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Il y a 30 ans, l’attentat de l’Amia à Buenos Aires

Le 18 juillet 1994, une voiture piégée vise un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l’Association mutuelle israélite argentine. Depuis, l’Iran est toujours parvenu à échapper aux poursuites, et continue à tisser sa toile et à développer son influence en Amérique du Sud.


Buenos Aires, 18 juillet 2024. Comme chaque année une sirène hurle dans la ville à 9h53 rappelant l’acte terroriste le plus grave de l’histoire du pays. Le 18 juillet 1994, un camion piégé avait provoqué 85 morts et 300 blessés. L’attentat visait le bâtiment de l’Amia, une organisation analogue au FSJU en France. C’était aussi, depuis la Shoah, le plus grand massacre de Juifs avant celui du 7 octobre 2023. 

Il est survenu quelques mois après la signature des accords d’Oslo, une période où la paix au Moyen-Orient semblait proche. Une preuve de plus que les terroristes n’agissent pas par désespoir mais avec un projet politique.

Cette année, la cérémonie a une autre ampleur que d’habitude. C’est le 30e anniversaire, le président Javier Milei est au premier rang entouré de son gouvernement et des présidents d’Uruguay et du Paraguay. On sait que la vérité sur l’attentat lui importe, des attentats, faudrait-il dire, car celui qui avait frappé l’Ambassade d’Israël, en 1992, entrainant 29 morts, n’a jamais été résolu non plus. 

Une affaire qui embarrasse la justice et le pouvoir argentins depuis des décennies

Il n’a pas manqué de malins, à l’époque, pour prétendre que c’étaient des Juifs qui, à l’instigation d’Israël et des États-Unis, avaient commis ces crimes pour pouvoir en accuser les musulmans, mais depuis trente ans tous les regards étaient tournés vers un seul commanditaire, l’Iran avec le Hezbollah comme opérateur. En avril 2024, pour la première fois, la Cour de cassation argentine a accusé l’Iran d’avoir perpétré un crime contre l’humanité ; en mai, il y a trois mois, la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme a accusé la justice argentine d’avoir entravé la découverte de la vérité. Le président de l’Amia n’a pas mâché ses mots :  « Trente ans que l’État argentin détourne le regard, accumulant retards et erreurs ».

Ces trente ans de faux-fuyants méritent d’être rappelés, tant ils dévoilent un système politique démocratique mais dévoyé. Entre 1989 et  1999, donc à l’époque de l’attentat, le président était Carlos Menem, un péroniste de droite, ultra-libéral, bon vivant, proche des États-Unis, cherchant à apaiser les conflits plutôt que de les aiguiser, de façon à mieux mener des affaires personnelles pour lesquelles il a été à plusieurs reprises accusé et parfois condamné pour corruption, tout en restant protégé par son immunité parlementaire de sénateur. Musulman d’origine libanaise, converti au christianisme pour faciliter sa carrière politique, il fut le premier président argentin à visiter Israël. Ayant rompu un contrat nucléaire avec l’Iran, il a prétendu que le Hezbollah avait assassiné l’un de ses fils. D’un autre côté, parmi ses amis proches, il y avait un homme d’affaires syrien qui aurait acheté le camion piégé et qui était en lien avec des employés particulièrement suspects de l’Ambassade iranienne. Une machination s’organisa pour ne pas poursuivre cette piste. Elle impliquait le premier juge chargé de l’enquête et les services secrets argentins. Des années plus tard, des fonctionnaires furent condamnés pour obstruction à la justice. Menem, lui, fut relaxé. Il est difficile néanmoins d’imaginer qu’il n’ait pas interféré avec le processus judiciaire qui fut détourné et bloqué dès sa présidence. Le motif pourrait en être la corruption ou le désir de protéger ses amis plus que l’idéologie…

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Nestor Kirchner est devenu président en 2003. C’était aussi un péroniste, mais de gauche et cette orientation s’est accentuée avec son épouse Cristina, qui lui a succédé de 2007 à 2015, et a de fait continué de diriger le pays de 2019 à 2023 en tant que vice-présidente de l’insignifiant Alberto Rodriguez, un homme qui se disait convaincu de la culpabilité de l’Iran dans l’attentat tant qu’il n’était pas président et qui, une fois qu’il le devint, prétendit qu’il n’y avait aucune preuve de cette culpabilité…

Entre 2015 à 2019, le président Mauricio Macri ne parvint pas à sortir l’Argentine de son marasme économique et les péronistes, appelés justicialistes, reprirent le pouvoir. Macri est aujourd’hui, comme son cousin le maire de Buenos Aires, l’allié de Javier Milei, ce président atypique, ami d’Israël, qui fait subir à son pays une thérapie de choc aux résultats encore incertains.

De plus en plus engagée dans la mouvance antiimpérialiste, Cristina Kirchner, conseillée par le Vénézuélien Hugo Chavez, chercha à renforcer les liens commerciaux avec l’Iran et à se débarrasser de cette épine du pied qu’était l’attentat contre l’Amia. Il en est résulté un protocole d’accord entre les deux pays (non ratifié ensuite par l’Iran et dénoncé par Macri), suivant lequel, entre autres, les interrogatoires s’effectueraient en Iran même avec une coopération des deux pays à la « recherche de la vérité ». On croit rêver en lisant que l’Iran était supposé aider à l’enquête !

Ce protocole brillant, dont le maitre d’œuvre du côté argentin était le Ministre des Affaires Étrangères Hector Timmerman, fils d’un militant juif célèbre, emprisonné à l’époque de la dictature, souleva l’indignation de la grande majorité des Juifs d’Argentine. Ils le prirent pour une trahison visant à exonérer les Iraniens suspects d’avoir organisé l’attentat, tels Ahmed Vahidi, aujourd’hui ministre de l’Intérieur d’Iran, un des hommes les plus puissants du pays, et à leur éviter les mandats d’arrêt internationaux émis par l’Interpol.

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Cette accusation fut développée par le procureur Alberto Nisman, en charge du dossier de l’Amia, qui déposa plainte contre Cristina Kirchner pour avoir organisé l’impunité des Iraniens. La veille de son témoignage à la Chambre des Députés, alors que comme par hasard, les dix policiers chargés de sa sécurité ne sont pas à leur poste, il est retrouvé mort, une balle dans la tête. C’était en janvier 2015, il y aura bientôt dix ans. L’enquête a confirmé en 2017 qu’il s’agissait bien d’un assassinat et non d’un suicide comme les milieux proches de la présidente le prétendaient. En 2023, la Cour de cassation a annulé l’acquittement dont avait bénéficié Cristina Kirchner à ce sujet. Reste à voir si celle-ci, qui fait face en outre à plusieurs accusations de corruption, sera jugée, mais Nisman, qui était Juif, a bien été la 86e victime de l’attentat contre l’Amia.

Une Amérique du Sud assez largement opposée à Israël

Pour comprendre ce fait invraisemblable que la mise en cause de l’Iran, qui paraissait évidente dès les premiers jours de l’attentat, ait pu être esquivée pendant trente ans, il faut tenir compte de trois caractéristiques de l’Argentine qu’on ne peut qu’esquisser ici.

  1. L’Argentine, qui fut longtemps considérée comme un pays de cocagne, et dont l’évolution économique aurait pu être aussi brillante que celle des États-Unis, a été la victime de ses dirigeants politiques. Même lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir par la voie des urnes, ceux-ci ont très souvent choisi une politique de court terme et le péronisme est le symbole de ce système. Sous couvert de redistribution des richesses, il a affaibli le pays, il a renforcé le clientélisme, la corruption et la polarisation contre des boucs émissaires dont les États-Unis sont évidemment l’archétype. Qui s’oppose aux États-Unis s’oppose à Israël, et n’a pas de prévention contre une alliance avec le régime des mollahs iraniens, ennemi de l’un et de l’autre.
  1. Il existe en Amérique du Sud une très importante diaspora syro-libanaise. Une partie, notamment au Brésil, majoritairement chrétienne, est installée déjà depuis le XIXe siècle. Une autre partie est chiite. Un récent article de l’expert du FDD, Emmanuelle Ottolenghi, attire l’attention sur l’activisme de cette communauté au Brésil. Ces musulmans chiites sont volontiers installés dans des zones où circulent armes et trafics en tous genres, comme la triple frontière entre Argentine, Brésil et Paraguay. Ils sont un milieu de propagande privilégié pour le Hezbollah1
  1. L’Amérique latine, et l’Argentine de Peron en particulier, a été la destination favorite des nazis en cavale après la guerre. Leur antisémitisme, leur négationnisme, leur totalitarisme se sont souvent colorés d’un agenda anti-impérialiste qui les a rendus très digestibles par certains militants ou dirigeants populistes. Pour ne parler que d’un récent passé, Chavez a eu longtemps pour proche conseiller, certains disent pour gourou, le nazi d’extrême gauche Norberto Ceresole et les Kirchner étaient liés à un activiste social bien connu en Argentine, Luis d’Elia, antisémite fanatique, négationniste et grand admirateur de l’Iran.

Ainsi se vérifie l’affinité potentielle d’une sensibilité sociale avec pouvoir charismatique totalitaire, anti-impérialisme et antisémitisme débridé. Toute comparaison avec le chemin que suit aujourd’hui le président de LFI en France n’engage que celui qui la fait…..


  1. A ce sujet on peut relire ici l’analyse de Renée Fregosi L’Amérique latine du «Sud global» contre Israël NDLR ↩︎

L’étrange militantisme de Mme Samra Seddik, sage-femme

Après un premier article consacré au Dr Nour El Iman Kaddouri, co-fondatrice de l’OMAS, nous continuons notre exploration de ces soignants qui diffusent l’idéologie frériste. Toute aussi inquiétante: Mme Samra Seddik, sage-femme et présidente d’une association proche des Frères Musulmans, marrainée par l’animatrice Sidonie Bonnec…


Dans un précédent article, nous avions abordé le sujet de l’OMAS (l’Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé) ; une association médicale spécialisée dans le lobbying frériste, qui dispose d’antennes dans plusieurs facultés de médecine de France, qui milite notamment pour que les infirmières soient voilées et que les patientes soient soignées par des femmes. 

L’OMAS organise régulièrement des sessions de formation, à destination d’étudiants musulmans, à l’aide de conférenciers qui sont des professionnels de santé agréés par l’État. Parmi eux, une sage-femme : Mme Samra Seddik, qui partage son activité de sage-femme libérale entre Saint-Germain-Lès-Corbeil (91) et Vigneux-sur-Seine (91).

Une soignante très présente, mais pas seulement auprès de ses patients

Le compte Instagram de Samra Seddik, aux 13,3 K followers, regorge d’informations précieuses pour qui s’intéresse à l’influence frériste dans le domaine de la santé. Très active sur son réseau social, Mme Seddik diffuse l’agenda de ses interventions médiatiques : outre une intervention sur la radio France Bleu Paris aux côtés du Dr Jimmy Mohamed, nous retrouvons des lives « Ramadan, grossesse et allaitement » avec les théologiennes Oustedha Asmahane et Ismahene Bouzidi, membres du Conseil Théologique Musulman de France (le CTMF), dont le bureau est composé de plusieurs responsables de la branche française des Frères Musulmans ; un live avec Zina Hamzaoui, sage-femme de Molenbeek et chroniqueuse pour la station  de radio belge AraBel FM, organe de propagande des Frères Musulmans tunisiens ; une « Medical Masterclass » avec le Dr Lyna Chami, psychiatre au CHRU de Tours et membre de l’OMAS ; un live, bien sûr, avec le Dr Nour El Iman Kaddouri, médecin généraliste dans le Nord et co-fondatrice de l’OMAS ; deux conférences au Centre Islamique de Villeneuve-d’Ascq (le CIV), dont l’écrivain Mohamed Louizi avait sonné l’alerte1 en prévenant qu’il s’agissait d’une vitrine française des Frères Musulmans ; un live, aussi, avec la psychologue Meriem Saghrouni dont le père, Mohamed-Taïeb Saghrouni, mémoire active du courant qotbiste, est un haut responsable des Frères Musulmans dans la région lilloise et se dit favorable au « djihad armé »2

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Populiste, la dernière injure à la mode

Dans une interview3, Samra Saddik indique être membre bénévole de l’association A2S (Avenir Santé Solidarité), où elle participerait à des projets audiovisuels. Après enquête, cette association – cofondée par M. Yasser Malek, salarié d’AstraZeneca et par le Dr Jad Kamel, cardiologue à Bondy (93) – s’avère être effectivement à la tête d’un programme télévisuel sur la chaîne Oumma TV, média qualifié à plusieurs reprises d’islamiste ; dans cette émission, Samra Seddik est intervenue pour participer à des chroniques telles que « Grossesse et Ramadan » ou « Le jeûne et l’allaitement ». 

Sur son compte Doctolib, Samra Seddik affiche son appétence pour l’étude du champ mental de la femme (avec un D.U en Psychiatrie Périnatale et un D.I.U en Psychopérinatalité). Chercheuse au CNRS et spécialiste du frérisme, le Dr Bergeaud-Blackler met régulièrement en garde sur l’« emprise mentale et psychique que les Frères Musulmans cherchent à exercer »4. À nos autorités de santé de déterminer si la vulnérabilité psychique de la femme enceinte – ou la vulnérabilité psychique d’une femme qui serait endeuillée par des avortements induits ou spontanés, ou confrontée à une hypofertilité – est compatible avec une prise en charge médicale menée par des professionnels de santé qui adhèrent et évoluent dans les réseaux des Frères Musulmans. 

Radicalisation après les attaques islamistes en Israël

Avec les attentats terroristes du 7 octobre, le ton se durcit sur les réseaux sociaux de la sage-femme.  

Samra Seddik se filme en conduisant (« J’en profite, entre deux visites à domicile ») ou dans son cabinet médical : nous constatons qu’elle arbore un keffieh et un pendentif aux couleurs du drapeau palestinien sur son temps d’exercice professionnel. Par ses vidéos ou ses publications, elle livre publiquement ses impressions sur le conflit qui se joue sur la bande de Gaza ; à ses 13,3 K followers, elle relaie des brèves d’actualités d’Al-Jazeera (proche, notamment, des Frères Musulmans), de l’association Palmed (affiliée aux Frères Musulmans) ou de GazaNewsPlus (média francophone du Hamas). Sur les réseaux sociaux de ces soignants pro-palestiniens, nous découvrons l’espace préoccupant qu’ils occupent dans la désinformation médiatique de cette guerre. Sur le compte de la sage-femme, de nombreuses informations sont partiales, tronquées ou fausses. À titre d’exemple, elle partage la photo d’enfants gazaouis qui dorment dans la boue et commente : « Cette image me hante. Qu’ont fait ces enfants ? » ; une brève analyse suffit pourtant pour dire que cette image a été générée par de l’intelligence artificielle.  Dans une story, Benyamin Netanyahou est pris pour cible dans un appel au meurtre : « Netanyahu se rend aux States. Le port d’armes est libre là-bas. Des dohas. » (« supplications à Allah », en arabe). 

Capture Facebook

Prise en photo dans une manifestation pro-Palestine, Samra Seddik arbore une pancarte : « À Gaza, ils ont écrasé avec des bulldozers des femmes enceintes avec un drapeau blanc qui se dirigeaient à l’hôpital ». En épluchant la presse internationale, on apprend que cette information provient d’Al-Jazeera et que le média qatari The New Arab se dit être incapable d’en prouver l’authenticité5 ; l’AFP, de son côté, a bien recueilli une vidéo de bulldozers qui tourne sur les réseaux sociaux palestiniens… mais a démontré que cette vidéo, tournée en Égypte en 20136, provient d’une séquence d’affrontements violents entre le gouvernement égyptien et des partisans des Frères Musulmans lors du massacre de la place Rabia-el-Adouïa. Samra Seddik ferait donc la promotion des fake news d’Al-Jazeera dans des manifestations françaises.  

A lire aussi, Mohamed Louizi: Combattre l’islamisme d’atmosphère

L’originalité de la pensée de la sage-femme tient également dans son affirmation que « le vrai but [d’Israël] n’est pas de neutraliser le Hamas » mais qu’il s’agit d’une « guerre qui vise les bébés » ainsi que les soignants et le personnel humanitaire qui sont « visés délibérément ». Elle accuse Israël « de crime contre l’humanité » et d’être un « régime génocidaire » ; les soldats de Tsahal sont désignés comme des « barbares assoiffés de sang et de destruction », « des déséquilibrés à qui on a donné le pouvoir de tuer » ou bien encore « une armée de diaboliques ». Elle compare Mia Schem, une « otage blanche », aux enfants palestiniens « qui ne sont pas assez blancs » pour que le monde s’en préoccupe. Sur le sujet des otages, d’ailleurs, elle affirme qu’il n’y a aucune preuve des « violences faites soi-disant aux femmes le 7 octobre […] par contre les violences sexuelles contre des milliers de Palestiniennes sont bien réelles ». Fait inquiétant pour l’avenir, elle déclare : « On a été trop gentils en manif ! Trop pacifiques ! Trop dociles ! Ce n’est pas comme ça qu’on obtiendra gain de cause ! […] J’ai la haine ! » : et, en partageant la vidéo d’un enfant palestinien, prévient : « Dans quelques années, ne venez surtout pas nous demander de condamner lorsqu’il voudra se venger ». 

Samra Seddik est aussi la présidente de l’association « Un petit bagage d’amour », qui a participé à Fort Boyard en 2020

En 2016, Samra Seddik créé l’association « Un petit bagage d’amour » (UPBA) qui vient en aide aux jeunes mères précaires. Parmi les partenaires de l’association, se trouve le Secours Islamique de France (SIF) ; en 2022, le sénateur Pierre Charon alertait le gouvernement7 sur la dangerosité du SIF qui « a des liens avec le Hamas, le Hezbollah et les Frères Musulmans » et soutient « un programme d’islamisation en France ». 

Sur les réseaux d’UPBA, Samra Seddik poursuit sa cabale contre le privilège blanc. Dans une publication où elle tague Anne Hildalgo et Emmanuel Macron, elle dénonce un « racisme » d’État avec une « solidarité […] pour les réfugiés venus d’Ukraine » alors que « si vous êtes une maman venue d’Afrique, vous pouvez crever ». L’association de Samra Seddik bénéficie néanmoins d’un beau rayonnement médiatique, puisqu’elle reçoit le Prix Solidarités Version Fémina du JDD en 2023 ; avec sa marraine, l’animatrice Sidonie Bonnec, UPBA est même représentée dans l’émission Fort Boyard en 2020 par Élodie Gossuin, Sylvie Tellier, Mélanie Page, Carla Lazzari et Bruno Guillon. Grâce à cet effort participatif et aux subventions du contribuable octroyées à France Télévisions, Samra Seddik récolte la somme de 10 853€ pour le compte de son association. 

Fût un temps, « Un petit bagage d’amour » bénéficiait du parrainage de l’acteur Gérard Darmon ; la collaboration doit être suspendue depuis puisque Samra Seddik fustigeait l’acteur sur Instagram en avril dernier pour son soutien à Israël (« Gérard Darmon, en Israël, face aux soldats qui massacrent en ce moment des bébés ») en même temps qu’elle épinglait Michel Boujenah, Meyer Habib, Frank Tapiro… dont elle s’exclame que «[ces] personnes qui appellent au massacre des palestiniens n’ont même pas un rappel à l’ordre ». Elle évoque aussi l’« l’ivrogne Élisabeth Lévy qui est derrière [Causeur] » ainsi que « la haine » et « la noirceur de l’âme » de Véronique Genest. Que nos lecteurs qui soutiennent Israël se rassurent, ils ne sont pas oubliés par Samra Seddik qui affirme sur son LinkedIn que « les défenseurs d’Israël […] aujourd’hui ne sont que des malades mentaux ».  

Sur le site de l’association, on découvre que son local parisien se situe dans la crypte de l’église Saint-Sulpice (Paris, VIème) ; notamment grâce à l’appui du Père Henri de la Hougue, co-président d’un groupe d’amitiés islamo-chrétiennes. Il appartient à présent aux membres de cette association, à Sidonie Bonnec, au Père de la Hougue, aux fidèles de l’église Saint-Sulpice et aux catholiques du diocèse de Paris de déterminer si le soutien financier et logistique d’une association peut se faire au détriment d’une autre minorité ; si la présence de Mme Samra Seddik dans l’église de Saint-Sulpice honore l’image de l’Église et le travail entrepris par les amitiés judéo-chrétiennes depuis soixante ans ; et si des accointances fréristes peuvent être compatibles avec le message de l’Église dont, rappelons-le, les premiers bâtisseurs furent juifs. 

Pour conclure,  nous rappelons que le petit Kfir Bibas, kidnappé à l’âge de neuf mois par les terroristes du Hamas et absent de la compassion de Mme Seddik, demeure encore à ce jour le plus jeune otage du monde. En réponse à cette ignominie, un homme d’Église, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a proposé d’offrir sa vie aux djihadistes8 et de se substituer aux enfants otages israéliens (dont le petit Kfir) afin qu’ils puissent quitter l’enfer des geôles islamiques et qu’ils retrouvent – enfin – la sécurité des bras de leurs parents et le sol béni de leur Terre Promise.


  1. Louizi, Mohamed. « Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans », Éditions Michalon, 2016. ↩︎
  2. « La galaxie des Frères Musulmans en France », https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/FM/index.html, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  3. « Samra Seddik et son petit bagage d’amour », https://www.lallab.org/samra-seddik-et-son-petit-bagage-damour/, Consulté le 19 juillet 2024. ↩︎
  4. Cazes, Séverine et De Saint-Sauveur, Charles. « Influence des Frères Musulmans », https://www.leparisien.fr/societe/influence-des-freres-musulmans-jai-peur-que-la-societe-francaise-ne-soit-en-train-de-baisser-les-bras-24-05-2023-RC3K654CUFAMHLYAEYFKJ2VCUY.php, Consulté le 18 juillet 2024. ↩︎
  5. The New Arab, https://www.newarab.com/news/israeli-army-shot-pregnant-women-ran-over-bodies-report
           Consulté le 20 juillet 2024.
    ↩︎
  6. AFP. « Cette vidéo ne montre pas l’armée israélienne détruire un camp à Gaza, elle a été filmée en Égypte en 2013 », https://factuel.afp.com/doc.afp.com.34868XQ, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  7. Charon, Pierre. « U.E et financement d’ONG liées à l’islam radical », https://www.senat.fr/questions/base/2021/qSEQ210723890.html, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎
  8. Dupeyron, Catherine. « Le Cardial Pierbattista Pizzaballa prêt à prendre la place des enfants israéliens otages à Gaza », https://www.lepelerin.com/religions-et-spiritualites/les-grandes-figures-de-leglise/le-cardinal-pizzaballa-pret-a-prendre-la-place-des-enfants-israeliens-otages-a-gaza-8377, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎

La boîte du bouquiniste

Les bouquinistes ne sont pas virés des quais de Seine durant les JO. Causeur peut donc fouiner dans leurs boîtes à vieux livres.


Il faut lire dans Cléopâtre, de Jean Bertheroy, la description des jardins d’Alexandrie, de la procession des prêtres, de la double mort d’Antoine et de la reine d’Égypte : c’est du Flaubert !

Il paraît qu’une malédiction touche les imprudents qui cherchent à percer les secrets de la Lagide : ils en tombent amoureux. Certes, la plume de Jean Bertheroy – une femme !–, propage quelque chose de si voluptueux que le lecteur, par quel mystère ?, s’éprend irrésistiblement de cette triple figure historique, littéraire et mythologique.

Mais revenons à l’auteur. Si le style, c’est l’homme même (Buffon), je laisserai le style de Bertheroy témoigner pour elle. De son histoire en effet, à peine sais-je qu’elle naquit Berthe Le Barillier en 1858, et mourut en 1927 ; qu’elle publia au Figaro ainsi qu’à la Revue des deux mondes ; qu’elle reçut la Légion d’honneur, et pas moins de trois prix de l’Académie française ; qu’elle écrivit un nombre conséquent de poésies et de romans historiques, la plupart sur l’Antiquité ; enfin, que le collectionneur dénichera plus facilement ses autographes que ses ouvrages, car ceux-ci, depuis plus de cent ans, ont presque entièrement cessé d’être édités.

A lire aussi : Un petit Balzac, pour l’été, pourquoi pas?

Bertheroy aurait tout pour plaire, pourtant. Féministe (au sens large : mais tout de même, on lira dans Femmes antiques de jolies odes au beau sexe), elle ne composa jamais rien qui pût trahir de douteuses idéologies, ni même qui pût sortir son lectorat d’un certain confort de salon. Elle était poète excessivement sculpturale, dans la pleine veine de l’art pour l’art, esthète, c’est-à-dire ne cherchant dans l’écriture que la pure beauté formelle, et sans doute la concevant comme un formidable moyen de s’évader de sa modernité. Je citerais sans fin sa plume admirable, celle du Colosse de Rhodes particulièrement, mais ses titres déjà sonnent comme des poésies : Sybaris, Les Vierges de Syracuse, Le Tourment d’aimer, Amour, où est ta victoire ?

Certes, Jean Bertheroy fut aussi de cette préciosité descriptive d’un certain XIXe, celui de Flaubert, celui de Gautier surtout (Le Roi Candaule), terriblement passée de mode. Son récit, tout en rythme, est tout en pauses, technique et savant. Bertheroy, tels ses aînés, composait à la manière d’un artisan : péché mortel !

Car l’époque, hélas, est à la littérature populaire en 140 signes : une description longue ornée de mots rares, cela n’intéresse plus personne et n’a pas la moindre chance de triompher sur le grand marché. « Trop de notes », disait à Mozart l’empereur Joseph : à bon entendeur !

L’on n’est pas censé faire les livres comme les boîtes de conserve, mais comme les pendules, professait La Bruyère : ce serait fort judicieux de s’en souvenir, et à l’heure de l’intelligence artificielle, de penser un peu moins à la quantité, un peu plus à la qualité ; et à défaut de meilleur, pourquoi pas ?, saisissant l’occasion d’une fortuite trouvaille chez un bouquiniste, de lire ou de relire la prose poétique de Jean Bertheroy, plutôt que les dernières baguenauderies de nos ronds-de-cuir.

Jean Bertheroy, Cléopâtre, Armand Colin et Cie, 1891.

Déficits: ce qui attend à la rentrée un éventuel “gouvernement technique”

Bruxelles ouvre une procédure d’endettement excessif envers Paris. La France, qui n’a pas encore nommé de nouveau gouvernement, devra dire en septembre à la Commission européenne comment elle compte rétablir ses comptes pour rapidement rentrer dans les clous du pacte de stabilité budgétaire européen. À la Cour des comptes, Pierre Moscovici n’est guère optimiste: «La dette française s’élève déjà à 3100 milliards d’euros. Elle sera de 3600 milliards en 2027. Nous payons déjà 52 milliards par an pour la rembourser, ce sera 80 milliards en 2027. Il ne restera plus de marge de manœuvre pour financer les services publics et la transition écologique».


À la fin de son opus politique Le Nœud Gordien, Georges Pompidou notait « l’inaptitude profonde naturelle des Français à être gouvernés ». Mais ce caractère rebelle, batailleur et prompt à la querelle, pour atavique qu’il soit, n’a jamais empêché l’État français de fonctionner. 

Vers un effondrement de l’État français ?

Or, pour la première fois en quatre-vingt ans, la question de la survie de cet État tel que nous l’avons connu se pose. Si aucune majorité claire ne se dégage du scrutin législatif, d’aucuns pourraient dire que la gauche en sort renforcée, une situation inédite qui pourrait contraindre Emmanuel Macron à choisir un Premier ministre issu de cette orientation politique. Il n’est même pas besoin de revenir sur la politique économique mortifère que promet la gauche française actuelle, si éloignée du réalisme de la gauche britannique nouvellement au pouvoir, par exemple. Son irréalisme, sa condamnation immédiate de tout redressement du pays, signalent le caractère ténu d’une accession au pouvoir d’un clan sectaire et agressif. Ce qui devrait en creux favoriser l’arrivée d’un gouvernement mi-technique, mi-transpartisan à forte composante centriste… 

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Victoire des Travaillistes à Londres: la fin du populisme?

Au-delà de ces dynamiques politiques immédiates et conjoncturelles, une menace bien plus grave plane sur la France : une crise financière d’une ampleur sans précédent, qu’aucune configuration politique et parlementaire ne saurait enrayer malheureusement, sauf à prendre de graves et courageuses décisions. 
Essayons d’imaginer comment une telle crise pourrait se dérouler pour l’État, symbole de la continuité de la nation. Car la France fait face à une crise de la dette publique sans précédent. La dégradation de la note de notre dette publique par les agences de notation, et l’ouverture par Bruxelles d’une procédure d’endettement excessif, sont à la fois des symptômes et des accélérateurs de la dérive de nos finances publiques. La dette publique française a atteint un niveau record de 3 160 milliards d’euros, soit près de 111% du PIB ; mais au-delà de ce niveau absolu de dette, c’est un problème de liquidités à court terme qui pourrait se poser à l’État, alors que la charge des intérêts de la dette est en passe de devenir le premier poste budgétaire, menaçant de facto notre État-providence. Si nous voulons vraiment redresser la barre, en 2025, le gouvernement devrait idéalement réduire le budget de l’État de 50 milliards d’euros. S’il ne le fait pas lors de la discussion du Budget 2025, cet automne au parlement, il devra progressivement atteindre cet objectif avant 2027. Une coupe drastique dès cette année, pour satisfaire nos partenaires européens et la BCE, obligerait à arrêter les dépenses de l’État dès septembre, ce qui représenterait une économie brutale de 25 milliards d’euros sans aucun autre effort d’ajustement.

Qui succédera à Bruno Le Maire pour être un super-ministre des économies ?

Cet effort, dont on parle depuis deux mois, sans que rien n’ait été réellement entrepris par Bruno Le Maire, va obliger à verrouiller brutalement le tiroir-caisse de l’État dès la rentrée de septembre. Cela devrait permettre de réaliser au forceps une économie brutale de 25 milliards d’euros. Mais à quel prix ! À titre d’exemple, on sait déjà qu’au ministère de la Justice, les factures de certaines dépenses engagées ont été reportées à… 2025, créant ainsi des dettes fournisseurs autant scandaleuses qu’illégales, provoquant chez bien des fournisseurs des problèmes graves de trésorerie qui finiront parfois… au Tribunal de commerce ! Du côté des armées, le mythe de la « sanctuarisation » semble enterré depuis longtemps. Quant à l’Éducation nationale…
Notre système de retraites par répartition, déjà fragile en dépit de quelques réformes paramétriques souvent inutiles ces dernières années, pourrait s’effondrer très rapidement. Incapable d’emprunter plus, le système devrait choisir entre ponctionner plus les salariés, écrêter les plus hautes pensions ou réduire les pensions pour tous. Nul doute que les débats sur la capitalisation réapparaitront dès la rentrée. Après les retraites, c’est notre système de santé publique qui devrait rapidement faire l’objet de discussions sur une possible restructuration dans la douleur. Nous devrions alors voir l’apparition de nouvelles cliniques et maisons de santé privées que l’on payera au prix fort, ou accessibles aux adhérents de super mutuelles parfois financées par les employeurs pour leurs cadres supérieurs (lesquels votent Renaissance et LFI). Le risque est grand de voir certaines maladies chroniques basiques ne plus être prises en charge (ou moins bien prises en charge que maintenant), avec un décrochage de l’espérance de vie selon le lieu d’habitation.

Le contribuable peut aussi s’inquiéter

Une possible réponse immédiate pourrait être de nature fiscale: il n’y a pas besoin de l’accession au pouvoir de LFI pour envisager un recours à l’impôt pour cause d’ajustement des finances publiques. Une augmentation des prélèvements, par exemple de 20 milliards d’euros (l’effort minimum, si on ne fait rien sur la dépense publique), pourrait provoquer une récession – notre croissance étant à peine positive ces jours-ci – et un effondrement supplémentaire des recettes publiques (du fait d’une pression fiscale déjà trop élevée) : la réponse fiscale ne serait évidemment donc pas la panacée pour nous sortir de l’ornière.

A lire ensuite, Stéphane Germain : Politique économique: le choix des sophismes

Nous entrerions alors dans une spirale infernale de réduction de la dépense publique (sous contrainte de Bruxelles, et des acheteurs de dette française) amplifiant ladite récession, l’effondrement des services publics qui tenaient encore, un débordement total des forces de sécurité intérieure, avec l’apparition d’une violence acquisitive inégalée depuis la Révolution (je vole ce que je ne peux acheter)… Face à un tel scénario d’effondrement total de l’État français, la tentation serait grande de procrastiner, et de ne toujours rien faire s’agissant des dépenses publiques.
Ce qui n’a pas été fait progressivement en matière d’ajustement – sous Emmanuel Macron, la dépense publique n’a jamais baissé et demeure peu ou prou au même ratio rapporté au PIB qu’en 2017 – doit-il être réalisé en quelques mois, au risque de précipiter un effondrement tant redouté par les Français ? Est-ce qu’un gouvernement technique transpartisan n’est pas la meilleure opportunité pour restructurer notre État, puisque les politiciens ne se sont jamais saisis du sujet ? Nul ne le sait, mais nous n’avons probablement le choix qu’entre des solutions assez douloureuses et imparfaites pour les douze prochains mois. Le chaos qui s’annonce n’a finalement qu’une seule vertu. Il permettra de démontrer une fois de plus un adage bien connu : Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. Plus que jamais, un autre projet politique est non seulement nécessaire, mais possible…

Le nœud gordien

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Dernière crise avant l'apocalypse

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Grégory Doucet, l’Hidalgo de Lugdunum

À Lyon, la multiplication des pistes cyclables (et des embouteillages) inspire des « apéros de résistance » contre les « talibans verts » de la mairie…


D’abord capitale des Gaules puis cœur battant du commerce européen à la Renaissance, enfin berceau de l’industrie de la soie, Lyon est depuis l’avènement de Grégory Doucet la figure de proue des mobilités douces.

Le petit commerce pénalisé

Dérégler les feux tricolores, supprimer les grandes voies de circulation pour multiplier les pistes cyclables et faire traîner les travaux en longueur : telle est la politique retorse des talibans verts qui pourrissent la vie des Lyonnais. La ville est devenue un perpétuel chantier, sa rive gauche constamment embouteillée. La dernière lubie de la Mairie, en date du 13 mai, consiste à fermer à la circulation la rue Grenette, axe stratégique qui dessert la Presqu’île d’ouest en est, pour la réserver aux transports en commun et aux vélos.

A lire aussi : De quoi le Front républicain est-il le nom?

Les premières victimes sont les commerçants du centre-ville. Selon Lyon people, ils déplorent une perte de quelque 200 millions d’euros depuis l’élection de Grégory Doucet, 30 % de leur chiffre d’affaires. Les difficultés d’accès font fuir beaucoup de clients qui achètent dans les centres commerciaux ou en ligne.

La Résistance s’organise

Enfin, à bout de patience, les Lyonnais se rebiffent ! Riverains et commerçants se sont rassemblés dans le Collectif des défenseurs de Lyon pour organiser une série de « mâchons » ou « apéritifs de résistance citoyenne » au mois de juin. Les membres se sont réunis devant l’hôtel de ville lors de la tenue du dernier conseil municipal avant l’été. Une pétition en ligne contre la piétonnisation du cœur de Lyon a recueilli plus 5 000 signatures. Mais surtout, Me Mélanie Hamon, avocate en droit public, porte devant le tribunal administratif le recours de ces Lyonnais contre le projet de piétonnisation. Attaquant Ville et Métropole de Lyon, elle entend bien avoir gain de cause contre des transformations engagées sans étude préalable quant à leurs conséquences sur les habitants et les commerçants. Le maire sera peut-être obligé de mettre la pédale douce sur ses projets.

Maroc: le quart de siècle de Mohammed VI

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Le roi, qui vient de célébrer ses 60 ans, est monté sur le trône il y a un quart de siècle. Où va le Maroc ?


Vingt-troisième dynaste alaouite, Mohammed VI a eu la lourde tâche de succéder à son père Hassan II le 23 juillet 1999. Il était alors âgé de trente-cinq ans, un âge parfait pour accéder au trône, suffisamment jeune pour être dynamique tout en bénéficiant de l’expérience d’une petite vie d’homme.

Vingt-cinq ans plus tard, que retenir de son règne et de l’évolution des relations franco-marocaines ? Pays clé des équilibres méditerranéens et sahéliens français, le Maroc partage avec nous une riche histoire commune ainsi que des diasporas actives présentes dans les deux pays. L’élection récente de la députée « ciottiste » Hanane Mansouri, d’origine marocaine, en témoigne d’ailleurs : les liens unissant la France au Maroc sont plus complexes et plus profonds qu’on ne le croit parfois.

Un royaume à l’abri de l’islam politique ?

Pourtant, diverses incompréhensions mutuelles ont émaillé ces dernières années. Longtemps « acquise », la relation franco-marocaine a souffert de non-dits et de batailles d’influence préjudiciables. Nous aurions pourtant tout intérêt à entretenir ce partenariat fécond mais aussi essentiel pour notre vie géopolitique et économique. Pôle de stabilité au sein du monde méditerranéen et arabe, le Maroc affiche désormais un visage moderne et décomplexé.

Il a su d’ailleurs résister aux printemps arabes comme à la montée de l’islamisme politique. Fait inédit, les islamistes du Parti de la Justice et du développement ont été appelés au gouvernement et ont dirigé le pays pendant une décennie avant de quitter le pouvoir par le jeu électoral et démocratique, sans aucune violence. C’est le signe d’une nation résiliente et mature qui compte d’abord sur les indicateurs économiques et les réformes politiques.

A lire aussi : Donald Trump peut-il être vaincu par la « faiblesse » démocrate?

Afin d’éviter la gronde de la rue, le royaume chérifien a su aussi moderniser sa constitution en 2011, alignant progressivement ses institutions sur le modèle des monarchies parlementaires européennes, avec un plus large pouvoir exécutif accordé au roi qui est aussi le commandeur des croyants, de la même manière que nos rois étaient de « droits divins » sur l’idée de Saint-Paul que « toute autorité » émanait de Dieu lui-même. Les pouvoirs et la représentativité du chef du gouvernement marocain ont substantiellement augmenté. Les gouvernements sont désormais toujours issus de la formation politique ayant remporté les élections, ce qui a probablement évité les violences constatées par exemple en Tunisie.

Une diplomatie française tiraillée entre Alger et Rabat

Cette nature monarchique qui assure une continuité historique et garantit un arbitrage équilibré entre les tendances politiques est aussi sûrement ce qui fait parfois du Maroc un pays mal aimé par son voisin algérien et certaines oppositions de gauche en France. Parfois tiraillée entre Alger et Rabat, la diplomatie française semble aujourd’hui entendre de nouveau les bénéfices qu’elle peut tirer d’un apaisement et d’un renforcement des partenariats économiques, comme militaires ou encore religieux. En effet, la doctrine dite de « l’islam du milieu » a fait ses preuves en matière de déradicalisation et les coopérations sécuritaires ont conduit encore récemment à déjouer des attentats terroristes comme à arrêter le meneur du gang marseillais des Yodas (Félix Bingui, chef du gang Yoda, l’un des deux principaux clans du narcobanditisme de la ville, arrêté le 8 mars au Maroc).

Sur le plan des mœurs, la politique de la Moudawana a permis d’améliorer la place et les droits des femmes dans une société encore traditionnelle. Bref, les choses avancent et les vingt-cinq dernières années ont été le théâtre de profondes mais discrètes transformations d’un pays qui entend avoir une place pleine et entière dans le concert des nations modernes, ce que l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal ne dément pas. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents. Le PIB du Maroc est passé de 46,27 milliards $ en 1999 à 130,91 milliards $ en 2022. Une croissance de 183%. Sur la même période, le PIB par habitant a plus que doublé sur la période, passant de 1627 dollars à 3442 dollars en 2022. Il s’agit aussi du second pays le plus industrialisé d’Afrique, notamment dans le domaine automobile où Renault produit les modèles Dacia depuis la méga usine de Tanger.

Un pays très inégalitaire

Restent néanmoins des défis importants à relever. Si le nombre de Marocains vivant sous le seuil de pauvreté absolue a ainsi chuté, passant de 15,3% en 2000 à seulement 1,7 % en 2019, le Maroc reste frappé par les inégalités. Ainsi, les 10% de Marocains les plus aisés concentrent encore onze fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres. Le chômage des jeunes reste aussi important, entrainant notamment des départs vers l’Europe. Après avoir modernisé son pays et l’avoir doté d’une économie libérale ne dépendant pas des ressources naturelles, Mohammed VI semble vouloir placer la suite de son règne sous le signe d’une plus grande justice sociale. Et si le Maroc devenait le premier grand pays musulman à adhérer à la social-démocratie ?

A lire aussi : L’Occident décadent, et alors?

L’autre chantier se situe dans le cadre des relations internationales, singulièrement avec l’Algérie avec laquelle les rapports se sont dégradés considérablement ces cinq dernières années. Jouant la carte de l’équilibre entre signature des accords d’Abraham et aide humanitaire concrète aux Gazaouis, le Maroc a aussi le problème du Sahara à régler où la présence du Front Polisario complexifie tout. Son plan d’autonomie de 2007 est, selon de nombreux observateurs, une issue potentiellement positive qui entraînerait la reconnaissance de la souveraineté du royaume sur la région. La France ira-t-elle plus loin dans cet épineux dossier ? La question soulève en tout cas les passions.

Bravo l’Artiste!

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Répondant aux questions énamourées de Nathalie Iannetta et de Thomas Sotto, mardi soir sur France 2, le chef de l’État nous a fait comprendre que l’on avait tort de se plaindre de ne pas avoir de Premier ministre, alors que l’on devrait plutôt se réjouir: la France ne s’apprête-t-elle pas à figurer dans le top 5 des nations les plus titrées aux JO?


Il n’y a plus d’opinion politique qui tienne, tout le monde est pétri d’admiration devant le numéro qu’Emmanuel Macron nous a offert ce mardi 23 juillet à 20h. Il devrait rester dans les annales des Jeux olympiques des plus grands rétablissements acrobatiques de plantages politiques !

Je vous ai compris !

En l’occurrence, Jupiter a cédé sa place à Zeus au sein de l’hexagone. Après une explication distanciée de la situation politique française, et après s’être félicité d’avoir pris la décision qu’il convenait en dissolvant l’Assemblée nationale, le président nous a dit ô combien il comprenait les Français d’avoir été frustrés par une justice inefficace et insuffisante, et également par le non-contrôle de l’immigration. Une telle perspicacité nous a laissés pantois. 

Les deux figurants journalistes, souriants et émerveillés, ont tenté de demander si ce nouveau rôle ne lui semblait pas un peu étrange, et s’il était conscient que les Français ne lui témoignaient pas l’affection qu’il aurait pu souhaiter ? Qu’en termes galants ces choses-là étaient dites… on était dans une ambiance sérieuse, mais pas vraiment grave. À voir la mine réjouie des protagonistes, on s’attendait ensuite à ce que l’entretien enchaine rapidement sur des bacchanales et des festivités autrement plus gaies ! Que nenni, répliquait notre nouveau président, très à l’aise dans sa nouvelle fonction, beaucoup plus haute dans les cieux, comme garant des institutions : il avait sagement permis au peuple de s’exprimer pour élire une nouvelle Assemblée, et maintenant que les trois blocs souhaités par son peuple se débrouillent et travaillent entre eux ; après peut-être acceptera-t-il de nommer un Premier ministre, après les Jeux… 

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Le président a prononcé environ 30 fois le terme de responsabilité, il a « pris ses responsabilités » les autres doivent prendre leurs « responsabilités », il agit « en responsabilité »… et j’en passe ! tous responsables, tous coupables, mais… pas lui. Qu’on ne s’inquiète pas, on pourra compter sur lui jusqu’au bout de son mandat, car il nous faut un sage et nous l’avons… d’ailleurs, après avoir constitué un mur de boucliers d’airain contre le RN, il nous explique dans sa grande sagesse que tous les élus sont égaux – forcement 12 millions d’électeurs ça impressionne – et qu’il est temps de venir à leur secours. Honteux, ajoute-t-il, de ne pas leur donner de postes et de ne pas leur serrer la main à l’Assemblée nationale… Et pendant ce temps, toute la soirée on se repassait en boucle Agnès Pannier-Runacher qui avait refusé elle aussi sa blanche main au jeunot du RN (qui lui, pourtant, ne bourrait pas les urnes).

Pause festive estivale

Et puis l’heure fut finalement à la fête, à la joie ! Zeus a organisé les plus beaux Jeux olympiques de la planète, complètement bio, et la plus grande parade de tous les temps sur la Seine. Il remercie les exécutants. Et Céline Dion qui ne vient rien que pour lui, mais il ne nous dit pas si elle chantera ou si elle est là juste pour faire plaisir à Brigitte… il garde le secret, le coquin ! Et il parait qu’il nous réserve bien d’autres surprises. 

Sophie de Menthon © SdM

C’était un grand moment de télévision, le président avait un sourire éclatant, les yeux brillants de satisfaction, les yeux bleus assortis à son costume, et il ne dissimulait pas sa joie communicante… mais comment a-t-on pu se laisser aller comme cela à la déprime ?!  Incroyable : nous sommes incapables de nous réjouir de ce qui nous arrive. La liberté redonnée de nos choix politiques, un happening permanent à l’Assemblée sous la protection du dieu de l’Olympe et enfin panem et circenses (bon pour le pain, on attendra un peu). La sécurité ? On a tout bien fait ! Paris est désert, et les grillages nous protègent le long des rues et des quais (on ne peut même plus relever les poubelles, c’est dire si cela découragera les terroristes d’aller commettre des attentats). Au passage, Emmanuel Macron nous rappelle que le chômage, personne n’en parle plus, parce qu’il a réglé le problème, et que de plus tout ce pognon de dingue qu’on a dépensé pour les Jeux olympiques va nous resservir au centuple dans les années à venir… 

Alors, oui, j’ai honte de ne pas avoir compris que le nirvana était là, à ma portée, ces derniers temps, et que je suis juste une grincheuse ! Que la fête commence !

“Longlegs”: préparez-vous au grand flip de l’été!

Grâce au cinéma américain, pas besoin de clim’ pour frissonner cet été. Excellente surprise que ce thriller démoniaque multiréférentiel, au ton outrageusement vintage, tantôt « seventies », tantôt « nineties », et au traitement hyper formaliste et esthétisant qui risque toutefois d’en décontenancer plus d’un… Vous êtes prévenus !


Cage sous influence(s)

Co-produit par l’inclassable et protéiforme Nick « Fury » Cage qui incarne ici un psycho-killer grimé, siliconé et saupoudré absolument terrifiant (le fameux « Longlegs » du titre, alias « Jambes-longues ») que l’on n’est pas prêts d’oublier, ce thriller indépendant (produit par la petite boîte Neon pour 9 millions de dollars) en forme de jeu de pistes diabolique est l’œuvre d’Oz Perkins, le fils de l’immense Anthony Perkins, inoubliable Norman Bates dans le Psychose d’Hitchcock, le maître du suspense auquel on pense évidemment beaucoup ici, au milieu de quantité d’autres influences. Citons pêle-mêle Le Sixième Sens (Manhunter) de Michael Mann, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Cure de Kiyoshi Kurosawa, The Cell de Tarsem Singh, The Pledge de Sean Penn, Seven et Zodiac de David Fincher, Prisoners de Denis Villeneuve, Heredity d’Ari Aster, Black Phone de Scott Derrickson, sans oublier une atmosphère globale vénéneuse et cotonneuse très lynchéenne… Et bien d’autres références encore. 


Mais le film possède heureusement sa propre personnalité et affiche un tempérament plutôt radical et, disons-le, complètement désarçonnant ! Précisons que pour ce rôle, Nicolas Cage s’est inspiré de sa propre mère, décédée récemment à l’âge de 85 ans, victime hélas de sérieux troubles schizophréniques et identitaires durant toute sa vie. « Elle a été en proie à la maladie mentale pendant la majeure partie de mon enfance, précise l’acteur oscarisé pour Leaving Las Vegas, et a été placée en institution pendant des années en subissant des traitements de choc. Le plus dur était d’aller lui rendre visite dans les institutions notamment pendant mes jeunes années. Parfois, elle oubliait tout ce qui avait pu arriver – que son père était mort ou que j’étais devenu acteur. » 

Atmosphère diabolique 

On suit dans cet authentique cauchemar pelliculé l’enquête chaotique et on ne peut plus glauque que mène une jeune profileuse du FBI dotée de pouvoirs médiumniques (impressionnante Maika Monroe/ agent Lee Harker en petite sœur de Jodie Foster/ agent Clarice Starling) dans une Amérique profonde banlieusarde triste à mourir dont l’insignifiance charrie une terreur de tous les instants. Cette « inquiétante étrangeté », comme disait Freud, est renforcée par les hallucinants partis pris de cadrages et de mise en scène décidés par notre réalisateur « arty ». Plans fixes, grands angles, lents travellings, mais surtout insertion systématique de « cadres dans le cadre » qui obligent le spectateur à scruter l’arrière champ en permanence afin d’y trouver un indice caché ou distinguer une ombre qui bouge anormalement dans un décor pourtant paisible et familier (le salon d’une maison, la pelouse enneigée d’une propriété, la bibliothèque du FBI…).

A lire aussi, du même auteur: Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

Toute l’enquête est filmée du point de vue de la jeune héroïne aux méthodes hétérodoxes, dont on comprend vite qu’elle se situe dans un état second, comme shootée et sous médocs, suite à une enfance compliquée avec sa mère bigote et modeste qui l’a élevée seule. Lee Harker vient épauler un responsable du FBI de l’Oregon qui tente de mettre la main sur un serial-killer suspecté de massacrer des familles depuis le début des années 70 sans laisser aucune trace derrière lui, à l’exception de lettres avec messages codés et cabalistiques, évoquant évidemment le Zodiac de Fincher.

Plus l’investigation progresse, plus l’on comprend que Lee Harker entretient, à son insu, un lien trouble et pervers avec le tueur, l’obligeant à replonger dans les affres et les traumas de son enfance… Il ne faut évidemment pas aller plus loin dans la divulgation du récit, mais contentons-nous de noter et de nous délecter de la fascination que nourrissent les réalisateurs américains pour l’incroyable période-charnière fin 60’s-début 70’s, point de bascule de l’Amérique vers les ténèbres de la violence et de l’irrationalité suite notamment à l’enlisement au Vietnam, aux meurtres politiques, à la radicalisation de la société dans le sillage notamment de l’horrible meurtre de Sharon Tate par la « Manson family » (été 1969), clairement évoqué ici… Un trauma (à la fois fascinant, obsessionnel et répulsif) pour toute une génération de cinéphiles que s’était également approprié avec brio Quentin Tarantino dans sa démonstration métaphorique de la grande bascule américaine avec son excellent Once Upon a Time in Hollywood (2019)… tout en nous gratifiant au passage d’une relecture fantasmatique du carnage de Ciello Drive (la fameuse et funeste nuit du 9 août 1969) qui avait en son temps déchaîné les polémiques et propos outranciers contre l’auteur de Reservoir Dogs… 

L’Amérique des délaissés

Au-delà du passionnant versant occultiste et satanique de l’énigme (accrochez-vous bien pour le dernier quart d’heure… vous ne verrez plus jamais des poupées de cire de la même façon !), l’exploration sociologique et topographique de cette Amérique profonde, délaissée et marginale, peuplée de mères célibataires élevant seules leurs enfants et « que personne ne vient jamais voir », ou de simples d’esprit en plein désarroi dans des villages loin de tout, se raccrochant à la religion chrétienne (bientôt dévoyée et extrémisée), s’avère profondément touchante et transmet une réelle émotion. 
Le mal radical et contagieux peut ainsi naître de la solitude extrême, comme l’a démontré dans nos contrées un auteur comme Maupassant avec ses recueils de contes d’angoisse: « C’est la solitude qui engendre les monstres »… 
On pourra toutefois regretter dans le film quelques plans symboliques parfois lourdement appuyés (la vision infernale, résumée par ces nœuds de serpents se mouvant dans le sang impur des suppliciés, par exemple), mais Longlegs possède un insidieux pouvoir hypnotique et aura pour effet de vous dévorer le cerveau pendant plusieurs jours après la projection… D’autant que la fin suffisamment ouverte et totalement imprévisible laisse place à une hypothétique suite que les excellents chiffres actuels de démarrage en salles devraient sous peu placer sur de bons rails. Les rails d’un train fantôme, conduit par Satan himself !

1h41

Voir et revoir Pagnol, Visconti, Truffaut

Comme chaque été, les films nouveaux et de qualité se font plutôt rares dans les salles jusqu’à la rentrée de septembre. Heureusement, le patrimoine est là… bien vivant ! Cet été dans nos salles, rétrospectives de 10 films de Marcel Pagnol, 4 de Luchino Visconti et 5 de François Truffaut…


Marcel, l’empereur

« Marcel Pagnol, 50 ans : rétrospective en dix films », en salles à partir du 24 juillet

Quoi de neuf ? Pagnol encore et toujours ! À partir du 24 juillet et partout en France, pas moins de dix chefs-d’œuvre seront à l’affiche. De Marius (1931, officiellement réalisé par Alexandre Korda) jusqu’à Topaze (1951), on pourra voir et revoir des films exceptionnels, superbement écrits et réalisés, portés par des distributions épatantes composées notamment de « cabots » de génie tels Raimu et Fernandel. Difficile vraiment de choisir dans ce florilège. Passons donc en revue ces dix pépites.

La fameuse trilogie marseillaise d’abord : Marius, Fanny, César. Lorsque Pagnol adapte sa pièce Marius pour la porter à l’écran, le cinéma parlant est encore balbutiant. Sur le tournage, un ingénieur du son américain ose dire que la voix de Raimu ne passe pas et que le son est inaudible. Pagnol laisse passer un ange plutôt que de lui passer un savon – ses colères sont homériques. Au-delà du pittoresque marseillais auquel le film a été rattaché, affiches de Dubout aidant, Marius, comme les deux autres volets qui suivront, vaut bien mieux que cela. Sous les rires, l’accent, les galéjades et même le jeu atroce d’Orane Demazis dans le rôle de Fanny, il se déroule autre chose : les liens d’un père avec son fils et l’émancipation plus ou moins réussie de ce dernier. Cette trilogie n’est rien de moins qu’un classique du cinéma français.

A lire aussi : Un « Joe » prolo, raciste, homophobe, milicien et antigauchiste!

Tourné durant la même période, en 1933, Jofroi reste trop méconnu. Ce cycle le remet en lumière pour notre plus grand bonheur. C’est la première fois que Pagnol adapte Giono au grand écran, en l’occurrence une nouvelle, « Jofroi de la Maussan », publiée l’année précédente dans Solitude de la pitié. Superbe drame paysan, le film est également l’annonce du néoréalisme quand il utilise décors naturels, son direct et caméra « légère » et mobile, bien avant la Nouvelle Vague.

Avec Le Schpountz, en 1938, Pagnol offre à Fernandel l’un de ses rôles les plus jubilatoires. L’acteur est parfait dans les habits d’un benêt intégral qui se fait berner par des artistes parisiens au mépris facile. Le tout est tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée sur le tournage d’un précédent film de Pagnol, le magnifique Angèle, également au programme cet été.

Réalisé en 1934, Angèle est une nouvelle adaptation de Giono, en l’occurrence le roman Un de Baumugnes. Fernandel y tient le premier rôle, celui de Saturnin, un valet de ferme, aux côtés des formidables Henri Poupon et Jean Servais. Une fois encore, la magie de Pagnol opère pour raconter ce drame rural sur fond de fille « perdue » et de père intraitable.

Dans La Femme du boulanger, chef-d’œuvre incontestable, Raimu incarne avec génie un cocu « dans le pétrin ». Pagnol réussit la prouesse de faire rire et sourire, sans jamais perdre de vue le tragique de la situation qu’il décrit. Dialogues ciselés, tirades devenues mythiques et distribution au niveau : rien ne manque.

Fanny, second volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol. D.R

La Fille du puisatier, en raison même de son année de tournage (1940) a des allures de film sinon maudit, du moins bricolé, contraint de coller à l’actualité mouvementée de cette période. Mais l’essentiel est ailleurs, dans un quatuor d’acteurs étincelants qui portent le film de bout en bout : Raimu, Fernandel, Josette Day et Charpin.

Restent deux films et non des moindres : Regain (1934) et Topaze (1951). Le premier est l’adaptation du roman éponyme de Jean Giono. On y retrouve Fernandel, mais dans un rôle moins sympathique et débonnaire que d’habitude, celui d’un rémouleur accompagné d’une femme qu’il maltraite. Comme souvent chez Pagnol, le film vaut aussi pour ses savoureux seconds rôles qu’incarnent ici Henri Poupon, Charles Blavette, Milly Mathis, Robert Vattier et, dans un rôle de brigadier, le futur proscrit de la Libération, Robert Le Vigan. Quant à Topaze, même si on peut lui préférer la version de 1936, plus sombre, c’est bel et bien l’un des rôles majeurs de Fernandel.

Voir et revoir Pagnol demeure un enchantement !


Luchino, le prince

« Le XIXe de Visconti », en salles à partir du 31 juillet

©Les Acacias

Sous le titre « Le XIXe de Visconti », on peut cet été découvrir ou redécouvrir quatre immenses films du cinéaste italien : Le Guépard, Senso, Ludwig ou le Crépuscule des dieux et L’Innocent. Quatre œuvres « historiques » qui ressuscitent ce XIXe siècle qui fascinait Visconti, pétri de cette obsession proustienne du temps qui passe, du changement d’époque, du déclin de la noblesse. De 1954 (Senso) à 1978 (L’Innocent), soit l’ultime film du cinéaste, ce sont des fresques mélancoliques en forme d’opéras baroques aux distributions impressionnantes : Delon, Cardinale, Lancaster, Valli, Schneider, Berger, Antonelli et tant d’autres encore. Il faut notamment se replonger dans les trois heures du Guépard, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963, et tournant dans la carrière du cinéaste qui, dès lors, sera moins sensible aux questions sociales.

©Les Acacias

François, le dandy

« Cinq héroïnes de François Truffaut (partie 1) », en salles à partir du 7 août

© Carlotta Films

Comme l’indique son titre, ce cycle est consacré aux muses du réalisateur de La Peau douce. Dans un premier temps, on pourra ainsi savourer trois films : Deux Anglaises et le Continent, La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! On ne saurait trop recommander le premier, « grand film malade » selon l’expression même de Truffaut, qui permet à Jean-Pierre Léaud de quitter l’encombrant personnage d’Antoine Doinel. Mais les deux autres donnent l’occasion de voir combien Truffaut a su tirer parti des multiples facettes du talent de Fanny Ardant. Alors que les deux films sont à l’opposé (un terrible drame romantique pour l’un, un polar joyeux pour l’autre) La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! laissent éclater l’incroyable séduction de l’actrice, son charme et son mystère. On reste sans voix devant ces deux personnages qu’incarne Fanny Ardant avec la même conviction, le même allant, la même grâce. Rarement Truffaut, le cinéaste qui aimait les femmes, aura trouvé une interprète en aussi parfaite adéquation avec son univers, ses fantasmes et ses obsessions.

Pour regarder les bandes-annonces de La femme d’à côté, et Deux Anglaises et le Continent :

Donald Trump peut-il être vaincu par la « faiblesse » démocrate?

Le camp républicain a déjà commencé à attaquer Mme Harris, notamment sur ses origines… Analyse.


Joe Biden a enfin jeté l’éponge. Il a mis du temps, mais c’est fait. Normalement, la vice-présidente Kamala Harris est appelée à prendre la relève mais il n’est pas impossible que le camp démocrate veuille un autre candidat qu’elle pour affronter Trump. Cette rupture serait toutefois un affront, encore un, pour Joe Biden qui verrait ainsi battu en brèche son choix initial. Même s’il avait tout fait pour la maintenir dans un rôle discret et subalterne, malgré ces derniers temps quelques interventions et apparitions plus marquantes. Comme si elle se trouvait déjà dans un entre-deux, entre le possible maintien de Joe Biden et l’indiscutable fragilité de ce dernier.

A lire aussi : La révérence de Joe Biden: une campagne historique s’annonce

Il semble toutefois qu’un certain nombre de facteurs rendent au moins incertaines les prévisions : la décision courageuse de Joe Biden, la détermination immédiate de Kamala Harris adoubée sur-le-champ par le président défaillant, la certitude du camp démocrate que pour gagner les atermoiements n’étaient plus possibles, l’impression paradoxale que, pour être le favori, Donald Trump allait devoir se confronter cependant à une adversaire démocrate singulière, une femme le contraignant à moins de violence personnelle avec un bilan suffisamment réduit pour ne pas être exclusivement à charge. Donc la moins adaptée à son style de campagne à l’emporte-pièce et familièrement populiste. Kamala Harris, pour l’heure, est à la recherche d’un colistier lui permettant d’élargir le champ de son influence et de « couvrir » des États penchant plutôt pour l’instant vers Donald Trump ou, au moins, en proie au doute et aux hésitations. Ce choix n’est jamais facile et on ne peut s’y livrer à la légère, le futur couple démocrate étant censé s’appuyer sur les forces et les atouts de chacun.

La cause démocrate peut-elle renaître de ses cendres ?

L’injonction volontariste de Kamala Harris martelant qu’elle allait battre Donald Trump sera fragilisée par la recherche, dans le clan de celui-ci, de tout ce qui va pouvoir l’affaiblir. Le vice-président choisi par Donald Trump a d’ailleurs commencé en questionnant la légitimité de Kamala Harris et ses origines. Malgré cela qui relève du processus habituel, je me demande si, plus profondément, l’apparente faiblesse objective de la cause démocrate n’allait pas constituer, comme souvent dans ce type de crises, une opportunité de sursaut amplifiée par une double donnée. La première étant, pour une majorité d’Américains, au-delà des animosités partisanes et des moqueries lassantes sur l’âge de Joe Biden, l’excellent bilan de ce dernier sur le plan économique et social ainsi que la pertinence jamais prise en défaut de sa vision internationale. La seconde liée au passif de la personnalité de Donald Trump, à ses ennuis judiciaires et au fait que, pour être atypique et admirée par le camp républicain, sa personnalité n’enthousiasme pas forcément TOUS ses partisans et aussi la masse de ceux qui n’ont pas encore tranché.

Pour me résumer, les jeux ne sont pas faits et il n’est pas impossible qu’on se retrouve, pour ces futures élections américaines, face à ce que la vie offre dans beaucoup de ses registres les plus divers : la stupéfiante force, en définitive, d’une faiblesse se muant en arme.

Le Mur des cons

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Il y a 30 ans, l’attentat de l’Amia à Buenos Aires

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La cérémonie du 30ᵉ anniversaire de l'attentat de l'AMIA, le 18 juillet 2024 à Buenos Aires © Esteban Osorio/Sipa USA/SIPA

Le 18 juillet 1994, une voiture piégée vise un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l’Association mutuelle israélite argentine. Depuis, l’Iran est toujours parvenu à échapper aux poursuites, et continue à tisser sa toile et à développer son influence en Amérique du Sud.


Buenos Aires, 18 juillet 2024. Comme chaque année une sirène hurle dans la ville à 9h53 rappelant l’acte terroriste le plus grave de l’histoire du pays. Le 18 juillet 1994, un camion piégé avait provoqué 85 morts et 300 blessés. L’attentat visait le bâtiment de l’Amia, une organisation analogue au FSJU en France. C’était aussi, depuis la Shoah, le plus grand massacre de Juifs avant celui du 7 octobre 2023. 

Il est survenu quelques mois après la signature des accords d’Oslo, une période où la paix au Moyen-Orient semblait proche. Une preuve de plus que les terroristes n’agissent pas par désespoir mais avec un projet politique.

Cette année, la cérémonie a une autre ampleur que d’habitude. C’est le 30e anniversaire, le président Javier Milei est au premier rang entouré de son gouvernement et des présidents d’Uruguay et du Paraguay. On sait que la vérité sur l’attentat lui importe, des attentats, faudrait-il dire, car celui qui avait frappé l’Ambassade d’Israël, en 1992, entrainant 29 morts, n’a jamais été résolu non plus. 

Une affaire qui embarrasse la justice et le pouvoir argentins depuis des décennies

Il n’a pas manqué de malins, à l’époque, pour prétendre que c’étaient des Juifs qui, à l’instigation d’Israël et des États-Unis, avaient commis ces crimes pour pouvoir en accuser les musulmans, mais depuis trente ans tous les regards étaient tournés vers un seul commanditaire, l’Iran avec le Hezbollah comme opérateur. En avril 2024, pour la première fois, la Cour de cassation argentine a accusé l’Iran d’avoir perpétré un crime contre l’humanité ; en mai, il y a trois mois, la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme a accusé la justice argentine d’avoir entravé la découverte de la vérité. Le président de l’Amia n’a pas mâché ses mots :  « Trente ans que l’État argentin détourne le regard, accumulant retards et erreurs ».

Ces trente ans de faux-fuyants méritent d’être rappelés, tant ils dévoilent un système politique démocratique mais dévoyé. Entre 1989 et  1999, donc à l’époque de l’attentat, le président était Carlos Menem, un péroniste de droite, ultra-libéral, bon vivant, proche des États-Unis, cherchant à apaiser les conflits plutôt que de les aiguiser, de façon à mieux mener des affaires personnelles pour lesquelles il a été à plusieurs reprises accusé et parfois condamné pour corruption, tout en restant protégé par son immunité parlementaire de sénateur. Musulman d’origine libanaise, converti au christianisme pour faciliter sa carrière politique, il fut le premier président argentin à visiter Israël. Ayant rompu un contrat nucléaire avec l’Iran, il a prétendu que le Hezbollah avait assassiné l’un de ses fils. D’un autre côté, parmi ses amis proches, il y avait un homme d’affaires syrien qui aurait acheté le camion piégé et qui était en lien avec des employés particulièrement suspects de l’Ambassade iranienne. Une machination s’organisa pour ne pas poursuivre cette piste. Elle impliquait le premier juge chargé de l’enquête et les services secrets argentins. Des années plus tard, des fonctionnaires furent condamnés pour obstruction à la justice. Menem, lui, fut relaxé. Il est difficile néanmoins d’imaginer qu’il n’ait pas interféré avec le processus judiciaire qui fut détourné et bloqué dès sa présidence. Le motif pourrait en être la corruption ou le désir de protéger ses amis plus que l’idéologie…

A lire aussi : La révérence de Joe Biden: une campagne historique s’annonce

Nestor Kirchner est devenu président en 2003. C’était aussi un péroniste, mais de gauche et cette orientation s’est accentuée avec son épouse Cristina, qui lui a succédé de 2007 à 2015, et a de fait continué de diriger le pays de 2019 à 2023 en tant que vice-présidente de l’insignifiant Alberto Rodriguez, un homme qui se disait convaincu de la culpabilité de l’Iran dans l’attentat tant qu’il n’était pas président et qui, une fois qu’il le devint, prétendit qu’il n’y avait aucune preuve de cette culpabilité…

Entre 2015 à 2019, le président Mauricio Macri ne parvint pas à sortir l’Argentine de son marasme économique et les péronistes, appelés justicialistes, reprirent le pouvoir. Macri est aujourd’hui, comme son cousin le maire de Buenos Aires, l’allié de Javier Milei, ce président atypique, ami d’Israël, qui fait subir à son pays une thérapie de choc aux résultats encore incertains.

De plus en plus engagée dans la mouvance antiimpérialiste, Cristina Kirchner, conseillée par le Vénézuélien Hugo Chavez, chercha à renforcer les liens commerciaux avec l’Iran et à se débarrasser de cette épine du pied qu’était l’attentat contre l’Amia. Il en est résulté un protocole d’accord entre les deux pays (non ratifié ensuite par l’Iran et dénoncé par Macri), suivant lequel, entre autres, les interrogatoires s’effectueraient en Iran même avec une coopération des deux pays à la « recherche de la vérité ». On croit rêver en lisant que l’Iran était supposé aider à l’enquête !

Ce protocole brillant, dont le maitre d’œuvre du côté argentin était le Ministre des Affaires Étrangères Hector Timmerman, fils d’un militant juif célèbre, emprisonné à l’époque de la dictature, souleva l’indignation de la grande majorité des Juifs d’Argentine. Ils le prirent pour une trahison visant à exonérer les Iraniens suspects d’avoir organisé l’attentat, tels Ahmed Vahidi, aujourd’hui ministre de l’Intérieur d’Iran, un des hommes les plus puissants du pays, et à leur éviter les mandats d’arrêt internationaux émis par l’Interpol.

A lire aussi : J.D. Vance: de la «white trash» à la White house?

Cette accusation fut développée par le procureur Alberto Nisman, en charge du dossier de l’Amia, qui déposa plainte contre Cristina Kirchner pour avoir organisé l’impunité des Iraniens. La veille de son témoignage à la Chambre des Députés, alors que comme par hasard, les dix policiers chargés de sa sécurité ne sont pas à leur poste, il est retrouvé mort, une balle dans la tête. C’était en janvier 2015, il y aura bientôt dix ans. L’enquête a confirmé en 2017 qu’il s’agissait bien d’un assassinat et non d’un suicide comme les milieux proches de la présidente le prétendaient. En 2023, la Cour de cassation a annulé l’acquittement dont avait bénéficié Cristina Kirchner à ce sujet. Reste à voir si celle-ci, qui fait face en outre à plusieurs accusations de corruption, sera jugée, mais Nisman, qui était Juif, a bien été la 86e victime de l’attentat contre l’Amia.

Une Amérique du Sud assez largement opposée à Israël

Pour comprendre ce fait invraisemblable que la mise en cause de l’Iran, qui paraissait évidente dès les premiers jours de l’attentat, ait pu être esquivée pendant trente ans, il faut tenir compte de trois caractéristiques de l’Argentine qu’on ne peut qu’esquisser ici.

  1. L’Argentine, qui fut longtemps considérée comme un pays de cocagne, et dont l’évolution économique aurait pu être aussi brillante que celle des États-Unis, a été la victime de ses dirigeants politiques. Même lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir par la voie des urnes, ceux-ci ont très souvent choisi une politique de court terme et le péronisme est le symbole de ce système. Sous couvert de redistribution des richesses, il a affaibli le pays, il a renforcé le clientélisme, la corruption et la polarisation contre des boucs émissaires dont les États-Unis sont évidemment l’archétype. Qui s’oppose aux États-Unis s’oppose à Israël, et n’a pas de prévention contre une alliance avec le régime des mollahs iraniens, ennemi de l’un et de l’autre.
  1. Il existe en Amérique du Sud une très importante diaspora syro-libanaise. Une partie, notamment au Brésil, majoritairement chrétienne, est installée déjà depuis le XIXe siècle. Une autre partie est chiite. Un récent article de l’expert du FDD, Emmanuelle Ottolenghi, attire l’attention sur l’activisme de cette communauté au Brésil. Ces musulmans chiites sont volontiers installés dans des zones où circulent armes et trafics en tous genres, comme la triple frontière entre Argentine, Brésil et Paraguay. Ils sont un milieu de propagande privilégié pour le Hezbollah1
  1. L’Amérique latine, et l’Argentine de Peron en particulier, a été la destination favorite des nazis en cavale après la guerre. Leur antisémitisme, leur négationnisme, leur totalitarisme se sont souvent colorés d’un agenda anti-impérialiste qui les a rendus très digestibles par certains militants ou dirigeants populistes. Pour ne parler que d’un récent passé, Chavez a eu longtemps pour proche conseiller, certains disent pour gourou, le nazi d’extrême gauche Norberto Ceresole et les Kirchner étaient liés à un activiste social bien connu en Argentine, Luis d’Elia, antisémite fanatique, négationniste et grand admirateur de l’Iran.

Ainsi se vérifie l’affinité potentielle d’une sensibilité sociale avec pouvoir charismatique totalitaire, anti-impérialisme et antisémitisme débridé. Toute comparaison avec le chemin que suit aujourd’hui le président de LFI en France n’engage que celui qui la fait…..


  1. A ce sujet on peut relire ici l’analyse de Renée Fregosi L’Amérique latine du «Sud global» contre Israël NDLR ↩︎

L’étrange militantisme de Mme Samra Seddik, sage-femme

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Samra Seddik, sage femme "engagée"... Capture YouTube.

Après un premier article consacré au Dr Nour El Iman Kaddouri, co-fondatrice de l’OMAS, nous continuons notre exploration de ces soignants qui diffusent l’idéologie frériste. Toute aussi inquiétante: Mme Samra Seddik, sage-femme et présidente d’une association proche des Frères Musulmans, marrainée par l’animatrice Sidonie Bonnec…


Dans un précédent article, nous avions abordé le sujet de l’OMAS (l’Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé) ; une association médicale spécialisée dans le lobbying frériste, qui dispose d’antennes dans plusieurs facultés de médecine de France, qui milite notamment pour que les infirmières soient voilées et que les patientes soient soignées par des femmes. 

L’OMAS organise régulièrement des sessions de formation, à destination d’étudiants musulmans, à l’aide de conférenciers qui sont des professionnels de santé agréés par l’État. Parmi eux, une sage-femme : Mme Samra Seddik, qui partage son activité de sage-femme libérale entre Saint-Germain-Lès-Corbeil (91) et Vigneux-sur-Seine (91).

Une soignante très présente, mais pas seulement auprès de ses patients

Le compte Instagram de Samra Seddik, aux 13,3 K followers, regorge d’informations précieuses pour qui s’intéresse à l’influence frériste dans le domaine de la santé. Très active sur son réseau social, Mme Seddik diffuse l’agenda de ses interventions médiatiques : outre une intervention sur la radio France Bleu Paris aux côtés du Dr Jimmy Mohamed, nous retrouvons des lives « Ramadan, grossesse et allaitement » avec les théologiennes Oustedha Asmahane et Ismahene Bouzidi, membres du Conseil Théologique Musulman de France (le CTMF), dont le bureau est composé de plusieurs responsables de la branche française des Frères Musulmans ; un live avec Zina Hamzaoui, sage-femme de Molenbeek et chroniqueuse pour la station  de radio belge AraBel FM, organe de propagande des Frères Musulmans tunisiens ; une « Medical Masterclass » avec le Dr Lyna Chami, psychiatre au CHRU de Tours et membre de l’OMAS ; un live, bien sûr, avec le Dr Nour El Iman Kaddouri, médecin généraliste dans le Nord et co-fondatrice de l’OMAS ; deux conférences au Centre Islamique de Villeneuve-d’Ascq (le CIV), dont l’écrivain Mohamed Louizi avait sonné l’alerte1 en prévenant qu’il s’agissait d’une vitrine française des Frères Musulmans ; un live, aussi, avec la psychologue Meriem Saghrouni dont le père, Mohamed-Taïeb Saghrouni, mémoire active du courant qotbiste, est un haut responsable des Frères Musulmans dans la région lilloise et se dit favorable au « djihad armé »2

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Populiste, la dernière injure à la mode

Dans une interview3, Samra Saddik indique être membre bénévole de l’association A2S (Avenir Santé Solidarité), où elle participerait à des projets audiovisuels. Après enquête, cette association – cofondée par M. Yasser Malek, salarié d’AstraZeneca et par le Dr Jad Kamel, cardiologue à Bondy (93) – s’avère être effectivement à la tête d’un programme télévisuel sur la chaîne Oumma TV, média qualifié à plusieurs reprises d’islamiste ; dans cette émission, Samra Seddik est intervenue pour participer à des chroniques telles que « Grossesse et Ramadan » ou « Le jeûne et l’allaitement ». 

Sur son compte Doctolib, Samra Seddik affiche son appétence pour l’étude du champ mental de la femme (avec un D.U en Psychiatrie Périnatale et un D.I.U en Psychopérinatalité). Chercheuse au CNRS et spécialiste du frérisme, le Dr Bergeaud-Blackler met régulièrement en garde sur l’« emprise mentale et psychique que les Frères Musulmans cherchent à exercer »4. À nos autorités de santé de déterminer si la vulnérabilité psychique de la femme enceinte – ou la vulnérabilité psychique d’une femme qui serait endeuillée par des avortements induits ou spontanés, ou confrontée à une hypofertilité – est compatible avec une prise en charge médicale menée par des professionnels de santé qui adhèrent et évoluent dans les réseaux des Frères Musulmans. 

Radicalisation après les attaques islamistes en Israël

Avec les attentats terroristes du 7 octobre, le ton se durcit sur les réseaux sociaux de la sage-femme.  

Samra Seddik se filme en conduisant (« J’en profite, entre deux visites à domicile ») ou dans son cabinet médical : nous constatons qu’elle arbore un keffieh et un pendentif aux couleurs du drapeau palestinien sur son temps d’exercice professionnel. Par ses vidéos ou ses publications, elle livre publiquement ses impressions sur le conflit qui se joue sur la bande de Gaza ; à ses 13,3 K followers, elle relaie des brèves d’actualités d’Al-Jazeera (proche, notamment, des Frères Musulmans), de l’association Palmed (affiliée aux Frères Musulmans) ou de GazaNewsPlus (média francophone du Hamas). Sur les réseaux sociaux de ces soignants pro-palestiniens, nous découvrons l’espace préoccupant qu’ils occupent dans la désinformation médiatique de cette guerre. Sur le compte de la sage-femme, de nombreuses informations sont partiales, tronquées ou fausses. À titre d’exemple, elle partage la photo d’enfants gazaouis qui dorment dans la boue et commente : « Cette image me hante. Qu’ont fait ces enfants ? » ; une brève analyse suffit pourtant pour dire que cette image a été générée par de l’intelligence artificielle.  Dans une story, Benyamin Netanyahou est pris pour cible dans un appel au meurtre : « Netanyahu se rend aux States. Le port d’armes est libre là-bas. Des dohas. » (« supplications à Allah », en arabe). 

Capture Facebook

Prise en photo dans une manifestation pro-Palestine, Samra Seddik arbore une pancarte : « À Gaza, ils ont écrasé avec des bulldozers des femmes enceintes avec un drapeau blanc qui se dirigeaient à l’hôpital ». En épluchant la presse internationale, on apprend que cette information provient d’Al-Jazeera et que le média qatari The New Arab se dit être incapable d’en prouver l’authenticité5 ; l’AFP, de son côté, a bien recueilli une vidéo de bulldozers qui tourne sur les réseaux sociaux palestiniens… mais a démontré que cette vidéo, tournée en Égypte en 20136, provient d’une séquence d’affrontements violents entre le gouvernement égyptien et des partisans des Frères Musulmans lors du massacre de la place Rabia-el-Adouïa. Samra Seddik ferait donc la promotion des fake news d’Al-Jazeera dans des manifestations françaises.  

A lire aussi, Mohamed Louizi: Combattre l’islamisme d’atmosphère

L’originalité de la pensée de la sage-femme tient également dans son affirmation que « le vrai but [d’Israël] n’est pas de neutraliser le Hamas » mais qu’il s’agit d’une « guerre qui vise les bébés » ainsi que les soignants et le personnel humanitaire qui sont « visés délibérément ». Elle accuse Israël « de crime contre l’humanité » et d’être un « régime génocidaire » ; les soldats de Tsahal sont désignés comme des « barbares assoiffés de sang et de destruction », « des déséquilibrés à qui on a donné le pouvoir de tuer » ou bien encore « une armée de diaboliques ». Elle compare Mia Schem, une « otage blanche », aux enfants palestiniens « qui ne sont pas assez blancs » pour que le monde s’en préoccupe. Sur le sujet des otages, d’ailleurs, elle affirme qu’il n’y a aucune preuve des « violences faites soi-disant aux femmes le 7 octobre […] par contre les violences sexuelles contre des milliers de Palestiniennes sont bien réelles ». Fait inquiétant pour l’avenir, elle déclare : « On a été trop gentils en manif ! Trop pacifiques ! Trop dociles ! Ce n’est pas comme ça qu’on obtiendra gain de cause ! […] J’ai la haine ! » : et, en partageant la vidéo d’un enfant palestinien, prévient : « Dans quelques années, ne venez surtout pas nous demander de condamner lorsqu’il voudra se venger ». 

Samra Seddik est aussi la présidente de l’association « Un petit bagage d’amour », qui a participé à Fort Boyard en 2020

En 2016, Samra Seddik créé l’association « Un petit bagage d’amour » (UPBA) qui vient en aide aux jeunes mères précaires. Parmi les partenaires de l’association, se trouve le Secours Islamique de France (SIF) ; en 2022, le sénateur Pierre Charon alertait le gouvernement7 sur la dangerosité du SIF qui « a des liens avec le Hamas, le Hezbollah et les Frères Musulmans » et soutient « un programme d’islamisation en France ». 

Sur les réseaux d’UPBA, Samra Seddik poursuit sa cabale contre le privilège blanc. Dans une publication où elle tague Anne Hildalgo et Emmanuel Macron, elle dénonce un « racisme » d’État avec une « solidarité […] pour les réfugiés venus d’Ukraine » alors que « si vous êtes une maman venue d’Afrique, vous pouvez crever ». L’association de Samra Seddik bénéficie néanmoins d’un beau rayonnement médiatique, puisqu’elle reçoit le Prix Solidarités Version Fémina du JDD en 2023 ; avec sa marraine, l’animatrice Sidonie Bonnec, UPBA est même représentée dans l’émission Fort Boyard en 2020 par Élodie Gossuin, Sylvie Tellier, Mélanie Page, Carla Lazzari et Bruno Guillon. Grâce à cet effort participatif et aux subventions du contribuable octroyées à France Télévisions, Samra Seddik récolte la somme de 10 853€ pour le compte de son association. 

Fût un temps, « Un petit bagage d’amour » bénéficiait du parrainage de l’acteur Gérard Darmon ; la collaboration doit être suspendue depuis puisque Samra Seddik fustigeait l’acteur sur Instagram en avril dernier pour son soutien à Israël (« Gérard Darmon, en Israël, face aux soldats qui massacrent en ce moment des bébés ») en même temps qu’elle épinglait Michel Boujenah, Meyer Habib, Frank Tapiro… dont elle s’exclame que «[ces] personnes qui appellent au massacre des palestiniens n’ont même pas un rappel à l’ordre ». Elle évoque aussi l’« l’ivrogne Élisabeth Lévy qui est derrière [Causeur] » ainsi que « la haine » et « la noirceur de l’âme » de Véronique Genest. Que nos lecteurs qui soutiennent Israël se rassurent, ils ne sont pas oubliés par Samra Seddik qui affirme sur son LinkedIn que « les défenseurs d’Israël […] aujourd’hui ne sont que des malades mentaux ».  

Sur le site de l’association, on découvre que son local parisien se situe dans la crypte de l’église Saint-Sulpice (Paris, VIème) ; notamment grâce à l’appui du Père Henri de la Hougue, co-président d’un groupe d’amitiés islamo-chrétiennes. Il appartient à présent aux membres de cette association, à Sidonie Bonnec, au Père de la Hougue, aux fidèles de l’église Saint-Sulpice et aux catholiques du diocèse de Paris de déterminer si le soutien financier et logistique d’une association peut se faire au détriment d’une autre minorité ; si la présence de Mme Samra Seddik dans l’église de Saint-Sulpice honore l’image de l’Église et le travail entrepris par les amitiés judéo-chrétiennes depuis soixante ans ; et si des accointances fréristes peuvent être compatibles avec le message de l’Église dont, rappelons-le, les premiers bâtisseurs furent juifs. 

Pour conclure,  nous rappelons que le petit Kfir Bibas, kidnappé à l’âge de neuf mois par les terroristes du Hamas et absent de la compassion de Mme Seddik, demeure encore à ce jour le plus jeune otage du monde. En réponse à cette ignominie, un homme d’Église, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a proposé d’offrir sa vie aux djihadistes8 et de se substituer aux enfants otages israéliens (dont le petit Kfir) afin qu’ils puissent quitter l’enfer des geôles islamiques et qu’ils retrouvent – enfin – la sécurité des bras de leurs parents et le sol béni de leur Terre Promise.


  1. Louizi, Mohamed. « Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans », Éditions Michalon, 2016. ↩︎
  2. « La galaxie des Frères Musulmans en France », https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/FM/index.html, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  3. « Samra Seddik et son petit bagage d’amour », https://www.lallab.org/samra-seddik-et-son-petit-bagage-damour/, Consulté le 19 juillet 2024. ↩︎
  4. Cazes, Séverine et De Saint-Sauveur, Charles. « Influence des Frères Musulmans », https://www.leparisien.fr/societe/influence-des-freres-musulmans-jai-peur-que-la-societe-francaise-ne-soit-en-train-de-baisser-les-bras-24-05-2023-RC3K654CUFAMHLYAEYFKJ2VCUY.php, Consulté le 18 juillet 2024. ↩︎
  5. The New Arab, https://www.newarab.com/news/israeli-army-shot-pregnant-women-ran-over-bodies-report
           Consulté le 20 juillet 2024.
    ↩︎
  6. AFP. « Cette vidéo ne montre pas l’armée israélienne détruire un camp à Gaza, elle a été filmée en Égypte en 2013 », https://factuel.afp.com/doc.afp.com.34868XQ, Consulté le 20 juillet 2024. ↩︎
  7. Charon, Pierre. « U.E et financement d’ONG liées à l’islam radical », https://www.senat.fr/questions/base/2021/qSEQ210723890.html, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎
  8. Dupeyron, Catherine. « Le Cardial Pierbattista Pizzaballa prêt à prendre la place des enfants israéliens otages à Gaza », https://www.lepelerin.com/religions-et-spiritualites/les-grandes-figures-de-leglise/le-cardinal-pizzaballa-pret-a-prendre-la-place-des-enfants-israeliens-otages-a-gaza-8377, Consulté le 15 juillet 2024. ↩︎

La boîte du bouquiniste

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Jean Bertheroy D.R

Les bouquinistes ne sont pas virés des quais de Seine durant les JO. Causeur peut donc fouiner dans leurs boîtes à vieux livres.


Il faut lire dans Cléopâtre, de Jean Bertheroy, la description des jardins d’Alexandrie, de la procession des prêtres, de la double mort d’Antoine et de la reine d’Égypte : c’est du Flaubert !

Il paraît qu’une malédiction touche les imprudents qui cherchent à percer les secrets de la Lagide : ils en tombent amoureux. Certes, la plume de Jean Bertheroy – une femme !–, propage quelque chose de si voluptueux que le lecteur, par quel mystère ?, s’éprend irrésistiblement de cette triple figure historique, littéraire et mythologique.

Mais revenons à l’auteur. Si le style, c’est l’homme même (Buffon), je laisserai le style de Bertheroy témoigner pour elle. De son histoire en effet, à peine sais-je qu’elle naquit Berthe Le Barillier en 1858, et mourut en 1927 ; qu’elle publia au Figaro ainsi qu’à la Revue des deux mondes ; qu’elle reçut la Légion d’honneur, et pas moins de trois prix de l’Académie française ; qu’elle écrivit un nombre conséquent de poésies et de romans historiques, la plupart sur l’Antiquité ; enfin, que le collectionneur dénichera plus facilement ses autographes que ses ouvrages, car ceux-ci, depuis plus de cent ans, ont presque entièrement cessé d’être édités.

A lire aussi : Un petit Balzac, pour l’été, pourquoi pas?

Bertheroy aurait tout pour plaire, pourtant. Féministe (au sens large : mais tout de même, on lira dans Femmes antiques de jolies odes au beau sexe), elle ne composa jamais rien qui pût trahir de douteuses idéologies, ni même qui pût sortir son lectorat d’un certain confort de salon. Elle était poète excessivement sculpturale, dans la pleine veine de l’art pour l’art, esthète, c’est-à-dire ne cherchant dans l’écriture que la pure beauté formelle, et sans doute la concevant comme un formidable moyen de s’évader de sa modernité. Je citerais sans fin sa plume admirable, celle du Colosse de Rhodes particulièrement, mais ses titres déjà sonnent comme des poésies : Sybaris, Les Vierges de Syracuse, Le Tourment d’aimer, Amour, où est ta victoire ?

Certes, Jean Bertheroy fut aussi de cette préciosité descriptive d’un certain XIXe, celui de Flaubert, celui de Gautier surtout (Le Roi Candaule), terriblement passée de mode. Son récit, tout en rythme, est tout en pauses, technique et savant. Bertheroy, tels ses aînés, composait à la manière d’un artisan : péché mortel !

Car l’époque, hélas, est à la littérature populaire en 140 signes : une description longue ornée de mots rares, cela n’intéresse plus personne et n’a pas la moindre chance de triompher sur le grand marché. « Trop de notes », disait à Mozart l’empereur Joseph : à bon entendeur !

L’on n’est pas censé faire les livres comme les boîtes de conserve, mais comme les pendules, professait La Bruyère : ce serait fort judicieux de s’en souvenir, et à l’heure de l’intelligence artificielle, de penser un peu moins à la quantité, un peu plus à la qualité ; et à défaut de meilleur, pourquoi pas ?, saisissant l’occasion d’une fortuite trouvaille chez un bouquiniste, de lire ou de relire la prose poétique de Jean Bertheroy, plutôt que les dernières baguenauderies de nos ronds-de-cuir.

Jean Bertheroy, Cléopâtre, Armand Colin et Cie, 1891.

Déficits: ce qui attend à la rentrée un éventuel “gouvernement technique”

DR.

Bruxelles ouvre une procédure d’endettement excessif envers Paris. La France, qui n’a pas encore nommé de nouveau gouvernement, devra dire en septembre à la Commission européenne comment elle compte rétablir ses comptes pour rapidement rentrer dans les clous du pacte de stabilité budgétaire européen. À la Cour des comptes, Pierre Moscovici n’est guère optimiste: «La dette française s’élève déjà à 3100 milliards d’euros. Elle sera de 3600 milliards en 2027. Nous payons déjà 52 milliards par an pour la rembourser, ce sera 80 milliards en 2027. Il ne restera plus de marge de manœuvre pour financer les services publics et la transition écologique».


À la fin de son opus politique Le Nœud Gordien, Georges Pompidou notait « l’inaptitude profonde naturelle des Français à être gouvernés ». Mais ce caractère rebelle, batailleur et prompt à la querelle, pour atavique qu’il soit, n’a jamais empêché l’État français de fonctionner. 

Vers un effondrement de l’État français ?

Or, pour la première fois en quatre-vingt ans, la question de la survie de cet État tel que nous l’avons connu se pose. Si aucune majorité claire ne se dégage du scrutin législatif, d’aucuns pourraient dire que la gauche en sort renforcée, une situation inédite qui pourrait contraindre Emmanuel Macron à choisir un Premier ministre issu de cette orientation politique. Il n’est même pas besoin de revenir sur la politique économique mortifère que promet la gauche française actuelle, si éloignée du réalisme de la gauche britannique nouvellement au pouvoir, par exemple. Son irréalisme, sa condamnation immédiate de tout redressement du pays, signalent le caractère ténu d’une accession au pouvoir d’un clan sectaire et agressif. Ce qui devrait en creux favoriser l’arrivée d’un gouvernement mi-technique, mi-transpartisan à forte composante centriste… 

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Au-delà de ces dynamiques politiques immédiates et conjoncturelles, une menace bien plus grave plane sur la France : une crise financière d’une ampleur sans précédent, qu’aucune configuration politique et parlementaire ne saurait enrayer malheureusement, sauf à prendre de graves et courageuses décisions. 
Essayons d’imaginer comment une telle crise pourrait se dérouler pour l’État, symbole de la continuité de la nation. Car la France fait face à une crise de la dette publique sans précédent. La dégradation de la note de notre dette publique par les agences de notation, et l’ouverture par Bruxelles d’une procédure d’endettement excessif, sont à la fois des symptômes et des accélérateurs de la dérive de nos finances publiques. La dette publique française a atteint un niveau record de 3 160 milliards d’euros, soit près de 111% du PIB ; mais au-delà de ce niveau absolu de dette, c’est un problème de liquidités à court terme qui pourrait se poser à l’État, alors que la charge des intérêts de la dette est en passe de devenir le premier poste budgétaire, menaçant de facto notre État-providence. Si nous voulons vraiment redresser la barre, en 2025, le gouvernement devrait idéalement réduire le budget de l’État de 50 milliards d’euros. S’il ne le fait pas lors de la discussion du Budget 2025, cet automne au parlement, il devra progressivement atteindre cet objectif avant 2027. Une coupe drastique dès cette année, pour satisfaire nos partenaires européens et la BCE, obligerait à arrêter les dépenses de l’État dès septembre, ce qui représenterait une économie brutale de 25 milliards d’euros sans aucun autre effort d’ajustement.

Qui succédera à Bruno Le Maire pour être un super-ministre des économies ?

Cet effort, dont on parle depuis deux mois, sans que rien n’ait été réellement entrepris par Bruno Le Maire, va obliger à verrouiller brutalement le tiroir-caisse de l’État dès la rentrée de septembre. Cela devrait permettre de réaliser au forceps une économie brutale de 25 milliards d’euros. Mais à quel prix ! À titre d’exemple, on sait déjà qu’au ministère de la Justice, les factures de certaines dépenses engagées ont été reportées à… 2025, créant ainsi des dettes fournisseurs autant scandaleuses qu’illégales, provoquant chez bien des fournisseurs des problèmes graves de trésorerie qui finiront parfois… au Tribunal de commerce ! Du côté des armées, le mythe de la « sanctuarisation » semble enterré depuis longtemps. Quant à l’Éducation nationale…
Notre système de retraites par répartition, déjà fragile en dépit de quelques réformes paramétriques souvent inutiles ces dernières années, pourrait s’effondrer très rapidement. Incapable d’emprunter plus, le système devrait choisir entre ponctionner plus les salariés, écrêter les plus hautes pensions ou réduire les pensions pour tous. Nul doute que les débats sur la capitalisation réapparaitront dès la rentrée. Après les retraites, c’est notre système de santé publique qui devrait rapidement faire l’objet de discussions sur une possible restructuration dans la douleur. Nous devrions alors voir l’apparition de nouvelles cliniques et maisons de santé privées que l’on payera au prix fort, ou accessibles aux adhérents de super mutuelles parfois financées par les employeurs pour leurs cadres supérieurs (lesquels votent Renaissance et LFI). Le risque est grand de voir certaines maladies chroniques basiques ne plus être prises en charge (ou moins bien prises en charge que maintenant), avec un décrochage de l’espérance de vie selon le lieu d’habitation.

Le contribuable peut aussi s’inquiéter

Une possible réponse immédiate pourrait être de nature fiscale: il n’y a pas besoin de l’accession au pouvoir de LFI pour envisager un recours à l’impôt pour cause d’ajustement des finances publiques. Une augmentation des prélèvements, par exemple de 20 milliards d’euros (l’effort minimum, si on ne fait rien sur la dépense publique), pourrait provoquer une récession – notre croissance étant à peine positive ces jours-ci – et un effondrement supplémentaire des recettes publiques (du fait d’une pression fiscale déjà trop élevée) : la réponse fiscale ne serait évidemment donc pas la panacée pour nous sortir de l’ornière.

A lire ensuite, Stéphane Germain : Politique économique: le choix des sophismes

Nous entrerions alors dans une spirale infernale de réduction de la dépense publique (sous contrainte de Bruxelles, et des acheteurs de dette française) amplifiant ladite récession, l’effondrement des services publics qui tenaient encore, un débordement total des forces de sécurité intérieure, avec l’apparition d’une violence acquisitive inégalée depuis la Révolution (je vole ce que je ne peux acheter)… Face à un tel scénario d’effondrement total de l’État français, la tentation serait grande de procrastiner, et de ne toujours rien faire s’agissant des dépenses publiques.
Ce qui n’a pas été fait progressivement en matière d’ajustement – sous Emmanuel Macron, la dépense publique n’a jamais baissé et demeure peu ou prou au même ratio rapporté au PIB qu’en 2017 – doit-il être réalisé en quelques mois, au risque de précipiter un effondrement tant redouté par les Français ? Est-ce qu’un gouvernement technique transpartisan n’est pas la meilleure opportunité pour restructurer notre État, puisque les politiciens ne se sont jamais saisis du sujet ? Nul ne le sait, mais nous n’avons probablement le choix qu’entre des solutions assez douloureuses et imparfaites pour les douze prochains mois. Le chaos qui s’annonce n’a finalement qu’une seule vertu. Il permettra de démontrer une fois de plus un adage bien connu : Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. Plus que jamais, un autre projet politique est non seulement nécessaire, mais possible…

Le nœud gordien

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Dernière crise avant l'apocalypse

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Grégory Doucet, l’Hidalgo de Lugdunum

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D.R

À Lyon, la multiplication des pistes cyclables (et des embouteillages) inspire des « apéros de résistance » contre les « talibans verts » de la mairie…


D’abord capitale des Gaules puis cœur battant du commerce européen à la Renaissance, enfin berceau de l’industrie de la soie, Lyon est depuis l’avènement de Grégory Doucet la figure de proue des mobilités douces.

Le petit commerce pénalisé

Dérégler les feux tricolores, supprimer les grandes voies de circulation pour multiplier les pistes cyclables et faire traîner les travaux en longueur : telle est la politique retorse des talibans verts qui pourrissent la vie des Lyonnais. La ville est devenue un perpétuel chantier, sa rive gauche constamment embouteillée. La dernière lubie de la Mairie, en date du 13 mai, consiste à fermer à la circulation la rue Grenette, axe stratégique qui dessert la Presqu’île d’ouest en est, pour la réserver aux transports en commun et aux vélos.

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Les premières victimes sont les commerçants du centre-ville. Selon Lyon people, ils déplorent une perte de quelque 200 millions d’euros depuis l’élection de Grégory Doucet, 30 % de leur chiffre d’affaires. Les difficultés d’accès font fuir beaucoup de clients qui achètent dans les centres commerciaux ou en ligne.

La Résistance s’organise

Enfin, à bout de patience, les Lyonnais se rebiffent ! Riverains et commerçants se sont rassemblés dans le Collectif des défenseurs de Lyon pour organiser une série de « mâchons » ou « apéritifs de résistance citoyenne » au mois de juin. Les membres se sont réunis devant l’hôtel de ville lors de la tenue du dernier conseil municipal avant l’été. Une pétition en ligne contre la piétonnisation du cœur de Lyon a recueilli plus 5 000 signatures. Mais surtout, Me Mélanie Hamon, avocate en droit public, porte devant le tribunal administratif le recours de ces Lyonnais contre le projet de piétonnisation. Attaquant Ville et Métropole de Lyon, elle entend bien avoir gain de cause contre des transformations engagées sans étude préalable quant à leurs conséquences sur les habitants et les commerçants. Le maire sera peut-être obligé de mettre la pédale douce sur ses projets.

Maroc: le quart de siècle de Mohammed VI

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Le roi Mohammed VI, à la Mosquée de Rabat en 2019 © Gregorio Borgia/AP/SIPA

Le roi, qui vient de célébrer ses 60 ans, est monté sur le trône il y a un quart de siècle. Où va le Maroc ?


Vingt-troisième dynaste alaouite, Mohammed VI a eu la lourde tâche de succéder à son père Hassan II le 23 juillet 1999. Il était alors âgé de trente-cinq ans, un âge parfait pour accéder au trône, suffisamment jeune pour être dynamique tout en bénéficiant de l’expérience d’une petite vie d’homme.

Vingt-cinq ans plus tard, que retenir de son règne et de l’évolution des relations franco-marocaines ? Pays clé des équilibres méditerranéens et sahéliens français, le Maroc partage avec nous une riche histoire commune ainsi que des diasporas actives présentes dans les deux pays. L’élection récente de la députée « ciottiste » Hanane Mansouri, d’origine marocaine, en témoigne d’ailleurs : les liens unissant la France au Maroc sont plus complexes et plus profonds qu’on ne le croit parfois.

Un royaume à l’abri de l’islam politique ?

Pourtant, diverses incompréhensions mutuelles ont émaillé ces dernières années. Longtemps « acquise », la relation franco-marocaine a souffert de non-dits et de batailles d’influence préjudiciables. Nous aurions pourtant tout intérêt à entretenir ce partenariat fécond mais aussi essentiel pour notre vie géopolitique et économique. Pôle de stabilité au sein du monde méditerranéen et arabe, le Maroc affiche désormais un visage moderne et décomplexé.

Il a su d’ailleurs résister aux printemps arabes comme à la montée de l’islamisme politique. Fait inédit, les islamistes du Parti de la Justice et du développement ont été appelés au gouvernement et ont dirigé le pays pendant une décennie avant de quitter le pouvoir par le jeu électoral et démocratique, sans aucune violence. C’est le signe d’une nation résiliente et mature qui compte d’abord sur les indicateurs économiques et les réformes politiques.

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Afin d’éviter la gronde de la rue, le royaume chérifien a su aussi moderniser sa constitution en 2011, alignant progressivement ses institutions sur le modèle des monarchies parlementaires européennes, avec un plus large pouvoir exécutif accordé au roi qui est aussi le commandeur des croyants, de la même manière que nos rois étaient de « droits divins » sur l’idée de Saint-Paul que « toute autorité » émanait de Dieu lui-même. Les pouvoirs et la représentativité du chef du gouvernement marocain ont substantiellement augmenté. Les gouvernements sont désormais toujours issus de la formation politique ayant remporté les élections, ce qui a probablement évité les violences constatées par exemple en Tunisie.

Une diplomatie française tiraillée entre Alger et Rabat

Cette nature monarchique qui assure une continuité historique et garantit un arbitrage équilibré entre les tendances politiques est aussi sûrement ce qui fait parfois du Maroc un pays mal aimé par son voisin algérien et certaines oppositions de gauche en France. Parfois tiraillée entre Alger et Rabat, la diplomatie française semble aujourd’hui entendre de nouveau les bénéfices qu’elle peut tirer d’un apaisement et d’un renforcement des partenariats économiques, comme militaires ou encore religieux. En effet, la doctrine dite de « l’islam du milieu » a fait ses preuves en matière de déradicalisation et les coopérations sécuritaires ont conduit encore récemment à déjouer des attentats terroristes comme à arrêter le meneur du gang marseillais des Yodas (Félix Bingui, chef du gang Yoda, l’un des deux principaux clans du narcobanditisme de la ville, arrêté le 8 mars au Maroc).

Sur le plan des mœurs, la politique de la Moudawana a permis d’améliorer la place et les droits des femmes dans une société encore traditionnelle. Bref, les choses avancent et les vingt-cinq dernières années ont été le théâtre de profondes mais discrètes transformations d’un pays qui entend avoir une place pleine et entière dans le concert des nations modernes, ce que l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal ne dément pas. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents. Le PIB du Maroc est passé de 46,27 milliards $ en 1999 à 130,91 milliards $ en 2022. Une croissance de 183%. Sur la même période, le PIB par habitant a plus que doublé sur la période, passant de 1627 dollars à 3442 dollars en 2022. Il s’agit aussi du second pays le plus industrialisé d’Afrique, notamment dans le domaine automobile où Renault produit les modèles Dacia depuis la méga usine de Tanger.

Un pays très inégalitaire

Restent néanmoins des défis importants à relever. Si le nombre de Marocains vivant sous le seuil de pauvreté absolue a ainsi chuté, passant de 15,3% en 2000 à seulement 1,7 % en 2019, le Maroc reste frappé par les inégalités. Ainsi, les 10% de Marocains les plus aisés concentrent encore onze fois plus de richesses que les 10% les plus pauvres. Le chômage des jeunes reste aussi important, entrainant notamment des départs vers l’Europe. Après avoir modernisé son pays et l’avoir doté d’une économie libérale ne dépendant pas des ressources naturelles, Mohammed VI semble vouloir placer la suite de son règne sous le signe d’une plus grande justice sociale. Et si le Maroc devenait le premier grand pays musulman à adhérer à la social-démocratie ?

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L’autre chantier se situe dans le cadre des relations internationales, singulièrement avec l’Algérie avec laquelle les rapports se sont dégradés considérablement ces cinq dernières années. Jouant la carte de l’équilibre entre signature des accords d’Abraham et aide humanitaire concrète aux Gazaouis, le Maroc a aussi le problème du Sahara à régler où la présence du Front Polisario complexifie tout. Son plan d’autonomie de 2007 est, selon de nombreux observateurs, une issue potentiellement positive qui entraînerait la reconnaissance de la souveraineté du royaume sur la région. La France ira-t-elle plus loin dans cet épineux dossier ? La question soulève en tout cas les passions.

Bravo l’Artiste!

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Nathalie Ianetta, Emmanuel Macron et Thomas Sotto sur France 2, mardi 23 juillet 2024. Captures.

Répondant aux questions énamourées de Nathalie Iannetta et de Thomas Sotto, mardi soir sur France 2, le chef de l’État nous a fait comprendre que l’on avait tort de se plaindre de ne pas avoir de Premier ministre, alors que l’on devrait plutôt se réjouir: la France ne s’apprête-t-elle pas à figurer dans le top 5 des nations les plus titrées aux JO?


Il n’y a plus d’opinion politique qui tienne, tout le monde est pétri d’admiration devant le numéro qu’Emmanuel Macron nous a offert ce mardi 23 juillet à 20h. Il devrait rester dans les annales des Jeux olympiques des plus grands rétablissements acrobatiques de plantages politiques !

Je vous ai compris !

En l’occurrence, Jupiter a cédé sa place à Zeus au sein de l’hexagone. Après une explication distanciée de la situation politique française, et après s’être félicité d’avoir pris la décision qu’il convenait en dissolvant l’Assemblée nationale, le président nous a dit ô combien il comprenait les Français d’avoir été frustrés par une justice inefficace et insuffisante, et également par le non-contrôle de l’immigration. Une telle perspicacité nous a laissés pantois. 

Les deux figurants journalistes, souriants et émerveillés, ont tenté de demander si ce nouveau rôle ne lui semblait pas un peu étrange, et s’il était conscient que les Français ne lui témoignaient pas l’affection qu’il aurait pu souhaiter ? Qu’en termes galants ces choses-là étaient dites… on était dans une ambiance sérieuse, mais pas vraiment grave. À voir la mine réjouie des protagonistes, on s’attendait ensuite à ce que l’entretien enchaine rapidement sur des bacchanales et des festivités autrement plus gaies ! Que nenni, répliquait notre nouveau président, très à l’aise dans sa nouvelle fonction, beaucoup plus haute dans les cieux, comme garant des institutions : il avait sagement permis au peuple de s’exprimer pour élire une nouvelle Assemblée, et maintenant que les trois blocs souhaités par son peuple se débrouillent et travaillent entre eux ; après peut-être acceptera-t-il de nommer un Premier ministre, après les Jeux… 

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Le président a prononcé environ 30 fois le terme de responsabilité, il a « pris ses responsabilités » les autres doivent prendre leurs « responsabilités », il agit « en responsabilité »… et j’en passe ! tous responsables, tous coupables, mais… pas lui. Qu’on ne s’inquiète pas, on pourra compter sur lui jusqu’au bout de son mandat, car il nous faut un sage et nous l’avons… d’ailleurs, après avoir constitué un mur de boucliers d’airain contre le RN, il nous explique dans sa grande sagesse que tous les élus sont égaux – forcement 12 millions d’électeurs ça impressionne – et qu’il est temps de venir à leur secours. Honteux, ajoute-t-il, de ne pas leur donner de postes et de ne pas leur serrer la main à l’Assemblée nationale… Et pendant ce temps, toute la soirée on se repassait en boucle Agnès Pannier-Runacher qui avait refusé elle aussi sa blanche main au jeunot du RN (qui lui, pourtant, ne bourrait pas les urnes).

Pause festive estivale

Et puis l’heure fut finalement à la fête, à la joie ! Zeus a organisé les plus beaux Jeux olympiques de la planète, complètement bio, et la plus grande parade de tous les temps sur la Seine. Il remercie les exécutants. Et Céline Dion qui ne vient rien que pour lui, mais il ne nous dit pas si elle chantera ou si elle est là juste pour faire plaisir à Brigitte… il garde le secret, le coquin ! Et il parait qu’il nous réserve bien d’autres surprises. 

Sophie de Menthon © SdM

C’était un grand moment de télévision, le président avait un sourire éclatant, les yeux brillants de satisfaction, les yeux bleus assortis à son costume, et il ne dissimulait pas sa joie communicante… mais comment a-t-on pu se laisser aller comme cela à la déprime ?!  Incroyable : nous sommes incapables de nous réjouir de ce qui nous arrive. La liberté redonnée de nos choix politiques, un happening permanent à l’Assemblée sous la protection du dieu de l’Olympe et enfin panem et circenses (bon pour le pain, on attendra un peu). La sécurité ? On a tout bien fait ! Paris est désert, et les grillages nous protègent le long des rues et des quais (on ne peut même plus relever les poubelles, c’est dire si cela découragera les terroristes d’aller commettre des attentats). Au passage, Emmanuel Macron nous rappelle que le chômage, personne n’en parle plus, parce qu’il a réglé le problème, et que de plus tout ce pognon de dingue qu’on a dépensé pour les Jeux olympiques va nous resservir au centuple dans les années à venir… 

Alors, oui, j’ai honte de ne pas avoir compris que le nirvana était là, à ma portée, ces derniers temps, et que je suis juste une grincheuse ! Que la fête commence !

“Longlegs”: préparez-vous au grand flip de l’été!

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"Longlegs" de Osgood Perkins (2024) © Metropolitan Films

Grâce au cinéma américain, pas besoin de clim’ pour frissonner cet été. Excellente surprise que ce thriller démoniaque multiréférentiel, au ton outrageusement vintage, tantôt « seventies », tantôt « nineties », et au traitement hyper formaliste et esthétisant qui risque toutefois d’en décontenancer plus d’un… Vous êtes prévenus !


Cage sous influence(s)

Co-produit par l’inclassable et protéiforme Nick « Fury » Cage qui incarne ici un psycho-killer grimé, siliconé et saupoudré absolument terrifiant (le fameux « Longlegs » du titre, alias « Jambes-longues ») que l’on n’est pas prêts d’oublier, ce thriller indépendant (produit par la petite boîte Neon pour 9 millions de dollars) en forme de jeu de pistes diabolique est l’œuvre d’Oz Perkins, le fils de l’immense Anthony Perkins, inoubliable Norman Bates dans le Psychose d’Hitchcock, le maître du suspense auquel on pense évidemment beaucoup ici, au milieu de quantité d’autres influences. Citons pêle-mêle Le Sixième Sens (Manhunter) de Michael Mann, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Cure de Kiyoshi Kurosawa, The Cell de Tarsem Singh, The Pledge de Sean Penn, Seven et Zodiac de David Fincher, Prisoners de Denis Villeneuve, Heredity d’Ari Aster, Black Phone de Scott Derrickson, sans oublier une atmosphère globale vénéneuse et cotonneuse très lynchéenne… Et bien d’autres références encore. 


Mais le film possède heureusement sa propre personnalité et affiche un tempérament plutôt radical et, disons-le, complètement désarçonnant ! Précisons que pour ce rôle, Nicolas Cage s’est inspiré de sa propre mère, décédée récemment à l’âge de 85 ans, victime hélas de sérieux troubles schizophréniques et identitaires durant toute sa vie. « Elle a été en proie à la maladie mentale pendant la majeure partie de mon enfance, précise l’acteur oscarisé pour Leaving Las Vegas, et a été placée en institution pendant des années en subissant des traitements de choc. Le plus dur était d’aller lui rendre visite dans les institutions notamment pendant mes jeunes années. Parfois, elle oubliait tout ce qui avait pu arriver – que son père était mort ou que j’étais devenu acteur. » 

Atmosphère diabolique 

On suit dans cet authentique cauchemar pelliculé l’enquête chaotique et on ne peut plus glauque que mène une jeune profileuse du FBI dotée de pouvoirs médiumniques (impressionnante Maika Monroe/ agent Lee Harker en petite sœur de Jodie Foster/ agent Clarice Starling) dans une Amérique profonde banlieusarde triste à mourir dont l’insignifiance charrie une terreur de tous les instants. Cette « inquiétante étrangeté », comme disait Freud, est renforcée par les hallucinants partis pris de cadrages et de mise en scène décidés par notre réalisateur « arty ». Plans fixes, grands angles, lents travellings, mais surtout insertion systématique de « cadres dans le cadre » qui obligent le spectateur à scruter l’arrière champ en permanence afin d’y trouver un indice caché ou distinguer une ombre qui bouge anormalement dans un décor pourtant paisible et familier (le salon d’une maison, la pelouse enneigée d’une propriété, la bibliothèque du FBI…).

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Toute l’enquête est filmée du point de vue de la jeune héroïne aux méthodes hétérodoxes, dont on comprend vite qu’elle se situe dans un état second, comme shootée et sous médocs, suite à une enfance compliquée avec sa mère bigote et modeste qui l’a élevée seule. Lee Harker vient épauler un responsable du FBI de l’Oregon qui tente de mettre la main sur un serial-killer suspecté de massacrer des familles depuis le début des années 70 sans laisser aucune trace derrière lui, à l’exception de lettres avec messages codés et cabalistiques, évoquant évidemment le Zodiac de Fincher.

Plus l’investigation progresse, plus l’on comprend que Lee Harker entretient, à son insu, un lien trouble et pervers avec le tueur, l’obligeant à replonger dans les affres et les traumas de son enfance… Il ne faut évidemment pas aller plus loin dans la divulgation du récit, mais contentons-nous de noter et de nous délecter de la fascination que nourrissent les réalisateurs américains pour l’incroyable période-charnière fin 60’s-début 70’s, point de bascule de l’Amérique vers les ténèbres de la violence et de l’irrationalité suite notamment à l’enlisement au Vietnam, aux meurtres politiques, à la radicalisation de la société dans le sillage notamment de l’horrible meurtre de Sharon Tate par la « Manson family » (été 1969), clairement évoqué ici… Un trauma (à la fois fascinant, obsessionnel et répulsif) pour toute une génération de cinéphiles que s’était également approprié avec brio Quentin Tarantino dans sa démonstration métaphorique de la grande bascule américaine avec son excellent Once Upon a Time in Hollywood (2019)… tout en nous gratifiant au passage d’une relecture fantasmatique du carnage de Ciello Drive (la fameuse et funeste nuit du 9 août 1969) qui avait en son temps déchaîné les polémiques et propos outranciers contre l’auteur de Reservoir Dogs… 

L’Amérique des délaissés

Au-delà du passionnant versant occultiste et satanique de l’énigme (accrochez-vous bien pour le dernier quart d’heure… vous ne verrez plus jamais des poupées de cire de la même façon !), l’exploration sociologique et topographique de cette Amérique profonde, délaissée et marginale, peuplée de mères célibataires élevant seules leurs enfants et « que personne ne vient jamais voir », ou de simples d’esprit en plein désarroi dans des villages loin de tout, se raccrochant à la religion chrétienne (bientôt dévoyée et extrémisée), s’avère profondément touchante et transmet une réelle émotion. 
Le mal radical et contagieux peut ainsi naître de la solitude extrême, comme l’a démontré dans nos contrées un auteur comme Maupassant avec ses recueils de contes d’angoisse: « C’est la solitude qui engendre les monstres »… 
On pourra toutefois regretter dans le film quelques plans symboliques parfois lourdement appuyés (la vision infernale, résumée par ces nœuds de serpents se mouvant dans le sang impur des suppliciés, par exemple), mais Longlegs possède un insidieux pouvoir hypnotique et aura pour effet de vous dévorer le cerveau pendant plusieurs jours après la projection… D’autant que la fin suffisamment ouverte et totalement imprévisible laisse place à une hypothétique suite que les excellents chiffres actuels de démarrage en salles devraient sous peu placer sur de bons rails. Les rails d’un train fantôme, conduit par Satan himself !

1h41

Voir et revoir Pagnol, Visconti, Truffaut

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© La Cinémathèque française

Comme chaque été, les films nouveaux et de qualité se font plutôt rares dans les salles jusqu’à la rentrée de septembre. Heureusement, le patrimoine est là… bien vivant ! Cet été dans nos salles, rétrospectives de 10 films de Marcel Pagnol, 4 de Luchino Visconti et 5 de François Truffaut…


Marcel, l’empereur

« Marcel Pagnol, 50 ans : rétrospective en dix films », en salles à partir du 24 juillet

Quoi de neuf ? Pagnol encore et toujours ! À partir du 24 juillet et partout en France, pas moins de dix chefs-d’œuvre seront à l’affiche. De Marius (1931, officiellement réalisé par Alexandre Korda) jusqu’à Topaze (1951), on pourra voir et revoir des films exceptionnels, superbement écrits et réalisés, portés par des distributions épatantes composées notamment de « cabots » de génie tels Raimu et Fernandel. Difficile vraiment de choisir dans ce florilège. Passons donc en revue ces dix pépites.

La fameuse trilogie marseillaise d’abord : Marius, Fanny, César. Lorsque Pagnol adapte sa pièce Marius pour la porter à l’écran, le cinéma parlant est encore balbutiant. Sur le tournage, un ingénieur du son américain ose dire que la voix de Raimu ne passe pas et que le son est inaudible. Pagnol laisse passer un ange plutôt que de lui passer un savon – ses colères sont homériques. Au-delà du pittoresque marseillais auquel le film a été rattaché, affiches de Dubout aidant, Marius, comme les deux autres volets qui suivront, vaut bien mieux que cela. Sous les rires, l’accent, les galéjades et même le jeu atroce d’Orane Demazis dans le rôle de Fanny, il se déroule autre chose : les liens d’un père avec son fils et l’émancipation plus ou moins réussie de ce dernier. Cette trilogie n’est rien de moins qu’un classique du cinéma français.

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Tourné durant la même période, en 1933, Jofroi reste trop méconnu. Ce cycle le remet en lumière pour notre plus grand bonheur. C’est la première fois que Pagnol adapte Giono au grand écran, en l’occurrence une nouvelle, « Jofroi de la Maussan », publiée l’année précédente dans Solitude de la pitié. Superbe drame paysan, le film est également l’annonce du néoréalisme quand il utilise décors naturels, son direct et caméra « légère » et mobile, bien avant la Nouvelle Vague.

Avec Le Schpountz, en 1938, Pagnol offre à Fernandel l’un de ses rôles les plus jubilatoires. L’acteur est parfait dans les habits d’un benêt intégral qui se fait berner par des artistes parisiens au mépris facile. Le tout est tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée sur le tournage d’un précédent film de Pagnol, le magnifique Angèle, également au programme cet été.

Réalisé en 1934, Angèle est une nouvelle adaptation de Giono, en l’occurrence le roman Un de Baumugnes. Fernandel y tient le premier rôle, celui de Saturnin, un valet de ferme, aux côtés des formidables Henri Poupon et Jean Servais. Une fois encore, la magie de Pagnol opère pour raconter ce drame rural sur fond de fille « perdue » et de père intraitable.

Dans La Femme du boulanger, chef-d’œuvre incontestable, Raimu incarne avec génie un cocu « dans le pétrin ». Pagnol réussit la prouesse de faire rire et sourire, sans jamais perdre de vue le tragique de la situation qu’il décrit. Dialogues ciselés, tirades devenues mythiques et distribution au niveau : rien ne manque.

Fanny, second volet de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol. D.R

La Fille du puisatier, en raison même de son année de tournage (1940) a des allures de film sinon maudit, du moins bricolé, contraint de coller à l’actualité mouvementée de cette période. Mais l’essentiel est ailleurs, dans un quatuor d’acteurs étincelants qui portent le film de bout en bout : Raimu, Fernandel, Josette Day et Charpin.

Restent deux films et non des moindres : Regain (1934) et Topaze (1951). Le premier est l’adaptation du roman éponyme de Jean Giono. On y retrouve Fernandel, mais dans un rôle moins sympathique et débonnaire que d’habitude, celui d’un rémouleur accompagné d’une femme qu’il maltraite. Comme souvent chez Pagnol, le film vaut aussi pour ses savoureux seconds rôles qu’incarnent ici Henri Poupon, Charles Blavette, Milly Mathis, Robert Vattier et, dans un rôle de brigadier, le futur proscrit de la Libération, Robert Le Vigan. Quant à Topaze, même si on peut lui préférer la version de 1936, plus sombre, c’est bel et bien l’un des rôles majeurs de Fernandel.

Voir et revoir Pagnol demeure un enchantement !


Luchino, le prince

« Le XIXe de Visconti », en salles à partir du 31 juillet

©Les Acacias

Sous le titre « Le XIXe de Visconti », on peut cet été découvrir ou redécouvrir quatre immenses films du cinéaste italien : Le Guépard, Senso, Ludwig ou le Crépuscule des dieux et L’Innocent. Quatre œuvres « historiques » qui ressuscitent ce XIXe siècle qui fascinait Visconti, pétri de cette obsession proustienne du temps qui passe, du changement d’époque, du déclin de la noblesse. De 1954 (Senso) à 1978 (L’Innocent), soit l’ultime film du cinéaste, ce sont des fresques mélancoliques en forme d’opéras baroques aux distributions impressionnantes : Delon, Cardinale, Lancaster, Valli, Schneider, Berger, Antonelli et tant d’autres encore. Il faut notamment se replonger dans les trois heures du Guépard, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1963, et tournant dans la carrière du cinéaste qui, dès lors, sera moins sensible aux questions sociales.

©Les Acacias

François, le dandy

« Cinq héroïnes de François Truffaut (partie 1) », en salles à partir du 7 août

© Carlotta Films

Comme l’indique son titre, ce cycle est consacré aux muses du réalisateur de La Peau douce. Dans un premier temps, on pourra ainsi savourer trois films : Deux Anglaises et le Continent, La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! On ne saurait trop recommander le premier, « grand film malade » selon l’expression même de Truffaut, qui permet à Jean-Pierre Léaud de quitter l’encombrant personnage d’Antoine Doinel. Mais les deux autres donnent l’occasion de voir combien Truffaut a su tirer parti des multiples facettes du talent de Fanny Ardant. Alors que les deux films sont à l’opposé (un terrible drame romantique pour l’un, un polar joyeux pour l’autre) La Femme d’à côté et Vivement dimanche ! laissent éclater l’incroyable séduction de l’actrice, son charme et son mystère. On reste sans voix devant ces deux personnages qu’incarne Fanny Ardant avec la même conviction, le même allant, la même grâce. Rarement Truffaut, le cinéaste qui aimait les femmes, aura trouvé une interprète en aussi parfaite adéquation avec son univers, ses fantasmes et ses obsessions.

Pour regarder les bandes-annonces de La femme d’à côté, et Deux Anglaises et le Continent :

Donald Trump peut-il être vaincu par la « faiblesse » démocrate?

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Donal Trump, 18 juillet 2024 (© Carol Guzy/ZUMA Press Wire/Shutt/SIPA) et Kamala Harris, le 1er juin 2024 (© Jeff Chiu/AP/SIPA)

Le camp républicain a déjà commencé à attaquer Mme Harris, notamment sur ses origines… Analyse.


Joe Biden a enfin jeté l’éponge. Il a mis du temps, mais c’est fait. Normalement, la vice-présidente Kamala Harris est appelée à prendre la relève mais il n’est pas impossible que le camp démocrate veuille un autre candidat qu’elle pour affronter Trump. Cette rupture serait toutefois un affront, encore un, pour Joe Biden qui verrait ainsi battu en brèche son choix initial. Même s’il avait tout fait pour la maintenir dans un rôle discret et subalterne, malgré ces derniers temps quelques interventions et apparitions plus marquantes. Comme si elle se trouvait déjà dans un entre-deux, entre le possible maintien de Joe Biden et l’indiscutable fragilité de ce dernier.

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Il semble toutefois qu’un certain nombre de facteurs rendent au moins incertaines les prévisions : la décision courageuse de Joe Biden, la détermination immédiate de Kamala Harris adoubée sur-le-champ par le président défaillant, la certitude du camp démocrate que pour gagner les atermoiements n’étaient plus possibles, l’impression paradoxale que, pour être le favori, Donald Trump allait devoir se confronter cependant à une adversaire démocrate singulière, une femme le contraignant à moins de violence personnelle avec un bilan suffisamment réduit pour ne pas être exclusivement à charge. Donc la moins adaptée à son style de campagne à l’emporte-pièce et familièrement populiste. Kamala Harris, pour l’heure, est à la recherche d’un colistier lui permettant d’élargir le champ de son influence et de « couvrir » des États penchant plutôt pour l’instant vers Donald Trump ou, au moins, en proie au doute et aux hésitations. Ce choix n’est jamais facile et on ne peut s’y livrer à la légère, le futur couple démocrate étant censé s’appuyer sur les forces et les atouts de chacun.

La cause démocrate peut-elle renaître de ses cendres ?

L’injonction volontariste de Kamala Harris martelant qu’elle allait battre Donald Trump sera fragilisée par la recherche, dans le clan de celui-ci, de tout ce qui va pouvoir l’affaiblir. Le vice-président choisi par Donald Trump a d’ailleurs commencé en questionnant la légitimité de Kamala Harris et ses origines. Malgré cela qui relève du processus habituel, je me demande si, plus profondément, l’apparente faiblesse objective de la cause démocrate n’allait pas constituer, comme souvent dans ce type de crises, une opportunité de sursaut amplifiée par une double donnée. La première étant, pour une majorité d’Américains, au-delà des animosités partisanes et des moqueries lassantes sur l’âge de Joe Biden, l’excellent bilan de ce dernier sur le plan économique et social ainsi que la pertinence jamais prise en défaut de sa vision internationale. La seconde liée au passif de la personnalité de Donald Trump, à ses ennuis judiciaires et au fait que, pour être atypique et admirée par le camp républicain, sa personnalité n’enthousiasme pas forcément TOUS ses partisans et aussi la masse de ceux qui n’ont pas encore tranché.

Pour me résumer, les jeux ne sont pas faits et il n’est pas impossible qu’on se retrouve, pour ces futures élections américaines, face à ce que la vie offre dans beaucoup de ses registres les plus divers : la stupéfiante force, en définitive, d’une faiblesse se muant en arme.

Le Mur des cons

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