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Les « trahisons » d’Ingrid Betancourt

Mais qu’allait-elle s’extraire de cette galère ? Libre, Ingrid Betancourt est en train de tout gâcher. Ses adorateurs les plus éclairés ont été profondément désorientés par ses déclarations. Pour l’heure, un flot de communiqués submerge encore écrans et kiosques. Mais passées les festivités de la Libération (la sienne, pas la blague de 1944…), la question ne manquera pas d’être posée : l’icône a-t-elle trahi ses fidèles ?

Il était tard dans la nuit et dans la jungle – colombienne qui plus est. On pouvait donc, on devait même, mettre sur le compte d’une joie pour le moins hallucinée ses premiers mots : « Accompagnez-moi d’abord pour remercier Dieu et la Vierge ! » Ce qui fut fait, amen. Radieuse et déterminée, l’otage la plus célèbre au monde voulu dire ensuite toute sa gratitude aux militaires : « Merci à l’armée de ma patrie ! » Après le goupillon, le sabre… Nul doute que, de Libération à Charlie Hebdo, la « victoire » aura pris, cette nuit-là, un goût quelque peu saumâtre.

Mais le meilleur, c’est-à-dire le pire, était encore à venir. Bien vite, en effet, l’aile alter mondialiste de l’église voyait, à son tour, le calice présenté à ses lèvres : non seulement le gouvernement colombien avait invité le candidat John McCain, afin qu’il fût aux premières loges au moment de la libération des otages (dont trois Américains), mais de surcroît on apprenait que des experts yankees – et peut-être même israéliens ! – avaient participé aux préparatifs de l’opération. Ainsi donc, celle qui sur l’autel de « la gauche de la gauche » se logeait gracilement entre Michael Moore, Mumia Abu-Jamal et le Che, était libérée au plus grand profit du candidat de la famille Bush. « Doux Jésus ! », s’est-on étranglé dans les rangs du NPA.

Au siège du Parti socialiste, on peut au contraire imaginer un silence assourdissant quand « Ingrid » remercia le Diable avec la même ferveur qu’elle avait remercié le bon Dieu : « Je veux dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi… » Et ce dernier, entourés des enfants de « Maman » et de ses proches de triompher modestement, en soulignant le rôle qu’il estimait avoir tenu, « au nom de la France », dans cet heureux dénouement. Puis, toujours « au nom des Français », il embrassait par satellite la belle captive dont toute la nation attendait le retour. Satisfaction supplémentaire pour le chef de l’Etat mû en chef d’orchestre : il s’offrait le luxe de saluer les efforts de Hugo Chavez – et pan ! pour Le Monde Diplo –, du chanteur Renaud, et du ci-devant french doctor et ministre d’ouverture, Bernard Kouchner. Après avoir difficilement dégluti, car de Colombie ne nous viennent pas des couleuvres mais des boas, la direction du PS sacrifia cependant au rituel du communiqué : chacun alla donc de sa déclaration, disant sa tantôt « joie », tantôt sa « fierté ». Mais le coup (médiatique) était fichtrement rude. Trop pour Ségolène Royale : « Tout le monde le sait, c’est une opération colombienne rondement menée. (…) En l’occurrence, Nicolas Sarkozy n’a été absolument pour rien dans cette libération. » Inutile. Et trop tard. Rien n’empêcherait le Président d’accueillir « Ingrid » à son arrivée à Paris, ni cette dernière de lui tomber dans les bras devant les caméras. Embrassons-nous, Libreville !

Grâces à Dieu, à l’armée et au bien-aimé Sarkozy ? En vérité, je vous le dis, la libération d’Ingrid Betancourt ne pouvait être plus proche du cauchemar pour la gauche. Enfin, à bien y réfléchir, si : elle pourrait maintenant accepter une mission internationale à la demande du Président. Ou entrer dans son gouvernement. Bref, camarades, il va falloir chercher ailleurs des raisons de rêver et d’espérer. Et se trouver une autre icône. Voyons… Barack Obama ? Pourquoi pas. Le temps que les médias se souviennent qu’il n’a jamais cessé d’échanger des compliments admiratifs avec un certain Nicolas Sarkozy.

Histoire d’Ockrent

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Remarquable longévité, à l’heure où PPDA fait des adieux déchirants et pousse des plaintes de martyr, et au moment où la sinécure romaine s’éloigne définitivement de Georges-Marc Benamou, celui-là même que Nicolas Sarkozy chargea, avec Jean-David Levitte, d’instruire le dossier France Monde.

La méthode globale
Que savons-nous de France Monde, cette holding constituée des participations de l’Etat dans Radio France Internationale (100%), TV5 Monde (66,61%) et France 24 (50%), les parts restantes étant partagées entre quelques personnes privées et des chaînes partenaires ? Peu de chose, et pourtant l’essentiel : le nom de sa directrice générale, Christine Ockrent.

Elle réunit en une personne tous les caractères de la brillante « globalisation », qui, après avoir considéré la nature provinciale de l’information française, entreprit de la projeter dans le monde réel. Formée à cette rude école, Christine Ockrent appliqua la fameuse méthode américaine, qu’on se gardera bien d’assimiler à celle dont se réclamait Aldo Maccione dans ses calamiteuses entreprises de séduction du beau sexe. Non, l’info selon NBC ou CBS News, c’était du sérieux, du solide, du factuel ! Il fallait, pour la servir, des individus bien mieux éduqués que la moyenne des aimables journalistes français… Ici commence l’ »histoire d’O ».

Quand Christine rencontre Amir
Son irruption sur la scène médiatique française se fit sur le mode tout à la fois sensationnel et polémique, en 1979. Au mois de mars, son entretien avec l’ultime Premier ministre du shah d’Iran, Amir Abbas Hoveyda, lui valut la reconnaissance de ses pairs et des accusations d’impair. D’aucuns trouvèrent que, par le ton dont elle usait, elle semblait plus accabler l’infortuné personnage que lui poser des questions. Cela aurait pu être mis au crédit de la jeune journaliste, démontrant par son agressivité un mépris professionnel des puissants. Hélas ! à ce moment précis de son existence, Amir Hoveyda n’était plus rien dans la hiérarchie sociale iranienne ; le Shah avait fui, et le doux Imam Khomeini s’apprêtait à étendre à tout le pays les principes d’amour et de tolérance qu’il avait longuement mûris dans sa résidence de Neauphles-le-Château, une commune des Yvelines où Marguerite Duras possédait une maison…

Enfin, pour tout dire, Hoveyda était emprisonné, et ses juges improvisés, d’inquiétants barbus, lui réclamaient des comptes, en usant de formules qui laissaient mal augurer de son intégrité physique… Au reste, dix jours plus tard, cet homme raffiné, libéral, hostile à la tyrannie, francophile et francophone (deux qualités qui ne lui furent d’aucune utilité), condamné à mort, fut exécuté. La révolution khomeiniste n’a pas contredit feu Reza Pahlavi, auquel on prête cette réponse à un journaliste venu de Suède, qui lui demandait pourquoi il ne s’engageait pas plus franchement dans la voie de la démocratie : « Je deviendrai volontiers social-démocrate lorsque mon pays sera peuplé de Suédois. » Il connaissait bien son clergé sinon son peuple, l’autocrate !

Cri-cri Marlène
Dès 1982, Christine Ockrent connut, à la présentation du journal de 20 heures, à Antenne 2, une gloire sans pareille. Les téléspectateurs envoûtés sacrifièrent au culte de leur nouvelle idole au sourire carnassier. La presse célébra le timbre élégant de sa voix, ses inflexions impérieuses, sa diction froide et nette. On vantait son magnétisme à la Dietrich, doublé d’une audace que les moins aimables appelèrent mépris. Il semblait qu’avant elle, ne s’étaient succédé à son poste que des amateurs, des hommes d’appareil, des fonctionnaires : bref, des Français. Avec elle, la méthode américaine du direct entrait dans les foyers. Elle inaugurait « l’American way of live » : elle partait faire son marché sur la planète, en ramenait des drames, des comédies et des témoins, puis elle autorisait le tout à paraître devant elle et en présence de quelques millions de téléspectateurs.

Le chagrin d’une Belge
Longtemps, elle fascina. Puis les Français s’aperçurent qu’ils pouvaient se passer d’elle ; ses patrons également. Elle ne s’éloigna guère et revint vite. Elle apprécia d’avoir acquis, d’une chaîne à l’autre, la réputation d’une « grande professionnelle », mais goûta fort peu les rumeurs relatives à ses émoluments. Dans son sillage résonnait la chanson de Châteauvallon : Puissance et gloire… Elle interpréta même une parodie hilarante de ce jeu qu’on appelle les chaises musicales : arrivée dans les bagages de Lagardère, elle repartit dans la caravane Bouygues, après la conquête de TF1 par ce dernier, en 1987. Elle en rit encore !

Cependant, elle connut des revers retentissants dans la presse écrite. La simple charité nous invite à passer rapidement sur la brève existence de L’Européen (1998-1999), placé sous sa direction, financé par The European et, dans une moindre mesure, par Le Monde, alors gouverné par l’influent Jean-Marie Colombani. Européenne convaincue, née en Belgique, elle se consola de cet échec en acceptant de diriger la rédaction de l’Express. Mais la chose n’évolua pas bien : elle fut virée ! Quelques années plus tard, elle publiait une biographie de Françoise Giroud, la co-fondatrice du magazine, dont quelques pages plutôt vachardes indignèrent le fan-club de « notre mère en journalisme ». Critique redouté qui avait alors claqué la porte de l’Express pour l’Observateur, Angelo Rinaldi lava l’affront dans quelques lignes assassines. Estimant que les déplaisantes « révélations » du livre (notamment sur la rupture entre Giroud et Servan-Schreiber) traduisaient un « parti-pris de dénigrement », il recommanda de jeter à la corbeille « ce parfait manuel de trahison ». La douche glacée ! (Christine Ockrent ayant obtenu un droit de réponse, Rinaldi claqua aussitôt la porte de l’hebdomadaire.) Bref, à l’exception des gratuits (elle conseilla le quotidien Métro, dont les pages chiffonnées et salies jonchent tristement les rames et les couloirs), la presse lui aura été cause de bien du chagrin !

Français + allemand = anglais !

« Il est nécessaire que l’anglais devienne pour tous une langue de travail, pas seulement de management, mais aussi dans les usines » : voici ce que déclarait le 23 juin à La Tribune Tom Enders, président d’Airbus. A la place des employés et des actionnaires du consortium franco-allemand, on se méfierait : le dernier PDG à avoir été aussi furieusement moderne, c’était Serge Tchuruk, patron d’Alcatel. Dans la foulée, il a inventé le concept de « compagnie sans usine ». Puis a divisé par vingt-cinq le cours de l’action.

Faisons un cauchemar !

1

Vu hier soir, sur une colonne Morris que je ne nommerai pas, une affiche annonçant pour septembre la reprise de Faisons un rêve au théâtre Edouard VII. « Et alors », direz-vous? Rien, hormis une monstrueuse erreur de casting… Pourquoi diable (boîteux) s’obstine-t-on à faire jouer le rôle de Sacha Guitry par Pierre Arditi ? Une limande citoyenne dans le rôle d’un misanthrope souverain : c’est sans doute ce qu’on appelle l’ « Actor’s Studio » à la française ! Bref pourquoi lui plutôt que je ne sais pas moi, Depardieu ou Eric-et-Ramzy[1. L’ensemble y eût gagné en crédibilité.] ? Ah mais si, suis-je bête? Arditi a les cheveux gris.

Le Petit Larousse s’est encore illustré

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L’édition 2009 du Petit Larousse s’annonce excellente : 150 noms communs et une cinquantaine de noms propres y font leur entrée. C’est ainsi que le terme « bien-pensance » figurera pour la première fois dans le dictionnaire, tout comme Marion Cotillard, Pierre Arditi, Yann Arthus-Bertrand, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Bien-pensance, vous avez dit ?

Tchao, Ingrid !

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Tout d’abord on est content. Pour elle, pour sa famille, pour ses proches.
Ensuite on est admiratif : techniquement, l’opération militaire était spectaculaire et pour tout dire réjouissante.
Et puis… et puis c’est tout, ou presque. Parce que, franchement, on voit mal de quoi cette libération est le symbole…

S’agit-il d’une victoire pour les droits de l’Homme ? Pas vraiment, et pour une raison simple : la capture, la détention, et la libération de Mme Betancourt sont de fait des événements essentiellement colombo-colombiens, sans aucune portée universelle. Si Ingrid n’avait pas, dans sa jeunesse, tissé un puissant réseau d’amitiés dans les élites parisiennes, si La rage au cœur, son recueil de banalités édité par XO n’avait pas fait un carton sur les plages à l’été 2001, je ne pense pas que les autorités françaises auraient fait le moindre effort pour la libérer, et je ne suis même pas sûr que les FARC se seraient donné la peine de la kidnapper. M’est avis que si Marulanda avait eu le choix, il aurait mille fois préféré capturer Madonna ou Brad Pitt… L’abominable calvaire qu’a vécu Ingrid Betancourt lui a été imposé par son statut de micro-vedette des médias, pas par ses idéaux. Certes il est possible que son exfiltration ait un impact sur les affaires intérieures colombiennes (mais, en vrai, qu’est-ce qu’on s’en fiche ?) ; en revanche, il est certain qu’à l’échelle planétaire, cet heureux dénouement c’est peanuts. Pardonnez-moi de gâcher la fête, mais cette libération-là n’est pas celle de Sakharov ou de Mandela. Il est vrai que, dans ces deux cas, TF1 n’avait pas jugé impératif d’interrompre ses programmes.

S’agit-il d’une victoire de la démocratie ? Bof. C’est, me semble-t-il, une mauvaise plaisanterie dans le cas d’Uribe, de son régime largement adossé aux milices paramilitaires, aux conseillers spéciaux américains et – autant, et peut-être plus que les FARC ne l’ont jamais été – aux narcotrafiquants. Parler dans cette affaire de victoire de la démocratie, c’est a minima avoir une piètre opinion de celle-ci – opinion respectable, même si Bernard Kouchner la défend trop rarement en public.

Victoire contre le terrorisme ? A la rigueur, je veux bien… Mais faut-il combattre le terrorisme ? A mon avis, non. Pas en tant que tel en tout cas. Personnellement, je ne regrette absolument pas d’avoir passé une bonne partie de ma jeunesse à défendre l’ANC de Nelson Mandela – y compris en collectant ouvertement de l’argent destiné à l’achat d’armes. Or l’ANC était bel et bien un mouvement terroriste. Pas seulement ça, certes, mais aussi ça. D’autres, plus vieux que moi, ont porté les valises du FLN mais, à leur décharge, le FLN, lui, ne s’encombrait pas d’otages. D’autres encore, aujourd’hui, témoignent vis-à-vis du terrorisme tchétchène ou gazaouï d’une mansuétude teintée de sidération enthousiaste. Faut-il rappeler qu’en 1943, une large partie de l’opinion française considérait Jean Moulin et ses camarades comme des terroristes ? Et que le Terrorisme avec un T majuscule, celui de Robespierre et Saint-Just est, que cela plaise ou non, la matrice de nos institutions ? Certes, tout cela ne nous dit pas si les guérilleros des FARC sont de courageux insurgés anti-impérialistes, genre Che Guevara-Robin des Bois ou d’odieux criminels marxistes façon Pol Pot-Savonarole. Pour être sûr de connaître la bonne réponse à cette question, il faut être abonné au Monde Diplo et au Meilleur de mondes. Et moi, je ne suis abonné qu’à Rock & Folk, à la Gazette de l’Hôtel Drouot et à Causeur version papier…

Cambrioleur pas gentleman

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Un monte-en-l’air semble vouloir élire domicile chez Ségolène Royal : c’est la troisième fois que l’ex-candidate socialiste est cambriolée. Son avocat, Jean-Pierre Mignard, soulignait lundi matin sur RTL le caractère dramatique de l’événement qui a eu lieu « à la veille d’une intervention politique extrêmement importante : la présentation de sa contribution pour le prochain congrès du PS », avant de se poser la question que tout le monde se pose : « Est-ce que c’est un maniaque, est-ce que c’est une officine, sur ce point nous n’en savons strictement rien. » Enfin, cher Maître, voler un discours de Ségolène Royal, faut pas être maniaque, faut être carrément une officine de frapadingues.

Le sac de Carla

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« Ça fait Bernadette ! » Entendre cela dans une émission qui veut « scruter les rapports incestueux entre politique et médias » donne une idée du rayonnement résiduel issu du Big Bang des médias français. « Ça fait Bernadette », l’auteur de cette sentence définitive est Michel Field, incrédible donneur de leçons, parangon de la morale bienséante, ordonnateur du prêt-à-penser médiatique. De gauche, cela va sans dire. Je l’ai senti passer dans mes tympans, puis faire le tour de mes neurones qui ont essayé de ranger quelque part cette déclaration définitive. Ils l’ont classée dans le tiroir « conneries à jeter sans tarder ». Je crois rêver, mais cette déclaration est un cauchemar.

Contexte : dimanche dernier, nous étions le 29 juin, il faut que l’Histoire retienne cette date. Le lieu du crime était l’antenne d’Europe 1, l’émission Médiapolis. Cela avait commencé clean et intelligent avec le voyage officiel de Nicolas Sarkozy, expliqué en direct par un journaliste du respecté quotidien israélien Haaretz.

Le reste doit provenir de cela : Michel Field a été obligé d’écouter pendant quelques minutes quelqu’un qui disait du bien de Nicolas Sarkozy. Imaginez cela : dire du bien du Mal absolu. Cela a dû lui provoquer une chute de tension ou quelque chose de cet ordre-là. Ensuite, le père-la-morale a fait un petit effet sur le « sort enviable que les médias israéliens ont réservé à Carla Bruni » – histoire de leur dire qu’à lui on ne la lui faisait pas –, tout en ajoutant, vrai faux cul : « Aucun média français ne peut vous faire la leçon. » Ego te absolvo, donc.

C’est ensuite, sans transition, que Michel Field a fait son implosion : il a juste un problème avec le sac de Carla, enfin pas avec le sac, mais avec sa manière de le porter. Trop godiche, la Carla, tu penses, alors que Catherine Nay, éditorialiste maison, « porte le sac avec tant d’élégance ». Plusieurs minutes de ce tonneau. Olivier Duhamel, co-présentateur, était désespéré. Moi aussi.

J’ai réécouté le podcast pour vérifier que je ne n’avais pas halluciné. Je n’avais pas. Personne dans le studio pour dire son fait au précieux ridicule, sauf Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen, avec une verdeur bienvenue.

Je garde une haute opinion de mon métier, mais de moins en moins d’une part grandissante de ceux qui l’exercent. Mais jusqu’à quand abuseront-ils de notre patience ? Que l’on n’aime pas le président est tout a fait concevable – et Dieu sait qu’il y en a à dire sur Nicolas Sarkozy. Mais aussi nul, c’est rare : elle va faire le tour des plages et des cours de récrés, cette expression « ça fait Bernadette ».

Michel Field a eu raison de reprendre le flambeau : Frédéric Bonnaud, pourfendeur et contempteur pas drôle de « mon Nicolas » venait de partir en vacances, tant il s’était épuisé à attaquer les moulins à vent du sarkozysme pendant toute une saison. Une petite prise de narcissisme et une pointe de haine recuite plus tard, Field est entré au panthéon des nigauds avec une formule qui fera les bonheurs des dîners de bobos à gauche et des barbecues de droite. La prochaine fois qu’un gandin fera l’intéressant avec du creux aussi vide, on pourra toujours dire : « Ça fait Michel… ! »

L’Europe n’a pas d’odeur

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La communauté latine est furieuse ! Par la voix de son porte-parole, Emilius Quintus Julii, elle a fait connaître sa colère contre le président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy : « Il aurait pu déposer une gerbe ou prononcer une allocution, commémorant l’élection à la tête de l’Empire du regretté Caesar Vespanius Augustus, le 1er juillet 69. Mais, il a préféré écouter le lobby chrétien plutôt que de satisfaire au plus élémentaire devoir de mémoire. Stop à la discrimination ! Salve ! »

Récupération !

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Quand ils oublient d’être faux-jetons ou curaillons, nos amis de la LCR savent encore parfois être drôles : on peut en avoir la preuve cette semaine avec le titre de Une de Rouge, qui lance un appel en forme de clin d’œil au peuple de gauche de la gauche : « Vous êtes impatients ? Nous aussi ! »

Les « trahisons » d’Ingrid Betancourt

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Mais qu’allait-elle s’extraire de cette galère ? Libre, Ingrid Betancourt est en train de tout gâcher. Ses adorateurs les plus éclairés ont été profondément désorientés par ses déclarations. Pour l’heure, un flot de communiqués submerge encore écrans et kiosques. Mais passées les festivités de la Libération (la sienne, pas la blague de 1944…), la question ne manquera pas d’être posée : l’icône a-t-elle trahi ses fidèles ?

Il était tard dans la nuit et dans la jungle – colombienne qui plus est. On pouvait donc, on devait même, mettre sur le compte d’une joie pour le moins hallucinée ses premiers mots : « Accompagnez-moi d’abord pour remercier Dieu et la Vierge ! » Ce qui fut fait, amen. Radieuse et déterminée, l’otage la plus célèbre au monde voulu dire ensuite toute sa gratitude aux militaires : « Merci à l’armée de ma patrie ! » Après le goupillon, le sabre… Nul doute que, de Libération à Charlie Hebdo, la « victoire » aura pris, cette nuit-là, un goût quelque peu saumâtre.

Mais le meilleur, c’est-à-dire le pire, était encore à venir. Bien vite, en effet, l’aile alter mondialiste de l’église voyait, à son tour, le calice présenté à ses lèvres : non seulement le gouvernement colombien avait invité le candidat John McCain, afin qu’il fût aux premières loges au moment de la libération des otages (dont trois Américains), mais de surcroît on apprenait que des experts yankees – et peut-être même israéliens ! – avaient participé aux préparatifs de l’opération. Ainsi donc, celle qui sur l’autel de « la gauche de la gauche » se logeait gracilement entre Michael Moore, Mumia Abu-Jamal et le Che, était libérée au plus grand profit du candidat de la famille Bush. « Doux Jésus ! », s’est-on étranglé dans les rangs du NPA.

Au siège du Parti socialiste, on peut au contraire imaginer un silence assourdissant quand « Ingrid » remercia le Diable avec la même ferveur qu’elle avait remercié le bon Dieu : « Je veux dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi… » Et ce dernier, entourés des enfants de « Maman » et de ses proches de triompher modestement, en soulignant le rôle qu’il estimait avoir tenu, « au nom de la France », dans cet heureux dénouement. Puis, toujours « au nom des Français », il embrassait par satellite la belle captive dont toute la nation attendait le retour. Satisfaction supplémentaire pour le chef de l’Etat mû en chef d’orchestre : il s’offrait le luxe de saluer les efforts de Hugo Chavez – et pan ! pour Le Monde Diplo –, du chanteur Renaud, et du ci-devant french doctor et ministre d’ouverture, Bernard Kouchner. Après avoir difficilement dégluti, car de Colombie ne nous viennent pas des couleuvres mais des boas, la direction du PS sacrifia cependant au rituel du communiqué : chacun alla donc de sa déclaration, disant sa tantôt « joie », tantôt sa « fierté ». Mais le coup (médiatique) était fichtrement rude. Trop pour Ségolène Royale : « Tout le monde le sait, c’est une opération colombienne rondement menée. (…) En l’occurrence, Nicolas Sarkozy n’a été absolument pour rien dans cette libération. » Inutile. Et trop tard. Rien n’empêcherait le Président d’accueillir « Ingrid » à son arrivée à Paris, ni cette dernière de lui tomber dans les bras devant les caméras. Embrassons-nous, Libreville !

Grâces à Dieu, à l’armée et au bien-aimé Sarkozy ? En vérité, je vous le dis, la libération d’Ingrid Betancourt ne pouvait être plus proche du cauchemar pour la gauche. Enfin, à bien y réfléchir, si : elle pourrait maintenant accepter une mission internationale à la demande du Président. Ou entrer dans son gouvernement. Bref, camarades, il va falloir chercher ailleurs des raisons de rêver et d’espérer. Et se trouver une autre icône. Voyons… Barack Obama ? Pourquoi pas. Le temps que les médias se souviennent qu’il n’a jamais cessé d’échanger des compliments admiratifs avec un certain Nicolas Sarkozy.

Histoire d’Ockrent

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Remarquable longévité, à l’heure où PPDA fait des adieux déchirants et pousse des plaintes de martyr, et au moment où la sinécure romaine s’éloigne définitivement de Georges-Marc Benamou, celui-là même que Nicolas Sarkozy chargea, avec Jean-David Levitte, d’instruire le dossier France Monde.

La méthode globale
Que savons-nous de France Monde, cette holding constituée des participations de l’Etat dans Radio France Internationale (100%), TV5 Monde (66,61%) et France 24 (50%), les parts restantes étant partagées entre quelques personnes privées et des chaînes partenaires ? Peu de chose, et pourtant l’essentiel : le nom de sa directrice générale, Christine Ockrent.

Elle réunit en une personne tous les caractères de la brillante « globalisation », qui, après avoir considéré la nature provinciale de l’information française, entreprit de la projeter dans le monde réel. Formée à cette rude école, Christine Ockrent appliqua la fameuse méthode américaine, qu’on se gardera bien d’assimiler à celle dont se réclamait Aldo Maccione dans ses calamiteuses entreprises de séduction du beau sexe. Non, l’info selon NBC ou CBS News, c’était du sérieux, du solide, du factuel ! Il fallait, pour la servir, des individus bien mieux éduqués que la moyenne des aimables journalistes français… Ici commence l’ »histoire d’O ».

Quand Christine rencontre Amir
Son irruption sur la scène médiatique française se fit sur le mode tout à la fois sensationnel et polémique, en 1979. Au mois de mars, son entretien avec l’ultime Premier ministre du shah d’Iran, Amir Abbas Hoveyda, lui valut la reconnaissance de ses pairs et des accusations d’impair. D’aucuns trouvèrent que, par le ton dont elle usait, elle semblait plus accabler l’infortuné personnage que lui poser des questions. Cela aurait pu être mis au crédit de la jeune journaliste, démontrant par son agressivité un mépris professionnel des puissants. Hélas ! à ce moment précis de son existence, Amir Hoveyda n’était plus rien dans la hiérarchie sociale iranienne ; le Shah avait fui, et le doux Imam Khomeini s’apprêtait à étendre à tout le pays les principes d’amour et de tolérance qu’il avait longuement mûris dans sa résidence de Neauphles-le-Château, une commune des Yvelines où Marguerite Duras possédait une maison…

Enfin, pour tout dire, Hoveyda était emprisonné, et ses juges improvisés, d’inquiétants barbus, lui réclamaient des comptes, en usant de formules qui laissaient mal augurer de son intégrité physique… Au reste, dix jours plus tard, cet homme raffiné, libéral, hostile à la tyrannie, francophile et francophone (deux qualités qui ne lui furent d’aucune utilité), condamné à mort, fut exécuté. La révolution khomeiniste n’a pas contredit feu Reza Pahlavi, auquel on prête cette réponse à un journaliste venu de Suède, qui lui demandait pourquoi il ne s’engageait pas plus franchement dans la voie de la démocratie : « Je deviendrai volontiers social-démocrate lorsque mon pays sera peuplé de Suédois. » Il connaissait bien son clergé sinon son peuple, l’autocrate !

Cri-cri Marlène
Dès 1982, Christine Ockrent connut, à la présentation du journal de 20 heures, à Antenne 2, une gloire sans pareille. Les téléspectateurs envoûtés sacrifièrent au culte de leur nouvelle idole au sourire carnassier. La presse célébra le timbre élégant de sa voix, ses inflexions impérieuses, sa diction froide et nette. On vantait son magnétisme à la Dietrich, doublé d’une audace que les moins aimables appelèrent mépris. Il semblait qu’avant elle, ne s’étaient succédé à son poste que des amateurs, des hommes d’appareil, des fonctionnaires : bref, des Français. Avec elle, la méthode américaine du direct entrait dans les foyers. Elle inaugurait « l’American way of live » : elle partait faire son marché sur la planète, en ramenait des drames, des comédies et des témoins, puis elle autorisait le tout à paraître devant elle et en présence de quelques millions de téléspectateurs.

Le chagrin d’une Belge
Longtemps, elle fascina. Puis les Français s’aperçurent qu’ils pouvaient se passer d’elle ; ses patrons également. Elle ne s’éloigna guère et revint vite. Elle apprécia d’avoir acquis, d’une chaîne à l’autre, la réputation d’une « grande professionnelle », mais goûta fort peu les rumeurs relatives à ses émoluments. Dans son sillage résonnait la chanson de Châteauvallon : Puissance et gloire… Elle interpréta même une parodie hilarante de ce jeu qu’on appelle les chaises musicales : arrivée dans les bagages de Lagardère, elle repartit dans la caravane Bouygues, après la conquête de TF1 par ce dernier, en 1987. Elle en rit encore !

Cependant, elle connut des revers retentissants dans la presse écrite. La simple charité nous invite à passer rapidement sur la brève existence de L’Européen (1998-1999), placé sous sa direction, financé par The European et, dans une moindre mesure, par Le Monde, alors gouverné par l’influent Jean-Marie Colombani. Européenne convaincue, née en Belgique, elle se consola de cet échec en acceptant de diriger la rédaction de l’Express. Mais la chose n’évolua pas bien : elle fut virée ! Quelques années plus tard, elle publiait une biographie de Françoise Giroud, la co-fondatrice du magazine, dont quelques pages plutôt vachardes indignèrent le fan-club de « notre mère en journalisme ». Critique redouté qui avait alors claqué la porte de l’Express pour l’Observateur, Angelo Rinaldi lava l’affront dans quelques lignes assassines. Estimant que les déplaisantes « révélations » du livre (notamment sur la rupture entre Giroud et Servan-Schreiber) traduisaient un « parti-pris de dénigrement », il recommanda de jeter à la corbeille « ce parfait manuel de trahison ». La douche glacée ! (Christine Ockrent ayant obtenu un droit de réponse, Rinaldi claqua aussitôt la porte de l’hebdomadaire.) Bref, à l’exception des gratuits (elle conseilla le quotidien Métro, dont les pages chiffonnées et salies jonchent tristement les rames et les couloirs), la presse lui aura été cause de bien du chagrin !

Français + allemand = anglais !

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« Il est nécessaire que l’anglais devienne pour tous une langue de travail, pas seulement de management, mais aussi dans les usines » : voici ce que déclarait le 23 juin à La Tribune Tom Enders, président d’Airbus. A la place des employés et des actionnaires du consortium franco-allemand, on se méfierait : le dernier PDG à avoir été aussi furieusement moderne, c’était Serge Tchuruk, patron d’Alcatel. Dans la foulée, il a inventé le concept de « compagnie sans usine ». Puis a divisé par vingt-cinq le cours de l’action.

Faisons un cauchemar !

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Vu hier soir, sur une colonne Morris que je ne nommerai pas, une affiche annonçant pour septembre la reprise de Faisons un rêve au théâtre Edouard VII. « Et alors », direz-vous? Rien, hormis une monstrueuse erreur de casting… Pourquoi diable (boîteux) s’obstine-t-on à faire jouer le rôle de Sacha Guitry par Pierre Arditi ? Une limande citoyenne dans le rôle d’un misanthrope souverain : c’est sans doute ce qu’on appelle l’ « Actor’s Studio » à la française ! Bref pourquoi lui plutôt que je ne sais pas moi, Depardieu ou Eric-et-Ramzy[1. L’ensemble y eût gagné en crédibilité.] ? Ah mais si, suis-je bête? Arditi a les cheveux gris.

Le Petit Larousse s’est encore illustré

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L’édition 2009 du Petit Larousse s’annonce excellente : 150 noms communs et une cinquantaine de noms propres y font leur entrée. C’est ainsi que le terme « bien-pensance » figurera pour la première fois dans le dictionnaire, tout comme Marion Cotillard, Pierre Arditi, Yann Arthus-Bertrand, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Bien-pensance, vous avez dit ?

Tchao, Ingrid !

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Tout d’abord on est content. Pour elle, pour sa famille, pour ses proches.
Ensuite on est admiratif : techniquement, l’opération militaire était spectaculaire et pour tout dire réjouissante.
Et puis… et puis c’est tout, ou presque. Parce que, franchement, on voit mal de quoi cette libération est le symbole…

S’agit-il d’une victoire pour les droits de l’Homme ? Pas vraiment, et pour une raison simple : la capture, la détention, et la libération de Mme Betancourt sont de fait des événements essentiellement colombo-colombiens, sans aucune portée universelle. Si Ingrid n’avait pas, dans sa jeunesse, tissé un puissant réseau d’amitiés dans les élites parisiennes, si La rage au cœur, son recueil de banalités édité par XO n’avait pas fait un carton sur les plages à l’été 2001, je ne pense pas que les autorités françaises auraient fait le moindre effort pour la libérer, et je ne suis même pas sûr que les FARC se seraient donné la peine de la kidnapper. M’est avis que si Marulanda avait eu le choix, il aurait mille fois préféré capturer Madonna ou Brad Pitt… L’abominable calvaire qu’a vécu Ingrid Betancourt lui a été imposé par son statut de micro-vedette des médias, pas par ses idéaux. Certes il est possible que son exfiltration ait un impact sur les affaires intérieures colombiennes (mais, en vrai, qu’est-ce qu’on s’en fiche ?) ; en revanche, il est certain qu’à l’échelle planétaire, cet heureux dénouement c’est peanuts. Pardonnez-moi de gâcher la fête, mais cette libération-là n’est pas celle de Sakharov ou de Mandela. Il est vrai que, dans ces deux cas, TF1 n’avait pas jugé impératif d’interrompre ses programmes.

S’agit-il d’une victoire de la démocratie ? Bof. C’est, me semble-t-il, une mauvaise plaisanterie dans le cas d’Uribe, de son régime largement adossé aux milices paramilitaires, aux conseillers spéciaux américains et – autant, et peut-être plus que les FARC ne l’ont jamais été – aux narcotrafiquants. Parler dans cette affaire de victoire de la démocratie, c’est a minima avoir une piètre opinion de celle-ci – opinion respectable, même si Bernard Kouchner la défend trop rarement en public.

Victoire contre le terrorisme ? A la rigueur, je veux bien… Mais faut-il combattre le terrorisme ? A mon avis, non. Pas en tant que tel en tout cas. Personnellement, je ne regrette absolument pas d’avoir passé une bonne partie de ma jeunesse à défendre l’ANC de Nelson Mandela – y compris en collectant ouvertement de l’argent destiné à l’achat d’armes. Or l’ANC était bel et bien un mouvement terroriste. Pas seulement ça, certes, mais aussi ça. D’autres, plus vieux que moi, ont porté les valises du FLN mais, à leur décharge, le FLN, lui, ne s’encombrait pas d’otages. D’autres encore, aujourd’hui, témoignent vis-à-vis du terrorisme tchétchène ou gazaouï d’une mansuétude teintée de sidération enthousiaste. Faut-il rappeler qu’en 1943, une large partie de l’opinion française considérait Jean Moulin et ses camarades comme des terroristes ? Et que le Terrorisme avec un T majuscule, celui de Robespierre et Saint-Just est, que cela plaise ou non, la matrice de nos institutions ? Certes, tout cela ne nous dit pas si les guérilleros des FARC sont de courageux insurgés anti-impérialistes, genre Che Guevara-Robin des Bois ou d’odieux criminels marxistes façon Pol Pot-Savonarole. Pour être sûr de connaître la bonne réponse à cette question, il faut être abonné au Monde Diplo et au Meilleur de mondes. Et moi, je ne suis abonné qu’à Rock & Folk, à la Gazette de l’Hôtel Drouot et à Causeur version papier…

Cambrioleur pas gentleman

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Un monte-en-l’air semble vouloir élire domicile chez Ségolène Royal : c’est la troisième fois que l’ex-candidate socialiste est cambriolée. Son avocat, Jean-Pierre Mignard, soulignait lundi matin sur RTL le caractère dramatique de l’événement qui a eu lieu « à la veille d’une intervention politique extrêmement importante : la présentation de sa contribution pour le prochain congrès du PS », avant de se poser la question que tout le monde se pose : « Est-ce que c’est un maniaque, est-ce que c’est une officine, sur ce point nous n’en savons strictement rien. » Enfin, cher Maître, voler un discours de Ségolène Royal, faut pas être maniaque, faut être carrément une officine de frapadingues.

Le sac de Carla

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« Ça fait Bernadette ! » Entendre cela dans une émission qui veut « scruter les rapports incestueux entre politique et médias » donne une idée du rayonnement résiduel issu du Big Bang des médias français. « Ça fait Bernadette », l’auteur de cette sentence définitive est Michel Field, incrédible donneur de leçons, parangon de la morale bienséante, ordonnateur du prêt-à-penser médiatique. De gauche, cela va sans dire. Je l’ai senti passer dans mes tympans, puis faire le tour de mes neurones qui ont essayé de ranger quelque part cette déclaration définitive. Ils l’ont classée dans le tiroir « conneries à jeter sans tarder ». Je crois rêver, mais cette déclaration est un cauchemar.

Contexte : dimanche dernier, nous étions le 29 juin, il faut que l’Histoire retienne cette date. Le lieu du crime était l’antenne d’Europe 1, l’émission Médiapolis. Cela avait commencé clean et intelligent avec le voyage officiel de Nicolas Sarkozy, expliqué en direct par un journaliste du respecté quotidien israélien Haaretz.

Le reste doit provenir de cela : Michel Field a été obligé d’écouter pendant quelques minutes quelqu’un qui disait du bien de Nicolas Sarkozy. Imaginez cela : dire du bien du Mal absolu. Cela a dû lui provoquer une chute de tension ou quelque chose de cet ordre-là. Ensuite, le père-la-morale a fait un petit effet sur le « sort enviable que les médias israéliens ont réservé à Carla Bruni » – histoire de leur dire qu’à lui on ne la lui faisait pas –, tout en ajoutant, vrai faux cul : « Aucun média français ne peut vous faire la leçon. » Ego te absolvo, donc.

C’est ensuite, sans transition, que Michel Field a fait son implosion : il a juste un problème avec le sac de Carla, enfin pas avec le sac, mais avec sa manière de le porter. Trop godiche, la Carla, tu penses, alors que Catherine Nay, éditorialiste maison, « porte le sac avec tant d’élégance ». Plusieurs minutes de ce tonneau. Olivier Duhamel, co-présentateur, était désespéré. Moi aussi.

J’ai réécouté le podcast pour vérifier que je ne n’avais pas halluciné. Je n’avais pas. Personne dans le studio pour dire son fait au précieux ridicule, sauf Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen, avec une verdeur bienvenue.

Je garde une haute opinion de mon métier, mais de moins en moins d’une part grandissante de ceux qui l’exercent. Mais jusqu’à quand abuseront-ils de notre patience ? Que l’on n’aime pas le président est tout a fait concevable – et Dieu sait qu’il y en a à dire sur Nicolas Sarkozy. Mais aussi nul, c’est rare : elle va faire le tour des plages et des cours de récrés, cette expression « ça fait Bernadette ».

Michel Field a eu raison de reprendre le flambeau : Frédéric Bonnaud, pourfendeur et contempteur pas drôle de « mon Nicolas » venait de partir en vacances, tant il s’était épuisé à attaquer les moulins à vent du sarkozysme pendant toute une saison. Une petite prise de narcissisme et une pointe de haine recuite plus tard, Field est entré au panthéon des nigauds avec une formule qui fera les bonheurs des dîners de bobos à gauche et des barbecues de droite. La prochaine fois qu’un gandin fera l’intéressant avec du creux aussi vide, on pourra toujours dire : « Ça fait Michel… ! »

L’Europe n’a pas d’odeur

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La communauté latine est furieuse ! Par la voix de son porte-parole, Emilius Quintus Julii, elle a fait connaître sa colère contre le président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy : « Il aurait pu déposer une gerbe ou prononcer une allocution, commémorant l’élection à la tête de l’Empire du regretté Caesar Vespanius Augustus, le 1er juillet 69. Mais, il a préféré écouter le lobby chrétien plutôt que de satisfaire au plus élémentaire devoir de mémoire. Stop à la discrimination ! Salve ! »

Récupération !

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Quand ils oublient d’être faux-jetons ou curaillons, nos amis de la LCR savent encore parfois être drôles : on peut en avoir la preuve cette semaine avec le titre de Une de Rouge, qui lance un appel en forme de clin d’œil au peuple de gauche de la gauche : « Vous êtes impatients ? Nous aussi ! »