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Dominique trousse et cane ?

photo : kacacca (Flickr)

Le privilège de l’insomniaque est de pouvoir annoncer à ses contemporains les nouvelles étonnantes survenues dans la nuit, et de guetter les réactions sur le visage enchifrené de ses proches. « C’est une machination ! ». Telle fut la réaction de la personne avec qui je partage depuis quelques décennies le quotidien et le nocturne, lorsque je l’informai des ennuis tout récents du secrétaire général du Fonds monétaire international.

« Hélas, non !, la détrompé-je. J’aimerais bien qu’il en soit ainsi, mais la probabilité d’un piège tendu par une officine activée par un rival politique ou une quelconque mafia grecque est infinitésimale ». En effet, le scénario de l’affaire décrit par le menu dans le New York Times laisse peu de place au doute. Il rapporte un comportement dont furent victimes nombre de jeunes femmes qui ont été, dans le passé, amenées pour des raisons professionnelles, à se retrouver en tête à tête avec DSK. Ce serial dragueur est de ceux qui entendent « oui » quand elles disent « non », et qui jurent, une fois passé le pic de production hormonale, qu’ils ne repiqueront plus au truc. Jusqu’à la prochaine fois.

Certes, cette constatation ne réduit pas totalement à néant l’hypothèse d’une machination diabolique destinée à tuer politiquement le principal porteur d’espoir de la gauche française pour l’élection présidentielle. Mais son caractère hautement improbable tient au fait qu’elle aurait pu très facilement être déjouée par sa victime. L’hypothèse d’une affabulation complète ne résiste pas très longtemps à l’examen : si la femme de chambre avait tout inventé, pourquoi cette fuite précipitée ? Mais imaginons un instant que la femme de chambre, soudoyée par un homme de main des comploteurs, ait joué les allumeuses dans la suite à 3000$ la nuit occupée par DSK. En bonne logique, une petite lampe rouge aurait dû s’allumer dans les neurones de l’intéressé, qui fait l’objet d’une campagne insidieuse relative à son niveau de vie et l’acceptation d’un trajet dans la Porsche d’un ami. Se livrer à des galipettes ancillaires sur le sol américain après avoir senti, il y a deux ans, passer le vent du boulet dans l’affaire Piroska Nagy relève soit de la pathologie, soit d’un suicide politique dicté par l’inconscient.

Je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse. DSK était coincé : les sondages, l’entourage, la force irrésistible du fatum le conduisaient vers une candidature qui était déjà pratiquement actée. Les premières salves d’attaques ad hominem – mise en doute de son ancrage dans le terroir français par Christian Jacob et Laurent Wauquiez, rappel de ses frasques sexuelles récentes, allusions à ses propriétés immobilières et à la fortune de son épouse – laissaient augurer de celles, encore plus violentes, qu’il allait devoir subir au cœur de la bataille. Il serait malvenu de le blâmer de s’être effrayé d’une castagne où les coups bas et la bave antisémite étaient à coup sûr au programme.

Qui ne paniquerait pas dans cette situation ? Un premier signe de nervosité s’est traduit la semaine dernière par la plainte déposée contre France-Soir qui avait prétendu que DSK s’habillait, à Washington, de costumes à 35 000 $ confectionnés par le fameux Georges de Paris. Faire condamner un canard trash, propriété du rejeton débile d’un oligarque russe, ne relève pas de la plus subtile des stratégies de communication politique.

La retraite en bon ordre était impossible : on ne titille pas ainsi la libido politique d’un peuple pour s’éclipser juste avant de conclure.
Le « meilleur-candidat-du-PS » avait donc besoin qu’un événement imprévu lui ouvre une porte de sortie, au besoin, s’il ne survenait pas spontanément, en le provoquant. L’inconscient de DSK a donc éteint la petite lampe rouge qui l’aurait empêché de faire une grosse bêtise.

La suite est lamentable, et le sera encore plus demain. Fuite de l’hôtel par la porte de derrière, sortie de l’avion d’Air France entre deux flics, nuit glauque dans un commissariat de police de Manhattan, comparution pas rasé devant le juge. Liberté sous caution, sans doute, mais perspective pas tout-à-fait exclue d’aller pour quelque temps taper le carton avec Bernard Madoff. Sans compter le « Bienvenue au club ! » que ne manquera pas de lui adresser l’ex-président israélien Moshe Katzav.

À la question rituelle de ma grand-mère « Est-ce que c’est bon pour nous ? », la réponse est « Mémé, tu me prends vraiment pour un idiot ? »

Néonihilisme contre boyscoutisme planétaire

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Ricanements et sarcasmes : telles seraient les armes favorites des « néonihilistes ». C’est l’une des brillantes idées exposées par un supposé spécialiste en communication politique, François Chérix, dans le Temps du 18 avril[1. Cette tribune de notre ami Roland Jaccard a été refusée par le quotidien suisse Le Temps. On comprendra pourquoi à la lecture…]. On ne s’en étonnera qu’à moitié, le quotidien genevois a refusé de publier la présente réponse.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, « néonihilistes » c’est le mot savant que Chérix a trouvé pour désigner ceux qu’on appelle – tout aussi sottement – les « néo-réactionnaires ». « En France, une cohorte de bateleurs fait grimper l’audimat, à la manière d’Eric Zemmour ou de Robert Ménard », écrit-il, reprenant des formules déjà usées à force d’avoir été ressassées par la presse. Héritiers des ultralibéraux et des néoconservateurs, mais totalement désabusés, ces « néonihilistes » auraient pour seul objectif leur gloriole. Tous les moyens leur sont bons pour l’obtenir depuis la stigmatisation de l’islam jusqu’à leur complaisance à l’égard des populismes. Arborant volontiers une touche de racisme à leur boutonnière, ils jouent habilement aux boutefeux avec une insouciance de sales gosses. Chérix pratique la méthode éprouvée consistant à caricaturer ses adversaires pour ne pas avoir à se donner la peine de leur répondre.

Chérix, lui, appartient à une autre tribu, celle qui se dévoue inlassablement aux nobles causes – et Dieu ou le Diable savent qu’elles ne font jamais défaut. Chérix est un « buoniste », spontanément acquis à la cause des victimes. Il est aussi un citoyen responsable, soucieux de la complexité des problèmes, conscient que ses idéaux sont hors de sa portée, mais cela ne l’empêche pas d’apporter sa part de bonne volonté à l’entreprise de toute la tribu. On les imagine ensemble, le soir, lisant Indignez-vous ! de Stéphane Hessel en hochant la tête. Le printemps arabe réjouit Chérix et, pour marquer sa solidarité, il a sans doute déjà réservé une suite dans un palace de Djerba. Il ne se demande jamais pourquoi les révolutions font fuir les révolutionnaires. J’oubliais : il est de cœur pro-palestinien et se désole de voir la Chine reculer devant les idéaux démocratiques qui lui tiennent tant à cœur.

Il y a dans le vaste monde beaucoup de Chérix qui participent tous plus ou moins de ce que j’appellerai le boyscoutisme planétaire. Je les admire et regrette parfois de ne pas être comme eux. La bonne conscience, quand même, ce n’est pas rien. Mais en dépit de tous mes efforts, je ne parviens pas à m’indigner.

Le boyscoutisme planétaire, chacun sait ce que c’est. Inutile de l’expliquer. Alors que le néonihilisme, Chérix (François) a pris la peine de le définir. Il est même remonté dans un louable souci pédagogique jusqu’à un sophiste du IVème siècle avant J.C, un certain Gorgias qui lui non plus ne s’embarrassait pas de nuances. Car pour Chérix tout est dans la nuance, sauf sur les sujets qui fâchent : les droits de l’Homme, le respect de l’islam, la peine de mort, la colonisation, l’immigration….Il y a des questions qui ne se discutent pas, à moins d’être néonihiliste ou populiste. Sans oublier toute celles qu’il vaut mieux éviter car leur évocation pourrait être blessante pour les uns ou les autres. Certes, Chérix est un ardent défenseur de la liberté d’expression, mais il serait pour que l’on décrète une fois pour toutes que les valeurs qu’il défend font partie de l’héritage spirituel de l’humanité et ne sauraient, à ce titre, être remises en question.

Car Chérix (François) veut aller de l’avant : il croit en l’idée de progrès, pas comme les « néonihilistes » qui considèrent que c’est un attrape-nigauds. Chérix ( François ) est un homme responsable. Il veut sortir du nucléaire. Il veut laisser une planète propre à ses enfants. C’est un homme sympathique par ailleurs qui n’a aucun tabou, car l’idée même du négatif lui est étrangère. Il n’envisage pas que la vertu est le pire des vices et que « vivre » et « être injuste » sont synonymes. Il a combattu les libéraux, style Blair. Il exècre W. Bush, Wolfowitz et les autres néo-cons. Il a été déçu par l’apathie d’Obama qui n’a même pas tenu sa promesse de fermer un des pires symboles de la barbarie américaine : Guantanamo. Chérix, socialiste et spécialiste en communication, désespérait d’Obama bien avant qu’il ne porte le coup fatal à Ben Laden depuis qu’il est au pouvoir. Mais ce qu’il ne supporte vraiment pas, ce qui lui donne des allergies, ce sont ces « néonihilistes » qui font l’apologie du rien. Il les redoute : « Immanquablement, le camp des destructeurs va grandir », écrit-il. Ces hordes sauvages perturbent ses nuits. Il peine à les comprendre, ce qui est regrettable pour un spécialiste en communication, mais plutôt banal chez un boy-scout. Portons-lui secours en lui rappelant qu’il y a cent ans naissait Cioran, le Vandale des Carpathes, et que pour se mettre un peu à la page il ne serait pas inutile qu’il le lise. Cela lui éviterait de caricaturer la pensée qu’il définit comme « néonihiliste » et de considérer ceux qui s’en réclament comme des filous ne rêvant que de passer à la télévision.

Pigeons de Grigny et de Sotheby’s

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Les habitants de la cité de la Grande Borne à Grigny (91) sont envahis pas les pigeons. Ces derniers ont élu domicile dans les façades des immeubles, dont les ardoises cassées offrent un nid idéal. Le Parisien nous apprend que le bailleur a débloqué 50000 euros pour « traiter spécifiquement le problème des pigeons ». Le « spécifiquement » laissant peu de doute sur l’issue fatale qui attend ces pacifiques volatiles. De quoi se retourner d’ire dans sa tombe le sculpteur François-Xavier Lalanne, à qui l’on doit les deux pigeons de 4,50 mètres qui trônent place de la Treille en plein cœur de la cité, dont ils sont un peu l’emblème. Cité dont le taux de chômage avoisine les 20%, quand le moindre petit « chat polymorphe » de Lalanne est estimé 800000 euros.

Rappelons pour mémoire que F.X. Lalanne et sa femme Claude ont notamment réalisé de nombreux objets d’art pour le domicile d’Yves-Saint-Laurent et Pierre Bergé, oeuvres particulièrement prisées lors de la grande « vente Bergé » de 2009. Comme une vengeance anticipée, et ironiquement cruelle, en mémoire des vrais pigeons de La Grande Borne.

La pilule, dure à avaler ?

Donc, les lycéennes françaises pourront dorénavant se fournir en contraceptifs à l’heure de la récré sur le lieu même de leur activité principale, l’école.

Et cela affole mon éminent confrère François Taillandier.

On peut penser que l’Education nationale se mêle une fois encore de ce qui ne la regarde pas, confondant avec ou sans malice, l’enseignement, qui est son rôle, avec l’éducation qui devrait être le pré carré des parents. Mais il faut aussi constater que cette confusion est devenue monnaie courante.

Dès la fin des années 1970, des responsables de la Santé publique arpentaient les classes primaires, distribuant des dentifrices et initiant des écoliers, trop heureux d’éviter la table de multiplication par 7, à l’art et la manière de se brosser les dents.

Depuis quelques années, ces bonnes âmes dispensatrices du savoir hygiéniste nous bassinent avec leur pyramide de l’alimentation, voire, organisent des petits-déjeuners bios et équitables dans les salles de classe.

C’est un peu crétin et certains murmurent qu’il serait peut-être plus judicieux de consacrer les heures de cours à l’apprentissage de la règle de 3, de l’imparfait du subjonctif ou du relief du bassin lorrain et de laisser les parents s’occuper du p’tit-déj.

Mais ce qui tracasse François Taillandier, ce n’est ni le dentifrice ni le petit-déjeuner, c’est la pilule !

Pourquoi ?

Eh bien, à en croire notre talentueux romancier du désastre contemporain, les parents, modernes Spartiates, ont renoncé à éduquer leurs enfants et s’en remettent mollement à la collectivité. On ne saurait donc imaginer que Charlotte, après avoir pris conseil auprès de maman et discuté la chose avec le jeune homme de sa jeune vie, se fournisse sur le lieu même où elle se coltine la trigonométrie et les cornéliens dilemmes. Si elle se fournit au lycée, c’est la preuve irréfutable d’un abandon de poste de ses parents. Déjà qu’ils étaient un peu légers sur le coup de l’hygiène buccale…

Et aussi, bien sûr, parce que notre époque désenchantée, forcément, ne supporterait plus les jeunes gens timides et les jeunes filles rêveuses. On a peut-être oublié de signaler à François Taillandier que le « pass-contraception » était un cours à option et qu’il ne faisait pas l’objet d’une évaluation en fin d’année. Rassurez-vous, mon ami, on a toujours le droit de rêver. Et en plus, on a le droit de rêver que le rêve ne vire pas au cauchemar.

« On n’allait pas leur parler indéfiniment de leur sensibilité, de leurs rêves, de leurs désirs, de leurs questionnements, de leurs émerveillements, de leurs cœurs qui battent (…) », nous dit Taillandier. Non. Effectivement, on n’allait pas leur en parler. Cela s’appelle le respect de l’intimité, le droit de chacun à cheminer à son rythme et à sa façon, sans que l’école vienne dicter sa loi et sa cadence. Les cœurs qui palpitent, c’est infiniment secret.

On a respecté leurs émois, leur envie de tendresse, leur besoin de chaleur et de douceur. On leur a juste donné l’outil pour que la tendresse demeure de la tendresse, pour que les premiers pas vers l’érotisme ne se transforment pas en premiers pas vers une maternité qui, à seize ou dix-sept ans, deviendrait une malédiction.

Et aussi pour qu’une erreur d’un soir ne se paye pas toute une vie.

Non, cher François Taillandier, faciliter la contraception n’a rien de collectiviste. C’est même exactement le contraire. C’est rendre l’homme unique, libre et responsable.

Sauf qu’en ce cas, l’homme, c’est une femme. Que dis-je, une jeune fille ! Ce n’est pas vous qui me direz que les jeunes filles ne contribuent pas à l’enchantement du monde ?

« Sans amour », il reste l’amour

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Pierre Pachet est incorrigible : il aime les femmes et le temps. Il aime les traversées du temps dont la forme est une femme. Il aime regarder les femmes regarder les regards et si les regards. Femmes sans amour, vous n’êtes pas seules. Pierre Pachet vous garde et vous regarde, vous accueille au plus profond de lui-même au point de devenir l’une des vôtres à l’orée de son livre – avant de reprendre sexe. Ce livre triste et heureux, ce livre débordant d’amour se nomme Sans amour.

« Parce que l’amour n’est pas une conséquence inévitable de notre nature, seulement une possibilité, on peut concevoir des vies sans amour ou destituées de l’amour. »[access capability= »lire_inedits »] L’espace exploré par Pachet est celui ouvert par l’absence d’une vie amoureuse et sexuelle présente. Cet espace n’est pas à proprement parler « sans amour ». D’abord, parce que la vie amoureuse est seulement l’une des possibilités de l’amour en tant que tel – qui connaît bien d’autres formes. Ensuite, parce que la mémoire y fait fidèlement, indubitablement, acte d’amour.

Pierre Pachet n’a jamais été avare à payer l’amour de son prix exorbitant de solitude. L’heureux destin de ses solitudes est de se métamorphoser irrésistiblement en littérature, d’Autobiographie de mon père à Devant ma mère en passant par l’Adieu à son épouse Soizic. Très rares sont les êtres qui habitent à tel point la littérature, avec une familiarité imprécautionneuse, recevant en chaussettes Baudelaire au petit-déjeuner et en pantoufles Flaubert dans l’après-midi.
« Le hasard mit le veuf à côté de la veuve. » Je me rappelle ce bel incipit de L’Appel du crapaud, de Günter Grass. Pierre Pachet n’est pas seul : il est surpeuplé de solitudes. De solitudes, certes. Mais surpeuplé, avant tout. « Mille fois le plus riche », comme Arthur Rimbaud. Ses solitudes se nomment ici Vera Davidovitch, Rose Salzberg, Mania Baranoff, Iva Berladsky, Mania Goldenstein, Mizou, Rassia Cherman. Elles ont traversé, de près ou de loin – qui est très près aussi – l’Occupation, les tragédies du XXe siècle qui ont souvent pris logis chez elles. Mais leurs mystères ne se résument pas seulement à ces drames historiques, ils sont chaque fois aussi ailleurs, rigoureusement et âprement singuliers.

« Que devient le corps intouché ? » Que devient le corps qui s’avance dans la vieillesse, la solitude, l’absence d’amour ? Qui se retrouve ou se tient à distance de la révélation, de la délivrance d’un toucher amoureux ? Que devient son temps intérieur ? Il est livré tout cru à l’ennui, c’est-à-dire à l’expérience pure du temps. Celle-ci peut être une douleur atroce comme aussi bien le toucher vivifiant de la sensualité même du monde et de la pensée à l’état naissant. Pierre Pachet prolonge ici les belles pages sur l’ennui de L’Œuvre des jours.

« Cette mystérieuse tranquillité qu’aiment les femmes »

Mais le cœur de ses méditations demeure « cette mystérieuse tranquillité qu’aiment les femmes et dans laquelle elles se réfugient volontiers après les tourments de l’amour, ou pour les éviter ». Il aborde opiniâtrement, à travers chacun de ces portraits de femmes, les multiples versants d’une unique énigme. C’est pour lui « comme si les femmes, qui dans le jeu de l’amour sont éminemment maîtresses de dire oui ou non à ceux qui les convoitent, tombaient à certains moments de leur vie dans un  » non  » profond, irrécusable, et qui en quelque sorte ne dépendrait pas complètement de leur volonté ou de leurs intentions ».

Mais j’oubliais encore Léa. Et Irène. Les deux portraits les plus bouleversants du livre. Léa et Irène, deux réponses diamétralement opposées à la guerre et à l’Occupation. La vitalité sensuelle de Léa, la découverte avec elle de l’amour physique, la tentative de retrouvailles. Mais la figure d’Irène est plus fascinante encore. Irène, agrippée dignement et tragiquement jusqu’à sa mort au « refus ». Irène, traversée par « la conscience intermittente d’être ouverte par une blessure de vie menaçante autant que prometteuse ». Contrainte à choisir entre la vie de sa féminité et la sienne. Irène ou la rétraction irrépressible devant le partage du sensuel, la division de soi et de l’autre par l’expérience sensuelle. Irène, caressée et sauvée par les mains d’Agnès et l’écriture de Pierre Pachet.[/access]

Sans amour

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Spécial polisson

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C’est bien tardivement que nous apprenons la mort de Michel Gourdon, survenue le 15 mars 2011 à plus de 85 ans, dans une indifférence presque générale. Et pourtant, Michel Gourdon n’est pas pour rien dans la construction de l’imaginaire érotique de nombreux jeunes garçons (et jeunes filles, qui sait) qui ont aujourd’hui dépassé la quarantaine. Il était en effet l’illustrateur des couvertures des Editions Fleuve Noir de la grande époque, entre 1950 et 1980. On a du mal aujourd’hui à se souvenir de ce qu’était vraiment la littérature de gare jusque dans les années 1970 quand le militaire en permission, l’ouvrier rentrant du turbin ou le notaire encanaillé avaient mieux à faire que se planter devant une téloche réduite à deux chaînes et arrêtant ses programmes à minuit.

Face à la Série Noire et à sa couverture janséniste tout aussi noire au liseré blanc, Fleuve noir avait choisi d’attirer l’œil du chaland avec les dessins de Gourdon qui œuvrait pour la plupart des collections proposées par la maison : « Spécial Police » avec ses couvertures aux couleurs criardes et « Espionnage en noir et blanc », la Guerre froide comme on la rêvait. Sans compter les collections plus éphémères comme « Angoisse » – qui donnait dans le fantastique – ou encore « L’Aventurier » et « Feu ».

Les auteurs de ces collections étaient surnommés les forçats de l’Underwood[1. Le forçat de l’underwood de G. Morris Dumoulin, récit passionnant de la vie d’un de ces écrivains en bâtiment] car ils produisaient jusqu’à quinze ou vingt romans par an pour la maison, et dans tous les genres.
Comment aurait-il fallu, en ce cas, appeler Michel Gourdon qui fournissait toutes les illustrations, à l’exception de celles de la collection « Anticipation », ce qui signifie que durant trente ans, il en a concocté plus de vingt par mois ?

Et pourtant, elles ont marqué, ses couvertures ! Sur une table de nuit paternelle ou une serviette de plage durant les étés en Bretagne, on entrevoyait soudain les cuisses interminables et les seins nus d’une blonde au visage angélique en train de se faire sadiser plus ou moins brutalement par un espion viril qui sentait bon l’eau de toilette et la défense des valeurs occidentales contre la subversion communiste. Si par chance c’était un volume de la collection « Angoisse », on fantasmait sur la brune Méphista qui était une assez bonne initiation à la figure de la dominatrice en cuir noir.

L’incomparable bonheur des lectures en cachette pouvait commencer par la recherche impatiente du passage correspondant à la scène décrite, ce qui n’arrivait pas souvent – on ne voit pas comment Gourdon aurait eu le temps de lire tous les livres qu’il illustrait !

Parmi les premières couvertures que Michel Gourdon a réalisées pour le Fleuve Noir, il faut citer celle de Méfiez-vous des blondes, un roman devenu introuvable de Michel Audiard ; la dernière illustre un San Antonio de 1978, Ma langue au Shah. D’ailleurs, tous les lecteurs de San Antonio s’accordent à le penser, dans leur imaginaire, c’est Gourdon qui a définitivement fixé les traits du plus célèbre commissaire français et non les hideuses photos qui succédèrent à ses dessins.

Profitons-en pour rendre hommage à son frère (toujours vivant), Aslan, également illustrateur et dans un style assez voisin. C’est que les jeunes gens de ces années là lui doivent aussi beaucoup car il dessina les inoubliables pin-up de LUI entre le début des années 60 et l’arrivée de Mitterrand au pouvoir. C’était le temps béni où les magazines de charme existaient encore, n’avilissaient pas les femmes mais, nous semble-t-il, les célébraient de manière assez lumineuse [2. Nous devrons une gratitude éternelle à tout Causeur retrouvant ce numéro de Lui, datant du bouillant été 76, où l’on voyait Marie-Hélène Breillat, qui jouait Claudine pour la télévision, posant nue et en dentelle. Ecrire à la rédaction] et où l’épilation intégrale n’était pas devenu la nouvelle et pénible doxa érotique.
On va encore me traiter de réac…

Une artiste française emprisonnée au Mexique !

Le Mexique est un pays amusant infesté de cactus, plus petit que le Groenland et moins peuplé que le Japon, où le soleil écrasant donne aux hommes la peau rouge et le guacamole aux femmes une silhouette aussi épaisse qu’un poème d’Octavio Paz. Florence Cassez, elle, est une jeune lilloise aux cheveux jaunes, romantique comme une chanson de Francis Lalanne, qui aimait fréquenter des mauvais garçons mexicains. On connait la suite : Florence Cassez est jugée pour complicité dans une nébuleuse affaire de kidnapping, et invitée à passer 60 ans dans une prison. Et la France adore les femmes captives. On leur érige des statues ! On déploie leurs portraits géants sur les frontons des mairies ! On fait des prières collectives en scandant leurs noms de madones : Florence Cassez ! Clotilde Reiss ! Florence Aubenas ! Ingrid Betancourt ! Cassez a même eu ce privilège inouï de voir le facétieux Nicolas Sarkozy lui dédier l’année du Mexique en France.

En outre, Le Parisien nous apprend que Florence Cassez est aussi, à ses heures, une artiste peintre. « A son arrivée à la mi-2006, la prison a organisé un concours de dessin. Et elle a eu un prix pour quelque chose qu’elle a fait à main levée », déclare Bernard Cassez – le père de la captive – à nos confrères. En un peu plus d’un an, l’artiste a produit une quarantaine d’œuvres qui ont été ramenées en France. Et – miraculeuse idée – la mairie du Xème arrondissement de Paris propose en ce moment une exposition des toiles de Florence Cassez… Vous avez aimé « l’innocente victime »© ? Vous adorerez « l’artiste peintre »© !

Le RSA est-il une niche sociale?

Combien pour se lever le matin ? photo : kevä

Dénonçant les « dérives de l’assistanat », Laurent Wauquiez a notamment plaidé pour que le cumul des minima sociaux soit plafonné à 75% du Smic au motif que, selon lui, « un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au Smic ». Cette déclaration tonitruante a valu à monsieur Wauquiez une volée de bois vert d’autant plus cinglante qu’au-delà d’une remise en cause de nos précieux « acquis sociaux », ce ministre de la République a manifestement dit n’importe quoi.

En effet, le mécanisme du RSA a précisément été conçu pour tenir compte des autres aides perçues par les allocataires – ou du moins d’un certain nombre d’entre elles comme les allocations familiales ou l’aide personnalisée au logement (APL). Par exemple, si un couple de chômeurs avec trois enfants peuvent prétendre à 1 167,48 euros de RSA dit « socle » mais touche par ailleurs 286,78 euros d’allocations familiales et 420.93 euros d’APL, leur RSA effectif sera réduit de l’intégralité des allocations familiales et d’un montant forfaitaire de 138.70 euros au titre de l’APL – soit 742 euros qui amènent leurs revenus mensuels à 1449,71 euros. Par ailleurs, si l’un des deux membres du couple trouve un travail payé au Smic, leur aide au logement baissera d’une centaine d’euros et leur RSA passera à 334.26 euros ce qui portera leurs revenus totaux à 2 005,65 euros soit 555.94 euros de moins que dans la situation précédente. À moins donc que monsieur Wauquiez ne fournisse un exemple concret qui illustre son propos, il semble bien qu’un ministre de la République ait proposé de modifier un système auquel il ne comprend absolument rien.

L’ingérable maquis

Qu’un politicien cherche à s’attirer les faveurs de telle ou telle fraction du corps électoral en se proposant de légiférer sur un sujet qu’il ne maîtrise pas n’a rien de nouveau, c’est même d’une affligeante banalité. Ce que révèle la petite mésaventure de celui-ci – qui a dû rétropédaler en accéléré – c’est que s’il y a, dans notre pays, des « dérives de l’assistanat », elles découlent principalement du fait que notre système d’aides sociales est un inextricable maquis – comme notre fiscalité du reste. Cette complexité pose au moins deux problèmes.

L’opacité du système interdit tout débat rationnel sur son fonctionnement : de la même manière que nous sommes – vous et moi – parfaitement incapables de dire combien nous payons réellement d’impôts, nous sommes tout aussi incapables d’évaluer avec précision combien nos concitoyens qui bénéficient de ces systèmes perçoivent effectivement. Soyons honnêtes : en tant que citoyens de ce pays, nous avons totalement perdu la maîtrise de nos finances publiques. Nous ne savons pas qui paye pour quoi et pour qui et en sommes réduits à faire une confiance aveugle à des politiciens professionnels dont l’intérêt bien compris est précisément que nous demeurions le plus ignorants possible. Nos jugements en matière fiscale comme en matière de redistribution ne reposent plus que sur les affirmations péremptoires de ceux qui nous gouvernent ou prétendent le faire et nous choisissons de croire celui qui a le mérite de conforter nos a priori.

Le deuxième principe, valable pour les aides sociales comme pour les prélèvements obligatoires, est que plus un système est complexe, plus il est facile à contourner. De même que la multiplication infinie des niches fiscales, abattements et autres passe-droits permet à ceux qui s’en donnent la peine – et qui y ont le plus intérêt – d’éviter l’impôt, l’opacité de notre système d’aides sociales le rend parfaitement incontrôlable et favorise ceux et celles qui cherchent à en profiter indûment. La multiplicité des systèmes et des administrations à laquelle s’ajoute la nébulosité des conditions d’attribution encouragent la fraude et créent une situation ubuesque où ceux qui ont besoin d’aide ne savent pas à quoi ils ont droit alors que ceux qui trichent maîtrisent parfaitement les rouages de l’usine à gaz.

Nous ne ferons pas l’économie d’une réforme du système

Supposez un instant que monsieur Wauquiez ait eu raison et qu’en effet, il soit possible de mieux gagner sa vie en vivant d’aides sociales qu’en travaillant au Smic. Quel effet croyez-vous que cela puisse avoir ? Pouvez-vous sincèrement croire qu’un de nos concitoyens irait travailler 35 heures par semaine pour le plaisir de réduire son niveau de vie ? Imaginez maintenant qu’il soit possible de toucher exactement les mêmes revenus avec un RSA et quelques autres aides réservées aux chômeurs qu’en travaillant au Smic – même conclusion n’est-ce pas ? Au-delà de la fraude, le problème que pose tout système de minima sociaux est un problème d’incitations : à partir de quel montant de revenus supplémentaires accepteriez-vous d’aller travailler ? Si, comme dans l’exemple proposé plus haut, vous touchiez 1449,71 euros par mois sans travailler, accepteriez-vous de vous lever tous les matins pour gagner 555.94 euros de plus ? Peut-être que oui, peut-être que non…

Le chômage volontaire existe. N’en déplaise aux naïfs, un nombre conséquent de nos concitoyens font le choix rationnel et conscient de refuser des offres d’emplois pour continuer à vivre des aides sociales. On peut débattre de l’ampleur du phénomène mais le nier relève de l’angélisme ou la malhonnêteté intellectuelle. Il ne s’agit pas – comme certains aimeraient le croire – de « stigmatiser les chômeurs », mais tout au contraire d’admettre que les gens ne sont pas des imbéciles et qu’un certain nombre d’entre eux exploitent le système. Refuser d’aller travailler pour rien, ce n’est pas être un fainéant, c’est se comporter de façon parfaitement rationnelle. Nous avons fixé une règle du jeu centrée sur la définition de « droits » ; comment s’étonner que des êtres doués de raison exploitent cette règle dans le sens de leurs intérêts ?

Trop complexe, mal conçu, bricolé mille fois par des générations de politiciens qui, à l’instar de monsieur Wauquiez, n’ont fait qu’empiler des systèmes bancals sur des « mesurettes» contradictoires ; c’est tout notre système d’aides sociales que nous devons remettre à plat aujourd’hui. Ce modèle social que le monde est supposé nous envier ne génère plus qu’injustices, effets pervers, clientélisme et déficits publics. L’heure n’est plus aux ajustements de paramètres mais à une refonte complète. Le véritable « cancer de la société française», c’est le refus obstiné de cette évidence.

La nièce de Ben Laden nue : le buzz nous prend pour des buses

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Si comme moi vous avez été accroché, voire émoustillé par les nombreuses brèves de la concurrence annonçant, sur la base de dépêches d’agences, que la nièce de feu Oussama avait posé nue pour le magazine GQ, eh bien, comme moi vous avez dû être un rien puni de cette curiosité déplacée.

Certes, Wafah Dufour est bien une nièce de Ben Laden, et elle s’appelait même Wafah Bin Laden jusqu’à ce qu’elle change de nom après les 11 septembre. Cela dit, si j’en crois Wikipédia, des nièces et neveux, OBL en avait environ trois cents, son papa ayant eu maintes épouses, qui ont eu maints enfants mâles, lesquels à leur tour etc., etc. Après tout que 0,3% de sa parentèle ait des penchants exhibitionnistes ou juge légitime de gagner sa vie en faisant des clichés olé-olé, ça reste une proportion raisonnable.

Mais la plus cruelle déception vient justement desdits clichés, qui ne cassent vraiment pas trois pattes à un canard. A titre de preuve, voilà la plus osée du lot.

Certes techniquement, cette jeune personne est probablement nue, à moins qu’elle se baigne en slip kangourou. Mais bon à cette aune, je veux bien poser nu sous mes vêtements.

Bref, beaucoup de buzz pour rien, ou plutôt, comme dirait une bonne amie à moi : n’importe quoi pourvu que ça mousse !

Salaud de très pauvres !

photo : Yves Salvat

Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, jeune, beau et ambitieux, probablement compétent et donc inexcusable quand il tient certains propos, est un pur produit de la sarkozie. L’été dernier, il levait des fonds auprès d’hommes d’affaires français à Londres pour alimenter les caisses d’un mini-parti à sa botte.

Avec sa dernière trouvaille, ce brillant sujet qui préside un think-tank appelé « Droite sociale », par antiphrase dirait-on, apporte sa contribution personnelle – si personnelle qu’elle est désavouée par toute la droite – à la tactique présidentielle alimentée par les retours du terrain des élus UMP de base, et qui consiste à courir après une Marine Le Pen que l’on voit comme son père en soft quand elle laboure déjà d’autres sillons, comprenant que la misère sociale ne se divise pas entre Français et immigrés, assistés et autonomes et préférant inviter les électeurs à se demander d’où vient le mal. Et elle les incite à tourner leur regard vers le haut plutôt que vers leur voisin de vers le voisin du coron. On s’étonne, après, que certains se laissent abuser et finissent par croire qu’elle est de gauche.

Mais revenons à Laurent Wauquiez. Laurent Wauquiez est entré en guerre contre les « assistés ». On pourrait lui faire remarquer que ce discours n’est ni très neuf à droite ni très social. Ou encore que la technique consistant à monter les pauvres contre les très pauvres ou, comme Marx l’aurait dit, le prolétariat contre le lumpenprolétariat, est aussi vieille que le capitalisme. Une classe ouvrière unie, c’est toujours plus compliqué. Alors autant appliquer la stratégie de César dans La Guerre des Gaules et dresser les tribus les unes contre les autres pour faciliter la conquête. Et si un Vercingétorix se lève, comme Xavier Mathieu, leader des Conti, il est vite neutralisé par la surexposition médiatique, cette ruse ultime, sans compter un lâchage plus ou moins discret de sa propre hiérarchie syndicale, décidément réformiste et un acharnement ministériel à obtenir son licenciement une fois les projecteurs éteints.

Car voilà, dimanche, sur RMC puis sur BFM-TV, Laurent Wauquiez a expliqué que la France était sous la menace d’un danger vital. Le nucléaire ? Le réchauffement climatique ? Le terrorisme islamiste ? La montée des communautarismes ? Le creusement démentiel des inégalités ? Que nenni ! Ce qui tue la France, la met à genoux, creuse son déficit, ce qui nous amène à deux encablures de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, tenez-vous bien, ce sont les assistés ! Oui ces salauds de (très) pauvres qui vivent grassement des RSA, se gobergent avec des APL, se goinfrent avec des allocations familiales.

Et comme des communicants lui ont appris son métier, à Laurent Wauquiez, il nous raconte l’histoire émouvante d’un ouvrier de chez Michelin qui l’aurait pris par la main pour lui chuchoter à l’oreille une terrible confidence : il aurait voté Le Pen parce que son voisin au RSA n’en fichait pas une rame et gagnait autant que lui qui faisait les trois-huit. Je ne sais pas ci cet ouvrier existe mais en tout cas il aura survécu au premier licenciement boursier de l’histoire de France, celui de Michelin, précisément, qui en 1999 mit 7500 personne sur le carreau sous le prétexte que les bénéfices de l’entreprise, 11% pour l’année, étaient de quatre points inférieurs à ce qui était attendu par les actionnaires.

On pourrait dire tout cela à Laurent Wauquiez. On se contentera de fournir quelques chiffres aisément vérifiables pour démonter cette légende des assistés vivant grassement aux dépens des smicards.
Des chiffres aussi têtus que les faits : un couple au RSA touche 700 euros par mois. S’il a trois enfants, il parvient à 1167 euros, mais s’il a le droit à l’APL, redescend à 1029 euros. Le couple de smicards, dans la même situation, a lui aussi droit à un « RSA chapeau » et à l’APL en guise de compléments.
ATD-Quart Monde est très clair. Dans la situation que nous venons de décrire, et qui est la plus favorable aux allocataires du RSA par rapport aux smicards, le différentiel reste de 350 euros en faveur des smicards.

Reste le vrai problème, celui que veut soigneusement cacher Laurent Wauquiez derrière cette charge inélégante : l’apparition en France du phénomène des « working poor » qui devrait tout de même choquer les élites sarkozistes qui ont placé la valeur-travail au centre de la morale sociale. Oui, il y a en France, comme en Angleterre depuis Thatcher, des gens qui travaillent et ne peuvent pas décemment vivre de leur travail.
Ensuite, si cette faible différence choque tant cela monsieur Wauquiez, pourquoi ne pose-t-il pas le problème dans l’autre sens ? En effet, ce qui est choquant finalement ce n’est pas que des allocations ressemblent à un salaire, c’est qu’un salaire, le smic en l’occurrence, ressemble à une allocation. Mais parler d’augmentation des salaires, par les temps qui courent, c’est comme se promener nu en public, c’est indécent.

Il n’empêche que les Français se font de moins en moins avoir par ces discours de division. Ils ont bien compris que lorsqu’il s’agit de sauver des banques, on parle en milliard d’euros, alors que pour la politique de l’emploi, l’unité est au mieux le million d’euros. Et il ne leur a pas échappé non plus qu’en comparant allocations et salaires minimum, on cherchait à dresser les citoyens les uns contre les autres pour des différences se montant à quelques centaines, voire quelques dizaines d’euros. Question d’échelle. Quant à la préférence pour le terme « assistanat » au détriment de « solidarité », elle n’est qu’une question de vocabulaire. Mais le choix des mots dit tout de la conception que l’on a de la société.

Dominique trousse et cane ?

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photo : kacacca (Flickr)

Le privilège de l’insomniaque est de pouvoir annoncer à ses contemporains les nouvelles étonnantes survenues dans la nuit, et de guetter les réactions sur le visage enchifrené de ses proches. « C’est une machination ! ». Telle fut la réaction de la personne avec qui je partage depuis quelques décennies le quotidien et le nocturne, lorsque je l’informai des ennuis tout récents du secrétaire général du Fonds monétaire international.

« Hélas, non !, la détrompé-je. J’aimerais bien qu’il en soit ainsi, mais la probabilité d’un piège tendu par une officine activée par un rival politique ou une quelconque mafia grecque est infinitésimale ». En effet, le scénario de l’affaire décrit par le menu dans le New York Times laisse peu de place au doute. Il rapporte un comportement dont furent victimes nombre de jeunes femmes qui ont été, dans le passé, amenées pour des raisons professionnelles, à se retrouver en tête à tête avec DSK. Ce serial dragueur est de ceux qui entendent « oui » quand elles disent « non », et qui jurent, une fois passé le pic de production hormonale, qu’ils ne repiqueront plus au truc. Jusqu’à la prochaine fois.

Certes, cette constatation ne réduit pas totalement à néant l’hypothèse d’une machination diabolique destinée à tuer politiquement le principal porteur d’espoir de la gauche française pour l’élection présidentielle. Mais son caractère hautement improbable tient au fait qu’elle aurait pu très facilement être déjouée par sa victime. L’hypothèse d’une affabulation complète ne résiste pas très longtemps à l’examen : si la femme de chambre avait tout inventé, pourquoi cette fuite précipitée ? Mais imaginons un instant que la femme de chambre, soudoyée par un homme de main des comploteurs, ait joué les allumeuses dans la suite à 3000$ la nuit occupée par DSK. En bonne logique, une petite lampe rouge aurait dû s’allumer dans les neurones de l’intéressé, qui fait l’objet d’une campagne insidieuse relative à son niveau de vie et l’acceptation d’un trajet dans la Porsche d’un ami. Se livrer à des galipettes ancillaires sur le sol américain après avoir senti, il y a deux ans, passer le vent du boulet dans l’affaire Piroska Nagy relève soit de la pathologie, soit d’un suicide politique dicté par l’inconscient.

Je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse. DSK était coincé : les sondages, l’entourage, la force irrésistible du fatum le conduisaient vers une candidature qui était déjà pratiquement actée. Les premières salves d’attaques ad hominem – mise en doute de son ancrage dans le terroir français par Christian Jacob et Laurent Wauquiez, rappel de ses frasques sexuelles récentes, allusions à ses propriétés immobilières et à la fortune de son épouse – laissaient augurer de celles, encore plus violentes, qu’il allait devoir subir au cœur de la bataille. Il serait malvenu de le blâmer de s’être effrayé d’une castagne où les coups bas et la bave antisémite étaient à coup sûr au programme.

Qui ne paniquerait pas dans cette situation ? Un premier signe de nervosité s’est traduit la semaine dernière par la plainte déposée contre France-Soir qui avait prétendu que DSK s’habillait, à Washington, de costumes à 35 000 $ confectionnés par le fameux Georges de Paris. Faire condamner un canard trash, propriété du rejeton débile d’un oligarque russe, ne relève pas de la plus subtile des stratégies de communication politique.

La retraite en bon ordre était impossible : on ne titille pas ainsi la libido politique d’un peuple pour s’éclipser juste avant de conclure.
Le « meilleur-candidat-du-PS » avait donc besoin qu’un événement imprévu lui ouvre une porte de sortie, au besoin, s’il ne survenait pas spontanément, en le provoquant. L’inconscient de DSK a donc éteint la petite lampe rouge qui l’aurait empêché de faire une grosse bêtise.

La suite est lamentable, et le sera encore plus demain. Fuite de l’hôtel par la porte de derrière, sortie de l’avion d’Air France entre deux flics, nuit glauque dans un commissariat de police de Manhattan, comparution pas rasé devant le juge. Liberté sous caution, sans doute, mais perspective pas tout-à-fait exclue d’aller pour quelque temps taper le carton avec Bernard Madoff. Sans compter le « Bienvenue au club ! » que ne manquera pas de lui adresser l’ex-président israélien Moshe Katzav.

À la question rituelle de ma grand-mère « Est-ce que c’est bon pour nous ? », la réponse est « Mémé, tu me prends vraiment pour un idiot ? »

Néonihilisme contre boyscoutisme planétaire

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Ricanements et sarcasmes : telles seraient les armes favorites des « néonihilistes ». C’est l’une des brillantes idées exposées par un supposé spécialiste en communication politique, François Chérix, dans le Temps du 18 avril[1. Cette tribune de notre ami Roland Jaccard a été refusée par le quotidien suisse Le Temps. On comprendra pourquoi à la lecture…]. On ne s’en étonnera qu’à moitié, le quotidien genevois a refusé de publier la présente réponse.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, « néonihilistes » c’est le mot savant que Chérix a trouvé pour désigner ceux qu’on appelle – tout aussi sottement – les « néo-réactionnaires ». « En France, une cohorte de bateleurs fait grimper l’audimat, à la manière d’Eric Zemmour ou de Robert Ménard », écrit-il, reprenant des formules déjà usées à force d’avoir été ressassées par la presse. Héritiers des ultralibéraux et des néoconservateurs, mais totalement désabusés, ces « néonihilistes » auraient pour seul objectif leur gloriole. Tous les moyens leur sont bons pour l’obtenir depuis la stigmatisation de l’islam jusqu’à leur complaisance à l’égard des populismes. Arborant volontiers une touche de racisme à leur boutonnière, ils jouent habilement aux boutefeux avec une insouciance de sales gosses. Chérix pratique la méthode éprouvée consistant à caricaturer ses adversaires pour ne pas avoir à se donner la peine de leur répondre.

Chérix, lui, appartient à une autre tribu, celle qui se dévoue inlassablement aux nobles causes – et Dieu ou le Diable savent qu’elles ne font jamais défaut. Chérix est un « buoniste », spontanément acquis à la cause des victimes. Il est aussi un citoyen responsable, soucieux de la complexité des problèmes, conscient que ses idéaux sont hors de sa portée, mais cela ne l’empêche pas d’apporter sa part de bonne volonté à l’entreprise de toute la tribu. On les imagine ensemble, le soir, lisant Indignez-vous ! de Stéphane Hessel en hochant la tête. Le printemps arabe réjouit Chérix et, pour marquer sa solidarité, il a sans doute déjà réservé une suite dans un palace de Djerba. Il ne se demande jamais pourquoi les révolutions font fuir les révolutionnaires. J’oubliais : il est de cœur pro-palestinien et se désole de voir la Chine reculer devant les idéaux démocratiques qui lui tiennent tant à cœur.

Il y a dans le vaste monde beaucoup de Chérix qui participent tous plus ou moins de ce que j’appellerai le boyscoutisme planétaire. Je les admire et regrette parfois de ne pas être comme eux. La bonne conscience, quand même, ce n’est pas rien. Mais en dépit de tous mes efforts, je ne parviens pas à m’indigner.

Le boyscoutisme planétaire, chacun sait ce que c’est. Inutile de l’expliquer. Alors que le néonihilisme, Chérix (François) a pris la peine de le définir. Il est même remonté dans un louable souci pédagogique jusqu’à un sophiste du IVème siècle avant J.C, un certain Gorgias qui lui non plus ne s’embarrassait pas de nuances. Car pour Chérix tout est dans la nuance, sauf sur les sujets qui fâchent : les droits de l’Homme, le respect de l’islam, la peine de mort, la colonisation, l’immigration….Il y a des questions qui ne se discutent pas, à moins d’être néonihiliste ou populiste. Sans oublier toute celles qu’il vaut mieux éviter car leur évocation pourrait être blessante pour les uns ou les autres. Certes, Chérix est un ardent défenseur de la liberté d’expression, mais il serait pour que l’on décrète une fois pour toutes que les valeurs qu’il défend font partie de l’héritage spirituel de l’humanité et ne sauraient, à ce titre, être remises en question.

Car Chérix (François) veut aller de l’avant : il croit en l’idée de progrès, pas comme les « néonihilistes » qui considèrent que c’est un attrape-nigauds. Chérix ( François ) est un homme responsable. Il veut sortir du nucléaire. Il veut laisser une planète propre à ses enfants. C’est un homme sympathique par ailleurs qui n’a aucun tabou, car l’idée même du négatif lui est étrangère. Il n’envisage pas que la vertu est le pire des vices et que « vivre » et « être injuste » sont synonymes. Il a combattu les libéraux, style Blair. Il exècre W. Bush, Wolfowitz et les autres néo-cons. Il a été déçu par l’apathie d’Obama qui n’a même pas tenu sa promesse de fermer un des pires symboles de la barbarie américaine : Guantanamo. Chérix, socialiste et spécialiste en communication, désespérait d’Obama bien avant qu’il ne porte le coup fatal à Ben Laden depuis qu’il est au pouvoir. Mais ce qu’il ne supporte vraiment pas, ce qui lui donne des allergies, ce sont ces « néonihilistes » qui font l’apologie du rien. Il les redoute : « Immanquablement, le camp des destructeurs va grandir », écrit-il. Ces hordes sauvages perturbent ses nuits. Il peine à les comprendre, ce qui est regrettable pour un spécialiste en communication, mais plutôt banal chez un boy-scout. Portons-lui secours en lui rappelant qu’il y a cent ans naissait Cioran, le Vandale des Carpathes, et que pour se mettre un peu à la page il ne serait pas inutile qu’il le lise. Cela lui éviterait de caricaturer la pensée qu’il définit comme « néonihiliste » et de considérer ceux qui s’en réclament comme des filous ne rêvant que de passer à la télévision.

Pigeons de Grigny et de Sotheby’s

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Les habitants de la cité de la Grande Borne à Grigny (91) sont envahis pas les pigeons. Ces derniers ont élu domicile dans les façades des immeubles, dont les ardoises cassées offrent un nid idéal. Le Parisien nous apprend que le bailleur a débloqué 50000 euros pour « traiter spécifiquement le problème des pigeons ». Le « spécifiquement » laissant peu de doute sur l’issue fatale qui attend ces pacifiques volatiles. De quoi se retourner d’ire dans sa tombe le sculpteur François-Xavier Lalanne, à qui l’on doit les deux pigeons de 4,50 mètres qui trônent place de la Treille en plein cœur de la cité, dont ils sont un peu l’emblème. Cité dont le taux de chômage avoisine les 20%, quand le moindre petit « chat polymorphe » de Lalanne est estimé 800000 euros.

Rappelons pour mémoire que F.X. Lalanne et sa femme Claude ont notamment réalisé de nombreux objets d’art pour le domicile d’Yves-Saint-Laurent et Pierre Bergé, oeuvres particulièrement prisées lors de la grande « vente Bergé » de 2009. Comme une vengeance anticipée, et ironiquement cruelle, en mémoire des vrais pigeons de La Grande Borne.

La pilule, dure à avaler ?

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Donc, les lycéennes françaises pourront dorénavant se fournir en contraceptifs à l’heure de la récré sur le lieu même de leur activité principale, l’école.

Et cela affole mon éminent confrère François Taillandier.

On peut penser que l’Education nationale se mêle une fois encore de ce qui ne la regarde pas, confondant avec ou sans malice, l’enseignement, qui est son rôle, avec l’éducation qui devrait être le pré carré des parents. Mais il faut aussi constater que cette confusion est devenue monnaie courante.

Dès la fin des années 1970, des responsables de la Santé publique arpentaient les classes primaires, distribuant des dentifrices et initiant des écoliers, trop heureux d’éviter la table de multiplication par 7, à l’art et la manière de se brosser les dents.

Depuis quelques années, ces bonnes âmes dispensatrices du savoir hygiéniste nous bassinent avec leur pyramide de l’alimentation, voire, organisent des petits-déjeuners bios et équitables dans les salles de classe.

C’est un peu crétin et certains murmurent qu’il serait peut-être plus judicieux de consacrer les heures de cours à l’apprentissage de la règle de 3, de l’imparfait du subjonctif ou du relief du bassin lorrain et de laisser les parents s’occuper du p’tit-déj.

Mais ce qui tracasse François Taillandier, ce n’est ni le dentifrice ni le petit-déjeuner, c’est la pilule !

Pourquoi ?

Eh bien, à en croire notre talentueux romancier du désastre contemporain, les parents, modernes Spartiates, ont renoncé à éduquer leurs enfants et s’en remettent mollement à la collectivité. On ne saurait donc imaginer que Charlotte, après avoir pris conseil auprès de maman et discuté la chose avec le jeune homme de sa jeune vie, se fournisse sur le lieu même où elle se coltine la trigonométrie et les cornéliens dilemmes. Si elle se fournit au lycée, c’est la preuve irréfutable d’un abandon de poste de ses parents. Déjà qu’ils étaient un peu légers sur le coup de l’hygiène buccale…

Et aussi, bien sûr, parce que notre époque désenchantée, forcément, ne supporterait plus les jeunes gens timides et les jeunes filles rêveuses. On a peut-être oublié de signaler à François Taillandier que le « pass-contraception » était un cours à option et qu’il ne faisait pas l’objet d’une évaluation en fin d’année. Rassurez-vous, mon ami, on a toujours le droit de rêver. Et en plus, on a le droit de rêver que le rêve ne vire pas au cauchemar.

« On n’allait pas leur parler indéfiniment de leur sensibilité, de leurs rêves, de leurs désirs, de leurs questionnements, de leurs émerveillements, de leurs cœurs qui battent (…) », nous dit Taillandier. Non. Effectivement, on n’allait pas leur en parler. Cela s’appelle le respect de l’intimité, le droit de chacun à cheminer à son rythme et à sa façon, sans que l’école vienne dicter sa loi et sa cadence. Les cœurs qui palpitent, c’est infiniment secret.

On a respecté leurs émois, leur envie de tendresse, leur besoin de chaleur et de douceur. On leur a juste donné l’outil pour que la tendresse demeure de la tendresse, pour que les premiers pas vers l’érotisme ne se transforment pas en premiers pas vers une maternité qui, à seize ou dix-sept ans, deviendrait une malédiction.

Et aussi pour qu’une erreur d’un soir ne se paye pas toute une vie.

Non, cher François Taillandier, faciliter la contraception n’a rien de collectiviste. C’est même exactement le contraire. C’est rendre l’homme unique, libre et responsable.

Sauf qu’en ce cas, l’homme, c’est une femme. Que dis-je, une jeune fille ! Ce n’est pas vous qui me direz que les jeunes filles ne contribuent pas à l’enchantement du monde ?

« Sans amour », il reste l’amour

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Pierre Pachet est incorrigible : il aime les femmes et le temps. Il aime les traversées du temps dont la forme est une femme. Il aime regarder les femmes regarder les regards et si les regards. Femmes sans amour, vous n’êtes pas seules. Pierre Pachet vous garde et vous regarde, vous accueille au plus profond de lui-même au point de devenir l’une des vôtres à l’orée de son livre – avant de reprendre sexe. Ce livre triste et heureux, ce livre débordant d’amour se nomme Sans amour.

« Parce que l’amour n’est pas une conséquence inévitable de notre nature, seulement une possibilité, on peut concevoir des vies sans amour ou destituées de l’amour. »[access capability= »lire_inedits »] L’espace exploré par Pachet est celui ouvert par l’absence d’une vie amoureuse et sexuelle présente. Cet espace n’est pas à proprement parler « sans amour ». D’abord, parce que la vie amoureuse est seulement l’une des possibilités de l’amour en tant que tel – qui connaît bien d’autres formes. Ensuite, parce que la mémoire y fait fidèlement, indubitablement, acte d’amour.

Pierre Pachet n’a jamais été avare à payer l’amour de son prix exorbitant de solitude. L’heureux destin de ses solitudes est de se métamorphoser irrésistiblement en littérature, d’Autobiographie de mon père à Devant ma mère en passant par l’Adieu à son épouse Soizic. Très rares sont les êtres qui habitent à tel point la littérature, avec une familiarité imprécautionneuse, recevant en chaussettes Baudelaire au petit-déjeuner et en pantoufles Flaubert dans l’après-midi.
« Le hasard mit le veuf à côté de la veuve. » Je me rappelle ce bel incipit de L’Appel du crapaud, de Günter Grass. Pierre Pachet n’est pas seul : il est surpeuplé de solitudes. De solitudes, certes. Mais surpeuplé, avant tout. « Mille fois le plus riche », comme Arthur Rimbaud. Ses solitudes se nomment ici Vera Davidovitch, Rose Salzberg, Mania Baranoff, Iva Berladsky, Mania Goldenstein, Mizou, Rassia Cherman. Elles ont traversé, de près ou de loin – qui est très près aussi – l’Occupation, les tragédies du XXe siècle qui ont souvent pris logis chez elles. Mais leurs mystères ne se résument pas seulement à ces drames historiques, ils sont chaque fois aussi ailleurs, rigoureusement et âprement singuliers.

« Que devient le corps intouché ? » Que devient le corps qui s’avance dans la vieillesse, la solitude, l’absence d’amour ? Qui se retrouve ou se tient à distance de la révélation, de la délivrance d’un toucher amoureux ? Que devient son temps intérieur ? Il est livré tout cru à l’ennui, c’est-à-dire à l’expérience pure du temps. Celle-ci peut être une douleur atroce comme aussi bien le toucher vivifiant de la sensualité même du monde et de la pensée à l’état naissant. Pierre Pachet prolonge ici les belles pages sur l’ennui de L’Œuvre des jours.

« Cette mystérieuse tranquillité qu’aiment les femmes »

Mais le cœur de ses méditations demeure « cette mystérieuse tranquillité qu’aiment les femmes et dans laquelle elles se réfugient volontiers après les tourments de l’amour, ou pour les éviter ». Il aborde opiniâtrement, à travers chacun de ces portraits de femmes, les multiples versants d’une unique énigme. C’est pour lui « comme si les femmes, qui dans le jeu de l’amour sont éminemment maîtresses de dire oui ou non à ceux qui les convoitent, tombaient à certains moments de leur vie dans un  » non  » profond, irrécusable, et qui en quelque sorte ne dépendrait pas complètement de leur volonté ou de leurs intentions ».

Mais j’oubliais encore Léa. Et Irène. Les deux portraits les plus bouleversants du livre. Léa et Irène, deux réponses diamétralement opposées à la guerre et à l’Occupation. La vitalité sensuelle de Léa, la découverte avec elle de l’amour physique, la tentative de retrouvailles. Mais la figure d’Irène est plus fascinante encore. Irène, agrippée dignement et tragiquement jusqu’à sa mort au « refus ». Irène, traversée par « la conscience intermittente d’être ouverte par une blessure de vie menaçante autant que prometteuse ». Contrainte à choisir entre la vie de sa féminité et la sienne. Irène ou la rétraction irrépressible devant le partage du sensuel, la division de soi et de l’autre par l’expérience sensuelle. Irène, caressée et sauvée par les mains d’Agnès et l’écriture de Pierre Pachet.[/access]

Sans amour

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Spécial polisson

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C’est bien tardivement que nous apprenons la mort de Michel Gourdon, survenue le 15 mars 2011 à plus de 85 ans, dans une indifférence presque générale. Et pourtant, Michel Gourdon n’est pas pour rien dans la construction de l’imaginaire érotique de nombreux jeunes garçons (et jeunes filles, qui sait) qui ont aujourd’hui dépassé la quarantaine. Il était en effet l’illustrateur des couvertures des Editions Fleuve Noir de la grande époque, entre 1950 et 1980. On a du mal aujourd’hui à se souvenir de ce qu’était vraiment la littérature de gare jusque dans les années 1970 quand le militaire en permission, l’ouvrier rentrant du turbin ou le notaire encanaillé avaient mieux à faire que se planter devant une téloche réduite à deux chaînes et arrêtant ses programmes à minuit.

Face à la Série Noire et à sa couverture janséniste tout aussi noire au liseré blanc, Fleuve noir avait choisi d’attirer l’œil du chaland avec les dessins de Gourdon qui œuvrait pour la plupart des collections proposées par la maison : « Spécial Police » avec ses couvertures aux couleurs criardes et « Espionnage en noir et blanc », la Guerre froide comme on la rêvait. Sans compter les collections plus éphémères comme « Angoisse » – qui donnait dans le fantastique – ou encore « L’Aventurier » et « Feu ».

Les auteurs de ces collections étaient surnommés les forçats de l’Underwood[1. Le forçat de l’underwood de G. Morris Dumoulin, récit passionnant de la vie d’un de ces écrivains en bâtiment] car ils produisaient jusqu’à quinze ou vingt romans par an pour la maison, et dans tous les genres.
Comment aurait-il fallu, en ce cas, appeler Michel Gourdon qui fournissait toutes les illustrations, à l’exception de celles de la collection « Anticipation », ce qui signifie que durant trente ans, il en a concocté plus de vingt par mois ?

Et pourtant, elles ont marqué, ses couvertures ! Sur une table de nuit paternelle ou une serviette de plage durant les étés en Bretagne, on entrevoyait soudain les cuisses interminables et les seins nus d’une blonde au visage angélique en train de se faire sadiser plus ou moins brutalement par un espion viril qui sentait bon l’eau de toilette et la défense des valeurs occidentales contre la subversion communiste. Si par chance c’était un volume de la collection « Angoisse », on fantasmait sur la brune Méphista qui était une assez bonne initiation à la figure de la dominatrice en cuir noir.

L’incomparable bonheur des lectures en cachette pouvait commencer par la recherche impatiente du passage correspondant à la scène décrite, ce qui n’arrivait pas souvent – on ne voit pas comment Gourdon aurait eu le temps de lire tous les livres qu’il illustrait !

Parmi les premières couvertures que Michel Gourdon a réalisées pour le Fleuve Noir, il faut citer celle de Méfiez-vous des blondes, un roman devenu introuvable de Michel Audiard ; la dernière illustre un San Antonio de 1978, Ma langue au Shah. D’ailleurs, tous les lecteurs de San Antonio s’accordent à le penser, dans leur imaginaire, c’est Gourdon qui a définitivement fixé les traits du plus célèbre commissaire français et non les hideuses photos qui succédèrent à ses dessins.

Profitons-en pour rendre hommage à son frère (toujours vivant), Aslan, également illustrateur et dans un style assez voisin. C’est que les jeunes gens de ces années là lui doivent aussi beaucoup car il dessina les inoubliables pin-up de LUI entre le début des années 60 et l’arrivée de Mitterrand au pouvoir. C’était le temps béni où les magazines de charme existaient encore, n’avilissaient pas les femmes mais, nous semble-t-il, les célébraient de manière assez lumineuse [2. Nous devrons une gratitude éternelle à tout Causeur retrouvant ce numéro de Lui, datant du bouillant été 76, où l’on voyait Marie-Hélène Breillat, qui jouait Claudine pour la télévision, posant nue et en dentelle. Ecrire à la rédaction] et où l’épilation intégrale n’était pas devenu la nouvelle et pénible doxa érotique.
On va encore me traiter de réac…

Une artiste française emprisonnée au Mexique !

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Le Mexique est un pays amusant infesté de cactus, plus petit que le Groenland et moins peuplé que le Japon, où le soleil écrasant donne aux hommes la peau rouge et le guacamole aux femmes une silhouette aussi épaisse qu’un poème d’Octavio Paz. Florence Cassez, elle, est une jeune lilloise aux cheveux jaunes, romantique comme une chanson de Francis Lalanne, qui aimait fréquenter des mauvais garçons mexicains. On connait la suite : Florence Cassez est jugée pour complicité dans une nébuleuse affaire de kidnapping, et invitée à passer 60 ans dans une prison. Et la France adore les femmes captives. On leur érige des statues ! On déploie leurs portraits géants sur les frontons des mairies ! On fait des prières collectives en scandant leurs noms de madones : Florence Cassez ! Clotilde Reiss ! Florence Aubenas ! Ingrid Betancourt ! Cassez a même eu ce privilège inouï de voir le facétieux Nicolas Sarkozy lui dédier l’année du Mexique en France.

En outre, Le Parisien nous apprend que Florence Cassez est aussi, à ses heures, une artiste peintre. « A son arrivée à la mi-2006, la prison a organisé un concours de dessin. Et elle a eu un prix pour quelque chose qu’elle a fait à main levée », déclare Bernard Cassez – le père de la captive – à nos confrères. En un peu plus d’un an, l’artiste a produit une quarantaine d’œuvres qui ont été ramenées en France. Et – miraculeuse idée – la mairie du Xème arrondissement de Paris propose en ce moment une exposition des toiles de Florence Cassez… Vous avez aimé « l’innocente victime »© ? Vous adorerez « l’artiste peintre »© !

Le RSA est-il une niche sociale?

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Combien pour se lever le matin ? photo : kevä

Dénonçant les « dérives de l’assistanat », Laurent Wauquiez a notamment plaidé pour que le cumul des minima sociaux soit plafonné à 75% du Smic au motif que, selon lui, « un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu’un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au Smic ». Cette déclaration tonitruante a valu à monsieur Wauquiez une volée de bois vert d’autant plus cinglante qu’au-delà d’une remise en cause de nos précieux « acquis sociaux », ce ministre de la République a manifestement dit n’importe quoi.

En effet, le mécanisme du RSA a précisément été conçu pour tenir compte des autres aides perçues par les allocataires – ou du moins d’un certain nombre d’entre elles comme les allocations familiales ou l’aide personnalisée au logement (APL). Par exemple, si un couple de chômeurs avec trois enfants peuvent prétendre à 1 167,48 euros de RSA dit « socle » mais touche par ailleurs 286,78 euros d’allocations familiales et 420.93 euros d’APL, leur RSA effectif sera réduit de l’intégralité des allocations familiales et d’un montant forfaitaire de 138.70 euros au titre de l’APL – soit 742 euros qui amènent leurs revenus mensuels à 1449,71 euros. Par ailleurs, si l’un des deux membres du couple trouve un travail payé au Smic, leur aide au logement baissera d’une centaine d’euros et leur RSA passera à 334.26 euros ce qui portera leurs revenus totaux à 2 005,65 euros soit 555.94 euros de moins que dans la situation précédente. À moins donc que monsieur Wauquiez ne fournisse un exemple concret qui illustre son propos, il semble bien qu’un ministre de la République ait proposé de modifier un système auquel il ne comprend absolument rien.

L’ingérable maquis

Qu’un politicien cherche à s’attirer les faveurs de telle ou telle fraction du corps électoral en se proposant de légiférer sur un sujet qu’il ne maîtrise pas n’a rien de nouveau, c’est même d’une affligeante banalité. Ce que révèle la petite mésaventure de celui-ci – qui a dû rétropédaler en accéléré – c’est que s’il y a, dans notre pays, des « dérives de l’assistanat », elles découlent principalement du fait que notre système d’aides sociales est un inextricable maquis – comme notre fiscalité du reste. Cette complexité pose au moins deux problèmes.

L’opacité du système interdit tout débat rationnel sur son fonctionnement : de la même manière que nous sommes – vous et moi – parfaitement incapables de dire combien nous payons réellement d’impôts, nous sommes tout aussi incapables d’évaluer avec précision combien nos concitoyens qui bénéficient de ces systèmes perçoivent effectivement. Soyons honnêtes : en tant que citoyens de ce pays, nous avons totalement perdu la maîtrise de nos finances publiques. Nous ne savons pas qui paye pour quoi et pour qui et en sommes réduits à faire une confiance aveugle à des politiciens professionnels dont l’intérêt bien compris est précisément que nous demeurions le plus ignorants possible. Nos jugements en matière fiscale comme en matière de redistribution ne reposent plus que sur les affirmations péremptoires de ceux qui nous gouvernent ou prétendent le faire et nous choisissons de croire celui qui a le mérite de conforter nos a priori.

Le deuxième principe, valable pour les aides sociales comme pour les prélèvements obligatoires, est que plus un système est complexe, plus il est facile à contourner. De même que la multiplication infinie des niches fiscales, abattements et autres passe-droits permet à ceux qui s’en donnent la peine – et qui y ont le plus intérêt – d’éviter l’impôt, l’opacité de notre système d’aides sociales le rend parfaitement incontrôlable et favorise ceux et celles qui cherchent à en profiter indûment. La multiplicité des systèmes et des administrations à laquelle s’ajoute la nébulosité des conditions d’attribution encouragent la fraude et créent une situation ubuesque où ceux qui ont besoin d’aide ne savent pas à quoi ils ont droit alors que ceux qui trichent maîtrisent parfaitement les rouages de l’usine à gaz.

Nous ne ferons pas l’économie d’une réforme du système

Supposez un instant que monsieur Wauquiez ait eu raison et qu’en effet, il soit possible de mieux gagner sa vie en vivant d’aides sociales qu’en travaillant au Smic. Quel effet croyez-vous que cela puisse avoir ? Pouvez-vous sincèrement croire qu’un de nos concitoyens irait travailler 35 heures par semaine pour le plaisir de réduire son niveau de vie ? Imaginez maintenant qu’il soit possible de toucher exactement les mêmes revenus avec un RSA et quelques autres aides réservées aux chômeurs qu’en travaillant au Smic – même conclusion n’est-ce pas ? Au-delà de la fraude, le problème que pose tout système de minima sociaux est un problème d’incitations : à partir de quel montant de revenus supplémentaires accepteriez-vous d’aller travailler ? Si, comme dans l’exemple proposé plus haut, vous touchiez 1449,71 euros par mois sans travailler, accepteriez-vous de vous lever tous les matins pour gagner 555.94 euros de plus ? Peut-être que oui, peut-être que non…

Le chômage volontaire existe. N’en déplaise aux naïfs, un nombre conséquent de nos concitoyens font le choix rationnel et conscient de refuser des offres d’emplois pour continuer à vivre des aides sociales. On peut débattre de l’ampleur du phénomène mais le nier relève de l’angélisme ou la malhonnêteté intellectuelle. Il ne s’agit pas – comme certains aimeraient le croire – de « stigmatiser les chômeurs », mais tout au contraire d’admettre que les gens ne sont pas des imbéciles et qu’un certain nombre d’entre eux exploitent le système. Refuser d’aller travailler pour rien, ce n’est pas être un fainéant, c’est se comporter de façon parfaitement rationnelle. Nous avons fixé une règle du jeu centrée sur la définition de « droits » ; comment s’étonner que des êtres doués de raison exploitent cette règle dans le sens de leurs intérêts ?

Trop complexe, mal conçu, bricolé mille fois par des générations de politiciens qui, à l’instar de monsieur Wauquiez, n’ont fait qu’empiler des systèmes bancals sur des « mesurettes» contradictoires ; c’est tout notre système d’aides sociales que nous devons remettre à plat aujourd’hui. Ce modèle social que le monde est supposé nous envier ne génère plus qu’injustices, effets pervers, clientélisme et déficits publics. L’heure n’est plus aux ajustements de paramètres mais à une refonte complète. Le véritable « cancer de la société française», c’est le refus obstiné de cette évidence.

La nièce de Ben Laden nue : le buzz nous prend pour des buses

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Si comme moi vous avez été accroché, voire émoustillé par les nombreuses brèves de la concurrence annonçant, sur la base de dépêches d’agences, que la nièce de feu Oussama avait posé nue pour le magazine GQ, eh bien, comme moi vous avez dû être un rien puni de cette curiosité déplacée.

Certes, Wafah Dufour est bien une nièce de Ben Laden, et elle s’appelait même Wafah Bin Laden jusqu’à ce qu’elle change de nom après les 11 septembre. Cela dit, si j’en crois Wikipédia, des nièces et neveux, OBL en avait environ trois cents, son papa ayant eu maintes épouses, qui ont eu maints enfants mâles, lesquels à leur tour etc., etc. Après tout que 0,3% de sa parentèle ait des penchants exhibitionnistes ou juge légitime de gagner sa vie en faisant des clichés olé-olé, ça reste une proportion raisonnable.

Mais la plus cruelle déception vient justement desdits clichés, qui ne cassent vraiment pas trois pattes à un canard. A titre de preuve, voilà la plus osée du lot.

Certes techniquement, cette jeune personne est probablement nue, à moins qu’elle se baigne en slip kangourou. Mais bon à cette aune, je veux bien poser nu sous mes vêtements.

Bref, beaucoup de buzz pour rien, ou plutôt, comme dirait une bonne amie à moi : n’importe quoi pourvu que ça mousse !

Salaud de très pauvres !

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photo : Yves Salvat

Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, jeune, beau et ambitieux, probablement compétent et donc inexcusable quand il tient certains propos, est un pur produit de la sarkozie. L’été dernier, il levait des fonds auprès d’hommes d’affaires français à Londres pour alimenter les caisses d’un mini-parti à sa botte.

Avec sa dernière trouvaille, ce brillant sujet qui préside un think-tank appelé « Droite sociale », par antiphrase dirait-on, apporte sa contribution personnelle – si personnelle qu’elle est désavouée par toute la droite – à la tactique présidentielle alimentée par les retours du terrain des élus UMP de base, et qui consiste à courir après une Marine Le Pen que l’on voit comme son père en soft quand elle laboure déjà d’autres sillons, comprenant que la misère sociale ne se divise pas entre Français et immigrés, assistés et autonomes et préférant inviter les électeurs à se demander d’où vient le mal. Et elle les incite à tourner leur regard vers le haut plutôt que vers leur voisin de vers le voisin du coron. On s’étonne, après, que certains se laissent abuser et finissent par croire qu’elle est de gauche.

Mais revenons à Laurent Wauquiez. Laurent Wauquiez est entré en guerre contre les « assistés ». On pourrait lui faire remarquer que ce discours n’est ni très neuf à droite ni très social. Ou encore que la technique consistant à monter les pauvres contre les très pauvres ou, comme Marx l’aurait dit, le prolétariat contre le lumpenprolétariat, est aussi vieille que le capitalisme. Une classe ouvrière unie, c’est toujours plus compliqué. Alors autant appliquer la stratégie de César dans La Guerre des Gaules et dresser les tribus les unes contre les autres pour faciliter la conquête. Et si un Vercingétorix se lève, comme Xavier Mathieu, leader des Conti, il est vite neutralisé par la surexposition médiatique, cette ruse ultime, sans compter un lâchage plus ou moins discret de sa propre hiérarchie syndicale, décidément réformiste et un acharnement ministériel à obtenir son licenciement une fois les projecteurs éteints.

Car voilà, dimanche, sur RMC puis sur BFM-TV, Laurent Wauquiez a expliqué que la France était sous la menace d’un danger vital. Le nucléaire ? Le réchauffement climatique ? Le terrorisme islamiste ? La montée des communautarismes ? Le creusement démentiel des inégalités ? Que nenni ! Ce qui tue la France, la met à genoux, creuse son déficit, ce qui nous amène à deux encablures de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, tenez-vous bien, ce sont les assistés ! Oui ces salauds de (très) pauvres qui vivent grassement des RSA, se gobergent avec des APL, se goinfrent avec des allocations familiales.

Et comme des communicants lui ont appris son métier, à Laurent Wauquiez, il nous raconte l’histoire émouvante d’un ouvrier de chez Michelin qui l’aurait pris par la main pour lui chuchoter à l’oreille une terrible confidence : il aurait voté Le Pen parce que son voisin au RSA n’en fichait pas une rame et gagnait autant que lui qui faisait les trois-huit. Je ne sais pas ci cet ouvrier existe mais en tout cas il aura survécu au premier licenciement boursier de l’histoire de France, celui de Michelin, précisément, qui en 1999 mit 7500 personne sur le carreau sous le prétexte que les bénéfices de l’entreprise, 11% pour l’année, étaient de quatre points inférieurs à ce qui était attendu par les actionnaires.

On pourrait dire tout cela à Laurent Wauquiez. On se contentera de fournir quelques chiffres aisément vérifiables pour démonter cette légende des assistés vivant grassement aux dépens des smicards.
Des chiffres aussi têtus que les faits : un couple au RSA touche 700 euros par mois. S’il a trois enfants, il parvient à 1167 euros, mais s’il a le droit à l’APL, redescend à 1029 euros. Le couple de smicards, dans la même situation, a lui aussi droit à un « RSA chapeau » et à l’APL en guise de compléments.
ATD-Quart Monde est très clair. Dans la situation que nous venons de décrire, et qui est la plus favorable aux allocataires du RSA par rapport aux smicards, le différentiel reste de 350 euros en faveur des smicards.

Reste le vrai problème, celui que veut soigneusement cacher Laurent Wauquiez derrière cette charge inélégante : l’apparition en France du phénomène des « working poor » qui devrait tout de même choquer les élites sarkozistes qui ont placé la valeur-travail au centre de la morale sociale. Oui, il y a en France, comme en Angleterre depuis Thatcher, des gens qui travaillent et ne peuvent pas décemment vivre de leur travail.
Ensuite, si cette faible différence choque tant cela monsieur Wauquiez, pourquoi ne pose-t-il pas le problème dans l’autre sens ? En effet, ce qui est choquant finalement ce n’est pas que des allocations ressemblent à un salaire, c’est qu’un salaire, le smic en l’occurrence, ressemble à une allocation. Mais parler d’augmentation des salaires, par les temps qui courent, c’est comme se promener nu en public, c’est indécent.

Il n’empêche que les Français se font de moins en moins avoir par ces discours de division. Ils ont bien compris que lorsqu’il s’agit de sauver des banques, on parle en milliard d’euros, alors que pour la politique de l’emploi, l’unité est au mieux le million d’euros. Et il ne leur a pas échappé non plus qu’en comparant allocations et salaires minimum, on cherchait à dresser les citoyens les uns contre les autres pour des différences se montant à quelques centaines, voire quelques dizaines d’euros. Question d’échelle. Quant à la préférence pour le terme « assistanat » au détriment de « solidarité », elle n’est qu’une question de vocabulaire. Mais le choix des mots dit tout de la conception que l’on a de la société.