Sarah Palin non contente d’être belle, insoutenablement sexy, intelligente et remarquable écrivain comme l’a prouvé son autobiographie pétillante Going rogue, (devenir rebelle), a aussi un sens de l’humour assez développé, voire franchement vachard. L’ancienne colistière de John McCain, dans la citation du jour du London Evening Standard déclare l’air de rien : « Je suis très heureuse de ne pas être vice présidente. Je ne saurais vraiment pas quoi faire de tout ce temps libre« . Si la pique vise Joe Biden, l’actuel vice-président d’Obama écrasé par le statut de rock star planétaire du président, il paraîtrait que François Fillon se serait effondré en larmes en découvrant les propos de la plus célèbre « hockey mom » du monde.
Plutôt Strasbourg que Shanghaï

On glose souvent sur le mauvais classement des universités françaises dans le fameux classement mondial de Shanghaï. Etabli sur des critères très contestables[1. Gil Mihaely, que je remercie, signale un lien très intéressant à ce propos], il fait malheureusement autorité pour les élites mondialisées. Or, il se trouve que les chercheurs de nos universités ne font pas que se tourner les pouces comme leur laissait entendre le Président de la République relayé par la majorité de la presse ainsi que l’avait justement fait remarquer Pierre Jourde.
Ainsi, la Faculté de médecine de Strasbourg est sur le point d’expliquer la trop fameuse mort subite du nourrisson. Alors que les pédiatres ont demandé à ce qu’on couche les bébés sur le dos, puis sur le ventre, puis sur le côté, puis à nouveau sur le dos[2. On passera sur les carabistouilles du député Edwige Antier qui, non contente de nous interdire la fessée, conseille de faire dormir le bébé dans le lit des parents.], nos chercheurs nourris au baeckheoffe et au Gewurztraminer auraient découvert que seule une prise de sang puis de médicaments pourraient éviter quatre-cents décès par an en France, et des milliers dans le monde. On apprend sur France-Info que la découverte alsacienne du rôle du nerf vague dans la mort subite des nourrissons est d’autant plus importante que « l’originalité et l’intérêt majeur des travaux strasbourgeois résident dans la perspective d’un diagnostic précoce des risques encourus par le nouveau-né, grâce à l’examen d’un simple échantillon sanguin et d’un traitement préventif, puisque les médicaments existent« , ainsi que l’explique le professeur Pascal Bousquet, directeur du laboratoire de neurobiologie et pharmacologie cardiovasculaire.
Si le classement de Shanghaï était établi dans le souci du développement humain et non en fonction du montant des budgets des universités ou du nombre de prix délivrés par l’Académie Nobel[3. Vous savez, cette institution qui a remis le Prix Nobel de la Paix au président des Etats-Unis…], sans doute celle de Strasbourg ferait un bond prodigieux vers le haut. Mais cela ne sera malheureusement pas le cas.
Les bébés qui bénéficieront de cette formidable découverte n’ignoreront pas l’excellence de la recherche strasbourgeoise et pourront éventuellement, quand ils seront plus grands, trouver en Strasbourg un lieu de pèlerinage idéal, d’autant qu’il sera moins couteux qu’un déplacement à l’université de Shanghaï
Il faut que justice se passe

C’est celui qui dit qui y est. La campagne des régionales ressemble à une bagarre d’école maternelle, la grâce enfantine en moins. Les boules puantes fusent. Vincent Peillon a cru bon de répliquer à la pénible affaire Ali Soumaré en déterrant une vieille histoire de voiture supposément volée par Alain Madelin et Patrick Devedjian il y a plus de quarante ans. Est-ce par souci pédagogique que le grand philosophe socialiste s’est mis au même niveau que les sieurs Delattre et Meurand, les élus UMP qui avaient cafté à propos des frasques passées, réelles et supposées, du candidat socialiste dans le Val-d’Oise ? Il n’est pas certain qu’employer les mêmes méthodes que son adversaire soit la meilleure façon de le combattre, mais passons.
[access capability= »lire_inedits »]Ces pénibles déballages révèlent tout d’abord que nous ne croyons pas en notre justice. Cela vaut ou devrait valoir pour tout le monde, Soumaré comme Balkany, Le Floch-Prigent comme le dealer du coin : lorsqu’un homme condamné au nom du peuple français a purgé sa peine, il a payé sa dette. La justice présente l’addition et ensuite elle efface les ardoises. De même qu’on ne reproche pas éternellement à un enfant, après l’avoir puni, d’avoir cassé le vase de cristal de la tante Ursule, la société ne saurait stigmatiser à vie qui que ce soit pour ses fautes. Sinon, à quoi servirait-il de les lui faire payer ? Dira-t-on à tous ceux qui se retrouvent un jour devant un tribunal qu’une fois qu’on s’est écarté du droit chemin, on ne saurait y retourner ? Quand bien même Soumaré serait un ex-voyou qui a bien tourné, faudrait-il s’en féliciter ou le lui reprocher ?
Les défenseurs de la sacro-sainte transparence, ceux qui exigent de tout savoir sur le patrimoine de leurs élus – et bientôt sur leur vie privée – proposent maintenant que tout candidat produise son casier judiciaire. Et pourquoi pas ses bulletins scolaires et ses premières lettres d’amour ? Il n’est pas nécessaire d’être un saint au passé immaculé pour exercer dignement et honnêtement une charge publique, et heureusement parce que sinon, nous pourrions nous trouver à court de candidats. La politique n’est pas une affaire de pureté.
On aurait donc préféré tout ignorer du passé judiciaire d’Ali Soumaré. Maintenant qu’il a été mis sur la place publique, peut-on se contenter de détourner vertueusement le regard ? En réalité, ces révélations déplaisantes posent des questions légitimes sur le recrutement du personnel politique et son évolution. Que les partis essaient d’attirer les forts en gueule, rien de plus normal. Il y a trente ans, les forts en gueule faisaient le coup de poing pour défendre la Révolution ou l’Occident. Les grandes gueules d’aujourd’hui ont changé de profil. Ce sont les petits caïds de quartiers que les municipalités recrutent comme médiateurs et que les municipalités emploient comme vigiles. On appelle ça « la politique des grands frères« . Le PS a certainement choisi Ali Soumaré pour sa compétence et malgré ses erreurs de jeunesse. Il serait regrettable que les partis fassent monter d’anciens voyous non pas en dépit de leur passé mais en raison de celui-ci.
S’agissant, enfin, d’une affaire dont le héros est noir, il aurait été surprenant que l’accusation de racisme ne fuse pas. À en croire Pierre Moscovici, rejoint sur ce point par Fadela Amara, Ali Soumaré aurait été attaqué « parce qu’il était noir, parce qu’il était un jeune des cités » (au fait, jusqu’à quel âge reste-t-on « un jeune« , quand on vient « des cités« ?). Il est tout aussi impossible de prouver que de récuser cette assertion. On peut aussi bien se demander si Ali Soumaré n’a pas été choisi précisément pour ces raisons et si la promotion bruyante de la diversité ne cache pas un clientélisme banal. En choisissant de présenter des candidats issus de l’immigration dans les zones peuplées par des enfants d’immigrés, tous font le jeu du vote ethnique. Ce n’est pas très glorieux. Remercions au passage Patrick Karam, délégué interministériel pour l’Égalité des chances des Français d’Outre-mer et numéro deux de la liste UMP à Paris, de ses efforts pour détendre l’atmosphère. Selon lui, Jean-Paul Huchon aurait choisi Soumaré pour donner une mauvaise image de la diversité. En clair, il aurait confié une tête de liste à un candidat noir par racisme. Celle-là, il fallait l’inventer.[/access]
« La Révolution française conserve sa valeur d’usage »

Jean-Clément Martin est professeur à l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF), Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Parmi ses publications récentes, figurent Violence et révolution : Essai sur la naissance d’un mythe national (Paris, 2006) et La révolte brisée : Femmes dans la Révolution et l’Empire (Paris, 2008).
Plus de deux cents ans après 1789, peut-on déclarer : « Citoyens, la Révolution est finie » ? Plus encore, vit-on une sorte de backlash qui verrait, comme pour Vichy et la Résistance, la légende noire succéder à la légende rose ?
La formule de François Furet entendait souligner un fait précis : la politique nationale n’est plus inscrite dans le paradigme né de la Révolution française, comme elle l’a été pendant tout le XIXesiècle et certainement encore jusque dans les années 1940. À la fin du XXesiècle, les valeurs essentielles de la République n’étaient plus les mêmes que celles qui avaient été proposées deux cents ans plus tôt. Les enjeux n’étaient plus enracinés dans les luttes entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, ou entre catholiques et laïques. Les droits de l’homme tels qu’ils étaient invoqués au moment du bicentenaire de la Révolution n’avaient en commun avec ceux qui avaient été instaurés en 1789 que le nom.
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De ce point de vue, la Révolution est terminée, parce que toute la société a basculé dans une économie libérale adoucie par les redistributions sociales. Le clou du bicentenaire a été un défilé bien peu militant, défendant les droits de l’homme tous azimuts sans en donner une véritable définition politique, tandis que la chute du Mur achevait de ruiner l’identification entre socialisme-communisme et 1793. L’imagerie politique traditionnelle - prise de la Bastille, mort de l’enfant Bara, soldats de l’an II - a été contestée au nom des morts de Vendée, Robespierre comparé à Staline. L’entreprise des Lieux de Mémoire, bâtie par Pierre Nora, reflète bien le détachement de la mémoire nationale de ce passé sans cesse invoqué, mais manifestement désuet.
Dans le fond, vous exposez là la lecture idéologique qui prévalait en 1989, au moment des célébrations du bicentenaire. Fait-on la même aujourd’hui, ou la nuance a-t-elle conquis droit de cité ?
Vingt ans plus tard, les choses ne sont plus si simples. L’imaginaire le plus sommaire, donc le plus efficace, demeure toujours vivace. La guillotine, le remplacement de la noblesse par la bourgeoisie, la fin de la vie facile, la Terreur, mais aussi la lutte entre Girondins et Montagnards sont les principaux clichés autour desquels les argumentaires s’enroulent, même pour parler de football ! La prise de la Bastille et Marie-Antoinette demeurent incontestablement les grandes vedettes dans le bêtisier national (et international). la mémoire de la Révolution a retrouvé d’autres usages, servant de réserves d’exemples pour les théories politiques les plus variées. Après la « fin de l’Histoire« qui prédisait une victoire par KO du libéralisme, des mouvements issus de ce qu’on appelle la « société civile » ont dénoncé la faiblesse des propositions politiques classiques dans un contexte de malaise croissant. En même temps, les guerres régionales, le « terrorisme international » et les migrations ont redonné une actualité au rôle de l’Etat dans la défense collective en temps de crise. Dans ce contexte nouveau, l’histoire de la Révolution permet de repenser les désaccords entre principes et réalités. Quel prix, par exemple, est-on prêt à payer pour l’égalité ? Face à la « crise », aux migrations, au terrorisme, aux spéculateurs-traders, on peut imaginer des solutions de « salut public » qui vont de pair avec la mise en place de systèmes sécuritaires. Le temps de la Révolution devient le moment de la guerre totale, de la justice populaire, de la nation à définir…. l’an zéro de notre condition « moderne », soumise aux totalitarismes réels ou rampants.
En tout cas, quand Jean-Marie Le Pen se réclame de Valmy, on a le sentiment que la Révolution ne divise plus. Est-ce le préalable à sa disparition de l’imaginaire politique ?
Quand Jean-Marie Le Pen s’est réclamé de Valmy, il y a eu des remous et des manifestations. Ségolène Royal a rappelé qu’il y a encore des Bastilles à prendre. Bref, l’imaginaire révolutionnaire n’affiche pas un encéphalogramme complètement plat. L’Histoire n’est pas entièrement aseptisée et dénaturée dans des formules creuses et des commémorations dénuées de signification ; mais elle demeure comme un abcès mal cicatrisé, un moignon douloureux quand le temps change. La Révolution n’a pas tout à fait perdu son potentiel diviseur.
Quel rôle ont joué les historiens professionnels ?
Le débat sur la Révolution n’a jamais été réservé aux professionnels. Chercheurs, académiciens, journalistes, polémistes, artistes s’en sont emparé avec la même passion d’en découdre. Chez les universitaires eux-mêmes, depuis Aulard jusqu’à Tulard en passant par Soboul ou Furet, la polémique a souvent pris le pas sur les démonstrations élégantes pour colloques savants.
Tout cela commence à dater…
Oui, le débat se déplace, comme en témoigne l’engouement pour Marie-Antoinette. Dans ses profondeurs, l’opinion, plus sensible au « monde que nous avons perdu », est toujours favorable à la reine. La Cour d’avant suscite des sentiments de haine et de fascination. Exactement comme le « bling-bling ».
Bilan un peu maigre. Quelle place reste-t-il pour la Révolution à l’ère de la victime quand tout le champ mémoriel est occupé par la guerre de 1914-1918, le génocide des juifs, l’histoire coloniale, l’esclavage ?
Il est certain que la guerre mondiale de 1914-1918 est devenue l’horizon de notre expérience mémorielle collective. La mort des derniers « poilus » y est sans doute pour quelque chose. L’Holocauste a ouvert une autre dimension. Les sensibilités sont marquées par la violence qui a causé ces dévastations. Pire même, le monde a réalisé que ces violences n’étaient pas seulement le fait d’individus dévoyés ou politisés mais de gens ordinaires soumis et imbéciles, bref du voisin d’en face. Toute la vision de l’Histoire en a été bouleversée. La victime est devenue une figure essentielle, remplaçant martyrs et héros. Dans cette perspective, l’histoire coloniale, la traite des esclaves et plus largement les relations inégalitaires entre communautés, ethnies et même entre sexes, sont des champs d’investigation bien plus importants qu’un événement politique comme la Révolution. Discréditée par la violence contre les opposants, l’absence de réponse aux questions de l’esclavage et de l’inégalité entre femmes et hommes, elle n’est plus seulement synonyme de liberté. Cependant, la mobilisation pour les victimes de la Révolution demeure limitée : la tentative récente de la part d’élus de faire voter une loi affirmant que la Vendée a été victime d’un génocide en 1793 et 1794 a fait long feu. Reste l’idée que toute révolution produit nécessairement des charniers à laquelle tentent de s’opposer les tenants d’une politique de salut public.
Qu’en est-il de la communauté scientifique ? La Révolution attire-t-elle encore étudiants et chercheurs ?
Contrairement à ce qu’on peut penser, il n’y a jamais eu de cohortes considérables de chercheurs en France sur le sujet (sauf dans les années du bicentenaire). Toutes disciplines confondues, on ne doit pas compter plus de quelques centaines de chercheurs travaillant sur ce sujet - ce qui correspond au nombre d’abonnements aux revues spécialisées. À l’étranger, le paysage est très disparate. La Chine consacre toujours une grande place à la période révolutionnaire dans ses manuels scolaires et compte un nombre non négligeables de chercheurs dans ce domaine, dont beaucoup ont récemment soutenu des thèses à Paris. Les débats sont encore vifs en Italie. Les historiens anglo-américains, évidemment, sont de loin le groupe le plus actif et le plus important. Une historiographie, peu traduite et pas toujours discutée, quasiment autonome par rapport aux travaux menés en France, existe en langue anglaise. La difficulté d’un certain nombre d’étudiants américains à lire le français renforce les divergences. Une revue importante comme French Historical Studies consacre de nombreuses pages à la période. Le renouvellement des sujets et des méthodes n’est pas toujours bien perçu de ce côté de l’Atlantique. Il convient aussi d’ajouter que les politistes et les juristes ont beaucoup investi dans l’étude de la période, introduisant leurs propres problématiques sur les questions constitutionnelles et idéologiques. L’articulation entre ces nouveaux et les historiens « traditionnels » n’est pas toujours aisée, d’autant plus que s’y ajoutent les problèmes de traduction que j’ai mentionnés.
Quelles sont ces nouvelles problématiques ?
Tout d’abord, elles sont intervenues en aval avec un intérêt croissant pour le Directoire ou l’impact de la Révolution sur les pays voisins et les colonies. Le « tout social » qui avait succédé au « tout politique » est maintenant battu en brèche par les approches culturelles (au sens américain du terme) avec tout l’attirail qui va avec? notamment celui des gender studies.
Que faire, comme disait l’autre ?
On n’a aucune assurance pour l’avenir, tant le nombre de chercheurs en histoire moderne, pour reprendre les qualifications françaises, demeure faible par rapport à celui des « contemporanéistes ». Mais il n’y a pas, (encore ?) de signes d’une relégation irrémédiable de la Révolution, ni par la mémoire, ni par l’Histoire. Pour l’historien que je suis, il est urgent de revenir à l’érudition pour percer les ballons gonflés à l’idéologie de la violence et pour rappeler les conditions exactes qui entraînèrent les Français dans des affrontements dont on finira par ne retenir que les « pages les plus noires » en les sortant de leur contexte, et donc en les privant de toute signification.
La Révolution française: idées reçues sur la Révolution française
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Doc Gynéco au Pôle
Le Canard Enchaîné l’avait affirmé dans son dernier numéro, et l’intéressé vient de le confirmer ce matin sur Europe 1 : Bruno Beausir alias Doc Gynéco pointe au Pôle Emploi, qui lui verse, dit-il, une indemnité de 83,31 euros par jour. Le Doc a profité du même micro pour se dire certain qu’en cas de coup dur, Nicolas Sarkozy n’hésiterait pas à lui prêter quelques fifrelins. On n’en doute pas, et on est content pour lui. Mais le président pourra-t-il faire le même geste pour les 2 699 999 chômeurs restants ?
Un pont sur eaux troubles
Le contexte des élections régionales favorise mécaniquement la fausse promesse et le projet délirant. Dernière perle en date : le projet que Chantal Jouanno, tête de liste UMP (et accessoirement secrétaire d’Etat à l’écologie, énarque et ex-championne de karaté), a proposé mardi dernier, à quelques encablures du scrutin, la construction d’un monumental et cauchemardesque « pont habité » au-dessus de la Seine pour accueillir des logements étudiants. L’AFP indique qu’il s’agit « de construire sur la Seine, au niveau de Tolbiac, un pont avec 25.000 m2 végétalisés », offrant en dessous, sur deux étages, « 75.000 m2 des services à la personne, des commerces, des logements étudiants et une grande bibliothèque ». Le projet, issu de l’imaginaire débordant de l’architecte Jean Nouvel constitue, selon Mme. Jouanno « une continuité urbaine et végétale qui irait de Jussieu à Tolbiac en passant par le jardin des Plantes et ensuite de Tolbiac jusqu’au bois de Vincennes, en traversant la Seine ». Voici le premier pont de Paris dont la fonction première ne serait pas de nous permettre de traverser sa Majesté la Seine, mais de faire du social-estudiantin. Le public jeune est naturellement visé par l’UMP avec ce projet « fanpharaonesque » qui contribuera encore à la « delanoeisation » tragi-comique de la Capitale. Dans la même veine, et au cours de la même conférence de presse, Valérie Pécresse a sorti de son chapeau un hallucinant projet de résidences étudiantes flottantes. L’Afp précise : « Le projet consisterait à créer sur la Seine, la Marne et les canaux une barge sur laquelle on poserait des cabines de bateau de 15 à 28 m2. » La Seine avait-elle besoin d’une telle débauche de projets électoralistes farfelus ? Je sais une chose : ce soir la Tamise, l’Amazone et le fleuve Amour doivent bien se marrer…
La droite défaite aux régionales. Et alors ?

Et si on élevait la mauvaise foi au rang de l’analyse politique ? Voyons, les régionales sont le terrain idéal pour appliquer cette méthode que nous boudons ordinairement. Mais là, le ras-le-bol qui saisit les électeurs (quoi ? quelles élections ? qui sont les candidats ? ah, ces dimanches-là, j’ai piscine !) n’est pas loin de saisir le commentateur. Grand chelem ou pas pour la gauche ? Frêche sera-t-il réintégré au PS une fois la victoire en poche ? Et nous voyons d’ici les prosateurs en faire des kilotonnes dans trois semaines sur l’échec du président de la République dans ces élections. Tremble, la droite, tu vas te prendre une de ces roustes !
C’est indéniable, l’UMP et ses acolytes ne sont pas partis pour faire ne serait-ce que bonne figure lors des deux tours des régionales. De là à se dire que ces élections préfigurent la chute de la maison Sarko, il y a un pas que nos éditorialistes zélés franchiront avec joie. En vrai, on se doute bien que 2012, c’est pas tout aussi cuit qu’on aurait pu le croire, mettons, il y a un an et demi.
Mais faisons donc du mauvais esprit : et si le Président n’en avait rien à cirer des régionales, hein ? Reprenons : les indices s’accumulent, le déroulé est cohérent, et on serait à sa place, on ferait ça.
Les indices : manifestement la droite unie (c’est remarquable), a décidé de pourrir ses listes. Regardons qui l’UMP – pardon, ses militants – ont intronisé comme têtes de liste pour reconquérir la France des Régions : Hervé Novelli, Dominique Bussereau, Valérie Pécresse. Du gros, gros calibre. Ailleurs, l’ami, cite-nous le nom d’un candidat qui arrache et tu gagnes une carte de l’UMP.
Prenons le cas particulier de l’Ile de France. Jaugeons l’adversaire, Jean-Paul Huchon : sans vouloir le froisser, zéro charisme, quelques petites casseroles judiciaires, un bilan que personne ne connaît. En face, je te sors, Valérie Pécresse. Adorée des doyens chauves d’université, sans doute. Mais taillée pour faire campagne comme nous pour être évêques. Patronne de rien, aucune autorité sur la composition de la liste, avec plein de gens qui la détestent dedans (Karoutchi, Jouanno, sans parler de Rama Yade qui fait la star), on ne vous parle même pas des initiatives lumineuses de certains comme dans le Val-d’Oise avec ce qu’il faut appeler « l’affaire Soumaré ». Bref, Valérie va au casse-pipe en chantant. On la convoque à l’Elysée, certes, pour lui « assurer son entier soutien ». Mais autant dire que l’échec est assuré et nous ne sommes pas sûrs que l’ampleur de la gifle soit un vrai sujet.
Le déroulé : en effet, vu de l’Elysée, il y a pire que de ne pas parvenir à arracher la Picardie à Claude Gewerc (oui, oui, oui…). Ton chômage est à 10 %, la croissance ne reprend pas, les industriels te font des bras d’honneur, les bourdes de com’ s’accumulent, c’est la guerre en Afghanistan, tu nommes des degauches au Conseil Constit et à la Cour des comptes et ta popularité est au fond du trou. Même ton Premier ministre à l’air plus sexy que toi, et Martine Aubry commence à plaire et à y croire. Bref, les Français tirent la gueule. Il faut qu’ils s’expriment ces braves citoyens. Et tant qu’à faire, autant que ça soit avant la présidentielle. Ben oui, les régionales ce sont les dernières élections avant la mère de toutes les batailles, la présidentielle donc. Imaginons, ce qu’un esprit pervers peut se dire : perdu pour perdu, laissons les Français clamer leur colère contre Sarkozy en mars 2010, laissons aux électeurs de droite le loisir de rester chez eux en mars, on en reparlera en mai 2012. Là, ils se déplaceront, pas forcément avec entrain, mais ils auront l’impression que le bulletin dans l’urne servira à quelque chose.
Au passage, les régionales et le triomphe rose permet d’enfermer un peu plus le PS dans son statut de parti-qui-gagne-seulement-les-élections-de-deuxième-division. Un parti de notables locaux, de chargés de mission, d’élus ternes que personne ne connaît. Et dont, pardon, le Français moyen que nous sommes, se contrefout. Cerise sur le gâteau, tu prépares une réforme des collectivités territoriales qui fait que ce sont ceux qui auront le plus d’élus qui vont avoir les pires difficultés à savoir qui on sacrifie du brave conseiller général ou du fringant conseiller régional apparatchik qui se voit un destin au moins national.
Bref, en mars, amusez-vous. On recause sérieusement à la rentrée prochaine.
Une fatwa contre les djihadistes !

« Un éminent érudit musulman a condamné les terroristes. » Voilà un homme courageux qui, espérons-le, connaîtra un meilleur sort que Hassan Chalghoumi, l’imam de Drancy. Dans une fatwa de deux cents pages, Muhammad Tahir-ul-Qadri, théologien, professeur de droit musulman et homme politique pakistanais, s’est efforcé de réfuter systématiquement l’argumentation islamiste justifiant les attentats-suicides. Assez content de soi, il a déclaré au cours d’une conférence de presse, tenue à Londres, que son argumentaire est la réponse définitive à ceux qui essaient de justifier la violence au nom de l’Islam, une religion de paix.
Même si le Dr Tahir-ul-Qadri n’est ni le premier ni le seul à proposer une lecture alternative des sources et des traditions musulmanes, on ne peut que s’en féliciter et admirer son courage. Mais puisque ces choses ont déjà été dites, et puisque ceux qui les ont déjà dites étaient aussi sûrs que le Dr. Tahir-ul-Qadri d’avoir apporté la réfutation définitive de la lecture djihado-alqaidiste du corpus des écrits saints musulmans sans que les islamistes se prosternent en murmurant « Vous nous avez battus, chers maîtres », on peut supposer que la question est mal posée. En fait, le problème n’est ni la religion ni les textes sacrés. Le vrai, le seul problème, ce sont les religieux, c’est-à-dire ceux qui, aux yeux des croyants, ont cette autorité particulière de dire ce que Dieu voulait nous dire à travers ces textes. Sans exclure ni nier l’existence en leur sein d’hommes remarquables, animés des meilleures intentions, les religions sont aussi – et parfois surtout – des systèmes de pouvoir.
Les caractères principaux des textes canoniques et les exégèses d’une religion ne sont pas leur beauté, leur sagesse ou une quelconque vérité révélée qu’ils contiennent, mais le fait qu’ils confèrent une énorme autorité à ceux qui les interprètent et parlent en leur nom, ainsi que leur extraordinaire souplesse. Autrement dit, un verset de la Bible ou du Coran, un hadith, un midrash, un texte hagiographique ou un commentaire de pères latins ou grecs peut soutenir des arguments contradictoires, et la seule chose qui compte, c’est donc la question à qui les croyants prêtent-ils l’oreille. Les interprètes légitimes des écrits saints et des traditions ne sont pas de simples et objectifs intermédiaires entre les croyants et les textes mais des acteurs porteurs d’une vision du monde qui utilisent le corpus religieux pour donner plus de poids à leurs opinions. Sans s’égarer dans un complotisme simpliste, on peut constater qu’à partir des mêmes textes, différents papes, rabbins et oulémas peuvent justifier une chose et son contraire. Cette qualité des textes religieux est partagée par les textes législatifs, dont l’interprétation évolue sans cesse. Ce qui est important, ce n’est donc pas la loi elle-même – sujette à d’interminables querelles qui font vivre une petite armée d’avocats et magistrats – mais le fait que toute une société accepte l’arbitrage de son système de justice. Le pouvoir est entre les mains de porte-paroles de la loi et non pas aux mains de la loi.
Pour revenir à l’Islam, les efforts du Dr Tahir-ul-Qadri, tout comme ceux de certains érudits d’Al Azhar au Caire[1. L’Imam d’Al Azhar, le cheikh Al Tantawi, a condamné les attentats de 11/9 et invalidé l’autorité de Ben Laden de parler au nom de l’Islam.] ou des savants de l’école théologique d’Ankara, sont certes importants, mais l’essentiel est ailleurs : la séparation du politique et de la religion. Car si l’on s’abstient de se faire sauter à l’explosif au milieu de femmes et des enfants au prétexte que le Coran et la Bible l’interdisent, on laisse toujours ces textes avec leur cortège d’interprétations et d’interprètes au centre du débat et on leur accorde une autorité dangereuse. Demain, un élève révisionniste de Dr Tahir-ul-Qadri nous fera une brillantissime démonstration inverse et on sera bien embarrassés. La religion est par sa nature même incompatible avec la gestion de la cité. Avec sa conception de la vérité, elle ne peut qu’aboutir à ce régime cauchemardesque désiré par Platon : le règne de ceux qui savent. Le véritable défi de l’Islam – tout comme de la version du judaïsme national développée en Israël depuis quelques décennies – est de créer un espace politique autonome et non pas de chercher des religieux vertueux. Faute de mieux, faire la paix au nom de la religion c’est déjà pas mal mais la faire sans elle, c’est encore mieux.
Miction impossible
Roy Messenger a failli être un sacré veinard. Cet Américain de 50 ans a fait une vilaine sortie de route vendredi dernier du côté de Seattle et a heurté de plein fouet un poteau électrique. Malgré la violence du choc, il est sorti – contrairement à sa voiture et au pylone, tous deux considérablement endommagés – miraculeusement indemne de l’accident. Après quoi il a appelé de son portable des amis pour qu’ils viennent le récupérer. Mais quand ceux-ci sont arrivés sur place, ils ont trouvé Roy raide décédé. Même si le besoin est pressant, il n’est pas avisé d’uriner sur une ligne haute tension qui traîne par terre…
Le mystère de la liste rouge
Le ministère du Travail a été victime d’un odieux forfait qui s’est produit dans des conditions dignes d’un roman de Gaston Leroux. Dans son site internet parfaitement sécurisé, autant qu’une chambre close, le ministère avait publié en ligne trois listes d’entreprises : une verte, une orange, une rouge. Ces listes permettaient d’évaluer les mesures prises par chaque patron dans le cadre, nous citons dans le texte, du plan d’urgence sur les risques psychosociaux. Traduisons : il s’agissait, dans la liste verte de répertorier les entreprises où les gens étaient normalement malheureux de venir travailler et exploités dans des conditions décentes. La liste orange, celles où les crises de larmes, les abus d’anxiolytiques et les petits chefs étaient monnaie courante. Et enfin, la liste rouge, celle où le management par la terreur obligeait les survivants à se faufiler entre les pendus ou à faire un saut de côté à la sortie de la cantine pour éviter l’arrivée au sol d’un défenestré. Eh bien, figurez-vous que cette liste rouge a purement et simplement disparu du site. Aucune explication rationnelle n’a pu être donnée à ce jour et la rumeur selon laquelle le célèbre monte-en-l’air russe Vladimir Medeff aurait été vu dans les couloirs du ministère est évidemment sans fondement. Mais Xavier Darcos va faire appel à Rouletabille et le mystère sera bientôt résolu, n’en doutons pas.
Quand Sarah fait pleurer François
Sarah Palin non contente d’être belle, insoutenablement sexy, intelligente et remarquable écrivain comme l’a prouvé son autobiographie pétillante Going rogue, (devenir rebelle), a aussi un sens de l’humour assez développé, voire franchement vachard. L’ancienne colistière de John McCain, dans la citation du jour du London Evening Standard déclare l’air de rien : « Je suis très heureuse de ne pas être vice présidente. Je ne saurais vraiment pas quoi faire de tout ce temps libre« . Si la pique vise Joe Biden, l’actuel vice-président d’Obama écrasé par le statut de rock star planétaire du président, il paraîtrait que François Fillon se serait effondré en larmes en découvrant les propos de la plus célèbre « hockey mom » du monde.
Plutôt Strasbourg que Shanghaï

On glose souvent sur le mauvais classement des universités françaises dans le fameux classement mondial de Shanghaï. Etabli sur des critères très contestables[1. Gil Mihaely, que je remercie, signale un lien très intéressant à ce propos], il fait malheureusement autorité pour les élites mondialisées. Or, il se trouve que les chercheurs de nos universités ne font pas que se tourner les pouces comme leur laissait entendre le Président de la République relayé par la majorité de la presse ainsi que l’avait justement fait remarquer Pierre Jourde.
Ainsi, la Faculté de médecine de Strasbourg est sur le point d’expliquer la trop fameuse mort subite du nourrisson. Alors que les pédiatres ont demandé à ce qu’on couche les bébés sur le dos, puis sur le ventre, puis sur le côté, puis à nouveau sur le dos[2. On passera sur les carabistouilles du député Edwige Antier qui, non contente de nous interdire la fessée, conseille de faire dormir le bébé dans le lit des parents.], nos chercheurs nourris au baeckheoffe et au Gewurztraminer auraient découvert que seule une prise de sang puis de médicaments pourraient éviter quatre-cents décès par an en France, et des milliers dans le monde. On apprend sur France-Info que la découverte alsacienne du rôle du nerf vague dans la mort subite des nourrissons est d’autant plus importante que « l’originalité et l’intérêt majeur des travaux strasbourgeois résident dans la perspective d’un diagnostic précoce des risques encourus par le nouveau-né, grâce à l’examen d’un simple échantillon sanguin et d’un traitement préventif, puisque les médicaments existent« , ainsi que l’explique le professeur Pascal Bousquet, directeur du laboratoire de neurobiologie et pharmacologie cardiovasculaire.
Si le classement de Shanghaï était établi dans le souci du développement humain et non en fonction du montant des budgets des universités ou du nombre de prix délivrés par l’Académie Nobel[3. Vous savez, cette institution qui a remis le Prix Nobel de la Paix au président des Etats-Unis…], sans doute celle de Strasbourg ferait un bond prodigieux vers le haut. Mais cela ne sera malheureusement pas le cas.
Les bébés qui bénéficieront de cette formidable découverte n’ignoreront pas l’excellence de la recherche strasbourgeoise et pourront éventuellement, quand ils seront plus grands, trouver en Strasbourg un lieu de pèlerinage idéal, d’autant qu’il sera moins couteux qu’un déplacement à l’université de Shanghaï
Il faut que justice se passe

C’est celui qui dit qui y est. La campagne des régionales ressemble à une bagarre d’école maternelle, la grâce enfantine en moins. Les boules puantes fusent. Vincent Peillon a cru bon de répliquer à la pénible affaire Ali Soumaré en déterrant une vieille histoire de voiture supposément volée par Alain Madelin et Patrick Devedjian il y a plus de quarante ans. Est-ce par souci pédagogique que le grand philosophe socialiste s’est mis au même niveau que les sieurs Delattre et Meurand, les élus UMP qui avaient cafté à propos des frasques passées, réelles et supposées, du candidat socialiste dans le Val-d’Oise ? Il n’est pas certain qu’employer les mêmes méthodes que son adversaire soit la meilleure façon de le combattre, mais passons.
[access capability= »lire_inedits »]Ces pénibles déballages révèlent tout d’abord que nous ne croyons pas en notre justice. Cela vaut ou devrait valoir pour tout le monde, Soumaré comme Balkany, Le Floch-Prigent comme le dealer du coin : lorsqu’un homme condamné au nom du peuple français a purgé sa peine, il a payé sa dette. La justice présente l’addition et ensuite elle efface les ardoises. De même qu’on ne reproche pas éternellement à un enfant, après l’avoir puni, d’avoir cassé le vase de cristal de la tante Ursule, la société ne saurait stigmatiser à vie qui que ce soit pour ses fautes. Sinon, à quoi servirait-il de les lui faire payer ? Dira-t-on à tous ceux qui se retrouvent un jour devant un tribunal qu’une fois qu’on s’est écarté du droit chemin, on ne saurait y retourner ? Quand bien même Soumaré serait un ex-voyou qui a bien tourné, faudrait-il s’en féliciter ou le lui reprocher ?
Les défenseurs de la sacro-sainte transparence, ceux qui exigent de tout savoir sur le patrimoine de leurs élus – et bientôt sur leur vie privée – proposent maintenant que tout candidat produise son casier judiciaire. Et pourquoi pas ses bulletins scolaires et ses premières lettres d’amour ? Il n’est pas nécessaire d’être un saint au passé immaculé pour exercer dignement et honnêtement une charge publique, et heureusement parce que sinon, nous pourrions nous trouver à court de candidats. La politique n’est pas une affaire de pureté.
On aurait donc préféré tout ignorer du passé judiciaire d’Ali Soumaré. Maintenant qu’il a été mis sur la place publique, peut-on se contenter de détourner vertueusement le regard ? En réalité, ces révélations déplaisantes posent des questions légitimes sur le recrutement du personnel politique et son évolution. Que les partis essaient d’attirer les forts en gueule, rien de plus normal. Il y a trente ans, les forts en gueule faisaient le coup de poing pour défendre la Révolution ou l’Occident. Les grandes gueules d’aujourd’hui ont changé de profil. Ce sont les petits caïds de quartiers que les municipalités recrutent comme médiateurs et que les municipalités emploient comme vigiles. On appelle ça « la politique des grands frères« . Le PS a certainement choisi Ali Soumaré pour sa compétence et malgré ses erreurs de jeunesse. Il serait regrettable que les partis fassent monter d’anciens voyous non pas en dépit de leur passé mais en raison de celui-ci.
S’agissant, enfin, d’une affaire dont le héros est noir, il aurait été surprenant que l’accusation de racisme ne fuse pas. À en croire Pierre Moscovici, rejoint sur ce point par Fadela Amara, Ali Soumaré aurait été attaqué « parce qu’il était noir, parce qu’il était un jeune des cités » (au fait, jusqu’à quel âge reste-t-on « un jeune« , quand on vient « des cités« ?). Il est tout aussi impossible de prouver que de récuser cette assertion. On peut aussi bien se demander si Ali Soumaré n’a pas été choisi précisément pour ces raisons et si la promotion bruyante de la diversité ne cache pas un clientélisme banal. En choisissant de présenter des candidats issus de l’immigration dans les zones peuplées par des enfants d’immigrés, tous font le jeu du vote ethnique. Ce n’est pas très glorieux. Remercions au passage Patrick Karam, délégué interministériel pour l’Égalité des chances des Français d’Outre-mer et numéro deux de la liste UMP à Paris, de ses efforts pour détendre l’atmosphère. Selon lui, Jean-Paul Huchon aurait choisi Soumaré pour donner une mauvaise image de la diversité. En clair, il aurait confié une tête de liste à un candidat noir par racisme. Celle-là, il fallait l’inventer.[/access]
« La Révolution française conserve sa valeur d’usage »

Jean-Clément Martin est professeur à l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF), Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Parmi ses publications récentes, figurent Violence et révolution : Essai sur la naissance d’un mythe national (Paris, 2006) et La révolte brisée : Femmes dans la Révolution et l’Empire (Paris, 2008).
Plus de deux cents ans après 1789, peut-on déclarer : « Citoyens, la Révolution est finie » ? Plus encore, vit-on une sorte de backlash qui verrait, comme pour Vichy et la Résistance, la légende noire succéder à la légende rose ?
La formule de François Furet entendait souligner un fait précis : la politique nationale n’est plus inscrite dans le paradigme né de la Révolution française, comme elle l’a été pendant tout le XIXesiècle et certainement encore jusque dans les années 1940. À la fin du XXesiècle, les valeurs essentielles de la République n’étaient plus les mêmes que celles qui avaient été proposées deux cents ans plus tôt. Les enjeux n’étaient plus enracinés dans les luttes entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, ou entre catholiques et laïques. Les droits de l’homme tels qu’ils étaient invoqués au moment du bicentenaire de la Révolution n’avaient en commun avec ceux qui avaient été instaurés en 1789 que le nom.
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De ce point de vue, la Révolution est terminée, parce que toute la société a basculé dans une économie libérale adoucie par les redistributions sociales. Le clou du bicentenaire a été un défilé bien peu militant, défendant les droits de l’homme tous azimuts sans en donner une véritable définition politique, tandis que la chute du Mur achevait de ruiner l’identification entre socialisme-communisme et 1793. L’imagerie politique traditionnelle - prise de la Bastille, mort de l’enfant Bara, soldats de l’an II - a été contestée au nom des morts de Vendée, Robespierre comparé à Staline. L’entreprise des Lieux de Mémoire, bâtie par Pierre Nora, reflète bien le détachement de la mémoire nationale de ce passé sans cesse invoqué, mais manifestement désuet.
Dans le fond, vous exposez là la lecture idéologique qui prévalait en 1989, au moment des célébrations du bicentenaire. Fait-on la même aujourd’hui, ou la nuance a-t-elle conquis droit de cité ?
Vingt ans plus tard, les choses ne sont plus si simples. L’imaginaire le plus sommaire, donc le plus efficace, demeure toujours vivace. La guillotine, le remplacement de la noblesse par la bourgeoisie, la fin de la vie facile, la Terreur, mais aussi la lutte entre Girondins et Montagnards sont les principaux clichés autour desquels les argumentaires s’enroulent, même pour parler de football ! La prise de la Bastille et Marie-Antoinette demeurent incontestablement les grandes vedettes dans le bêtisier national (et international). la mémoire de la Révolution a retrouvé d’autres usages, servant de réserves d’exemples pour les théories politiques les plus variées. Après la « fin de l’Histoire« qui prédisait une victoire par KO du libéralisme, des mouvements issus de ce qu’on appelle la « société civile » ont dénoncé la faiblesse des propositions politiques classiques dans un contexte de malaise croissant. En même temps, les guerres régionales, le « terrorisme international » et les migrations ont redonné une actualité au rôle de l’Etat dans la défense collective en temps de crise. Dans ce contexte nouveau, l’histoire de la Révolution permet de repenser les désaccords entre principes et réalités. Quel prix, par exemple, est-on prêt à payer pour l’égalité ? Face à la « crise », aux migrations, au terrorisme, aux spéculateurs-traders, on peut imaginer des solutions de « salut public » qui vont de pair avec la mise en place de systèmes sécuritaires. Le temps de la Révolution devient le moment de la guerre totale, de la justice populaire, de la nation à définir…. l’an zéro de notre condition « moderne », soumise aux totalitarismes réels ou rampants.
En tout cas, quand Jean-Marie Le Pen se réclame de Valmy, on a le sentiment que la Révolution ne divise plus. Est-ce le préalable à sa disparition de l’imaginaire politique ?
Quand Jean-Marie Le Pen s’est réclamé de Valmy, il y a eu des remous et des manifestations. Ségolène Royal a rappelé qu’il y a encore des Bastilles à prendre. Bref, l’imaginaire révolutionnaire n’affiche pas un encéphalogramme complètement plat. L’Histoire n’est pas entièrement aseptisée et dénaturée dans des formules creuses et des commémorations dénuées de signification ; mais elle demeure comme un abcès mal cicatrisé, un moignon douloureux quand le temps change. La Révolution n’a pas tout à fait perdu son potentiel diviseur.
Quel rôle ont joué les historiens professionnels ?
Le débat sur la Révolution n’a jamais été réservé aux professionnels. Chercheurs, académiciens, journalistes, polémistes, artistes s’en sont emparé avec la même passion d’en découdre. Chez les universitaires eux-mêmes, depuis Aulard jusqu’à Tulard en passant par Soboul ou Furet, la polémique a souvent pris le pas sur les démonstrations élégantes pour colloques savants.
Tout cela commence à dater…
Oui, le débat se déplace, comme en témoigne l’engouement pour Marie-Antoinette. Dans ses profondeurs, l’opinion, plus sensible au « monde que nous avons perdu », est toujours favorable à la reine. La Cour d’avant suscite des sentiments de haine et de fascination. Exactement comme le « bling-bling ».
Bilan un peu maigre. Quelle place reste-t-il pour la Révolution à l’ère de la victime quand tout le champ mémoriel est occupé par la guerre de 1914-1918, le génocide des juifs, l’histoire coloniale, l’esclavage ?
Il est certain que la guerre mondiale de 1914-1918 est devenue l’horizon de notre expérience mémorielle collective. La mort des derniers « poilus » y est sans doute pour quelque chose. L’Holocauste a ouvert une autre dimension. Les sensibilités sont marquées par la violence qui a causé ces dévastations. Pire même, le monde a réalisé que ces violences n’étaient pas seulement le fait d’individus dévoyés ou politisés mais de gens ordinaires soumis et imbéciles, bref du voisin d’en face. Toute la vision de l’Histoire en a été bouleversée. La victime est devenue une figure essentielle, remplaçant martyrs et héros. Dans cette perspective, l’histoire coloniale, la traite des esclaves et plus largement les relations inégalitaires entre communautés, ethnies et même entre sexes, sont des champs d’investigation bien plus importants qu’un événement politique comme la Révolution. Discréditée par la violence contre les opposants, l’absence de réponse aux questions de l’esclavage et de l’inégalité entre femmes et hommes, elle n’est plus seulement synonyme de liberté. Cependant, la mobilisation pour les victimes de la Révolution demeure limitée : la tentative récente de la part d’élus de faire voter une loi affirmant que la Vendée a été victime d’un génocide en 1793 et 1794 a fait long feu. Reste l’idée que toute révolution produit nécessairement des charniers à laquelle tentent de s’opposer les tenants d’une politique de salut public.
Qu’en est-il de la communauté scientifique ? La Révolution attire-t-elle encore étudiants et chercheurs ?
Contrairement à ce qu’on peut penser, il n’y a jamais eu de cohortes considérables de chercheurs en France sur le sujet (sauf dans les années du bicentenaire). Toutes disciplines confondues, on ne doit pas compter plus de quelques centaines de chercheurs travaillant sur ce sujet - ce qui correspond au nombre d’abonnements aux revues spécialisées. À l’étranger, le paysage est très disparate. La Chine consacre toujours une grande place à la période révolutionnaire dans ses manuels scolaires et compte un nombre non négligeables de chercheurs dans ce domaine, dont beaucoup ont récemment soutenu des thèses à Paris. Les débats sont encore vifs en Italie. Les historiens anglo-américains, évidemment, sont de loin le groupe le plus actif et le plus important. Une historiographie, peu traduite et pas toujours discutée, quasiment autonome par rapport aux travaux menés en France, existe en langue anglaise. La difficulté d’un certain nombre d’étudiants américains à lire le français renforce les divergences. Une revue importante comme French Historical Studies consacre de nombreuses pages à la période. Le renouvellement des sujets et des méthodes n’est pas toujours bien perçu de ce côté de l’Atlantique. Il convient aussi d’ajouter que les politistes et les juristes ont beaucoup investi dans l’étude de la période, introduisant leurs propres problématiques sur les questions constitutionnelles et idéologiques. L’articulation entre ces nouveaux et les historiens « traditionnels » n’est pas toujours aisée, d’autant plus que s’y ajoutent les problèmes de traduction que j’ai mentionnés.
Quelles sont ces nouvelles problématiques ?
Tout d’abord, elles sont intervenues en aval avec un intérêt croissant pour le Directoire ou l’impact de la Révolution sur les pays voisins et les colonies. Le « tout social » qui avait succédé au « tout politique » est maintenant battu en brèche par les approches culturelles (au sens américain du terme) avec tout l’attirail qui va avec? notamment celui des gender studies.
Que faire, comme disait l’autre ?
On n’a aucune assurance pour l’avenir, tant le nombre de chercheurs en histoire moderne, pour reprendre les qualifications françaises, demeure faible par rapport à celui des « contemporanéistes ». Mais il n’y a pas, (encore ?) de signes d’une relégation irrémédiable de la Révolution, ni par la mémoire, ni par l’Histoire. Pour l’historien que je suis, il est urgent de revenir à l’érudition pour percer les ballons gonflés à l’idéologie de la violence et pour rappeler les conditions exactes qui entraînèrent les Français dans des affrontements dont on finira par ne retenir que les « pages les plus noires » en les sortant de leur contexte, et donc en les privant de toute signification.
La Révolution française: idées reçues sur la Révolution française
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Doc Gynéco au Pôle
Le Canard Enchaîné l’avait affirmé dans son dernier numéro, et l’intéressé vient de le confirmer ce matin sur Europe 1 : Bruno Beausir alias Doc Gynéco pointe au Pôle Emploi, qui lui verse, dit-il, une indemnité de 83,31 euros par jour. Le Doc a profité du même micro pour se dire certain qu’en cas de coup dur, Nicolas Sarkozy n’hésiterait pas à lui prêter quelques fifrelins. On n’en doute pas, et on est content pour lui. Mais le président pourra-t-il faire le même geste pour les 2 699 999 chômeurs restants ?
Un pont sur eaux troubles
Le contexte des élections régionales favorise mécaniquement la fausse promesse et le projet délirant. Dernière perle en date : le projet que Chantal Jouanno, tête de liste UMP (et accessoirement secrétaire d’Etat à l’écologie, énarque et ex-championne de karaté), a proposé mardi dernier, à quelques encablures du scrutin, la construction d’un monumental et cauchemardesque « pont habité » au-dessus de la Seine pour accueillir des logements étudiants. L’AFP indique qu’il s’agit « de construire sur la Seine, au niveau de Tolbiac, un pont avec 25.000 m2 végétalisés », offrant en dessous, sur deux étages, « 75.000 m2 des services à la personne, des commerces, des logements étudiants et une grande bibliothèque ». Le projet, issu de l’imaginaire débordant de l’architecte Jean Nouvel constitue, selon Mme. Jouanno « une continuité urbaine et végétale qui irait de Jussieu à Tolbiac en passant par le jardin des Plantes et ensuite de Tolbiac jusqu’au bois de Vincennes, en traversant la Seine ». Voici le premier pont de Paris dont la fonction première ne serait pas de nous permettre de traverser sa Majesté la Seine, mais de faire du social-estudiantin. Le public jeune est naturellement visé par l’UMP avec ce projet « fanpharaonesque » qui contribuera encore à la « delanoeisation » tragi-comique de la Capitale. Dans la même veine, et au cours de la même conférence de presse, Valérie Pécresse a sorti de son chapeau un hallucinant projet de résidences étudiantes flottantes. L’Afp précise : « Le projet consisterait à créer sur la Seine, la Marne et les canaux une barge sur laquelle on poserait des cabines de bateau de 15 à 28 m2. » La Seine avait-elle besoin d’une telle débauche de projets électoralistes farfelus ? Je sais une chose : ce soir la Tamise, l’Amazone et le fleuve Amour doivent bien se marrer…
La droite défaite aux régionales. Et alors ?

Et si on élevait la mauvaise foi au rang de l’analyse politique ? Voyons, les régionales sont le terrain idéal pour appliquer cette méthode que nous boudons ordinairement. Mais là, le ras-le-bol qui saisit les électeurs (quoi ? quelles élections ? qui sont les candidats ? ah, ces dimanches-là, j’ai piscine !) n’est pas loin de saisir le commentateur. Grand chelem ou pas pour la gauche ? Frêche sera-t-il réintégré au PS une fois la victoire en poche ? Et nous voyons d’ici les prosateurs en faire des kilotonnes dans trois semaines sur l’échec du président de la République dans ces élections. Tremble, la droite, tu vas te prendre une de ces roustes !
C’est indéniable, l’UMP et ses acolytes ne sont pas partis pour faire ne serait-ce que bonne figure lors des deux tours des régionales. De là à se dire que ces élections préfigurent la chute de la maison Sarko, il y a un pas que nos éditorialistes zélés franchiront avec joie. En vrai, on se doute bien que 2012, c’est pas tout aussi cuit qu’on aurait pu le croire, mettons, il y a un an et demi.
Mais faisons donc du mauvais esprit : et si le Président n’en avait rien à cirer des régionales, hein ? Reprenons : les indices s’accumulent, le déroulé est cohérent, et on serait à sa place, on ferait ça.
Les indices : manifestement la droite unie (c’est remarquable), a décidé de pourrir ses listes. Regardons qui l’UMP – pardon, ses militants – ont intronisé comme têtes de liste pour reconquérir la France des Régions : Hervé Novelli, Dominique Bussereau, Valérie Pécresse. Du gros, gros calibre. Ailleurs, l’ami, cite-nous le nom d’un candidat qui arrache et tu gagnes une carte de l’UMP.
Prenons le cas particulier de l’Ile de France. Jaugeons l’adversaire, Jean-Paul Huchon : sans vouloir le froisser, zéro charisme, quelques petites casseroles judiciaires, un bilan que personne ne connaît. En face, je te sors, Valérie Pécresse. Adorée des doyens chauves d’université, sans doute. Mais taillée pour faire campagne comme nous pour être évêques. Patronne de rien, aucune autorité sur la composition de la liste, avec plein de gens qui la détestent dedans (Karoutchi, Jouanno, sans parler de Rama Yade qui fait la star), on ne vous parle même pas des initiatives lumineuses de certains comme dans le Val-d’Oise avec ce qu’il faut appeler « l’affaire Soumaré ». Bref, Valérie va au casse-pipe en chantant. On la convoque à l’Elysée, certes, pour lui « assurer son entier soutien ». Mais autant dire que l’échec est assuré et nous ne sommes pas sûrs que l’ampleur de la gifle soit un vrai sujet.
Le déroulé : en effet, vu de l’Elysée, il y a pire que de ne pas parvenir à arracher la Picardie à Claude Gewerc (oui, oui, oui…). Ton chômage est à 10 %, la croissance ne reprend pas, les industriels te font des bras d’honneur, les bourdes de com’ s’accumulent, c’est la guerre en Afghanistan, tu nommes des degauches au Conseil Constit et à la Cour des comptes et ta popularité est au fond du trou. Même ton Premier ministre à l’air plus sexy que toi, et Martine Aubry commence à plaire et à y croire. Bref, les Français tirent la gueule. Il faut qu’ils s’expriment ces braves citoyens. Et tant qu’à faire, autant que ça soit avant la présidentielle. Ben oui, les régionales ce sont les dernières élections avant la mère de toutes les batailles, la présidentielle donc. Imaginons, ce qu’un esprit pervers peut se dire : perdu pour perdu, laissons les Français clamer leur colère contre Sarkozy en mars 2010, laissons aux électeurs de droite le loisir de rester chez eux en mars, on en reparlera en mai 2012. Là, ils se déplaceront, pas forcément avec entrain, mais ils auront l’impression que le bulletin dans l’urne servira à quelque chose.
Au passage, les régionales et le triomphe rose permet d’enfermer un peu plus le PS dans son statut de parti-qui-gagne-seulement-les-élections-de-deuxième-division. Un parti de notables locaux, de chargés de mission, d’élus ternes que personne ne connaît. Et dont, pardon, le Français moyen que nous sommes, se contrefout. Cerise sur le gâteau, tu prépares une réforme des collectivités territoriales qui fait que ce sont ceux qui auront le plus d’élus qui vont avoir les pires difficultés à savoir qui on sacrifie du brave conseiller général ou du fringant conseiller régional apparatchik qui se voit un destin au moins national.
Bref, en mars, amusez-vous. On recause sérieusement à la rentrée prochaine.
Une fatwa contre les djihadistes !

« Un éminent érudit musulman a condamné les terroristes. » Voilà un homme courageux qui, espérons-le, connaîtra un meilleur sort que Hassan Chalghoumi, l’imam de Drancy. Dans une fatwa de deux cents pages, Muhammad Tahir-ul-Qadri, théologien, professeur de droit musulman et homme politique pakistanais, s’est efforcé de réfuter systématiquement l’argumentation islamiste justifiant les attentats-suicides. Assez content de soi, il a déclaré au cours d’une conférence de presse, tenue à Londres, que son argumentaire est la réponse définitive à ceux qui essaient de justifier la violence au nom de l’Islam, une religion de paix.
Même si le Dr Tahir-ul-Qadri n’est ni le premier ni le seul à proposer une lecture alternative des sources et des traditions musulmanes, on ne peut que s’en féliciter et admirer son courage. Mais puisque ces choses ont déjà été dites, et puisque ceux qui les ont déjà dites étaient aussi sûrs que le Dr. Tahir-ul-Qadri d’avoir apporté la réfutation définitive de la lecture djihado-alqaidiste du corpus des écrits saints musulmans sans que les islamistes se prosternent en murmurant « Vous nous avez battus, chers maîtres », on peut supposer que la question est mal posée. En fait, le problème n’est ni la religion ni les textes sacrés. Le vrai, le seul problème, ce sont les religieux, c’est-à-dire ceux qui, aux yeux des croyants, ont cette autorité particulière de dire ce que Dieu voulait nous dire à travers ces textes. Sans exclure ni nier l’existence en leur sein d’hommes remarquables, animés des meilleures intentions, les religions sont aussi – et parfois surtout – des systèmes de pouvoir.
Les caractères principaux des textes canoniques et les exégèses d’une religion ne sont pas leur beauté, leur sagesse ou une quelconque vérité révélée qu’ils contiennent, mais le fait qu’ils confèrent une énorme autorité à ceux qui les interprètent et parlent en leur nom, ainsi que leur extraordinaire souplesse. Autrement dit, un verset de la Bible ou du Coran, un hadith, un midrash, un texte hagiographique ou un commentaire de pères latins ou grecs peut soutenir des arguments contradictoires, et la seule chose qui compte, c’est donc la question à qui les croyants prêtent-ils l’oreille. Les interprètes légitimes des écrits saints et des traditions ne sont pas de simples et objectifs intermédiaires entre les croyants et les textes mais des acteurs porteurs d’une vision du monde qui utilisent le corpus religieux pour donner plus de poids à leurs opinions. Sans s’égarer dans un complotisme simpliste, on peut constater qu’à partir des mêmes textes, différents papes, rabbins et oulémas peuvent justifier une chose et son contraire. Cette qualité des textes religieux est partagée par les textes législatifs, dont l’interprétation évolue sans cesse. Ce qui est important, ce n’est donc pas la loi elle-même – sujette à d’interminables querelles qui font vivre une petite armée d’avocats et magistrats – mais le fait que toute une société accepte l’arbitrage de son système de justice. Le pouvoir est entre les mains de porte-paroles de la loi et non pas aux mains de la loi.
Pour revenir à l’Islam, les efforts du Dr Tahir-ul-Qadri, tout comme ceux de certains érudits d’Al Azhar au Caire[1. L’Imam d’Al Azhar, le cheikh Al Tantawi, a condamné les attentats de 11/9 et invalidé l’autorité de Ben Laden de parler au nom de l’Islam.] ou des savants de l’école théologique d’Ankara, sont certes importants, mais l’essentiel est ailleurs : la séparation du politique et de la religion. Car si l’on s’abstient de se faire sauter à l’explosif au milieu de femmes et des enfants au prétexte que le Coran et la Bible l’interdisent, on laisse toujours ces textes avec leur cortège d’interprétations et d’interprètes au centre du débat et on leur accorde une autorité dangereuse. Demain, un élève révisionniste de Dr Tahir-ul-Qadri nous fera une brillantissime démonstration inverse et on sera bien embarrassés. La religion est par sa nature même incompatible avec la gestion de la cité. Avec sa conception de la vérité, elle ne peut qu’aboutir à ce régime cauchemardesque désiré par Platon : le règne de ceux qui savent. Le véritable défi de l’Islam – tout comme de la version du judaïsme national développée en Israël depuis quelques décennies – est de créer un espace politique autonome et non pas de chercher des religieux vertueux. Faute de mieux, faire la paix au nom de la religion c’est déjà pas mal mais la faire sans elle, c’est encore mieux.
Miction impossible
Roy Messenger a failli être un sacré veinard. Cet Américain de 50 ans a fait une vilaine sortie de route vendredi dernier du côté de Seattle et a heurté de plein fouet un poteau électrique. Malgré la violence du choc, il est sorti – contrairement à sa voiture et au pylone, tous deux considérablement endommagés – miraculeusement indemne de l’accident. Après quoi il a appelé de son portable des amis pour qu’ils viennent le récupérer. Mais quand ceux-ci sont arrivés sur place, ils ont trouvé Roy raide décédé. Même si le besoin est pressant, il n’est pas avisé d’uriner sur une ligne haute tension qui traîne par terre…
Le mystère de la liste rouge
Le ministère du Travail a été victime d’un odieux forfait qui s’est produit dans des conditions dignes d’un roman de Gaston Leroux. Dans son site internet parfaitement sécurisé, autant qu’une chambre close, le ministère avait publié en ligne trois listes d’entreprises : une verte, une orange, une rouge. Ces listes permettaient d’évaluer les mesures prises par chaque patron dans le cadre, nous citons dans le texte, du plan d’urgence sur les risques psychosociaux. Traduisons : il s’agissait, dans la liste verte de répertorier les entreprises où les gens étaient normalement malheureux de venir travailler et exploités dans des conditions décentes. La liste orange, celles où les crises de larmes, les abus d’anxiolytiques et les petits chefs étaient monnaie courante. Et enfin, la liste rouge, celle où le management par la terreur obligeait les survivants à se faufiler entre les pendus ou à faire un saut de côté à la sortie de la cantine pour éviter l’arrivée au sol d’un défenestré. Eh bien, figurez-vous que cette liste rouge a purement et simplement disparu du site. Aucune explication rationnelle n’a pu être donnée à ce jour et la rumeur selon laquelle le célèbre monte-en-l’air russe Vladimir Medeff aurait été vu dans les couloirs du ministère est évidemment sans fondement. Mais Xavier Darcos va faire appel à Rouletabille et le mystère sera bientôt résolu, n’en doutons pas.

