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La triple défaite de Fillon

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Ce n’est pas une mais trois déconvenues sévères qu’aura vécues l’ancien premier ministre dans ce long feuilleton des primaires.

La première défaite, et la plus évidente, n’est sans doute pas la plus parlante : il est bien évident qu’on ne saura jamais lequel des deux candidats l’a réellement emporté dans les urnes. 50,03 contre 49,97 en bon français, ça veut dire fifty-fifty. On comprend mal, dans ces conditions-là, pourquoi Fillon acte le résultat, plutôt que d’aller le contester devant les instances ad hoc du parti, voire devant la justice française. Il y a en effet comme une bizarrerie à constater de «nombreuses irrégularités», donc en clair des faits délictueux et à ne pas les dénoncer à qui de droit. De là à penser que les fillonistes aux mains si propres n’auraient rien à gagner à une véritable enquête judiciaire sur ce scrutin agité, et notamment sur le déroulement du vote dans les Alpes-Maritimes, le XVIème arrondissement et autres fiefs de l’ancien premier ministre…

La deuxième défaite est moins visible et pourtant plus patente : c’est l’étroitesse du score. Imaginons avec le perdant que seules les magouilles copéistes l’aient privé de sa victoire. De combien aurait-il gagné sinon? De 200 voix, de 500 voix, de 1000 voix ? Avec 50,5 contre 49,5 ? Eh bien une telle victoire aurait été une sacrée défaite. Car si le très prudent François Fillon est allé à la bataille, c’est uniquement avec la certitude absolue d’être élu, d’être très largement élu, un peu comme quand il a choisi le VIIème arrondissement pour devenir député de Paris. Et c’est vrai qu’a priori, il pouvait y croire, François : il était l’ancien premier ministre de Saint-Nicolas Sarkozy, il semblait le plus rassembleur, il était placé 35 points devant son adversaire par les sondeurs et enfin, il était soutenu en bloc par des médias horrifiés par la « dérive droitière » de Copé. Bref, ça devait être in the pocket, ce fut in the baba…

La troisième défaite peut sembler plus anecdotique, elle risque de se révéler fort problématique. On le sait, François Fillon se rêve déjà maire de Paris. Ce qui n’a rien d’impossible : les électeurs de 2014 risquent fort de vouloir sanctionner durement la gauche, comme ils le firent, par exemple, en 1983. Et on ne fera pas injure à Anne Hidalgo en constatant qu’elle a moins de crédit et de prestance que Bertrand Delanoë. Jouable, donc, mais pas joué. En effet lors de la primaire, Fillon a empoché 17 arrondissements sur 20. Un presque grand chelem où ne manquent à l’appel que les XIIème, XIVème, et XVIIIème arrondissement. Manque de bol, compte tenu du mode de scrutin et des rapports de force dans la capitale une victoire à Paris ne peut passer que par la reconquête par la droite du XIIème et du XIVème . Or ces deux arrondissements-clés, ces deux « swing states » du 75, sont aux mains des infâmes copéistes, qui vont donc réclamer des têtes de listes que François Fillon ne veut surtout pas leur donner.

D’ici 2014, il n’y a donc que deux possibilités : soit tout le monde se réconcilie pour battre la gauche, soit le climat se dégrade à tel point qu’Anne Hidalgo sera élue d’avance. Vous pariez avec moi ?

* image : Flickr/UMP

Virginie Despentes crie haro sur l’hétéro

lionel jospin virginie despentes mariage gay

C’est peu dire qu’elle n’a pas aimé, Virginie Despentes, la leçon administrée par le retiré de la vie politique. Lionel Jospin a prétendu sur Canal +, et en clair en plus, ça ne se fait pas, à l’heure où tous les petits enfants peuvent l’entendre, alors qu’ils pourraient plutôt regarder sagement en famille homoparentale recomposée les adaptations porno des bouquins de Virginie, que « l’humanité est structurée sur le rapport homme-femme ». Rendez-vous compte un peu. Une obscénité dégoutante comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps, même chez Canal qui pourtant repousse sans arrêt, avec ses gros bras cryptés, toutes les limites. Enfoncés, les Sade, les Pasolini, les John B. Root et autres Despentes elle-même. Plus gore que chez gore, le Jospin. Vas-y répète ? « L’humanité structurée sur le rapport homme-femme » ? Salopard de coton-tige phallocentrique. Quand elle a entendu cette horreur inqualifiable à une heure de grande écoute, elle a vu rouge Virginie, elle s’est offusquée très fort de cette atteinte monstrueuse à sa morale, elle a fait ni une ni deux, elle a trempé sa plume dans son fiel, et a écrit à Têtu.

Résultat : ils n’ont jamais vu ça chez Têtu, où pourtant ils n’ont pas froid aux yeux non plus : 277 991 « vues » à l’heure où je vous parle, pour un article sur un site où les « hits » plafonnent d’habitude à 20 000. Le high score pour Virginie, ex-romancière et néo-lesbienne, qui touche le fond en même temps que le plafond avec sa diatribe qui nous apprend qu’en régime hétérofacho à la Jospin, eh bien, l’humanité « c’est l’histoire de comment [les femmes] en ont pris plein la gueule pendant des millénaires », passqu’en plus, hein, les femmes, je vous le donne en mille, elles ont pas d’âme pour ces salauds d’hétéros, et quand elle sont mères célibataires elle finissent sur le bûcher comme des sorcières, et que tout ça c’est limite la faute à Jospin lui-même, cet hétéro plouc qui donne même pas de fric à sa femme lorsqu’elle le suce, et qui en plus, le salopard, est divorcé. C’est longuet comme article, je résume : les hétéros ont des vies tellement merdiques que vraiment, merci, ils ont pas de leçon à donner, ils sont polygames en plus, grâce au divorce, ils changent plus vite de femmes que de voitures, ça se voit pas la peine de faire semblant, alors pouêt-pouêt camembert sur les « bougnoules », le mariage hétéro c’est juste de la prostitution polygame en plus hypocrite, Virginie elle dit aussi que nous autres les hétéros on a déjà tellement foutu la merde, tellement on est nuls et « toxiques » avec nos gamins que franchement le mariage homo ça serait vraiment tellement rien du tout comme nouveau bordel tellement le mariage c’est déjà du bordel tout foutu tout bousillé qu’on peut lui foutre un coup de pied de l’âne en plus dans sa gueule toute tordue au vieux mariage hétéro avec le mariage pour tous, franchement, ça fera quoi comme différence ?

Bon. Au-delà du style « punk rock », il y a le fond. Assez gnangnan. Les enfants des parents divorcés ne fêtent plus Noël en famille à cause des parents divorcés, et les familles modernes sont pourries. Si l’on oublie le ton branché-décontracté, j’ai bien peur que ce que l’on trouve comme fond, ce soit du puritanisme à la Civitas, le respect catholique pour la chair en moins. Tout fout le camp ma bonne dame et c’est de la faute aux pères modernes, ces salauds qui savent plus s‘engager durablement. Personnellement, ce n’est pas que ça me gêne outre-mesure le gnangnan, surtout lorsqu’il fleure bon le catholicisme, j’aurais tendance à signer, malgré mon passé chargé de jeune mâle hétéro, mais venant de Virginie Despentes, ça fait quand même un peu drôle comme sermon. Drôle en effet, comme dans cette affaire, les homos veulent nous prendre nous autres les gens attachés au mariage hétéro, non pas par derrière, j’oserais pas, mais à front renversé. Les voilà qui gémissent sur le divorce, le remariage, et les familles éclatées, et sur l’incapacité des hétéros à élever correctement leurs gamins, c’est-à-dire sans doute dans les bons vieux principes d’autorité et d’obéissance, et qu’en conséquence, hein, les leçons qu’ils donnent aux homos, et la paille, et la poutre, etc.

Ils passent leurs journées à écouter Benoît XVI sur KTO ou quoi, les militants gays ? Plus famille tradi que moi, tu meurs ! Si l’on ajoute à ça l’espèce de dégoût ultra-puritain pour le sexe masculin qui se manifeste violemment dans l’article, alors il faut bien constater que depuis Bernardin de Saint-Pierre, Virginie a bien changé : elle n’aime plus du tout Popaul. C’est que maintenant, elle vit bien heureuse avec sa compagne dans la douceur homosexuelle (à lire sa prose, on la sent quand même assez loin d’être parfaitement apaisée par les caresses de sa compagne à la maison, mais bon), loin des horreurs du sexe hétéro et des salopards multi-baiseurs oppresseurs allumeurs de bûcher à la Jospin.

S’il est possible à un réac catho de dire un mot en faveur de Jospin sans trop le compromettre, qu’il me soit permis de dire que je la trouve rudement injuste Virginie, avec Lionel. Car l’opinion de Jospin, contrairement à ce que pense notre polémiste, je ne crois pas du tout que ce soit celle d’un vilain mâle oppresseur du sexe faible, que ça gêne « quand deux chiennes oublient le collier, (…) pour les maintenir sous le joug de l’hétérosexualité ». Je crois que si Jospin n’écoutait que son mâle modernisme et son socialisme viril, il serait parfaitement pour le mariage homo. Je crois au contraire que s’il s’oppose au mariage homo, c’est justement parce qu’il écoute sa « chienne » de femme philosophe qu’il a la maison, Sylviane Agacinski, qui ne doit pas être si opprimée que cela puisqu’elle parvient apparemment à faire penser son ancien Premier ministre de mari contre lui-même et contre son camp. Sa philosophe de femme qui dès 2007 écrivait ceci. « On invoque généralement un culturalisme intégral pour affirmer que le droit civil et particulièrement l’institution du mariage et de la filiation sont de pures constructions, étrangères à la sexuation et à la génération. Mais il n’en est rien, car le lien de filiation unissant un enfant à ses parents est universellement tenu pour bilatéral, et cette bilatéralité serait inintelligible si elle ne s’étayait directement sur la génération sexuée ».

Moi, c’est ça que j’aime dans le couple, chère Virginie Despentes, quand un mec de gauche pense parfois, parce qu’il a une femme libre à la maison qui peut le convaincre, comme un mec de droite. Ou l’inverse. C’est aussi en ce sens-là peut-être que l’humanité est structurée par la différence homme-femme. Parce que cette différence est la mère de toutes les différences. Et que sans différences, sans véritables différences vécues et acceptées, le monde s’effondrera dans cette « immense partouze » que vous trouvez tellement désirable chère Virginie, mais qui sera peut-être moins « à l’amiable » que ce que vous imaginez.

*Photo : Parti socialiste.

Et Dieu créa la Femen

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Le journalisme n’est plus ce qu’il était. Hier Le Point, Le Nouvel Obs, Le Monde, et ce matin La Voix du Nord reprennent en boucle des infos collectées sur place visiblement par un seul journaliste car toutes identiques, faisant état de l’irruption dans la manifestation de dimanche contre le mariage entre personnes de même sexe de femmes du mouvement féministe ukrainien Femen « habillées en nonnes « .

On savait que l’Eglise catholique avait évolué avec Vatican II, mais on ignorait qu’un styliste avait redessiné les tenues des religieuses en ne gardant que le voile et une petite culotte noire, le reste du costume étant celui d’Eve, avec en prime, dessinées à même la peau, des professions de foi type : « in gay we trust » ou « fuck God ». On ignorait aussi que les « féministes », habituellement hostiles a ce que leur corps serve de publicité s’étaient converties à son utilisation à des fins de propagande politique, ou plutôt violemment antireligieuse .
Donc ces pauvres jeunes femmes « habillées en bonnes soeurs » qui, d’après Caroline Fourest qui les accompagnait, faisaient « une contre manifestation pacifique et drôle », se sont fait sauvagement agresser par des manifestants qui ne pouvaient être que des tortionnaires puisque défilant a l’appel de Civitas, « proche des catholiques intégristes ».

En Russie, lorsque les Pussy riots se sont dénudées dans une église, elles ont encouru un châtiment bien plus sévère : la prison .
Je conseillerai volontiers aux Femen, visiblement candidates au martyre, d’exercer leur activité internationale de lutte contre les vêtements en général, et l’obscurantisme religieux en particulier, en Arabie Saoudite, en Iran ou même simplement en Algérie ou en Egypte.
Là-bas, pour un voile sur un corps dénudé où sera peinturluré « fuck » suivi du nom du Prophète, le châtiment risque de dépasser la bastonnade ou la prison. Et elles auront enfin un sort à la mesure de leur combat.

Cher Christophe Conte

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christophe conte inrocks barjot

Cher Christophe Conte,

Je voulais te dire combien ta prestation télévisée de samedi avant-dernier chez Ruquier m’a réjoui. D’abord parce que la présence du citoyen lambda au milieu d’un aréopage de célébrités de la politique, du show-biz, du sport et du fric, c’est un peu la revanche des individus insignifiants comme toi et moi. Car tous ces gens plus beaux, plus grands, plus minces et plus friqués que nous, se pavanant sur les plateaux de télé et dans les journaux people, le vulgum pecus a besoin, de temps en temps, de les voir se viander. Toi, avec ta bonne bouille de français moyen, tu es venu les basher sans complexes afin de leur rappeler qu’ils sont de la même humanité que nous les petits, les obscurs, les sans-grades.


Christophe Conte vs Caron & Polony [T V] Ruquier par warrant

Tu étais fringant, l’autre soir, dans l’uniforme de croque-mort hype – le tee-shirt sous la veste noire – qui te distingue du détaillant en boucherie-charcuterie qui ne lit pas les Inrocks. Et tu ne t’es pas laissé intimider par cette cohorte de quasi-fonctionnaires des talk-shows que la plèbe risque peu de croiser sur la ligne 2 du métro parisien. Chacun en a pris pour son grade. Enfin presque.

En guise d’apéritif, tu t’es payé la cathodique Frigide Barjot en la qualifiant de « parasite mondain ». J’entends déjà ses thuriféraires te rétorquer que c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, arguant des quelques décennies d’intervention culturelle du groupe Jalons comparées à ton curriculum vitæ qui respire une modestie toute franciscaine. Mais nous savons, toi et moi, que papisme rime avec obscurantisme. Tout est permis aux affamés et assoiffés de la justice dont tu es. Car, depuis un bon siècle, le vent a tourné niveau religion : le blasphème est dorénavant un métier comme un autre. Insulter un prélat avec tes calembours orientés – rarement au dessus de la ceinture, rock and roll oblige – ne te fait encourir, tout au plus, qu’une excommunication ferendæ sententiæ, l’épiscopat français ayant tendance à snober la 17ème chambre correctionnelle.

Le plat de résistance fut le moment où tu vins faire l’article pour ton livre, objet de ta présence dans ce parterre de nantis. Toi l’incorruptible, l’idéaliste pour qui le changement c’est maintenant, tu es l’ennemi juré de tous ceux qui, à droite comme à gauche mais surtout à droite, ne pensent pas comme il faut. Natacha Polony ne partage pas tous tes dégoûts ? C’est sûrement dû à son côté « réactionnaire » comme tu l’as si bien souligné. J’imagine que tu as un dossier sur elle dans tes tiroirs, pas loin de ceux, plus volumineux, sur Zemmour, Finkielkraut ou Ménard. Une de ces chemises cartonnées dans lesquelles tu colliges méticuleusement les petits bouts de phrases susceptibles d’être estampillés « dérapages » qui te serviront de pièces à conviction. Le traqueur de propos nauséabonds veille : à chaque incartade verbale qui fait buzz, tu colles illico presto une contravention qui sera publiée en page 3 des Inrocks. À la fois flic, procureur et juge du politiquement correct, tu offres à la vindicte branchouille dudit magazine son lot hebdomadaire de fachos, de beaufs et de margoulins. J’en entends déjà te comparer à Fouquier-Tinville : ils oublient que ce dernier maniait la coprolalie avec beaucoup moins de talent que toi.

En revanche, tu es méchant, certes, mais pas bête. On a bien compris qu’il était inutile de craindre quelque « billet dur » à l’encontre de ta nouvelle directrice éditoriale qui, d’ailleurs, aime beaucoup ce que tu fais. Ta méchanceté n’a rien de gratuit : c’est ton job. Aussi, continue à médire avec discernement : tu ne vas quand même pas flinguer une carrière prometteuse au nom de la probité intellectuelle, hein ?

Je t’embrasse. (Ajouter une contrepèterie.)

On se goberge à Bruxelles, on se suicide à Lisbonne

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Il faut être atteint de cécité spirituelle et politique pour ne pas voir le massacre social qui se déroule sous nos yeux dans les pays du Sud de l’Europe. Il est vraisemblable que dans un demi-siècle (et sans doute avant), les historiens s’interrogeront sur la spirale suicidaire qui a conduit l’Europe à un tel état de délabrement. Le Portugal voit ses citoyens s’exiler massivement en Angola, au Mozambique et au Brésil, quand ils ne choisissent pas une solution plus radicale : le suicide. L’Europe qui faisait rêver le monde entier, ne provoque plus maintenant que sarcasmes ou apitoiement. La zone Euro qui devait être source de croissance n’a produit qu’une forme de désespérance et il est douteux qu’une austérité accrue nous sorte, comme le baron de Münchhausen, du puits dans lequel nous sommes tombés.

Bruxelles cependant signe et persiste. Sans même prêter attention au rapport accablant de la Cour des Comptes européenne qui vient de pointer des erreurs administratives portant sur des milliards d’euros. La réaction anglaise a été immédiate. Le gouvernement britannique a averti que l’audit « réduisait sérieusement la crédibilité de la gestion financière de la zone euro. »

Simultanément – et avec un aplomb qui traduit un cynisme en béton – la Commission européenne et le Parlement, qui ne cessent de plaider pour l’austérité, demandent pour leurs propres dépenses une augmentation de 11%. L’ogre administratif n’est jamais repu. Mais il n’est pas invraisemblable de penser que le jour viendra où les populations cesseront de céder aux injonctions de Bruxelles pour leur demander des comptes. On ne se goberge pas impunément sous les yeux de citoyens dépouillés de leur dignité et de leurs moyens de subsistance. On peut certes rétorquer comme la plupart des hommes politiques que nous avons été trop loin pour reculer…. mais plus le massacre social se poursuivra, moins cet argument deviendra audible.

À la recherche de la droitisation

droitisation ump cope simone le pen

Un spectre hante la France : la droitisation. Depuis trois ans, la gauche a remporté toutes les élections (régionales, municipales, cantonales, sénatoriales, présidentielles et législatives), mais sa rivale dextriste maîtriserait l’agenda et les termes du débat public. L’identité nationale, l’immigration, le multiculturalisme seraient de faux débats imposés par la droitisation des imaginaires et la volonté de l’UMP de draguer l’électeur FN. De surcroît, la fortune électorale du parti frontiste s’expliquerait par la validation rétrospective de ses thématiques de campagne par une UMP droitisée et tentée par une surenchère « populiste » et « xénophobe ». Cette mise en scène, omniprésente dans les gazettes et les essais à la mode, fait peu de cas des dynamiques idéologiques profondes.[access capability= »lire_inedits »] À les examiner, on se dit par exemple que la montée du Front national n’est nullement le signe d’une droitisation de l’opinion mais plutôt le symptôme paradoxal des mutations de la gauche française, détentrice de l’hégémonie culturelle depuis la fin de la seconde Guerre mondiale[1. Sur l’histoire politique de la gauche française, lire la somme de Jacques Julliard, Les Gauches françaises. 1762-2012 : histoire, politique, imaginaire, Flammarion, 2012, 940 pages, 25 €.]. Plus les médias glosent sur la « droitisation », plus la surenchère des invectives passant de « néoréacs » à « néo-fachos» en démontre le manque de sérieux. A-t-on vu une seule « une » de magazine épinglant les « néogauchistes » ou appelant à faire taire les intellectuels organiques de la gauche radicale ?

En réalité, la chasse aux « droitisés » ne dit pas grand-chose sur l’évolution de la droite, mais beaucoup sur le changement de paradigme de la gauche. Fille du jacobinisme, cette dernière se prétend toujours l’héritière des Lumières et de la Révolution française auxquelles elle a pourtant renoncé au cours des années 1980, troquant son idéal individualiste et universaliste contre le différentialisme culturel et sociétal, à l’œuvre dans les projets de lois sur le mariage homosexuel ou le droit de vote des étrangers aux élections locales. Car quoi qu’en dise le linguiste italien Raffaele Simone[2. Raffaele Simone, Le Monstre doux, Le débat-Gallimard, 2008, 192 pages, 17,50 €], « le patrimoine d’idées et de valeurs partagées qui constitue la mentalité collective » demeure ancré à gauche. Pour preuve, lorsque Nicolas Sarkozy décide de « décomplexer » sa campagne électorale, il nomme comme porte-parole… Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’empresse de se dire « tout sauf conservatrice », d’approuver le mariage gay et d’accorder moult gages à l’électorat bobo-écolo des centres-villes.

Pour Simone, cette « droite nouvelle »,  qu’il baptise le « Monstre doux », modifie « le paradigme de la culture de masse ». Cette appréciation relève du mirage. En France, la question de « l’immigration zéro » et de l’influence de l’islam dans la société était déjà posée lors des États généraux RPR-UDF en 1990. Elle fit alors l’objet d’une charte signée par Jacques Chirac, Alain Juppé, Philippe Séguin, François Léotard et même François Bayrou, sans que les commentateurs montent sur leurs grands chevaux. De nos jours, qui oserait encore employer le  terme « invasion » au sujet de l’immigration, comme le fit Valéry Giscard d’Estaing, ou évoquer, façon Jacques Chirac à la même époque, « le bruit et les odeurs » des immeubles à forte population immigrée ?

Si l’immigration massive et la crise économique suscitent une forme de réaction identitaire portée par les partis nationalistes du Vieux Continent, ceux-ci ne s’appuient pas sur une argumentation raciste mais sur une base culturelle et politique. La demande de protectionnisme économique et culturel répond à la mondialisation de l’économie, qui a détruit les repères nationaux et des frontières jusqu’alors considérées comme protectrices. Dans ce contexte, l’importation de pratiques culturelles opposées à nos principes égalitaires et démocratiques conduit une proportion croissante de la population − 18 % à la présidentielle − à se reconnaître dans le discours critique de Marine Le Pen qui sécurise les individus et propose un retour aux valeurs fondatrices de la société française. L’électorat frontiste aspire très majoritairement à bénéficier d’une protection sociale, économique et culturelle sans que les fantômes du passé (Vichy, l’Algérie française) ou une quelconque théorie raciale ne s’en mêlent.

Gauche-droite/Droitegauche : destins croisés

Dans sa typologie sommaire, Simone fossilise une opposition droite/gauche privée de réalité idéologique. Comment continuer sans rire à reconnaître « la défense de la différence, de la tradition et de la hiérarchie » comme « trait caractéristique de la droite » ? Il y a belle lurette que les œuvres complètes de Joseph de Maistre, Louis de Bonald et Charles Maurras ne figurent plus dans la bibliothèque du militant de droite, aujourd’hui acquis à l’idéologie du progrès technologique, humain, voire sociétal. Toutes choses égales par ailleurs, on observe une évolution comparable au sein de la droite américaine. Entre paléoconservateurs, lecteurs des grands penseurs contre-révolutionnaires européens, et néo-conservateurs, souvent issus de la mouvance trotskiste, qui ont pris le contrôle du Parti républicain depuis une trentaine d’années, la rupture est nette. Tout en approuvant nombre de réformes sociétales (avortement, mariage homosexuel) ainsi que le principe même de l’État-providence, les néo-conservateurs adhèrent à un universalisme abstrait qui  leur fait perdre de vue les solidarités communautaires (et l’isolationnisme qui allait avec elles) historiquement constitutives du conservatisme américain[3. Pour plus de détails, lire Le conservatisme en Amérique, comprendre la droite américaine, Paul Gottfried, L’Oeuvre, 2012, 304 pages, 22 €.]. Symétriquement, en France, le mythe diversitaire a basculé à gauche et l’individualisme républicain à droite. Malgré les imprécations de Raffaele Simone, l’« ordre » prôné par Marine Le Pen correspond aux idéaux républicains défendus par la gauche avant son adhésion au multiculturalisme. Lorsque la présidente du Front national dit vouloir un traitement identique pour tous les Français, quelle que soit leur origine, elle défend l’égalité contre le principe de diversité. Quant au différentialisme, assaisonné de sermons sur les joies du vivre-ensemble, la gauche l’a, mutatis mutandis, emprunté à la droite intellectuelle et politique des années 1970 et 1980 qui l’avait conceptualisé, notamment sous la plume de Louis Pauwels, dans les colonnes du Figaro Magazine, pour s’opposer à l’immigration et au métissage.

On comprend que l’intelligentsia n’ait guère envie de reconnaître la migration de l’idée républicaine de gauche à droite. L’émergence d’une mouvance différentialiste d’extrême gauche, notamment incarnée par le Parti des Indigènes de la République (mais aussi par les Indivisibles de Rokhaya Diallo), a de quoi faire réfléchir. Récemment arrivés dans le milieu antiraciste, obsédés par le combat contre l’« islamophobie » et la mainmise des « souchiens » sur une France intrinsèquement « colonialiste », ces rejetons indignes de Frantz Fanon se prennent pour l’avant-garde de la « nouvelle radicalité ». Alors que le « racisme anti- Blanc » était jusqu’alors dénoncé comme une invention de l’extrême droite, sa récente reconnaissance par la Licra marque un tournant. L’association antiraciste vient en effet de se constituer partie civile dans le procès de l’agresseur d’un usager du métro parisien qui avait traité sa victime de « Sale Blanc, sale Français ! » et s’apprête à consacrer son prochain congrès annuel à cette forme de racisme également reconnue par le MRAP. Autant dire que les cartes de la gauche antiraciste sont aujourd’hui rebattues − au grand dam des Indigènes de la République.

Le PIR n’est jamais sûr

Cette rupture avec l’hémiplégie de l’antiracisme institutionnel remet en question la stratégie du Parti socialiste en 2012. Sur fond d’anti-sarkozysme et de sursaut « anti-islamophobe » des banlieues, François Hollande avait  appliqué avec succès la martingale électorale définie par le think-tank progressiste Terra Nova : additionner les voix des « bobos » des centres- villes et les suffrages des enfants de l’immigration. Dans la perspective des prochaines élections locales, l’impopularité du couple exécutif et un possible regain de participation risquent fort d’enrayer l’équation gagnante de la présidentielle, a fortiori si le projet de droit de vote des étrangers est enterré. Cette nouvelle donne pourrait inciter la gauche à se réancrer dans le camp de l’égalité, à rebours de ses errements multiculturalistes.

Il serait alors comique que les traqueurs de la « droitisation » reviennent aux bonnes vieilles recettes égalitaires pour rafler les voix des « petits Blancs ». Après tout, l’Histoire ne se répète-t-elle pas, « la première fois comme tragédie, la deuxième fois comme farce »[4. Karl Marx, Le 18-Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte, Mille et une nuits (réed. 1997).] ?[/access]

*Photo : UMP.

UMP : bal tragique sur la promenade des Anglais

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Cope Fillon UMP

La démocratie interne, c’est un peu comme l’échangisme dans le couple : excitant sur le papier mais bougrement difficile à pratiquer chez soi sans dégâts. La preuve, c’est que le PS devenu majoritaire a enterré le serpent de mer de la démocratie participative pour faire désigner Harlem Désir par le Soviet suprême de la motion Aubry-Ayrault.

À droite, où le nec plus ultra consiste à imiter l’autre bord – qu’y a-t-il de plus chic à exhiber qu’un député UMP pro mariage homo ? – une fois le vent de l’opposition arrivé, le vote des militants était censé résoudre la querelle des egos entre Jean-François Copé et François Fillon. Résultat : avec 55% de participation et un combat à couteaux tirés, les adhérents de l’UMP ont fait mentir les sondages, tels de vulgaires militants Verts refusant de désigner le médiatique Nicolas Hulot au détriment de la glaçante Eva Joly.

Hier soir, les amateurs de soap operas aux intrigues burlesques en ont eu pour leur argent. Longtemps, on a cru que Fillon gagnerait de peu, tandis que son challenger pseudo droitier remporterait une victoire symbolique par un court revers validant a posteriori sa stratégie de campagne calquée sur les thématiques du dernier Sarkozy. Car tout miser sur la critique de l’immigration, de l’islam et l’exaltation de la nation républicaine, pour agrémenter le refrain libéral qui fait l’unanimité dans les rangs de la droite actuelle, vous attire inévitablement les foudres de Nicolas Domenach mais rapporte gros électoralement.

N’écoutant que son courage, comme Bonaparte sur le pont d’Arcole, Jean-François Copé a ainsi annoncé son élection de primus inter pares dès 23h34. Soit quelques heures après avoir dénoncé des irrégularités dans quelques bureaux de vote, dont un ubuesque résultat niçois où le nombre de participants aurait dépassé le chiffre de la liste d’émargement, dans la circonscription même d’Eric Ciotti, directeur de campagne… de François Fillon. Au même moment, les porte-flingues de son adversaire, Pécresse et Wauquiez, criaient au putsch de Copé-Tejero, peu avant que leur champion Fillon ne déclare disposer de 224 voix d’avance et faire toute confiance au verdict final de la Commission des opérations de contrôle, juge impartiale de l’honnêteté du scrutin.
Deux vainqueurs, des appels concurrents à accepter la défaite, des discours unitaires pour deux, des comparaisons qui pleuvent avec les congrès socialistes de Rennes (1990), Reims (2008), l’élection américaine de 2000, et même… avec la nuit des longs couteaux (1934, reductio ad hitlerum oblige…), des jérémiades des chaisières de chaque camp prenant à témoin les journalistes des trémolos dans la voix : « mais pourquoi n’a-t-il pas appelé son concurrent ? », c’est peu dire que la nuit commençait sous les pires auspices.

Tout cela ne nous donnait pas de vainqueur. Un huissier apparu sur les lieux de la discorde niçoise nous apprend qu’une seule voix serait frauduleuse localement, insinuant que le scandale de la Promenade des Anglais cache une intox du camp Copé. Pas de quoi pavoiser, ni d’extrapoler quelque résultat national que ce soit.
Une seule chose est sûre : devant leurs écrans de télévision, deux anciens candidats à la présidentielle n’ont pas dû bouder leur plaisir. Nicolas Sarkozy, puisque le vaincu de mai 2012 prend sa revanche sur ses anciens grognards Fillon et Copé, incapables de prendre le dessus l’un sur l’autre. Et un certain François Hollande, que les embrouillaminis de l’UMP éloignent enfin des débats sur la TVA sociale, du reniement social-libéral du choc de compétitivité et des couacs gouvernementaux.

L’avenir nous dira si la droite post-gaulliste se remet de cette foire d’empoigne et si Nicolas Sarkozy profitera du tragi-comique duo Fillon-Copé comme jadis le phénix Hollande revenu de ses cendres après le déplorable combat de boue Royal-Aubry de 2008. En tout cas, à l’heure nocturne où j’écris ces lignes, la maréchaussée ne signale encore aucun combat de rue au carré Hermès au sud du 16e…

*Photo : UMP.

Lance Armstrong : on achève bien les mythes

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Laborde tour nostalgie armstrong

Pour Laborde, l’été, ce sont d’abord des héros hantant les départementales de notre « cher et vieux pays », s’envolant au plus dur des pentes de cols nommés Peyresourde, Aspin, Galibier ou encore  L’Alpe d’Huez. Le Tour de France a toujours passionné les écrivains – Jacques Perret, Roland Barthes, Curzio Malaparte,  Antoine Blondin, Louis Nucéra, entre autres − qui aiment les personnages de légende et les insoumis aux lois du temps. Les héros s’appellent aujourd’hui Wiggins, Contador, Valverde ou Evans.[access capability= »lire_inedits »]

Ils s’appelaient hier Anquetil, Coppi, Virenque, Delgado ou Marco Pantani, ce pirate flamboyant auquel Les Wampas ont dédié une chanson rock et mélancolique : Rimini.
Dans Tour de France Nostalgie, un album où les mots et les illustrations rivalisent, Laborde les célèbre tous comme il avait chanté Charly Gaul, « le Rimbaud du Tour », dans L’Ange qui aimait la pluie, Miguel Indurain dans Le Roi Miguel ou Lance Armstrong dans Champion.

Mais voilà : le coureur aux sept titres est aujourd’hui déchu. Lui qui a vaincu le cancer et gagné le Tour entre 1999 et 2005 lançait : « Je ne roule pas pour le plaisir, je roule pour la douleur. » Armstrong se serait dopé, Armstrong aurait triché, Armstrong aurait menti. Armstrong doit donc payer. Les instances officielles du cyclisme lui retirent ses victoires, les petits procureurs jaloux le conspuent dans L’Équipe et les assureurs lui demandent de rendre l’argent. La justice − américaine, hexagonale − ou − pourquoi pas ? − le TPI de La Haye auraient-ils condamné Lance Armstrong au terme d’un procès ? Que nenni. Une improbable commission d’enquête américaine a monnayé les témoignages d’une poignée de cyclistes, anciens coéquipiers et amis d’Armstrong. De balances, ils sont devenus − conscience blanchie par le fric − des repentis à l’avenir assuré. Toujours derrière Lance dans les contre-la-montre et les arrivées au sommet, ils ont été les  premiers (enfin !) à bavasser et faire mettre un genou à terre à un homme désormais usé par la calomnie et pourtant jamais pris en faute, jamais serré, jamais condamné.

Dans Tour de France Nostalgie, Laborde se souvient de son enfance, de son père qui lui parlait de Poulidor dans le Plat d’Adet, de l’accordéon d’Yvette Horner, du bandana de Pantani, d’un dandy appelé Bartali et de Lance Armstrong. Il se souvient d’hier, d’aujourd’hui et de demain et défend, au fleuret du style, la grâce d’Armstrong quand il « démarrait » dans Joux-Plane. Il refuse qu’on insulte les plus beaux moments de la légende.[/access]

Christian Laborde, Tour de France Nostalgie, éditions Hors-Collection, 2012, 126 pages, 24,90 €.

*Photo : Dave Lawrance Photography.

La télé, je ne veux pas l’avoir

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redevance tv hollande

Madame la redevancière, Monsieur le redevancier,

Je constate d’après l’avis que vous m’avez envoyé que vous persistez contre toute logique à vouloir me faire payer la redevance tévé. De même que l’an dernier, vous paraissez soudainement être frappé de cécité au moment de consulter ma déclaration, en particulier quand votre regard, que je devine torve et vos petits yeux que je sais globuleux et cruels, inspectent avec gourmandise la case « Je ne possède pas de récepteur TV ».

En effet, il semble bien que je m’évertue chaque année en pure perte à apposer la biffure libératrice sur le funeste document afin de prouver, sinon au monde du moins à l’administration obtuse au sein de laquelle vous avez le malheur de servir, que je ne possède, ni ne posséderai jamais, de récepteur télévisuel. Afin que les choses soient bien claires entre nous et pour vous épargner la peine de m’adresser à chaque rentrée la supplique réglementaire dont je m’épargnerais également avec joie la lecture, laissez-moi vous expliquer en quelques mots l’essentiel de mes relations avec l’univers cathodique.

Dans la lointaine contrée où je suis né et où mes aïeux se sont évertués pendant des générations à faire sortir des artichauts d’une terre ingrate qui se nourrissait de la sueur et des larmes des hommes, je me souviens qu’il y avait un petit hameau ne comptant tout au plus qu’une dizaine d’habitants, en sus de quelques poulets et deux ou trois chiens de chasse. Parmi ses villageois, en général fort peu amènes avec les touristes et les Parisiens, se trouvait une petite vieille acariâtre, dont le visage renfrogné ne s’illuminait qu’à l’évocation des derniers potins de la rubrique nécrologique et au nom de Jean-Pierre Foucault. La pauvre vieille, qui ne quittait en effet guère plus son salon, passait l’essentiel de ses interminables journées rivée devant le poste de tévé dont l’influence démoniaque avait eu raison de sa santé mentale et pulvérisé les derniers restes de lucidité qui habitaient encore son cerveau ravagé. Elle était persuadée notamment que Jean-Pierre Foucault, dont elle ne ratait pas une émission, s’adressait à elle, personnellement, tous les mercredi soir à l’occasion de Sacrée Soirée. L’émission prit fin le 29 juin 1994, après 264 numéros et 7 saisons et la petite vieille trépassa le mercredi suivant.

Depuis lors, ayant constaté les irréparables ravages que la fréquentation trop assidue d’un poste de tévé peut infliger au psychisme humain, je me tiens soigneusement à distance de tout récepteur, tuner, câble, TNT…et autres gadgets susceptibles de soumettre mon cortex au chant des sirènes cathodiques qui ont réussi à envoûter une partie du monde, pour le plus grand malheur de notre civilisation. Dans les rares occasions où je me trouve involontairement exposé au flot d’insanités monstrueux continuellement vomi par ce Léviathan ignoble, qu’il soit rectangulaire, à plasma ou écran plat, je demeure plus convaincu encore que le seul moyen pour l’humanité d’échapper à l’effroyable processus d’autodestruction dans lequel elle se trouve engagée est de mettre fin à l’odieux règne de ce Moloch des temps modernes en détruisant systématiquement tous les postes récepteurs, les antennes, les relais et en supprimant sans aucune pitié tous les animateurs, producteurs, journalistes ou techniciens qui participent au triomphe quotidien de la terrifiante machine à broyer les âmes.

Voilà pourquoi, Madame la redevancière, Monsieur le redevancier, si je me garde bien désormais d’approcher tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un récepteur de tévé, j’ai gardé en revanche, à l’instar de la petite vieille dont j’évoquais un peu plus haut le souvenir, l’habitude de consulter chaque jour avec application la rubrique nécrologique et les premières pages des journaux, dans l’espoir d’y découvrir que le ciel nous a fait la grâce d’enlever au monde un des bouffons pathétiques qui participent quotidiennement à l’abrutissement généralisé.
Bien évidemment, la crainte d’un procès intenté par les parents dégénérés de l’un de ces richissimes malfaisants m’empêche ici de citer des noms mais vous devez savoir que pas un jour ne se passe sans que je n’adresse une fervente prière aux forces qui président à notre destinée pour qu’elles consentent enfin à précipiter dans les feux de la Géhenne toute cette cohorte de crétins repus d’eux-mêmes, d’exhibitionnistes mégalomanes et de nuisibles infatués qui célèbrent bruyamment, jour après jour, le triomphe de l’abjection qu’ils servent avec zèle.

Je vous prie donc, Monsieur le Redevancier, de bien vouloir me laisser tranquille et d’aller plutôt trouver un vrai travail au lieu de m’enquiquiner avec vos manigances de voleur de poules et de bateleur à l’air chafouin.

*Photo : Global X

Contre, tout contre la modernité

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On le sait, rien n’est plus conformiste qu’un certain anticonformisme prompt à chasser le « bien-pensant » et la « pensée unique » partout, suivant une attitude tout aussi pavlovienne que la traque progressiste des « néo » – « réacs » ou « fachos », c’est selon.
Par exemple, s’opposer à la modernité en invoquant un Âge d’or antédiluvien ne fait qu’inverser le mythe du Progrès, en le transposant dans le passé. Dans son vigoureux petit essai Ecrire contre la modernité, l’urbaniste Pierre Le Vigan évite adroitement cet écueil et avertit d’emblée son lecteur : pour penser contre la modernité, encore faut-il être contre, tout contre elle. Autrement dit, retourner son idéal d’autonomie en l’expurgeant de ses errements individualistes.

Conscient que « toute époque moderne sécrète ses antimodernes », Le Vigan se dit contre-moderne – et non antimoderne-, farouchement attaché à l’émancipation des hommes mais aussi à la défense de leurs racines, l’une n’allant pas sans l’autre, chose que l’on a tendance à oublier depuis le triomphe des Lumières. Dans un avant-propos éclairant, il détache d’ailleurs Rousseau de ses contemporains utopistes et retrace la généalogie écossaise des Lumières, qui doivent beaucoup à Smith, Hume et Ferguson.

Au fil d’une quinzaine de portraits érudits, de Pascal à Michéa en passant par André Gorz et le maquisard Jean Prévost, l’auteur rappelle que « les penseurs des Lumières ne croient pas seulement dans des progrès et des libertés – auquel cas il faudrait les suivre- mais dans Le Progrès et La Liberté » avant de dérouler sa plume affûtée.

En quête d’un universel concret, il pourfend conjointement l’homo festivus de Muray, l’homme-marchandise de Marx et en appelle avec Alain Finkielkraut à la phronésis (prudence) grecque contre l’hubris (démesure) du consommateur nomadisé.

Certes, Simone Weil, Chesterton, William Morris, Debord, Jaime Semprun et tant d’autres esprits rebelles manquent à l’appel mais ce travail salutaire de vulgarisation mériterait de figurer dans les meilleures librairies. À commander ici !

Ecrire contre la modernité, Pierre Le Vigan (La Barque d’or)

La triple défaite de Fillon

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Ce n’est pas une mais trois déconvenues sévères qu’aura vécues l’ancien premier ministre dans ce long feuilleton des primaires.

La première défaite, et la plus évidente, n’est sans doute pas la plus parlante : il est bien évident qu’on ne saura jamais lequel des deux candidats l’a réellement emporté dans les urnes. 50,03 contre 49,97 en bon français, ça veut dire fifty-fifty. On comprend mal, dans ces conditions-là, pourquoi Fillon acte le résultat, plutôt que d’aller le contester devant les instances ad hoc du parti, voire devant la justice française. Il y a en effet comme une bizarrerie à constater de «nombreuses irrégularités», donc en clair des faits délictueux et à ne pas les dénoncer à qui de droit. De là à penser que les fillonistes aux mains si propres n’auraient rien à gagner à une véritable enquête judiciaire sur ce scrutin agité, et notamment sur le déroulement du vote dans les Alpes-Maritimes, le XVIème arrondissement et autres fiefs de l’ancien premier ministre…

La deuxième défaite est moins visible et pourtant plus patente : c’est l’étroitesse du score. Imaginons avec le perdant que seules les magouilles copéistes l’aient privé de sa victoire. De combien aurait-il gagné sinon? De 200 voix, de 500 voix, de 1000 voix ? Avec 50,5 contre 49,5 ? Eh bien une telle victoire aurait été une sacrée défaite. Car si le très prudent François Fillon est allé à la bataille, c’est uniquement avec la certitude absolue d’être élu, d’être très largement élu, un peu comme quand il a choisi le VIIème arrondissement pour devenir député de Paris. Et c’est vrai qu’a priori, il pouvait y croire, François : il était l’ancien premier ministre de Saint-Nicolas Sarkozy, il semblait le plus rassembleur, il était placé 35 points devant son adversaire par les sondeurs et enfin, il était soutenu en bloc par des médias horrifiés par la « dérive droitière » de Copé. Bref, ça devait être in the pocket, ce fut in the baba…

La troisième défaite peut sembler plus anecdotique, elle risque de se révéler fort problématique. On le sait, François Fillon se rêve déjà maire de Paris. Ce qui n’a rien d’impossible : les électeurs de 2014 risquent fort de vouloir sanctionner durement la gauche, comme ils le firent, par exemple, en 1983. Et on ne fera pas injure à Anne Hidalgo en constatant qu’elle a moins de crédit et de prestance que Bertrand Delanoë. Jouable, donc, mais pas joué. En effet lors de la primaire, Fillon a empoché 17 arrondissements sur 20. Un presque grand chelem où ne manquent à l’appel que les XIIème, XIVème, et XVIIIème arrondissement. Manque de bol, compte tenu du mode de scrutin et des rapports de force dans la capitale une victoire à Paris ne peut passer que par la reconquête par la droite du XIIème et du XIVème . Or ces deux arrondissements-clés, ces deux « swing states » du 75, sont aux mains des infâmes copéistes, qui vont donc réclamer des têtes de listes que François Fillon ne veut surtout pas leur donner.

D’ici 2014, il n’y a donc que deux possibilités : soit tout le monde se réconcilie pour battre la gauche, soit le climat se dégrade à tel point qu’Anne Hidalgo sera élue d’avance. Vous pariez avec moi ?

* image : Flickr/UMP

Virginie Despentes crie haro sur l’hétéro

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lionel jospin virginie despentes mariage gay

lionel jospin virginie despentes mariage gay

C’est peu dire qu’elle n’a pas aimé, Virginie Despentes, la leçon administrée par le retiré de la vie politique. Lionel Jospin a prétendu sur Canal +, et en clair en plus, ça ne se fait pas, à l’heure où tous les petits enfants peuvent l’entendre, alors qu’ils pourraient plutôt regarder sagement en famille homoparentale recomposée les adaptations porno des bouquins de Virginie, que « l’humanité est structurée sur le rapport homme-femme ». Rendez-vous compte un peu. Une obscénité dégoutante comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps, même chez Canal qui pourtant repousse sans arrêt, avec ses gros bras cryptés, toutes les limites. Enfoncés, les Sade, les Pasolini, les John B. Root et autres Despentes elle-même. Plus gore que chez gore, le Jospin. Vas-y répète ? « L’humanité structurée sur le rapport homme-femme » ? Salopard de coton-tige phallocentrique. Quand elle a entendu cette horreur inqualifiable à une heure de grande écoute, elle a vu rouge Virginie, elle s’est offusquée très fort de cette atteinte monstrueuse à sa morale, elle a fait ni une ni deux, elle a trempé sa plume dans son fiel, et a écrit à Têtu.

Résultat : ils n’ont jamais vu ça chez Têtu, où pourtant ils n’ont pas froid aux yeux non plus : 277 991 « vues » à l’heure où je vous parle, pour un article sur un site où les « hits » plafonnent d’habitude à 20 000. Le high score pour Virginie, ex-romancière et néo-lesbienne, qui touche le fond en même temps que le plafond avec sa diatribe qui nous apprend qu’en régime hétérofacho à la Jospin, eh bien, l’humanité « c’est l’histoire de comment [les femmes] en ont pris plein la gueule pendant des millénaires », passqu’en plus, hein, les femmes, je vous le donne en mille, elles ont pas d’âme pour ces salauds d’hétéros, et quand elle sont mères célibataires elle finissent sur le bûcher comme des sorcières, et que tout ça c’est limite la faute à Jospin lui-même, cet hétéro plouc qui donne même pas de fric à sa femme lorsqu’elle le suce, et qui en plus, le salopard, est divorcé. C’est longuet comme article, je résume : les hétéros ont des vies tellement merdiques que vraiment, merci, ils ont pas de leçon à donner, ils sont polygames en plus, grâce au divorce, ils changent plus vite de femmes que de voitures, ça se voit pas la peine de faire semblant, alors pouêt-pouêt camembert sur les « bougnoules », le mariage hétéro c’est juste de la prostitution polygame en plus hypocrite, Virginie elle dit aussi que nous autres les hétéros on a déjà tellement foutu la merde, tellement on est nuls et « toxiques » avec nos gamins que franchement le mariage homo ça serait vraiment tellement rien du tout comme nouveau bordel tellement le mariage c’est déjà du bordel tout foutu tout bousillé qu’on peut lui foutre un coup de pied de l’âne en plus dans sa gueule toute tordue au vieux mariage hétéro avec le mariage pour tous, franchement, ça fera quoi comme différence ?

Bon. Au-delà du style « punk rock », il y a le fond. Assez gnangnan. Les enfants des parents divorcés ne fêtent plus Noël en famille à cause des parents divorcés, et les familles modernes sont pourries. Si l’on oublie le ton branché-décontracté, j’ai bien peur que ce que l’on trouve comme fond, ce soit du puritanisme à la Civitas, le respect catholique pour la chair en moins. Tout fout le camp ma bonne dame et c’est de la faute aux pères modernes, ces salauds qui savent plus s‘engager durablement. Personnellement, ce n’est pas que ça me gêne outre-mesure le gnangnan, surtout lorsqu’il fleure bon le catholicisme, j’aurais tendance à signer, malgré mon passé chargé de jeune mâle hétéro, mais venant de Virginie Despentes, ça fait quand même un peu drôle comme sermon. Drôle en effet, comme dans cette affaire, les homos veulent nous prendre nous autres les gens attachés au mariage hétéro, non pas par derrière, j’oserais pas, mais à front renversé. Les voilà qui gémissent sur le divorce, le remariage, et les familles éclatées, et sur l’incapacité des hétéros à élever correctement leurs gamins, c’est-à-dire sans doute dans les bons vieux principes d’autorité et d’obéissance, et qu’en conséquence, hein, les leçons qu’ils donnent aux homos, et la paille, et la poutre, etc.

Ils passent leurs journées à écouter Benoît XVI sur KTO ou quoi, les militants gays ? Plus famille tradi que moi, tu meurs ! Si l’on ajoute à ça l’espèce de dégoût ultra-puritain pour le sexe masculin qui se manifeste violemment dans l’article, alors il faut bien constater que depuis Bernardin de Saint-Pierre, Virginie a bien changé : elle n’aime plus du tout Popaul. C’est que maintenant, elle vit bien heureuse avec sa compagne dans la douceur homosexuelle (à lire sa prose, on la sent quand même assez loin d’être parfaitement apaisée par les caresses de sa compagne à la maison, mais bon), loin des horreurs du sexe hétéro et des salopards multi-baiseurs oppresseurs allumeurs de bûcher à la Jospin.

S’il est possible à un réac catho de dire un mot en faveur de Jospin sans trop le compromettre, qu’il me soit permis de dire que je la trouve rudement injuste Virginie, avec Lionel. Car l’opinion de Jospin, contrairement à ce que pense notre polémiste, je ne crois pas du tout que ce soit celle d’un vilain mâle oppresseur du sexe faible, que ça gêne « quand deux chiennes oublient le collier, (…) pour les maintenir sous le joug de l’hétérosexualité ». Je crois que si Jospin n’écoutait que son mâle modernisme et son socialisme viril, il serait parfaitement pour le mariage homo. Je crois au contraire que s’il s’oppose au mariage homo, c’est justement parce qu’il écoute sa « chienne » de femme philosophe qu’il a la maison, Sylviane Agacinski, qui ne doit pas être si opprimée que cela puisqu’elle parvient apparemment à faire penser son ancien Premier ministre de mari contre lui-même et contre son camp. Sa philosophe de femme qui dès 2007 écrivait ceci. « On invoque généralement un culturalisme intégral pour affirmer que le droit civil et particulièrement l’institution du mariage et de la filiation sont de pures constructions, étrangères à la sexuation et à la génération. Mais il n’en est rien, car le lien de filiation unissant un enfant à ses parents est universellement tenu pour bilatéral, et cette bilatéralité serait inintelligible si elle ne s’étayait directement sur la génération sexuée ».

Moi, c’est ça que j’aime dans le couple, chère Virginie Despentes, quand un mec de gauche pense parfois, parce qu’il a une femme libre à la maison qui peut le convaincre, comme un mec de droite. Ou l’inverse. C’est aussi en ce sens-là peut-être que l’humanité est structurée par la différence homme-femme. Parce que cette différence est la mère de toutes les différences. Et que sans différences, sans véritables différences vécues et acceptées, le monde s’effondrera dans cette « immense partouze » que vous trouvez tellement désirable chère Virginie, mais qui sera peut-être moins « à l’amiable » que ce que vous imaginez.

*Photo : Parti socialiste.

Et Dieu créa la Femen

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Le journalisme n’est plus ce qu’il était. Hier Le Point, Le Nouvel Obs, Le Monde, et ce matin La Voix du Nord reprennent en boucle des infos collectées sur place visiblement par un seul journaliste car toutes identiques, faisant état de l’irruption dans la manifestation de dimanche contre le mariage entre personnes de même sexe de femmes du mouvement féministe ukrainien Femen « habillées en nonnes « .

On savait que l’Eglise catholique avait évolué avec Vatican II, mais on ignorait qu’un styliste avait redessiné les tenues des religieuses en ne gardant que le voile et une petite culotte noire, le reste du costume étant celui d’Eve, avec en prime, dessinées à même la peau, des professions de foi type : « in gay we trust » ou « fuck God ». On ignorait aussi que les « féministes », habituellement hostiles a ce que leur corps serve de publicité s’étaient converties à son utilisation à des fins de propagande politique, ou plutôt violemment antireligieuse .
Donc ces pauvres jeunes femmes « habillées en bonnes soeurs » qui, d’après Caroline Fourest qui les accompagnait, faisaient « une contre manifestation pacifique et drôle », se sont fait sauvagement agresser par des manifestants qui ne pouvaient être que des tortionnaires puisque défilant a l’appel de Civitas, « proche des catholiques intégristes ».

En Russie, lorsque les Pussy riots se sont dénudées dans une église, elles ont encouru un châtiment bien plus sévère : la prison .
Je conseillerai volontiers aux Femen, visiblement candidates au martyre, d’exercer leur activité internationale de lutte contre les vêtements en général, et l’obscurantisme religieux en particulier, en Arabie Saoudite, en Iran ou même simplement en Algérie ou en Egypte.
Là-bas, pour un voile sur un corps dénudé où sera peinturluré « fuck » suivi du nom du Prophète, le châtiment risque de dépasser la bastonnade ou la prison. Et elles auront enfin un sort à la mesure de leur combat.

Cher Christophe Conte

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christophe conte inrocks barjot

christophe conte inrocks barjot

Cher Christophe Conte,

Je voulais te dire combien ta prestation télévisée de samedi avant-dernier chez Ruquier m’a réjoui. D’abord parce que la présence du citoyen lambda au milieu d’un aréopage de célébrités de la politique, du show-biz, du sport et du fric, c’est un peu la revanche des individus insignifiants comme toi et moi. Car tous ces gens plus beaux, plus grands, plus minces et plus friqués que nous, se pavanant sur les plateaux de télé et dans les journaux people, le vulgum pecus a besoin, de temps en temps, de les voir se viander. Toi, avec ta bonne bouille de français moyen, tu es venu les basher sans complexes afin de leur rappeler qu’ils sont de la même humanité que nous les petits, les obscurs, les sans-grades.


Christophe Conte vs Caron & Polony [T V] Ruquier par warrant

Tu étais fringant, l’autre soir, dans l’uniforme de croque-mort hype – le tee-shirt sous la veste noire – qui te distingue du détaillant en boucherie-charcuterie qui ne lit pas les Inrocks. Et tu ne t’es pas laissé intimider par cette cohorte de quasi-fonctionnaires des talk-shows que la plèbe risque peu de croiser sur la ligne 2 du métro parisien. Chacun en a pris pour son grade. Enfin presque.

En guise d’apéritif, tu t’es payé la cathodique Frigide Barjot en la qualifiant de « parasite mondain ». J’entends déjà ses thuriféraires te rétorquer que c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, arguant des quelques décennies d’intervention culturelle du groupe Jalons comparées à ton curriculum vitæ qui respire une modestie toute franciscaine. Mais nous savons, toi et moi, que papisme rime avec obscurantisme. Tout est permis aux affamés et assoiffés de la justice dont tu es. Car, depuis un bon siècle, le vent a tourné niveau religion : le blasphème est dorénavant un métier comme un autre. Insulter un prélat avec tes calembours orientés – rarement au dessus de la ceinture, rock and roll oblige – ne te fait encourir, tout au plus, qu’une excommunication ferendæ sententiæ, l’épiscopat français ayant tendance à snober la 17ème chambre correctionnelle.

Le plat de résistance fut le moment où tu vins faire l’article pour ton livre, objet de ta présence dans ce parterre de nantis. Toi l’incorruptible, l’idéaliste pour qui le changement c’est maintenant, tu es l’ennemi juré de tous ceux qui, à droite comme à gauche mais surtout à droite, ne pensent pas comme il faut. Natacha Polony ne partage pas tous tes dégoûts ? C’est sûrement dû à son côté « réactionnaire » comme tu l’as si bien souligné. J’imagine que tu as un dossier sur elle dans tes tiroirs, pas loin de ceux, plus volumineux, sur Zemmour, Finkielkraut ou Ménard. Une de ces chemises cartonnées dans lesquelles tu colliges méticuleusement les petits bouts de phrases susceptibles d’être estampillés « dérapages » qui te serviront de pièces à conviction. Le traqueur de propos nauséabonds veille : à chaque incartade verbale qui fait buzz, tu colles illico presto une contravention qui sera publiée en page 3 des Inrocks. À la fois flic, procureur et juge du politiquement correct, tu offres à la vindicte branchouille dudit magazine son lot hebdomadaire de fachos, de beaufs et de margoulins. J’en entends déjà te comparer à Fouquier-Tinville : ils oublient que ce dernier maniait la coprolalie avec beaucoup moins de talent que toi.

En revanche, tu es méchant, certes, mais pas bête. On a bien compris qu’il était inutile de craindre quelque « billet dur » à l’encontre de ta nouvelle directrice éditoriale qui, d’ailleurs, aime beaucoup ce que tu fais. Ta méchanceté n’a rien de gratuit : c’est ton job. Aussi, continue à médire avec discernement : tu ne vas quand même pas flinguer une carrière prometteuse au nom de la probité intellectuelle, hein ?

Je t’embrasse. (Ajouter une contrepèterie.)

On se goberge à Bruxelles, on se suicide à Lisbonne

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Il faut être atteint de cécité spirituelle et politique pour ne pas voir le massacre social qui se déroule sous nos yeux dans les pays du Sud de l’Europe. Il est vraisemblable que dans un demi-siècle (et sans doute avant), les historiens s’interrogeront sur la spirale suicidaire qui a conduit l’Europe à un tel état de délabrement. Le Portugal voit ses citoyens s’exiler massivement en Angola, au Mozambique et au Brésil, quand ils ne choisissent pas une solution plus radicale : le suicide. L’Europe qui faisait rêver le monde entier, ne provoque plus maintenant que sarcasmes ou apitoiement. La zone Euro qui devait être source de croissance n’a produit qu’une forme de désespérance et il est douteux qu’une austérité accrue nous sorte, comme le baron de Münchhausen, du puits dans lequel nous sommes tombés.

Bruxelles cependant signe et persiste. Sans même prêter attention au rapport accablant de la Cour des Comptes européenne qui vient de pointer des erreurs administratives portant sur des milliards d’euros. La réaction anglaise a été immédiate. Le gouvernement britannique a averti que l’audit « réduisait sérieusement la crédibilité de la gestion financière de la zone euro. »

Simultanément – et avec un aplomb qui traduit un cynisme en béton – la Commission européenne et le Parlement, qui ne cessent de plaider pour l’austérité, demandent pour leurs propres dépenses une augmentation de 11%. L’ogre administratif n’est jamais repu. Mais il n’est pas invraisemblable de penser que le jour viendra où les populations cesseront de céder aux injonctions de Bruxelles pour leur demander des comptes. On ne se goberge pas impunément sous les yeux de citoyens dépouillés de leur dignité et de leurs moyens de subsistance. On peut certes rétorquer comme la plupart des hommes politiques que nous avons été trop loin pour reculer…. mais plus le massacre social se poursuivra, moins cet argument deviendra audible.

À la recherche de la droitisation

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droitisation ump cope simone le pen

droitisation ump cope simone le pen

Un spectre hante la France : la droitisation. Depuis trois ans, la gauche a remporté toutes les élections (régionales, municipales, cantonales, sénatoriales, présidentielles et législatives), mais sa rivale dextriste maîtriserait l’agenda et les termes du débat public. L’identité nationale, l’immigration, le multiculturalisme seraient de faux débats imposés par la droitisation des imaginaires et la volonté de l’UMP de draguer l’électeur FN. De surcroît, la fortune électorale du parti frontiste s’expliquerait par la validation rétrospective de ses thématiques de campagne par une UMP droitisée et tentée par une surenchère « populiste » et « xénophobe ». Cette mise en scène, omniprésente dans les gazettes et les essais à la mode, fait peu de cas des dynamiques idéologiques profondes.[access capability= »lire_inedits »] À les examiner, on se dit par exemple que la montée du Front national n’est nullement le signe d’une droitisation de l’opinion mais plutôt le symptôme paradoxal des mutations de la gauche française, détentrice de l’hégémonie culturelle depuis la fin de la seconde Guerre mondiale[1. Sur l’histoire politique de la gauche française, lire la somme de Jacques Julliard, Les Gauches françaises. 1762-2012 : histoire, politique, imaginaire, Flammarion, 2012, 940 pages, 25 €.]. Plus les médias glosent sur la « droitisation », plus la surenchère des invectives passant de « néoréacs » à « néo-fachos» en démontre le manque de sérieux. A-t-on vu une seule « une » de magazine épinglant les « néogauchistes » ou appelant à faire taire les intellectuels organiques de la gauche radicale ?

En réalité, la chasse aux « droitisés » ne dit pas grand-chose sur l’évolution de la droite, mais beaucoup sur le changement de paradigme de la gauche. Fille du jacobinisme, cette dernière se prétend toujours l’héritière des Lumières et de la Révolution française auxquelles elle a pourtant renoncé au cours des années 1980, troquant son idéal individualiste et universaliste contre le différentialisme culturel et sociétal, à l’œuvre dans les projets de lois sur le mariage homosexuel ou le droit de vote des étrangers aux élections locales. Car quoi qu’en dise le linguiste italien Raffaele Simone[2. Raffaele Simone, Le Monstre doux, Le débat-Gallimard, 2008, 192 pages, 17,50 €], « le patrimoine d’idées et de valeurs partagées qui constitue la mentalité collective » demeure ancré à gauche. Pour preuve, lorsque Nicolas Sarkozy décide de « décomplexer » sa campagne électorale, il nomme comme porte-parole… Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’empresse de se dire « tout sauf conservatrice », d’approuver le mariage gay et d’accorder moult gages à l’électorat bobo-écolo des centres-villes.

Pour Simone, cette « droite nouvelle »,  qu’il baptise le « Monstre doux », modifie « le paradigme de la culture de masse ». Cette appréciation relève du mirage. En France, la question de « l’immigration zéro » et de l’influence de l’islam dans la société était déjà posée lors des États généraux RPR-UDF en 1990. Elle fit alors l’objet d’une charte signée par Jacques Chirac, Alain Juppé, Philippe Séguin, François Léotard et même François Bayrou, sans que les commentateurs montent sur leurs grands chevaux. De nos jours, qui oserait encore employer le  terme « invasion » au sujet de l’immigration, comme le fit Valéry Giscard d’Estaing, ou évoquer, façon Jacques Chirac à la même époque, « le bruit et les odeurs » des immeubles à forte population immigrée ?

Si l’immigration massive et la crise économique suscitent une forme de réaction identitaire portée par les partis nationalistes du Vieux Continent, ceux-ci ne s’appuient pas sur une argumentation raciste mais sur une base culturelle et politique. La demande de protectionnisme économique et culturel répond à la mondialisation de l’économie, qui a détruit les repères nationaux et des frontières jusqu’alors considérées comme protectrices. Dans ce contexte, l’importation de pratiques culturelles opposées à nos principes égalitaires et démocratiques conduit une proportion croissante de la population − 18 % à la présidentielle − à se reconnaître dans le discours critique de Marine Le Pen qui sécurise les individus et propose un retour aux valeurs fondatrices de la société française. L’électorat frontiste aspire très majoritairement à bénéficier d’une protection sociale, économique et culturelle sans que les fantômes du passé (Vichy, l’Algérie française) ou une quelconque théorie raciale ne s’en mêlent.

Gauche-droite/Droitegauche : destins croisés

Dans sa typologie sommaire, Simone fossilise une opposition droite/gauche privée de réalité idéologique. Comment continuer sans rire à reconnaître « la défense de la différence, de la tradition et de la hiérarchie » comme « trait caractéristique de la droite » ? Il y a belle lurette que les œuvres complètes de Joseph de Maistre, Louis de Bonald et Charles Maurras ne figurent plus dans la bibliothèque du militant de droite, aujourd’hui acquis à l’idéologie du progrès technologique, humain, voire sociétal. Toutes choses égales par ailleurs, on observe une évolution comparable au sein de la droite américaine. Entre paléoconservateurs, lecteurs des grands penseurs contre-révolutionnaires européens, et néo-conservateurs, souvent issus de la mouvance trotskiste, qui ont pris le contrôle du Parti républicain depuis une trentaine d’années, la rupture est nette. Tout en approuvant nombre de réformes sociétales (avortement, mariage homosexuel) ainsi que le principe même de l’État-providence, les néo-conservateurs adhèrent à un universalisme abstrait qui  leur fait perdre de vue les solidarités communautaires (et l’isolationnisme qui allait avec elles) historiquement constitutives du conservatisme américain[3. Pour plus de détails, lire Le conservatisme en Amérique, comprendre la droite américaine, Paul Gottfried, L’Oeuvre, 2012, 304 pages, 22 €.]. Symétriquement, en France, le mythe diversitaire a basculé à gauche et l’individualisme républicain à droite. Malgré les imprécations de Raffaele Simone, l’« ordre » prôné par Marine Le Pen correspond aux idéaux républicains défendus par la gauche avant son adhésion au multiculturalisme. Lorsque la présidente du Front national dit vouloir un traitement identique pour tous les Français, quelle que soit leur origine, elle défend l’égalité contre le principe de diversité. Quant au différentialisme, assaisonné de sermons sur les joies du vivre-ensemble, la gauche l’a, mutatis mutandis, emprunté à la droite intellectuelle et politique des années 1970 et 1980 qui l’avait conceptualisé, notamment sous la plume de Louis Pauwels, dans les colonnes du Figaro Magazine, pour s’opposer à l’immigration et au métissage.

On comprend que l’intelligentsia n’ait guère envie de reconnaître la migration de l’idée républicaine de gauche à droite. L’émergence d’une mouvance différentialiste d’extrême gauche, notamment incarnée par le Parti des Indigènes de la République (mais aussi par les Indivisibles de Rokhaya Diallo), a de quoi faire réfléchir. Récemment arrivés dans le milieu antiraciste, obsédés par le combat contre l’« islamophobie » et la mainmise des « souchiens » sur une France intrinsèquement « colonialiste », ces rejetons indignes de Frantz Fanon se prennent pour l’avant-garde de la « nouvelle radicalité ». Alors que le « racisme anti- Blanc » était jusqu’alors dénoncé comme une invention de l’extrême droite, sa récente reconnaissance par la Licra marque un tournant. L’association antiraciste vient en effet de se constituer partie civile dans le procès de l’agresseur d’un usager du métro parisien qui avait traité sa victime de « Sale Blanc, sale Français ! » et s’apprête à consacrer son prochain congrès annuel à cette forme de racisme également reconnue par le MRAP. Autant dire que les cartes de la gauche antiraciste sont aujourd’hui rebattues − au grand dam des Indigènes de la République.

Le PIR n’est jamais sûr

Cette rupture avec l’hémiplégie de l’antiracisme institutionnel remet en question la stratégie du Parti socialiste en 2012. Sur fond d’anti-sarkozysme et de sursaut « anti-islamophobe » des banlieues, François Hollande avait  appliqué avec succès la martingale électorale définie par le think-tank progressiste Terra Nova : additionner les voix des « bobos » des centres- villes et les suffrages des enfants de l’immigration. Dans la perspective des prochaines élections locales, l’impopularité du couple exécutif et un possible regain de participation risquent fort d’enrayer l’équation gagnante de la présidentielle, a fortiori si le projet de droit de vote des étrangers est enterré. Cette nouvelle donne pourrait inciter la gauche à se réancrer dans le camp de l’égalité, à rebours de ses errements multiculturalistes.

Il serait alors comique que les traqueurs de la « droitisation » reviennent aux bonnes vieilles recettes égalitaires pour rafler les voix des « petits Blancs ». Après tout, l’Histoire ne se répète-t-elle pas, « la première fois comme tragédie, la deuxième fois comme farce »[4. Karl Marx, Le 18-Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte, Mille et une nuits (réed. 1997).] ?[/access]

*Photo : UMP.

UMP : bal tragique sur la promenade des Anglais

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Cope Fillon UMP

Cope Fillon UMP

La démocratie interne, c’est un peu comme l’échangisme dans le couple : excitant sur le papier mais bougrement difficile à pratiquer chez soi sans dégâts. La preuve, c’est que le PS devenu majoritaire a enterré le serpent de mer de la démocratie participative pour faire désigner Harlem Désir par le Soviet suprême de la motion Aubry-Ayrault.

À droite, où le nec plus ultra consiste à imiter l’autre bord – qu’y a-t-il de plus chic à exhiber qu’un député UMP pro mariage homo ? – une fois le vent de l’opposition arrivé, le vote des militants était censé résoudre la querelle des egos entre Jean-François Copé et François Fillon. Résultat : avec 55% de participation et un combat à couteaux tirés, les adhérents de l’UMP ont fait mentir les sondages, tels de vulgaires militants Verts refusant de désigner le médiatique Nicolas Hulot au détriment de la glaçante Eva Joly.

Hier soir, les amateurs de soap operas aux intrigues burlesques en ont eu pour leur argent. Longtemps, on a cru que Fillon gagnerait de peu, tandis que son challenger pseudo droitier remporterait une victoire symbolique par un court revers validant a posteriori sa stratégie de campagne calquée sur les thématiques du dernier Sarkozy. Car tout miser sur la critique de l’immigration, de l’islam et l’exaltation de la nation républicaine, pour agrémenter le refrain libéral qui fait l’unanimité dans les rangs de la droite actuelle, vous attire inévitablement les foudres de Nicolas Domenach mais rapporte gros électoralement.

N’écoutant que son courage, comme Bonaparte sur le pont d’Arcole, Jean-François Copé a ainsi annoncé son élection de primus inter pares dès 23h34. Soit quelques heures après avoir dénoncé des irrégularités dans quelques bureaux de vote, dont un ubuesque résultat niçois où le nombre de participants aurait dépassé le chiffre de la liste d’émargement, dans la circonscription même d’Eric Ciotti, directeur de campagne… de François Fillon. Au même moment, les porte-flingues de son adversaire, Pécresse et Wauquiez, criaient au putsch de Copé-Tejero, peu avant que leur champion Fillon ne déclare disposer de 224 voix d’avance et faire toute confiance au verdict final de la Commission des opérations de contrôle, juge impartiale de l’honnêteté du scrutin.
Deux vainqueurs, des appels concurrents à accepter la défaite, des discours unitaires pour deux, des comparaisons qui pleuvent avec les congrès socialistes de Rennes (1990), Reims (2008), l’élection américaine de 2000, et même… avec la nuit des longs couteaux (1934, reductio ad hitlerum oblige…), des jérémiades des chaisières de chaque camp prenant à témoin les journalistes des trémolos dans la voix : « mais pourquoi n’a-t-il pas appelé son concurrent ? », c’est peu dire que la nuit commençait sous les pires auspices.

Tout cela ne nous donnait pas de vainqueur. Un huissier apparu sur les lieux de la discorde niçoise nous apprend qu’une seule voix serait frauduleuse localement, insinuant que le scandale de la Promenade des Anglais cache une intox du camp Copé. Pas de quoi pavoiser, ni d’extrapoler quelque résultat national que ce soit.
Une seule chose est sûre : devant leurs écrans de télévision, deux anciens candidats à la présidentielle n’ont pas dû bouder leur plaisir. Nicolas Sarkozy, puisque le vaincu de mai 2012 prend sa revanche sur ses anciens grognards Fillon et Copé, incapables de prendre le dessus l’un sur l’autre. Et un certain François Hollande, que les embrouillaminis de l’UMP éloignent enfin des débats sur la TVA sociale, du reniement social-libéral du choc de compétitivité et des couacs gouvernementaux.

L’avenir nous dira si la droite post-gaulliste se remet de cette foire d’empoigne et si Nicolas Sarkozy profitera du tragi-comique duo Fillon-Copé comme jadis le phénix Hollande revenu de ses cendres après le déplorable combat de boue Royal-Aubry de 2008. En tout cas, à l’heure nocturne où j’écris ces lignes, la maréchaussée ne signale encore aucun combat de rue au carré Hermès au sud du 16e…

*Photo : UMP.

Lance Armstrong : on achève bien les mythes

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Laborde tour nostalgie armstrong

Laborde tour nostalgie armstrong

Pour Laborde, l’été, ce sont d’abord des héros hantant les départementales de notre « cher et vieux pays », s’envolant au plus dur des pentes de cols nommés Peyresourde, Aspin, Galibier ou encore  L’Alpe d’Huez. Le Tour de France a toujours passionné les écrivains – Jacques Perret, Roland Barthes, Curzio Malaparte,  Antoine Blondin, Louis Nucéra, entre autres − qui aiment les personnages de légende et les insoumis aux lois du temps. Les héros s’appellent aujourd’hui Wiggins, Contador, Valverde ou Evans.[access capability= »lire_inedits »]

Ils s’appelaient hier Anquetil, Coppi, Virenque, Delgado ou Marco Pantani, ce pirate flamboyant auquel Les Wampas ont dédié une chanson rock et mélancolique : Rimini.
Dans Tour de France Nostalgie, un album où les mots et les illustrations rivalisent, Laborde les célèbre tous comme il avait chanté Charly Gaul, « le Rimbaud du Tour », dans L’Ange qui aimait la pluie, Miguel Indurain dans Le Roi Miguel ou Lance Armstrong dans Champion.

Mais voilà : le coureur aux sept titres est aujourd’hui déchu. Lui qui a vaincu le cancer et gagné le Tour entre 1999 et 2005 lançait : « Je ne roule pas pour le plaisir, je roule pour la douleur. » Armstrong se serait dopé, Armstrong aurait triché, Armstrong aurait menti. Armstrong doit donc payer. Les instances officielles du cyclisme lui retirent ses victoires, les petits procureurs jaloux le conspuent dans L’Équipe et les assureurs lui demandent de rendre l’argent. La justice − américaine, hexagonale − ou − pourquoi pas ? − le TPI de La Haye auraient-ils condamné Lance Armstrong au terme d’un procès ? Que nenni. Une improbable commission d’enquête américaine a monnayé les témoignages d’une poignée de cyclistes, anciens coéquipiers et amis d’Armstrong. De balances, ils sont devenus − conscience blanchie par le fric − des repentis à l’avenir assuré. Toujours derrière Lance dans les contre-la-montre et les arrivées au sommet, ils ont été les  premiers (enfin !) à bavasser et faire mettre un genou à terre à un homme désormais usé par la calomnie et pourtant jamais pris en faute, jamais serré, jamais condamné.

Dans Tour de France Nostalgie, Laborde se souvient de son enfance, de son père qui lui parlait de Poulidor dans le Plat d’Adet, de l’accordéon d’Yvette Horner, du bandana de Pantani, d’un dandy appelé Bartali et de Lance Armstrong. Il se souvient d’hier, d’aujourd’hui et de demain et défend, au fleuret du style, la grâce d’Armstrong quand il « démarrait » dans Joux-Plane. Il refuse qu’on insulte les plus beaux moments de la légende.[/access]

Christian Laborde, Tour de France Nostalgie, éditions Hors-Collection, 2012, 126 pages, 24,90 €.

*Photo : Dave Lawrance Photography.

La télé, je ne veux pas l’avoir

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redevance tv hollande

redevance tv hollande

Madame la redevancière, Monsieur le redevancier,

Je constate d’après l’avis que vous m’avez envoyé que vous persistez contre toute logique à vouloir me faire payer la redevance tévé. De même que l’an dernier, vous paraissez soudainement être frappé de cécité au moment de consulter ma déclaration, en particulier quand votre regard, que je devine torve et vos petits yeux que je sais globuleux et cruels, inspectent avec gourmandise la case « Je ne possède pas de récepteur TV ».

En effet, il semble bien que je m’évertue chaque année en pure perte à apposer la biffure libératrice sur le funeste document afin de prouver, sinon au monde du moins à l’administration obtuse au sein de laquelle vous avez le malheur de servir, que je ne possède, ni ne posséderai jamais, de récepteur télévisuel. Afin que les choses soient bien claires entre nous et pour vous épargner la peine de m’adresser à chaque rentrée la supplique réglementaire dont je m’épargnerais également avec joie la lecture, laissez-moi vous expliquer en quelques mots l’essentiel de mes relations avec l’univers cathodique.

Dans la lointaine contrée où je suis né et où mes aïeux se sont évertués pendant des générations à faire sortir des artichauts d’une terre ingrate qui se nourrissait de la sueur et des larmes des hommes, je me souviens qu’il y avait un petit hameau ne comptant tout au plus qu’une dizaine d’habitants, en sus de quelques poulets et deux ou trois chiens de chasse. Parmi ses villageois, en général fort peu amènes avec les touristes et les Parisiens, se trouvait une petite vieille acariâtre, dont le visage renfrogné ne s’illuminait qu’à l’évocation des derniers potins de la rubrique nécrologique et au nom de Jean-Pierre Foucault. La pauvre vieille, qui ne quittait en effet guère plus son salon, passait l’essentiel de ses interminables journées rivée devant le poste de tévé dont l’influence démoniaque avait eu raison de sa santé mentale et pulvérisé les derniers restes de lucidité qui habitaient encore son cerveau ravagé. Elle était persuadée notamment que Jean-Pierre Foucault, dont elle ne ratait pas une émission, s’adressait à elle, personnellement, tous les mercredi soir à l’occasion de Sacrée Soirée. L’émission prit fin le 29 juin 1994, après 264 numéros et 7 saisons et la petite vieille trépassa le mercredi suivant.

Depuis lors, ayant constaté les irréparables ravages que la fréquentation trop assidue d’un poste de tévé peut infliger au psychisme humain, je me tiens soigneusement à distance de tout récepteur, tuner, câble, TNT…et autres gadgets susceptibles de soumettre mon cortex au chant des sirènes cathodiques qui ont réussi à envoûter une partie du monde, pour le plus grand malheur de notre civilisation. Dans les rares occasions où je me trouve involontairement exposé au flot d’insanités monstrueux continuellement vomi par ce Léviathan ignoble, qu’il soit rectangulaire, à plasma ou écran plat, je demeure plus convaincu encore que le seul moyen pour l’humanité d’échapper à l’effroyable processus d’autodestruction dans lequel elle se trouve engagée est de mettre fin à l’odieux règne de ce Moloch des temps modernes en détruisant systématiquement tous les postes récepteurs, les antennes, les relais et en supprimant sans aucune pitié tous les animateurs, producteurs, journalistes ou techniciens qui participent au triomphe quotidien de la terrifiante machine à broyer les âmes.

Voilà pourquoi, Madame la redevancière, Monsieur le redevancier, si je me garde bien désormais d’approcher tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un récepteur de tévé, j’ai gardé en revanche, à l’instar de la petite vieille dont j’évoquais un peu plus haut le souvenir, l’habitude de consulter chaque jour avec application la rubrique nécrologique et les premières pages des journaux, dans l’espoir d’y découvrir que le ciel nous a fait la grâce d’enlever au monde un des bouffons pathétiques qui participent quotidiennement à l’abrutissement généralisé.
Bien évidemment, la crainte d’un procès intenté par les parents dégénérés de l’un de ces richissimes malfaisants m’empêche ici de citer des noms mais vous devez savoir que pas un jour ne se passe sans que je n’adresse une fervente prière aux forces qui président à notre destinée pour qu’elles consentent enfin à précipiter dans les feux de la Géhenne toute cette cohorte de crétins repus d’eux-mêmes, d’exhibitionnistes mégalomanes et de nuisibles infatués qui célèbrent bruyamment, jour après jour, le triomphe de l’abjection qu’ils servent avec zèle.

Je vous prie donc, Monsieur le Redevancier, de bien vouloir me laisser tranquille et d’aller plutôt trouver un vrai travail au lieu de m’enquiquiner avec vos manigances de voleur de poules et de bateleur à l’air chafouin.

*Photo : Global X

Contre, tout contre la modernité

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On le sait, rien n’est plus conformiste qu’un certain anticonformisme prompt à chasser le « bien-pensant » et la « pensée unique » partout, suivant une attitude tout aussi pavlovienne que la traque progressiste des « néo » – « réacs » ou « fachos », c’est selon.
Par exemple, s’opposer à la modernité en invoquant un Âge d’or antédiluvien ne fait qu’inverser le mythe du Progrès, en le transposant dans le passé. Dans son vigoureux petit essai Ecrire contre la modernité, l’urbaniste Pierre Le Vigan évite adroitement cet écueil et avertit d’emblée son lecteur : pour penser contre la modernité, encore faut-il être contre, tout contre elle. Autrement dit, retourner son idéal d’autonomie en l’expurgeant de ses errements individualistes.

Conscient que « toute époque moderne sécrète ses antimodernes », Le Vigan se dit contre-moderne – et non antimoderne-, farouchement attaché à l’émancipation des hommes mais aussi à la défense de leurs racines, l’une n’allant pas sans l’autre, chose que l’on a tendance à oublier depuis le triomphe des Lumières. Dans un avant-propos éclairant, il détache d’ailleurs Rousseau de ses contemporains utopistes et retrace la généalogie écossaise des Lumières, qui doivent beaucoup à Smith, Hume et Ferguson.

Au fil d’une quinzaine de portraits érudits, de Pascal à Michéa en passant par André Gorz et le maquisard Jean Prévost, l’auteur rappelle que « les penseurs des Lumières ne croient pas seulement dans des progrès et des libertés – auquel cas il faudrait les suivre- mais dans Le Progrès et La Liberté » avant de dérouler sa plume affûtée.

En quête d’un universel concret, il pourfend conjointement l’homo festivus de Muray, l’homme-marchandise de Marx et en appelle avec Alain Finkielkraut à la phronésis (prudence) grecque contre l’hubris (démesure) du consommateur nomadisé.

Certes, Simone Weil, Chesterton, William Morris, Debord, Jaime Semprun et tant d’autres esprits rebelles manquent à l’appel mais ce travail salutaire de vulgarisation mériterait de figurer dans les meilleures librairies. À commander ici !

Ecrire contre la modernité, Pierre Le Vigan (La Barque d’or)