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Indépendantisme martiniquais: l’influence délétère de Kémi Séba

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Figure du panafricanisme influente, il entretient la haine de la France, fomente des tensions et est soutenu par des régimes hostiles. Il se présente aux élections au Bénin…


Se plonger dans le parcours idéologique de Kémi Séba revient à revenir sur des décennies d’activisme politique afro-américain. Né à Strasbourg de parents d’origine béninoise ayant été naturalisés Français, Stellio Chichi a commencé son parcours en adhérant au mouvement suprémaciste noir Nation Of Islam, que les amateurs de films de prison auront reconnu comme étant un des gangs les plus célèbres du système carcéral étatsunien. Prônant la ségrégation entre les noirs et les autres ethnies des Etats-Unis, Nation Of Islam a été fondé par Elijah Muhammad. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Kémi Séba n’a pas pris son pseudonyme après son adhésion à Nation Of Islam mais au tournant des années 2000, moment où il rejoint l’idéologie religieuse du kémitisme, mouvement néo-païen panafricaniste opposé aux religions abrahamiques vues comme étant des outils coloniaux de domination des populations noires africaines.

Voilà pour le contexte dans lequel évolue Kémi Séba depuis un peu plus de deux décennies désormais. En dépit de quelques turbulences, il est resté globalement fidèle à son corpus panafricaniste et à ses croyances. Pourtant, plutôt que de se marginaliser progressivement, l’homme a su avec habileté faire croitre son audience initiale et devenir une voix écoutée en Afrique, singulièrement dans le Bénin de ses racines où il envisage même de se faire prochainement élire président de la République.

La haine de la France comme fonds de commerce

Kémi Séba aime souvent à rappeler en conférence le conseil qu’il avait reçu de sa mère lorsqu’il était encore un enfant : « Ne deviens Français que sur le papier ! ». Il est allé au bout de sa logique en brûlant publiquement son passeport français lors d’une conférence de presse tenue depuis Fleury-Mérogis puis en s’improvisant conseiller du général putschiste nigérien Abdourahamane Tiani. De quoi bénéficier d’un passeport diplomatique délivré au mois d’août 2024 qui lui a permis d’annuler une partie des effets de sa déchéance bien méritée de la nationalité française…

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Car, on trouve la trace de Kémi Séba dans toutes les humiliations que la France a subie au Sahel. Participant activement à la dégradation de l’image de notre pays dans la région, alors que nous l’avons militairement sauvée pendant dix ans, Kémi Séba s’est allié à tous nos ennemis. Régulièrement reçu comme hôte de marque par les autorités russes ou encore iraniennes, Kémi Séba intervient partout où il s’agit d’affaiblir l’influence et l’intérêt français. Dès 2017, il était accueilli à Moscou par Alexandre Douguine. Plus tard, en 2019, il bénéficiait de l’appui financier du tristement célèbre Evgueni Prigojine, alors vivant et administrateur de Wagner, en échange selon son propre aveu d’opérations antifrançaises visant à « appeler la jeunesse africaine à mener des actions violentes contre les intérêts français en Afrique ». Il a pour cela reçu plus de 400 000 dollars entre 2018 et 2019. Notons aussi qu’il a participé au forum économique Turquie-Afrique comme à la conférence internationale « La politique française du néocolonialisme » à Bakou en Azerbaïdjan, pays dont on retrouve la trace dans de nombreuses manifestations contre l’Etat en Nouvelle-Calédonie ou encore en Martinique.

Son influence délétère est forte en Afrique, comme nous l’avons dit, mais aussi malheureusement en France. Déjà en métropole en excitant les afro-descendants et diasporas, notamment envers les Sénégalais après avoir officié dix ans dans l’émission Le Grand Rendez-Vous de la chaîne 2STV, mais aussi dans les outre-mers. En Guyane, Kémi Séba a notamment été reçu par l’activiste Elie Domota.

La présence de Kémi Séba en Martinique a été trop peu dénoncée

En 2018, Kémi Séba participait à l’envahissement du supermarché Génapi de la commune de Ducos en Martinique. Aux cris de « Yo armé nou pa armé », lui et ses militants s’étaient emparés de sachets de « sucre rouge sang », symbole de la souffrance des ancêtres, « parce que nos parents ont travaillé dans ces plantations ». Dans un article pour le site Madinin’Art, le chroniqueur martiniquais Yes-Léopold Monthieux est d’ailleurs récemment revenu sur la genèse et les liens qui unissent les « kémites » aux mouvements indépendantistes martiniquais comme le RRPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéennes) de Rodrigue Petitot :  

« (J’ai) écrit le 29 décembre 2021 dans « La main invisible du désordre » : « en effet, tous les évènements intervenus depuis le premier bris de statue et même de l’équipée du centre commercial Génipa sous la houlette de Kémi Séba, ont comme fil conducteur la défiance de l’Etat et la volonté de lui porter atteinte dans le cadre de la lutte anticoloniale. La philosophie est connue, la méthode éprouvée : les militants d’idéologies diverses peuvent s’engouffrer dans le tunnel ainsi défini ».

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J’ignorais que la « main invisible » pouvait provenir de Russie et de son proxy l’Azerbaïdjan… Des élus martiniquais ont entrepris de rendre cette main de plus en plus visible, et de décomplexer la revendication indépendantiste. Des vidéos montrant des militants du RRPRAC arborant des pendentifs kémites permettent aussi de mesurer l’entrisme du mouvement dans ce mouvement ultramarin sous faux nez, ainsi d’Aude Goussard qui fut candidate pour la 4ème circonscription des dernières élections législatives de Martinique.

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Gwladys Roger, l’une des meneuses du RRPRAC, s’est aussi prise en photo avec ce pendentif au motif égyptien emblématique des sectateurs kémites.

Enfin, Kémi Séba et Rodrigue Petitot partagent un autre point commun. Ils ont tous deux pour avocat Juan Branco, en visite en Martinique au début du mois de janvier pour « dénoncer la vie chère ». Ne serait-ce pas plutôt pour provoquer une insurrection contre l’État qu’il appelle de ses vœux et aurait l’avantage de plaire à de nombreux État étrangers hostiles ?

Libéralisme contre socialisme: la lutte des milliardaires et des fonctionnaires

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Alors qu’en Chine des milliardaires devenus gênants pour le pouvoir communiste ont tendance à disparaitre, aux Etats-Unis on assiste au grand remplacement des politiques traditionnels par les milliardaires. Analyse.


« L’économie mondiale doit-elle être une exploitation ou une organisation du monde ? Les Césars de ce futur empire doivent-ils être […] des milliardaires ou des généraux, des banquiers ou des fonctionnaires de stature exceptionnelle ? C’est là l’éternelle question. » (Oswald Spengler, Prussianité et socialisme)


Le monde, prophétisait en 1919 Spengler dans Prussianité et socialisme, est appelé à être le théâtre d’un affrontement global entre deux modèles irréconciliables de sociétés : le modèle anglo-saxon, qui prône la primauté de l’individu, et le modèle prussien, qui affirme la prééminence de la collectivité.

A ces deux modèles correspondent deux types anthrolopologiques opposés : le type anglo-saxon de l’homme privé, libre, indépendant, culminant dans la figure du self-made man ; et le type prussien du serviteur de l’État, loyal et probe, culminant dans la figure du fonctionnaire weberien.

Chacun de ces types, d’après le philosophe allemand, peut être vu comme le lointain descendant d’une figure prototypale : celle du chevalier teutonique, c’est-à-dire du moine-soldat, dans le cas prussien ; et celle du Viking, c’est-à-dire du pirate-marchand, dans le cas anglo-saxon.

Au sens teutonique de la discipline et de l’austérité, à l’ethos prussien du devoir, répondent ainsi l’existence viking conçue comme une lutte sans merci pour la vie, et l’ethos anglo-saxon du succès.

Dans ces deux modèles de sociétés, la Volonté de puissance est à l’œuvre : mais là où l’esprit anglo-saxon entend les faire s’affronter individuellement pour qu’elles s’aiguisent les unes les autres, l’esprit prussien, lui, entend les unifier dans une seule et même expression générale, dont chacun acceptera ensuite d’être l’instrument.

Ethos prussien du devoir vs. ethos viking du succès : illustrations économiques et sociales

A l’idée prussienne d’une cogestion de l’entreprise, y associant les salariés, correspond ainsi une appréhension anglo-saxonne de la vie économique comme « part de butin revenant à chacun ». Là, rien de la recherche teutonne d’un optimum global, mais la constitution viking, grâce aux compagnies et aux trusts,de fortunes individuelles et de richesses privées. Même le traitement du paupérisme, souligne le philosophe prussien, n’échappe pas à cette opposition. A l’invention bismarckienne d’un État-providence, c’est-à-dire d’une mutualisation obligatoire et solidaire des risques, répond alors le développement, par les milliardaires anglo-saxons, de la philanthropie, c’est-à-dire d’une charité discrétionnaire et privée, offerte par ses dispensateurs à la manière de « vieux corsaires, qui, attablés dans le château conquis, jettent aux prisonniers [en l’occurrence, le peuple] les reliefs du festin ».

Et l’on pourrait décliner en une série infinie d’oppositions cet antagonisme entre un socialisme autoritaire et un libéralisme darwinien : primauté de la collectivité vs. primauté de l’individu ; ethos du devoir vs. ethos du succès ; notion d’administration vs. notion de commerce (« cette forme raffinée de la piraterie ») ; hiérarchie fondée sur l’autorité statutaire vs. hiérarchie fondée sur l’enrichissement personnel ; prééminence de la politique sur l’économie vs. inféodation de la politique à l’économie ; etc., etc.

Évidemment, cette dichotomie de modèles doit être considérée comme une opposition idéelle ; dans la réalité, ni la société anglo-saxonne ni la société prussienne, même de l’époque, ne sont aussi monolithiques. L’émergence d’un Etat-providence aux Etats-Unis, à partir de 1935, l’illustre d’ailleurs – les grandes crises (en l’occurrence, celle de 1929) étant, typiquement, l’occasion de concessions ou d’emprunts au modèle rival -. Mais réciproquement, la place centrale que conserve aujourd’hui la charité privée dans le modèle américain, et le périmètre plus réduit qui y est toujours celui de l’État social, plus d’un siècle après les analyses de Spengler, marquent que l’antagonisme souligné par le philosophe prussien n’a rien de gratuit, et traduit des différences profondes et persistantes de mentalités entre les sociétés[1].

Etats-Unis vs. Chine : vers une radicalisation de l’antagonisme entre modèles

La fin du XXème siècle a pu donner à certains analystes l’idée que la prophétie de Spengler était démentie, et que le modèle anglo-saxon, avec des nuances plus ou moins prononcées de prussianité suivant les climats et l’atavisme des peuples, allait s’imposer à l’échelle planétaire.

Les années récentes, toutefois, n’ont fait que souligner la pertinence de la thèse soutenue par Spengler. Deux faits nouveaux, qui ne se présentent pas comme des épiphénomènes mais comme des tendances lourdes, sont en effet intervenus, et annoncent une recrudescence du partage du monde entre modèle socialiste autoritaire et modèle libéral anglo-saxon.

Une crise profonde du modèle libéral

La première de ces tendances lourdes, c’est le constat que le modèle libéral connaît une crise profonde. D’une part, la primauté accordée à l’individu sur la collectivité a conduit à une érosion dangereuse de la cohésion des sociétés occidentales, minée par des revendications communautaristes voire sécessionnistes. D’autre part, le développement du libre-échange et le déclin du patriotisme économique, aussi bien chez les consommateurs que chez les grands patrons, a mené à une désindustrialisation et à des dépendances d’autant plus critiques que l’effondrement du niveau scolaire moyen assombrit les perspectives d’amélioration de notre productivité et d’inversion de cette dynamique. Plus structurellement, on commence peut-être à mesurer, comme l’écrivait Castoriadis en 1996, que l’efficacité du modèle libéral dépendait aussi du fait « qu’il avait hérité d’une série de types anthropologiques […] créés dans des périodes historiques antérieures, par référence à des valeurs alors consacrées et incontestables : l’honnêteté […], la transmission du savoir, la belle ouvrage, etc. », qu’il n’aurait pas pu faire surgir lui-même et que sa logique, faisant appel aux purs intérêts personnels, tend même à faire disparaître. La désertion, à cet égard, se répand de plus en plus, à tous les niveaux et dans toutes les fonctions, qu’elles soient parentales ou professionnelles.

L’action sociale du libéralisme pourrait alors s’apparenter à l’action économique des fonds spéculatifs dit « activistes » (qui acquièrent des parts minoritaires d’entreprises pour en modifier les stratégies). En obtenant une coupe drastique des coûts et en capitalisant sur le savoir-faire historique de l’entreprise, l’opération permet généralement de dégager d’excellents résultats financiers à court terme, mais le sous-investissement qui en résulte hypothèque d’autant voire ruine les perspectives de long terme de l’entreprise. Le bilan du libéralisme, pour prolonger l’image, aurait ainsi été artificiellement « gonflé » par la dilapidation progressive d’un capital de mystiques, au sens de Péguy – mystique professionnelle, mystique parentale, mystique citoyenne, etc. -, dont nous ne ferions que commencer à constater les effets délétères sur le temps long.

Un succès (menacé ?) du contre-modèle chinois

La seconde de ces tendances lourdes, c’est évidemment la reprise du flambeau du socialisme autoritaire par la Chine, et les succès que ce modèle a rencontré dans ce dont le libéralisme entendait précisément faire son domaine réservé, c’est-à-dire l’économie.

Cette réussite, à l’échelle d’un pays aussi vaste et aussi peuplé, inflige en effet un démenti cinglant à l’absence d’alternative classiquement mise en avant par les libéraux (cf. Thatcher et son fameux : « there is no alternative ») : elle démontre qu’un contre-modèle, fondé sur l’importance d’une discipline collective (par opposition à la considération de la seule initiative privée), n’est pas seulement viable, mais capable de rivaliser voire de détrôner la référence américaine sur son propre terrain.

La Chine, à la différence de l’Europe, n’a raté aucune révolution technologique, et dispose de champions nationaux dans chacun de ces nouveaux secteurs (smartphones, intelligence artificielle, véhicules électriques, e-commerce, etc.). Encore distancée dans certains domaines industriels plus historiques, telle que l’aéronautique ou le spatial, elle rattrape rapidement son retard, comme elle l’a déjà fait dans l’automobile, le ferroviaire, ou encore le nucléaire.

Son modèle mêlant protectionnisme et ouverture au monde, économie de marché et économie planifiée, combiné à une éducation de masse de qualité, a ainsi permis une élévation réelle du niveau de vie global de la population, et s’avère pour l’heure une réussite dans l’ensemble, en dépit d’une demande intérieure qui reste faible et d’une crise immobilière qui se prolonge.

L’opposition peut être schématisée ainsi : là où le modèle libéral, du fait d’un effondrement continu de son système d’éducation général, fait reposer sa croissance future sur une fraction de plus en plus réduite d’individus (qu’il se retrouve d’ailleurs de manière croissante, en raison de l’attrition du vivier, à « débaucher » de l’étranger, par la promesse de meilleures perspectives d’évolutions personnelles), son rival asiatique, lui, s’est employé méthodiquement à en élargir l’assise.

La place des milliardaires offre, dans cette perspective, une illustration exemplaire de l’antagonisme qui s’accroît entre les sociétés américaine et chinoise. Spengler, dans Prussianité et socialisme, aimait à caractériser les milliardaires Yankees comme « des citoyens privés qui règnent sur des pays étrangers par l’intermédiaire d’une classe subalterne de politiciens professionnels ». Si l’invasion américaine de l’Irak pourrait s’analyser dans ce cadre, à l’aune des intérêts des compagnies pétrolières notamment, la « prise de pouvoir » des milliardaires, dans la nouvelle présidence Trump, marque une forme de radicalisation de la perspective spenglérienne, par l’économie qui y est faite, et même revendiquée, du personnel politique « conventionnel ». Désormais, les milliardaires exercent directement les responsabilités étatiques, sans s’embarrasser d’un quelconque « proxy » (on notera d’ailleurs que cette « liquidation » des intermédiaires et des formes est tout à fait dans l’esprit du libéralisme).

A rebours de cette évolution, la Chine, elle, s’est au contraire distinguée ses dernières années par la mise au pas systématique des milliardaires, et le renforcement plus large de l’inféodation de l’économie et des grands groupes privés (notamment issus de la tech)aux objectifs politiques définis par le PCC. A l’installation d’Elon Musk (et de Vivek Ramaswamy, un autre milliardaire d’origine indienne) à la tête d’un ministère de l’efficacité gouvernementale, chargé de dégraisser les effectifs de fonctionnaires fédéraux, répond ainsi, de l’autre côté du Pacifique, l’organisation bureaucratique, par l’Etat-parti, de la disparition des milliardaires critiques (à l’instar des Xiao Jianhua, Jack Ma ou encore Bao Fan, volatilisé depuis bientôt deux ans).

Le resserrement de la tutelle du PCC sur l’économie, qui va de pair avec une évolution autocratique et népotique de l’exercice du pouvoir sous Xi Jinping, éloigne toutefois la Chine de l’idéal de socialisme autoritaire prôné par Spengler, d’essence méritocratique, dont le chef n’est censé être que le premier serviteur de l’Etat, et non l’usufruitier.  Il faudra voir, dans les prochaines années, à quel point cette dérive prévaricatrice se confirme. Si c’est le cas, comme la situation actuelle porte à le penser, l’atteinte des ambitions chinoises pourrait en pâtir lourdement.

La situation de la France

Dans le cas de la France, le philosophe prussien identifiait une troisième figure prototypale : non celles, animées par la Volonté de puissance, des héritiers des Vikings ou des chevaliers teutoniques, mais celle, tournée vers l’otium, du rentier, correspondant à l’idéal du phalanstère fourriériste. Là, non une « énergique notion de propriété », mais un objectif de « jouissance ; non « tout », mais « assez » ; non « l’action », mais le « bien-vivre » […] Des voyageurs anglais, Young par exemple, s’étonnèrent, à la veille de la Révolution, que la noblesse exploitât si mal ses domaines. Elle se contentait de les « posséder » et de recevoir de l’intendant les sommes nécessaires à la vie parisienne. Cette aristocratie du XVIIIème siècle était totalement différente de l’aristocratie anglaise et prussienne qui, entreprenante, cherchait à acquérir et à conquérir. » Et de même, « l’ouvrier [français] veut être, lui aussi, rentier. Il déteste l’oisiveté des autres à laquelle il ne peut prétendre. Son but qui est d’obtenir pour chacun l’égalité quant à la jouissance et à la possibilité de rentes se retrouve aussi dans la fameuse formule de Proudhon : « La propriété, c’est le vol. » Car la propriété dans ce cas ne signifie pas le pouvoir mais une possibilité de jouissance que l’on a acquise ».

Bien que dressé dans des conditions discutables d’impartialité (nous sommes en 1918-1919), il paraît difficile de nier la part de vérité contenue par ce portrait psychologique de notre pays.

Notons tout de même, contre Spengler, que la parenthèse gaullienne – avec l’instauration d’une Vème République d’inspiration monarchique, la poursuite d’un juste équilibre entre libéralisme et collectivisme (les mécanismes imparfaits de l’économie de marché devant être corrigés par la planification et la participation), le tout sous l’égide d’une « noblesse d’Etat » ayant le sens de celui-ci – a certainement constitué l’une des meilleures déclinaisons « terrestres » de l’idéal de socialisme autoritaire caressé par le philosophe prussien.

Las, il faut bien convenir que nous en sommes revenus, et que la France, depuis, n’a guère connu que des alternances entre fourriéristes et libéraux contrariés. Primum omnium salus patriae, rappelait le Général à Peyrefitte[2] : on ne peut pas dire que ce soit le visage que nos hommes politiques, ces quarante dernières années, et particulièrement l’Assemblée actuelle, nous ait habitué à présenter.

Prussianité et socialisme

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[1] Soulignons ici, pour éviter les contresens, que le socialisme autoritaire prôné par Spengler, d’inspiration profondément aristocratique (au sens étymologique du mot – c’est-à-dire de gouvernement des meilleurs), n’est ni le communisme ni le national-socialisme. Le communisme, en particulier, n’est jamais de son point de vue qu’une remise en cause de la répartition du butin, pas de l’esprit plus global de rapine qui anime les sociétés anglo-saxonnes. Quant au national-socialisme, il n’existait pas en 1919, mais on peinerait à faire cadrer sa brutalité plébéienne et son culte d’un chef démagogique, avec l’idéal chevaleresque que le philosophe prussien caressait.

[2] « Avant tout, le salut de la patrie ».

Comme un ballet dans l’eau

Le Ballet de l’Opéra de Lyon part en tournée à travers la France avec Mycelium, une composition hypnotique du chorégraphe grec Christos Papadopoulos. Une troupe virtuose.


À l’issue des représentations de Mycelium, une chorégraphie de Christos Papadopoulos, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon sont acclamés par le public. Et pour une fois, ce n’est là que justice. Ils sont vingt à servir cette pièce dont l’exécution apparaît vertigineusement complexe. Et leur prestation semble tenir du prodige. Elle démontre avec éloquence combien leur virtuosité semble illimitée, combien leur discipline, leur souplesse mentale leur permettent de s’adapter aux démarches artistiques et aux difficultés les plus diverses.

Il est vrai que le Ballet de Lyon, tel qu’il a été forgé par celui qui fut longtemps son directeur, Yorgos Loukos, s’était rangé, sous sa gouverne, parmi les meilleures compagnies européennes, doté de surcroît d’un répertoire contemporain éblouissant, unique au monde. Désormais sous la conduite d’un ancien danseur de Merce Cunningham, Cédric Andrieux, la troupe démontre n’avoir rien perdu de son excellence.

Côté oiseaux – côté poissons

C’est une tendance qui se manifeste depuis plusieurs années qu’exploite ici le chorégraphe grec Christos Papadopoulos. Il dit avoir été fasciné, comme tout un chacun, par le vol de nuages d’oiseaux comme les étourneaux ou par les déplacements de bancs de poissons, tels qu’ils sont filmés dans des documentaires, et tels qu’il les découvrait durant sa jeunesse passée dans le Péloponnèse.

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Déjà, dans Murmurations, le Français Rachid Ouramdane, avec les danseurs du Ballet de Lorraine, avait évoqué talentueusement le vol ensorcelant des compagnies d’étourneaux. Avec les danseurs du Ballet de Lyon, Papadopoulos, déployant une belle virtuosité, fait un peu la même chose, mais dans un genre tout différent, versant plutôt dans le banc de poissons. S’il évoque verbalement, pour éclairer sa démarche, les réseaux souterrains formant ce mycélium qui prête sa puissance formidable à l’épanouissement des forêts, sa chorégraphie mouvante évoque surtout à nos yeux ces formidables masses fluides de sardines qui glissent, s’étirent, tournoient, se disloquent, se reforment, se séparent à nouveau dans un incessant, un enivrant ballet sous-marin, alors qu’il s’agit le plus souvent pour elles d’échapper à de dangereux prédateurs.

© ONL

Des ténèbres aux ténèbres

Mycelium débute avec un seul danseur qui surgit dans la pénombre et se déplace sur le plateau en paraissant y glisser, ses chevilles et ses pieds demeurant invisibles. Il assume à lui seul une bien longue introduction qui va perdurer à l’excès avec l’apparition d’une danseuse reprenant avec lui le même manège.

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Même si ce prologue semble interminable et se révèle un peu soporifique sous l’emprise d’une composition sonore qui ajoute à l’hypnose, peu à peu l’introduction d’autres interprètes se faufilant imperceptiblement sur le plateau change la donne du tout au tout. Un groupe se forme, se développe, enfle, grossit, se mouvant sans cesse, sous mille formes changeantes, comme une masse qu’on pourrait peut-être qualifier de liquide. C’est un organisme vivant, un corps unique où l’individu n’existe plus, qui se disloque à l’envi, s’enroule sur lui-même, s’éparpille en plusieurs groupes qui s’amalgament aussitôt, recomposent une masse sans cesse métamorphosée.

Cent fois, deux cents fois peut-être, les danseurs reprennent la même gestuelle, la même attitude, de face, de trois quarts, de profil, très simple en apparence, mais bien vite diaboliquement complexe dans son apparente sobriété. Et on ne sait quoi admirer davantage de la composition diabolique du chorégraphe ou de l’exécution miraculeuse qu’en donnent ces danseurs. Leur concentration se doit d’être extrême tant l’ingéniosité des déplacements en commun interdit toute approximation, toute erreur, toute discordance.  

Né dans l’obscurité avec un solo, Mycelium y replonge bientôt quand les vingt danseurs enfin apaisés sont lentement absorbés dans les ténèbres.


Ballet de l’Opéra national de Lyon : Mycelium de Christos Papadopoulos, parfois accompagné de Biped de Merce Cunningham.

Comédie de Valence, les 14 et 15 janvier 2025
Espace Malraux, à Chambéry, le 17 janvier
Théâtre de Bonlieu, à Annecy, du 22 au 24 janvier
Théâtre du Volcan, au Havre, les 27 et 28 janvier
Concertgebouw de Bruges, le 1er février
Maison de la Danse, à Lyon, du 12 au 14 mars
Opéra de Lille, du 25 au 27 mars
Opéra de Rennes, du 20 au 22 mai
Théâtre de Mâcon, le 24 mai.

Bernard Casoni, victime du Mur des cons?

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L’entraîneur de football vient d’être condamné par la justice à 10 000 euros d’amende, plus 15 000 euros avec sursis, pour des propos prétendument racistes tenus lors d’une conférence de presse d’avant-match. Bienvenue chez Orwell.


Qui a dit que la justice était laxiste en France ? Le « scandale » éclate fin septembre 2023 quand le coach d’Orléans, après un début de saison désastreux en National (5 défaites, 2 nuls, 1 victoire), est interrogé en conférence de presse sur la performance de ses joueurs. « Mon rôle, c’est de leur dire, de leur montrer et de les aider à résoudre les problèmes, voilà, c’est tout », répond platement Bernard Casoni, qui a entraîné plusieurs équipes au Maroc, en Algérie et en Tunisie précédemment. Et d’ajouter, du coup : « Je l’ai fait dans tous les clubs où je suis passé, je l’ai fait avec des Maghrébins ! Ils ne sont pas plus cons que des Maghrébins hein… » Des propos tenus en direct devant deux ou trois plumitifs du coin (on est en 3e division nationale, pas en Ligue des champions), et donc pas vraiment pesés au trébuchet, par un homme qui fait alors allusion à sa longue expérience footballistique sur l’autre rive de la Méditerranée. Des propos que l’on pourrait qualifier tout au plus de maladroits, à l’époque qui est la nôtre. Des propos qui n’auraient pas cassé trois pattes à un canard ou même au moindre cramponné à la fin d’un siècle révolu, mais qui à l’entame du nouveau sont passibles d’excommunication. Des propos jugés « ignobles » par le quotidien 20 Minutes

Tandis que les inévitables associations antiracistes, attirées par l’odeur du gibier, fût-il boiteux, ne ratent pas une si belle occasion de sonner l’hallali en portant plainte, le tribunal numérique et médiatique s’emballe aussitôt. Sans surprise. Les jeunes chevaliers blancs – mais pas trop quand même – de la presse régionale, France Bleu Orléans en tête, se mettent à mater par le trou de la serrure du vestiaire de l’US Orléans. L’hérétique est accusé d’avoir demandé à sa cellule de recrutement « de blanchir l’effectif », ce que l’intéressé dément, tout comme son président. Au cours d’une séance d’entraînement, le coach relaps aurait osé ricaner : « Pas besoin de chasubles pour eux, ils sont déjà noirs. » Sommé de se justifier, le dissident en survêt bredouille quelques mots pour sa défense. « C’est du chambrage. Je suis un gars du sud, c’est du football, ce n’est que du chambrage. » Le rebut, en un mot, ose même se plaindre. « Aujourd’hui, on ne peut plus rien dire. »

Un jugement saugrenu

La bande à Baudot aura donc la main leste. Ce jeudi 9 janvier, le tribunal correctionnel d’Orléans condamne Bernard Casoni à 25 000 euros d’amende, dont 15 000 avec sursis, et au versement de 1 501 euros d’indemnités aux parties civiles (SOS Racisme, Sportitude et la Licra notamment) pour injures publiques à caractère raciste. Soit 11 501 euros nets d’impôt pour avoir déclaré : « Je l’ai fait dans tous les clubs où je suis passé, je l’ai fait avec des Maghrébins ! Ils ne sont pas plus cons que des Maghrébins hein… » En sus d’une petite mort sociale pour le condamné, dans un métier aussi exposé que le sien. Le repris de justice s’est entre-temps exilé en Côte d’Ivoire, où il chapeaute un club de deuxième division. Une preuve supplémentaire de son racisme pathologique.

Ce jugement laisse sans voix, surtout si on le compare à d’autres récentes décisions de « justice », les guillemets étant de plus en plus de rigueur, hélas. La semaine dernière, un étranger en situation irrégulière portant un couteau ressort libre du tribunal de Saint-Nazaire après avoir menacé de mort des policiers. Libre et sans débourser le moindre sou. La nuit de Noël, deux Algériens sous OQTF cambriolent une pharmacie à Ivry-sur-Seine puis sont relâchés par un juge, faute de place en Centre de rétention administrative. Ils récidiveront une semaine plus tard à Thiais. Début décembre, une enseignante d’un lycée de Tourcoing est menacée de mort et agressée par une élève de 18 ans, qui refuse de retirer son voile. Verdict pour la jeune Warda H. : quatre mois de prison avec sursis, c’est-à-dire peanuts, l’obligation de se soumettre au redoutable stage de citoyenneté et le versement d’une indemnité de 1 000 euros à l’institutrice. Au même moment, un homme au casier judiciaire bien garni écope à Saint-Malo de six mois de prison avec sursis et d’une indemnité de 950 euros à verser aux parties civiles, pour menaces de mort et injures en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion. « Arrête-toi, espèce de sale blanc, sale français ! Je suis là pour prendre vos allocations et baiser vos femmes », s’était emporté le sanguin Malouin auprès d’un automobiliste qui l’empêchait d’avancer, avant de s’en prendre à deux employés d’un centre Leclerc local :  « Je vais vous tuer… par le Coran je t’égorgerai, je te défoncerai le crâne à coups de clé. » Sans avoir fait Maths Sup, et sur un plan strictement pécuniaire, on notera donc que le comportement et les propos du vindicatif et multirécidiviste Breton sont jugés 12,106 fois moins graves que ceux de l’entraîneur orléanais et néanmoins raciste.

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Début novembre, à Castres, Léo est poignardé à la sortie d’une discothèque après avoir été pris à partie par un groupe d’une vingtaine de jeunes qui voulaient « égorger un Français », dixit la mère de la victime. Jugé en comparution immédiate, l’auteur du coup de couteau, Jawed M., est condamné à 105 heures de travail d’intérêt général (pourquoi pas 106 ?) mais n’aura pas à sortir son chéquier. Fin octobre, un clandestin algérien sous OQTF menace avec un couteau de 20 centimètres les passagers d’un bus à Bobigny et agresse deux contrôleurs et un policier. Il n’est pas poursuivi pénalement, afin de favoriser son expulsion. Même pas 1 euro de dommages et intérêts pour les passagers du bus ? « Je vais te tuer, je vais te couper la tête », hurle en sortant un tournevis un migrant somalien à l’employé d’un fast-food de La Roche-sur-Yon, qui s’était interposé parce que son client mal dégrossi importunait une dame. Ce sera donc trois mois de prison, mais avec sursis, c’est-à-dire que dalle. Et 0 euro d’amende, soit 11 501 de moins que pour le Nanard d’Orléans. À la même époque, le tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes inflige quatre mois avec sursis mais aucune sanction financière à un OQTF qui a agressé sexuellement une femme, à son domicile d’Antony. Entre une peine de prison avec sursis et plusieurs milliers d’euros d’amende, le commun des mortels a vite fait son choix.

La dystopie nous guette…

Inutile de remonter plus loin dans le temps, la suite est à l’avenant. Au moins Bernard Casoni a-t-il échappé au stage de citoyenneté. On pourrait par ailleurs comparer la lourde pénalité financière qui le frappe avec un autre footeux appelé à la barre pour des actes bien plus graves. En septembre 2017, l’international Kingsley Coman est condamné à 5 000 euros d’amende pour violence conjugale par le tribunal correctionnel de Meaux. Pour des faits similaires, le député insoumis à la main un peu trop lourde, Adrien Quatennens, doit verser 2 000 euros de dommages et intérêts à sa dulcinée, en décembre 2022. Six fois moins que le coach à la parole un peu trop légère. En septembre 2023, un coutumier des palais de justice et des menaces de mort, le « comique » préféré du président, Yassine Belattar, se voit contraint par le tribunal correctionnel de Paris de lâcher 500 euros au metteur en scène Kader Aoun, pour une énième intimidation létale. Peut-être notre entraîneur ségrégationniste aurait-il dû boire quelques coups et fumer un joint avant de (com)paraître en conférence de presse. Ses avocats auraient ainsi pu plaider l’absence de discernement auprès du tribunal, à l’instar de ceux de Kobili Traoré, qui a tabassé puis défenestré Sarah Halimi. Le meurtrier antisémite n’a pas eu un euro à débourser et coule aujourd’hui des jours paisibles, aux frais du contribuable, dans un hôpital psychiatrique, profitant de ses nombreuses permissions de sortie pour se prendre en photo sur TikTok avec ses potes, à proximité du domicile de sa victime…

Un parfum de dystopie orwellienne plane désormais sur nos prétoires. Pauvre justice française, qui apparaît jour après jour de plus en plus bancale, déséquilibrée, ultra politisée, partiale, incroyablement laxiste ou exagérément implacable selon les cas de figure et les cases à cocher. En un mot, injuste. La hiérarchie des peines qu’elle prononce aujourd’hui défie le bon sens le plus élémentaire. L’indépendance que lui a accordé le pouvoir politique ces dernières années n’était peut-être finalement pas l’idée du siècle. Que donne un pouvoir à la dérive sans aucun contre-pouvoir ? L’antiracisme est entre-temps devenu une religion, dont les juges pour peu qu’ils soient de la magistrature – sont les gardiens du temple. Le raciste est un hérétique. Le dérapage raciste, ou perçu comme tel, fait figure de blasphème. Suprême sacrilège. Comme si le racisme était la seule passion triste qui agite les tréfonds de l’âme humaine. Du moins, la plus grave. Pour nos nouveaux Fouquier-Tinville à robes longues, une parole déplacée est potentiellement plus condamnable qu’un acte déplacé. Si la justice française condamne Casoni à payer plus de 10 000 euros, que risque en proportion Delphine Ernotte quand elle juge qu’il y a trop de mâles blancs dans sa télé publique, et qu’elle en vire certains ? Plus de 100 000 euros ? Et pour nos peu philosémites soutiens du Hamas, au Palais Bourbon ou ailleurs ? Un million d’euros ? C’est votre dernier mot ?

En attendant, l’ancien joueur de l’équipe de France de football a fait appel (contre-appel ?) de la sentence. Mais si la justice se met de plus en plus souvent hors-jeu, est-ce bien utile ?

Le journalisme, victime de ses arnaques

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«On se lève et on se casse» : en France, Marine Tondelier et Sandrine Rousseau exhortent les députés du NFP à quitter X pour protester contre Elon Musk. Aux États-Unis, le patron de Meta (Facebook) Mark Zuckerberg négocie un virage politique et regrette la politisation passée des vérificateurs de faits sur ses plateformes.


Les journalistes ? Ils ne cessent, trop majoritairement, de brader la liberté d’expression. Gardiens de l’idéologie progressiste, perméables au terrorisme intellectuel[1] ou soucieux du quand-dira-t-on, ceux-ci participent aux censures, mises au ban, modérations bien-pensantes. Le 7 janvier, la dénonciation par Mark Zuckerberg (patron de Facebook, Instagram et WhatsApp), d’une « politisation » des vérificateurs de faits (« fact-checking »), a confirmé la dérive d’un monde frelaté. De fait : jamais la profession n’a protesté contre les législations tendant à mettre les réseaux sociaux sous surveillance. Jamais elle ne s’excusera d’avoir diabolisé ceux qui alertent sur les risques d’une société ouverte à ses ennemis. Jamais elle ne s’indignera des intimidations procédurales conduisant illico des indociles devant la 17e chambre correctionnelle. Jamais elle ne reconnaitra son silence sur les viols de masse des pédophiles pakistanais en Grande-Bretagne. C’est le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, aujourd’hui disparu, qui avait lancé l’assaut contre CNews et le groupe Bolloré en 2024. La caste a toujours applaudi aux rappels à l’ordre et aux sanctions ciblées de l’Arcom, régulateur de la communication audiovisuelle et numérique qui se dit indépendant mais dont le président est désigné par l’Elysée ; sa décision d’interdire C8 est un scandale démocratique qui a laissé muette une corporation qui, comme le monde politique, s’est décrédibilisée. L’opinion a appris à se passer des imposteurs.

À lire aussi, Gabriel Robin : «Grooming gangs» en Grande-Bretagne: le peuple des abysses

La gauche et les macroniens, qui appellent à quitter le trop libre X (ex-Twitter) d’Elon Musk, confirment leur faible pour le bâillon et le gourdin. Pour eux, la libéralisation de l’internet est « un danger pour nos démocraties » (Yaël Braun-Pivet, dimanche). Ce mépris d’une expression populaire avait poussé Emmanuel Macron, lors de ses vœux du 31 décembre, à parler de « manipulation » concernant les élections en Roumanie, Moldavie et Géorgie : peut-être est-ce exact, mais il faut des preuves. Jeudi, sur RMC, l’ancien commissaire européen, Thierry Breton, s’est flatté d’une ingérence européenne dans l’annulation en novembre, par le conseil constitutionnel roumain, des élections en Roumanie. Breton, promoteur du Digital Service Act, gendarme de la Toile, a menacé d’une semblable invalidation des élections allemandes du 23 février en cas de victoire de l’afD, parti jugé trop à droite. Cette police de la pensée est totalitaire. Elle oblige à lui résister.

La décision de Zuckerberg de supprimer le fact-checking, aux Etats-Unis dans l’immédiat, répond à la volonté d’Elon Musk et de Donald Trump de libérer X de la surveillance journalistique pour confier les modérations aux usagers. « Nous avons atteint un point où il y a trop d’erreurs et trop de censure », a expliqué Zuckerberg en accusant les fact-checkeurs d’être marqués à gauche. Il a admis avoir cédé aux pressions du FBI et de la Maison Blanche pour supprimer des révélations sur Hunter Biden, fils de Joe, pour faire taire les arguments contre la politique anti-Covid ou pour occulter les effets secondaires du vaccin.

Les sycophantes et déconspirateurs à cartes de presse, qui ont hurlé faussement contre les « complotistes anti-vax », ont achevé de détruire le monopole du journalisme hors sol, victime de ses arnaques. Tout, là aussi, est à reconstruire.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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[1] Jean Sévillia, Les habits neufs du terrorisme intellectuel, Perrin

France / Algérie: l’escalade

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Les relations entre l’Algérie et la France se sont tendues récemment avec l’arrestation à Montpellier de Boualem Naman, alias « Doualemn », un influenceur algérien de 59 ans, après la diffusion d’une vidéo incitant à la violence sur TikTok. Après avoir été envoyé en Algérie jeudi, il a été renvoyé en France le même jour. Marine Tondelier, en donnant le sentiment de prendre le parti des autorités algériennes, nous déshonore et détourne l’attention des véritables violations commises par l’Algérie.


La crise franco-algérienne connaît une escalade

Les Algériens ont expulsé l’influenceur Doualemn et nous donnent des leçons de droit. Espérons qu’il restera en rétention jusqu’à son procès. On le garde, mais au frais…

En France, le ton monte. L’Algérie se « déshonore » avec la rétention de l’écrivain Boualem Sansal, selon le président Emmanuel Macron. L’Algérie cherche à nous humilier, selon le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Ce sont des mots forts. À présent, on attend les actes. Chacun y va de son idée : de Jordan Bardella à Gabriel Attal, nous avons assisté à un tir groupé contre le Traité de 1968. Mais tout le monde semble oublier que ce traité relève de la compétence du président. Gérald Darmanin propose une exemption de visas pour la nomenklatura. Xavier Driencourt, ancien ambassadeur, rappelle qu’en Algérie, diplomates, officiels et religieux français ne peuvent se déplacer sans autorisation et escorte policière, et propose de faire de même pour les Algériens en France.

Beaucoup se demandent pourquoi il ne serait pas plus simple de carrément ne plus délivrer de visas aux Algériens. La réponse est simple : avec l’espace Schengen, la France n’a plus complètement la main. Si la France refuse un visa, un ressortissant algérien peut toujours en solliciter un auprès de nos voisins.

A écouter: Causons! Le podcast hebdomadaire de Causeur

Depuis 70 ans, la France entretient avec l’Algérie une relation sadomasochiste. Les Algériens ont piétiné les accords d’Évian et expulsé les Pieds-Noirs, mais, malgré cela, les ressortissants algériens devraient toujours être chouchoutés en France. Et aujourd’hui, les relais du régime se déchaînent. Sans réaction forte, voire brutale, le message que la France envoie est clair : vous pouvez nous envoyer vos délinquants, emprisonner nos écrivains et nous insulter sans conséquence. Il est temps d’agir fermement. Basta ! C’est le moment de faire du Trump.

Il existe un large consensus en France pour adopter une position de fermeté, et des moyens d’action sont à notre disposition

Avant d’envisager une rupture des relations diplomatiques, plusieurs mesures sont à notre portée. L’Algérie a besoin de la France. D’ailleurs, le bloc central semble se rallier à la fermeté défendue par la droite. « La France est une grande puissance et doit se faire respecter. On ne provoque pas la France sans en subir les conséquences », affirme Gabriel Attal dans Le Figaro. Pour l’instant, ce qu’il dit est faux. L’ancien Premier ministre prend par ailleurs soin dans sa tribune de critiquer aussi bien l’aveuglement de l’extrême gauche que la haine aveugle de l’extrême droite…

Pour terminer, il convient de revenir sur la différence stridente et choquante constatée à gauche. Interrogée sur les provocations algériennes, Marine Tondelier ose parler des « provocations » de Bruno Retailleau et l’accuse de ne pas respecter le droit. Au-delà des enjeux électoraux et de la prétendue « obsession » du RN, cette attitude traduit une véritable névrose de cette gauche née dans le combat anticolonial. Certains semblent congelés depuis 1962. Des décennies plus tard, la France reste engluée dans la repentance et un antiracisme unilatéral, qui veut que « racisés » et colonisés aient toujours raison. Ségolène Royal prétend que nous avons une « dette morale », et elle semble sincèrement le croire. Fouettez-moi…

A relire, notre dossier: Coupons le cordon! Pour l’indépendance de l’Algérie

Excusez-moi, mais la colonisation est un phénomène complexe et universel. Et si je ne m’abuse, l’Algérie est née d’une colonisation arabe. Juger les faits coloniaux avec les critères moraux actuels n’a guère de sens. L’histoire n’est pas un simple bilan comptable, et des crimes ont été commis des deux côtés.

Alors que la France est agressée par un régime autoritaire et qu’un écrivain croupit en prison, la gauche reste muette et refuse de défendre son pays. Certains de ses représentants vont jusqu’à joindre leurs crachats à ceux de nos ennemis. Ils ont de la chance d’être français. Dans un pays libre, on a le droit de ne pas être patriote. 


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio

Coq cherche poule aux œufs d’or

Symbole du sport français, Le Coq sportif lutte pour sa survie. Placée en redressement judiciaire, la marque a six mois pour se remplumer.


Il a paradé sur le maillot jaune de Bernard Hinault, pavoisé sur le polo de Yannick Noah, légendé la tunique verte de l’AS Saint-Étienne, et en août dernier, lors des JO de Paris, le Coq sportif, emblème d’une firme française créée il y a cent cinquante ans, était encore brodé sur le cœur de tous les athlètes de la délégation tricolore. Mais depuis, le chant du coq ressemble au chant du cygne.

Le 22 novembre, le Coq, qui a illustré les plus belles pages du sport français, a été placé en redressement judiciaire, avec un sursis de six mois pour se remplumer. Les pertes sont considérables : de janvier 2023 à juin 2024, il a perdu quelque 46 millions d’euros, malgré deux prêts de l’État dont les 22 millions se sont révélés trop volatils (la CGT se demande aujourd’hui où est passé l’argent…). Dans l’Aube, à Romilly-sur-Seine, où le Coq est élevé, 350 emplois sont menacés, des centaines d’emplois indirects impactés…

Parmi les créanciers qui lui volent dans les plumes, le Coq sportif doit combattre contre… le coq du XV de France, l’emblème de la FFR (Fédération française de rugby) ! La fédération réclame à l’équipementier 5,3 millions pour des litiges liés au contrat qui les a unis de 2018 à septembre 2024. À la FFR, des voix se sont élevées pour condamner ces poursuites judiciaires de basse-cour, estimant qu’une « fédération sportive délégataire de service public ne peut prendre le risque aussi infime soit-il de précipiter des centaines de familles de salariés dans la précarité en liquidant une société française exemplaire à bien des égards comme Le Coq sportif ».

Mais Florian Grill, président de la FFR réélu le 19 octobre, est resté ferme. On sait aujourd’hui pourquoi. Le 7 décembre, la FFR a présenté ses comptes. Ils ne sont pas fameux. Lors de la Coupe du monde de rugby organisée en 2023 en France, la FFR a perdu environ 20 millions, en tant qu’actionnaire d’un « GIE hospitalités et voyages » : destiné à exploiter le tourisme sportif, ce groupement d’intérêt économique n’a pas fait recette. Il s’agit donc de renflouer les caisses. Florian Grill ne le cache plus : « C’est de ma responsabilité de président de la fédération de faire rentrer les sous. »

Pauvre France dont les coqs, pour ne pas passer à la casserole, recherchent désespérément une poule aux œufs d’or.

Éducation nationale, reconstruire pour assurer l’avenir

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Contrairement à la gauche et au centre, qui considèrent que le modèle éducatif républicain est dépassé, le député RN Roger Chudeau explique ici comment son mouvement politique entend renouer avec une Éducation nationale performante


Affirmer que notre système éducatif va mal est devenu un truisme. À l’instar d’autres services publics l’école connait une sorte de lent affaissement dont chacun connait les indices : effondrement du niveau de maîtrise des connaissances fondamentales, échec de l’intégration par l’école, inculture de nos futures élites, trop peu de doctorants, trop peu d’ingénieurs

Comme souvent dans la longue histoire de notre nation, dont le Général de Gaulle disait qu’elle avait été « créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires », il semble que nous succombions peu à peu au vertige du vide et du renoncement et l’état de notre école n’en n’est qu’un des tristes symptômes.

À gauche comme au centre, la cause est entendue : le modèle français d’éducation nationale est forclos, obsolète, dépassé.

La gauche, dans des publications récentes, estime que l’avenir du système éducatif réside dans son ouverture tous azimuts à la société : interventions des associations et « mouvements pédagogiques » en classe, omniprésence des parents d’élèves, « éducation » à toutes les questions « sociétales », enfin, pilotage de l’éducation par les « cités éducatives » et les collectivités territoriales. En un mot, an 2 de la déconstruction, fin d’une éducation nationale.

Le « bloc central », quant à lui, a toujours professé pour la question éducative une forme d’embarras, teintée d’incompétence. Au fond, la fuite des classes moyennes et supérieures vers le privé, sorte d’avatar de la « main invisible du marché », fait bien l’affaire de ceux qui n’ont jamais pris la peine de réfléchir sérieusement aux enjeux, pour la nation, d’une école performante.

Notre position est toute différente.

Nous sommes certes parfaitement au fait des causes de l’effondrement de notre système éducatif et de ses effets dévastateurs et nous estimons que ce modèle doit être réinventé. Mais nous considérons aussi qu’il est d’intérêt général de doter notre pays d’un système éducatif rénové, modernisé, conçu et piloté par la puissance publique.

Seule celle-ci, selon nous, est en mesure de produire une analyse prospective des nombreux défis que notre pays devra affronter dans les 50 prochaines années : défis économiques, écologiques, sécuritaires, géopolitiques, informationnels. Il appartient à l’État de déterminer, avec les institutions de la République et la contribution de la société civile, ce que doivent être les missions, les objectifs, l’organisation de l’action éducatrice au XXIème siècle.

Au sein des « Horaces » nous élaborons donc un projet de reconstruction de notre système éducatif susceptible de répondre à la question suivante : De quel appareil éducatif notre pays a-t-il besoin pour relever les défis de notre siècle ?

Notre projet de reconstruction de l’école de France repose sur trois principes :

  • Restaurer l’efficacité de l’école, en la recentrant sur sa mission de transmission des connaissances et des valeurs. Pour cela, procéder à une remise à plat des programmes, des cursus et des examens. Revoir aussi la formation des professeurs qui devra être assurée par l’employeur et non plus par l’Université. L’idée est de retrouver un bon niveau chez les professeurs et donc chez les élèves. L’élévation du niveau permettra de rétablir l’ascenseur social : le principe méritocratique, fondement de l’ambition républicaine de mobilité sociale, sera restauré et les politiques dites de « discrimination positive », supprimées.
  • Restaurer l’autorité, sanctuariser l’institution scolaire, en réprimant toute atteinte portée à l’institution scolaire. Les débats sociétaux n’y auront pas leur place, pas plus que les tentatives d’emprises islamistes ou politiques. Le statut du corps enseignant devra évoluer sensiblement pour l’adapter aux objectifs du système éducatif et permettre la revalorisation salariale des professeurs.
  • Ériger en méthode de gouvernance la liberté et la responsabilité pédagogiques : Les établissements disposeront des marges d’autonomie permettant le recrutement de personnels, l’aménagement des programmes et des horaires, des expérimentations pédagogiques, dans le cadre de contrats d’objectifs et de moyens à la manière des « charterschools ». Les résultats de chaque établissement seront rendus publics tous les ans afin de mesurer l’efficacité de leur action éducative.

Ces principes, déclinés en mesures législatives et réglementaires, seront présentés aux Français dans le cadre des rendez-vous électoraux majeurs à venir.

La crise de l’école n’est pas une fatalité. Nous devons, nous pouvons redresser cette institution essentielle à la France. Il ne s’agit pas d’un simple enjeu éducatif : c’est un défi civilisationnel.

Le combat pour l’école est un combat pour la France.


Contribution de Roger Chudeau, Député de Loir-et-Cher, Inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire, ancien Directeur de l’encadrement du MEN, ancien conseiller « éducation » du Premier ministre François Fillon. Les Horaces sont un cercle de hauts fonctionnaires, hommes politiques, universitaires, entrepreneurs et intellectuels apportant leur expertise à Marine Le Pen, fondé et présidé par André Rougé, député français au Parlement européen.

La mémoire des victimes de la Shoah à Anderlecht: un enjeu délicat?

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Avant que de nouveaux pavés en mémoire de l’Holocauste soient inaugurés à Anderlecht vendredi dernier, une polémique a été évitée de justesse. Le témoignage de Fadila Maaroufi.


Il y a deux jours, nous avons appris que deux écoles communales d’Anderlecht, Carrefour et Marius Renard, avaient refusé de participer à la pose de Pavés de la Mémoire honorant les victimes de la Shoah, invoquant des sensibilités liées au conflit israélo-palestinien. Selon le journal La Dernière Heure, les directions des écoles craignaient des débordements et des réactions de la part des parents. Cependant, le 10 janvier 2025, décision a finalement été prise de faire participer ces écoles à cet événement, ce qui est une avancée positive.

Néanmoins, il est légitime de se demander comment aller de l’avant.
Tentera-t-on encore longtemps de dissimuler les problèmes sous le tapis ?

Pour mieux comprendre le contexte, il est essentiel de revenir sur l’histoire du quartier de Cureghem, anciennement un quartier juif où une synagogue a été construite le 6 avril 1933. Ce quartier a connu de profonds changements, notamment avec le départ des grossistes juifs situés dans le triangle près de la gare du Midi. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, notamment l’augmentation des actes d’antisémitisme, souvent passés sous silence.

Antisémitisme minimisé depuis des années

Des événements marquants témoignent de cette montée de l’intolérance. En 1997, un acte de vandalisme a failli coûter cher à la synagogue, quand de l’essence avait été répandue, mais les flammes évitées. Des pavés ont été lancés sur les vitres, et des cocktails Molotov ont été utilisés. Le dimanche 31 mars 2002, des jeunes ont jeté plusieurs cocktails Molotov sur le lieu de culte, causant des dégâts considérables. Les journalistes de l’époque ont recueilli quelques témoignages qui minimisent l’antisémitisme voire le justifient.

Brahim, un jeune musulman de 25 ans, a qualifié cet acte de « gratuit et inutile« , soulignant que seuls des individus irresponsables pouvaient agir ainsi. Il est crucial d’interroger les racines de l’antisémitisme, notamment parmi les jeunes musulmans, et de réfléchir à l’idéologie des Frères musulmans qui se propage en Europe. Rachid, 24 ans, s’est également exprimé sur ces attaques : « C’est triste à dire, mais ce sont des choses qui arrivent en Europe, nous recevons juste les informations intéressantes la communauté juive. Quand on confronte les télés arabes aux télés juives, allez savoir qui a raison… Cela ne justifie rien, mais il faut trouver la part des choses. Le plus important ici est qu’un lieu de culte a été attaqué. Qu’il soit musulman, juif ou catholique, peu importe, car c’est de toute manière inadmissible qu’un quelconque lieu de culte soit attaqué. »

Cette justification et cette façon de minimiser la situation ne sont pas nouvelles et sont largement partagées et diffusées depuis le 7 octobre 2023, après les attaques des terroristes du Hamas contre Israël auprès des jeunes et dans le monde médiatique.

Analysons le témoignage de Rachid : il suggérait que de tels actes sont courants et presque inévitables, ce qui minimise la gravité de l’antisémitisme, et semblait même normaliser la violence quand il dit : « Ce sont des choses qui arrivent en Europe« .

La phrase « nous recevons juste les informations intéressantes la communauté juive » et la comparaison entre « les télés arabes » et « les télés juives » impliquent une méfiance envers les médias et insinuent un biais, ce qui nourrit des théories du complot ou des préjugés.

A lire aussi: Molenbeek, capitale européenne de la culture en 2030?

Quand il dit « il faut trouver la part des choses« , cela peut être interprété comme une tentative de chercher des excuses ou des explications qui atténuent la responsabilité des auteurs des actes antisémites. C’est un appel à la relativiser l’acte.

Bien que son propos reconnaisse l’inadmissibilité des attaques contre les lieux de culte, il minimise l’antisémitisme, son propos semble diluer l’importance de l’antisémitisme en le plaçant sur le même plan que toute attaque contre un lieu de culte, sans reconnaître la spécificité et l’histoire des violences antisémites.

On peut constater la contradiction dans la phrase « Cela ne justifie rien… », qui est suivie par des propos qui semblent justement chercher à relativiser ou expliquer le contexte, ce qui affaiblit la condamnation initiale. Dans l’ensemble, la phrase oscille entre la reconnaissance de la gravité d’une attaque contre un lieu de culte et une tentative de relativisation qui nous pouvons percevoir comme une banalisation de l’antisémitisme.

Une jeunesse ciblée par l’idéologie

En 2010, un cocktail Molotov a de nouveau été lancé contre la porte d’entrée de la synagogue. En 2014, celle-ci a été victime d’un incendie volontaire, quelques mois après l’attentat tragique du musée juif de Bruxelles. En 2017, des actes de vandalisme ont visé les caméras de surveillance de la synagogue à plusieurs reprises.

Ce quartier est aussi le témoin de mon enfance. Je me souviens des cocktails Molotov lancés sur la synagogue et du départ progressif des Juifs du triangle, remplacés par des commerces pakistanais. Cette évolution marque une page qui se tourne, laissant des souvenirs empreints de stigmates et un antisémitisme qui continue de se manifester dans les murs du quartier. Il est essentiel de se souvenir et de réfléchir à ces événements, non seulement pour honorer la mémoire des victimes, mais aussi pour construire un avenir sécurisé pour nos compatriotes juifs et pour l’ensemble de la société. Nous ne pouvons pas ignorer ces faits ni tourner la page. Tous les actes d’antisémitisme, qu’ils soient verbaux ou physiques, soulignent la nécessité d’une prise de conscience collective sur ce problème, d’oser le nommer et de reconnaître qu’il nous concerne tous. Cet antisémitisme est en partie le résultat de la pénétration de l’islamisme dans divers secteurs de notre société, et l’école a été l’une des premières cibles de l’idéologie des Frères musulmans.

Notre ami Pierrot

Le Pierrot, ou Gilles, de Watteau, a regagné les cimaises du Louvre après restauration. Les couleurs, en retrouvant leur éclat, redonnent corps à ce portrait mystérieux et rassurant. Dans le vacarme du monde, cet homme immobile nous regarde fixement, et, surtout, garde le silence.


Il est là, debout, les bras ballants, dans son costume de Pierrot, les paupières et le dessous du nez légèrement rougis. On le reconnaît à sa collerette, son habit blanc à boutons, son pantalon flottant et son bonnet-calotte sous son chapeau de feutre. Il est né Pedrolino dans la comédie italienne, francisé en Pierrot dans les années 1680. Personnage farcesque, à l’origine faire-valoir d’Arlequin, il a longtemps incarné la naïveté et la gaucherie avant de devenir, avec le temps, un amoureux sentimental et un poète rêveur. En 1719, date vers laquelle il a sans doute été peint par Antoine Watteau (1684-1721), il n’a pas encore entendu parler du célèbre mime Jean-Gaspard Deburau (1796-1846) qui recréera son personnage au xixe siècle. Il n’a pas vu l’acteur Jean-Louis Barrault (Baptiste) lui rendre hommage dans Les Enfants du Paradis (1945), n’a pas lu le très beau conte Pierrot ou Les Secrets de la nuit de Michel Tournier (1979) et n’a pas goûté les douceurs Pierrot Gourmand lancées en 1924 par le confiseur Georges Evrard.

Analyse d’un regard perdu

Dans le célèbre tableau de Watteau, œuvre au format inhabituellement monumental (184,5 x 149,5 cm) que le musée du Louvre présente au public après restauration, Pierrot se tient immobile, sans rien dire et sans rien faire. Il nous regarde. Ses yeux asymétriques rompent avec le monotone alignement des boutons de son habit de cotonnade. Pas de grimace ni de pantomime : les rubans roses des souliers, les gros plis des manches de la veste et le plissé vaporeux de la collerette laissent place à un visage lisse de jeune homme dont les traits singuliers et l’expressivité naturelle ne semblent plus relever de la comédie ni du jeu d’acteur. A-t-il réellement cet air niais et pataud que la critique lui fait endosser comme un habit de scène, et que l’on retrouve, il est vrai, dans d’autres œuvres du peintre ? Derrière lui, en contrebas du talus où il est monté seul, s’agitent des comédiens dont la réunion est plus qu’improbable à une époque où la querelle des théâtres fait rage et où la Comédie-Française parvient parfois à faire interdire les représentations du très populaire Théâtre de la Foire incarné par le personnage de Pierrot : le Crispin ricaneur (Comédie-Française), le Momus ahuri (le fou de la Foire) et le comédien italien ne font pas partie de la même troupe. Le Pierrot du Louvre, lui, ne ricane pas, ne sourit pas, ne fait pas l’étonné et ne tire pas sur la longe d’un âne qui s’est lui aussi invité dans ce décor de fêtes galantes. Il est tout entier dans ce regard qu’il nous lance depuis le xviiie siècle, un regard qui s’est perdu un temps, jusqu’à la découverte du tableau sur le marché parisien en 1826, et qui fascine encore. On est fasciné par ce qu’on ne s’explique pas, et ce comédien qui ne dit pas un mot fait forcément beaucoup parler de lui. De surcroît, on supporte assez mal le silence, même lorsqu’il émane de nos personnages de fiction. Songeons à Rosalie écrivant à David dans le film de Claude Sautet (1972) : « Je t’écris ma cinquième lettre et je m’attends à ton cinquième silence ; ce n’est pas ton indifférence qui me tourmente, c’est le nom que je lui donne. » Au silence du Pierrot du Louvre, on a donné le nom d’« embarras ». Faute de mieux.

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Conserver et restaurer notre culture

Cette œuvre de Watteau, longtemps nommée le Gilles (du nom d’un autre personnage de théâtre burlesque), vient d’être restaurée. La restauration des œuvres d’art et des édifices du patrimoine national prend, dans une société assez familière du saccage et de la détérioration, une dimension particulière. « On dénonce un monument, on massacre un tas de pierres ; nous leur en voulons de tous les crimes des temps passés. Nous voudrions effacer le tout de notre histoire » : Victor Hugo tonnait déjà, en son temps, contre ce qu’il nommait joliment « le vandalisme subventionné » (Guerre aux démolisseurs, 1832). À l’heure où l’on ruine des écoles, où l’on dégrade des églises, mais où également toute statue de l’espace public est susceptible de tomber pour complicité de crime contre l’humanité, savoir que la cathédrale Notre-Dame et le Pierrot de Watteau ont recouvré tout leur éclat a quelque chose de réconfortant. Silencieuse, la restauration des œuvres d’art conjugue au futur la beauté d’autres âges. Elle réalise sur des épidermes de toile ou de pierre ce que les gens attendent pour eux-mêmes de la science et de la médecine : enlever les couches gâtées par le temps et redonner aux couleurs leur vivacité initiale. Elle mise sur une forme possible d’éternité : la conservation de notre culture.

Les interprétations du Pierrot de Watteau, sur fond de querelle des théâtres, d’autoportraits divers et de motifs repris de croquis antérieurs, sont à lire dans le bel ouvrage dirigé par Guillaume Faroult qui accompagne l’exposition « Revoir Watteau : un comédien sans réplique ». Mais au-delà de tout ce qu’on peut en dire, le silence de ce Pierrot est en soi un bien précieux. Dans un contexte général de commedia dell’arte et de théâtre de foire bas de gamme, avec son lot de cacophonie politique, de ricanements subventionnés, d’âneries culturelles variées, de plaidoyers de toutes les causes, de récits dramatiques chantés a cappella, de sensibilisations tapageuses et d’états d’âme diffusés en Dolby stéréo, un peu de silence, en ce début d’année, ne peut pas faire de mal. Le Pierrot du Louvre se tait et c’est tant mieux. Réjouissez-vous ! Vous ne l’entendrez pas parler de « problématique », de « paradigme », de « ligne rouge », de « proxis » et d’« ADN ». Il ne dira pas qu’« il faut changer de logiciel » ou qu’« il y a un avant et un après ». Il ne dira pas non plus – hideuse mode grammaticale – ce comédien- ou cet habit- en parlant de ce comédien ou de cet habit. Imaginez, s’il parlait comme on entend parler en France aujourd’hui, ce que cela donnerait : « Le sujet c’est qu’avec ce tableau-là il y a un avant et un après Watteau. »

Non, vraiment, rien que pour son silence, le Pierrot du Louvre est notre ami.

À voir :

« Revoir Watteau : un comédien sans réplique, Pierrot, dit le Gilles », musée du Louvre jusqu’au 3 février.

À lire :

Pierrot dit Le Gilles de Watteau. Un comédien sans réplique

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Indépendantisme martiniquais: l’influence délétère de Kémi Séba

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Kemi Seba, Paris, 2006 © SIMON ISABELLE/SIPA

Figure du panafricanisme influente, il entretient la haine de la France, fomente des tensions et est soutenu par des régimes hostiles. Il se présente aux élections au Bénin…


Se plonger dans le parcours idéologique de Kémi Séba revient à revenir sur des décennies d’activisme politique afro-américain. Né à Strasbourg de parents d’origine béninoise ayant été naturalisés Français, Stellio Chichi a commencé son parcours en adhérant au mouvement suprémaciste noir Nation Of Islam, que les amateurs de films de prison auront reconnu comme étant un des gangs les plus célèbres du système carcéral étatsunien. Prônant la ségrégation entre les noirs et les autres ethnies des Etats-Unis, Nation Of Islam a été fondé par Elijah Muhammad. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Kémi Séba n’a pas pris son pseudonyme après son adhésion à Nation Of Islam mais au tournant des années 2000, moment où il rejoint l’idéologie religieuse du kémitisme, mouvement néo-païen panafricaniste opposé aux religions abrahamiques vues comme étant des outils coloniaux de domination des populations noires africaines.

Voilà pour le contexte dans lequel évolue Kémi Séba depuis un peu plus de deux décennies désormais. En dépit de quelques turbulences, il est resté globalement fidèle à son corpus panafricaniste et à ses croyances. Pourtant, plutôt que de se marginaliser progressivement, l’homme a su avec habileté faire croitre son audience initiale et devenir une voix écoutée en Afrique, singulièrement dans le Bénin de ses racines où il envisage même de se faire prochainement élire président de la République.

La haine de la France comme fonds de commerce

Kémi Séba aime souvent à rappeler en conférence le conseil qu’il avait reçu de sa mère lorsqu’il était encore un enfant : « Ne deviens Français que sur le papier ! ». Il est allé au bout de sa logique en brûlant publiquement son passeport français lors d’une conférence de presse tenue depuis Fleury-Mérogis puis en s’improvisant conseiller du général putschiste nigérien Abdourahamane Tiani. De quoi bénéficier d’un passeport diplomatique délivré au mois d’août 2024 qui lui a permis d’annuler une partie des effets de sa déchéance bien méritée de la nationalité française…

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Car, on trouve la trace de Kémi Séba dans toutes les humiliations que la France a subie au Sahel. Participant activement à la dégradation de l’image de notre pays dans la région, alors que nous l’avons militairement sauvée pendant dix ans, Kémi Séba s’est allié à tous nos ennemis. Régulièrement reçu comme hôte de marque par les autorités russes ou encore iraniennes, Kémi Séba intervient partout où il s’agit d’affaiblir l’influence et l’intérêt français. Dès 2017, il était accueilli à Moscou par Alexandre Douguine. Plus tard, en 2019, il bénéficiait de l’appui financier du tristement célèbre Evgueni Prigojine, alors vivant et administrateur de Wagner, en échange selon son propre aveu d’opérations antifrançaises visant à « appeler la jeunesse africaine à mener des actions violentes contre les intérêts français en Afrique ». Il a pour cela reçu plus de 400 000 dollars entre 2018 et 2019. Notons aussi qu’il a participé au forum économique Turquie-Afrique comme à la conférence internationale « La politique française du néocolonialisme » à Bakou en Azerbaïdjan, pays dont on retrouve la trace dans de nombreuses manifestations contre l’Etat en Nouvelle-Calédonie ou encore en Martinique.

Son influence délétère est forte en Afrique, comme nous l’avons dit, mais aussi malheureusement en France. Déjà en métropole en excitant les afro-descendants et diasporas, notamment envers les Sénégalais après avoir officié dix ans dans l’émission Le Grand Rendez-Vous de la chaîne 2STV, mais aussi dans les outre-mers. En Guyane, Kémi Séba a notamment été reçu par l’activiste Elie Domota.

La présence de Kémi Séba en Martinique a été trop peu dénoncée

En 2018, Kémi Séba participait à l’envahissement du supermarché Génapi de la commune de Ducos en Martinique. Aux cris de « Yo armé nou pa armé », lui et ses militants s’étaient emparés de sachets de « sucre rouge sang », symbole de la souffrance des ancêtres, « parce que nos parents ont travaillé dans ces plantations ». Dans un article pour le site Madinin’Art, le chroniqueur martiniquais Yes-Léopold Monthieux est d’ailleurs récemment revenu sur la genèse et les liens qui unissent les « kémites » aux mouvements indépendantistes martiniquais comme le RRPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéennes) de Rodrigue Petitot :  

« (J’ai) écrit le 29 décembre 2021 dans « La main invisible du désordre » : « en effet, tous les évènements intervenus depuis le premier bris de statue et même de l’équipée du centre commercial Génipa sous la houlette de Kémi Séba, ont comme fil conducteur la défiance de l’Etat et la volonté de lui porter atteinte dans le cadre de la lutte anticoloniale. La philosophie est connue, la méthode éprouvée : les militants d’idéologies diverses peuvent s’engouffrer dans le tunnel ainsi défini ».

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J’ignorais que la « main invisible » pouvait provenir de Russie et de son proxy l’Azerbaïdjan… Des élus martiniquais ont entrepris de rendre cette main de plus en plus visible, et de décomplexer la revendication indépendantiste. Des vidéos montrant des militants du RRPRAC arborant des pendentifs kémites permettent aussi de mesurer l’entrisme du mouvement dans ce mouvement ultramarin sous faux nez, ainsi d’Aude Goussard qui fut candidate pour la 4ème circonscription des dernières élections législatives de Martinique.

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Gwladys Roger, l’une des meneuses du RRPRAC, s’est aussi prise en photo avec ce pendentif au motif égyptien emblématique des sectateurs kémites.

Enfin, Kémi Séba et Rodrigue Petitot partagent un autre point commun. Ils ont tous deux pour avocat Juan Branco, en visite en Martinique au début du mois de janvier pour « dénoncer la vie chère ». Ne serait-ce pas plutôt pour provoquer une insurrection contre l’État qu’il appelle de ses vœux et aurait l’avantage de plaire à de nombreux État étrangers hostiles ?

Libéralisme contre socialisme: la lutte des milliardaires et des fonctionnaires

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Boca Chica, Etats-Unis, 20 novembre 2024 © Brandon Bell/AP/SIPA

Alors qu’en Chine des milliardaires devenus gênants pour le pouvoir communiste ont tendance à disparaitre, aux Etats-Unis on assiste au grand remplacement des politiques traditionnels par les milliardaires. Analyse.


« L’économie mondiale doit-elle être une exploitation ou une organisation du monde ? Les Césars de ce futur empire doivent-ils être […] des milliardaires ou des généraux, des banquiers ou des fonctionnaires de stature exceptionnelle ? C’est là l’éternelle question. » (Oswald Spengler, Prussianité et socialisme)


Le monde, prophétisait en 1919 Spengler dans Prussianité et socialisme, est appelé à être le théâtre d’un affrontement global entre deux modèles irréconciliables de sociétés : le modèle anglo-saxon, qui prône la primauté de l’individu, et le modèle prussien, qui affirme la prééminence de la collectivité.

A ces deux modèles correspondent deux types anthrolopologiques opposés : le type anglo-saxon de l’homme privé, libre, indépendant, culminant dans la figure du self-made man ; et le type prussien du serviteur de l’État, loyal et probe, culminant dans la figure du fonctionnaire weberien.

Chacun de ces types, d’après le philosophe allemand, peut être vu comme le lointain descendant d’une figure prototypale : celle du chevalier teutonique, c’est-à-dire du moine-soldat, dans le cas prussien ; et celle du Viking, c’est-à-dire du pirate-marchand, dans le cas anglo-saxon.

Au sens teutonique de la discipline et de l’austérité, à l’ethos prussien du devoir, répondent ainsi l’existence viking conçue comme une lutte sans merci pour la vie, et l’ethos anglo-saxon du succès.

Dans ces deux modèles de sociétés, la Volonté de puissance est à l’œuvre : mais là où l’esprit anglo-saxon entend les faire s’affronter individuellement pour qu’elles s’aiguisent les unes les autres, l’esprit prussien, lui, entend les unifier dans une seule et même expression générale, dont chacun acceptera ensuite d’être l’instrument.

Ethos prussien du devoir vs. ethos viking du succès : illustrations économiques et sociales

A l’idée prussienne d’une cogestion de l’entreprise, y associant les salariés, correspond ainsi une appréhension anglo-saxonne de la vie économique comme « part de butin revenant à chacun ». Là, rien de la recherche teutonne d’un optimum global, mais la constitution viking, grâce aux compagnies et aux trusts,de fortunes individuelles et de richesses privées. Même le traitement du paupérisme, souligne le philosophe prussien, n’échappe pas à cette opposition. A l’invention bismarckienne d’un État-providence, c’est-à-dire d’une mutualisation obligatoire et solidaire des risques, répond alors le développement, par les milliardaires anglo-saxons, de la philanthropie, c’est-à-dire d’une charité discrétionnaire et privée, offerte par ses dispensateurs à la manière de « vieux corsaires, qui, attablés dans le château conquis, jettent aux prisonniers [en l’occurrence, le peuple] les reliefs du festin ».

Et l’on pourrait décliner en une série infinie d’oppositions cet antagonisme entre un socialisme autoritaire et un libéralisme darwinien : primauté de la collectivité vs. primauté de l’individu ; ethos du devoir vs. ethos du succès ; notion d’administration vs. notion de commerce (« cette forme raffinée de la piraterie ») ; hiérarchie fondée sur l’autorité statutaire vs. hiérarchie fondée sur l’enrichissement personnel ; prééminence de la politique sur l’économie vs. inféodation de la politique à l’économie ; etc., etc.

Évidemment, cette dichotomie de modèles doit être considérée comme une opposition idéelle ; dans la réalité, ni la société anglo-saxonne ni la société prussienne, même de l’époque, ne sont aussi monolithiques. L’émergence d’un Etat-providence aux Etats-Unis, à partir de 1935, l’illustre d’ailleurs – les grandes crises (en l’occurrence, celle de 1929) étant, typiquement, l’occasion de concessions ou d’emprunts au modèle rival -. Mais réciproquement, la place centrale que conserve aujourd’hui la charité privée dans le modèle américain, et le périmètre plus réduit qui y est toujours celui de l’État social, plus d’un siècle après les analyses de Spengler, marquent que l’antagonisme souligné par le philosophe prussien n’a rien de gratuit, et traduit des différences profondes et persistantes de mentalités entre les sociétés[1].

Etats-Unis vs. Chine : vers une radicalisation de l’antagonisme entre modèles

La fin du XXème siècle a pu donner à certains analystes l’idée que la prophétie de Spengler était démentie, et que le modèle anglo-saxon, avec des nuances plus ou moins prononcées de prussianité suivant les climats et l’atavisme des peuples, allait s’imposer à l’échelle planétaire.

Les années récentes, toutefois, n’ont fait que souligner la pertinence de la thèse soutenue par Spengler. Deux faits nouveaux, qui ne se présentent pas comme des épiphénomènes mais comme des tendances lourdes, sont en effet intervenus, et annoncent une recrudescence du partage du monde entre modèle socialiste autoritaire et modèle libéral anglo-saxon.

Une crise profonde du modèle libéral

La première de ces tendances lourdes, c’est le constat que le modèle libéral connaît une crise profonde. D’une part, la primauté accordée à l’individu sur la collectivité a conduit à une érosion dangereuse de la cohésion des sociétés occidentales, minée par des revendications communautaristes voire sécessionnistes. D’autre part, le développement du libre-échange et le déclin du patriotisme économique, aussi bien chez les consommateurs que chez les grands patrons, a mené à une désindustrialisation et à des dépendances d’autant plus critiques que l’effondrement du niveau scolaire moyen assombrit les perspectives d’amélioration de notre productivité et d’inversion de cette dynamique. Plus structurellement, on commence peut-être à mesurer, comme l’écrivait Castoriadis en 1996, que l’efficacité du modèle libéral dépendait aussi du fait « qu’il avait hérité d’une série de types anthropologiques […] créés dans des périodes historiques antérieures, par référence à des valeurs alors consacrées et incontestables : l’honnêteté […], la transmission du savoir, la belle ouvrage, etc. », qu’il n’aurait pas pu faire surgir lui-même et que sa logique, faisant appel aux purs intérêts personnels, tend même à faire disparaître. La désertion, à cet égard, se répand de plus en plus, à tous les niveaux et dans toutes les fonctions, qu’elles soient parentales ou professionnelles.

L’action sociale du libéralisme pourrait alors s’apparenter à l’action économique des fonds spéculatifs dit « activistes » (qui acquièrent des parts minoritaires d’entreprises pour en modifier les stratégies). En obtenant une coupe drastique des coûts et en capitalisant sur le savoir-faire historique de l’entreprise, l’opération permet généralement de dégager d’excellents résultats financiers à court terme, mais le sous-investissement qui en résulte hypothèque d’autant voire ruine les perspectives de long terme de l’entreprise. Le bilan du libéralisme, pour prolonger l’image, aurait ainsi été artificiellement « gonflé » par la dilapidation progressive d’un capital de mystiques, au sens de Péguy – mystique professionnelle, mystique parentale, mystique citoyenne, etc. -, dont nous ne ferions que commencer à constater les effets délétères sur le temps long.

Un succès (menacé ?) du contre-modèle chinois

La seconde de ces tendances lourdes, c’est évidemment la reprise du flambeau du socialisme autoritaire par la Chine, et les succès que ce modèle a rencontré dans ce dont le libéralisme entendait précisément faire son domaine réservé, c’est-à-dire l’économie.

Cette réussite, à l’échelle d’un pays aussi vaste et aussi peuplé, inflige en effet un démenti cinglant à l’absence d’alternative classiquement mise en avant par les libéraux (cf. Thatcher et son fameux : « there is no alternative ») : elle démontre qu’un contre-modèle, fondé sur l’importance d’une discipline collective (par opposition à la considération de la seule initiative privée), n’est pas seulement viable, mais capable de rivaliser voire de détrôner la référence américaine sur son propre terrain.

La Chine, à la différence de l’Europe, n’a raté aucune révolution technologique, et dispose de champions nationaux dans chacun de ces nouveaux secteurs (smartphones, intelligence artificielle, véhicules électriques, e-commerce, etc.). Encore distancée dans certains domaines industriels plus historiques, telle que l’aéronautique ou le spatial, elle rattrape rapidement son retard, comme elle l’a déjà fait dans l’automobile, le ferroviaire, ou encore le nucléaire.

Son modèle mêlant protectionnisme et ouverture au monde, économie de marché et économie planifiée, combiné à une éducation de masse de qualité, a ainsi permis une élévation réelle du niveau de vie global de la population, et s’avère pour l’heure une réussite dans l’ensemble, en dépit d’une demande intérieure qui reste faible et d’une crise immobilière qui se prolonge.

L’opposition peut être schématisée ainsi : là où le modèle libéral, du fait d’un effondrement continu de son système d’éducation général, fait reposer sa croissance future sur une fraction de plus en plus réduite d’individus (qu’il se retrouve d’ailleurs de manière croissante, en raison de l’attrition du vivier, à « débaucher » de l’étranger, par la promesse de meilleures perspectives d’évolutions personnelles), son rival asiatique, lui, s’est employé méthodiquement à en élargir l’assise.

La place des milliardaires offre, dans cette perspective, une illustration exemplaire de l’antagonisme qui s’accroît entre les sociétés américaine et chinoise. Spengler, dans Prussianité et socialisme, aimait à caractériser les milliardaires Yankees comme « des citoyens privés qui règnent sur des pays étrangers par l’intermédiaire d’une classe subalterne de politiciens professionnels ». Si l’invasion américaine de l’Irak pourrait s’analyser dans ce cadre, à l’aune des intérêts des compagnies pétrolières notamment, la « prise de pouvoir » des milliardaires, dans la nouvelle présidence Trump, marque une forme de radicalisation de la perspective spenglérienne, par l’économie qui y est faite, et même revendiquée, du personnel politique « conventionnel ». Désormais, les milliardaires exercent directement les responsabilités étatiques, sans s’embarrasser d’un quelconque « proxy » (on notera d’ailleurs que cette « liquidation » des intermédiaires et des formes est tout à fait dans l’esprit du libéralisme).

A rebours de cette évolution, la Chine, elle, s’est au contraire distinguée ses dernières années par la mise au pas systématique des milliardaires, et le renforcement plus large de l’inféodation de l’économie et des grands groupes privés (notamment issus de la tech)aux objectifs politiques définis par le PCC. A l’installation d’Elon Musk (et de Vivek Ramaswamy, un autre milliardaire d’origine indienne) à la tête d’un ministère de l’efficacité gouvernementale, chargé de dégraisser les effectifs de fonctionnaires fédéraux, répond ainsi, de l’autre côté du Pacifique, l’organisation bureaucratique, par l’Etat-parti, de la disparition des milliardaires critiques (à l’instar des Xiao Jianhua, Jack Ma ou encore Bao Fan, volatilisé depuis bientôt deux ans).

Le resserrement de la tutelle du PCC sur l’économie, qui va de pair avec une évolution autocratique et népotique de l’exercice du pouvoir sous Xi Jinping, éloigne toutefois la Chine de l’idéal de socialisme autoritaire prôné par Spengler, d’essence méritocratique, dont le chef n’est censé être que le premier serviteur de l’Etat, et non l’usufruitier.  Il faudra voir, dans les prochaines années, à quel point cette dérive prévaricatrice se confirme. Si c’est le cas, comme la situation actuelle porte à le penser, l’atteinte des ambitions chinoises pourrait en pâtir lourdement.

La situation de la France

Dans le cas de la France, le philosophe prussien identifiait une troisième figure prototypale : non celles, animées par la Volonté de puissance, des héritiers des Vikings ou des chevaliers teutoniques, mais celle, tournée vers l’otium, du rentier, correspondant à l’idéal du phalanstère fourriériste. Là, non une « énergique notion de propriété », mais un objectif de « jouissance ; non « tout », mais « assez » ; non « l’action », mais le « bien-vivre » […] Des voyageurs anglais, Young par exemple, s’étonnèrent, à la veille de la Révolution, que la noblesse exploitât si mal ses domaines. Elle se contentait de les « posséder » et de recevoir de l’intendant les sommes nécessaires à la vie parisienne. Cette aristocratie du XVIIIème siècle était totalement différente de l’aristocratie anglaise et prussienne qui, entreprenante, cherchait à acquérir et à conquérir. » Et de même, « l’ouvrier [français] veut être, lui aussi, rentier. Il déteste l’oisiveté des autres à laquelle il ne peut prétendre. Son but qui est d’obtenir pour chacun l’égalité quant à la jouissance et à la possibilité de rentes se retrouve aussi dans la fameuse formule de Proudhon : « La propriété, c’est le vol. » Car la propriété dans ce cas ne signifie pas le pouvoir mais une possibilité de jouissance que l’on a acquise ».

Bien que dressé dans des conditions discutables d’impartialité (nous sommes en 1918-1919), il paraît difficile de nier la part de vérité contenue par ce portrait psychologique de notre pays.

Notons tout de même, contre Spengler, que la parenthèse gaullienne – avec l’instauration d’une Vème République d’inspiration monarchique, la poursuite d’un juste équilibre entre libéralisme et collectivisme (les mécanismes imparfaits de l’économie de marché devant être corrigés par la planification et la participation), le tout sous l’égide d’une « noblesse d’Etat » ayant le sens de celui-ci – a certainement constitué l’une des meilleures déclinaisons « terrestres » de l’idéal de socialisme autoritaire caressé par le philosophe prussien.

Las, il faut bien convenir que nous en sommes revenus, et que la France, depuis, n’a guère connu que des alternances entre fourriéristes et libéraux contrariés. Primum omnium salus patriae, rappelait le Général à Peyrefitte[2] : on ne peut pas dire que ce soit le visage que nos hommes politiques, ces quarante dernières années, et particulièrement l’Assemblée actuelle, nous ait habitué à présenter.

Prussianité et socialisme

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[1] Soulignons ici, pour éviter les contresens, que le socialisme autoritaire prôné par Spengler, d’inspiration profondément aristocratique (au sens étymologique du mot – c’est-à-dire de gouvernement des meilleurs), n’est ni le communisme ni le national-socialisme. Le communisme, en particulier, n’est jamais de son point de vue qu’une remise en cause de la répartition du butin, pas de l’esprit plus global de rapine qui anime les sociétés anglo-saxonnes. Quant au national-socialisme, il n’existait pas en 1919, mais on peinerait à faire cadrer sa brutalité plébéienne et son culte d’un chef démagogique, avec l’idéal chevaleresque que le philosophe prussien caressait.

[2] « Avant tout, le salut de la patrie ».

Comme un ballet dans l’eau

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© ONL

Le Ballet de l’Opéra de Lyon part en tournée à travers la France avec Mycelium, une composition hypnotique du chorégraphe grec Christos Papadopoulos. Une troupe virtuose.


À l’issue des représentations de Mycelium, une chorégraphie de Christos Papadopoulos, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon sont acclamés par le public. Et pour une fois, ce n’est là que justice. Ils sont vingt à servir cette pièce dont l’exécution apparaît vertigineusement complexe. Et leur prestation semble tenir du prodige. Elle démontre avec éloquence combien leur virtuosité semble illimitée, combien leur discipline, leur souplesse mentale leur permettent de s’adapter aux démarches artistiques et aux difficultés les plus diverses.

Il est vrai que le Ballet de Lyon, tel qu’il a été forgé par celui qui fut longtemps son directeur, Yorgos Loukos, s’était rangé, sous sa gouverne, parmi les meilleures compagnies européennes, doté de surcroît d’un répertoire contemporain éblouissant, unique au monde. Désormais sous la conduite d’un ancien danseur de Merce Cunningham, Cédric Andrieux, la troupe démontre n’avoir rien perdu de son excellence.

Côté oiseaux – côté poissons

C’est une tendance qui se manifeste depuis plusieurs années qu’exploite ici le chorégraphe grec Christos Papadopoulos. Il dit avoir été fasciné, comme tout un chacun, par le vol de nuages d’oiseaux comme les étourneaux ou par les déplacements de bancs de poissons, tels qu’ils sont filmés dans des documentaires, et tels qu’il les découvrait durant sa jeunesse passée dans le Péloponnèse.

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Déjà, dans Murmurations, le Français Rachid Ouramdane, avec les danseurs du Ballet de Lorraine, avait évoqué talentueusement le vol ensorcelant des compagnies d’étourneaux. Avec les danseurs du Ballet de Lyon, Papadopoulos, déployant une belle virtuosité, fait un peu la même chose, mais dans un genre tout différent, versant plutôt dans le banc de poissons. S’il évoque verbalement, pour éclairer sa démarche, les réseaux souterrains formant ce mycélium qui prête sa puissance formidable à l’épanouissement des forêts, sa chorégraphie mouvante évoque surtout à nos yeux ces formidables masses fluides de sardines qui glissent, s’étirent, tournoient, se disloquent, se reforment, se séparent à nouveau dans un incessant, un enivrant ballet sous-marin, alors qu’il s’agit le plus souvent pour elles d’échapper à de dangereux prédateurs.

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Des ténèbres aux ténèbres

Mycelium débute avec un seul danseur qui surgit dans la pénombre et se déplace sur le plateau en paraissant y glisser, ses chevilles et ses pieds demeurant invisibles. Il assume à lui seul une bien longue introduction qui va perdurer à l’excès avec l’apparition d’une danseuse reprenant avec lui le même manège.

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Même si ce prologue semble interminable et se révèle un peu soporifique sous l’emprise d’une composition sonore qui ajoute à l’hypnose, peu à peu l’introduction d’autres interprètes se faufilant imperceptiblement sur le plateau change la donne du tout au tout. Un groupe se forme, se développe, enfle, grossit, se mouvant sans cesse, sous mille formes changeantes, comme une masse qu’on pourrait peut-être qualifier de liquide. C’est un organisme vivant, un corps unique où l’individu n’existe plus, qui se disloque à l’envi, s’enroule sur lui-même, s’éparpille en plusieurs groupes qui s’amalgament aussitôt, recomposent une masse sans cesse métamorphosée.

Cent fois, deux cents fois peut-être, les danseurs reprennent la même gestuelle, la même attitude, de face, de trois quarts, de profil, très simple en apparence, mais bien vite diaboliquement complexe dans son apparente sobriété. Et on ne sait quoi admirer davantage de la composition diabolique du chorégraphe ou de l’exécution miraculeuse qu’en donnent ces danseurs. Leur concentration se doit d’être extrême tant l’ingéniosité des déplacements en commun interdit toute approximation, toute erreur, toute discordance.  

Né dans l’obscurité avec un solo, Mycelium y replonge bientôt quand les vingt danseurs enfin apaisés sont lentement absorbés dans les ténèbres.


Ballet de l’Opéra national de Lyon : Mycelium de Christos Papadopoulos, parfois accompagné de Biped de Merce Cunningham.

Comédie de Valence, les 14 et 15 janvier 2025
Espace Malraux, à Chambéry, le 17 janvier
Théâtre de Bonlieu, à Annecy, du 22 au 24 janvier
Théâtre du Volcan, au Havre, les 27 et 28 janvier
Concertgebouw de Bruges, le 1er février
Maison de la Danse, à Lyon, du 12 au 14 mars
Opéra de Lille, du 25 au 27 mars
Opéra de Rennes, du 20 au 22 mai
Théâtre de Mâcon, le 24 mai.

Bernard Casoni, victime du Mur des cons?

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Bernard Casoni © ADIL BENAYACHE/SIPA/2305281145

L’entraîneur de football vient d’être condamné par la justice à 10 000 euros d’amende, plus 15 000 euros avec sursis, pour des propos prétendument racistes tenus lors d’une conférence de presse d’avant-match. Bienvenue chez Orwell.


Qui a dit que la justice était laxiste en France ? Le « scandale » éclate fin septembre 2023 quand le coach d’Orléans, après un début de saison désastreux en National (5 défaites, 2 nuls, 1 victoire), est interrogé en conférence de presse sur la performance de ses joueurs. « Mon rôle, c’est de leur dire, de leur montrer et de les aider à résoudre les problèmes, voilà, c’est tout », répond platement Bernard Casoni, qui a entraîné plusieurs équipes au Maroc, en Algérie et en Tunisie précédemment. Et d’ajouter, du coup : « Je l’ai fait dans tous les clubs où je suis passé, je l’ai fait avec des Maghrébins ! Ils ne sont pas plus cons que des Maghrébins hein… » Des propos tenus en direct devant deux ou trois plumitifs du coin (on est en 3e division nationale, pas en Ligue des champions), et donc pas vraiment pesés au trébuchet, par un homme qui fait alors allusion à sa longue expérience footballistique sur l’autre rive de la Méditerranée. Des propos que l’on pourrait qualifier tout au plus de maladroits, à l’époque qui est la nôtre. Des propos qui n’auraient pas cassé trois pattes à un canard ou même au moindre cramponné à la fin d’un siècle révolu, mais qui à l’entame du nouveau sont passibles d’excommunication. Des propos jugés « ignobles » par le quotidien 20 Minutes

Tandis que les inévitables associations antiracistes, attirées par l’odeur du gibier, fût-il boiteux, ne ratent pas une si belle occasion de sonner l’hallali en portant plainte, le tribunal numérique et médiatique s’emballe aussitôt. Sans surprise. Les jeunes chevaliers blancs – mais pas trop quand même – de la presse régionale, France Bleu Orléans en tête, se mettent à mater par le trou de la serrure du vestiaire de l’US Orléans. L’hérétique est accusé d’avoir demandé à sa cellule de recrutement « de blanchir l’effectif », ce que l’intéressé dément, tout comme son président. Au cours d’une séance d’entraînement, le coach relaps aurait osé ricaner : « Pas besoin de chasubles pour eux, ils sont déjà noirs. » Sommé de se justifier, le dissident en survêt bredouille quelques mots pour sa défense. « C’est du chambrage. Je suis un gars du sud, c’est du football, ce n’est que du chambrage. » Le rebut, en un mot, ose même se plaindre. « Aujourd’hui, on ne peut plus rien dire. »

Un jugement saugrenu

La bande à Baudot aura donc la main leste. Ce jeudi 9 janvier, le tribunal correctionnel d’Orléans condamne Bernard Casoni à 25 000 euros d’amende, dont 15 000 avec sursis, et au versement de 1 501 euros d’indemnités aux parties civiles (SOS Racisme, Sportitude et la Licra notamment) pour injures publiques à caractère raciste. Soit 11 501 euros nets d’impôt pour avoir déclaré : « Je l’ai fait dans tous les clubs où je suis passé, je l’ai fait avec des Maghrébins ! Ils ne sont pas plus cons que des Maghrébins hein… » En sus d’une petite mort sociale pour le condamné, dans un métier aussi exposé que le sien. Le repris de justice s’est entre-temps exilé en Côte d’Ivoire, où il chapeaute un club de deuxième division. Une preuve supplémentaire de son racisme pathologique.

Ce jugement laisse sans voix, surtout si on le compare à d’autres récentes décisions de « justice », les guillemets étant de plus en plus de rigueur, hélas. La semaine dernière, un étranger en situation irrégulière portant un couteau ressort libre du tribunal de Saint-Nazaire après avoir menacé de mort des policiers. Libre et sans débourser le moindre sou. La nuit de Noël, deux Algériens sous OQTF cambriolent une pharmacie à Ivry-sur-Seine puis sont relâchés par un juge, faute de place en Centre de rétention administrative. Ils récidiveront une semaine plus tard à Thiais. Début décembre, une enseignante d’un lycée de Tourcoing est menacée de mort et agressée par une élève de 18 ans, qui refuse de retirer son voile. Verdict pour la jeune Warda H. : quatre mois de prison avec sursis, c’est-à-dire peanuts, l’obligation de se soumettre au redoutable stage de citoyenneté et le versement d’une indemnité de 1 000 euros à l’institutrice. Au même moment, un homme au casier judiciaire bien garni écope à Saint-Malo de six mois de prison avec sursis et d’une indemnité de 950 euros à verser aux parties civiles, pour menaces de mort et injures en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion. « Arrête-toi, espèce de sale blanc, sale français ! Je suis là pour prendre vos allocations et baiser vos femmes », s’était emporté le sanguin Malouin auprès d’un automobiliste qui l’empêchait d’avancer, avant de s’en prendre à deux employés d’un centre Leclerc local :  « Je vais vous tuer… par le Coran je t’égorgerai, je te défoncerai le crâne à coups de clé. » Sans avoir fait Maths Sup, et sur un plan strictement pécuniaire, on notera donc que le comportement et les propos du vindicatif et multirécidiviste Breton sont jugés 12,106 fois moins graves que ceux de l’entraîneur orléanais et néanmoins raciste.

À lire aussi, Olivier Annichini : Coq cherche poule aux œufs d’or

Début novembre, à Castres, Léo est poignardé à la sortie d’une discothèque après avoir été pris à partie par un groupe d’une vingtaine de jeunes qui voulaient « égorger un Français », dixit la mère de la victime. Jugé en comparution immédiate, l’auteur du coup de couteau, Jawed M., est condamné à 105 heures de travail d’intérêt général (pourquoi pas 106 ?) mais n’aura pas à sortir son chéquier. Fin octobre, un clandestin algérien sous OQTF menace avec un couteau de 20 centimètres les passagers d’un bus à Bobigny et agresse deux contrôleurs et un policier. Il n’est pas poursuivi pénalement, afin de favoriser son expulsion. Même pas 1 euro de dommages et intérêts pour les passagers du bus ? « Je vais te tuer, je vais te couper la tête », hurle en sortant un tournevis un migrant somalien à l’employé d’un fast-food de La Roche-sur-Yon, qui s’était interposé parce que son client mal dégrossi importunait une dame. Ce sera donc trois mois de prison, mais avec sursis, c’est-à-dire que dalle. Et 0 euro d’amende, soit 11 501 de moins que pour le Nanard d’Orléans. À la même époque, le tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes inflige quatre mois avec sursis mais aucune sanction financière à un OQTF qui a agressé sexuellement une femme, à son domicile d’Antony. Entre une peine de prison avec sursis et plusieurs milliers d’euros d’amende, le commun des mortels a vite fait son choix.

La dystopie nous guette…

Inutile de remonter plus loin dans le temps, la suite est à l’avenant. Au moins Bernard Casoni a-t-il échappé au stage de citoyenneté. On pourrait par ailleurs comparer la lourde pénalité financière qui le frappe avec un autre footeux appelé à la barre pour des actes bien plus graves. En septembre 2017, l’international Kingsley Coman est condamné à 5 000 euros d’amende pour violence conjugale par le tribunal correctionnel de Meaux. Pour des faits similaires, le député insoumis à la main un peu trop lourde, Adrien Quatennens, doit verser 2 000 euros de dommages et intérêts à sa dulcinée, en décembre 2022. Six fois moins que le coach à la parole un peu trop légère. En septembre 2023, un coutumier des palais de justice et des menaces de mort, le « comique » préféré du président, Yassine Belattar, se voit contraint par le tribunal correctionnel de Paris de lâcher 500 euros au metteur en scène Kader Aoun, pour une énième intimidation létale. Peut-être notre entraîneur ségrégationniste aurait-il dû boire quelques coups et fumer un joint avant de (com)paraître en conférence de presse. Ses avocats auraient ainsi pu plaider l’absence de discernement auprès du tribunal, à l’instar de ceux de Kobili Traoré, qui a tabassé puis défenestré Sarah Halimi. Le meurtrier antisémite n’a pas eu un euro à débourser et coule aujourd’hui des jours paisibles, aux frais du contribuable, dans un hôpital psychiatrique, profitant de ses nombreuses permissions de sortie pour se prendre en photo sur TikTok avec ses potes, à proximité du domicile de sa victime…

Un parfum de dystopie orwellienne plane désormais sur nos prétoires. Pauvre justice française, qui apparaît jour après jour de plus en plus bancale, déséquilibrée, ultra politisée, partiale, incroyablement laxiste ou exagérément implacable selon les cas de figure et les cases à cocher. En un mot, injuste. La hiérarchie des peines qu’elle prononce aujourd’hui défie le bon sens le plus élémentaire. L’indépendance que lui a accordé le pouvoir politique ces dernières années n’était peut-être finalement pas l’idée du siècle. Que donne un pouvoir à la dérive sans aucun contre-pouvoir ? L’antiracisme est entre-temps devenu une religion, dont les juges pour peu qu’ils soient de la magistrature – sont les gardiens du temple. Le raciste est un hérétique. Le dérapage raciste, ou perçu comme tel, fait figure de blasphème. Suprême sacrilège. Comme si le racisme était la seule passion triste qui agite les tréfonds de l’âme humaine. Du moins, la plus grave. Pour nos nouveaux Fouquier-Tinville à robes longues, une parole déplacée est potentiellement plus condamnable qu’un acte déplacé. Si la justice française condamne Casoni à payer plus de 10 000 euros, que risque en proportion Delphine Ernotte quand elle juge qu’il y a trop de mâles blancs dans sa télé publique, et qu’elle en vire certains ? Plus de 100 000 euros ? Et pour nos peu philosémites soutiens du Hamas, au Palais Bourbon ou ailleurs ? Un million d’euros ? C’est votre dernier mot ?

En attendant, l’ancien joueur de l’équipe de France de football a fait appel (contre-appel ?) de la sentence. Mais si la justice se met de plus en plus souvent hors-jeu, est-ce bien utile ?

Le journalisme, victime de ses arnaques

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« Nous allons nous débarrasser des vérifacteurs de faits et les remplacer par des notes communautaires similaires à X, en commençant avec les États-Unis », a déclaré le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, dans une vidéo publiée mardi à Asuncion au Paraguay le 07 janvier 2025 © Andre M Chang/ZUMA Press Wire/Shutterstock

«On se lève et on se casse» : en France, Marine Tondelier et Sandrine Rousseau exhortent les députés du NFP à quitter X pour protester contre Elon Musk. Aux États-Unis, le patron de Meta (Facebook) Mark Zuckerberg négocie un virage politique et regrette la politisation passée des vérificateurs de faits sur ses plateformes.


Les journalistes ? Ils ne cessent, trop majoritairement, de brader la liberté d’expression. Gardiens de l’idéologie progressiste, perméables au terrorisme intellectuel[1] ou soucieux du quand-dira-t-on, ceux-ci participent aux censures, mises au ban, modérations bien-pensantes. Le 7 janvier, la dénonciation par Mark Zuckerberg (patron de Facebook, Instagram et WhatsApp), d’une « politisation » des vérificateurs de faits (« fact-checking »), a confirmé la dérive d’un monde frelaté. De fait : jamais la profession n’a protesté contre les législations tendant à mettre les réseaux sociaux sous surveillance. Jamais elle ne s’excusera d’avoir diabolisé ceux qui alertent sur les risques d’une société ouverte à ses ennemis. Jamais elle ne s’indignera des intimidations procédurales conduisant illico des indociles devant la 17e chambre correctionnelle. Jamais elle ne reconnaitra son silence sur les viols de masse des pédophiles pakistanais en Grande-Bretagne. C’est le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, aujourd’hui disparu, qui avait lancé l’assaut contre CNews et le groupe Bolloré en 2024. La caste a toujours applaudi aux rappels à l’ordre et aux sanctions ciblées de l’Arcom, régulateur de la communication audiovisuelle et numérique qui se dit indépendant mais dont le président est désigné par l’Elysée ; sa décision d’interdire C8 est un scandale démocratique qui a laissé muette une corporation qui, comme le monde politique, s’est décrédibilisée. L’opinion a appris à se passer des imposteurs.

À lire aussi, Gabriel Robin : «Grooming gangs» en Grande-Bretagne: le peuple des abysses

La gauche et les macroniens, qui appellent à quitter le trop libre X (ex-Twitter) d’Elon Musk, confirment leur faible pour le bâillon et le gourdin. Pour eux, la libéralisation de l’internet est « un danger pour nos démocraties » (Yaël Braun-Pivet, dimanche). Ce mépris d’une expression populaire avait poussé Emmanuel Macron, lors de ses vœux du 31 décembre, à parler de « manipulation » concernant les élections en Roumanie, Moldavie et Géorgie : peut-être est-ce exact, mais il faut des preuves. Jeudi, sur RMC, l’ancien commissaire européen, Thierry Breton, s’est flatté d’une ingérence européenne dans l’annulation en novembre, par le conseil constitutionnel roumain, des élections en Roumanie. Breton, promoteur du Digital Service Act, gendarme de la Toile, a menacé d’une semblable invalidation des élections allemandes du 23 février en cas de victoire de l’afD, parti jugé trop à droite. Cette police de la pensée est totalitaire. Elle oblige à lui résister.

La décision de Zuckerberg de supprimer le fact-checking, aux Etats-Unis dans l’immédiat, répond à la volonté d’Elon Musk et de Donald Trump de libérer X de la surveillance journalistique pour confier les modérations aux usagers. « Nous avons atteint un point où il y a trop d’erreurs et trop de censure », a expliqué Zuckerberg en accusant les fact-checkeurs d’être marqués à gauche. Il a admis avoir cédé aux pressions du FBI et de la Maison Blanche pour supprimer des révélations sur Hunter Biden, fils de Joe, pour faire taire les arguments contre la politique anti-Covid ou pour occulter les effets secondaires du vaccin.

Les sycophantes et déconspirateurs à cartes de presse, qui ont hurlé faussement contre les « complotistes anti-vax », ont achevé de détruire le monopole du journalisme hors sol, victime de ses arnaques. Tout, là aussi, est à reconstruire.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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[1] Jean Sévillia, Les habits neufs du terrorisme intellectuel, Perrin

France / Algérie: l’escalade

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L'influenceur algérien « Doualemn » sur TikTok. DR.

Les relations entre l’Algérie et la France se sont tendues récemment avec l’arrestation à Montpellier de Boualem Naman, alias « Doualemn », un influenceur algérien de 59 ans, après la diffusion d’une vidéo incitant à la violence sur TikTok. Après avoir été envoyé en Algérie jeudi, il a été renvoyé en France le même jour. Marine Tondelier, en donnant le sentiment de prendre le parti des autorités algériennes, nous déshonore et détourne l’attention des véritables violations commises par l’Algérie.


La crise franco-algérienne connaît une escalade

Les Algériens ont expulsé l’influenceur Doualemn et nous donnent des leçons de droit. Espérons qu’il restera en rétention jusqu’à son procès. On le garde, mais au frais…

En France, le ton monte. L’Algérie se « déshonore » avec la rétention de l’écrivain Boualem Sansal, selon le président Emmanuel Macron. L’Algérie cherche à nous humilier, selon le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Ce sont des mots forts. À présent, on attend les actes. Chacun y va de son idée : de Jordan Bardella à Gabriel Attal, nous avons assisté à un tir groupé contre le Traité de 1968. Mais tout le monde semble oublier que ce traité relève de la compétence du président. Gérald Darmanin propose une exemption de visas pour la nomenklatura. Xavier Driencourt, ancien ambassadeur, rappelle qu’en Algérie, diplomates, officiels et religieux français ne peuvent se déplacer sans autorisation et escorte policière, et propose de faire de même pour les Algériens en France.

Beaucoup se demandent pourquoi il ne serait pas plus simple de carrément ne plus délivrer de visas aux Algériens. La réponse est simple : avec l’espace Schengen, la France n’a plus complètement la main. Si la France refuse un visa, un ressortissant algérien peut toujours en solliciter un auprès de nos voisins.

A écouter: Causons! Le podcast hebdomadaire de Causeur

Depuis 70 ans, la France entretient avec l’Algérie une relation sadomasochiste. Les Algériens ont piétiné les accords d’Évian et expulsé les Pieds-Noirs, mais, malgré cela, les ressortissants algériens devraient toujours être chouchoutés en France. Et aujourd’hui, les relais du régime se déchaînent. Sans réaction forte, voire brutale, le message que la France envoie est clair : vous pouvez nous envoyer vos délinquants, emprisonner nos écrivains et nous insulter sans conséquence. Il est temps d’agir fermement. Basta ! C’est le moment de faire du Trump.

Il existe un large consensus en France pour adopter une position de fermeté, et des moyens d’action sont à notre disposition

Avant d’envisager une rupture des relations diplomatiques, plusieurs mesures sont à notre portée. L’Algérie a besoin de la France. D’ailleurs, le bloc central semble se rallier à la fermeté défendue par la droite. « La France est une grande puissance et doit se faire respecter. On ne provoque pas la France sans en subir les conséquences », affirme Gabriel Attal dans Le Figaro. Pour l’instant, ce qu’il dit est faux. L’ancien Premier ministre prend par ailleurs soin dans sa tribune de critiquer aussi bien l’aveuglement de l’extrême gauche que la haine aveugle de l’extrême droite…

Pour terminer, il convient de revenir sur la différence stridente et choquante constatée à gauche. Interrogée sur les provocations algériennes, Marine Tondelier ose parler des « provocations » de Bruno Retailleau et l’accuse de ne pas respecter le droit. Au-delà des enjeux électoraux et de la prétendue « obsession » du RN, cette attitude traduit une véritable névrose de cette gauche née dans le combat anticolonial. Certains semblent congelés depuis 1962. Des décennies plus tard, la France reste engluée dans la repentance et un antiracisme unilatéral, qui veut que « racisés » et colonisés aient toujours raison. Ségolène Royal prétend que nous avons une « dette morale », et elle semble sincèrement le croire. Fouettez-moi…

A relire, notre dossier: Coupons le cordon! Pour l’indépendance de l’Algérie

Excusez-moi, mais la colonisation est un phénomène complexe et universel. Et si je ne m’abuse, l’Algérie est née d’une colonisation arabe. Juger les faits coloniaux avec les critères moraux actuels n’a guère de sens. L’histoire n’est pas un simple bilan comptable, et des crimes ont été commis des deux côtés.

Alors que la France est agressée par un régime autoritaire et qu’un écrivain croupit en prison, la gauche reste muette et refuse de défendre son pays. Certains de ses représentants vont jusqu’à joindre leurs crachats à ceux de nos ennemis. Ils ont de la chance d’être français. Dans un pays libre, on a le droit de ne pas être patriote. 


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio

Coq cherche poule aux œufs d’or

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Emblème du Coq Sportif © D.R.

Symbole du sport français, Le Coq sportif lutte pour sa survie. Placée en redressement judiciaire, la marque a six mois pour se remplumer.


Il a paradé sur le maillot jaune de Bernard Hinault, pavoisé sur le polo de Yannick Noah, légendé la tunique verte de l’AS Saint-Étienne, et en août dernier, lors des JO de Paris, le Coq sportif, emblème d’une firme française créée il y a cent cinquante ans, était encore brodé sur le cœur de tous les athlètes de la délégation tricolore. Mais depuis, le chant du coq ressemble au chant du cygne.

Le 22 novembre, le Coq, qui a illustré les plus belles pages du sport français, a été placé en redressement judiciaire, avec un sursis de six mois pour se remplumer. Les pertes sont considérables : de janvier 2023 à juin 2024, il a perdu quelque 46 millions d’euros, malgré deux prêts de l’État dont les 22 millions se sont révélés trop volatils (la CGT se demande aujourd’hui où est passé l’argent…). Dans l’Aube, à Romilly-sur-Seine, où le Coq est élevé, 350 emplois sont menacés, des centaines d’emplois indirects impactés…

Parmi les créanciers qui lui volent dans les plumes, le Coq sportif doit combattre contre… le coq du XV de France, l’emblème de la FFR (Fédération française de rugby) ! La fédération réclame à l’équipementier 5,3 millions pour des litiges liés au contrat qui les a unis de 2018 à septembre 2024. À la FFR, des voix se sont élevées pour condamner ces poursuites judiciaires de basse-cour, estimant qu’une « fédération sportive délégataire de service public ne peut prendre le risque aussi infime soit-il de précipiter des centaines de familles de salariés dans la précarité en liquidant une société française exemplaire à bien des égards comme Le Coq sportif ».

Mais Florian Grill, président de la FFR réélu le 19 octobre, est resté ferme. On sait aujourd’hui pourquoi. Le 7 décembre, la FFR a présenté ses comptes. Ils ne sont pas fameux. Lors de la Coupe du monde de rugby organisée en 2023 en France, la FFR a perdu environ 20 millions, en tant qu’actionnaire d’un « GIE hospitalités et voyages » : destiné à exploiter le tourisme sportif, ce groupement d’intérêt économique n’a pas fait recette. Il s’agit donc de renflouer les caisses. Florian Grill ne le cache plus : « C’est de ma responsabilité de président de la fédération de faire rentrer les sous. »

Pauvre France dont les coqs, pour ne pas passer à la casserole, recherchent désespérément une poule aux œufs d’or.

Éducation nationale, reconstruire pour assurer l’avenir

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Passation de pouvoirs entre Anne Genetet et Elisabeth Borne, ministère de l'Education nationale, Paris, 24 décembre 2024 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Contrairement à la gauche et au centre, qui considèrent que le modèle éducatif républicain est dépassé, le député RN Roger Chudeau explique ici comment son mouvement politique entend renouer avec une Éducation nationale performante


Affirmer que notre système éducatif va mal est devenu un truisme. À l’instar d’autres services publics l’école connait une sorte de lent affaissement dont chacun connait les indices : effondrement du niveau de maîtrise des connaissances fondamentales, échec de l’intégration par l’école, inculture de nos futures élites, trop peu de doctorants, trop peu d’ingénieurs

Comme souvent dans la longue histoire de notre nation, dont le Général de Gaulle disait qu’elle avait été « créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires », il semble que nous succombions peu à peu au vertige du vide et du renoncement et l’état de notre école n’en n’est qu’un des tristes symptômes.

À gauche comme au centre, la cause est entendue : le modèle français d’éducation nationale est forclos, obsolète, dépassé.

La gauche, dans des publications récentes, estime que l’avenir du système éducatif réside dans son ouverture tous azimuts à la société : interventions des associations et « mouvements pédagogiques » en classe, omniprésence des parents d’élèves, « éducation » à toutes les questions « sociétales », enfin, pilotage de l’éducation par les « cités éducatives » et les collectivités territoriales. En un mot, an 2 de la déconstruction, fin d’une éducation nationale.

Le « bloc central », quant à lui, a toujours professé pour la question éducative une forme d’embarras, teintée d’incompétence. Au fond, la fuite des classes moyennes et supérieures vers le privé, sorte d’avatar de la « main invisible du marché », fait bien l’affaire de ceux qui n’ont jamais pris la peine de réfléchir sérieusement aux enjeux, pour la nation, d’une école performante.

Notre position est toute différente.

Nous sommes certes parfaitement au fait des causes de l’effondrement de notre système éducatif et de ses effets dévastateurs et nous estimons que ce modèle doit être réinventé. Mais nous considérons aussi qu’il est d’intérêt général de doter notre pays d’un système éducatif rénové, modernisé, conçu et piloté par la puissance publique.

Seule celle-ci, selon nous, est en mesure de produire une analyse prospective des nombreux défis que notre pays devra affronter dans les 50 prochaines années : défis économiques, écologiques, sécuritaires, géopolitiques, informationnels. Il appartient à l’État de déterminer, avec les institutions de la République et la contribution de la société civile, ce que doivent être les missions, les objectifs, l’organisation de l’action éducatrice au XXIème siècle.

Au sein des « Horaces » nous élaborons donc un projet de reconstruction de notre système éducatif susceptible de répondre à la question suivante : De quel appareil éducatif notre pays a-t-il besoin pour relever les défis de notre siècle ?

Notre projet de reconstruction de l’école de France repose sur trois principes :

  • Restaurer l’efficacité de l’école, en la recentrant sur sa mission de transmission des connaissances et des valeurs. Pour cela, procéder à une remise à plat des programmes, des cursus et des examens. Revoir aussi la formation des professeurs qui devra être assurée par l’employeur et non plus par l’Université. L’idée est de retrouver un bon niveau chez les professeurs et donc chez les élèves. L’élévation du niveau permettra de rétablir l’ascenseur social : le principe méritocratique, fondement de l’ambition républicaine de mobilité sociale, sera restauré et les politiques dites de « discrimination positive », supprimées.
  • Restaurer l’autorité, sanctuariser l’institution scolaire, en réprimant toute atteinte portée à l’institution scolaire. Les débats sociétaux n’y auront pas leur place, pas plus que les tentatives d’emprises islamistes ou politiques. Le statut du corps enseignant devra évoluer sensiblement pour l’adapter aux objectifs du système éducatif et permettre la revalorisation salariale des professeurs.
  • Ériger en méthode de gouvernance la liberté et la responsabilité pédagogiques : Les établissements disposeront des marges d’autonomie permettant le recrutement de personnels, l’aménagement des programmes et des horaires, des expérimentations pédagogiques, dans le cadre de contrats d’objectifs et de moyens à la manière des « charterschools ». Les résultats de chaque établissement seront rendus publics tous les ans afin de mesurer l’efficacité de leur action éducative.

Ces principes, déclinés en mesures législatives et réglementaires, seront présentés aux Français dans le cadre des rendez-vous électoraux majeurs à venir.

La crise de l’école n’est pas une fatalité. Nous devons, nous pouvons redresser cette institution essentielle à la France. Il ne s’agit pas d’un simple enjeu éducatif : c’est un défi civilisationnel.

Le combat pour l’école est un combat pour la France.


Contribution de Roger Chudeau, Député de Loir-et-Cher, Inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire, ancien Directeur de l’encadrement du MEN, ancien conseiller « éducation » du Premier ministre François Fillon. Les Horaces sont un cercle de hauts fonctionnaires, hommes politiques, universitaires, entrepreneurs et intellectuels apportant leur expertise à Marine Le Pen, fondé et présidé par André Rougé, député français au Parlement européen.

La mémoire des victimes de la Shoah à Anderlecht: un enjeu délicat?

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Avant que de nouveaux pavés en mémoire de l’Holocauste soient inaugurés à Anderlecht vendredi dernier, une polémique a été évitée de justesse. Le témoignage de Fadila Maaroufi.


Il y a deux jours, nous avons appris que deux écoles communales d’Anderlecht, Carrefour et Marius Renard, avaient refusé de participer à la pose de Pavés de la Mémoire honorant les victimes de la Shoah, invoquant des sensibilités liées au conflit israélo-palestinien. Selon le journal La Dernière Heure, les directions des écoles craignaient des débordements et des réactions de la part des parents. Cependant, le 10 janvier 2025, décision a finalement été prise de faire participer ces écoles à cet événement, ce qui est une avancée positive.

Néanmoins, il est légitime de se demander comment aller de l’avant.
Tentera-t-on encore longtemps de dissimuler les problèmes sous le tapis ?

Pour mieux comprendre le contexte, il est essentiel de revenir sur l’histoire du quartier de Cureghem, anciennement un quartier juif où une synagogue a été construite le 6 avril 1933. Ce quartier a connu de profonds changements, notamment avec le départ des grossistes juifs situés dans le triangle près de la gare du Midi. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, notamment l’augmentation des actes d’antisémitisme, souvent passés sous silence.

Antisémitisme minimisé depuis des années

Des événements marquants témoignent de cette montée de l’intolérance. En 1997, un acte de vandalisme a failli coûter cher à la synagogue, quand de l’essence avait été répandue, mais les flammes évitées. Des pavés ont été lancés sur les vitres, et des cocktails Molotov ont été utilisés. Le dimanche 31 mars 2002, des jeunes ont jeté plusieurs cocktails Molotov sur le lieu de culte, causant des dégâts considérables. Les journalistes de l’époque ont recueilli quelques témoignages qui minimisent l’antisémitisme voire le justifient.

Brahim, un jeune musulman de 25 ans, a qualifié cet acte de « gratuit et inutile« , soulignant que seuls des individus irresponsables pouvaient agir ainsi. Il est crucial d’interroger les racines de l’antisémitisme, notamment parmi les jeunes musulmans, et de réfléchir à l’idéologie des Frères musulmans qui se propage en Europe. Rachid, 24 ans, s’est également exprimé sur ces attaques : « C’est triste à dire, mais ce sont des choses qui arrivent en Europe, nous recevons juste les informations intéressantes la communauté juive. Quand on confronte les télés arabes aux télés juives, allez savoir qui a raison… Cela ne justifie rien, mais il faut trouver la part des choses. Le plus important ici est qu’un lieu de culte a été attaqué. Qu’il soit musulman, juif ou catholique, peu importe, car c’est de toute manière inadmissible qu’un quelconque lieu de culte soit attaqué. »

Cette justification et cette façon de minimiser la situation ne sont pas nouvelles et sont largement partagées et diffusées depuis le 7 octobre 2023, après les attaques des terroristes du Hamas contre Israël auprès des jeunes et dans le monde médiatique.

Analysons le témoignage de Rachid : il suggérait que de tels actes sont courants et presque inévitables, ce qui minimise la gravité de l’antisémitisme, et semblait même normaliser la violence quand il dit : « Ce sont des choses qui arrivent en Europe« .

La phrase « nous recevons juste les informations intéressantes la communauté juive » et la comparaison entre « les télés arabes » et « les télés juives » impliquent une méfiance envers les médias et insinuent un biais, ce qui nourrit des théories du complot ou des préjugés.

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Quand il dit « il faut trouver la part des choses« , cela peut être interprété comme une tentative de chercher des excuses ou des explications qui atténuent la responsabilité des auteurs des actes antisémites. C’est un appel à la relativiser l’acte.

Bien que son propos reconnaisse l’inadmissibilité des attaques contre les lieux de culte, il minimise l’antisémitisme, son propos semble diluer l’importance de l’antisémitisme en le plaçant sur le même plan que toute attaque contre un lieu de culte, sans reconnaître la spécificité et l’histoire des violences antisémites.

On peut constater la contradiction dans la phrase « Cela ne justifie rien… », qui est suivie par des propos qui semblent justement chercher à relativiser ou expliquer le contexte, ce qui affaiblit la condamnation initiale. Dans l’ensemble, la phrase oscille entre la reconnaissance de la gravité d’une attaque contre un lieu de culte et une tentative de relativisation qui nous pouvons percevoir comme une banalisation de l’antisémitisme.

Une jeunesse ciblée par l’idéologie

En 2010, un cocktail Molotov a de nouveau été lancé contre la porte d’entrée de la synagogue. En 2014, celle-ci a été victime d’un incendie volontaire, quelques mois après l’attentat tragique du musée juif de Bruxelles. En 2017, des actes de vandalisme ont visé les caméras de surveillance de la synagogue à plusieurs reprises.

Ce quartier est aussi le témoin de mon enfance. Je me souviens des cocktails Molotov lancés sur la synagogue et du départ progressif des Juifs du triangle, remplacés par des commerces pakistanais. Cette évolution marque une page qui se tourne, laissant des souvenirs empreints de stigmates et un antisémitisme qui continue de se manifester dans les murs du quartier. Il est essentiel de se souvenir et de réfléchir à ces événements, non seulement pour honorer la mémoire des victimes, mais aussi pour construire un avenir sécurisé pour nos compatriotes juifs et pour l’ensemble de la société. Nous ne pouvons pas ignorer ces faits ni tourner la page. Tous les actes d’antisémitisme, qu’ils soient verbaux ou physiques, soulignent la nécessité d’une prise de conscience collective sur ce problème, d’oser le nommer et de reconnaître qu’il nous concerne tous. Cet antisémitisme est en partie le résultat de la pénétration de l’islamisme dans divers secteurs de notre société, et l’école a été l’une des premières cibles de l’idéologie des Frères musulmans.

Notre ami Pierrot

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Pierrot (anciennement intitulé Le Gilles), Antoine Watteau, 1718-1719 © Wikimedia

Le Pierrot, ou Gilles, de Watteau, a regagné les cimaises du Louvre après restauration. Les couleurs, en retrouvant leur éclat, redonnent corps à ce portrait mystérieux et rassurant. Dans le vacarme du monde, cet homme immobile nous regarde fixement, et, surtout, garde le silence.


Il est là, debout, les bras ballants, dans son costume de Pierrot, les paupières et le dessous du nez légèrement rougis. On le reconnaît à sa collerette, son habit blanc à boutons, son pantalon flottant et son bonnet-calotte sous son chapeau de feutre. Il est né Pedrolino dans la comédie italienne, francisé en Pierrot dans les années 1680. Personnage farcesque, à l’origine faire-valoir d’Arlequin, il a longtemps incarné la naïveté et la gaucherie avant de devenir, avec le temps, un amoureux sentimental et un poète rêveur. En 1719, date vers laquelle il a sans doute été peint par Antoine Watteau (1684-1721), il n’a pas encore entendu parler du célèbre mime Jean-Gaspard Deburau (1796-1846) qui recréera son personnage au xixe siècle. Il n’a pas vu l’acteur Jean-Louis Barrault (Baptiste) lui rendre hommage dans Les Enfants du Paradis (1945), n’a pas lu le très beau conte Pierrot ou Les Secrets de la nuit de Michel Tournier (1979) et n’a pas goûté les douceurs Pierrot Gourmand lancées en 1924 par le confiseur Georges Evrard.

Analyse d’un regard perdu

Dans le célèbre tableau de Watteau, œuvre au format inhabituellement monumental (184,5 x 149,5 cm) que le musée du Louvre présente au public après restauration, Pierrot se tient immobile, sans rien dire et sans rien faire. Il nous regarde. Ses yeux asymétriques rompent avec le monotone alignement des boutons de son habit de cotonnade. Pas de grimace ni de pantomime : les rubans roses des souliers, les gros plis des manches de la veste et le plissé vaporeux de la collerette laissent place à un visage lisse de jeune homme dont les traits singuliers et l’expressivité naturelle ne semblent plus relever de la comédie ni du jeu d’acteur. A-t-il réellement cet air niais et pataud que la critique lui fait endosser comme un habit de scène, et que l’on retrouve, il est vrai, dans d’autres œuvres du peintre ? Derrière lui, en contrebas du talus où il est monté seul, s’agitent des comédiens dont la réunion est plus qu’improbable à une époque où la querelle des théâtres fait rage et où la Comédie-Française parvient parfois à faire interdire les représentations du très populaire Théâtre de la Foire incarné par le personnage de Pierrot : le Crispin ricaneur (Comédie-Française), le Momus ahuri (le fou de la Foire) et le comédien italien ne font pas partie de la même troupe. Le Pierrot du Louvre, lui, ne ricane pas, ne sourit pas, ne fait pas l’étonné et ne tire pas sur la longe d’un âne qui s’est lui aussi invité dans ce décor de fêtes galantes. Il est tout entier dans ce regard qu’il nous lance depuis le xviiie siècle, un regard qui s’est perdu un temps, jusqu’à la découverte du tableau sur le marché parisien en 1826, et qui fascine encore. On est fasciné par ce qu’on ne s’explique pas, et ce comédien qui ne dit pas un mot fait forcément beaucoup parler de lui. De surcroît, on supporte assez mal le silence, même lorsqu’il émane de nos personnages de fiction. Songeons à Rosalie écrivant à David dans le film de Claude Sautet (1972) : « Je t’écris ma cinquième lettre et je m’attends à ton cinquième silence ; ce n’est pas ton indifférence qui me tourmente, c’est le nom que je lui donne. » Au silence du Pierrot du Louvre, on a donné le nom d’« embarras ». Faute de mieux.

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Conserver et restaurer notre culture

Cette œuvre de Watteau, longtemps nommée le Gilles (du nom d’un autre personnage de théâtre burlesque), vient d’être restaurée. La restauration des œuvres d’art et des édifices du patrimoine national prend, dans une société assez familière du saccage et de la détérioration, une dimension particulière. « On dénonce un monument, on massacre un tas de pierres ; nous leur en voulons de tous les crimes des temps passés. Nous voudrions effacer le tout de notre histoire » : Victor Hugo tonnait déjà, en son temps, contre ce qu’il nommait joliment « le vandalisme subventionné » (Guerre aux démolisseurs, 1832). À l’heure où l’on ruine des écoles, où l’on dégrade des églises, mais où également toute statue de l’espace public est susceptible de tomber pour complicité de crime contre l’humanité, savoir que la cathédrale Notre-Dame et le Pierrot de Watteau ont recouvré tout leur éclat a quelque chose de réconfortant. Silencieuse, la restauration des œuvres d’art conjugue au futur la beauté d’autres âges. Elle réalise sur des épidermes de toile ou de pierre ce que les gens attendent pour eux-mêmes de la science et de la médecine : enlever les couches gâtées par le temps et redonner aux couleurs leur vivacité initiale. Elle mise sur une forme possible d’éternité : la conservation de notre culture.

Les interprétations du Pierrot de Watteau, sur fond de querelle des théâtres, d’autoportraits divers et de motifs repris de croquis antérieurs, sont à lire dans le bel ouvrage dirigé par Guillaume Faroult qui accompagne l’exposition « Revoir Watteau : un comédien sans réplique ». Mais au-delà de tout ce qu’on peut en dire, le silence de ce Pierrot est en soi un bien précieux. Dans un contexte général de commedia dell’arte et de théâtre de foire bas de gamme, avec son lot de cacophonie politique, de ricanements subventionnés, d’âneries culturelles variées, de plaidoyers de toutes les causes, de récits dramatiques chantés a cappella, de sensibilisations tapageuses et d’états d’âme diffusés en Dolby stéréo, un peu de silence, en ce début d’année, ne peut pas faire de mal. Le Pierrot du Louvre se tait et c’est tant mieux. Réjouissez-vous ! Vous ne l’entendrez pas parler de « problématique », de « paradigme », de « ligne rouge », de « proxis » et d’« ADN ». Il ne dira pas qu’« il faut changer de logiciel » ou qu’« il y a un avant et un après ». Il ne dira pas non plus – hideuse mode grammaticale – ce comédien- ou cet habit- en parlant de ce comédien ou de cet habit. Imaginez, s’il parlait comme on entend parler en France aujourd’hui, ce que cela donnerait : « Le sujet c’est qu’avec ce tableau-là il y a un avant et un après Watteau. »

Non, vraiment, rien que pour son silence, le Pierrot du Louvre est notre ami.

À voir :

« Revoir Watteau : un comédien sans réplique, Pierrot, dit le Gilles », musée du Louvre jusqu’au 3 février.

À lire :

Pierrot dit Le Gilles de Watteau. Un comédien sans réplique

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