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Proche Orient : du passé faisons table rase !

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Jérusalem

De retour d’un séjour en Israël, j’ai retiré de deux semaines de tribulations chez les Hébreux l’impression que les discours tenus dans nos contrées, aussi bien par les admirateurs que par les détracteurs de l’Etat juif, n’étaient pas de nature à nous rendre plus intelligents, ni surtout à faire avancer d’un millimètre la solution du conflit en cours depuis plus d’un demi-siècle.

La fixation de toutes les chancelleries sur la solution dite « de deux Etats pour deux peuples », l’espoir de voir un Barack Obama imposer d’une main ferme, mais juste une solution de compromis aux deux parties apparaissent à l’observateur attentif que j’ai tenté d’être comme des chimères. Elles ne tiennent pas compte d’un réel aussi épais que désespérant pour les hommes et les femmes épris de paix, comme on appelait jadis les rêveurs au temps de la guerre froide.

Si l’affaire des deux Etats pour deux peuples n’a pas marché jusqu’à ce jour, c’est, explique-t-on généralement, la faute des dirigeants, sur le terrain ou à la tête des grandes puissances, qui sont soit trop faibles pour imposer à leurs peuple les compromis nécessaires, soit trop partiaux, comme George W. Bush, soit encore inexistants parce que divisés sur la question, comme ceux de l’Union européenne. Cette analyse pousse quelques bons esprits, comme l’excellent Elie Barnavi, dont on a pu lire ici un entretien à implorer des Etats-Unis une intervention diplomatiquement musclée, imposant aux Israéliens comme aux Palestiniens un partage territorial fondé sur les  » paramètres Clinton », élaboré en 2000 à Camp David, peaufinés quelques mois plus tard à Taba, et remis en chantier en 2002 lors de l’initiative de Genève. Ils prévoient la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, sur la base des frontières existant avant juin 1967, avec quelques corrections mineures fondées sur des échanges de territoires, le partage de Jérusalem, Vieille vielle comprise, sur la base des quartiers arabes revenant à l’Etat palestinien et des quartiers juifs à Israël, d’une solution au problème des réfugiés palestiniens fondée sur la compensation matérielle et l’aide à la réinstallation dans le pays de leur choix, mais sans retour massif dans l’Etat juif.

Nourri de cartésianisme, Elie Barnavi pense qu’une solution rationnelle, mise en œuvre par des hommes d’Etat visionnaires et courageux, ne peut qu’aboutir à la fin de l’affrontement entre le mouvement national juif et le mouvement national palestinien, tous deux légitimes, même s’ils sont gangrénés par leurs « fous de Dieu » respectifs.

Dès son arrivée à la Maison Blanche, Obama et son conseiller spécial pour la région George Mitchell, ont tenté de reprendre, dans le sens souhaité par Barnavi, ce dossier laissé en déshérence par George W. Bush, et d’imposer au gouvernement israélien un gel total des constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. On s’accorde aujourd’hui pour estimer que cette exigence était une erreur, car elle était impossible à accepter pour Benyamin Netanyahou, non seulement à cause de la pression politique des colons extrémistes, mais parce qu’elle remettait en cause la promesse faite à Sharon par George W. Bush, dans sa lettre de mai 2004, selon laquelle les frontières de l’Etat palestinien prévu dans le cadre de la « feuille de route » établie par son administration tiendraient compte des réalités sur le terrain, notamment de l’existence de « blocs d’implantations juives » à la limite de la « ligne verte » de 1967 et dans la périphérie de Jérusalem. S’il est possible, à la rigueur, de désespérer Elon Moreh et Kyriat Arba, implantations isolées et  » idéologiques », il est suicidaire pour tout dirigeant israélien de s’aliéner Ariel ou Maaleh Adoumim qui bénéficient du soutien de l’immense majorité de l’opinion, y compris celle de gauche.
D’où ce refus du gel des constructions dans des localités qu’ils pensent destinées à rester israéliennes dans le cadre du règlement final.

Résultat : Obama est obligé de faire plus ou moins marche arrière, au risque de gâcher son capital de confiance acquis dans le monde arabo-musulman depuis son fameux discours du Caire…
Comme au jeu d’échec, une mauvaise entame en diplomatie pèse lourdement sur la suite de la partie, même si elle n’induit pas automatiquement la défaite.

Il faut donc aller lire l’article de Robert Malley et Hussein Agha dans la dernière livraison de la New York Review of Books pour y voir un peu plus clair sur les raisons du non-fonctionnement de la belle construction diplomatique réalisée sous la direction de l’architecte américain, avec la collaboration des petites mains européennes et russes réunies au sein du « Quartette ». Ces deux auteurs ne sont pas réputés pour être des pro-sionistes rabiques, ce serait même plutôt le contraire : Robert Malley fut l’un des conseillers de Bill Clinton sur le dossier israélo-palestinien, et parmi eux, le seul à avoir fait porter à Israël et à Ehud Barak la responsabilité de l’échec de Camp David en octobre 2000. Hussein Agha, professeur à Oxford, écrit régulièrement dans The Guardian des articles très critiques sur la politique israélienne et américaine. Ils estiment, dans leur article très charpenté et écrit avec un style inhabituellement allègre pour ce genre de littérature, que la solution des deux Etats, telle qu’elle est actuellement présentée est un obstacle pour l’évolution de la situation vers non pas une paix définitive jugée inaccessible, mais même vers un état durable de non-belligérance.

Pour eux, l’équation est simple : Netanyahou ne peut accepter plus de concessions que son prédécesseur Olmert dans ses ultimes négociations avec Mahmoud Abbas en 2008, et Mahmoud Abbas ne peut pas céder plus que ce qu’Arafat avait consenti à Camp David…Mais on voit mal comment un Mahmoud Abbas affaibli serait capable d’imposer à ses partisans, sans parler du Hamas, la carte proposée par Olmert aux Palestiniens la veille de sa démission qui comporte l’annexion des  » blocs d’implantations » en échange d’une surface équivalente de terres israéliennes contiguës à la Cisjordanie et à Gaza.

Pour Malley et Agha, l’imposition d’une solution territoriale par la communauté internationale n’est pas de nature à mettre un terme définitif au conflit, puisqu’elle serait contestée sur le terrain par les deux parties, y compris par des moyens militaires. D’autre part, l’arrière-plan psychologique de ce conflit dans les populations est un obstacle insurmontable à sa solution : les auteurs estiment que jamais, à vue humaine, les Palestiniens n’accepteront la légitimité de l’Etat juif établi sur un sol qu’ils estiment leur appartenir pour l’éternité, et que les Israéliens ne font aucune confiance à la signature des Palestiniens au bas d’un traité.

D’autre part, un élément non mentionné dans l’article de la New York Review of Books mais évident pour tous ceux qui fréquentent la région constitue un autre obstacle à une paix du type de celle qui s’est instaurée, par exemple entre la France et l’Allemagne. Israël est un pays développé alors que tous les pays de son entourage immédiat sont des pays du Tiers Monde, où règnent la misère, la corruption et l’arbitraire, quand ce n’est pas la terreur verte comme à Gaza. On comprend que l’existence tout près de chez eux d’un pays prospère et libre énerve quelque peu les populations avoisinantes…

La solution d’un seul Etat entre le Jourdain et la Méditerranée, où cohabiteraient deux nations dans le cadre d’une démocratie égalitaire ne paraît pas, non plus réaliste à Malley et Agha, car elle ne pas prend en compte la force du mouvement national juif dont l’objectif est toujours de faire exister et prospérer un état fondé sur une majorité juive de la population, et sur les principes politiques et moraux issus du judaïsme et des Lumières européennes.

Alors que faire ? Les deux auteurs proposent aux décideurs en la matière de réduire leurs ambitions : l’objectif n’est plus la fin du conflit mais la réduction de son intensité au minimum possible dans le cadre d’une trêve de longue durée. Celle-ci permettrait à la confiance réciproque de revenir petit à petit, et de changer la donne psychologique pour les générations à venir. Malley et Agha vont même – sacrilège pour la vulgate palestinienne !- jusqu’à évoquer la solution d’un retour des territoires palestiniens dans le giron du Royaume hachémite de Jordanie, qui permettrait à l’armée du roi Abdallah, dont les relations avec Tsahal sont depuis des années placées sous le signe d’une coopération fructueuse, de garantir la sécurité d’Israël. Les troupes de Bédouins héritiers de la Légion arabe de Glubb Pacha ont montré leur efficacité à empêcher les infiltrations de terroristes le long de la frontière jordano-israélienne.

À la différence de ceux qui se croient autorisés à pontifier sur la situation au Proche-Orient, Malley et Agha ne sont ni des militants, ni des idéologues. C’est pourquoi ils devraient être écoutés par tous ceux qui manquent d’imagination en dépit de leurs prétentions à intervenir de manière décisive dans la solution du conflit. Ils se reconnaîtront.

Trotsk, c’est trostk !

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« Trotskiste un jour, trotskiste toujours ! » Même lorsqu’ils ont migré vers des partis réformistes, les émules de Lev Davidovitch gardent leurs vieux réflexes. Notamment celui de tirer en priorité sur les adeptes de la chapelle concurrente issue d’une des innombrables scissions intervenues au sein de la IVe internationale. Ainsi le « frankiste » Julien Dray, tout juste réveillé de son coma judiciaire, n’a pas raté l’occasion de flinguer le « lambertiste » Jean-Christophe Cambadélis, qui n’avait pas hésité à comparer Eric Besson à Pierre Laval. Juju met sur le compte de la mauvaise éducation reçue par Camba à l’OCI ce dérapage condamnable. Dans le même ordre d’idée, il faut être aussi naïve que la préposée du Monde à la couverture de la gauche de la gauche pour s’étonner que Lionel Jospin ait préféré faire entrer Jean-Luc Mélenchon plutôt que Julien Dray dans son gouvernement. Ceux qui auront trouvé avec quelle chapelle trotskiste avait jadis fricoté Lionel Jospin ont gagné un piolet.

Et j’ai crié, crié… Staline, pour qu’il revienne !

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Alors que le 130ème anniversaire du petit père des peuples sera fêté dans quelques jours, un sondage paru dans la presse russe vendredi indique que 54% des personnes interrogées ont une opinion favorable de Staline contre seulement 8% qui pensent le contraire. La même semaine, une lettre autographe a été adjugée à 12500 dollars par Sotheby’s alors que le vernissage d’une exposition originale vient d’avoir lieu à Moscou. Son sujet, les notes écrites par Staline lui-même sur des dessins reproduisant des nus du XIXème siècle et qui concernent la plupart du temps des observations peu amènes sur ses adversaires. Comme cet étrange violon d’Ingres est appliqué pour l’essentiel à des nus masculins, cela a fait naitre le soupçon, chez certains observateurs avisés, d’une homosexualité refoulée. Il est vrai que de la part d’un dictateur sanguinaire ayant tué des millions de personnes, plus rien ne saurait surprendre, même le pire.

Dati victime d’une écoute téléphonique sauvage

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Rachida Dati, Flickr / Ammar Abd Rabbo
Rachida Dati, Flickr / Ammar Abd Rabbo

Quand elle tient une proie facile, la confrérie des fins limiers n’est pas du genre à renoncer. Et depuis qu’elle est arrivée comme un météore dans le ciel sarkozyste, il faut dire que Rachida Dati a tout fait pour nourrir les confrères en extravagances, gaffes ou faux-pas, commentées en boucle avec une absence totale et revendiquée d’indulgence. Ce sont peut-être les robes Dior qui ne passent pas – bien qu’elle les porte terriblement bien. Après tout, le genre « Parisienne écervelée », comme dit Zemmour, ne manque pas de charme, la Comédie humaine est pleine d’hommes qui n’y résistent pas.

La Dati a donc encore fait parler d’elle la semaine dernière. Si vous avez échappé à la diffusion de sa conversation téléphonique avec une copine, vous êtes très fort. En dix jours, elle aura fait le tour des médias, passant des bulletins d’information aux émissions politiques avant de rebondir dans les incontournables rubriques « buzz » et d’alimenter les innombrables créneaux « médias » où les uns racontent ce que font les autres et réciproquement. Pour ceux qui auraient néanmoins raté la scène, plantons le décor : Rachida Dati se trouve au Parlement européen où doit avoir lieu l’élection de Barroso. Et elle parle avec une amie. L’ennui, c’est qu’elle a oublié le micro-cravate épinglé sur sa veste par une équipe de M6 qui la suit depuis plusieurs jours. Et voilà ce qu’elle confie à son amie – dont curieusement, personne, dans cette atmosphère de goujaterie généralisée n’est allé jusqu’à divulguer le nom. « Je n’en peux plus, je n’en peux plus ! Je pense qu’il va y avoir un drame avant que je finisse mon mandat (…) Je suis obligée de rester là, de faire la maligne, parce qu’il y a un peu de presse et, d’autre part, il y a l’élection de Barroso (…) Quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas. Sinon, ça veut dire que tu n’es pas là ».

Examinons le crime de Rachida. Elle est au boulot, elle s’ennuie et elle téléphone à une copine, activité pratiquée par la France entière et en particulier par sa moitié féminine. Et elle lui dit qu’elle est là pour se montrer et parce qu’elle doit pointer sous peine de ne pas être payée. Et tout le monde lui tombe dessus à commencer par ses collègues qui montent sur leur petits poneys en brandissant le respect dû à l’institution et aux peuples qu’elle est censée représenter – à la notable exception de Jean-Luc Mélenchon qui a pris sa défense avec panache. Il y a dans cette vertu civique une bonne dose d’hypocrisie. Dati s’emmerde à Strasbourg et à mon avis, elle n’est pas la seule. Et pour tout vous dire, certains de ses collègues m’ont déjà dit des horreurs bien plus grandes. De plus, beaucoup sont là exactement pour les mêmes raisons qu’elles : les indemnités et l’espoir de se montrer. Le jour où on supprimera la règle qui impose de voter personnellement pour être enregistré comme présent et être indemnisée, on verra si les professeurs de vertu publique sont aussi assidus.

En vérité, le scandale n’est pas celui dont se sont régalés les confrères mais justement dans le fait qu’ils se soient régalés. Car, il s’agit purement et simplement d’un viol d’intimité. Et au lieu de condamner ce viol, la presse applaudit et s’en fait la complice ! Tout cela au nom d’une prétendue transparence et obligatoire dont seuls les journalistes seraient dispensés – rappelez vous le barouf fait par certains et à juste titre d’ailleurs à propos de leurs « écoutes téléphoniques ». Les écoutes sauvages seraient-elles plus légales quand elles sont pratiquées par des journalistes ? Non seulement, la journaliste profite d’une distraction de l’ex-ministre mais elle trahit sa promesse de ne pas utiliser cette conversation : elle a la déontologie chevillée au corps, la consœur. En tout cas la confrérie des moralistes ne voit là rien à redire. Dati aurait tenu ses propos sur un plateau de télé, on comprendrait qu’ils aient déclenché un tollé, mais au nom de quoi exigerait-on d’elle qu’elle mente en privé ? Doit-on la juger pour ennui dans un lieu qui semble passablement ennuyeux. En quoi ses confidences à une amie peuvent-elles offenser les parlementaires de Strasbourg ?

On peut reprocher à des ministres qui devraient avoir compris qu’ils étaient sous surveillance de tenir à proximité des micros et caméras des blagues qu’ils devraient réserver à leurs déjeuners familiaux. Mais que, dans toute la presse, il ne se soit trouvé personne ou presque pour condamner sans ambiguïté ces méthodes de voyou en dit long sur l’esprit de lynchage qui sévit dans le métier. Peu importe la méthode pourvu qu’on ait laisse du sang sur les murs. Dans le joli monde que nous préparent ces journalistes qui se prennent pour des flics, chacun sera le surveillant de son frère. Et quand chacun aura compris que tout ce qu’il dira pourra être retenu contre lui, plus personne ne dira rien.

Vous avez dit Zardi ? Comme c’est Zardi !

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zardi

Comme on ne se précipite pas, à Causeur, pour faire office de croque-mort allant porter en terre ceux de nos contemporains ayant eu l’idée saugrenue de quitter récemment ce bas monde, je m’y colle. Cela me procure l’avantage de sélectionner mes clients, de faire l’impasse, par exemple, sur un Lévi-Strauss qui a eu droit à un bataillon, que dis-je, une division de pleureuses et de pleureurs salariés. C’est loin d’être le cas de Dominique Zardi, mort le 13 décembre dernier à 79 ans.

Hormis le petit monde des cinéphiles, qui a donné à cette disparition l’écho qu’elle méritait, il n’a eu droit qu’à quelques entrefilets dans des journaux où les secrétaires de rédaction avaient besoin de boucher un trou dans une page. Pourtant, tout le monde le connait de vue, même si la plus grande partie de ce tout le monde est incapable de mettre un nom sur ce visage familier. Il faudrait en effet avoir vécu en ermite dans un désert non-francophone pendant plus d’un demi-siècle pour ne pas avoir aperçu ce type à la silhouette trapue et à la tronche de gangster au coin de l’un des quelques 600 films dans lesquels, à partir de 1943 il a tourné de face, plus une trentaine où on ne le voit que de dos, mais où il figure tout de même au générique. Des grands films de Melville, Chabrol ou Mocky jusqu’au plus ringard nanard de la comédie française en noir et blanc, il est difficile d’échapper à sa minute de Zardi dont l’emploi, se situe généralement à mi-chemin entre celui de l’acteur de complément et celui de figurant.

Souvent, il apparaît en couple avec Henri Attal, un juif pied-noir né à Paris, comme lui, son meilleur ami jusqu’à sa disparition en 2004. Le duo était, paraît-il[1. Merci à l’excellent site web Le coin du cinéphage pour avoir rassemblé, dans les fragments d’un « dictionnaire amoureux du cinéma », quelques informations et anedoctes concernant Henri Attal et Dominique Zardi… On trouvera dans l’article de wikipédia consacré à ce dernier la filmographie la plus complète établie a ce jour de l’acteur.], redouté des producteurs et des metteurs en scène, car il était réputé pour casser la figure à ceux qui refusaient de les engager dans leur films. Cela me paraît tout à fait vraisemblable, car j’ai pu observer, au début des années 1970, rue des Rosiers à Paris, Dominique Zardi vendre à la criée son essai Le scandale juif, réédité trente ans plus tard sous le titre plus classe : Le génie du judaïsme. Lorsque Zardi vous fourrait son bouquin sous le nez et vous regardait d’un air mauvais, on avait tendance à obtempérer et à passer la monnaie. Cette réputation de brute a, certes, contribué à faire de la filmographie d’Attal et Zardi une des plus fournie du cinéma français, voire mondial, mais cela n’aurait pas suffi à les faire repérer par des réalisateurs de talent.

Claude Chabrol, qui ne se laisse pas intimider par ce genre de menaces, a tout de suite saisi le parti qu’il pouvait tirer de ces deux acteurs déjantés. D’abord, ça le faisait marrer que leurs noms commencent par un A pour Henri et un Z pour Dominique, lui permettant d’encadrer le générique du film. Il les sortit de ces rôles de truands et d’affreux où on les avait confinés : « On m’a donné les pires rôles dans le cinéma français : j’ai joué des psychopathes, des tordus, des tarés, des violeurs d’enfants, des assassins, des pourris, des tueurs aux abattoirs, j’ai fait des choses ignobles, j’ai tué des chiens, des cochons, des poules, des petites filles, des vieillards, j’ai fait des choses abominables… Jamais personne ne m’en a tenu rigueur », confiait récemment Zardi à une revue de cinéma. Avec Attal, ils formeront dans Les biches le duo de pseudo-artistes et vrai bouffons parasites nommé avec un humour tout chabrolien Robègue (Attal) et Riais (Zardi), une allusion toute en finesse à Alain Robbe-Grillet, alors gourou de la scène littéraire et cinématographique française.

Cela se passe dans une villa de Saint-Trop’ dont ils se feront virer sans ménagement par Stéphane Audran, une scène tellement réussie que l’on se demande si la compagne de l’époque de Chabrol n’en avait pas ras-le-bol pour de vrai de ces deux zigotos.

Jean-Pierre Mocky qui reconnut en Zardi un frère en marginalité débridée et créative, et Pierre Granier-Deferre, qualifié de « vieille demoiselle » par Zardi en raison des bonnes manières très vieille France dont il faisait montre, lui donnèrent des rôles brefs, mais marquant l’esprit des spectateurs.

Et il eut droit, suprême consécration, à une réplique culte signée Michel Audiard dans Le cave se rebiffe. Blier : « J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse. » Zardi : « C’est pas une métaphore, c’est une périphrase. » Un comparse : « Ah, fais pas chier ! »,  Zardi : « Ça, c’est une métaphore ! »

Après cela on peut mourir serein, regretté au-delà du cercle de la famille (dont fait partie sa nièce Agnès Jaoui) et de ses amis, qui étaient fort nombreux et de qualité.

La jeune fille et la mer (suite)

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On vous avait parlé naguère de la jeune Laura Dekker, hollandaise de 14 ans, navigatrice expérimentée, qu’un tribunal avait empêché de prendre la mer  pour un tour du monde en solitaire qu’elle avait décidé d’entamer avec l’accord de son père à qui, au passage, ces parpaillots moralistes avaient retiré toute autorité sur sa fille, la confiant aux services sociaux d’Utrecht. Aucune loi de ce monde désenchanté ne pouvant au bout du compte garder Rimbaud prisonnier, la Lolita amie de l’horizon s’est évidemment enfuie sans que l’on sache trop comment et a été retrouvée dans les Antilles, à Saint-Martin, célèbre pour ses niches fiscales et ses beaux bateaux. Gageons que Laura ne cherchait pas à passer du côté  français pour profiter de la loi Pons mais qu’elle voulait plutôt embarquer à nouveau car « Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, – L’univers est égal à son vaste appétit ». Ce sera pour la prochaine fois, Laura.  Avec Rimbaud et Baudelaire à bord. Promis.

La psychiatrie, maladie française

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Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.
Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.

Des dizaines de milliers de personnes internées contre leur gré chaque année, séparées de leur famille et de leurs enfants, forcées de se soigner à domicile ou dans un établissement fermé, avec la complicité passive et souvent active de la loi, de la police et du système judiciaire, dans la quasi indifférence d’une société entretenue dans la peur de l’autre et de l’étrange, où chacun peut être suspect et, à son tour, interné contre sa volonté. On pense à 1984 de George Orwell, bien sûr, mais aussi aux sinistres méthodes de l’ex-Union soviétique et de ses satellites et parfois, dit-on, de la Russie de Poutine. Eh bien non, c’est en France et en 2010 que cela se passe.

Les chiffres sont difficiles à réunir, tant l’opacité règne sur la planète psychiatrique : il y aurait 1,5 millions de personnes (en 2000) prises en charge par la médecine psychiatrique chaque année en France, dont 70 000 internées, à comparer aux 65 000 personnes incarcérées pour des faits de justice. Par ailleurs, la chose est connue : les Français sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments psychotropes dans le monde et parmi les mieux encadrés par la profession de psychiatre, quatre fois plus nombreuse en France qu’en Italie par exemple. Ceci explique peut-être cela, mais le tableau n’en est pas plus acceptable au pays des droits de l’homme et de la liberté.

Comment en est-on arrivé là ? Quelques lignes ne suffiront sans doute pas pour faire le tour de la question. Pourtant, la cause essentielle de cette sinistre exception française est probablement à rechercher dans l’aura dont bénéficie injustement la discipline psychiatrique dans notre pays. C’est en France depuis le XVIIIe siècle, et aussi en Allemagne, qu’est né et a prospéré le concept moderne de santé mentale et de son recours, la médecine psychiatrique. Avec Pinel, Esquirol, Charcot, Laborit et Delay, pour ne citer que les plus connus, a été inventée une nouvelle pathologie, la maladie mentale. Depuis, les Américains ont largement pris le relais, avec notamment leur immense industrie pharmaceutique – mais les Européens ne sont pas à la traine dans ce domaine – et leur fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manual), qui classe et stigmatise avec minutie troubles du comportement et pathologies mentales, véritable bible de tout ce qui porte « psy » dans le monde occidental.

Le syllogisme de l’argumentation psychiatrique est finalement assez facile à démonter : les comportements étranges sont des maladies mentales. Or, les maladies relèvent de la médecine. De ce fait, c’est aux médecins spécialisés en psychiatrie que revient le droit de qualifier et de traiter les maladies mentales, tout comme un médecin au sens traditionnel le fait lors d’un diagnostic pathologique somatique. C’est malheureusement grâce à cette imposture pseudo-scientifique que la France enferme physiquement et chimiquement des milliers de citoyens dont le seul tort est de ne pas correspondre aux canons comportementaux de la majorité de la population. Les concepts de névroses, de psychoses et des troubles du comportement sont éloquents.

Précisément – et les théoriciens de la psychiatrie ne s’y sont pas trompés – c’est chacun d’entre nous, citoyen, qui peut « tomber » dans la maladie mentale, c’est votre conjoint, votre enfant ou vos proches pour lesquels il est légitime que vous les signaliez afin de les faire soigner, contre leur volonté si nécessaire. C’est le sens qu’il faut comprendre aux récentes campagnes de communication, par exemple sur le thème de la dépression nerveuse, où on apprend qu’au moins 15 % de la population en sont potentiellement victimes. Il en est aussi de cette subtile et efficace entreprise de désinformation ou de formation des esprits, comme on voudra, en matière de vraie-fausse alarme sur la surconsommation de médicaments psychotropes. Mais pour quoi faire finalement ? Pour en prendre moins ou plus ? Pour aller consulter un psychiatre plutôt que les généralistes, grands prescripteurs de psychotropes ? On ne sait pas vraiment… A ce point de gravité de la prise en charge du mal-être français, on peut aussi s’interroger sur l’inquiétant rapprochement de la justice et de la psychiatrie pour traiter de la délinquance et des déviances en général. Si en réalité les deux ont partie liée depuis plusieurs siècles – on se souvient notamment de la loi de 1838 sur l’internement d’office, revisitée en 1990 et en 2002 –, tout semble prêt pour légitimer plus encore la psychiatrie dans sa toute-puissance, malgré les artifices de l’inopérante loi sur la dignité et l’accès à l’information des « patients », notamment.

La psychiatrie est un pouvoir. Elle peut dire le bien et le mal ; elle qualifie le sain et le malsain d’esprit ; elle nie tout discernement personnel à travers le fameux « déni de la pathologie » face auquel le désormais « malade » ne peut peut-être que sans voix, sans voie et impuissant ; elle met un terme à la liberté des individus, avec la complicité trop facilement crédule des autorités administratives et judiciaires, sans jugement, à discrétion et arbitrairement malgré les apparences du contradictoire en matière d’internement sans consentement de l’intéressé ; elle peut enfin obliger à se soigner, en clair prendre des médicaments abêtissants, véritable camisole et addiction chimique, à travers l’injonction thérapeutique et sous la menace de l’enfermement, au besoin dans une chambre d’isolement ou avec d’inacceptables électrochocs, aussi durablement que le psychiatre le décidera, pouvoir exorbitant qu’aucun magistrat ou personnel pénitentiaire ne détient à lui seul.

De nombreux Français éprouvent des difficultés à vivre, à travailler et à trouver le bonheur seul, en couple ou en famille. Notre société occidentale – des psychiatres français ou européens ont cependant réussi à trouver quelques pathologies en Afrique, grâce à l’ethnopsychiatrie… – génère bien des maux séculaires ou contemporains. Loin l’idée selon laquelle tout va bien dans le meilleur des mondes, sans déprime, sans accès de violence contre soi-même ou contre autrui, tout cela sans cause ou incidence psychique dans la vie de nos concitoyens. Pour autant, on ne saurait accepter qu’une pseudoscience exerce un tel magistère sur l’existence de nombreux d’entre nous et dans l’organisation de la Nation, d’autant qu’elle n’a jamais rien démontré ni expliqué du malaise humain sur un plan formel, qu’il en aille de la biologie, de la génétique ou de l’imagerie médicale notamment.

Plus grave encore, la psychiatrie n’a jamais guéri qui que ce soit. Si guérir signifie « se défendre » contre une agression bactérienne par exemple, pour se rétablir, les psychiatres en vérité ne font que soigner au sens de « s’occuper de », sans jamais libérer des soi-disant symptômes dont ils affublent leurs malades. D’ailleurs, comment pourraient-ils guérir à coups de médicaments l’histoire tragique de chacun, itinéraire si personnel et si intime qu’ils ignorent la plupart du temps ? Il est vrai qu’il y faut du temps, de la patience et de l’humilité, dans le respect de la liberté du sujet, toutes choses souvent étrangères à l’arrogance et aux certitudes de leur discipline.

Nous avons le droit de refuser et de réfuter ce pouvoir, qui a su s’imposer dans les mécanismes de la politique nationale de santé publique. Souvenons-nous qu’au XIXe siècle, une autre discipline toute aussi médicalement incontestable alors voyait le jour avec l’hygiénisme. Fort heureusement, les forces politiques mais aussi littéraires et artistiques – on pense bien sûr à Zola – et bien d’autres acteurs de la société civile et universitaire ont démontré magistralement que de pathologies hygiénistes il y avait surtout des conditions matérielles et sociales épouvantables. Depuis, exit l’hygiénisme. Les mécanismes du système mis à jour, puissions-nous espérer qu’il en soit ainsi de la psychiatrie.

Dieu reconnaîtra les saints

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ratzinger

Benoîtement, le pape a accepté hier que la Congrégation pour les Causes des Saints proclame un décret selon lequel son prédécesseur pendant la seconde guerre mondiale, Pie XII, était paré de « vertus héroïques ». Aussitôt, l’invincible armada des exégètes papologues, à qui rien n’échappe puisque 20 autres décrets accompagnaient celui concernant Eugenio Pacelli – c’est son nom de baptême -, s’est mise en branle. L’objet de son ire : il s’agit d’un pas (de l’oie ?) supplémentaire sur la voie impénétrable de la béatification.

Certains soulignent que Benoît XVI a fait exprès de sortir cette bombe papale un samedi, jour de shabbat, afin que les Juifs ne protestent pas trop fort. Raté, nous raconte Le Parisien : « La communauté juive (…) toutefois, hier soir, en Italie, a déclaré « rester critique » quant à cette décision. » Apparemment, le correspondant du quotidien à Rome est allé sonder tous les Italiens de confession juive. Belle performance en quelques heures.

Puis l’incontournable Richard Prasquier, président du CRIF, fidèle à son habitude de globalisation des opinions individuelles, s’est fendu d’une déclaration à 20 minutes : « La béatification du pape Pie XII, en dehors d’un consensus d’historiens indépendants, risquerait de porter un coup dur aux relations de confiance qui se sont établies entre l’Eglise catholique et le monde juif. »

Brice Barillon fait peur dans sa revue de presse du jour sur RFI.fr, en parlant de « pape noir », ce qui fait très comploteur négatif à la Da Vinci Code. Un noir au Vatican ? Mais que fait la garde suisse ?

Stephan Kramer, le secrétaire général du Conseil central des juifs d’Allemagne, fait dans le comique involontaire : « L’Eglise catholique essaie là de réécrire l’Histoire sans avoir permis qu’il y ait une discussion scientifique sérieuse. » Vouloir soumettre une décision papale à la science, il fallait oser.

En revanche, Serge Klarsfeld, fondateur de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, et qu’on peut créditer d’une moralité sourcilleuse sur le sujet, ose prêcher dans le désert : « Cette décision ne me choque pas. Pie XII a défendu l’Eglise contre le nazisme, a effectué quelques interventions discrètes pour sauver des gens. »

Le pape est un chef d’entreprise. On peut déplorer ses choix, mais ils s’adressent à sa clientèle. Comme dit Elisabeth Lévy (cela ne fait jamais de mal de citer la papesse de Causeur) : « Le pape est pape. » Il travaille à faire avancer son business. À ce titre, d’ailleurs, c’est le seul patron qui peut buller tout en travaillant. S’il considère que plaider la cause de Pie XII vaut le coup, pourquoi pas ?

Soit l’on est catholique et papiste, et l’on a confiance en la sagesse de Benoît XVI, sinon dans son infaillibilité.

Soit l’on est catholique mais d’un naturel soupçonneux, depuis l’affaire Williamson. Benoît XVI a déclaré avoir connaissance d’archives secrètes prouvant que Pie XII avait aidé à cacher des juifs pourchassés dans des couvents. Cela sera donc, espérons-le, exposé lors du long processus de béatification. Le reste est littérature. Pas de quoi en pondre une mitre.

Soit on n’est ni l’un ni l’autre, et gloser des heures sur ce choix papal relève ou bien d’une attirance suspecte pour le folklore vaticanesque (soutane comprise), ou bien la reconnaissance implicite du principe de sainteté, ce qui est édifiant. On peut imaginer qu’un Marocain musulman se fiche comme de sa première babouche de la sainteté supposée d’un Lama de cinq ans du fin fond du Tibet. Dans un autre genre, la proclamation de « vénérable » de Pie XII ne fait pas gloser chez les Indiens athées de la jungle amazonienne.

Au fond, nous touchons ici du doigt divin la propension médiatico-contemporaine à jauger le passé au présent, en fonction du futur du passé.

Pour simplifier, trois possibilités sont envisageables :

1. Le pape de l’époque a vraiment failli, et il aurait fallu le déjuger puis le juger à l’époque. Il savait, et n’a rien fait ; que penser alors du cas Roosevelt, coupable de n’avoir pas considéré la situation des populations assassinées dans les camps, pour anticiper l’intervention alliée en Europe ? Voire, Pie XII aurait profité de la situation : personne de sérieux ne s’engage à soutenir une telle abomination.

2. Pie XII n’a pas été à la hauteur lorsqu’il a vu sans réagir les convois de Juifs partir vers l’horreur, mais a tenté de sauver des vies par d’autres biais. Ce n’est pas glorieux, mais cela n’a rien à voir avec l’attitude d’un salaud. Richard Prasquier lui-même l’admet : « Il est certain que le pape a pu faciliter le sauvetage de certains juifs de Rome. » Alors quoi ? Les archives en cours de classement devraient mettre tout le monde d’accord. L’Etat d’Israël, par la voix d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a d’ailleurs la réaction la plus saine : « Le processus de béatification ne nous regarde pas, c’est une question qui ne concerne que l’Eglise catholique. Quant au rôle de Pie XII, c’est aux historiens de l’évaluer et c’est pourquoi nous demandons l’ouverture des archives du Vatican durant la guerre mondiale. »

Mais Richard Prasquier enfonce le clou : « La communauté juive dans son ensemble reste marquée par le fait qu’il ne s’est jamais exprimé avec force sur la monstruosité qu’a été l’extermination des juifs. » Apprécions le syncrétique totalitaire « dans son ensemble ». Et surtout, l’argument sur la « force » d’une expression, du genre : cela dépend où on met le curseur.

3. Pie XII fit un grand humaniste, auteur d’initiatives secrètes mais efficaces permettant de le considérer comme un Juste. C’est la thèse du rabbin Dalin, auteur d’un livre controversé sur le sujet. C’est sans doute l’opinion du pape actuel. On le voit, le débat ne trace pas une ligne blanche entre les membres de communautés. Il traverse largement les différences nationales ou religieuses.

Il semblerait que dans le pire des cas, le discret Eugenio Pacelli, – en plus d’avoir un nom d’emprunt old style qui sonne comme une injure homophobe lâchée dans les embouteillages : « espèce de Pie XII » – fut plutôt coupable de pusillanimité publique, et responsable de bonté privée. Pas à l’image de ce que l’on se fait d’un grand homme d’Eglise, dans le monde d’aujourd’hui peuplé de héros théoriques, mais plutôt à celle d’un homme tout court dans des temps que les commentateurs du jour n’ont pas vécu.

Cela en fait-il un saint ? Certainement pas. Mais plutôt que d’agiter à tout va le chiffon cardinalice de l’incompréhension entre les communautés, laissons Benoît à son business : Dieu reconnaîtra les siens.

Un gland ou une truffe ?

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Sans doute désespéré par l’échec du sommet de Copenhague et la contre-attaque médiatique des nonistes du réchauffement planétaire, un infirmier de Saint-Quentin, en Picardie, alors que la température de la ville était de moins 6°, n’a pas hésité à sortir son sexe, longuement, devant deux passantes emmitouflées. A-t-il voulu faire remonter le thermomètre afin d’attirer l’attention sur le scandaleux résultat a minima obtenu au Danemark ? On ne peut pas dire que son geste écologique, et héroïque étant donné le froid sibérien, ait été compris. Promptement appelée, la police a arrêté l’homme quelques heures plus tard. Il n’avait pas d’antécédents judiciaires, mais des engelures sur le membre.

Le vicaire et la strip-teaseuse

Le Finistère, pointe avancée de la Bretagne, doit son nom à l’expression « là où finit la terre »… Mais un article du Parisien de vendredi pourrait nous faire penser que c’est là aussi que finit la dignité et que la modernité explose dans toute sa réjouissante horreur comique. Le journal nous informe d’une décision du tribunal des Prud’hommes de Rennes exigeant que les autorités de l’Eglise catholique de Bretagne s’acquittent des 300 € qu’ils refusaient à une strip-teaseuse, ou plutôt une « danseuse artistique », pour une récente prestation : « Lors du vernissage d’une exposition d’art contemporain dans la chapelle Saint-Pierre de Mahalon (Sud-Finistère), la chorégraphie de Corinne Duval sur le thème de l’enfermement s’était terminée par un strip-tease intégral sur l’autel. Un vicaire du diocèse et le prêtre chargé de l’art sacré dans le département avaient juste eu le temps de sortir avant ce final. » On se moquera moins de cette fuite burlesque des hommes d’Eglise bretons devant la nudité féminine que de la posture de cette jeune artiste en carton qui s’est défendue en déclarant : « J’ai fait ma prestation sans volonté de choquer. » Ben voyons ! Et faudra-t-il rire ou pleurer de ces curés qui organisent dans les lieux de culte des vernissages d’art contemporain  sur le thème de « l’enfermement » ? Corinne, demain, tu recommences dans une mosquée ? Chiche ?
 

Proche Orient : du passé faisons table rase !

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Jérusalem

De retour d’un séjour en Israël, j’ai retiré de deux semaines de tribulations chez les Hébreux l’impression que les discours tenus dans nos contrées, aussi bien par les admirateurs que par les détracteurs de l’Etat juif, n’étaient pas de nature à nous rendre plus intelligents, ni surtout à faire avancer d’un millimètre la solution du conflit en cours depuis plus d’un demi-siècle.

La fixation de toutes les chancelleries sur la solution dite « de deux Etats pour deux peuples », l’espoir de voir un Barack Obama imposer d’une main ferme, mais juste une solution de compromis aux deux parties apparaissent à l’observateur attentif que j’ai tenté d’être comme des chimères. Elles ne tiennent pas compte d’un réel aussi épais que désespérant pour les hommes et les femmes épris de paix, comme on appelait jadis les rêveurs au temps de la guerre froide.

Si l’affaire des deux Etats pour deux peuples n’a pas marché jusqu’à ce jour, c’est, explique-t-on généralement, la faute des dirigeants, sur le terrain ou à la tête des grandes puissances, qui sont soit trop faibles pour imposer à leurs peuple les compromis nécessaires, soit trop partiaux, comme George W. Bush, soit encore inexistants parce que divisés sur la question, comme ceux de l’Union européenne. Cette analyse pousse quelques bons esprits, comme l’excellent Elie Barnavi, dont on a pu lire ici un entretien à implorer des Etats-Unis une intervention diplomatiquement musclée, imposant aux Israéliens comme aux Palestiniens un partage territorial fondé sur les  » paramètres Clinton », élaboré en 2000 à Camp David, peaufinés quelques mois plus tard à Taba, et remis en chantier en 2002 lors de l’initiative de Genève. Ils prévoient la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, sur la base des frontières existant avant juin 1967, avec quelques corrections mineures fondées sur des échanges de territoires, le partage de Jérusalem, Vieille vielle comprise, sur la base des quartiers arabes revenant à l’Etat palestinien et des quartiers juifs à Israël, d’une solution au problème des réfugiés palestiniens fondée sur la compensation matérielle et l’aide à la réinstallation dans le pays de leur choix, mais sans retour massif dans l’Etat juif.

Nourri de cartésianisme, Elie Barnavi pense qu’une solution rationnelle, mise en œuvre par des hommes d’Etat visionnaires et courageux, ne peut qu’aboutir à la fin de l’affrontement entre le mouvement national juif et le mouvement national palestinien, tous deux légitimes, même s’ils sont gangrénés par leurs « fous de Dieu » respectifs.

Dès son arrivée à la Maison Blanche, Obama et son conseiller spécial pour la région George Mitchell, ont tenté de reprendre, dans le sens souhaité par Barnavi, ce dossier laissé en déshérence par George W. Bush, et d’imposer au gouvernement israélien un gel total des constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. On s’accorde aujourd’hui pour estimer que cette exigence était une erreur, car elle était impossible à accepter pour Benyamin Netanyahou, non seulement à cause de la pression politique des colons extrémistes, mais parce qu’elle remettait en cause la promesse faite à Sharon par George W. Bush, dans sa lettre de mai 2004, selon laquelle les frontières de l’Etat palestinien prévu dans le cadre de la « feuille de route » établie par son administration tiendraient compte des réalités sur le terrain, notamment de l’existence de « blocs d’implantations juives » à la limite de la « ligne verte » de 1967 et dans la périphérie de Jérusalem. S’il est possible, à la rigueur, de désespérer Elon Moreh et Kyriat Arba, implantations isolées et  » idéologiques », il est suicidaire pour tout dirigeant israélien de s’aliéner Ariel ou Maaleh Adoumim qui bénéficient du soutien de l’immense majorité de l’opinion, y compris celle de gauche.
D’où ce refus du gel des constructions dans des localités qu’ils pensent destinées à rester israéliennes dans le cadre du règlement final.

Résultat : Obama est obligé de faire plus ou moins marche arrière, au risque de gâcher son capital de confiance acquis dans le monde arabo-musulman depuis son fameux discours du Caire…
Comme au jeu d’échec, une mauvaise entame en diplomatie pèse lourdement sur la suite de la partie, même si elle n’induit pas automatiquement la défaite.

Il faut donc aller lire l’article de Robert Malley et Hussein Agha dans la dernière livraison de la New York Review of Books pour y voir un peu plus clair sur les raisons du non-fonctionnement de la belle construction diplomatique réalisée sous la direction de l’architecte américain, avec la collaboration des petites mains européennes et russes réunies au sein du « Quartette ». Ces deux auteurs ne sont pas réputés pour être des pro-sionistes rabiques, ce serait même plutôt le contraire : Robert Malley fut l’un des conseillers de Bill Clinton sur le dossier israélo-palestinien, et parmi eux, le seul à avoir fait porter à Israël et à Ehud Barak la responsabilité de l’échec de Camp David en octobre 2000. Hussein Agha, professeur à Oxford, écrit régulièrement dans The Guardian des articles très critiques sur la politique israélienne et américaine. Ils estiment, dans leur article très charpenté et écrit avec un style inhabituellement allègre pour ce genre de littérature, que la solution des deux Etats, telle qu’elle est actuellement présentée est un obstacle pour l’évolution de la situation vers non pas une paix définitive jugée inaccessible, mais même vers un état durable de non-belligérance.

Pour eux, l’équation est simple : Netanyahou ne peut accepter plus de concessions que son prédécesseur Olmert dans ses ultimes négociations avec Mahmoud Abbas en 2008, et Mahmoud Abbas ne peut pas céder plus que ce qu’Arafat avait consenti à Camp David…Mais on voit mal comment un Mahmoud Abbas affaibli serait capable d’imposer à ses partisans, sans parler du Hamas, la carte proposée par Olmert aux Palestiniens la veille de sa démission qui comporte l’annexion des  » blocs d’implantations » en échange d’une surface équivalente de terres israéliennes contiguës à la Cisjordanie et à Gaza.

Pour Malley et Agha, l’imposition d’une solution territoriale par la communauté internationale n’est pas de nature à mettre un terme définitif au conflit, puisqu’elle serait contestée sur le terrain par les deux parties, y compris par des moyens militaires. D’autre part, l’arrière-plan psychologique de ce conflit dans les populations est un obstacle insurmontable à sa solution : les auteurs estiment que jamais, à vue humaine, les Palestiniens n’accepteront la légitimité de l’Etat juif établi sur un sol qu’ils estiment leur appartenir pour l’éternité, et que les Israéliens ne font aucune confiance à la signature des Palestiniens au bas d’un traité.

D’autre part, un élément non mentionné dans l’article de la New York Review of Books mais évident pour tous ceux qui fréquentent la région constitue un autre obstacle à une paix du type de celle qui s’est instaurée, par exemple entre la France et l’Allemagne. Israël est un pays développé alors que tous les pays de son entourage immédiat sont des pays du Tiers Monde, où règnent la misère, la corruption et l’arbitraire, quand ce n’est pas la terreur verte comme à Gaza. On comprend que l’existence tout près de chez eux d’un pays prospère et libre énerve quelque peu les populations avoisinantes…

La solution d’un seul Etat entre le Jourdain et la Méditerranée, où cohabiteraient deux nations dans le cadre d’une démocratie égalitaire ne paraît pas, non plus réaliste à Malley et Agha, car elle ne pas prend en compte la force du mouvement national juif dont l’objectif est toujours de faire exister et prospérer un état fondé sur une majorité juive de la population, et sur les principes politiques et moraux issus du judaïsme et des Lumières européennes.

Alors que faire ? Les deux auteurs proposent aux décideurs en la matière de réduire leurs ambitions : l’objectif n’est plus la fin du conflit mais la réduction de son intensité au minimum possible dans le cadre d’une trêve de longue durée. Celle-ci permettrait à la confiance réciproque de revenir petit à petit, et de changer la donne psychologique pour les générations à venir. Malley et Agha vont même – sacrilège pour la vulgate palestinienne !- jusqu’à évoquer la solution d’un retour des territoires palestiniens dans le giron du Royaume hachémite de Jordanie, qui permettrait à l’armée du roi Abdallah, dont les relations avec Tsahal sont depuis des années placées sous le signe d’une coopération fructueuse, de garantir la sécurité d’Israël. Les troupes de Bédouins héritiers de la Légion arabe de Glubb Pacha ont montré leur efficacité à empêcher les infiltrations de terroristes le long de la frontière jordano-israélienne.

À la différence de ceux qui se croient autorisés à pontifier sur la situation au Proche-Orient, Malley et Agha ne sont ni des militants, ni des idéologues. C’est pourquoi ils devraient être écoutés par tous ceux qui manquent d’imagination en dépit de leurs prétentions à intervenir de manière décisive dans la solution du conflit. Ils se reconnaîtront.

Trotsk, c’est trostk !

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« Trotskiste un jour, trotskiste toujours ! » Même lorsqu’ils ont migré vers des partis réformistes, les émules de Lev Davidovitch gardent leurs vieux réflexes. Notamment celui de tirer en priorité sur les adeptes de la chapelle concurrente issue d’une des innombrables scissions intervenues au sein de la IVe internationale. Ainsi le « frankiste » Julien Dray, tout juste réveillé de son coma judiciaire, n’a pas raté l’occasion de flinguer le « lambertiste » Jean-Christophe Cambadélis, qui n’avait pas hésité à comparer Eric Besson à Pierre Laval. Juju met sur le compte de la mauvaise éducation reçue par Camba à l’OCI ce dérapage condamnable. Dans le même ordre d’idée, il faut être aussi naïve que la préposée du Monde à la couverture de la gauche de la gauche pour s’étonner que Lionel Jospin ait préféré faire entrer Jean-Luc Mélenchon plutôt que Julien Dray dans son gouvernement. Ceux qui auront trouvé avec quelle chapelle trotskiste avait jadis fricoté Lionel Jospin ont gagné un piolet.

Et j’ai crié, crié… Staline, pour qu’il revienne !

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Alors que le 130ème anniversaire du petit père des peuples sera fêté dans quelques jours, un sondage paru dans la presse russe vendredi indique que 54% des personnes interrogées ont une opinion favorable de Staline contre seulement 8% qui pensent le contraire. La même semaine, une lettre autographe a été adjugée à 12500 dollars par Sotheby’s alors que le vernissage d’une exposition originale vient d’avoir lieu à Moscou. Son sujet, les notes écrites par Staline lui-même sur des dessins reproduisant des nus du XIXème siècle et qui concernent la plupart du temps des observations peu amènes sur ses adversaires. Comme cet étrange violon d’Ingres est appliqué pour l’essentiel à des nus masculins, cela a fait naitre le soupçon, chez certains observateurs avisés, d’une homosexualité refoulée. Il est vrai que de la part d’un dictateur sanguinaire ayant tué des millions de personnes, plus rien ne saurait surprendre, même le pire.

Dati victime d’une écoute téléphonique sauvage

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Rachida Dati, Flickr / Ammar Abd Rabbo
Rachida Dati, Flickr / Ammar Abd Rabbo
Rachida Dati, Flickr / Ammar Abd Rabbo

Quand elle tient une proie facile, la confrérie des fins limiers n’est pas du genre à renoncer. Et depuis qu’elle est arrivée comme un météore dans le ciel sarkozyste, il faut dire que Rachida Dati a tout fait pour nourrir les confrères en extravagances, gaffes ou faux-pas, commentées en boucle avec une absence totale et revendiquée d’indulgence. Ce sont peut-être les robes Dior qui ne passent pas – bien qu’elle les porte terriblement bien. Après tout, le genre « Parisienne écervelée », comme dit Zemmour, ne manque pas de charme, la Comédie humaine est pleine d’hommes qui n’y résistent pas.

La Dati a donc encore fait parler d’elle la semaine dernière. Si vous avez échappé à la diffusion de sa conversation téléphonique avec une copine, vous êtes très fort. En dix jours, elle aura fait le tour des médias, passant des bulletins d’information aux émissions politiques avant de rebondir dans les incontournables rubriques « buzz » et d’alimenter les innombrables créneaux « médias » où les uns racontent ce que font les autres et réciproquement. Pour ceux qui auraient néanmoins raté la scène, plantons le décor : Rachida Dati se trouve au Parlement européen où doit avoir lieu l’élection de Barroso. Et elle parle avec une amie. L’ennui, c’est qu’elle a oublié le micro-cravate épinglé sur sa veste par une équipe de M6 qui la suit depuis plusieurs jours. Et voilà ce qu’elle confie à son amie – dont curieusement, personne, dans cette atmosphère de goujaterie généralisée n’est allé jusqu’à divulguer le nom. « Je n’en peux plus, je n’en peux plus ! Je pense qu’il va y avoir un drame avant que je finisse mon mandat (…) Je suis obligée de rester là, de faire la maligne, parce qu’il y a un peu de presse et, d’autre part, il y a l’élection de Barroso (…) Quand tu es à Strasbourg, on voit si tu votes ou pas. Sinon, ça veut dire que tu n’es pas là ».

Examinons le crime de Rachida. Elle est au boulot, elle s’ennuie et elle téléphone à une copine, activité pratiquée par la France entière et en particulier par sa moitié féminine. Et elle lui dit qu’elle est là pour se montrer et parce qu’elle doit pointer sous peine de ne pas être payée. Et tout le monde lui tombe dessus à commencer par ses collègues qui montent sur leur petits poneys en brandissant le respect dû à l’institution et aux peuples qu’elle est censée représenter – à la notable exception de Jean-Luc Mélenchon qui a pris sa défense avec panache. Il y a dans cette vertu civique une bonne dose d’hypocrisie. Dati s’emmerde à Strasbourg et à mon avis, elle n’est pas la seule. Et pour tout vous dire, certains de ses collègues m’ont déjà dit des horreurs bien plus grandes. De plus, beaucoup sont là exactement pour les mêmes raisons qu’elles : les indemnités et l’espoir de se montrer. Le jour où on supprimera la règle qui impose de voter personnellement pour être enregistré comme présent et être indemnisée, on verra si les professeurs de vertu publique sont aussi assidus.

En vérité, le scandale n’est pas celui dont se sont régalés les confrères mais justement dans le fait qu’ils se soient régalés. Car, il s’agit purement et simplement d’un viol d’intimité. Et au lieu de condamner ce viol, la presse applaudit et s’en fait la complice ! Tout cela au nom d’une prétendue transparence et obligatoire dont seuls les journalistes seraient dispensés – rappelez vous le barouf fait par certains et à juste titre d’ailleurs à propos de leurs « écoutes téléphoniques ». Les écoutes sauvages seraient-elles plus légales quand elles sont pratiquées par des journalistes ? Non seulement, la journaliste profite d’une distraction de l’ex-ministre mais elle trahit sa promesse de ne pas utiliser cette conversation : elle a la déontologie chevillée au corps, la consœur. En tout cas la confrérie des moralistes ne voit là rien à redire. Dati aurait tenu ses propos sur un plateau de télé, on comprendrait qu’ils aient déclenché un tollé, mais au nom de quoi exigerait-on d’elle qu’elle mente en privé ? Doit-on la juger pour ennui dans un lieu qui semble passablement ennuyeux. En quoi ses confidences à une amie peuvent-elles offenser les parlementaires de Strasbourg ?

On peut reprocher à des ministres qui devraient avoir compris qu’ils étaient sous surveillance de tenir à proximité des micros et caméras des blagues qu’ils devraient réserver à leurs déjeuners familiaux. Mais que, dans toute la presse, il ne se soit trouvé personne ou presque pour condamner sans ambiguïté ces méthodes de voyou en dit long sur l’esprit de lynchage qui sévit dans le métier. Peu importe la méthode pourvu qu’on ait laisse du sang sur les murs. Dans le joli monde que nous préparent ces journalistes qui se prennent pour des flics, chacun sera le surveillant de son frère. Et quand chacun aura compris que tout ce qu’il dira pourra être retenu contre lui, plus personne ne dira rien.

Vous avez dit Zardi ? Comme c’est Zardi !

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zardi

Comme on ne se précipite pas, à Causeur, pour faire office de croque-mort allant porter en terre ceux de nos contemporains ayant eu l’idée saugrenue de quitter récemment ce bas monde, je m’y colle. Cela me procure l’avantage de sélectionner mes clients, de faire l’impasse, par exemple, sur un Lévi-Strauss qui a eu droit à un bataillon, que dis-je, une division de pleureuses et de pleureurs salariés. C’est loin d’être le cas de Dominique Zardi, mort le 13 décembre dernier à 79 ans.

Hormis le petit monde des cinéphiles, qui a donné à cette disparition l’écho qu’elle méritait, il n’a eu droit qu’à quelques entrefilets dans des journaux où les secrétaires de rédaction avaient besoin de boucher un trou dans une page. Pourtant, tout le monde le connait de vue, même si la plus grande partie de ce tout le monde est incapable de mettre un nom sur ce visage familier. Il faudrait en effet avoir vécu en ermite dans un désert non-francophone pendant plus d’un demi-siècle pour ne pas avoir aperçu ce type à la silhouette trapue et à la tronche de gangster au coin de l’un des quelques 600 films dans lesquels, à partir de 1943 il a tourné de face, plus une trentaine où on ne le voit que de dos, mais où il figure tout de même au générique. Des grands films de Melville, Chabrol ou Mocky jusqu’au plus ringard nanard de la comédie française en noir et blanc, il est difficile d’échapper à sa minute de Zardi dont l’emploi, se situe généralement à mi-chemin entre celui de l’acteur de complément et celui de figurant.

Souvent, il apparaît en couple avec Henri Attal, un juif pied-noir né à Paris, comme lui, son meilleur ami jusqu’à sa disparition en 2004. Le duo était, paraît-il[1. Merci à l’excellent site web Le coin du cinéphage pour avoir rassemblé, dans les fragments d’un « dictionnaire amoureux du cinéma », quelques informations et anedoctes concernant Henri Attal et Dominique Zardi… On trouvera dans l’article de wikipédia consacré à ce dernier la filmographie la plus complète établie a ce jour de l’acteur.], redouté des producteurs et des metteurs en scène, car il était réputé pour casser la figure à ceux qui refusaient de les engager dans leur films. Cela me paraît tout à fait vraisemblable, car j’ai pu observer, au début des années 1970, rue des Rosiers à Paris, Dominique Zardi vendre à la criée son essai Le scandale juif, réédité trente ans plus tard sous le titre plus classe : Le génie du judaïsme. Lorsque Zardi vous fourrait son bouquin sous le nez et vous regardait d’un air mauvais, on avait tendance à obtempérer et à passer la monnaie. Cette réputation de brute a, certes, contribué à faire de la filmographie d’Attal et Zardi une des plus fournie du cinéma français, voire mondial, mais cela n’aurait pas suffi à les faire repérer par des réalisateurs de talent.

Claude Chabrol, qui ne se laisse pas intimider par ce genre de menaces, a tout de suite saisi le parti qu’il pouvait tirer de ces deux acteurs déjantés. D’abord, ça le faisait marrer que leurs noms commencent par un A pour Henri et un Z pour Dominique, lui permettant d’encadrer le générique du film. Il les sortit de ces rôles de truands et d’affreux où on les avait confinés : « On m’a donné les pires rôles dans le cinéma français : j’ai joué des psychopathes, des tordus, des tarés, des violeurs d’enfants, des assassins, des pourris, des tueurs aux abattoirs, j’ai fait des choses ignobles, j’ai tué des chiens, des cochons, des poules, des petites filles, des vieillards, j’ai fait des choses abominables… Jamais personne ne m’en a tenu rigueur », confiait récemment Zardi à une revue de cinéma. Avec Attal, ils formeront dans Les biches le duo de pseudo-artistes et vrai bouffons parasites nommé avec un humour tout chabrolien Robègue (Attal) et Riais (Zardi), une allusion toute en finesse à Alain Robbe-Grillet, alors gourou de la scène littéraire et cinématographique française.

Cela se passe dans une villa de Saint-Trop’ dont ils se feront virer sans ménagement par Stéphane Audran, une scène tellement réussie que l’on se demande si la compagne de l’époque de Chabrol n’en avait pas ras-le-bol pour de vrai de ces deux zigotos.

Jean-Pierre Mocky qui reconnut en Zardi un frère en marginalité débridée et créative, et Pierre Granier-Deferre, qualifié de « vieille demoiselle » par Zardi en raison des bonnes manières très vieille France dont il faisait montre, lui donnèrent des rôles brefs, mais marquant l’esprit des spectateurs.

Et il eut droit, suprême consécration, à une réplique culte signée Michel Audiard dans Le cave se rebiffe. Blier : « J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse. » Zardi : « C’est pas une métaphore, c’est une périphrase. » Un comparse : « Ah, fais pas chier ! »,  Zardi : « Ça, c’est une métaphore ! »

Après cela on peut mourir serein, regretté au-delà du cercle de la famille (dont fait partie sa nièce Agnès Jaoui) et de ses amis, qui étaient fort nombreux et de qualité.

La jeune fille et la mer (suite)

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On vous avait parlé naguère de la jeune Laura Dekker, hollandaise de 14 ans, navigatrice expérimentée, qu’un tribunal avait empêché de prendre la mer  pour un tour du monde en solitaire qu’elle avait décidé d’entamer avec l’accord de son père à qui, au passage, ces parpaillots moralistes avaient retiré toute autorité sur sa fille, la confiant aux services sociaux d’Utrecht. Aucune loi de ce monde désenchanté ne pouvant au bout du compte garder Rimbaud prisonnier, la Lolita amie de l’horizon s’est évidemment enfuie sans que l’on sache trop comment et a été retrouvée dans les Antilles, à Saint-Martin, célèbre pour ses niches fiscales et ses beaux bateaux. Gageons que Laura ne cherchait pas à passer du côté  français pour profiter de la loi Pons mais qu’elle voulait plutôt embarquer à nouveau car « Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, – L’univers est égal à son vaste appétit ». Ce sera pour la prochaine fois, Laura.  Avec Rimbaud et Baudelaire à bord. Promis.

La psychiatrie, maladie française

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Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.
Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.
Cocorico ? Les Français, grands consommateurs de psychotropes et de psychiatres.

Des dizaines de milliers de personnes internées contre leur gré chaque année, séparées de leur famille et de leurs enfants, forcées de se soigner à domicile ou dans un établissement fermé, avec la complicité passive et souvent active de la loi, de la police et du système judiciaire, dans la quasi indifférence d’une société entretenue dans la peur de l’autre et de l’étrange, où chacun peut être suspect et, à son tour, interné contre sa volonté. On pense à 1984 de George Orwell, bien sûr, mais aussi aux sinistres méthodes de l’ex-Union soviétique et de ses satellites et parfois, dit-on, de la Russie de Poutine. Eh bien non, c’est en France et en 2010 que cela se passe.

Les chiffres sont difficiles à réunir, tant l’opacité règne sur la planète psychiatrique : il y aurait 1,5 millions de personnes (en 2000) prises en charge par la médecine psychiatrique chaque année en France, dont 70 000 internées, à comparer aux 65 000 personnes incarcérées pour des faits de justice. Par ailleurs, la chose est connue : les Français sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments psychotropes dans le monde et parmi les mieux encadrés par la profession de psychiatre, quatre fois plus nombreuse en France qu’en Italie par exemple. Ceci explique peut-être cela, mais le tableau n’en est pas plus acceptable au pays des droits de l’homme et de la liberté.

Comment en est-on arrivé là ? Quelques lignes ne suffiront sans doute pas pour faire le tour de la question. Pourtant, la cause essentielle de cette sinistre exception française est probablement à rechercher dans l’aura dont bénéficie injustement la discipline psychiatrique dans notre pays. C’est en France depuis le XVIIIe siècle, et aussi en Allemagne, qu’est né et a prospéré le concept moderne de santé mentale et de son recours, la médecine psychiatrique. Avec Pinel, Esquirol, Charcot, Laborit et Delay, pour ne citer que les plus connus, a été inventée une nouvelle pathologie, la maladie mentale. Depuis, les Américains ont largement pris le relais, avec notamment leur immense industrie pharmaceutique – mais les Européens ne sont pas à la traine dans ce domaine – et leur fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manual), qui classe et stigmatise avec minutie troubles du comportement et pathologies mentales, véritable bible de tout ce qui porte « psy » dans le monde occidental.

Le syllogisme de l’argumentation psychiatrique est finalement assez facile à démonter : les comportements étranges sont des maladies mentales. Or, les maladies relèvent de la médecine. De ce fait, c’est aux médecins spécialisés en psychiatrie que revient le droit de qualifier et de traiter les maladies mentales, tout comme un médecin au sens traditionnel le fait lors d’un diagnostic pathologique somatique. C’est malheureusement grâce à cette imposture pseudo-scientifique que la France enferme physiquement et chimiquement des milliers de citoyens dont le seul tort est de ne pas correspondre aux canons comportementaux de la majorité de la population. Les concepts de névroses, de psychoses et des troubles du comportement sont éloquents.

Précisément – et les théoriciens de la psychiatrie ne s’y sont pas trompés – c’est chacun d’entre nous, citoyen, qui peut « tomber » dans la maladie mentale, c’est votre conjoint, votre enfant ou vos proches pour lesquels il est légitime que vous les signaliez afin de les faire soigner, contre leur volonté si nécessaire. C’est le sens qu’il faut comprendre aux récentes campagnes de communication, par exemple sur le thème de la dépression nerveuse, où on apprend qu’au moins 15 % de la population en sont potentiellement victimes. Il en est aussi de cette subtile et efficace entreprise de désinformation ou de formation des esprits, comme on voudra, en matière de vraie-fausse alarme sur la surconsommation de médicaments psychotropes. Mais pour quoi faire finalement ? Pour en prendre moins ou plus ? Pour aller consulter un psychiatre plutôt que les généralistes, grands prescripteurs de psychotropes ? On ne sait pas vraiment… A ce point de gravité de la prise en charge du mal-être français, on peut aussi s’interroger sur l’inquiétant rapprochement de la justice et de la psychiatrie pour traiter de la délinquance et des déviances en général. Si en réalité les deux ont partie liée depuis plusieurs siècles – on se souvient notamment de la loi de 1838 sur l’internement d’office, revisitée en 1990 et en 2002 –, tout semble prêt pour légitimer plus encore la psychiatrie dans sa toute-puissance, malgré les artifices de l’inopérante loi sur la dignité et l’accès à l’information des « patients », notamment.

La psychiatrie est un pouvoir. Elle peut dire le bien et le mal ; elle qualifie le sain et le malsain d’esprit ; elle nie tout discernement personnel à travers le fameux « déni de la pathologie » face auquel le désormais « malade » ne peut peut-être que sans voix, sans voie et impuissant ; elle met un terme à la liberté des individus, avec la complicité trop facilement crédule des autorités administratives et judiciaires, sans jugement, à discrétion et arbitrairement malgré les apparences du contradictoire en matière d’internement sans consentement de l’intéressé ; elle peut enfin obliger à se soigner, en clair prendre des médicaments abêtissants, véritable camisole et addiction chimique, à travers l’injonction thérapeutique et sous la menace de l’enfermement, au besoin dans une chambre d’isolement ou avec d’inacceptables électrochocs, aussi durablement que le psychiatre le décidera, pouvoir exorbitant qu’aucun magistrat ou personnel pénitentiaire ne détient à lui seul.

De nombreux Français éprouvent des difficultés à vivre, à travailler et à trouver le bonheur seul, en couple ou en famille. Notre société occidentale – des psychiatres français ou européens ont cependant réussi à trouver quelques pathologies en Afrique, grâce à l’ethnopsychiatrie… – génère bien des maux séculaires ou contemporains. Loin l’idée selon laquelle tout va bien dans le meilleur des mondes, sans déprime, sans accès de violence contre soi-même ou contre autrui, tout cela sans cause ou incidence psychique dans la vie de nos concitoyens. Pour autant, on ne saurait accepter qu’une pseudoscience exerce un tel magistère sur l’existence de nombreux d’entre nous et dans l’organisation de la Nation, d’autant qu’elle n’a jamais rien démontré ni expliqué du malaise humain sur un plan formel, qu’il en aille de la biologie, de la génétique ou de l’imagerie médicale notamment.

Plus grave encore, la psychiatrie n’a jamais guéri qui que ce soit. Si guérir signifie « se défendre » contre une agression bactérienne par exemple, pour se rétablir, les psychiatres en vérité ne font que soigner au sens de « s’occuper de », sans jamais libérer des soi-disant symptômes dont ils affublent leurs malades. D’ailleurs, comment pourraient-ils guérir à coups de médicaments l’histoire tragique de chacun, itinéraire si personnel et si intime qu’ils ignorent la plupart du temps ? Il est vrai qu’il y faut du temps, de la patience et de l’humilité, dans le respect de la liberté du sujet, toutes choses souvent étrangères à l’arrogance et aux certitudes de leur discipline.

Nous avons le droit de refuser et de réfuter ce pouvoir, qui a su s’imposer dans les mécanismes de la politique nationale de santé publique. Souvenons-nous qu’au XIXe siècle, une autre discipline toute aussi médicalement incontestable alors voyait le jour avec l’hygiénisme. Fort heureusement, les forces politiques mais aussi littéraires et artistiques – on pense bien sûr à Zola – et bien d’autres acteurs de la société civile et universitaire ont démontré magistralement que de pathologies hygiénistes il y avait surtout des conditions matérielles et sociales épouvantables. Depuis, exit l’hygiénisme. Les mécanismes du système mis à jour, puissions-nous espérer qu’il en soit ainsi de la psychiatrie.

Dieu reconnaîtra les saints

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ratzinger

Benoîtement, le pape a accepté hier que la Congrégation pour les Causes des Saints proclame un décret selon lequel son prédécesseur pendant la seconde guerre mondiale, Pie XII, était paré de « vertus héroïques ». Aussitôt, l’invincible armada des exégètes papologues, à qui rien n’échappe puisque 20 autres décrets accompagnaient celui concernant Eugenio Pacelli – c’est son nom de baptême -, s’est mise en branle. L’objet de son ire : il s’agit d’un pas (de l’oie ?) supplémentaire sur la voie impénétrable de la béatification.

Certains soulignent que Benoît XVI a fait exprès de sortir cette bombe papale un samedi, jour de shabbat, afin que les Juifs ne protestent pas trop fort. Raté, nous raconte Le Parisien : « La communauté juive (…) toutefois, hier soir, en Italie, a déclaré « rester critique » quant à cette décision. » Apparemment, le correspondant du quotidien à Rome est allé sonder tous les Italiens de confession juive. Belle performance en quelques heures.

Puis l’incontournable Richard Prasquier, président du CRIF, fidèle à son habitude de globalisation des opinions individuelles, s’est fendu d’une déclaration à 20 minutes : « La béatification du pape Pie XII, en dehors d’un consensus d’historiens indépendants, risquerait de porter un coup dur aux relations de confiance qui se sont établies entre l’Eglise catholique et le monde juif. »

Brice Barillon fait peur dans sa revue de presse du jour sur RFI.fr, en parlant de « pape noir », ce qui fait très comploteur négatif à la Da Vinci Code. Un noir au Vatican ? Mais que fait la garde suisse ?

Stephan Kramer, le secrétaire général du Conseil central des juifs d’Allemagne, fait dans le comique involontaire : « L’Eglise catholique essaie là de réécrire l’Histoire sans avoir permis qu’il y ait une discussion scientifique sérieuse. » Vouloir soumettre une décision papale à la science, il fallait oser.

En revanche, Serge Klarsfeld, fondateur de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, et qu’on peut créditer d’une moralité sourcilleuse sur le sujet, ose prêcher dans le désert : « Cette décision ne me choque pas. Pie XII a défendu l’Eglise contre le nazisme, a effectué quelques interventions discrètes pour sauver des gens. »

Le pape est un chef d’entreprise. On peut déplorer ses choix, mais ils s’adressent à sa clientèle. Comme dit Elisabeth Lévy (cela ne fait jamais de mal de citer la papesse de Causeur) : « Le pape est pape. » Il travaille à faire avancer son business. À ce titre, d’ailleurs, c’est le seul patron qui peut buller tout en travaillant. S’il considère que plaider la cause de Pie XII vaut le coup, pourquoi pas ?

Soit l’on est catholique et papiste, et l’on a confiance en la sagesse de Benoît XVI, sinon dans son infaillibilité.

Soit l’on est catholique mais d’un naturel soupçonneux, depuis l’affaire Williamson. Benoît XVI a déclaré avoir connaissance d’archives secrètes prouvant que Pie XII avait aidé à cacher des juifs pourchassés dans des couvents. Cela sera donc, espérons-le, exposé lors du long processus de béatification. Le reste est littérature. Pas de quoi en pondre une mitre.

Soit on n’est ni l’un ni l’autre, et gloser des heures sur ce choix papal relève ou bien d’une attirance suspecte pour le folklore vaticanesque (soutane comprise), ou bien la reconnaissance implicite du principe de sainteté, ce qui est édifiant. On peut imaginer qu’un Marocain musulman se fiche comme de sa première babouche de la sainteté supposée d’un Lama de cinq ans du fin fond du Tibet. Dans un autre genre, la proclamation de « vénérable » de Pie XII ne fait pas gloser chez les Indiens athées de la jungle amazonienne.

Au fond, nous touchons ici du doigt divin la propension médiatico-contemporaine à jauger le passé au présent, en fonction du futur du passé.

Pour simplifier, trois possibilités sont envisageables :

1. Le pape de l’époque a vraiment failli, et il aurait fallu le déjuger puis le juger à l’époque. Il savait, et n’a rien fait ; que penser alors du cas Roosevelt, coupable de n’avoir pas considéré la situation des populations assassinées dans les camps, pour anticiper l’intervention alliée en Europe ? Voire, Pie XII aurait profité de la situation : personne de sérieux ne s’engage à soutenir une telle abomination.

2. Pie XII n’a pas été à la hauteur lorsqu’il a vu sans réagir les convois de Juifs partir vers l’horreur, mais a tenté de sauver des vies par d’autres biais. Ce n’est pas glorieux, mais cela n’a rien à voir avec l’attitude d’un salaud. Richard Prasquier lui-même l’admet : « Il est certain que le pape a pu faciliter le sauvetage de certains juifs de Rome. » Alors quoi ? Les archives en cours de classement devraient mettre tout le monde d’accord. L’Etat d’Israël, par la voix d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a d’ailleurs la réaction la plus saine : « Le processus de béatification ne nous regarde pas, c’est une question qui ne concerne que l’Eglise catholique. Quant au rôle de Pie XII, c’est aux historiens de l’évaluer et c’est pourquoi nous demandons l’ouverture des archives du Vatican durant la guerre mondiale. »

Mais Richard Prasquier enfonce le clou : « La communauté juive dans son ensemble reste marquée par le fait qu’il ne s’est jamais exprimé avec force sur la monstruosité qu’a été l’extermination des juifs. » Apprécions le syncrétique totalitaire « dans son ensemble ». Et surtout, l’argument sur la « force » d’une expression, du genre : cela dépend où on met le curseur.

3. Pie XII fit un grand humaniste, auteur d’initiatives secrètes mais efficaces permettant de le considérer comme un Juste. C’est la thèse du rabbin Dalin, auteur d’un livre controversé sur le sujet. C’est sans doute l’opinion du pape actuel. On le voit, le débat ne trace pas une ligne blanche entre les membres de communautés. Il traverse largement les différences nationales ou religieuses.

Il semblerait que dans le pire des cas, le discret Eugenio Pacelli, – en plus d’avoir un nom d’emprunt old style qui sonne comme une injure homophobe lâchée dans les embouteillages : « espèce de Pie XII » – fut plutôt coupable de pusillanimité publique, et responsable de bonté privée. Pas à l’image de ce que l’on se fait d’un grand homme d’Eglise, dans le monde d’aujourd’hui peuplé de héros théoriques, mais plutôt à celle d’un homme tout court dans des temps que les commentateurs du jour n’ont pas vécu.

Cela en fait-il un saint ? Certainement pas. Mais plutôt que d’agiter à tout va le chiffon cardinalice de l’incompréhension entre les communautés, laissons Benoît à son business : Dieu reconnaîtra les siens.

Un gland ou une truffe ?

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Sans doute désespéré par l’échec du sommet de Copenhague et la contre-attaque médiatique des nonistes du réchauffement planétaire, un infirmier de Saint-Quentin, en Picardie, alors que la température de la ville était de moins 6°, n’a pas hésité à sortir son sexe, longuement, devant deux passantes emmitouflées. A-t-il voulu faire remonter le thermomètre afin d’attirer l’attention sur le scandaleux résultat a minima obtenu au Danemark ? On ne peut pas dire que son geste écologique, et héroïque étant donné le froid sibérien, ait été compris. Promptement appelée, la police a arrêté l’homme quelques heures plus tard. Il n’avait pas d’antécédents judiciaires, mais des engelures sur le membre.

Le vicaire et la strip-teaseuse

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Le Finistère, pointe avancée de la Bretagne, doit son nom à l’expression « là où finit la terre »… Mais un article du Parisien de vendredi pourrait nous faire penser que c’est là aussi que finit la dignité et que la modernité explose dans toute sa réjouissante horreur comique. Le journal nous informe d’une décision du tribunal des Prud’hommes de Rennes exigeant que les autorités de l’Eglise catholique de Bretagne s’acquittent des 300 € qu’ils refusaient à une strip-teaseuse, ou plutôt une « danseuse artistique », pour une récente prestation : « Lors du vernissage d’une exposition d’art contemporain dans la chapelle Saint-Pierre de Mahalon (Sud-Finistère), la chorégraphie de Corinne Duval sur le thème de l’enfermement s’était terminée par un strip-tease intégral sur l’autel. Un vicaire du diocèse et le prêtre chargé de l’art sacré dans le département avaient juste eu le temps de sortir avant ce final. » On se moquera moins de cette fuite burlesque des hommes d’Eglise bretons devant la nudité féminine que de la posture de cette jeune artiste en carton qui s’est défendue en déclarant : « J’ai fait ma prestation sans volonté de choquer. » Ben voyons ! Et faudra-t-il rire ou pleurer de ces curés qui organisent dans les lieux de culte des vernissages d’art contemporain  sur le thème de « l’enfermement » ? Corinne, demain, tu recommences dans une mosquée ? Chiche ?