Accueil Site Page 3168

Pour la réintroduction du Blanc chez les Bleus ?

« Il y eut un Blanc et, soudain, un tonnerre d’applaudissements. Le Stade de France, mal rempli et malveillant, cessa de siffler les Bleus pour les encourager. Au milieu du terrain, un beau gosse venu de Lorient, avait tout changé, qui brillait de mille feux pour sa première titularisation face à la Serbie. Dribbles inspirés, passes millimétrées, jeu galvanisé : que Yoann Gourcuff faisait plaisir à voir parmi tous ces Blacks ! Cette équipe de nuls, décidément, offrait un visage trop monocolore jusqu’à sa venue. Du sang nouveau, frais, de la diversité, un bon petit gars du terroir au milieu des banlieusards, et au final, la gagne ! Enfin ! »

Racistes, les lignes qui précèdent ? Sans aucun doute.

Mais à ceux qui auront légitimement tiqué en lisant l’entame de ce billet, il faut poser une question : pourquoi ne sont-ils pas également choqués par les arguments des partisans de la « discrimination positive » ? Depuis plusieurs années, on nous explique en effet que la télévision française est trop « pâle » (je cite), que notre assemblée est « écoeurante avec tous ses hommes blancs », que nos facs et nos entreprises sont « désespérément monocolores ». Libération, Le Nouvel Observateur, le Parti Socialiste le disent, mais aussi Le Figaro et, désormais, l’UMP. Et s’il est ici question de foot, c’est parce que cette dérive a débuté sur la pelouse du Stade de France.

Souvenez-vous. En 1998 comme en 2000, les commentateurs ont unanimement estimé que la France était devenue championne du Monde et d’Europe parce que son équipe était « métissée« . La qualité de son réseau associatif amateur, ses centres de dépistage et de formation, la qualité de son encadrement ? Négligeables. Les Bleus étaient victorieux parce qu’il n’y avait pas trop de Blancs dans leurs rangs : relisez notre presse, c’est explicitement ce que l’on nous a gentiment seriné. Ce racisme angélique, ce racisme bienveillant, était évidemment maladroit : Brésil excepté, les équipes qui dominent le football mondial depuis trente ans, raflant toutes les Coupes du Monde – à savoir : l’Argentine, l’Allemagne et l’Italie – n’ont jamais aligné un seul joueur de souche non européenne. Que faudrait-il en déduire ? Que l’antiracisme mène à tout, y compris au racisme.

Parce que de deux choses l’une : ou bien l’appel à la « discrimination positive » s’avoue clairement raciste – c’est-à-dire dirigée pour l’éternité contre les seuls Blancs – ou bien alors elle doit s’appliquer à tous et partout. S’il s’agit de corriger la prédominance ethnique ou religieuse de tel ou tel groupe afin d’en favoriser d’autres, cette règle (absurde et destructrice du principe fondateur de notre civilisation, la méritocratie) ne devrait ne souffrir aucune exception. Vous en avez, bien entendu, anticipé la conséquence logique : dans le sport comme dans la musique, qui sont tout de même deux des plus faramineuses sources de célébrité et d’enrichissement en Occident, la proportion de Blancs étant bien moindre que dans la population, il conviendrait de leur réserver des places. Les tenants de l’affirmative action sont-ils prêts à accepter des quotas en faveur des Blancs dans les stades et sur M6 ?

Soyons conséquents : on ne pourra dire à certains de nos concitoyens que pour faire place aux « discriminés », ils seront exclus des amphithéâtres de Dauphine, des bancs du Palais Bourbon et des instances de Publicis en raison de leur origine corrézienne, polonaise ou vietnamienne… et leur expliquer dans le même temps que pour le rap, le foot, la radio ou le mannequinat, seuls le talent et le mérite seront pris en compte. « Désolé, Coco, on a déjà trop de blonds, trop de Juifs, trop de Latins : tes études, ton savoir-faire, ton énergie ne pèsent rien en comparaison de tes origines ! » Belle société, en vérité, que nous façonnerait la « discrimination positive » : injuste et déglinguée d’inefficacité. En matière « d’origine », la seule discrimination qui mérite d’être combattue, parce qu’elle est moralement odieuse, parce qu’elle nous prive d’innombrables talents, c’est celle de l’origine sociale. Que l’école revienne à sa mission, que le système des bourses soit rétabli et renforcé, que le principe de responsabilité (donc de limogeage) soit enfin appliqué enfin à tous les médiocres qui peuplent nos ministères, le Quai d’Orsay ou le CAC 40 : voilà la vraie, la seule révolution dont nous ayons besoin. Nous n’avons pas besoin de plus de « blacks » sur France Télévision ni de plus de juifs dans le hip-hop, nous n’avons pas besoin de plus de musulmans à l’assemblée ni de plus de Français « de souche » dans le basket : nous avons besoin, cruellement besoin, de plus de méritocratie. Vieux mot sans doute, mais idée toujours neuve à laquelle feraient bien de s’intéresser les partisans des quotas de race.

L’âge de la retraite encore repoussé

4

Né en 1928, la même année que le pétulant Siné, Jean-Marie Le Pen confie dans un entretien à Valeurs actuelles qu’il envisage de prendre sa retraite en 2010. Malheureusement, Arnauld Folch, notre confrère de VA qui recueillait ses propos, n’a pas pensé à lui demander quel serait le titre de l’hebdo satirique qu’il lancerait alors.

PPDA complètement à l’Est

5

Le président d’Arte, Jérôme Clément, vient d’annoncer que Patrick Poivre d’Arvor ralliera en novembre prochain sa chaîne pour y réaliser de grands entretiens avec des personnalités de la culture. Pour PPDA, le chemin de Strasbourg, où Arte a son siège, est un retour aux sources : il y avait fait dans les années 1960 sa première année d’études (devenant même le patron régional des Jeunes Giscardiens). Et puis Strasbourg, c’est quand même la ville d’Ettore Bugatti !

Faillibilité pontificale

2

Trudi Kohl, notre correspondante allemande à Paris, est pour l’heure la seule journaliste à avoir relevé l’erreur de Sa Sainteté Benoît XVI lors de son discours à Notre-Dame. Le Saint Père a cité ses augustes prédécesseurs ayant fréquenté la cathédrale parisienne : « Alexandre III, Pie VI et Jean-Paul II ». Incarcéré à Valence par la jeune République française, Pie VI y mourut d’épuisement en août 1799, mais ne « monta » jamais à Paris. En revanche, son successeur, Pie VII fut contraint de gagner Notre-Dame pour y célébrer le sacre de Napoléon Ier en 1804 – l’Empereur lui laissant juste la latitude de bénir la couronne dont il se coiffait lui-même. Nous espérons que le dogme de l’infaillibilité pontificale n’est pas remis en cause par l’imprudente Trudi Kohl. Au quel cas, causeur.fr la chargerait de réécrire la patrologie grecque et latine à la main.

PS : vous pouvez continuer à suivre la visite de Benoît XVI en France avec Trudi Kohl, dès samedi 13 septembre à 9 h 30.

L’Apollon de Neuilly

17

Lors de l’incendie du musée du Louvre en 1871, le chef d’oeuvre de Jean Darty, intitulé L’Apollon de Neuilly, fut déménagé par erreur au musée des Beaux-Arts de Levallois-Perret. Déclaré perdu à l’inventaire de 1989, on le retrouve fort heureusement accroché en 1994 sur les cimaises de la Fondation Isabelle-Balkany à George Town. On remarquera la parfaite virilité du sujet, ainsi qu’au sol la cuiller en or qui, sans un ultime repentir du peintre, serait plantée dans la bouche de l’Apollon, comme l’a subtilement analysé le célèbre critique d’art Maurice Sinet, qui a déclaré : « Moi je m’en fous. De toute façon ça va chier dans la colle. »

Jean Darty, L’Apollon de Neuilly 1812, huile sur toile. Conservé à la Fondation Isabelle-Balkany, de George Town (Cayman Islands).

Pour vivre heureux, vivons fichés !

52

Quelque chose à cacher ? Et puis quoi encore ? Osons-le dire : le véritable scandale Edvige n’est pas celui qu’on croit. Ce que révèle cette nouvelle « affaire des fiches » n’est pas tant la volonté du pouvoir de fouiner dans les existences des citoyens que le souci affiché par ces derniers de se protéger contre de telles intrusions.

On croyait les frontières de la vie privée abolies et le règne de la transparence instaurée, convictions intimes, opinions personnelles, secrets inavouables étaient tenus pour de monstrueuses survivances du passé. Offrir à ses semblables chaque bribe de son existence, telle était la grande aventure des temps postmodernes. Quand on avait des lettres, on appelait ça autofiction et quelques femmes de tête y excellèrent. Les pauvres pouvaient tenter leur chance avec la télé-réalité, cette conquête démocratique qui universalisa le « droit d’être vu ». Et voilà que le scandale Edvige révèle au grand jour les tendances au secret, à la dissimulation et peut-être même à la honte, qui continuent de ronger la société. Au point qu’on peut parler de régression.

Les masques tombent – ce qui, en l’occurrence, signifie qu’ils reviennent. Les vestes se retournent. Les anciens adeptes de la transparence ne jurent plus que par le secret. Celui qui hier s’affichait à la gay pride, exhibait ses tatouages musculeux ou narrait par le menu sur les plateaux de télévision ses expériences sexuelles hors-norme, suffoque d’indignation à l’idée que son homosexualité pourrait être connue de la police. Les ados piétinaient dans des castings des heures durant dans l’espoir d’obtenir le droit d’être filmés sous toutes les coutures 24 heures sur 24. Ils fourbissent leurs banderoles pour la grande parade du droit à l’intimité, l’équivalent de la hide pride de Londres, qui aura lieu le 16 octobre, jour de la sainte Edwige. Les foules qui proclamaient leur amour du Pape, du dalaï-lama ou de Zidane tremblent à la perspective que leur foi puisse être dévoilée. Les yuppies qui s’inscrivaient sur Facebook pour que leurs contemporains n’ignorent rien de leurs petites habitudes s’y mobilisent aujourd’hui au nom de la défense de la privacy. Bref, hier on ne vivait que par la publicité ; aujourd’hui, on dirait que rien n’est plus désirable que la clandestinité.

D’accord, ce n’est pas pareil. On ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas tout à la fois s’adonner à l’exhibition choisie et fantasmer sur l’inquisition subie. La mise à nu n’est jamais autre chose qu’une mise en scène. Des tas de gens sont prêts à lâcher sur internet des vidéos de leurs ébats amoureux mais s’étouffent à l’idée qu’on puisse les filmer en train d’acheter leur pain. Que chacun ait le droit de faire de sa vie un spectacle n’autorise personne, et surtout pas les représentants de l’Etat sur terre, à espionner en coulisse. Admettons d’ailleurs que le super-fichier pose des tas de problèmes réels, le premier étant qu’on ne voit pas très bien l’intérêt de payer des fonctionnaires de police pour dénicher une information dont une bonne part s’étale à la « une » des journaux. Pour le reste, mieux vaudrait leur payer une bonne formation sur Google que de dépenser des millions dans une usine à gaz informatique.

Quand chacun promène ses identités en sautoir, affichant sa fierté d’être juif, catho, sourd, écolo, frigide ou dépressif (vite, une lexomil pride), le charivari fait autour d’Edvige n’en est pas moins hilarant. « Ne dites pas à ma mère que je suis pédé, elle l’a appris à la télé. » Il est toujours réjouissant de voir deux inventions de l’époque se précipiter tête baissée l’une vers l’autre jusqu’à la collision frontale. On s’offre à tous les regards mais on ne saurait tolérer la curiosité de l’Etat policier. Encore qu’elle semble susciter une forme de gourmandise, comme si chacun, en secret, s’imaginait avec délectation qu’il est espionné, surveillé, fiché. On se rêve en Winston luttant contre Big Brother (mais qui gagnerait à la fin). Tout en pensant déjà au moment où l’on pourra enfin parler, l’œil humide, du « viol » dont on a été la victime.

À la réflexion, nous sommes en présence d’un cas d’école du seul combat qui ait encore cours, celui de Moderne contre Moderne dont Muray a si drôlement exposé les ressorts. « Il faut prendre le Moderne la main dans le sac, en train de se crêper son propre chignon », a-t-il écrit. On aura au moins essayé.

Moderne contre moderne (Exorcismes spirituels, tome IV)

Price: ---

0 used & new available from

Jean-David Lévitte, meilleur ouvrier de France, option diplomatie

38

Parmi les conseillers du président de la République, on distingue les tonitruants et les discrets. D’un côté les Henri Guaino, Emmanuelle Mignon, Georges-Marc Benamou, de l’autre les Raymond Soubie, chargé des affaires sociales ou Jean-David Lévitte, chef de la cellule diplomatique.

A l’exception d’Henri Guaino, toujours en fonction, les bavards ont quitté rapidement leurs bureaux du faubourg Saint-Honoré, alors que les muets sont toujours là. Ces derniers, comme par hasard, ont en charge des secteurs où Nicolas Sarkozy peut se prévaloir de succès non négligeables, et où la rupture annoncée par le candidat à l’élection présidentielle est la plus perceptible. La réforme des retraites, la refondation du dialogue social, la mise en place d’un service minimum dans les transports ont été effectués sans susciter un soulèvement généralisé des salariés du genre de ceux qui avaient mis à bas la réforme Juppé de 1995 ou le CPE de Dominique de Villepin en 2005. L’habileté et la longue pratique des partenaires sociaux de Raymond Soubie, ancien chef de cabinet de Raymond Barre, ont été pour beaucoup dans ce succès, notamment parce qu’elles ont permis l’instauration d’un dialogue direct, à l’abri des regards, entre Nicolas Sarkozy et Bernard Thibault.

Ceux qui pensent que la politique étrangère de la France est élaborée au Quai d’Orsay sous la direction éclairée de Bernard Kouchner confondent présence médiatique et pouvoir réel : jamais, dans l’histoire récente de la Ve République, le poids de la cellule diplomatique de l’Elysée n’a été aussi important qu’aujourd’hui. La raison en est simple: il ne s’agit plus d’appliquer de vieilles recettes mitonnées du temps du Général en les adaptant plus ou moins bien aux péripéties de la vie internationale, mais d’opérer une mutation radicale du comportement de la France dans l’Europe et dans le monde. En matière de politique européenne, la direction des opérations a été confiée à un autre ministre d’ouverture, Jean-Pierre Jouyet, moins flamboyant mais diablement plus efficace que Kouchner. Le reste du monde, les crises diverses et variées, les « coups diplomatiques », la vision à moyen et long terme, les affaires stratégiques sont du ressort du très discret et très secret Jean-David Lévitte. S’il n’avait choisi la diplomatie à sa sortie des Langues-Orientales (chinois et indonésien) en 1970, il aurait pu faire carrière (et fortune) comme pro du poker, tant sa pensée est indéchiffrable sur les traits de son visage. Les journalistes accompagnant, lundi 8 septembre, Nicolas Sarkozy dans sa navette entre Moscou et Tbilissi n’en sont pas encore revenu de l’avoir entendu bramer « On est les champions ! » après la conclusion au forceps, d’un accord de retrait de Géorgie des troupes russes. De sa part, un tel langage paraît aussi incongru que les flatulences d’une duchesse pendant sa révérence devant la reine d’Angleterre.

C’est que sans particule ni diplôme de l’ENA, il sait « faire » le diplomate comme si sa famille était dans la carrière depuis des générations. Toujours tiré à quatre épingles, il ne tient en public que des discours positifs, n’exposant jamais un problème sans suggérer des solutions propres à satisfaire son interlocuteur.

Reste que s’il n’était que cela, la modestie de ses diplômes – il est entré au Quai par la petite porte du concours d’Orient – l’aurait mené, en fin de carrière et avec de la chance, jusqu’à un poste d’ambassadeur dans un « petit dragon » asiatique comme Singapour, la Malaisie ou les Philippines…

Ce « quelque chose de plus » qui transforme un haut-fonctionnaire lambda (« pour être un bon ambassadeur, il ne suffit pas d’être bête, encore faut-il être poli », disait un ancien Secrétaire général du Quai…) en un acteur respecté de la haute diplomatie mondiale vient peut-être, chez Lévitte, d’un itinéraire personnel et familial franchement atypique dans son milieu.

Dans le portrait que Le Monde lui consacre en juin 2007, il est indiqué d’entrée que Jean-David est issu d’un père russe et d’une mère sud-africaine. Ben voyons! Georges Lévitte, le père, né en 1918 à Ekaterinenbourg, a quitté son Ukraine natale avec ses parents en 1922, fuyant les bolchéviques. De russe, la famille ne possédait que la langue, pratiquée avec le yiddish dans toutes les bourgades et quartiers de la « zone réservée » assignée aux juifs par le régime tsariste. Sans être paranoïaque, on peut trouver surprenant que Le Monde ne fasse aucune mention de cette appartenance dans le tableau qu’il brosse de l’itinéraire personnel et familial du sherpa du président. Pour le quotidien « de référence », c’est en tant que « Russes blancs » que les Lévitte fuient la Russie pour s’installer en France. La disparition de ses grands-parents à Auschwitz est évoquée sans autre explication, comme si les nazis avaient systématiquement exterminé les partisans de la dynastie Romanov. Que Georges Lévitte, fondateur avec son frère Simon, de la maison d’enfants juifs de Moissac, soit devenu après la guerre une figure marquante de la communauté juive française, notamment comme animateur du colloque annuel des intellectuels juifs de France, n’a pas plus suscité l’intérêt de la portraitiste du Monde. Sans tomber dans un déterminisme généalogique de comptoir, on peut affirmer que ce n’est pas en révérant la mémoire de Nicolas II et de Pierre le Grand que Jean-David a formé sa perception historique et géopolitique de la planète !

Il est pourtant permis de penser que cet héritage très particulier l’a aidé, en 2002, alors qu’il était ambassadeur à Washington, à lancer la contre-offensive contre le french bashing (la furia antifrançaise) qui faisait rage dans le monde politique et médiatique américain. On le croyait, lui, quand il disait que la France n’était pas ce pays antisémite décrit dans la presse des Etats-Unis…

En même temps qu’il ferraillait pour défendre l’honneur tricolore outre-Atlantique, il prenait ses distances avec Jacques Chirac, qui avait pourtant fait de lui, en 1995, son conseiller pour les affaires stratégiques, puis son représentant aux Nations-Unies et à Washington.

Il est donc celui qui ouvre les portes de l’Amérique et de ses élites politiques et économiques à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur en lutte avec le diplomate Villepin pour la succession de Jacques Chirac. Sarkozy et Lévitte font le même diagnostic de faillite de la politique extérieure chiraco-villepiniste – rodomontades rhétoriques pour la galerie et cynisme affairiste en coulisse. Dès avant l’élection d’avril 2007, les deux hommes élaborent les grandes lignes de la nouvelle diplomatie française. Le rapprochement avec les Etats-Unis et Israël, le retour dans les structures militaires intégrée de l’OTAN, la désintrication, au Liban et dans la région, des intérêts de la France d’avec ceux du clan Hariri, la réconciliation avec les pays de la « Nouvelle Europe » blessés par les propos méprisants de Chirac en 2003 (« Ils ont perdu une bonne occasion de se taire ! ») ont été menées ensuite avec constance. Et le résultat est là.

Même les opposants les plus déterminés à la politique de Sarkozy, à l’exception, bien sûr, de l’extrême gauche et des paléo-gaullistes, doivent reconnaître que cette rupture n’a pas fait de la France un vulgaire vassal des Etats-Unis. L’affaire géorgienne et l’ouverture vers la Syrie se sont révélées des succès diplomatiques, relatifs certes, et susceptibles de réversion, mais incontestables. Les observateurs étrangers, quelque peu surpris, observent que la France est de retour, moins arrogante mais plus efficace. Résultat, elle parvient à profiter de l’absence momentanée des Etats-Unis pour cause de campagne présidentielle.

Bachar al-Assad est d’autant plus sensible aux pressions exercées par la France pour qu’il se détache de l’Iran et poursuive le dialogue avec Israël que Paris est de nouveau écouté à Jérusalem et à Washington. Bref, la France revient dans le jeu proche-oriental et si l’on ajoute que le conflit caucasien est circonscrit, le résultat n’est pas mince.

Dans cet art tout d’exécution qu’est la diplomatie, Jean-David Lévitte possède toutes les qualités d’un artisan qui mériterait la distinction de « Meilleur Ouvrier de France » si celle-ci n’était pas réservée aux Bocuse et autres charcutiers, orfèvres ou brodeuses de perles, dont notre pays est, à juste raison, si fier. Dans cette France où l’art du paraître exerce sa prééminence sur l’aptitude à bien faire, ce n’est pas une mince satisfaction de voir, pour une fois the right man at the right place.

Merci qui ?

1

Aujourd’hui, Robert Ménard, le président de Reporters sans frontières, est un homme heureux. Il y a peu de temps, l’attitude inique de Nicolas Sarkozy par rapport au Dalaï Lama lui avait fortement déplu, et il l’avait fait savoir. Mais désormais, le président de RSF est tellement craint par les puissants qu’il n’a même pas eu besoin de faire le moindre geste pour que le président de la République se décide enfin à recevoir Benoît XVI.

Européens, encore un effort !

20

La métaphore n’est peut-être pas la plus délicate, ni d’ailleurs la plus adéquate, mais L’Europe frigide d’Elie Barnavi pose d’entrée un constat : le désir d’Europe s’est dramatiquement affaibli dans les pays membres de l’Union européenne. Le double refus français et néerlandais du Traité constitutionnel, le « non » irlandais au Traité de Lisbonne ne sont pas des phénomènes marginaux, mais des révélateurs de ce mal insidieux qui ronge l’Europe institutionnelle. Barnavi fait une description clinique de cette forme d’aboulie politique qui empêche l’Union européenne d’accéder au statut de pôle planétaire de puissance et de rayonnement, aux côtés des Etats-Unis aujourd’hui et, peut-être demain, de la Chine.

Historien israélien devenu, après son passage dans la diplomatie, conseiller scientifique du Musée de l’Europe à Bruxelles, Barnavi rêve d’être pour l’Union Européenne ce que Michelet ou Renan furent jadis pour la nation française : le producteur d’un récit historique dans lequel les citoyens du Vieux Continent trouveraient les héros et les symboles de leur unité dans la diversité. Si les princes ont fait les Etats, les historiens, certes, ont grandement contribué à construire les nations et leur conscience collective, mais cela ne marche pas à tous les coups. La fascination de l’historien Barnavi pour ce phénomène inouï – l’abandon volontaire d’éléments de souveraineté de l’Etat-nation au profit d’un instance supérieure supranationale – l’incite à estimer irresponsable que des peuples, et les hommes politiques censés les guider, ne s’enthousiasment pas (ou plus) pour ce projet grandiose : la création d’un empire par consentement mutuel.

Il regrette ainsi que l’Europe se refuse à franchir le « portail sacré du politique », selon l’expression de Jean-Louis Bourlanges, fervent europhile aujourd’hui bien désabusé. Le retour en force de l’Etat-nation, y compris au coeur même de l’Union européenne (voir les Flamands), n’est pas une régression, contrairement à ce que pense l’auteur, mais le rappel d’une évidence: depuis Athènes, l’espace du politique est celui où les citoyens, même lorsqu’ils s’affrontent durement, parlent de la même chose dans la même langue. L’organisation du parlement européen en groupes politiques et non pas nationaux est un leurre qui ne trompe que ceux qui veulent bien l’être. A l’exception, peut-être des Verts, seule mouvance dotée d’une idéologie vraiment transnationale, les affinités demeurent plus nationales que politiques. Ainsi, un PS français se sentira, intimement, toujours plus proche et solidaire d’un UMP que d’un blairiste britannique… C’est pourquoi il est à craindre que la potion que le Dr Barnavi se propose, avec une conviction admirable, d’administrer à l’Europe pour la remettre sur le chemin de l’orgasme communautaire ne se révèle poudre de perlimpinpin.

L'Europe frigide: Réflexions sur un projet inachevé

Price: ---

0 used & new available from

Etes-vous prêt à élire un noir ?

48

Êtes-vous pour ou contre le racisme ? À force d’être soumis au pilonnage médiatique, on finit par avoir l’impression que c’est cette question qui sera posée aux électeurs américains le 4 novembre prochain. Paradoxalement, cette élection présidentielle dans laquelle, pour la première fois, un demi-noir est en position crédible, est en effet une source inépuisable pour l’antiaméricanisme global, réseau paranoïaque et mondialisé qui trouve ses sources dans la gauche et l’extrême gauche américaines, et alimente à partir de ce point de départ la bien-pensance planétaire. Le New York Times, le Los Angeles Times, le San Franscico Chronicle et CNN donnent le « la », les médias européens reprennent en chœur. À travers l’affrontement entre deux candidats, ce qui se joue, c’est celui qui oppose l’Amérique raciste à l’Amérique du progrès, autant dire de l’ombre et de la lumière, pour reprendre les catégories d’un certain Jack Lang.

« L’Amérique est-elle prête à élire un noir ? » Cette question est donc la seule qui vaille. Seulement, la poser revient à incriminer collectivement et préventivement de racisme tous ceux qui s’apprêtent à voter McCain. En effet, en choisissant comme candidat Barack Hussein Obama, les démocrates y ont explicitement répondu par l’affirmative, se rangeant du même coup dans le camp du Bien. Notons que certains d’entre eux sont encore plus « prêts » que d’autres. Ainsi, 94 % des électeurs noirs ont l’intention de voter pour Obama, et il ne viendrait à personne l’idée, qu’allez-vous penser là, de les accuser de racisme. Par ailleurs, seuls 8 % des électeurs déclarent que la race d’Obama est un obstacle pour eux – et on peut parier qu’ils se répartissent également entre les deux partis.

Peu importe. Ne pas voter Obama serait aussi raciste qu’il était sexiste, en France, de refuser d’envoyer une certaine dame à l’Elysée. Les racistes qui s’ignorent, ceux qui, donc, ne sont pas prêts, ce sont les républicains, et avec eux tous ceux qui n’ont pas envie de voir Obama assumer la présidence, pour quelque motif que ce soit. Ces hérétiques refusent de rendre les armes devant la théophanie du Messie ? Ils vont jusqu’à le critiquer ? Racisme patenté !

On voit bien le sens de la manip. « Êtes-vous prêt à… ? » Cette injonction déguisée n’a nullement pour objectif de provoquer une discussion – il n’est que de lire les débats fumeux qui tiennent lieu de réponse dans les médias –, mais de discréditer par avance toute opposition à Obama, rejetée dans la catégorie « politique de la peur » par la presse de gauche. Bien entendu, à aucun moment, les républicains n’ont soulevé la question sulfureuse de la couleur de peau d’Obama qui est l’obsession de la seule gauche.

Autant dire que si, comme je le pense, le Messie n’est pas élu, la condamnation de cette Amérique qui ne parvient pas à rompre avec son passé raciste sera sans appel. En attendant, cette obsession de la race dispense de se demander si le candidat des démocrates n’est pas beaucoup trop à gauche pour un pays plutôt centre-droit. Mes amis d’extrême-gauche (j’en ai beaucoup) le savent fort bien : pour eux, Obama est un socialiste, à la limite ultime de « l’arc éligible » dans un scrutin présidentiel américain aux Etats-Unis ; à sa gauche, il n’y a que des sectes groupusculaires. Il a réussi à représenter le parti démocrate en dissimulant ses racines et en s’appuyant sur une campagne exemplaire. Mais cette opération de marketing politique devrait atteindre ses limites si les républicains se décident à le peindre en rose-rouge. Et si les commentateurs finissent par se demander si Obama serait bon ou mauvais pour l’Amérique aujourd’hui. Cette question, qui pourrait sembler pertinente, est totalement escamotée aujourd’hui. Il est vrai que ces considérations de basse politique sont moins exaltantes qu’une juste cause.

Pour la réintroduction du Blanc chez les Bleus ?

52

« Il y eut un Blanc et, soudain, un tonnerre d’applaudissements. Le Stade de France, mal rempli et malveillant, cessa de siffler les Bleus pour les encourager. Au milieu du terrain, un beau gosse venu de Lorient, avait tout changé, qui brillait de mille feux pour sa première titularisation face à la Serbie. Dribbles inspirés, passes millimétrées, jeu galvanisé : que Yoann Gourcuff faisait plaisir à voir parmi tous ces Blacks ! Cette équipe de nuls, décidément, offrait un visage trop monocolore jusqu’à sa venue. Du sang nouveau, frais, de la diversité, un bon petit gars du terroir au milieu des banlieusards, et au final, la gagne ! Enfin ! »

Racistes, les lignes qui précèdent ? Sans aucun doute.

Mais à ceux qui auront légitimement tiqué en lisant l’entame de ce billet, il faut poser une question : pourquoi ne sont-ils pas également choqués par les arguments des partisans de la « discrimination positive » ? Depuis plusieurs années, on nous explique en effet que la télévision française est trop « pâle » (je cite), que notre assemblée est « écoeurante avec tous ses hommes blancs », que nos facs et nos entreprises sont « désespérément monocolores ». Libération, Le Nouvel Observateur, le Parti Socialiste le disent, mais aussi Le Figaro et, désormais, l’UMP. Et s’il est ici question de foot, c’est parce que cette dérive a débuté sur la pelouse du Stade de France.

Souvenez-vous. En 1998 comme en 2000, les commentateurs ont unanimement estimé que la France était devenue championne du Monde et d’Europe parce que son équipe était « métissée« . La qualité de son réseau associatif amateur, ses centres de dépistage et de formation, la qualité de son encadrement ? Négligeables. Les Bleus étaient victorieux parce qu’il n’y avait pas trop de Blancs dans leurs rangs : relisez notre presse, c’est explicitement ce que l’on nous a gentiment seriné. Ce racisme angélique, ce racisme bienveillant, était évidemment maladroit : Brésil excepté, les équipes qui dominent le football mondial depuis trente ans, raflant toutes les Coupes du Monde – à savoir : l’Argentine, l’Allemagne et l’Italie – n’ont jamais aligné un seul joueur de souche non européenne. Que faudrait-il en déduire ? Que l’antiracisme mène à tout, y compris au racisme.

Parce que de deux choses l’une : ou bien l’appel à la « discrimination positive » s’avoue clairement raciste – c’est-à-dire dirigée pour l’éternité contre les seuls Blancs – ou bien alors elle doit s’appliquer à tous et partout. S’il s’agit de corriger la prédominance ethnique ou religieuse de tel ou tel groupe afin d’en favoriser d’autres, cette règle (absurde et destructrice du principe fondateur de notre civilisation, la méritocratie) ne devrait ne souffrir aucune exception. Vous en avez, bien entendu, anticipé la conséquence logique : dans le sport comme dans la musique, qui sont tout de même deux des plus faramineuses sources de célébrité et d’enrichissement en Occident, la proportion de Blancs étant bien moindre que dans la population, il conviendrait de leur réserver des places. Les tenants de l’affirmative action sont-ils prêts à accepter des quotas en faveur des Blancs dans les stades et sur M6 ?

Soyons conséquents : on ne pourra dire à certains de nos concitoyens que pour faire place aux « discriminés », ils seront exclus des amphithéâtres de Dauphine, des bancs du Palais Bourbon et des instances de Publicis en raison de leur origine corrézienne, polonaise ou vietnamienne… et leur expliquer dans le même temps que pour le rap, le foot, la radio ou le mannequinat, seuls le talent et le mérite seront pris en compte. « Désolé, Coco, on a déjà trop de blonds, trop de Juifs, trop de Latins : tes études, ton savoir-faire, ton énergie ne pèsent rien en comparaison de tes origines ! » Belle société, en vérité, que nous façonnerait la « discrimination positive » : injuste et déglinguée d’inefficacité. En matière « d’origine », la seule discrimination qui mérite d’être combattue, parce qu’elle est moralement odieuse, parce qu’elle nous prive d’innombrables talents, c’est celle de l’origine sociale. Que l’école revienne à sa mission, que le système des bourses soit rétabli et renforcé, que le principe de responsabilité (donc de limogeage) soit enfin appliqué enfin à tous les médiocres qui peuplent nos ministères, le Quai d’Orsay ou le CAC 40 : voilà la vraie, la seule révolution dont nous ayons besoin. Nous n’avons pas besoin de plus de « blacks » sur France Télévision ni de plus de juifs dans le hip-hop, nous n’avons pas besoin de plus de musulmans à l’assemblée ni de plus de Français « de souche » dans le basket : nous avons besoin, cruellement besoin, de plus de méritocratie. Vieux mot sans doute, mais idée toujours neuve à laquelle feraient bien de s’intéresser les partisans des quotas de race.

L’âge de la retraite encore repoussé

4

Né en 1928, la même année que le pétulant Siné, Jean-Marie Le Pen confie dans un entretien à Valeurs actuelles qu’il envisage de prendre sa retraite en 2010. Malheureusement, Arnauld Folch, notre confrère de VA qui recueillait ses propos, n’a pas pensé à lui demander quel serait le titre de l’hebdo satirique qu’il lancerait alors.

PPDA complètement à l’Est

5

Le président d’Arte, Jérôme Clément, vient d’annoncer que Patrick Poivre d’Arvor ralliera en novembre prochain sa chaîne pour y réaliser de grands entretiens avec des personnalités de la culture. Pour PPDA, le chemin de Strasbourg, où Arte a son siège, est un retour aux sources : il y avait fait dans les années 1960 sa première année d’études (devenant même le patron régional des Jeunes Giscardiens). Et puis Strasbourg, c’est quand même la ville d’Ettore Bugatti !

Faillibilité pontificale

2

Trudi Kohl, notre correspondante allemande à Paris, est pour l’heure la seule journaliste à avoir relevé l’erreur de Sa Sainteté Benoît XVI lors de son discours à Notre-Dame. Le Saint Père a cité ses augustes prédécesseurs ayant fréquenté la cathédrale parisienne : « Alexandre III, Pie VI et Jean-Paul II ». Incarcéré à Valence par la jeune République française, Pie VI y mourut d’épuisement en août 1799, mais ne « monta » jamais à Paris. En revanche, son successeur, Pie VII fut contraint de gagner Notre-Dame pour y célébrer le sacre de Napoléon Ier en 1804 – l’Empereur lui laissant juste la latitude de bénir la couronne dont il se coiffait lui-même. Nous espérons que le dogme de l’infaillibilité pontificale n’est pas remis en cause par l’imprudente Trudi Kohl. Au quel cas, causeur.fr la chargerait de réécrire la patrologie grecque et latine à la main.

PS : vous pouvez continuer à suivre la visite de Benoît XVI en France avec Trudi Kohl, dès samedi 13 septembre à 9 h 30.

L’Apollon de Neuilly

17

Lors de l’incendie du musée du Louvre en 1871, le chef d’oeuvre de Jean Darty, intitulé L’Apollon de Neuilly, fut déménagé par erreur au musée des Beaux-Arts de Levallois-Perret. Déclaré perdu à l’inventaire de 1989, on le retrouve fort heureusement accroché en 1994 sur les cimaises de la Fondation Isabelle-Balkany à George Town. On remarquera la parfaite virilité du sujet, ainsi qu’au sol la cuiller en or qui, sans un ultime repentir du peintre, serait plantée dans la bouche de l’Apollon, comme l’a subtilement analysé le célèbre critique d’art Maurice Sinet, qui a déclaré : « Moi je m’en fous. De toute façon ça va chier dans la colle. »

Jean Darty, L’Apollon de Neuilly 1812, huile sur toile. Conservé à la Fondation Isabelle-Balkany, de George Town (Cayman Islands).

Pour vivre heureux, vivons fichés !

52

Quelque chose à cacher ? Et puis quoi encore ? Osons-le dire : le véritable scandale Edvige n’est pas celui qu’on croit. Ce que révèle cette nouvelle « affaire des fiches » n’est pas tant la volonté du pouvoir de fouiner dans les existences des citoyens que le souci affiché par ces derniers de se protéger contre de telles intrusions.

On croyait les frontières de la vie privée abolies et le règne de la transparence instaurée, convictions intimes, opinions personnelles, secrets inavouables étaient tenus pour de monstrueuses survivances du passé. Offrir à ses semblables chaque bribe de son existence, telle était la grande aventure des temps postmodernes. Quand on avait des lettres, on appelait ça autofiction et quelques femmes de tête y excellèrent. Les pauvres pouvaient tenter leur chance avec la télé-réalité, cette conquête démocratique qui universalisa le « droit d’être vu ». Et voilà que le scandale Edvige révèle au grand jour les tendances au secret, à la dissimulation et peut-être même à la honte, qui continuent de ronger la société. Au point qu’on peut parler de régression.

Les masques tombent – ce qui, en l’occurrence, signifie qu’ils reviennent. Les vestes se retournent. Les anciens adeptes de la transparence ne jurent plus que par le secret. Celui qui hier s’affichait à la gay pride, exhibait ses tatouages musculeux ou narrait par le menu sur les plateaux de télévision ses expériences sexuelles hors-norme, suffoque d’indignation à l’idée que son homosexualité pourrait être connue de la police. Les ados piétinaient dans des castings des heures durant dans l’espoir d’obtenir le droit d’être filmés sous toutes les coutures 24 heures sur 24. Ils fourbissent leurs banderoles pour la grande parade du droit à l’intimité, l’équivalent de la hide pride de Londres, qui aura lieu le 16 octobre, jour de la sainte Edwige. Les foules qui proclamaient leur amour du Pape, du dalaï-lama ou de Zidane tremblent à la perspective que leur foi puisse être dévoilée. Les yuppies qui s’inscrivaient sur Facebook pour que leurs contemporains n’ignorent rien de leurs petites habitudes s’y mobilisent aujourd’hui au nom de la défense de la privacy. Bref, hier on ne vivait que par la publicité ; aujourd’hui, on dirait que rien n’est plus désirable que la clandestinité.

D’accord, ce n’est pas pareil. On ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas tout à la fois s’adonner à l’exhibition choisie et fantasmer sur l’inquisition subie. La mise à nu n’est jamais autre chose qu’une mise en scène. Des tas de gens sont prêts à lâcher sur internet des vidéos de leurs ébats amoureux mais s’étouffent à l’idée qu’on puisse les filmer en train d’acheter leur pain. Que chacun ait le droit de faire de sa vie un spectacle n’autorise personne, et surtout pas les représentants de l’Etat sur terre, à espionner en coulisse. Admettons d’ailleurs que le super-fichier pose des tas de problèmes réels, le premier étant qu’on ne voit pas très bien l’intérêt de payer des fonctionnaires de police pour dénicher une information dont une bonne part s’étale à la « une » des journaux. Pour le reste, mieux vaudrait leur payer une bonne formation sur Google que de dépenser des millions dans une usine à gaz informatique.

Quand chacun promène ses identités en sautoir, affichant sa fierté d’être juif, catho, sourd, écolo, frigide ou dépressif (vite, une lexomil pride), le charivari fait autour d’Edvige n’en est pas moins hilarant. « Ne dites pas à ma mère que je suis pédé, elle l’a appris à la télé. » Il est toujours réjouissant de voir deux inventions de l’époque se précipiter tête baissée l’une vers l’autre jusqu’à la collision frontale. On s’offre à tous les regards mais on ne saurait tolérer la curiosité de l’Etat policier. Encore qu’elle semble susciter une forme de gourmandise, comme si chacun, en secret, s’imaginait avec délectation qu’il est espionné, surveillé, fiché. On se rêve en Winston luttant contre Big Brother (mais qui gagnerait à la fin). Tout en pensant déjà au moment où l’on pourra enfin parler, l’œil humide, du « viol » dont on a été la victime.

À la réflexion, nous sommes en présence d’un cas d’école du seul combat qui ait encore cours, celui de Moderne contre Moderne dont Muray a si drôlement exposé les ressorts. « Il faut prendre le Moderne la main dans le sac, en train de se crêper son propre chignon », a-t-il écrit. On aura au moins essayé.

Moderne contre moderne (Exorcismes spirituels, tome IV)

Price: ---

0 used & new available from

Jean-David Lévitte, meilleur ouvrier de France, option diplomatie

38

Parmi les conseillers du président de la République, on distingue les tonitruants et les discrets. D’un côté les Henri Guaino, Emmanuelle Mignon, Georges-Marc Benamou, de l’autre les Raymond Soubie, chargé des affaires sociales ou Jean-David Lévitte, chef de la cellule diplomatique.

A l’exception d’Henri Guaino, toujours en fonction, les bavards ont quitté rapidement leurs bureaux du faubourg Saint-Honoré, alors que les muets sont toujours là. Ces derniers, comme par hasard, ont en charge des secteurs où Nicolas Sarkozy peut se prévaloir de succès non négligeables, et où la rupture annoncée par le candidat à l’élection présidentielle est la plus perceptible. La réforme des retraites, la refondation du dialogue social, la mise en place d’un service minimum dans les transports ont été effectués sans susciter un soulèvement généralisé des salariés du genre de ceux qui avaient mis à bas la réforme Juppé de 1995 ou le CPE de Dominique de Villepin en 2005. L’habileté et la longue pratique des partenaires sociaux de Raymond Soubie, ancien chef de cabinet de Raymond Barre, ont été pour beaucoup dans ce succès, notamment parce qu’elles ont permis l’instauration d’un dialogue direct, à l’abri des regards, entre Nicolas Sarkozy et Bernard Thibault.

Ceux qui pensent que la politique étrangère de la France est élaborée au Quai d’Orsay sous la direction éclairée de Bernard Kouchner confondent présence médiatique et pouvoir réel : jamais, dans l’histoire récente de la Ve République, le poids de la cellule diplomatique de l’Elysée n’a été aussi important qu’aujourd’hui. La raison en est simple: il ne s’agit plus d’appliquer de vieilles recettes mitonnées du temps du Général en les adaptant plus ou moins bien aux péripéties de la vie internationale, mais d’opérer une mutation radicale du comportement de la France dans l’Europe et dans le monde. En matière de politique européenne, la direction des opérations a été confiée à un autre ministre d’ouverture, Jean-Pierre Jouyet, moins flamboyant mais diablement plus efficace que Kouchner. Le reste du monde, les crises diverses et variées, les « coups diplomatiques », la vision à moyen et long terme, les affaires stratégiques sont du ressort du très discret et très secret Jean-David Lévitte. S’il n’avait choisi la diplomatie à sa sortie des Langues-Orientales (chinois et indonésien) en 1970, il aurait pu faire carrière (et fortune) comme pro du poker, tant sa pensée est indéchiffrable sur les traits de son visage. Les journalistes accompagnant, lundi 8 septembre, Nicolas Sarkozy dans sa navette entre Moscou et Tbilissi n’en sont pas encore revenu de l’avoir entendu bramer « On est les champions ! » après la conclusion au forceps, d’un accord de retrait de Géorgie des troupes russes. De sa part, un tel langage paraît aussi incongru que les flatulences d’une duchesse pendant sa révérence devant la reine d’Angleterre.

C’est que sans particule ni diplôme de l’ENA, il sait « faire » le diplomate comme si sa famille était dans la carrière depuis des générations. Toujours tiré à quatre épingles, il ne tient en public que des discours positifs, n’exposant jamais un problème sans suggérer des solutions propres à satisfaire son interlocuteur.

Reste que s’il n’était que cela, la modestie de ses diplômes – il est entré au Quai par la petite porte du concours d’Orient – l’aurait mené, en fin de carrière et avec de la chance, jusqu’à un poste d’ambassadeur dans un « petit dragon » asiatique comme Singapour, la Malaisie ou les Philippines…

Ce « quelque chose de plus » qui transforme un haut-fonctionnaire lambda (« pour être un bon ambassadeur, il ne suffit pas d’être bête, encore faut-il être poli », disait un ancien Secrétaire général du Quai…) en un acteur respecté de la haute diplomatie mondiale vient peut-être, chez Lévitte, d’un itinéraire personnel et familial franchement atypique dans son milieu.

Dans le portrait que Le Monde lui consacre en juin 2007, il est indiqué d’entrée que Jean-David est issu d’un père russe et d’une mère sud-africaine. Ben voyons! Georges Lévitte, le père, né en 1918 à Ekaterinenbourg, a quitté son Ukraine natale avec ses parents en 1922, fuyant les bolchéviques. De russe, la famille ne possédait que la langue, pratiquée avec le yiddish dans toutes les bourgades et quartiers de la « zone réservée » assignée aux juifs par le régime tsariste. Sans être paranoïaque, on peut trouver surprenant que Le Monde ne fasse aucune mention de cette appartenance dans le tableau qu’il brosse de l’itinéraire personnel et familial du sherpa du président. Pour le quotidien « de référence », c’est en tant que « Russes blancs » que les Lévitte fuient la Russie pour s’installer en France. La disparition de ses grands-parents à Auschwitz est évoquée sans autre explication, comme si les nazis avaient systématiquement exterminé les partisans de la dynastie Romanov. Que Georges Lévitte, fondateur avec son frère Simon, de la maison d’enfants juifs de Moissac, soit devenu après la guerre une figure marquante de la communauté juive française, notamment comme animateur du colloque annuel des intellectuels juifs de France, n’a pas plus suscité l’intérêt de la portraitiste du Monde. Sans tomber dans un déterminisme généalogique de comptoir, on peut affirmer que ce n’est pas en révérant la mémoire de Nicolas II et de Pierre le Grand que Jean-David a formé sa perception historique et géopolitique de la planète !

Il est pourtant permis de penser que cet héritage très particulier l’a aidé, en 2002, alors qu’il était ambassadeur à Washington, à lancer la contre-offensive contre le french bashing (la furia antifrançaise) qui faisait rage dans le monde politique et médiatique américain. On le croyait, lui, quand il disait que la France n’était pas ce pays antisémite décrit dans la presse des Etats-Unis…

En même temps qu’il ferraillait pour défendre l’honneur tricolore outre-Atlantique, il prenait ses distances avec Jacques Chirac, qui avait pourtant fait de lui, en 1995, son conseiller pour les affaires stratégiques, puis son représentant aux Nations-Unies et à Washington.

Il est donc celui qui ouvre les portes de l’Amérique et de ses élites politiques et économiques à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur en lutte avec le diplomate Villepin pour la succession de Jacques Chirac. Sarkozy et Lévitte font le même diagnostic de faillite de la politique extérieure chiraco-villepiniste – rodomontades rhétoriques pour la galerie et cynisme affairiste en coulisse. Dès avant l’élection d’avril 2007, les deux hommes élaborent les grandes lignes de la nouvelle diplomatie française. Le rapprochement avec les Etats-Unis et Israël, le retour dans les structures militaires intégrée de l’OTAN, la désintrication, au Liban et dans la région, des intérêts de la France d’avec ceux du clan Hariri, la réconciliation avec les pays de la « Nouvelle Europe » blessés par les propos méprisants de Chirac en 2003 (« Ils ont perdu une bonne occasion de se taire ! ») ont été menées ensuite avec constance. Et le résultat est là.

Même les opposants les plus déterminés à la politique de Sarkozy, à l’exception, bien sûr, de l’extrême gauche et des paléo-gaullistes, doivent reconnaître que cette rupture n’a pas fait de la France un vulgaire vassal des Etats-Unis. L’affaire géorgienne et l’ouverture vers la Syrie se sont révélées des succès diplomatiques, relatifs certes, et susceptibles de réversion, mais incontestables. Les observateurs étrangers, quelque peu surpris, observent que la France est de retour, moins arrogante mais plus efficace. Résultat, elle parvient à profiter de l’absence momentanée des Etats-Unis pour cause de campagne présidentielle.

Bachar al-Assad est d’autant plus sensible aux pressions exercées par la France pour qu’il se détache de l’Iran et poursuive le dialogue avec Israël que Paris est de nouveau écouté à Jérusalem et à Washington. Bref, la France revient dans le jeu proche-oriental et si l’on ajoute que le conflit caucasien est circonscrit, le résultat n’est pas mince.

Dans cet art tout d’exécution qu’est la diplomatie, Jean-David Lévitte possède toutes les qualités d’un artisan qui mériterait la distinction de « Meilleur Ouvrier de France » si celle-ci n’était pas réservée aux Bocuse et autres charcutiers, orfèvres ou brodeuses de perles, dont notre pays est, à juste raison, si fier. Dans cette France où l’art du paraître exerce sa prééminence sur l’aptitude à bien faire, ce n’est pas une mince satisfaction de voir, pour une fois the right man at the right place.

Merci qui ?

1

Aujourd’hui, Robert Ménard, le président de Reporters sans frontières, est un homme heureux. Il y a peu de temps, l’attitude inique de Nicolas Sarkozy par rapport au Dalaï Lama lui avait fortement déplu, et il l’avait fait savoir. Mais désormais, le président de RSF est tellement craint par les puissants qu’il n’a même pas eu besoin de faire le moindre geste pour que le président de la République se décide enfin à recevoir Benoît XVI.

Européens, encore un effort !

20

La métaphore n’est peut-être pas la plus délicate, ni d’ailleurs la plus adéquate, mais L’Europe frigide d’Elie Barnavi pose d’entrée un constat : le désir d’Europe s’est dramatiquement affaibli dans les pays membres de l’Union européenne. Le double refus français et néerlandais du Traité constitutionnel, le « non » irlandais au Traité de Lisbonne ne sont pas des phénomènes marginaux, mais des révélateurs de ce mal insidieux qui ronge l’Europe institutionnelle. Barnavi fait une description clinique de cette forme d’aboulie politique qui empêche l’Union européenne d’accéder au statut de pôle planétaire de puissance et de rayonnement, aux côtés des Etats-Unis aujourd’hui et, peut-être demain, de la Chine.

Historien israélien devenu, après son passage dans la diplomatie, conseiller scientifique du Musée de l’Europe à Bruxelles, Barnavi rêve d’être pour l’Union Européenne ce que Michelet ou Renan furent jadis pour la nation française : le producteur d’un récit historique dans lequel les citoyens du Vieux Continent trouveraient les héros et les symboles de leur unité dans la diversité. Si les princes ont fait les Etats, les historiens, certes, ont grandement contribué à construire les nations et leur conscience collective, mais cela ne marche pas à tous les coups. La fascination de l’historien Barnavi pour ce phénomène inouï – l’abandon volontaire d’éléments de souveraineté de l’Etat-nation au profit d’un instance supérieure supranationale – l’incite à estimer irresponsable que des peuples, et les hommes politiques censés les guider, ne s’enthousiasment pas (ou plus) pour ce projet grandiose : la création d’un empire par consentement mutuel.

Il regrette ainsi que l’Europe se refuse à franchir le « portail sacré du politique », selon l’expression de Jean-Louis Bourlanges, fervent europhile aujourd’hui bien désabusé. Le retour en force de l’Etat-nation, y compris au coeur même de l’Union européenne (voir les Flamands), n’est pas une régression, contrairement à ce que pense l’auteur, mais le rappel d’une évidence: depuis Athènes, l’espace du politique est celui où les citoyens, même lorsqu’ils s’affrontent durement, parlent de la même chose dans la même langue. L’organisation du parlement européen en groupes politiques et non pas nationaux est un leurre qui ne trompe que ceux qui veulent bien l’être. A l’exception, peut-être des Verts, seule mouvance dotée d’une idéologie vraiment transnationale, les affinités demeurent plus nationales que politiques. Ainsi, un PS français se sentira, intimement, toujours plus proche et solidaire d’un UMP que d’un blairiste britannique… C’est pourquoi il est à craindre que la potion que le Dr Barnavi se propose, avec une conviction admirable, d’administrer à l’Europe pour la remettre sur le chemin de l’orgasme communautaire ne se révèle poudre de perlimpinpin.

L'Europe frigide: Réflexions sur un projet inachevé

Price: ---

0 used & new available from

Etes-vous prêt à élire un noir ?

48

Êtes-vous pour ou contre le racisme ? À force d’être soumis au pilonnage médiatique, on finit par avoir l’impression que c’est cette question qui sera posée aux électeurs américains le 4 novembre prochain. Paradoxalement, cette élection présidentielle dans laquelle, pour la première fois, un demi-noir est en position crédible, est en effet une source inépuisable pour l’antiaméricanisme global, réseau paranoïaque et mondialisé qui trouve ses sources dans la gauche et l’extrême gauche américaines, et alimente à partir de ce point de départ la bien-pensance planétaire. Le New York Times, le Los Angeles Times, le San Franscico Chronicle et CNN donnent le « la », les médias européens reprennent en chœur. À travers l’affrontement entre deux candidats, ce qui se joue, c’est celui qui oppose l’Amérique raciste à l’Amérique du progrès, autant dire de l’ombre et de la lumière, pour reprendre les catégories d’un certain Jack Lang.

« L’Amérique est-elle prête à élire un noir ? » Cette question est donc la seule qui vaille. Seulement, la poser revient à incriminer collectivement et préventivement de racisme tous ceux qui s’apprêtent à voter McCain. En effet, en choisissant comme candidat Barack Hussein Obama, les démocrates y ont explicitement répondu par l’affirmative, se rangeant du même coup dans le camp du Bien. Notons que certains d’entre eux sont encore plus « prêts » que d’autres. Ainsi, 94 % des électeurs noirs ont l’intention de voter pour Obama, et il ne viendrait à personne l’idée, qu’allez-vous penser là, de les accuser de racisme. Par ailleurs, seuls 8 % des électeurs déclarent que la race d’Obama est un obstacle pour eux – et on peut parier qu’ils se répartissent également entre les deux partis.

Peu importe. Ne pas voter Obama serait aussi raciste qu’il était sexiste, en France, de refuser d’envoyer une certaine dame à l’Elysée. Les racistes qui s’ignorent, ceux qui, donc, ne sont pas prêts, ce sont les républicains, et avec eux tous ceux qui n’ont pas envie de voir Obama assumer la présidence, pour quelque motif que ce soit. Ces hérétiques refusent de rendre les armes devant la théophanie du Messie ? Ils vont jusqu’à le critiquer ? Racisme patenté !

On voit bien le sens de la manip. « Êtes-vous prêt à… ? » Cette injonction déguisée n’a nullement pour objectif de provoquer une discussion – il n’est que de lire les débats fumeux qui tiennent lieu de réponse dans les médias –, mais de discréditer par avance toute opposition à Obama, rejetée dans la catégorie « politique de la peur » par la presse de gauche. Bien entendu, à aucun moment, les républicains n’ont soulevé la question sulfureuse de la couleur de peau d’Obama qui est l’obsession de la seule gauche.

Autant dire que si, comme je le pense, le Messie n’est pas élu, la condamnation de cette Amérique qui ne parvient pas à rompre avec son passé raciste sera sans appel. En attendant, cette obsession de la race dispense de se demander si le candidat des démocrates n’est pas beaucoup trop à gauche pour un pays plutôt centre-droit. Mes amis d’extrême-gauche (j’en ai beaucoup) le savent fort bien : pour eux, Obama est un socialiste, à la limite ultime de « l’arc éligible » dans un scrutin présidentiel américain aux Etats-Unis ; à sa gauche, il n’y a que des sectes groupusculaires. Il a réussi à représenter le parti démocrate en dissimulant ses racines et en s’appuyant sur une campagne exemplaire. Mais cette opération de marketing politique devrait atteindre ses limites si les républicains se décident à le peindre en rose-rouge. Et si les commentateurs finissent par se demander si Obama serait bon ou mauvais pour l’Amérique aujourd’hui. Cette question, qui pourrait sembler pertinente, est totalement escamotée aujourd’hui. Il est vrai que ces considérations de basse politique sont moins exaltantes qu’une juste cause.