiens, qui n’est pas sans rappeler, là aussi, celui qui a précédé le premier confinement. Autant de clients en moins pour les commerces parisiens ! Peut-être que les commerces de province, où se sont massivement expatriés les Parisiens, seront finalement les seuls vrais gagnants de ces jeux…

Avant même le démarrage officiel des Jeux, la Mairie de Paris vient d’annoncer la création d’une commission d’indemnisation pour les commerces mis en difficulté durant cette période : un comble pour un événement annoncé comme une aubaine économique ! Gardons tout de même en mémoire que, pendant les Jeux Olympiques de Londres en 2012, le gouvernement britannique avait rétorqué aux commerçants londoniens déçus, qu’il fallait attendre 10 ans pour juger des retombées économiques. En 2022, force est de constater que si tel bilan a été fait, les Britanniques ne l’ont pas jugé digne d’être divulgué. « Du pain et des jeux ! » disait Juvénal. À défaut de gagner le premier, il reste donc aux commerçants à espérer ne pas sortir trop perdants des seconds. 

Anatomie d’une descente aux enfers

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Yohan Manca © Festival du Film de Cabourg/ Yohan Manca

Le réalisateur Yohan Manca était en pleine ascension. Une dispute violente avec sa compagne Judith Chemla a déclenché la terreur MeToo et brisé sa carrière. Depuis, alors qu’il a purgé sa peine, l’actrice multiplie les accusations les plus folles avec la bénédiction des médias. Face à cet acharnement, il sort de son silence.


Au printemps 2021, Yohan Manca est un jeune espoir du cinéma. La presse de gauche se l’arrache. Son premier long-métrage, Mes frères et moi, doit être présenté à Cannes, avec dans le rôle principal la comédienne Judith Chemla qui est aussi sa compagne depuis 2016 et la mère de leur fille, née en mai 2017. Quelques jours avant la projection, Manca apprend qu’elle l’a trompé et, de colère, lui jette son téléphone au visage, la blessant. Le film est présenté au Festival, mais le couple est absent. Chemla porte plainte et le jeune réalisateur se retrouve en garde à vue, puis placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec elle. Le 15 novembre, alors que Yohan Manca se présente au domicile de son ex-compagne, elle prévient la police. Ayant rompu son contrôle judiciaire, il est placé en détention durant quinze jours. En janvier 2022, le film sort en salle. En mai, Manca est condamné à huit mois de prison avec sursis. Mais ce n’est pas fini ! En juillet 2022, l’actrice poste sur Instagram les photos de son visage tuméfié (datant de juillet 2021, donc un an plus tôt) suite au jet de téléphone. Aussitôt, elle est invitée par la matinale de France Inter. Deux mois plus tard, devant la brigade des mineurs, elle accuse Yohan Manca d’embrasser leur fille sur la bouche avec la langue. En janvier 2024, elle publie un livre dans lequel elle revient sur les différentes violences qu’elle aurait subies et enchaîne les télévisions et radios, devenant une figure militante majeure du mouvement de « libération de la parole ». Yohan Manca, lui, disparaît des radars. Aujourd’hui, il décide à son tour de sortir du silence et de dire sa vérité.


Causeur. Vous avez été incarcéré pour non-respect de votre contrôle judiciaire. Pourquoi vous être mis dans cette situation, ce qui alimente l’image d’homme violent que l’on vous attribue et que vous contestez ?

Yohan Manca. Je n’avais pas le droit d’entrer en contact avec Judith, ni de me présenter à son domicile (et donc au mien puisqu’on y vivait ensemble), sauf pour ce qui concernait notre fille. Nous avions donc quelques contacts pour la garde alternée de la petite. Et j’ai voulu aller plus loin. Je voulais la reconquérir, sauver notre famille. J’ai été trop insistant, comme un con, je m’y suis mal pris. Mais avec Judith, nous en discutions, elle n’était pas fermée au dialogue, au contraire. On dînait même ensemble parfois. On riait de nouveau, on pleurait. Sauf qu’un jour, je me présente au domicile alors que je n’y étais pas invité. Là, on s’engueule et elle décide donc de signaler ma présence à la police. Je n’aurais jamais imaginé que cela m’emmène aussi loin dans l’enfer. Parce que je tiens à rappeler qu’en dehors de ce jet de téléphone – dont j’ai honte ! –, il n’y a jamais eu aucune autre violence, ni aucune menace. Jamais. C’est un point très important.

Lorsqu’en juillet 2022, elle poste sur Instagram les photos de son visage tuméfié, que pensez-vous ?

Je comprends que j’entre dans un engrenage terrible. Judith publie ces photos deux mois après ma condamnation et plus d’un an après les faits. J’avais donc déjà payé ma dette. Quarante-huit heures de garde à vue, huit mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. Sans compter les deux semaines à la Santé. Ce n’est pas rien ! Je ne minimise pas la gravité de mon geste et je n’ai d’ailleurs pas fait appel de la décision. Mais pour Judith, ce n’est pas assez. Donc, après que la justice est passée – et alors qu’elle non plus n’a pas fait appel de la décision –, elle m’inflige le tribunal médiatique, elle me livre en pâture à la meute. Je tiens à préciser qu’elle le fait au moment où l’on n’arrivait pas à s’entendre sur les dates de garde de notre fille pour les vacances. Elle m’en voulait. Avec la médiatisation, elle avait une puissance de feu énorme, un quasi-pouvoir de vie et de mort sur ma vie professionnelle et sociale. Elle savait qu’elle anéantirait ma vie, ma carrière qui commençait.

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Et cela n’a pas manqué…

Le lendemain de la publication de cette photo, elle était invitée par Léa Salamé sur France Inter. Et là, toute la machine médiatique s’est emballée. J’étais devenu un monstre, un pervers narcissique, un homme violent. Alors que je le répète, en dehors de ce jet de téléphone sur le coup de la colère, que je regrette et que j’ai payé devant la justice, il n’y a jamais eu aucune autre violence. Après France Inter, ça a été le déchaînement dans les médias. Et aucun journaliste ne m’a contacté pour avoir ma parole à moi ! Aucun. J’ai proposé à des tas de médias de leur donner ma version, personne n’en a voulu. Ils sont allés chercher (avec l’aide de Judith) des filles avec lesquelles je me serais mal comporté quand j’avais 17 ans. Ils n’ont rien trouvé de sérieux contre moi. Mais ils ont réussi à trouver une fille pour dire « Il m’a pincé le genou », et une autre pour dire qu’à 18 ans, j’avais dormi sur son paillasson parce que j’étais fou d’elle. Ces filles, je déjeunais pourtant avec elles dix jours avant la publication. C’est fou ! Quand je leur ai demandé pourquoi elles racontaient ça aux journalistes, certaines me répondaient qu’on leur avait mis la pression, d’autres que c’était par sororité. Toutes ces petites choses parviennent à dresser un portrait bien noir de vous. C’est une machine infernale, un rouleau compresseur. C’est tout un système qui se met en branle contre vous.

Une fois dans cet engrenage, peut-on s’en sortir ?

J’ai l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Judith s’acharne. Elle a continué à déposer d’autres plaintes contre moi. Mais ce qui m’a décidé à prendre la parole, c’est qu’elle m’accuse d’inceste sur notre fille. Elle dit qu’avec mon beau-père, nous embrassons ensemble ma fille avec la langue « en réunion ». L’ignominie. Sa plainte a été classée sans suite. À partir de ce moment, j’ai décidé de parler, même si ça doit me coûter. Parce que sinon, quand ma fille grandira et qu’elle tapera son nom sur internet, elle ne verra que des vidéos de sa mère dressant un portrait horrifique de moi. Je ne peux pas laisser ainsi le champ libre au mensonge. Je dois faire exister ma vérité. Les accusés ont peur de parler. Tout le monde est terrifié, et à juste titre d’ailleurs. Il faut que cela cesse. On ne peut plus laisser des gens aussi extrémistes imposer leur justice à eux, leurs règles à eux. C’est la terreur.

Donc non seulement elle mobilise les médias, mais elle continue son combat judiciaire contre vous ?

Oui. Sauf que – en dehors de la plainte pour le jet du téléphone – toutes ses plaintes ont été classées sans suite. Ses plaintes sont délirantes ! Un jour elle est allée au commissariat parce que je n’avais pas mis de crème solaire à notre fille et qu’elle avait le nez cramé. Une autre plainte parce que je lui ai déposé la petite un peu en retard. Une autre pour harcèlement (ce que je conteste, et qui encore une fois a été classée sans suite). Les services de police l’ont toujours écoutée et ne m’ont pas loupé. Mais au bout d’un moment, même eux n’en pouvaient plus et ne voulaient plus la recevoir. Elle prétendra évidemment que la police n’écoute pas sa parole ! Après m’avoir accusé d’inceste sur notre fille, elle me l’a confiée sans problème pendant un an, comme si de rien n’était. Drôle de manière de protéger sa fille ! Toutes ses plaintes déposées en vain ont tout de même eu un effet ! Je n’ai pas vu ma fille pendant plus d’un an. Donc elle a tout de même réussi à m’infliger une punition de plus sans la moindre décision de justice.

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À partir de la médiatisation de votre affaire, comment s’est comporté le milieu professionnel avec vous ?

Au moment où l’affaire a éclaté, j’étais en pleine ascension. Toutes les portes s’ouvraient à moi. Mon film était présenté à Cannes ! Tous les projets se sont naturellement arrêtés. Très peu de gens m’ont appelé. J’ai senti la majeure partie des gens se détourner de moi. Je suis passé du statut de jeune réalisateur prometteur à celui d’agresseur. Pour cette erreur que j’ai commise et que je ne minimise pas, dois-je payer toute ma vie ? Ai-je le droit d’exister ? Ou alors, qu’on me condamne clairement à la perpétuité avec une peine de sûreté ! Mais j’espère pouvoir refaire du cinéma un jour. J’y travaille. J’ai récemment reçu des nouvelles positives et je sais que je peux compter sur quelques personnes courageuses qui ne sont pas prêtes à se laisser intimider.

Avez-vous lu son livre à charge contre vous ?

Oui. C’est du grand n’importe quoi. Tout est déformé. Tout est malhonnête. C’est du délire. Dans ce livre, elle accuse également l’acteur James Thierrée – père de son autre enfant – de violences conjugales. Ce que James conteste ! En cinq ans de vie commune, elle ne m’a pourtant jamais parlé des prétendues violences de James. James n’a pas vu son fils pendant plus d’un an pour des raisons obscures également. Que le même scénario se répète n’éveille pas le moindre doute, tout le monde trouve ça normal, elle continue d’écumer les médias sans avoir jamais à affronter la moindre petite contradiction. Tout ce qu’elle dit est parole d’Évangile. Elle est reçue partout comme une sainte. J’ai envie de demander aux journalistes : jusqu’où doit-elle aller pour qu’ils se disent que c’est trop ? C’est tout de même flagrant que Judith a complètement perdu la raison !

Capture d’écran d’une vidéo de Konbini de février 2024 dans laquelle l’actrice Judith Chemla évoque les violences conjugales subies de la part de ses ex-conjoints. D.R

Lorsque vous l’avez rencontrée, défendait-elle ce féminisme-là ?

Pas du tout ! Elle n’avait même pas lu Simone de Beauvoir. Aujourd’hui, je ne la reconnais plus. Sa voix, ses mots ont changé. Physiquement non plus, je ne la reconnais pas. C’est comme si elle était entrée dans une secte. Les mots qu’elle utilise ne sont plus les siens. Elle utilise le lexique MeToo. Elle n’a plus que ce vocabulaire en bouche. Lorsque j’ai eu affaire à elle lors des confrontations, j’en ai eu froid dans le dos. Je ne voyais plus aucune humanité en elle. Et pourtant je ne suis pas contre ce mouvement MeToo. Je suis pour que l’on remette de l’ordre dans les relations hommes-femmes. Mais je suis obligé de constater la dérive totalement folle dans laquelle nous sommes.

Pourquoi ne pas vous défendre devant la justice, par exemple en l’attaquant pour dénonciations calomnieuses ?

Les avocats vous déconseillent de le faire. Si je la poursuis, je vais être considéré comme l’agresseur qui piétine la parole des victimes. Regardez ce qu’elle m’inflige alors que je ne répondais même pas à ses attaques. Imaginez ce que ce serait si je l’attaquais à mon tour. Et tous les médias la suivraient, c’est certain. C’est difficile de faire le poids. D’ailleurs, je l’ai attaquée une fois, parce qu’elle ne m’avait pas présenté ma fille pendant trente et une journées. Eh bien, c’est moi qui ai été condamné à 3 000 euros d’amende pour préjudice moral et financier pour procédure abusive. Sans compter que depuis le début de cette affaire, j’en suis presque à 70 000 euros de frais d’avocats.

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Rien de ce qu’elle dit contre vous ne tombe sous le coup de la diffamation ?

A priori non. Lorsqu’elle martèle que je suis un auteur de violences conjugales, elle ne ment pas. Cette vérité est actée. Mais la réalité précise, que Judith dissimule, est que je ne suis l’auteur que d’une violence conjugale. Pas plus. En masquant cette petite nuance, elle fait de moi un monstre. Et dans ce mouvement MeToo, c’est bien cela le problème : la nuance. Ce jet de téléphone, pour eux, fait de moi un nouveau Bertrand Cantat.

Pensez-vous que Judith Chemla est sincère ?

En partie, oui. Judith a basculé dans une dérive extrémiste du féminisme. C’est presque sectaire. C’est comme quelqu’un qui entre dans l’univers Web de Soral et qui s’abreuve toute la journée de ses vidéos antisémites. Il finit par ne plus avoir qu’une vision totalement déformée du monde, à ne plus voir que des complots juifs partout. Eh bien Judith ne vit plus qu’à travers son nouveau combat féministe. Sur ses réseaux sociaux, elle ne publie que des contenus wokistes qui incitent à penser que tous les hommes sont des monstres, des violeurs et que toutes les femmes sont des victimes. Elle ne se nourrit plus que de ça. Elle n’est entourée que par des gens qui pensent ainsi. Son avocate est une spécialiste des violences sexistes. Vous savez comment m’appelle son avocate lorsque je me trouve dans la même pièce qu’elle ? « L’agresseur multirécidiviste » ! Après, il n’y a pas que de la conviction. Je pense aussi que Judith se sert de la cause juste du combat contre les violences faites aux femmes pour mener sa vendetta personnelle contre moi, parce que je l’ai trompée lorsque nous étions ensemble et qu’elle ne l’a pas digéré. Et puis, elle n’a jamais été aussi célèbre que depuis qu’elle est devenue une figure de proue de ce féminisme révolutionnaire. Donc, peut-être qu’il y a un brin d’opportunisme inconscient dans sa sincérité.

Les Amazones de la terreur

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Charlotte Corday conduite à la guillotine par Arturo Michelena (1889) © Wikipédia

L’émergence de la femme terroriste – La Révolution


L’engagement actif des femmes  dans  des  groupes  terroristes  n’est  pas  nouveau, principalement depuis la fin du XIXème siècle.

Du Parti socialiste révolutionnaire en Russie à la Fraction armée rouge allemande, des Brigades rouges italiennes à Action directe en France, des Forces armées révolutionnaires de Colombie au Partya Karkerên Kurdistan (PKK) en Turquie, de l’organisation Euskadi Ta Askatasuna (ETA) à l’organisation Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), du Hamas en Palestine à l’Etat islamique, elles sont nombreuses à rejoindre les rangs d’organisations terroristes.

De Charlotte Corday à Sofia Pereskovaïa, de Leila Khaled à Nathalie Menigon, d’Ulrike Meinhof à Emilie König, combattantes, militantes, résistantes, activistes, qu’elles soient françaises, russes, palestiniennes, allemandes, elles sont toutes animées par la même violence et le même objectif, vaincre par la force et les armes.

Elles n’hésiteront pas à soutenir activement et de leur plein gré, sur les plans idéologique et opérationnel ces groupes terroristes et à participer à la commission d’infractions liées au terrorisme.

Depuis des siècles les femmes participent à des luttes et pourtant le rapport de la femme à la violence continue de nous surprendre, de nous fasciner et de nous révulser à la fois.

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« Femmes » et « violence » ne peuvent-ils pas aller de pair ? L’architecture sur laquelle repose nos sociétés occidentales a fait de la femme le « sexe faible » celle qui donne la vie et ne peut donc la reprendre. Ces femmes qui cassent les codes des stéréotypes du genre dérangent. Quelles sont leurs motivations ? Sont-elles manipulées ? Sont-elles des suiveuses, des amoureuses ? Quelle est la force de leur engagement ? Si ce phénomène de la violence des femmes n’est pas nouveau dans l’histoire, le contexte actuel où le terrorisme hante notre quotidien et peut frapper à chaque instant, en tout lieu, n’importe qui et par tout moyen semble plus inquiéter aujourd’hui le grand public. Les sympathisantes du djihad, présentes sur notre territoire et celles qui ont fait le choix de rejoindre une organisation terroriste islamique renforce l’idée d’une féminisation du terrorisme.

La culture occidentale considère généralement le masculin comme le chasseur, le guerrier, le commandant, on l’appelle le « sexe fort ». Quant au féminin, on lui attribue, douceur, maternité, pacifisme, on l’appelle le « sexe faible ».

Alors que la part des femmes dans la criminalité est moindre que celle des hommes et que le droit traite en principe à égalité les deux sexes, pourquoi leurs « crimes » nous amènent-ils à plus de questionnements ?

La violence n’est pas l’apanage des hommes !

Plus souvent considérées comme des victimes, elles ont longtemps occupé une place à part dans le discours et dans la lutte contre le phénomène du terrorisme. Il faudra attendre les années 70, pour qu’émergent aux yeux du public à travers les médias, les visages de ces femmes. Comment oublier, la diffusion chaque soir aux informations des photos de Nathalie Ménigon et de Joëlle Aubron membres du mouvement terroriste Action Directe ? Oui, les femmes peuvent porter les armes et combattre, comme les Amazones ! Oui, les femmes peuvent être des soldats, comme Jeanne d’Arc ! Oui, les femmes peuvent tuer, comme Muzghan et Nasreen !

L’histoire nous démontrera que les femmes comme les hommes, les filles comme les garçons peuvent prendre les armes, commettre des actes de violence, semer la terreur et devenir tout simplement des terroristes.

Charlotte Corday conduite à la guillotine par Arturo Michelena (1889) © Wikipédia

La participation politique des femmes aux évènements s’est affirmée durant la Révolution française. Dans la rue, dans les tribunes, dans les clubs, les assemblées et les sociétés, elles occupent tous les terrains. De la simple tricoteuse à la militante qui lutte contre la misère, la faim, de la Gironde à la Convention. D’Olympe de Gouges à Théroigne de Méricourt, elles revendiquent la liberté de la femme et l’amélioration de leurs conditions civiles et sociales, s’engagent dans les armées révolutionnaires et telle Charlotte Corday n’hésitent pas à tuer.

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Elles trouveront face à elles, leurs sœurs, leurs cousines, adhérant aux idées contre-révolutionnaires, fidèles au roi et à la religion, vendéennes et bretonnes, paysannes et nobles, soutiens logistiques et soldates de l’Armée catholique et royale. Marie Papin, Soeur Agnès ou les deux sœurs de La Rochejaquelein pour ne citer qu’elles.

En 1793, la Convention interdit aux femmes d’accéder à l’uniforme de soldats, les invitant à porter l’uniforme qui convient à leur sexe. Pourtant, nombreux sont les portraits de ces amazones, fières, altières, androgynes, en habit d’homme, armées telles des Minerve de la Rome antique.

13 juillet 1793, Marat, la figure de l’Ami du peuple vient d’être assassiné d’un coup de couteau dans la poitrine par la jeune Charlotte Corday, de son vrai nom Marie-Anne Charlotte de Corday d’Amont, issue de la noblesse rurale normande, femme d’esprit, républicaine, engagée en politique auprès des girondins et idéaliste ; elle sera arrêtée le jour même. Marat, celui qui incarne à ses yeux l’injustice et le mensonge, Marat un des principaux responsables de l’écrasement des Girondins, Marat le symbole des dérives de la Révolution.

Charlotte Corday, héroïne cornélienne ou préfiguration du fanatisme terroriste ?

Depuis 1792, Marat cristallise les haines d’une partie de la population, on lui reproche l’essor de la violence, un vent de paranoïa souffle sur Paris, Louis XVI a été exécuté le 21 janvier, tout le monde dénonce tout le monde. Danton, Robespierre et Marat saignent le pays au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Jacobins et Montagnards s’opposent aux Girondins. Parmi les partisans de la Révolution, certains s’opposent aux méthodes des radicaux rejoignant même les monarchistes.

Le 31 mai, Marat exige à la tribune l’arrestation d’une trentaine de girondins, c’en est trop, c’est dans ce contexte agité que Charlotte émet le projet de délivrer son pays de la tyrannie de l’Ami du peuple.

Charlotte Corday est accusée « d’avoir méchamment et de dessein prémédité, étant à Caen, formé le projet d’attenter à la représentation nationale, en assassinant Marat, député à la Convention (…) ce qui est contraire à l’article 4 section trois du Titre premier et à l’article 11 section première Titre second du Code pénal ».

Article 4 (section 3, titre 1, IIème partie) : Toute organisation ou attentat, pour empêcher la réunion, ou opérer la dissolution du corps législatif, ou pour empêcher par force et violence la liberté de ses délibérations, tout attentat contre la liberté individuelle d’un de ses membres, seront punis de mort. Tous ceux qui auront participé auxdits conspirations ou attentats par les ordres qu’ils auront donné ou exécuté, subiront la peine portée au présent article.

Article 11 (section 1, titre 2, IIème partie) : L’homicide commis avec préméditation sera qualifié d’assassinat et puni de mort

Lors de son procès, elle confessera son crime, il s’agira de déterminer pourquoi elle l’a commis, et surtout si elle a agi seule ou sur les ordres d’opposants à Marat ?

Le Républicain français du 23 juillet 1793, publiera un compte-rendu du procès, je cite :

« Le président : Qui vous a engagé à commettre cet assassinat ?
L’accusée : Ses crimes
Le président : Qu’entendez-vous par ses crimes ?
L’accusée : Les malheurs dont il a été la cause depuis la révolution.
Le président : Quels sont ceux qui vous ont engagé à commettre cet assassinat ? L’accusée : Personne ; c’est moi seule qui en ai conçu l’idée.
Le président : Quelles étaient vos intentions en tuant Marat ?
L’accusée : De faire cesser les troubles, et de passer en Angleterre, si je n’eusse point été arrêtée […]. Je savais qu’il pervertissait la France. J’ai tué un homme pour en sauver cent mille. C’était d’ailleurs un accapareur d’argent. »

Elle écrira à son père, « Pardonnez-moi, mon cher papa, d’avoir disposé de ma vie sans votre consentement. J’ai vengé bien d’innocentes victimes, j’ai prévenu bien des désastres ; le peuple, un jour désabusé, se réjouira d’être délivré d’un tyran […]. Adieu, mon cher papa : je vous prie de m’oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort. Vous connaissez votre fille ; un motif blâmable n’aurait pu la conduire. J’embrasse ma sœur, que j’aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents. N’oubliez pas ce vers de Corneille : “Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud ! C’est demain à huit heures, qu’on me juge ”».

Jugée le 16 juillet, elle sera guillotinée le lendemain, sur la place de la Révolution. L’assassinat de Marat présente tous les aspects d’un attentat politique, cependant il est surtout relaté comme un fait divers.

Des femmes au cœur des combats

Certains verront en Charlotte Corday une figure héroïque de cette période de l’histoire, d’autres une « bonne » criminelle. Et pourtant Charlotte fascine, les portraits la représentant auprès de sa victime sont légion. Peut-être même dérange-t-elle l’ordre établi des normes sociales et genrées de l’époque ? Hauer la dessinera de face et en buste, tenant à gauche la gaine qui enveloppait la lame et dans sa paume droite le couteau que l’on devine, le regard décidé à en finir avec Marat, l’ennemi du peuple. Mi-homme, mi-femme, telle une déesse antique. Inversion des représentations féminine et masculine. Mais qui s’en étonnerait dans cette période troublée ?

En Vendée, en Bretagne, en Normandie et dans le Maine, au même moment, des femmes, des filles, des ménagères et des aristocrates mènent aussi un combat, mais cette fois-ci pour Dieu et pour le Roi. Peu nombreuses à combattre au sein des armées en campagne, elles occuperont, malgré tout, une part prépondérante et joueront un rôle important dans l’effort de contre-révolution pour battre les « Bleus ».

Se mobilisent-elles pour maintenir un ordre plus traditionnel et conservateur ? Refusent-elles ce nouvel ordre républicain profondément masculin ?

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L’armée catholique et royale comptait dans ses rangs des femmes de toutes conditions. Des femmes issues de l’aristocratie combattront auprès de François de Charrette de la Contrie pendant les guerres de Vendée contre les républicains, on les appelle les « amazones » de Charrette, telles, la Marquise de la Rochejaquelein, Madame de la Rochefoucauld, Suzanne Marguerite-Adélaïde Poictevin de la Rochette, Céleste Julie Michel Bulkeley Talour de la Cartrie pour ne citer que les plus célèbres. Excellentes cavalières et rompues au maniement des armes du fait de leur condition et de leur éducation, elles s’engagent conquérantes, courageuses, parfois animées par la vengeance, d’un fils perdu ou d’une fortune détruite. Profondément catholiques, elles défendront les lieux de cultes et les religieux. Comme certaines figures républicaines, telle Théroigne de Méricourt, elles n’hésitent pas à troquer leur habit de dame, pour une tenue masculine.

Céleste Julie Michel Bulkeley Talour de la Cartrie, amazone de la guerre de Vendée, dessin de 1900. © Wikipédia

En terre chouanne, les femmes auront un rôle de premier plan en février 1791 au moment où la question religieuse devient déterminante ; du printemps 1791 au printemps 1792, l’activisme féminin est majeur, ce sont elles principalement qui se mobiliseront pour défendre le clergé réfractaire et s’opposer aux prêtres constitutionnels, elles n’hésiteront pas à avoir recours à la violence au nom de Dieu et pour le salut de la France.

Peut-on parler d’action terroriste ? La question demeure, pour certaines qui ont pris les armes et n’ont pas hésité à combattre et mener des actions « criminelles », sans doute que oui, quand d’autres auront limité leur engagement, à de simples implications matérielles et logistiques, transport de munitions ou de missives, agents de liaison, la réponse est plus mitigée. Rappelons que la France est dans une période troublée, que la violence et la terreur sont au cœur du fonctionnement ou dysfonctionnement du pays. Des actions violentes criminelles et qui terrorisent, commises par des hommes ou des femmes, en de telles périodes, est-ce surprenant ? Sans doute est-il plus pertinent de parler de militantes, d’activistes ou de résistantes.

Un tiers seulement des femmes inculpées comme contre-révolutionnaires devant les tribunaux criminels sera soupçonné d’avoir joué un rôle dans des réseaux.

Les actions à caractère criminel menées par les femmes pendant la révolution, pro ou contre-révolutionnaires même si peu nombreuses, méritent cependant d’être soulignées.

La semaine prochaine : L’émergence de la femme terroriste 2 – L’anarchisme féminin : Naissance de LA terroriste

La révérence de Joe Biden: une campagne historique s’annonce

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Kamala Harris et Joe Biden, Raleigh, Caroline du Nord, 26 mars 2024 © Matt Kelley/AP/SIPA

La campagne présidentielle américaine prend un nouveau tournant. Le président sortant, 81 ans, a annoncé hier qu’il se retirait finalement de la course. Pourvu qu’il s’en souvienne, en se réveillant ce matin… Kamala Harris est favorite pour le remplacer, mais face à Donald Trump la lutte ne sera pas aisée.


Joe Biden aura finalement renoncé à l’ultime bataille. À 82 ans bien sonnés, le natif de Scranton s’est senti trop âgé pour continuer. Diminué et fragilisé, celui qui fut sénateur du Delaware de 1973 à 2009 a fini par admettre qu’il n’avait plus les ressources intérieures suffisantes pour affronter un Donald Trump héroïsé après avoir survécu sous les yeux du monde à une tentative d’assassinat par un post-adolescent complexé comme en produisent à la chaîne les États-Unis d’Amérique.

Sleepy Joe était bien plus que ça

« Je pense qu’il est dans l’intérêt de mon parti et du pays que je me retire », a ainsi posté dans une missive solennelle le second président d’origine irlandaise de l’histoire de l’Amérique. Dans ce bref courrier explicatif adressé aux citoyens américains, Joe Biden dresse le bilan de son action, vantant notamment sa politique économique et infrastructurelle, ainsi que l’inflation reduction act qui fut un rude coup porté à l’Union européenne. Une politique extrêmement protectionniste et pas si éloignée de celle qu’avait en son temps menée Donald Trump. Nous ferions d’ailleurs peut-être bien de nous en inspirer partiellement, mais c’est une autre histoire. L’essentiel est au fond ailleurs, dans cet aveu formulé par Joe Biden qui admet sous la contrainte ne plus être un atout pour son camp et comprendre en creux qu’il ne peut plus l’emporter.

De cet animal politique dépeint ces derniers mois en marionnette, peu de choses sont sues en France. Le parcours politique long et brillant de Joe Biden cache pourtant une vie parsemée de drames terribles qui ont en leur temps durablement marqué l’opinion publique. Joe Biden a notamment perdu sa première épouse Neilia et sa fille Naomi en décembre 1972 lors de sa première campagne sénatoriale, dans un épouvantable accident de la route. Ses fils Beau et Hunter ont miraculeusement survécu, traumatisés à vie.

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En 2015, la mort a frappé de nouveau le clan Biden. Son fils Beau est décédé des suites d’un cancer du cerveau à l’âge précoce de 46 ans. Militaire et procureur général du Delaware, Beau avait toutes les qualités pour faire de lui le successeur naturel de son père. Le deuil a profondément affecté l’actuel 46ème président des États-Unis qui a dû par la suite subir les frasques de son cadet Hunter. Écorché vif, ce dernier s’est fait remarquer dans la colonne des faits divers et les rubriques mondaines pour sa consommation de drogues ainsi que son appétit sexuel.

Face à ces épreuves, Joe Biden a toujours su faire preuve de résilience. Politicien rusé et fin connaisseur des arcanes de Washington, Joe Biden était un expert de la politique étrangère dépeint en « modéré » au sein du camp démocrate. Alors qu’il était apparu plutôt fringant lors de l’élection présidentielle de 2020 où il affronta Donald Trump, la baisse de ses capacités cognitives est devenue bien trop flagrante au cours des derniers mois. Ayant toujours été qualifié de gaffeur, Joe Biden était aussi combatif. Dernièrement, ce trait de caractère semblait s’effacer, dévoilant un vieillard en grandes difficultés face à la presse ou ses adversaires. À telle enseigne que des personnalités de premier plan l’ont appelé à renoncer, à l’image notamment de George Clooney dont la prise de position a fait grand bruit.

Le duel annoncé entre deux hommes d’âge mûr et deux anciens présidents n’était pas au goût de tous les Américains qui semblaient contraints de voter pour faire barrage plus que par adhésion. Ils ne l’auront finalement pas. Reste la question qui fâche : qui pour prendre le relais ?

Kamala Harris en recours naturel : oui, mais…

Joe Biden a relancé une campagne américaine qui semblait acquise aux Républicains. Dans un tweet, il a explicitement soutenu la candidature de sa vice-présidente Kamala Harris. Impopulaire, cette femme métisse et plutôt jeune pour les standards locaux aura fort à faire pour obtenir le soutien du parti démocrate et plus généralement des électeurs démocrates. Elle n’est pas encore la candidate du parti qui se réunira lors d’une convention nationale dans un mois. Barack Obama a notamment exprimé ses réserves : « J’ai confiance dans le fait que les leaders de notre parti seront capables de trouver une solution pour qu’émerge une candidature exceptionnelle ». Voilà une première pierre lancée dans le jardin de Kamala Harris qui fait pourtant figure de candidate naturelle eu égard à sa fonction et au fait qu’elle soit légalement la seule à pouvoir utiliser les fonds collectés pour la campagne Biden.

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Une donnée qui a son importance puisque le parti démocrate se retrouve désormais au coude à coude dans des États qui lui étaient à l’origine acquis sur le papier, tels que le Nouveau-Mexique ou la Virginie en sus des fameux « swing states ». Éviter la catastrophe sera extrêmement coûteux alors que de nombreuses grandes fortunes financent la campagne de Donald Trump, soutenu désormais par le « monde de la tech » dont vient son colistier J.D. Vance. Des personnalités richissimes et influentes comme Elon Musk ou Peter Thiel font ouvertement campagne pour The Donald, dont l’aura a pris la couleur pourpre de l’Empereur survivant.

Les démocrates semblent pourtant décidés à livrer bataille. En plus d’Obama, des pontes comme Nancy Pelosi, Chuck Schumer ou Hakeem Jeffries n’ont pas déclaré leur soutien explicite à Kamala Harris. Joe Manchin, influent sénateur de Virginie-Occidentale, s’est déclaré prêt à entrer dans la bataille. On pourrait imaginer que Gavin Newsom, dont l’ancienne compagne est actuellement en couple avec Donald Trump Jr, pourrait aussi nourrir quelques envies. Pete Buttigieg, sorte de version homosexuelle de J.D. Vance, avec lequel il partage les mêmes origines et la même formation, serait aussi un candidat crédible. Bref, la guerre n’est pas finie. Mais Donald Trump doit être conscient d’une chose : son meilleur ennemi n’est plus dans la course. La virulence extrême de sa déclaration en est d’ailleurs la meilleure preuve. Qualifiant Biden de traître dans un post enragé sur son média social personnel, il a tout de même dévoilé son inquiétude. De fait, la campagne républicaine va devoir entièrement se réorganiser pour affronter un nouvel adversaire qui risque d’être plus jeune et de trancher. En janvier dernier, la républicaine Nikki Haley avait déclaré que « le premier parti qui retirera(it) son candidat octogénaire sera(it) celui qui gagnerait l’élection »