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Faut pas pousser Pépé dans les ors !

Du Sénat, la devise est claire : « A bas le populisme, vive le gâtisme ! » Je précise aussitôt, à l’intention des esprits malveillants, ce que par « gâtisme » il faut entendre : l’art et la manière de gâter les membres de la Haute assemblée. Jusques et y compris le petit personnel, d’ailleurs, puisque jardiniers et coiffeurs y touchent des salaires de cadres supérieurs et bénéficient, entre autres menus avantages, de « primes de nuits » – primes assurément méritées : quiconque s’est déjà essayé à la taille de roses trémières à la seule clarté lunaire en conviendra.

Oh ! Bien sûr les râleurs diront que dans un pays qui doute de son pouvoir d’achat et tremble pour sa retraite, le traitement de nos sénateurs relève des privilèges d’Ancien Régime. Leurs émoluments, fort difficiles à calculer précisément, s’élèvent à près de 12 000 euros net par mois. Soit environ 6 000 euros de salaire, et à peu près autant pour leurs « frais » (non imposables, il va sans dire, et d’un usage parfaitement discrétionnaire). Il faut bien payer sa secrétaire et… Et quoi d’autre, au juste ? Locaux, matériel informatique et bureautique ? Gracieusement mis à disposition. Les charges de fonctionnement et l’affranchissement postal ? Gratuits. Les transports alors ? Non pas : pour les sénateurs ne bénéficiant pas de voiture de fonction avec chauffeur, l’usage illimité du réseau SNCF est gratuit, ainsi qu’une quarantaine d’aller-retour aériens sur Air France et ses filiales. Sans oublier les 1 000 euros mensuels de « prime informatique » (pourquoi ? parce que). Et pour les retraites, le Sénat ne mégote pas davantage : un bref passage (un mandat) au Luxembourg suffit à toucher ad vitam une retraite de plus de 1 500 euros mensuels (ce qu’un Français moyen mettra plus de trente ans de cotisations à obtenir).

Le Sénat est par conséquent bonne mère. On y vit et travaille dans la quiétude, loin du stress électoral, on y mange bien, et, ce qui ne gâche rien, le cadre est somptueux. Une maison de retraite bien agréable, en somme, qui attire jusqu’à ses plus farouches contempteurs.

Or voilà que depuis ce week-end, la Chambre haute (mais avec « accès facilité ») est l’objet d’une polémique trop vive pour seoir aux lieux : en pleine tourmente financière, alors que les peuples ne décolèrent pas de voir les banquiers réclamer de l’argent public pour réparer leurs bêtises, on apprend que le Président du Sénat, Christian Poncelet, s’est attribué pour son départ un golden fauteuil roulant.

Poncelet percevra en effet une très confortable retraite (calculée sur ses indemnités de sénateur et de Président, soit tout de même la bagatelle de 23 000 euros par mois), qu’il pourra cumuler avec ses autres retraites, celles d’ancien député, d’ancien conseiller régional, d’ancien conseiller général… et même d’ancien fonctionnaire des PTT, puisqu’il devança jadis Besancenot dans le métier. Ajoutons pour faire bonne mesure une voiture de fonction Safrane (et son chauffeur à temps plein), deux gardes du corps, une secrétaire et les bureaux équipés qui vont avec. C’est beaucoup, mais visiblement ce n’était pas assez pour notre Papy flambeur, qui jouira de surcroît « à vie » d’un gigantesque appartement dans l’un des quartiers les plus chers d’Europe – logement que le Sénat, sur les deniers publics, a acheté tout exprès pour lui.

Interrogé par les médias, son probable successeur, l’UMP Gérard Larcher, s’est montré à ce sujet aussi vague qu’indélicat : une attribution « à vie », concernant Poncelet, cela n’aurait guère « de sens » ! En sait-il davantage que nous sur l’état de santé du Président du Sénat ? Mystère. Mais cela ne change rien à l’affaire : il est ici question d’argent public, c’est-à-dire de fonds qui doivent être contrôlés et dont l’attribution doit servir l’intérêt public. Propriétaire d’un joli patrimoine immobilier, assujetti à l’ISF, nanti d’une exceptionnelle retraite, Poncelet méritait-il et avait-il seulement besoin de bénéficier « à vie » et à titre gratuit d’une luxueuse résidence, dont la valeur locative avoisine les 10 000 euros par mois ?

Le ministre du Travail, secrétaire général adjoint de l’UMP et proche du Président de la République, Xavier Bertrand a estimé que non et a demandé que l’on revienne sur cette décision. Approuvons ! Et puisque l’on échappera sans doute pas à l’accusation de démagogie, osons même une suggestion : que le Sénat, visiblement en fonds, revende cet appartement et en verse le produit au Fond de Réserves des Retraites – depuis le début de la crise financière, sa valeur a chuté d’un tiers. Le Sénat n’y verra aucune objection, puisque ses éminents membres sont si sensibles au sort des retraités.

Prière d’insérer

17

Contrairement à ce que laisse entendre une rumeur malveillante, Causeur.fr restera ouvert en ce mardi de Roch Hachana. Mais seuls les catholiques romains François Miclo et Basile de Koch tiendront la boutique. Les autres chômeront et prieront (ou essayeront de le faire croire à leurs mamans).

Courant alternatif

2

Les Echos nous apprennent que Poweo, distributeur d’électricité privé, élargit son partenariat avec Darty. Il y a du relâchement à la rédaction des Echos. A Charlie Hebdo, une info pareille, ça ne serait pas passé !

Bonjour tristesse

22

J’ai éprouvé le même sentiment à la mort de Giscard. L’étrange sensation du vide et du dépeuplement, le truc à virer frapadingue comme Lamartine et répéter après lui : « Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. »

Robert Ménard n’est plus secrétaire général de Reporters sans frontière. Il a renoncé lui-même à cette fonction. Et nous nous sentons, nous autres journalistes, abandonnés. Notre vie n’a plus guère de sens. Quant à notre liberté, n’en parlons pas.

A peine l’annonce de la démission de Robert Ménard était-elle publiée que le rédacteur en chef de la Süddeutsche Zeitung m’a refusé un article au prétexte que son journal n’a pas à se prononcer sur l’interdiction de la sexualité pour les vieillards. Et que le terme « vieillard » est un peu désobligeant pour les seniors. 300 euros, ça me coûte, la démission de Robert.

Les grands reporters de chez Burda, le groupe de presse qui a tant fait pour les patrons[1. Bon d’accord, ce ne sont ni les patrons de presse ni les patrons tout court, mais les patrons qui servent à confectionner soi-même des patrons. Mais il y avait de l’idée.], sont totalement déprimés. A Modes et travaux, c’est la consternation. Chez Biba, il s’est trouvé hier une journaliste d’investigation à chercher une poutre dans la rédaction pour y accrocher une corde.

A Causeur, on a vu Marc Cohen épancher ses larmes dans les bras d’une Elisabeth Lévy qui, affligée de tristesse, n’en pouvait mais.

Et je vous passe sous silence – pourquoi la Presse n’aurait-elle pas, elle aussi ses petits secrets ? – l’attitude bravache de la chef de la rubrique Cuisine de Elle, qui n’a pas hésité à menacer son monde de grève de la faim tant que Robert Ménard n’aurait pas repris la tête de la Société Protectrice des Journalistes. Certes, elle en fera certainement un dossier pour le magazine féminin : « Le jeûne fait-il maigrir ? » Mais le geste est là et il n’y a que l’intention qui compte.

C’est que nous autres, journalistes, nous n’aimons pas Robert Ménard. Nous l’adorons. Il est un maître pour nous tous. Sa carrière parle pour lui : il l’a faite entièrement à Radio France Hérault. Quel autre journaliste pourrait, dans le monde, avoir eu autant envie de Béziers que l’Albert Londres des temps modernes ? C’est certain qu’un type qui a fait sa carrière de journaliste comme localier à échelle cantonale voire départementale a toutes les capacités requises pour recaler la Chine au rang des réalités nulles et non avenues. D’ailleurs qui oserait le faire, sinon un localier de Radio France Hérault ?

Il ne reste plus qu’une chose aux journalistes libres : une catastrophe naturelle dans les environs de Béziers, un truc nucléaire qui y explose, une prise d’otage à la rédaction de France Bleue Hérault pour que l’on puisse tester à nouveau le caractère télégénique de Robert Ménard.

La Chevalière de la Garde

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Le régent Philippe d’Orléans présenta la Chevalière de la Garde au banquier John Law en septembre 1718. Ce dernier s’éprit des innombrables grâces et de la prodigieuse maîtrise de la langue anglaise de la dame. Elle ne le quitta plus. C’est à elle que l’on doit le célèbre : « Mais non, ça va passer », prononcé le 24 mars 1720 alors que commençait la banqueroute du banquier écossais. La postérité retient également d’elle la formule : « Un petit rhume, c’est de saison », énoncée le 21 mars 1729 au chevet de John Law quelques minutes avant que la pneumonie l’emporte.

Mattheus Verheyden, Portrait de la Chevalière de la Garde, huile sur toile, 1738. Collection particulière, conservée dans un coffre de la banque Lehmann Brothers au titre d’un achat d’œuvre ouvrant droit à déduction fiscale.

Comment j’ai fini par regretter Guillaume Durand

11

Parmi les multiples nouveautés de la rentrée télévisuelle – dont la plupart, apparemment, ne passeront pas l’hiver – le service public a l’air particulièrement fier de sa nouvelle émission-littéraire-grand-public, starring Daniel Picouly dans le rôle de Bernard Pivot.

Ça au moins, ça devrait durer ; en tout cas, l’animateur fait tout pour. Voici trois mois encore, Daniel était confiné dans une case improbable sur France 5 avec « Café Picouly ». Le voici désormais sur France 2 avec un concept flambant neuf : « Café littéraire » ! Un titre qui a au moins le mérite de stabilobosser au passage la synonymie entre les mots « Picouly » et « littérature » – même si, à titre personnel, j’aurais encore préféré « Café picoulittéraire ».

Pour que nul n’en ignore, rappelons que notre animateur est aussi, et d’abord, un écrivain – et parmi les plus glands. Auteur de polars à pâlir la nuit, puis de best-sellers à éviter même en plein jour, il a même mérité pour un de ses opus (Le champ de personne) le Grand Prix des lectrices de Elle – comme avant lui Bernard Werber et Paulo Coelho, pour vous donner une idée.

Hormis ce bâton de maréchal-ferrant, qui comme de juste écrit avec ses sabots, qu’est-ce qui lui vaut donc cette promotion ? La saison passée, son émission me servait assez régulièrement de Donormyl. N’écoutant que mon courage, j’ai voulu voir quand même, pour vous et le cas échéant à votre place, comment la chenille s’était transformée en papillon.

Commençons par les bonnes nouvelles : cette fois-ci, je ne me suis assoupi que vers la fin – et sans doute bien plus tard que la plupart de mes co-téléspectateurs.

Certes, la forme y est pour beaucoup. Difficile de trouver le sommeil quand vos yeux et vos oreilles sont sollicités en permanence par un brouhaha criard – si l’on ose dire.

Générique « ultra-moderne », tout en accéléré – tellement innovant qu’on se croirait dans « Paris-Dernière » il y a 13 ans. Décor violemment kitsch aux dominantes rouge sang, dont on devine qu’il est là pour souligner la dimension néo-post-moderne de l’entreprise. Ambiance radicalement bidon, dans ce faux café où de faux clients sont censés, à 1,50 m de Picouly, discuter à bâtons rompus sans se douter un instant qu’il y a des caméras partout !

Problème : ces figurants-là n’ont visiblement pas grand-chose à se dire, à part de temps en temps à autre : « Fais gaffe, regarde pas la caméra ! » Et à force, ça finit par se voir. Idéalement, il ne manque à ce tableau qu’un homard géant en plastique suspendu par la queue… Mais le mieux est l’ennemi du bien.

Et puis il y a le fond – incarné avec talent par Picouly. Tellement heureux d’être là, le mec, qu’il ne peut s’empêcher de hurler ses questions les plus intimes, ni de mimer à la Buster Keaton ses empathies calculées. Bref, dans ce Théâtre des deux-cents-ânes tout le monde joue – sauf Picouly qui, en tant que chef, s’arroge le droit de surjouer.

Avec Elie Wiesel, son invité d’honneur, Picouly en fait un poil trop dans la révérence. Ne nous annonce-t-il pas, dès le sommaire, une « rencontre tout simplement exceptionnelle » (sic) avec un homme « impressionnant, attentif et émouvant » ? Avec une telle intro, le ton est donné : durant son interview, jamais Daniel ne dépassera le niveau d’insolence d’un lancinant « Comment faites-vous pour être aussi formidable ? »

La possibilité de repérer les imbéciles

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La possibilité d’une île, le film adapté par Houellebecq de son propre roman, devrait rester comme l’un des plus grands ratages commerciaux du cinéma français de ces dernières années, à l’instar du film de BHL, Le jour et la nuit. D’ailleurs, Houellebecq publie un livre de correspondance électronique avec BHL. Parlent-ils de leurs déboires cinématographiques respectifs ? On peut le croire. Admettront-ils avoir fait de mauvais films ? De la part de BHL, cet aveu l’honorerait. A l’époque, il avait verrouillé le paysage médiatique comme une ville de banlieue pendant les émeutes. Mais la résistance au décervelage programmé s’était organisée. Le film était mauvais, il fallait le dire, cela fut dit.

Avec Houellebecq, tout cela est bien différent. Houellebecq ne demande rien à personne et sa puissance de feu médiatique doit plus à des thuriféraires hyperboliques qu’à ses amitiés dans les rédactions. Aussi y avait-il quelque chose de suspect et de gênant dans la manière dont ceux qui l’adorèrent, le portèrent aux nues, le totémisèrent, l’ont brûlé, lapidé et piétiné à l’occasion de la sortie de ce film. Unanimité haineuse, lynchage systématique, tout cela aurait dû encourager l’esprit de contradiction et pousser le public à franchir l’impressionnant tir de barrage pour tenter de se faire une idée par lui-même. Rappelons, pour la petite histoire, que Sam Peckinpah ou Clint Eastwood, traités de fascistes au moment de la sortie de leurs films, étaient, vingt ans après, considérés par les mêmes comme d' »admirables cinéastes crépusculaires ». On devrait le savoir pourtant que le critique de cinéma est en général un subtil mélange d’arrogance et d’inculture, de soumission aux idées reçues du temps et qu’il se révèle, en matière de jugement esthétique, à peu près aussi fiable qu’un organisme de crédit américain à la fin de le seconde présidence Bush.

Car il se trouve que La Possibilité d’une île est un très bon film, souvent poignant, parfois drôle et toujours intéressant. Houellebecq a pris de vrais risques artistiques, d’abord en faisant un film de genre, ce qui est toujours, a priori, un peu méprisé en France, et ensuite en portant à l’écran son propre livre, ou plutôt une partie de son propre livre, se livrant à l’exercice périlleux de l’auto-adaptation.

Il aurait pu faire presque le même film et avoir un certain succès. Il lui aurait suffi d’appâter le chaland médiatique des magazines branchés en insérant, par exemple, une scène de fellation non simulée à mi-parcours qui lui eût fait encourir le risque d’une interdiction aux mineurs. Buzz et victimisation assurés, comme ils le furent pour Baise-moi de Virginie Despentes, lui auraient au moins valu quelques dizaines de milliers de spectateurs en plus. Mais non, comme dans ses romans, qu’on les aime ou pas, Houellebecq ne triche pas et fait le choix d’une vraie radicalité. La possibilité d’une île, le film, est d’une beauté plastique remarquable qui ne surprendra que ceux qui n’ont pas vu son merveilleux court-métrage utopique, La rivière. La Belgique de zones commerciales du début du film fait écho aux paysages post-apocalyptique de Lanzarote, le corps des acteurs est présent à l’écran sans sublimation esthétique mais sans mépris naturaliste. Ces décors futuristes où Benoît Magimel se régénère ont été moqués pour leur aspect kitsch mais personne à ma connaissance ne s’est avisé de leur ressemblance avec la machine temporelle de Je t’aime Je t’aime, le film de Resnais qui, en 1968, s’adonnait déjà à la science-fiction (prononcer ce dernier mot avec une moue méprisante, surtout) pour dire la douleur du temps qui passe, l’angoisse de la fin, le désir d’immortalité. Elles ressemblent plus, ces machines, à une sculpture de Dubuffet qu’à de la quincaillerie high-tech siglée Spielberg. Et alors, va-t-on reprocher à Houellebecq de refuser l’esthétique mondialisée de Hollywood et de s’inscrire dans une tradition nationale du réalisme magique à la Marcel Carné dans Les visiteurs du soir ?

Ou bien est-ce l’ambition de Houellebecq qui a gêné, sa volonté de faire un cinéma aussi sensuel que métaphysique quand le réalisateur français moyen livre son énième autofiction pour trentenaires vivant entre la rue Oberkampf et le boulevard Richard Lenoir ?

Toujours est-il qu’on peut prendre un pari sans trop de risques : La possibilité d’une île deviendra un film culte et déjà, quand il ressortira en dévédé, on entendra le chœur de l’actuelle conjuration des imbéciles se donner le luxe de l’indulgence et susurrer : « Ce n’était pas si mal, en fait. » Comme toujours, dès qu’il s’agit d’un créateur singulier, la reconnaissance arrivera. Trop tard.

La Possibilité d'une île

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Conduite inqualifiable

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Une auto-école de la Seine-Saint-Denis, nous apprend Libération, a refusé d’inscrire une jeune fille portant le voile. Le Mrap a naturellement annoncé son intention de saisir la Halde.
PS : Mon vélo a une roue voilée. J’envisage de le faire porter chez le réparateur. Si Mouloud Aounit me lit, pourrait-il me faire un petit mot ?

Hitler au Top 50 ?

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Lors des concerts de sa tournée mondiale, Madonna a choisi de participer, avec ses mots à elle, à la présidentielle américaine. Sur l’écran géant qui surplombe la scène, on voit défiler d’une part une série d’images de John McCain suivi d’Hitler et Mugabe et d’autre part, Obama accompagné de ses colistiers putatifs Gandhi et Lennon. Comme on n’ose pas croire que Madonna soit hitlérienne, on en déduit qu’elle est plutôt démocrate, et que sa démonstration historique et politique assimile grosso modo McCain à l’Empire du Mal et Obama au Camp du Bien. Très critiquée aux USA – et pas seulement à droite – pour ses subtiles tentatives d’amalgame, Madonna a contre-attaqué en annonçant qu’elle allait transformer ce qui n’était qu’un gimmick de scène en œuvre d’art à part entière, un vidéoclip donc, qu’elle vient de mettre elle-même en ligne sur Youtube.

On aurait tort de moquer la niaiserie du propos : il n’est ni plus ni moins débile que la plupart des spots télévisés en faveur des deux candidats. J’ai beau être féru de culture américaine (y compris en matière d’élégance masculine, de séries TV ou de gastronomie), je leur laisse sans regret leur propagande politique (et aussi leur pseudo Rn’B contemporain, mais c’est une autre histoire). Si l’argumentation électorale US n’était pas tombée si bas, McCain, qui en a quand même vu d’autres chez les Viets, aurait pu se contenter de ricaner. Au lieu de quoi il fonce tête baissée dans le panneau publicitaire d’une chanteuse passée de mode et laisse son staff multiplier les communiqués indignés, un peu à la manière d’Obama dans l’instructive affaire des caricatures du New Yorker.

On aurait tort aussi de s’indigner du caractère discrètement révisionniste de l’équation posée par Madonna. Tout d’abord, elle est loin d’avoir le monopole de ce genre de conneries : Badiou les professe tous les jours à Normale Sup’, il en a même fait un best seller. On pourra certes regretter que l’équation Hitler=McCain de Madonna entraîne quelques millions d’adolescents à penser que les agissements des GI’s en Irak, c’est un peu comme les trucs de la deuxième guerre mondiale. Sauf que le mal n’est pas bien grand, vu qu’ils l’auront oublié avant même la fin du clip.

On aurait tort enfin de penser que la référence à Gandhi était la mieux choisie pour faire pendant à Hitler. Madonna (et je crains qu’elle ne soit pas la seule dans ce cas-là) semble manifestement promouvoir une vision strictement duale de l’univers qui nous entoure : gentils/méchants, démocrates/républicains, nazis/antinazis, cool/pas cool. Eh bien, dans cette binarisation du réel, Gandhi n’a pas sa place. Figurez-vous que le Mahatma a écrit à deux reprises au Führer. Dans sa première lettre, fin 1938, il a tenté de le convaincre des vertus de la non-violence – en vain, nous dit-on… La seconde lettre de Gandhi à Hitler est plus gênante. Ecrite en plein conflit, le 24 décembre 1940, on peut y lire ces quelques lignes qui ont dû échapper à la vigilance de Madonna : « Nous ne doutons pas de votre courage et de votre amour pour votre patrie et nous ne croyons pas non plus que vous soyez le monstre décrit par vos adversaires. » Aïe. Parfois, l’Histoire, c’est compliqué. Gare aux erreurs de casting.

Attention, je n’ai jamais dit, moi, Hitler=Gandhi ; contrairement à d’autres nationalistes indiens, il était hostile à une alliance ouverte avec l’Axe. Cela étant dit, il était tout autant hostile à toute participation des soldats indiens à l’effort de guerre anglais contre le 3e Reich : « Notre position est unique. Nous résistons à l’impérialisme britannique tout autant qu’au nazisme. » Si les idées de Gandhi avaient essaimé à Tombouctou ou Agadir, Jamel n’aurait jamais pu tourner Indigènes.

Si j’avais été consulté, j’aurais suggéré à Madonna d’autres possibilités de covoiturage pour accompagner Obama dans sa croisade pour la paix et les droits de l’homme. Il y a d’excellents choix possibles dans l’Histoire américaine. J’aurais évité Martin Luther King (trop fastoche) ou Abraham Lincoln (trop républicain). Mais ça nous laisse quand même quelques bons clients comme Thoreau, Emerson, ou Einstein. Si ça le fait pas, on peut aussi piocher dans le patrimoine pacifiste européen. Tolstoï serait assez raccord, tout comme Dickens et même Montaigne. Montaigne qui, s’il n’est pas le proto-centriste qu’on nous décrivait autrefois au lycée, n’en fut pas moins un homme de paix et de dialogue d’autant plus inattaquable qu’il n’a jamais, lui, écrit du bien d’Adolf Hitler ; et ça, même Madonna peut le vérifier sur Wikipédia.

Excédants excédents

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Certes, il y a la crise financière internationale, une croissance et des recettes fiscales prévues à la baisse, mais, au ministère de l’Economie on reste serein : le projet de budget 2009 présente même un excédent de près de 70 millions d’euros. C’est la raison pour laquelle David Hiler, en charge des finances de l’Etat de Genève, n’envisage pas de créer de nouvelles taxes écologiques.

Faut pas pousser Pépé dans les ors !

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Du Sénat, la devise est claire : « A bas le populisme, vive le gâtisme ! » Je précise aussitôt, à l’intention des esprits malveillants, ce que par « gâtisme » il faut entendre : l’art et la manière de gâter les membres de la Haute assemblée. Jusques et y compris le petit personnel, d’ailleurs, puisque jardiniers et coiffeurs y touchent des salaires de cadres supérieurs et bénéficient, entre autres menus avantages, de « primes de nuits » – primes assurément méritées : quiconque s’est déjà essayé à la taille de roses trémières à la seule clarté lunaire en conviendra.

Oh ! Bien sûr les râleurs diront que dans un pays qui doute de son pouvoir d’achat et tremble pour sa retraite, le traitement de nos sénateurs relève des privilèges d’Ancien Régime. Leurs émoluments, fort difficiles à calculer précisément, s’élèvent à près de 12 000 euros net par mois. Soit environ 6 000 euros de salaire, et à peu près autant pour leurs « frais » (non imposables, il va sans dire, et d’un usage parfaitement discrétionnaire). Il faut bien payer sa secrétaire et… Et quoi d’autre, au juste ? Locaux, matériel informatique et bureautique ? Gracieusement mis à disposition. Les charges de fonctionnement et l’affranchissement postal ? Gratuits. Les transports alors ? Non pas : pour les sénateurs ne bénéficiant pas de voiture de fonction avec chauffeur, l’usage illimité du réseau SNCF est gratuit, ainsi qu’une quarantaine d’aller-retour aériens sur Air France et ses filiales. Sans oublier les 1 000 euros mensuels de « prime informatique » (pourquoi ? parce que). Et pour les retraites, le Sénat ne mégote pas davantage : un bref passage (un mandat) au Luxembourg suffit à toucher ad vitam une retraite de plus de 1 500 euros mensuels (ce qu’un Français moyen mettra plus de trente ans de cotisations à obtenir).

Le Sénat est par conséquent bonne mère. On y vit et travaille dans la quiétude, loin du stress électoral, on y mange bien, et, ce qui ne gâche rien, le cadre est somptueux. Une maison de retraite bien agréable, en somme, qui attire jusqu’à ses plus farouches contempteurs.

Or voilà que depuis ce week-end, la Chambre haute (mais avec « accès facilité ») est l’objet d’une polémique trop vive pour seoir aux lieux : en pleine tourmente financière, alors que les peuples ne décolèrent pas de voir les banquiers réclamer de l’argent public pour réparer leurs bêtises, on apprend que le Président du Sénat, Christian Poncelet, s’est attribué pour son départ un golden fauteuil roulant.

Poncelet percevra en effet une très confortable retraite (calculée sur ses indemnités de sénateur et de Président, soit tout de même la bagatelle de 23 000 euros par mois), qu’il pourra cumuler avec ses autres retraites, celles d’ancien député, d’ancien conseiller régional, d’ancien conseiller général… et même d’ancien fonctionnaire des PTT, puisqu’il devança jadis Besancenot dans le métier. Ajoutons pour faire bonne mesure une voiture de fonction Safrane (et son chauffeur à temps plein), deux gardes du corps, une secrétaire et les bureaux équipés qui vont avec. C’est beaucoup, mais visiblement ce n’était pas assez pour notre Papy flambeur, qui jouira de surcroît « à vie » d’un gigantesque appartement dans l’un des quartiers les plus chers d’Europe – logement que le Sénat, sur les deniers publics, a acheté tout exprès pour lui.

Interrogé par les médias, son probable successeur, l’UMP Gérard Larcher, s’est montré à ce sujet aussi vague qu’indélicat : une attribution « à vie », concernant Poncelet, cela n’aurait guère « de sens » ! En sait-il davantage que nous sur l’état de santé du Président du Sénat ? Mystère. Mais cela ne change rien à l’affaire : il est ici question d’argent public, c’est-à-dire de fonds qui doivent être contrôlés et dont l’attribution doit servir l’intérêt public. Propriétaire d’un joli patrimoine immobilier, assujetti à l’ISF, nanti d’une exceptionnelle retraite, Poncelet méritait-il et avait-il seulement besoin de bénéficier « à vie » et à titre gratuit d’une luxueuse résidence, dont la valeur locative avoisine les 10 000 euros par mois ?

Le ministre du Travail, secrétaire général adjoint de l’UMP et proche du Président de la République, Xavier Bertrand a estimé que non et a demandé que l’on revienne sur cette décision. Approuvons ! Et puisque l’on échappera sans doute pas à l’accusation de démagogie, osons même une suggestion : que le Sénat, visiblement en fonds, revende cet appartement et en verse le produit au Fond de Réserves des Retraites – depuis le début de la crise financière, sa valeur a chuté d’un tiers. Le Sénat n’y verra aucune objection, puisque ses éminents membres sont si sensibles au sort des retraités.

Prière d’insérer

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Contrairement à ce que laisse entendre une rumeur malveillante, Causeur.fr restera ouvert en ce mardi de Roch Hachana. Mais seuls les catholiques romains François Miclo et Basile de Koch tiendront la boutique. Les autres chômeront et prieront (ou essayeront de le faire croire à leurs mamans).

Courant alternatif

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Les Echos nous apprennent que Poweo, distributeur d’électricité privé, élargit son partenariat avec Darty. Il y a du relâchement à la rédaction des Echos. A Charlie Hebdo, une info pareille, ça ne serait pas passé !

Bonjour tristesse

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J’ai éprouvé le même sentiment à la mort de Giscard. L’étrange sensation du vide et du dépeuplement, le truc à virer frapadingue comme Lamartine et répéter après lui : « Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. »

Robert Ménard n’est plus secrétaire général de Reporters sans frontière. Il a renoncé lui-même à cette fonction. Et nous nous sentons, nous autres journalistes, abandonnés. Notre vie n’a plus guère de sens. Quant à notre liberté, n’en parlons pas.

A peine l’annonce de la démission de Robert Ménard était-elle publiée que le rédacteur en chef de la Süddeutsche Zeitung m’a refusé un article au prétexte que son journal n’a pas à se prononcer sur l’interdiction de la sexualité pour les vieillards. Et que le terme « vieillard » est un peu désobligeant pour les seniors. 300 euros, ça me coûte, la démission de Robert.

Les grands reporters de chez Burda, le groupe de presse qui a tant fait pour les patrons[1. Bon d’accord, ce ne sont ni les patrons de presse ni les patrons tout court, mais les patrons qui servent à confectionner soi-même des patrons. Mais il y avait de l’idée.], sont totalement déprimés. A Modes et travaux, c’est la consternation. Chez Biba, il s’est trouvé hier une journaliste d’investigation à chercher une poutre dans la rédaction pour y accrocher une corde.

A Causeur, on a vu Marc Cohen épancher ses larmes dans les bras d’une Elisabeth Lévy qui, affligée de tristesse, n’en pouvait mais.

Et je vous passe sous silence – pourquoi la Presse n’aurait-elle pas, elle aussi ses petits secrets ? – l’attitude bravache de la chef de la rubrique Cuisine de Elle, qui n’a pas hésité à menacer son monde de grève de la faim tant que Robert Ménard n’aurait pas repris la tête de la Société Protectrice des Journalistes. Certes, elle en fera certainement un dossier pour le magazine féminin : « Le jeûne fait-il maigrir ? » Mais le geste est là et il n’y a que l’intention qui compte.

C’est que nous autres, journalistes, nous n’aimons pas Robert Ménard. Nous l’adorons. Il est un maître pour nous tous. Sa carrière parle pour lui : il l’a faite entièrement à Radio France Hérault. Quel autre journaliste pourrait, dans le monde, avoir eu autant envie de Béziers que l’Albert Londres des temps modernes ? C’est certain qu’un type qui a fait sa carrière de journaliste comme localier à échelle cantonale voire départementale a toutes les capacités requises pour recaler la Chine au rang des réalités nulles et non avenues. D’ailleurs qui oserait le faire, sinon un localier de Radio France Hérault ?

Il ne reste plus qu’une chose aux journalistes libres : une catastrophe naturelle dans les environs de Béziers, un truc nucléaire qui y explose, une prise d’otage à la rédaction de France Bleue Hérault pour que l’on puisse tester à nouveau le caractère télégénique de Robert Ménard.

La Chevalière de la Garde

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Le régent Philippe d’Orléans présenta la Chevalière de la Garde au banquier John Law en septembre 1718. Ce dernier s’éprit des innombrables grâces et de la prodigieuse maîtrise de la langue anglaise de la dame. Elle ne le quitta plus. C’est à elle que l’on doit le célèbre : « Mais non, ça va passer », prononcé le 24 mars 1720 alors que commençait la banqueroute du banquier écossais. La postérité retient également d’elle la formule : « Un petit rhume, c’est de saison », énoncée le 21 mars 1729 au chevet de John Law quelques minutes avant que la pneumonie l’emporte.

Mattheus Verheyden, Portrait de la Chevalière de la Garde, huile sur toile, 1738. Collection particulière, conservée dans un coffre de la banque Lehmann Brothers au titre d’un achat d’œuvre ouvrant droit à déduction fiscale.

Comment j’ai fini par regretter Guillaume Durand

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Parmi les multiples nouveautés de la rentrée télévisuelle – dont la plupart, apparemment, ne passeront pas l’hiver – le service public a l’air particulièrement fier de sa nouvelle émission-littéraire-grand-public, starring Daniel Picouly dans le rôle de Bernard Pivot.

Ça au moins, ça devrait durer ; en tout cas, l’animateur fait tout pour. Voici trois mois encore, Daniel était confiné dans une case improbable sur France 5 avec « Café Picouly ». Le voici désormais sur France 2 avec un concept flambant neuf : « Café littéraire » ! Un titre qui a au moins le mérite de stabilobosser au passage la synonymie entre les mots « Picouly » et « littérature » – même si, à titre personnel, j’aurais encore préféré « Café picoulittéraire ».

Pour que nul n’en ignore, rappelons que notre animateur est aussi, et d’abord, un écrivain – et parmi les plus glands. Auteur de polars à pâlir la nuit, puis de best-sellers à éviter même en plein jour, il a même mérité pour un de ses opus (Le champ de personne) le Grand Prix des lectrices de Elle – comme avant lui Bernard Werber et Paulo Coelho, pour vous donner une idée.

Hormis ce bâton de maréchal-ferrant, qui comme de juste écrit avec ses sabots, qu’est-ce qui lui vaut donc cette promotion ? La saison passée, son émission me servait assez régulièrement de Donormyl. N’écoutant que mon courage, j’ai voulu voir quand même, pour vous et le cas échéant à votre place, comment la chenille s’était transformée en papillon.

Commençons par les bonnes nouvelles : cette fois-ci, je ne me suis assoupi que vers la fin – et sans doute bien plus tard que la plupart de mes co-téléspectateurs.

Certes, la forme y est pour beaucoup. Difficile de trouver le sommeil quand vos yeux et vos oreilles sont sollicités en permanence par un brouhaha criard – si l’on ose dire.

Générique « ultra-moderne », tout en accéléré – tellement innovant qu’on se croirait dans « Paris-Dernière » il y a 13 ans. Décor violemment kitsch aux dominantes rouge sang, dont on devine qu’il est là pour souligner la dimension néo-post-moderne de l’entreprise. Ambiance radicalement bidon, dans ce faux café où de faux clients sont censés, à 1,50 m de Picouly, discuter à bâtons rompus sans se douter un instant qu’il y a des caméras partout !

Problème : ces figurants-là n’ont visiblement pas grand-chose à se dire, à part de temps en temps à autre : « Fais gaffe, regarde pas la caméra ! » Et à force, ça finit par se voir. Idéalement, il ne manque à ce tableau qu’un homard géant en plastique suspendu par la queue… Mais le mieux est l’ennemi du bien.

Et puis il y a le fond – incarné avec talent par Picouly. Tellement heureux d’être là, le mec, qu’il ne peut s’empêcher de hurler ses questions les plus intimes, ni de mimer à la Buster Keaton ses empathies calculées. Bref, dans ce Théâtre des deux-cents-ânes tout le monde joue – sauf Picouly qui, en tant que chef, s’arroge le droit de surjouer.

Avec Elie Wiesel, son invité d’honneur, Picouly en fait un poil trop dans la révérence. Ne nous annonce-t-il pas, dès le sommaire, une « rencontre tout simplement exceptionnelle » (sic) avec un homme « impressionnant, attentif et émouvant » ? Avec une telle intro, le ton est donné : durant son interview, jamais Daniel ne dépassera le niveau d’insolence d’un lancinant « Comment faites-vous pour être aussi formidable ? »

La possibilité de repérer les imbéciles

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La possibilité d’une île, le film adapté par Houellebecq de son propre roman, devrait rester comme l’un des plus grands ratages commerciaux du cinéma français de ces dernières années, à l’instar du film de BHL, Le jour et la nuit. D’ailleurs, Houellebecq publie un livre de correspondance électronique avec BHL. Parlent-ils de leurs déboires cinématographiques respectifs ? On peut le croire. Admettront-ils avoir fait de mauvais films ? De la part de BHL, cet aveu l’honorerait. A l’époque, il avait verrouillé le paysage médiatique comme une ville de banlieue pendant les émeutes. Mais la résistance au décervelage programmé s’était organisée. Le film était mauvais, il fallait le dire, cela fut dit.

Avec Houellebecq, tout cela est bien différent. Houellebecq ne demande rien à personne et sa puissance de feu médiatique doit plus à des thuriféraires hyperboliques qu’à ses amitiés dans les rédactions. Aussi y avait-il quelque chose de suspect et de gênant dans la manière dont ceux qui l’adorèrent, le portèrent aux nues, le totémisèrent, l’ont brûlé, lapidé et piétiné à l’occasion de la sortie de ce film. Unanimité haineuse, lynchage systématique, tout cela aurait dû encourager l’esprit de contradiction et pousser le public à franchir l’impressionnant tir de barrage pour tenter de se faire une idée par lui-même. Rappelons, pour la petite histoire, que Sam Peckinpah ou Clint Eastwood, traités de fascistes au moment de la sortie de leurs films, étaient, vingt ans après, considérés par les mêmes comme d' »admirables cinéastes crépusculaires ». On devrait le savoir pourtant que le critique de cinéma est en général un subtil mélange d’arrogance et d’inculture, de soumission aux idées reçues du temps et qu’il se révèle, en matière de jugement esthétique, à peu près aussi fiable qu’un organisme de crédit américain à la fin de le seconde présidence Bush.

Car il se trouve que La Possibilité d’une île est un très bon film, souvent poignant, parfois drôle et toujours intéressant. Houellebecq a pris de vrais risques artistiques, d’abord en faisant un film de genre, ce qui est toujours, a priori, un peu méprisé en France, et ensuite en portant à l’écran son propre livre, ou plutôt une partie de son propre livre, se livrant à l’exercice périlleux de l’auto-adaptation.

Il aurait pu faire presque le même film et avoir un certain succès. Il lui aurait suffi d’appâter le chaland médiatique des magazines branchés en insérant, par exemple, une scène de fellation non simulée à mi-parcours qui lui eût fait encourir le risque d’une interdiction aux mineurs. Buzz et victimisation assurés, comme ils le furent pour Baise-moi de Virginie Despentes, lui auraient au moins valu quelques dizaines de milliers de spectateurs en plus. Mais non, comme dans ses romans, qu’on les aime ou pas, Houellebecq ne triche pas et fait le choix d’une vraie radicalité. La possibilité d’une île, le film, est d’une beauté plastique remarquable qui ne surprendra que ceux qui n’ont pas vu son merveilleux court-métrage utopique, La rivière. La Belgique de zones commerciales du début du film fait écho aux paysages post-apocalyptique de Lanzarote, le corps des acteurs est présent à l’écran sans sublimation esthétique mais sans mépris naturaliste. Ces décors futuristes où Benoît Magimel se régénère ont été moqués pour leur aspect kitsch mais personne à ma connaissance ne s’est avisé de leur ressemblance avec la machine temporelle de Je t’aime Je t’aime, le film de Resnais qui, en 1968, s’adonnait déjà à la science-fiction (prononcer ce dernier mot avec une moue méprisante, surtout) pour dire la douleur du temps qui passe, l’angoisse de la fin, le désir d’immortalité. Elles ressemblent plus, ces machines, à une sculpture de Dubuffet qu’à de la quincaillerie high-tech siglée Spielberg. Et alors, va-t-on reprocher à Houellebecq de refuser l’esthétique mondialisée de Hollywood et de s’inscrire dans une tradition nationale du réalisme magique à la Marcel Carné dans Les visiteurs du soir ?

Ou bien est-ce l’ambition de Houellebecq qui a gêné, sa volonté de faire un cinéma aussi sensuel que métaphysique quand le réalisateur français moyen livre son énième autofiction pour trentenaires vivant entre la rue Oberkampf et le boulevard Richard Lenoir ?

Toujours est-il qu’on peut prendre un pari sans trop de risques : La possibilité d’une île deviendra un film culte et déjà, quand il ressortira en dévédé, on entendra le chœur de l’actuelle conjuration des imbéciles se donner le luxe de l’indulgence et susurrer : « Ce n’était pas si mal, en fait. » Comme toujours, dès qu’il s’agit d’un créateur singulier, la reconnaissance arrivera. Trop tard.

La Possibilité d'une île

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Conduite inqualifiable

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Une auto-école de la Seine-Saint-Denis, nous apprend Libération, a refusé d’inscrire une jeune fille portant le voile. Le Mrap a naturellement annoncé son intention de saisir la Halde.
PS : Mon vélo a une roue voilée. J’envisage de le faire porter chez le réparateur. Si Mouloud Aounit me lit, pourrait-il me faire un petit mot ?

Hitler au Top 50 ?

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Lors des concerts de sa tournée mondiale, Madonna a choisi de participer, avec ses mots à elle, à la présidentielle américaine. Sur l’écran géant qui surplombe la scène, on voit défiler d’une part une série d’images de John McCain suivi d’Hitler et Mugabe et d’autre part, Obama accompagné de ses colistiers putatifs Gandhi et Lennon. Comme on n’ose pas croire que Madonna soit hitlérienne, on en déduit qu’elle est plutôt démocrate, et que sa démonstration historique et politique assimile grosso modo McCain à l’Empire du Mal et Obama au Camp du Bien. Très critiquée aux USA – et pas seulement à droite – pour ses subtiles tentatives d’amalgame, Madonna a contre-attaqué en annonçant qu’elle allait transformer ce qui n’était qu’un gimmick de scène en œuvre d’art à part entière, un vidéoclip donc, qu’elle vient de mettre elle-même en ligne sur Youtube.

On aurait tort de moquer la niaiserie du propos : il n’est ni plus ni moins débile que la plupart des spots télévisés en faveur des deux candidats. J’ai beau être féru de culture américaine (y compris en matière d’élégance masculine, de séries TV ou de gastronomie), je leur laisse sans regret leur propagande politique (et aussi leur pseudo Rn’B contemporain, mais c’est une autre histoire). Si l’argumentation électorale US n’était pas tombée si bas, McCain, qui en a quand même vu d’autres chez les Viets, aurait pu se contenter de ricaner. Au lieu de quoi il fonce tête baissée dans le panneau publicitaire d’une chanteuse passée de mode et laisse son staff multiplier les communiqués indignés, un peu à la manière d’Obama dans l’instructive affaire des caricatures du New Yorker.

On aurait tort aussi de s’indigner du caractère discrètement révisionniste de l’équation posée par Madonna. Tout d’abord, elle est loin d’avoir le monopole de ce genre de conneries : Badiou les professe tous les jours à Normale Sup’, il en a même fait un best seller. On pourra certes regretter que l’équation Hitler=McCain de Madonna entraîne quelques millions d’adolescents à penser que les agissements des GI’s en Irak, c’est un peu comme les trucs de la deuxième guerre mondiale. Sauf que le mal n’est pas bien grand, vu qu’ils l’auront oublié avant même la fin du clip.

On aurait tort enfin de penser que la référence à Gandhi était la mieux choisie pour faire pendant à Hitler. Madonna (et je crains qu’elle ne soit pas la seule dans ce cas-là) semble manifestement promouvoir une vision strictement duale de l’univers qui nous entoure : gentils/méchants, démocrates/républicains, nazis/antinazis, cool/pas cool. Eh bien, dans cette binarisation du réel, Gandhi n’a pas sa place. Figurez-vous que le Mahatma a écrit à deux reprises au Führer. Dans sa première lettre, fin 1938, il a tenté de le convaincre des vertus de la non-violence – en vain, nous dit-on… La seconde lettre de Gandhi à Hitler est plus gênante. Ecrite en plein conflit, le 24 décembre 1940, on peut y lire ces quelques lignes qui ont dû échapper à la vigilance de Madonna : « Nous ne doutons pas de votre courage et de votre amour pour votre patrie et nous ne croyons pas non plus que vous soyez le monstre décrit par vos adversaires. » Aïe. Parfois, l’Histoire, c’est compliqué. Gare aux erreurs de casting.

Attention, je n’ai jamais dit, moi, Hitler=Gandhi ; contrairement à d’autres nationalistes indiens, il était hostile à une alliance ouverte avec l’Axe. Cela étant dit, il était tout autant hostile à toute participation des soldats indiens à l’effort de guerre anglais contre le 3e Reich : « Notre position est unique. Nous résistons à l’impérialisme britannique tout autant qu’au nazisme. » Si les idées de Gandhi avaient essaimé à Tombouctou ou Agadir, Jamel n’aurait jamais pu tourner Indigènes.

Si j’avais été consulté, j’aurais suggéré à Madonna d’autres possibilités de covoiturage pour accompagner Obama dans sa croisade pour la paix et les droits de l’homme. Il y a d’excellents choix possibles dans l’Histoire américaine. J’aurais évité Martin Luther King (trop fastoche) ou Abraham Lincoln (trop républicain). Mais ça nous laisse quand même quelques bons clients comme Thoreau, Emerson, ou Einstein. Si ça le fait pas, on peut aussi piocher dans le patrimoine pacifiste européen. Tolstoï serait assez raccord, tout comme Dickens et même Montaigne. Montaigne qui, s’il n’est pas le proto-centriste qu’on nous décrivait autrefois au lycée, n’en fut pas moins un homme de paix et de dialogue d’autant plus inattaquable qu’il n’a jamais, lui, écrit du bien d’Adolf Hitler ; et ça, même Madonna peut le vérifier sur Wikipédia.

Excédants excédents

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Certes, il y a la crise financière internationale, une croissance et des recettes fiscales prévues à la baisse, mais, au ministère de l’Economie on reste serein : le projet de budget 2009 présente même un excédent de près de 70 millions d’euros. C’est la raison pour laquelle David Hiler, en charge des finances de l’Etat de Genève, n’envisage pas de créer de nouvelles taxes écologiques.