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La race des Zemmour

Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat télévisé sur le thème « Demain, tous métis ? » Cette expérience baroque a été tentée jeudi 13 novembre sur Arte. Seul face à une assemblée de militants antiracistes et autres intellectuels à bonne conscience, l’éditorialiste du Figaro a cédé à la douce joie de la provocation, lâchant, au détour d’un échange avec la militante associative Rokhaya Diallo : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie a succédé la négation des races…  » et, pire encore, « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! » Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel serein d’un débat mou du genou, que peinaient à secouer les banalités de Vincent Cespedes et des fulgurances comiques de la comédienne allemande d’origine turque Renan Demirkan qui défendait le concept étourdissant de « nation cocktail »…

Cette utilisation provocatrice (et contestable) du mot « race » par Zemmour a immédiatement mis en branle la machine associative à s’indigner. Dans un communiqué publié le 17 novembre, l’association SOS-Racisme s’est dite « scandalisée » par cette « réhabilitation de la théorie des races ». Zemmour en Gobineau ou en Rosenberg, cela devrait faire sourire. Patrick Lozès, patron du CRAN a surenchéri, dénonçant sur son « blog de la diversité » des arguments « choquants » qui lui ont « glacé le sang ». L’association des Indivisibles – qui me feraient regretter les Indigènes de la République – précise dans un communiqué : « Rokhaya Diallo a fait un important effort personnel pour rester courtoise », et n’est pas tombée dans le « piège » tendu par un Zemmour tenant des propos « nauséabonds ».

On notera aussi un petit billet indigné du chroniqueur d’Europe 1 Bruno Roger-Petit qui réclame sur son blog du Post des sanctions contre Zemmour « people journaliste de la télé », qui bénéficierait d’une « grasse rémunération » et d’un occulte réseau de protections : « Est-ce que le réseau d’amitiés médiatiques, qui le propulse sur France 2, i-télé, France 5, Arte etc… va lui permettre d’échapper à son châtiment ? » Passons charitablement sur le fantasme de cet invisible « réseau » qui protège, mais amusons-nous de l’utilisation très premier degré du terme « châtiment » par Roger-Petit. Un châtiment, c’est plus grave qu’une mise à pied, une privation d’antenne, une soirée au piquet, une fessée – un châtiment c’est la correction magistrale, exemplaire qui vient après le crime. BRP termine son petit réquisitoire en appelant la « justice du système médiatique » à « frapper » l’infâme Zemmour. Il faut se réjouir que la « justice du système médiatique » ne soit qu’un fantasme, assez terrifiant d’ailleurs, et que les propos de Zemmour soient encore autorisés par la législation française. Parce que, et nous allons y venir, ils ne sont évidemment pas racistes

Mais pourquoi tant de haine suite à la défense par Zemmour de l’existence de différentes « races » humaines ? On notera que la presse française s’est moins formalisée de l’usage du mot « race » à l’occasion de l’élection de Barack Obama, l’homme qui a déclaré « a race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer »… Nul n’a crié au châtiment en lisant : « L’élection d’un « frère de race » à la plus haute fonction de l’État est certainement un facteur psychologique très positif pour la communauté noire (et pour les Noirs dans le monde entier). » (Le Point). Personne ne s’est étranglé des propos publiés par Le Monde Diplomatique – « Si les démocrates choisissent M. Obama pour défendre leurs couleurs en novembre, son progressisme présumé a autant de chances d’être sujet à controverse que sa race. » – ou par Marianne – « Les Américains n’ont pas à choisir l’homme qui gèrera au mieux le tsunami boursier et bancaire, celui qui réformera la Sécurité sociale et mettra fin aux folles guerres d’Orient. Ils ont seulement à trancher entre deux races, la leur ou l’autre. » On m’objectera que l’utilisation du mot « race » à propos d’un pays autorisant les statistiques ethno-raciales (celles qui ont révélé que 90 % de l’électorat noir avait voté Obama) et se concevant comme un melting-pot, est certainement moins tendancieuse que lorsqu’elle concerne la France, République « indivisible ». En tout cas, l’utilisation du mot « race » dans un certain discours journalistique n’est pas plus scandaleuse que sa présence dans la Constitution de 1958 qui garantit « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que faire, alors, de cette encombrante notion ? L’interdire, la proscrire ou la (re)-définir ?

Danse de la pluie : météo favorable

3

L’américanisation de la vie politique française s’amplifie. Suspicion de fraudes électorales dans certaines parties du pays, recomptage des voix, contestation des résultats : le Parti socialiste nous aura invité cette nuit à un remake de l’élection américaine de 2000. Certes, on ne sait pas qui de Ségolène Royal et de Martine Aubry sera George Bush et Al Gore. En attendant, la présidente de Poitou-Charentes souhaite que les militants retournent aux urnes dès jeudi prochain. Cela prendra le temps qu’il faudra et durera jusqu’à ce qu’ils l’élisent. C’est un peu comme la danse de la pluie que célébrait Ernest Hemingway : elle est d’une redoutable efficacité à condition que l’on soit prêt à danser jusqu’à ce qu’il pleuve.

Germinal Lataulière

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Le peintre hongrois Barabás Miklós poussait la stupidité jusqu’à n’avoir aucun lien de parenté avec l’autre immigré hongrois qui sert d’administrateur à ce site (on ne peut pas faire très bien la choucroute et être bon ailleurs) ni avec l’autre immigré hongrois qui sert de président à votre pays. De passage à Paris en 1895, Miklós réalisa néanmoins ce portrait de Germinal Lataulière qui est considéré, sans rire, comme son chef d’œuvre. Germinal Lataulière tenait l’une des maisons de tolérance les plus fréquentées du VIIe arrondissement. Contre quelques menus services, Emile Zola avait consacré quelque trente-cinq heures à lui écrire la devise de l’établissement : « Du bourgeois au prolétaire, on écarte grand chez Lataulière. » Elle maintint son claque ouvert quand Marthe Richard promulgua la loi anti-string.

Barabás Miklós, Portrait de Germinal Lataulière. Huile sur toile, 1895, conservée dans la salle Pierre Maurroy du musée des Beaux-Arts de Lille Métropole.

La revue des deux mondes

3

Exclusif. 00 h 02. Selon lci.fr, les militants favorables à Ségolène Royal afficheraient une mine réjouie à la Maison des Polytechniciens dans le VIIe arrondissement (quartier parisien hyper populaire, surnommé par les Américains le Bronx), où ils sont réunis. Au bar-PMU Le Fontenoy à Lille-Sud (un endroit très fréquenté par les bobos de la banlieue hyper bourge de la ville dirigée par une énarque-fille-à-papa), les partisans de Martine Aubry hésitent encore à faire péter les bouchons des magnums de Jenlain. Le suspense est intense.

PS : participation record

4

Exclusif. 23 h 49. Selon lefigaro.fr, l’entourage de Ségolène Royal crédite la présidente de Poitou-Charentes de 53 % des voix au deuxième tour de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, alors que Martine Aubry doit se contenter d’un petit 50 %. On attend les derniers dépouillements pour savoir qui, des deux prétendantes, va pouvoir atteindre les 75 % nécessaires à l’élection quand les suffrages exprimés seront tellement élevés qu’ils atteindront les 150 %.

PS. Les jeux sont faits !

4

Exclusif. 22 h 25. Alors que le scrutin est clos depuis moins d’une demi-heure au Parti socialiste, nous sommes en mesure de révéler, en avant première, le résultat définitif du vote des militants. Soucieux de ne pas attenter au jeu démocratique, nous ne dévoilerons toutefois pas le nom du futur Premier secrétaire du Parti socialiste – bien qu’il soit connu de tous. Les indices exclusifs que nous abandonnons généreusement à votre sagacité vous permettront sans doute de deviner ce que nous savons déjà : le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste est une femme ! Agée d’une cinquantaine d’années, elle est issue de l’Ecole Nationale d’Administration et consacre toute son énergie à son mandat d’élue locale. Toutes nos félicitations à la nouvelle élue.

Les mollétistes sont circonspects

1

Exclusif. 22 h 12. Alors que la France retient son souffle, n’en pouvant plus d’attendre les résultats de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, les supporters de Guy Mollet sont, selon les plus récentes informations que nous avons pu recueillir, plongés dans la circonspection la plus achevée. Le net recul du vote Delanoë dans les isoloirs expliquerait-il cela ? Selon le sondage réalisé (selon la méthode des quotas et du doigt mouillé) auprès du dernier mollétiste vivant, ce dernier, malgré qu’il en ait, attend toujours la réaction de Gaston Defferre avant de livrer le moindre pronostic sur Ségolène Royal et Martine Aubry. Bien au contraire.

Bertrand Delanoë en chute libre

1

Exclusif. 21 h 33. Selon les premiers sondages diligentés par la rédaction de causeur.fr auprès d’un échantillon représentatif de 132,5 suffrageants membres du Parti socialiste (réalisé à la sortie des bureaux selon la méthode éprouvée des quotas et du doigt mouillé), le maire de Paris (PS), Bertrand Delanoë, serait en très mauvaise posture pour être élu dès ce soir au poste de premier secrétaire. L’intéressé s’est, pour l’heure, refusé à tout commentaire.

Voulons-nous vraiment d’un Outreau autonome ?

120

J’aimerais poursuivre ici les excellentes réflexions du camarade Leroy sur le grand péril autonome. L’instant présent en France est celui de la tentative de fabrication d’une nouvelle figure de l’imaginaire social : le « terroriste anarcho-autonome ». Il s’agit de la troisième figure fantasmatique du « Mal absolu contemporain », succédant historiquement à la fabrication des figures du « pédophile » et du « terroriste islamiste ».

Nous devons apprendre d’urgence à distinguer les registres, si nous ne désirons pas que le scandale et la catastrophe d’Outreau se répètent, avec les mêmes conséquences dévastatrices, pour les présumés « terroristes autonomes » mis en examen sans preuve matérielle le 15 novembre. Il serait peut-être temps pour un grand nombre de journalistes, pour la Police et la Justice, de tirer réellement les conséquences d’Outreau, dans la pratique et pas seulement dans le discours. La réaction doit intervenir maintenant. Ces institutions, si elles souhaitent recouvrer leur dignité, ne peuvent pas répéter les mêmes catastrophiques erreurs et le même rituel de la repentance à retardement, une fois qu’il est trop tard et que des vies ont été détruites.

Nous devons rigoureusement distinguer le registre de la réalité de celui de l’imaginaire social, de la fantasmatique sociale. Dans le registre de la réalité, il existe des personnes responsables de viols et de meurtres d’enfants, comme il existe des attentats islamistes sanglants. Mais, à ma connaissance, il n’existe aucun précédent d’un attentat autonome contre des personnes. Pas plus qu’il n’existe la moindre preuve attestant d’un projet d’attentat autonome contre des personnes.

A côté de la réalité tragique des crimes pédophiles et des attentats islamistes avérés, nous avons vu se former un certain dispositif à la fois politique, judiciaire, législatif et médiatique qui a produit un certain nombre d’images sociales, de fantasmes collectifs. Et nous avons pu observer les conséquences désastreuses que ces fantasmes collectifs ont eues dans la réalité. Loin de réduire les maux et les douleurs suscités par ces crimes, ils ont empoisonné notre vie sociale et démultiplié les douleurs.

Les figures fantasmatiques du « pédophile », du « terroriste islamiste » et du « terroriste anarcho-autonome » présentent de nombreux traits communs. La structure du fantasme est identique : une essence diabolique dissimulée derrière une apparence quelconque. La voie est ainsi ouverte à une suspicion généralisée. N’importe quel être quelconque, banal, devient un suspect. C’est ainsi que, dans le langage de nombreux journalistes complices de cette paranoïa programmée, l’épicerie de Tarnac est devenue une « épicerie tapie dans l’ombre » et la ferme retapée par des amis une mystérieuse « base » terroriste. Dans ce montage, le caractère diabolique du mal est renforcé dans le fantasme par un caractère d’invisibilité, d’indiscernabilité. Le terme de « cellule invisible », inventé de toutes pièces par le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, lors de la conférence de presse du 14 novembre annonçant la mise en examen des suspects, ne figure dans aucun écrit « autonome ». Il a été immédiatement repris et diffusé comme parole d’évangile par toute la presse. Il ne résulte pourtant que d’une déformation de la signature collective de L’insurrection qui vient, le « Comité invisible », dont le caractère poétique et humoristique, ne correspondant à aucune instance politique réelle, saute pourtant aux yeux de quiconque parcourt quelques lignes de ce texte. Il existait dans la littérature autonome un « Parti Imaginaire ». Il existe désormais aussi une Cellule Imaginaire.

Enfin une femme à l’Académie française !

47

A Paris, quand une femme atteint l’âge malheureux qui invite au respect plus qu’il ne pousse au crime, s’offre à elle une alternative pour occuper ses jeudis après-midi : aller à la Coupole ou sous la Coupole. La vie, vraiment, tient à peu de choses. Une simple erreur de préposition et vous vous retrouvez à devoir supporter la compagnie des taxi boys plutôt qu’à endurer la conversation de leurs grands-pères. C’est le grand malheur qui vient de frapper Simone Veil : les chemins qui mènent boulevard Montparnasse lui sont désormais fermés, elle vient d’être élue à l’Académie française.

Hier, c’était jour de fête chez les trente-neuf autres gérontes et gérontesses du quai Conti. On s’est congratulé à s’en faire péter le sonotone, on a débouché une roteuse pour faire chabrot au champagne, il s’en est fallu de peu pour qu’Erik Orsenna entonnât le grand air de La fille de Madame Angot. Giscard avait déjà déballé l’accordéon. L’ambiance y était. La plus contente était de loin Jacqueline de Romilly, qui escompte bien recevoir de l’impétrante quelques tuyaux – et peut-être des rabais – sur l’IVG. Il n’y a pas d’âge pour la gaudriole. Vert, toujours vert.

Tandis que René Girard dissertait sur La Pesanteur et la Grâce – le chef d’œuvre de Simone[1. L’auteur consacre la majeure partie de cet ouvrage à établir la différence sémiologique entre le V et le W.] –, il se trouvait l’un ou l’autre râleur pour marmonner : « Encore une femme… On avait déjà Yourcenar, ça ne leur suffisait pas ? » Plus mesurée encore, Hélène Carrère d’Encausse faisait part à Angelo Rinaldi des craintes qu’elle éprouvait : le job de première secrétaire a beau être à perpétuité, on ne se méfie jamais assez des nouvelles. Rinaldi a maugréé. Quant à Jean Dutourd, qui ne boudait ni son plaisir ni sa satisfaction, il a demandé de quel fauteuil Momone avait hérité et si l’on trouvait encore à Paris des coussins péteurs assez corrects.

Que de quolibets ! A même pas cent ans, Simone Veil a l’âge de rejoindre les Immortels – une ancienne tradition recommande de les choisir suffisamment vieux pour que la promesse d’immortalité ne dure pas trop longtemps. Elle en a aussi toutes les qualités. Il se raconte même que son élection n’est pas le fruit du hasard : jamais on n’aura vu lexicographe plus achevé que l’ancienne présidente du Parlement européen. Il suffit de lui susurrer à l’oreille le nom de François Bayrou pour l’entendre labourer un champ lexical de long en large : « Mauvais, intrigant, opportuniste, ambitieux, arriviste, prétentieux, carriériste, menteur, trompeur, hâbleur, esbroufeur, bluffeur, poseur, traître, factieux, séditieux, apostat, infidèle, félon, fourbe, déloyal, parjure, lâcheur, renégat… »

Mais la compétence lexicographique n’est pas la seule qualité de Simone Veil. Elle n’a pas son pareil en versification française et, depuis la mort de Racine, on ne lui trouve aucun rival sérieux sur la place de Paris. Il suffit de lui demander ce qu’elle pense du président du Modem pour qu’elle octosyllabise sur-le-champ :
« Ah ! c’est un traître sûrement,
Mais aussi un illuminé… »

Et puis, on ne le dira jamais assez : Simone Veil, c’est aussi une œuvre littéraire colossale. Elle est l’auteur de deux ou trois livres qui rempliraient à eux seuls la bibliothèque de Nicolas Sarkozy s’il avait songé à les acheter. On n’hésitera pas à se procurer sa remarquable autobiographie, parue sous le nom assez surprenant de : Une vie. Le lecteur en consultera notamment la traduction anglaise qui seule sait parfaitement rendre le style inimitable de la nouvelle académicienne : « François Bayrou is an asshole. »

Et modeste, avec cela ! A peine était-elle élue hier à l’Académie française qu’elle répondait à un journaliste qui lui demandait de débiter quelques phrases pour compléter la nécro fournie par l’AFP : « J’éprouve un très grand honneur qui m’étonne encore aujourd’hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation. » Pousser la modestie jusqu’à cacher qu’on a fait soi-même acte de candidature à un poste, c’est ce qui s’appelle de la grande classe. Ou un petit Alzheimer. Va savoir, Simone.

Une vie

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La race des Zemmour

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Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat télévisé sur le thème « Demain, tous métis ? » Cette expérience baroque a été tentée jeudi 13 novembre sur Arte. Seul face à une assemblée de militants antiracistes et autres intellectuels à bonne conscience, l’éditorialiste du Figaro a cédé à la douce joie de la provocation, lâchant, au détour d’un échange avec la militante associative Rokhaya Diallo : « J’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie a succédé la négation des races…  » et, pire encore, « J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! » Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel serein d’un débat mou du genou, que peinaient à secouer les banalités de Vincent Cespedes et des fulgurances comiques de la comédienne allemande d’origine turque Renan Demirkan qui défendait le concept étourdissant de « nation cocktail »…

Cette utilisation provocatrice (et contestable) du mot « race » par Zemmour a immédiatement mis en branle la machine associative à s’indigner. Dans un communiqué publié le 17 novembre, l’association SOS-Racisme s’est dite « scandalisée » par cette « réhabilitation de la théorie des races ». Zemmour en Gobineau ou en Rosenberg, cela devrait faire sourire. Patrick Lozès, patron du CRAN a surenchéri, dénonçant sur son « blog de la diversité » des arguments « choquants » qui lui ont « glacé le sang ». L’association des Indivisibles – qui me feraient regretter les Indigènes de la République – précise dans un communiqué : « Rokhaya Diallo a fait un important effort personnel pour rester courtoise », et n’est pas tombée dans le « piège » tendu par un Zemmour tenant des propos « nauséabonds ».

On notera aussi un petit billet indigné du chroniqueur d’Europe 1 Bruno Roger-Petit qui réclame sur son blog du Post des sanctions contre Zemmour « people journaliste de la télé », qui bénéficierait d’une « grasse rémunération » et d’un occulte réseau de protections : « Est-ce que le réseau d’amitiés médiatiques, qui le propulse sur France 2, i-télé, France 5, Arte etc… va lui permettre d’échapper à son châtiment ? » Passons charitablement sur le fantasme de cet invisible « réseau » qui protège, mais amusons-nous de l’utilisation très premier degré du terme « châtiment » par Roger-Petit. Un châtiment, c’est plus grave qu’une mise à pied, une privation d’antenne, une soirée au piquet, une fessée – un châtiment c’est la correction magistrale, exemplaire qui vient après le crime. BRP termine son petit réquisitoire en appelant la « justice du système médiatique » à « frapper » l’infâme Zemmour. Il faut se réjouir que la « justice du système médiatique » ne soit qu’un fantasme, assez terrifiant d’ailleurs, et que les propos de Zemmour soient encore autorisés par la législation française. Parce que, et nous allons y venir, ils ne sont évidemment pas racistes

Mais pourquoi tant de haine suite à la défense par Zemmour de l’existence de différentes « races » humaines ? On notera que la presse française s’est moins formalisée de l’usage du mot « race » à l’occasion de l’élection de Barack Obama, l’homme qui a déclaré « a race est une question que notre pays ne peut se permettre d’ignorer »… Nul n’a crié au châtiment en lisant : « L’élection d’un « frère de race » à la plus haute fonction de l’État est certainement un facteur psychologique très positif pour la communauté noire (et pour les Noirs dans le monde entier). » (Le Point). Personne ne s’est étranglé des propos publiés par Le Monde Diplomatique – « Si les démocrates choisissent M. Obama pour défendre leurs couleurs en novembre, son progressisme présumé a autant de chances d’être sujet à controverse que sa race. » – ou par Marianne – « Les Américains n’ont pas à choisir l’homme qui gèrera au mieux le tsunami boursier et bancaire, celui qui réformera la Sécurité sociale et mettra fin aux folles guerres d’Orient. Ils ont seulement à trancher entre deux races, la leur ou l’autre. » On m’objectera que l’utilisation du mot « race » à propos d’un pays autorisant les statistiques ethno-raciales (celles qui ont révélé que 90 % de l’électorat noir avait voté Obama) et se concevant comme un melting-pot, est certainement moins tendancieuse que lorsqu’elle concerne la France, République « indivisible ». En tout cas, l’utilisation du mot « race » dans un certain discours journalistique n’est pas plus scandaleuse que sa présence dans la Constitution de 1958 qui garantit « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » Que faire, alors, de cette encombrante notion ? L’interdire, la proscrire ou la (re)-définir ?

Danse de la pluie : météo favorable

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L’américanisation de la vie politique française s’amplifie. Suspicion de fraudes électorales dans certaines parties du pays, recomptage des voix, contestation des résultats : le Parti socialiste nous aura invité cette nuit à un remake de l’élection américaine de 2000. Certes, on ne sait pas qui de Ségolène Royal et de Martine Aubry sera George Bush et Al Gore. En attendant, la présidente de Poitou-Charentes souhaite que les militants retournent aux urnes dès jeudi prochain. Cela prendra le temps qu’il faudra et durera jusqu’à ce qu’ils l’élisent. C’est un peu comme la danse de la pluie que célébrait Ernest Hemingway : elle est d’une redoutable efficacité à condition que l’on soit prêt à danser jusqu’à ce qu’il pleuve.

Germinal Lataulière

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Le peintre hongrois Barabás Miklós poussait la stupidité jusqu’à n’avoir aucun lien de parenté avec l’autre immigré hongrois qui sert d’administrateur à ce site (on ne peut pas faire très bien la choucroute et être bon ailleurs) ni avec l’autre immigré hongrois qui sert de président à votre pays. De passage à Paris en 1895, Miklós réalisa néanmoins ce portrait de Germinal Lataulière qui est considéré, sans rire, comme son chef d’œuvre. Germinal Lataulière tenait l’une des maisons de tolérance les plus fréquentées du VIIe arrondissement. Contre quelques menus services, Emile Zola avait consacré quelque trente-cinq heures à lui écrire la devise de l’établissement : « Du bourgeois au prolétaire, on écarte grand chez Lataulière. » Elle maintint son claque ouvert quand Marthe Richard promulgua la loi anti-string.

Barabás Miklós, Portrait de Germinal Lataulière. Huile sur toile, 1895, conservée dans la salle Pierre Maurroy du musée des Beaux-Arts de Lille Métropole.

La revue des deux mondes

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Exclusif. 00 h 02. Selon lci.fr, les militants favorables à Ségolène Royal afficheraient une mine réjouie à la Maison des Polytechniciens dans le VIIe arrondissement (quartier parisien hyper populaire, surnommé par les Américains le Bronx), où ils sont réunis. Au bar-PMU Le Fontenoy à Lille-Sud (un endroit très fréquenté par les bobos de la banlieue hyper bourge de la ville dirigée par une énarque-fille-à-papa), les partisans de Martine Aubry hésitent encore à faire péter les bouchons des magnums de Jenlain. Le suspense est intense.

PS : participation record

4

Exclusif. 23 h 49. Selon lefigaro.fr, l’entourage de Ségolène Royal crédite la présidente de Poitou-Charentes de 53 % des voix au deuxième tour de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, alors que Martine Aubry doit se contenter d’un petit 50 %. On attend les derniers dépouillements pour savoir qui, des deux prétendantes, va pouvoir atteindre les 75 % nécessaires à l’élection quand les suffrages exprimés seront tellement élevés qu’ils atteindront les 150 %.

PS. Les jeux sont faits !

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Exclusif. 22 h 25. Alors que le scrutin est clos depuis moins d’une demi-heure au Parti socialiste, nous sommes en mesure de révéler, en avant première, le résultat définitif du vote des militants. Soucieux de ne pas attenter au jeu démocratique, nous ne dévoilerons toutefois pas le nom du futur Premier secrétaire du Parti socialiste – bien qu’il soit connu de tous. Les indices exclusifs que nous abandonnons généreusement à votre sagacité vous permettront sans doute de deviner ce que nous savons déjà : le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste est une femme ! Agée d’une cinquantaine d’années, elle est issue de l’Ecole Nationale d’Administration et consacre toute son énergie à son mandat d’élue locale. Toutes nos félicitations à la nouvelle élue.

Les mollétistes sont circonspects

1

Exclusif. 22 h 12. Alors que la France retient son souffle, n’en pouvant plus d’attendre les résultats de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, les supporters de Guy Mollet sont, selon les plus récentes informations que nous avons pu recueillir, plongés dans la circonspection la plus achevée. Le net recul du vote Delanoë dans les isoloirs expliquerait-il cela ? Selon le sondage réalisé (selon la méthode des quotas et du doigt mouillé) auprès du dernier mollétiste vivant, ce dernier, malgré qu’il en ait, attend toujours la réaction de Gaston Defferre avant de livrer le moindre pronostic sur Ségolène Royal et Martine Aubry. Bien au contraire.

Bertrand Delanoë en chute libre

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Exclusif. 21 h 33. Selon les premiers sondages diligentés par la rédaction de causeur.fr auprès d’un échantillon représentatif de 132,5 suffrageants membres du Parti socialiste (réalisé à la sortie des bureaux selon la méthode éprouvée des quotas et du doigt mouillé), le maire de Paris (PS), Bertrand Delanoë, serait en très mauvaise posture pour être élu dès ce soir au poste de premier secrétaire. L’intéressé s’est, pour l’heure, refusé à tout commentaire.

Voulons-nous vraiment d’un Outreau autonome ?

120

J’aimerais poursuivre ici les excellentes réflexions du camarade Leroy sur le grand péril autonome. L’instant présent en France est celui de la tentative de fabrication d’une nouvelle figure de l’imaginaire social : le « terroriste anarcho-autonome ». Il s’agit de la troisième figure fantasmatique du « Mal absolu contemporain », succédant historiquement à la fabrication des figures du « pédophile » et du « terroriste islamiste ».

Nous devons apprendre d’urgence à distinguer les registres, si nous ne désirons pas que le scandale et la catastrophe d’Outreau se répètent, avec les mêmes conséquences dévastatrices, pour les présumés « terroristes autonomes » mis en examen sans preuve matérielle le 15 novembre. Il serait peut-être temps pour un grand nombre de journalistes, pour la Police et la Justice, de tirer réellement les conséquences d’Outreau, dans la pratique et pas seulement dans le discours. La réaction doit intervenir maintenant. Ces institutions, si elles souhaitent recouvrer leur dignité, ne peuvent pas répéter les mêmes catastrophiques erreurs et le même rituel de la repentance à retardement, une fois qu’il est trop tard et que des vies ont été détruites.

Nous devons rigoureusement distinguer le registre de la réalité de celui de l’imaginaire social, de la fantasmatique sociale. Dans le registre de la réalité, il existe des personnes responsables de viols et de meurtres d’enfants, comme il existe des attentats islamistes sanglants. Mais, à ma connaissance, il n’existe aucun précédent d’un attentat autonome contre des personnes. Pas plus qu’il n’existe la moindre preuve attestant d’un projet d’attentat autonome contre des personnes.

A côté de la réalité tragique des crimes pédophiles et des attentats islamistes avérés, nous avons vu se former un certain dispositif à la fois politique, judiciaire, législatif et médiatique qui a produit un certain nombre d’images sociales, de fantasmes collectifs. Et nous avons pu observer les conséquences désastreuses que ces fantasmes collectifs ont eues dans la réalité. Loin de réduire les maux et les douleurs suscités par ces crimes, ils ont empoisonné notre vie sociale et démultiplié les douleurs.

Les figures fantasmatiques du « pédophile », du « terroriste islamiste » et du « terroriste anarcho-autonome » présentent de nombreux traits communs. La structure du fantasme est identique : une essence diabolique dissimulée derrière une apparence quelconque. La voie est ainsi ouverte à une suspicion généralisée. N’importe quel être quelconque, banal, devient un suspect. C’est ainsi que, dans le langage de nombreux journalistes complices de cette paranoïa programmée, l’épicerie de Tarnac est devenue une « épicerie tapie dans l’ombre » et la ferme retapée par des amis une mystérieuse « base » terroriste. Dans ce montage, le caractère diabolique du mal est renforcé dans le fantasme par un caractère d’invisibilité, d’indiscernabilité. Le terme de « cellule invisible », inventé de toutes pièces par le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, lors de la conférence de presse du 14 novembre annonçant la mise en examen des suspects, ne figure dans aucun écrit « autonome ». Il a été immédiatement repris et diffusé comme parole d’évangile par toute la presse. Il ne résulte pourtant que d’une déformation de la signature collective de L’insurrection qui vient, le « Comité invisible », dont le caractère poétique et humoristique, ne correspondant à aucune instance politique réelle, saute pourtant aux yeux de quiconque parcourt quelques lignes de ce texte. Il existait dans la littérature autonome un « Parti Imaginaire ». Il existe désormais aussi une Cellule Imaginaire.

Enfin une femme à l’Académie française !

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A Paris, quand une femme atteint l’âge malheureux qui invite au respect plus qu’il ne pousse au crime, s’offre à elle une alternative pour occuper ses jeudis après-midi : aller à la Coupole ou sous la Coupole. La vie, vraiment, tient à peu de choses. Une simple erreur de préposition et vous vous retrouvez à devoir supporter la compagnie des taxi boys plutôt qu’à endurer la conversation de leurs grands-pères. C’est le grand malheur qui vient de frapper Simone Veil : les chemins qui mènent boulevard Montparnasse lui sont désormais fermés, elle vient d’être élue à l’Académie française.

Hier, c’était jour de fête chez les trente-neuf autres gérontes et gérontesses du quai Conti. On s’est congratulé à s’en faire péter le sonotone, on a débouché une roteuse pour faire chabrot au champagne, il s’en est fallu de peu pour qu’Erik Orsenna entonnât le grand air de La fille de Madame Angot. Giscard avait déjà déballé l’accordéon. L’ambiance y était. La plus contente était de loin Jacqueline de Romilly, qui escompte bien recevoir de l’impétrante quelques tuyaux – et peut-être des rabais – sur l’IVG. Il n’y a pas d’âge pour la gaudriole. Vert, toujours vert.

Tandis que René Girard dissertait sur La Pesanteur et la Grâce – le chef d’œuvre de Simone[1. L’auteur consacre la majeure partie de cet ouvrage à établir la différence sémiologique entre le V et le W.] –, il se trouvait l’un ou l’autre râleur pour marmonner : « Encore une femme… On avait déjà Yourcenar, ça ne leur suffisait pas ? » Plus mesurée encore, Hélène Carrère d’Encausse faisait part à Angelo Rinaldi des craintes qu’elle éprouvait : le job de première secrétaire a beau être à perpétuité, on ne se méfie jamais assez des nouvelles. Rinaldi a maugréé. Quant à Jean Dutourd, qui ne boudait ni son plaisir ni sa satisfaction, il a demandé de quel fauteuil Momone avait hérité et si l’on trouvait encore à Paris des coussins péteurs assez corrects.

Que de quolibets ! A même pas cent ans, Simone Veil a l’âge de rejoindre les Immortels – une ancienne tradition recommande de les choisir suffisamment vieux pour que la promesse d’immortalité ne dure pas trop longtemps. Elle en a aussi toutes les qualités. Il se raconte même que son élection n’est pas le fruit du hasard : jamais on n’aura vu lexicographe plus achevé que l’ancienne présidente du Parlement européen. Il suffit de lui susurrer à l’oreille le nom de François Bayrou pour l’entendre labourer un champ lexical de long en large : « Mauvais, intrigant, opportuniste, ambitieux, arriviste, prétentieux, carriériste, menteur, trompeur, hâbleur, esbroufeur, bluffeur, poseur, traître, factieux, séditieux, apostat, infidèle, félon, fourbe, déloyal, parjure, lâcheur, renégat… »

Mais la compétence lexicographique n’est pas la seule qualité de Simone Veil. Elle n’a pas son pareil en versification française et, depuis la mort de Racine, on ne lui trouve aucun rival sérieux sur la place de Paris. Il suffit de lui demander ce qu’elle pense du président du Modem pour qu’elle octosyllabise sur-le-champ :
« Ah ! c’est un traître sûrement,
Mais aussi un illuminé… »

Et puis, on ne le dira jamais assez : Simone Veil, c’est aussi une œuvre littéraire colossale. Elle est l’auteur de deux ou trois livres qui rempliraient à eux seuls la bibliothèque de Nicolas Sarkozy s’il avait songé à les acheter. On n’hésitera pas à se procurer sa remarquable autobiographie, parue sous le nom assez surprenant de : Une vie. Le lecteur en consultera notamment la traduction anglaise qui seule sait parfaitement rendre le style inimitable de la nouvelle académicienne : « François Bayrou is an asshole. »

Et modeste, avec cela ! A peine était-elle élue hier à l’Académie française qu’elle répondait à un journaliste qui lui demandait de débiter quelques phrases pour compléter la nécro fournie par l’AFP : « J’éprouve un très grand honneur qui m’étonne encore aujourd’hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation. » Pousser la modestie jusqu’à cacher qu’on a fait soi-même acte de candidature à un poste, c’est ce qui s’appelle de la grande classe. Ou un petit Alzheimer. Va savoir, Simone.

Une vie

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