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UMP : la guerre des sous-chefs (suite et sans doute pas fin)

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sarkozy morano ump

Du nouveau à l’est ! Comme nous l’avions prévu il y a trois semaines, sauf retournement extraordinaire, Nadine Morano mènera la liste de l’UMP aux européennes pour la circonscription du grand Est. D’après L’Opinion,  Nicolas Sarkozy aurait pris la décision en personne avant de l’annoncer à son ancienne ministre le 5 décembre dernier. Etonnant. Jusqu’à présent, la stratégie du chef de l’Etat était pourtant claire : apparaître comme un recours au-dessus des partis en général et de l’UMP en particulier. Sa médiation ratée[1. Au bénéfice de Jean-Pierre Raffarin. Quelle humiliation !],  entre Copé et Fillon ayant laissé des mauvais souvenirs, Sarkozy avait résolu de ne plus se mêler des bisbilles internes à l’UMP.

En désignant la tête de liste pour le Grand Est, l’ancien président a donc dérogé à la règle qu’il s’était fixée. Pour une raison simple : sans cet arbitrage, deux pions essentiels de son dispositif se seraient affrontés. Nadine Morano est la trésorière de l’association des Amis de Nicolas Sarkozy, fidèle entre les fidèles. Et Arnaud Danjean compte parmi les jeunes loups sur lesquels Sarkozy pense s’appuyer dans la bataille pour 2017. Comment expliquer que Danjean ait rendu les armes aussi facilement, alors qu’il avait annoncé virilement sa candidature au JDD et bénéficié du  soutien de Joseph Daul et Michel Barnier ? Sarko himself l’a probablement incité très fortement à se contenter de la seconde place… On imagine Copé et Fillon, respectivement soutiens de Morano et de Danjean, ravis de laisser à Nicolas Sarkozy le soin d’arbitrer ce duel fratricide, au risque d’écorner sa stratégie présidentielle en descendant dans la mêlée.

Mais que les duettistes du fol hiver dernier ne se réjouissent pas trop vite. D’autres grandes manœuvres ont commencé pour ces élections européennes, mais sur le plan idéologique. Et là, Sarko, juré-craché, laissera les belligérants se débrouiller entre eux. En cause, la position de Michel Barnier, membre de l’équipe Barroso à Bruxelles, qui court deux lièvres à la fois. La direction de l’UMP comptait faire de Barnier l’adversaire d’Harlem Désir en Ile-de-France et le coordinateur de toute sa campagne nationale. L’ancien ministre des Affaires étrangères caresse aussi l’espoir d’être le candidat du PPE à la présidence de la Commission. C’est justement ce qu’ont contesté vigoureusement le sénateur Philippe Marini et le député Pierre Lellouche au bureau politique de l’UMP la semaine dernière. Membre de la Commission et même candidat à la succession de Barroso, Barnier serait à juste titre considéré comme l’homme du « Système », un sacré handicap pour mener les listes du premier parti d’opposition. D’autant que l’UMP compte lancer un slogan du genre : « Nous aimons l’Europe donc nous en voulons une autre ». Alain Lamassoure, qui n’est par ailleurs toujours pas assuré de mener la liste dans le Sud-Ouest, s’est insurgé contre ce signe d’euroscepticisme. « Arrêtez de taper sur la Commission » a-t-il exhorté, en bon fédéraliste.

Pourtant, Marini et Lellouche ne constituent pas à proprement parler des souverainistes de l’UMP comme Myard, Guaino ou Lucca. Ce sont plutôt des libéraux à la sauce anglo-saxonne, défavorables à l’intervention de la puissance publique, qu’elle soit nationale ou européenne. En cela, il n’est pas si étonnant que Jean-François Copé leur ait donné raison face à Lamassoure. L’argument électoral anti-système se marie à merveille avec ses penchants économiques libéraux.

On imagine très bien Copé recyclant sur le plan européen la fameuse phrase de Pompidou qu’il répète tous les trois jours : « Arrêtez d’emmerder les Français ! » Face à Harlem Désir, qui appellera sans doute à « voter pour une Europe de gauche contre une Europe de droite afin qu’elle puisse vraiment changer » (je vous la fais courte), il serait suicidaire d’opposer son clone idéologique Michel Barnier, au risque d’offrir un boulevard au FN. La commission d’investiture de l’UMP devrait donc choisir un autre champion francilien que Michel Barnier et lui souhaiter bonne chance dans sa course à la présidence de la Commission européenne.

Après tout, l’UMP a des problèmes de riches. Le PS s’apprête à défendre « une autre Europe », allié au SPD allemand, qui vient de former un gouvernement de coalition avec… la chancelière Merkel. On pense aussi au Front de Gauche qui croyait se refaire la cerise avec ce scrutin européen après les bisbilles municipales, mais dont on se demande aujourd’hui s’il existera encore en avril prochain. Le Parti de Gauche de Mélenchon ne vient-il pas de suspendre sa participation au PGE (Parti de la gauche européenne) au prétexte qu’il est présidé par… son allié Pierre Laurent, secrétaire national du PCF ? On pourrait aussi évoquer les sueurs froides de Florian Philippot lorsqu’il imagine les futurs bons mots de campagne de son alter ego du Sud-Est, un certain Jean-Marie Le Pen. Décidément, le rendez-vous électoral du 25 mai sera le moment de tous les dangers. Pour tous !

*Photo : MARVAUX-POOL/SIPA. 00624078_000013.

Tombeau pour Jean-Luc

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jean luc benoziglio

Jean-Luc, maintenant que tu as pris congé

Je peux te dire que je t’admirais et que je t’enviais parfois

Nous avions vingt ans à Lausanne

Nous étions des copains de quartier

Nous passions nos étés à la piscine Montchoisi

Tu me filais des contes pour Le Peuple

Je les publiais aussitôt….tu avais déjà trop de talent

Trop d’élégance, trop d’humour, trop de pudeur.

 

Tu avais aussi une voiture de sport

Tu aimais le jazz

Tu avais touché un héritage qui te permettrait de vivre indépendant à Paris

Tu n’avais aucune contrainte

Tu aimais Laurence Sterne, Queneau et Perec

Et, surtout, les polars américains.

 

Tu pensais qu’un écrivain ne devait pas tout dire

Tu étais toujours dans l’understatement

Jamais tu ne te fâchais

Jamais tu ne prenais parti

 

Ton père était psychiatre à Monthey

Aussi secret que toi

Tu n’as appris qu’á cinquante ans que tu étais juif

Alors tu t’es mis à traduire le Deutéronome

Avant tu parlais de tes ex en jouant avec le langage et les sentiments

 

Je te voyais rarement à Paris

J’ignore pourquoi

La nuit de ta mort, j’ai rêvé de toi

À mon réveil, j’ai décidé qu’il était temps de se retrouver

C’était déjà trop tard

Beno s’en va-t-en guerre, c’était le titre d’un de tes romans.

À Lausanne, tout le monde t’appelait Beno

La guerre est finie pour toi, Beno

Elle le sera bientôt pour moi

 

On se retrouvera à la piscine Montchoisi, dis !

 

*Photo : ANDERSEN ULF/SIPA. SIPAUSA30062920_000008.

Hollande, du Bourget à la Bérézina

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centrafrique francois hollande

On relit Guerre et Paix pour échapper à l’actualité. On se dit que rien ne vaut un de ces romans universels pour être ailleurs, enfin. L’affrontement titanesque entre Napoléon et la Russie, revu par un Tolstoï visionnaire et précis, devrait normalement nous emmener très loin. En suivant Pierre et Natacha, le prince André et le comte Rostov, Napoléon et Koutouzov, on s’évadera à mille lieues du confusionnisme idéologique des bonnets rouges, des sifflets au passage du cortège présidentiel du 11-Novembre, des insultes racistes contre Christiane Taubira et de l’impuissance si manifeste de François Hollande.

Évidemment, on se trompe. Notamment sur ce dernier point : « Il ne pouvait arrêter ce qui se passait devant lui et autour de lui et qui était censé être dirigé par lui, dépendre de lui, et pour la première fois, par suite de l’échec, cette affaire lui parut inutile et horrible. »[access capability= »lire_inedits »]

Dans les chapitres XXVIII à XXXIX du troisième volume de son monument total, Tolstoï s’arrête ainsi sur les sentiments de Napoléon face à la débâcle programmée de sa campagne de Russie. Il peint l’Empereur en proie à une étrange acédie, à un sentiment d’aquoibonisme historique qui le met hors d’un jeu qu’il a pourtant lui-même initié : « Dans ses précédentes batailles, il n’envisageait que les hasards heureux, tandis que maintenant une foule de hasards malheureux se présentaient à lui et il les attendait tous. Oui, c’était comme en rêve : on voit un malfaiteur vous attaquer, on lève le bras pour lui porter le coup terrible qui, on le sait, doit l’anéantir, on sent son bras, sans force et mou, retomber comme un chiffon.»

Cette petite musique affreuse de l’impuissance qui saisit un homme en théorie au faîte de son pouvoir, c’est pourtant celle que fait aujourd’hui entendre un François Hollande tombé à 20 % dans les sondages. Napoléon en 1812 et François Hollande en 2013, aussi surprenant que cela puisse paraître, ont la même psychologie. Longtemps, tout leur a réussi, chacun à son échelle. Ils n’ont envisagé que des « hasards heureux » pour reprendre les termes de Tolstoï. Il y eut Austerlitz pour l’un et la victoire à la primaire socialiste pour l’autre ! Et puis, la chance fuit, l’énergie manque sans que l’on sache trop pourquoi.

On regarde François Hollande, et on lit encore dans Guerre et Paix, un peu plus loin : « Il attendait avec une angoisse douloureuse la fin de cette affaire à laquelle il croyait participer mais qu’il ne pouvait arrêter. » On ne saurait mieux dire.[/access]

*Photo : REX/Alon Skuy/Gallo Ima/REX/SIPA. REX40311099_000004.

Dis, maman, c’est quoi la musique juive ?

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ivry gitlis musique

Tantôt l’archet caresse, déchire ou fait pleurer l’âme, tantôt il conduit la noce et fait danser les mariés comme dans les tableaux de Chagall. On dit que les plus grands violonistes du XXe siècle ont été des Juifs. À 91 ans, l’immense Ivry Gitlis, qui sort un coffret de 5 CD (Decca) en même temps qu’une réédition de son autobiographie L’âme et la corde (Buchet-Chastel), en est le plus beau témoignage.

Mais quel rapport entre le violoniste volant au-dessus des toits de Vitebsk et la sirène jouant de la flûte pour Ulysse sur une mosaïque byzantine de Beth Shean au Musée de Jérusalem ? Entre le clarinettiste David Krakauer, le roi du klezmer, et Reinette l’Oranaise, la reine de la musique arabo-andalouse ? Entre Darius Milhaud, compositeur juif comtadin, et le Kaddish de Maurice Ravel ou le Kol Nidrei de Max Bruch (deux thèmes juifs qui ont inspiré des compositeurs non juifs) ? Entre la musique judéo-andalouse et le festival annuel Jazz’n Klezmer à Paris et, disons, la scène du théâtre des Trois Baudets créé en décembre 1947 par Jacques Canetti ? Tous appartiennent aux vastes territoires de la musique juive, une histoire d’amour qui remonte aux temps bibliques et qui accompagne les pérégrinations d’une population, voyageuse et multiforme.

Depuis 2000 ans, sa musique – ses musiques – a emprunté et essaimé, intégrant les modes et variations liées à l’environnement et à l’époque, composant un patrimoine riche et vivant, ancien et irréductible. Profondément ancré en chacun, il recèle la mémoire intime, l’enfance, le passé familial, telle une valise qu’on emporte sur le chemin de l’exil avec quelques photos jaunies. Destiné à collecter, sauvegarder et conserver cet héritage, l’Institut européen des Musiques juives (IEMJ), dirigé par Hervé Roten, a pris récemment ses quartiers dans un nouvel espace situé au 29 rue Marcel Duchamp à Paris[1. Entrée 42, rue Nationale. Ouvert du lundi au jeudi, 10-13h et 14h-18h. Tél : 01 45 82 20 52. M° : Olympiades, Nationale, Porte d’Ivry.]. Il intègre la médiathèque Henriette Halphen, fondée par sa fille Isabelle Friedman.

« Il y a des salles aux cieux qui ne s’ouvrent qu’au son des chants, » dit le Zohar. Le chant synagogal est traditionnellement très prisé. Il peut arriver que l’officiant soit, comme le grand-rabbin Olivier Kaufmann, un ténor, dont la voix et la ferveur élèvent l’âme réjouie des fidèles. Dans d’autres communautés, on s’assure la présence d’un ‘hazzan, un chantre. Les communautés hassidiques parviennent à l’extase par le chant et la danse. L’infini répertoire des chansons populaires, gaies ou tragiques, célèbrent la vie et la mère juive éternelle. Le violon rit et pleure, l’accordéon palpite et frissonne.

Aucun art ne semble aussi paradoxal, aussi complexe que la musique. « Nous représentons le centre européen le plus important pour les musiques juives » souligne Hervé Roten qui a consacré sa thèse d’ethnomusicologie aux communautés judéo-portugaises de Bordeaux et Bayonne. Confronté aux exigences matérielles et concrètes que représente la conservation de cet art « soluble dans l’air », il explique : « La musique, c’est comme la cuisine : les deux se sont transmis au fil des siècles par la tradition orale. » Une transmission fragile qui, en Europe, a été brisée, après un XXe siècle sillonné de guerres, expulsions, pogroms, exils, auxquels ont succédé oubli, rejet ou abandon des traditions.

La France est au croisement des cultures dites ashkénazes d’Europe centrale et orientale, et sépharades du pourtour méditerranéen. « Dis, maman, c’est quoi la musique juive ? » interroge une petite vidéo musicale sur le site de l’IEMJ. Parler de musique juive, c’est nécessairement faire le grand écart, comme l’illustrent deux amoureux de la musique situés aux extrêmes de cet art. D’abord l’œuvre classique du compositeur Fernand Halphen né en 1872, père d’Henriette et Georges, élève de Gabriel Fauré et de Jules Massenet. Capitaine au 13° régiment d’infanterie territoriale, ce second grand prix de Rome est « mort pour la France » en 1917. Sa Valse lente pour violon et piano ou sa Sonate pour violon et piano ont un charme obsédant (dans la collection Patrimoines musicaux des Juifs de France). Le double CD de ses Mélodies, pièces pour piano et musique de chambre a reçu l’Orphée d’or 2007 de l’Académie du disque lyrique. Un concert Fernand Halphen et les compositeurs de la guerre de 14-18 aura lieu au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme le 6 avril 2014[2. Hôtel St-Aignan, 71 rue du Temple, Paris. M° Rambuteau, Hôtel-de-Ville. Tél : 01 53 01 86 60.].

Quant à l’incontournable Jacques Canetti, qu’aurait été la chanson française du XXe s. sans ce Juif bulgare, musicien et chanteur, qui découvrit et produisit Georges Brassens, Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Charles Trenet, Edith Piaf, et tant d’autres ? Il était le frère du Nobel de littérature Elias Canetti (dont Pierre Arditi a enregistré un choix de textes à paraître en mars) et il figure parmi « Ces étrangers qui ont fait la France » (éd. Robert Laffont). Vient de paraître le coffret Jacques Canetti –  Mes 50 ans de chansons. Avec Brel,  Brassens, Vian, Higelin, Fontaine… (Prod. Jacques Canetti).

 

*Photo : BABIRAD/SIPA. 00491459_000004.

Quelques ruraux trop tranquilles

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pierric guittaut fille pluie

Pour tout bagage, Morgane Martin a 17 ans et la beauté du diable. Lorsque Hughes l’aperçoit, il croit voir un spectre : « Cette pluie, cet orage formidable sont l’onction de la Nature à sa délivrance, sa seconde naissance. L’union de la Terre et du Ciel pour célébrer sa nouvelle vie à l’aune d’une promesse brillant de mille feux dans son esprit enfiévré. Il l’aime. » En pleine cambrousse, l’ancien rugbyman reconverti dans le notariat débarque au pays des querelles de voisinage pour régler une affaire d’héritage.

Marié mais cocu, Hughes « le Nantais » tombe sous le charme de Morgane. Mais son irruption dans le marigot local réveille des haines héréditaires dont bien peu se sortiront indemnes. Voilà pour l’intrigue.

Après le sombre mais haché Beyrouth-sur-Loire, Pierric Guittaut polit sa cuirasse de romancier avec La Fille de la pluie. L’auteur joue avec les poncifs du polar rural (chasse, scènes d’amour champêtres, joutes dans les bistrots) mais il n’en renouvelle pas moins les codes par son paganisme noir. À l’image de l’ancien sanctuaire de la « Combe aux loups », théâtre d’étreintes interdites où poussent les cadavres, les lieux bousculent le songe cartésien d’une Nature domestiquée. Ici, Prométhée plie devant Gaïa. Quand les éléments se déchaînent, les corps fusionnent : la sensualité primitive des personnages féminins donne la mesure d’une Nature souvent hostile. Ainsi, il n’est pas innocent que la première et l’ultime apparition de l’héroïne se fassent sous le signe de l’orage, ni qu’elle-même ponctue le roman de références ésotériques, Morgane étant le double romanesque de la déesse celte Morrigane.

Pour son premier opus publié à la Série Noire, Pierric Guittaut a particulièrement soigné le style de ses descriptions, tour à tour lyrique et chirurgical, les mettant au service d’une intrigue menée sans temps mort.

Si l’on croit parfois lire un scénario de Chabrol transposé dans l’univers rural de Jean Becker, corneilles et louves nourricières nous ramènent vite à la terrible beauté d’une Nature vengeresse : « Sur les hauteurs rocheuses, par-delà le domaine des Rimberts, un animal au pelage détrempé est venu se réfugier à l’abri des masses de rocs jetés là par des mouvements géologiques que l’homme n’a pas connus […] Moins d’un mètre sous l’animal repose le corps d’un homme dont personne ne retrouvera jamais les restes et dont le granit multimillénaire constituera la pierre tombale anonyme ».

Méfiez-vous des rousses…

La Fille de la pluie, Pierric Guittaut, Gallimard/Série noire, 2013.

 

*Photo : tankgirlrs.

Le Christ sur une trottinette

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« À toi, sublime inconnu, l’amour est une denrée rare. L’autre, l’étranger, le métèque est ton propre reflet dans le miroir du monde. Je t’aime ». C’était il y a peu, à Amiens. Un jour pluvieux, maussade. Ce texte ornait le montant d’une porte métallique bleu cobalt, presque noire. Ecriture exquise, à l’ancienne, féminine, en lettres d’un bleu aigue-marine. Qui l’a écrit ? Cela m’interpelle. Je sors mon appareil photo. Shoote. Abandonne la photo dans un coin du bureau de mon ordinateur. Pense à autre chose. Je viens de la retrouver. Qui était cette manière de Restif de La Bretonne? Quelle belle gratuité d’écrire, « d’écrier » pour s’écrier, un texte sur un mur ! Geste enfantin ? Certainement. Il y a quelques semaines, sur France Inter, Jacques Attali affirmait, péremptoire, que nous étions 7 milliards d’enfants sur terre. Adultes aux comportements enfantins, nous ne pensons qu’à court terme, dans l’urgence. En bon vieux jacobin, je me méfie d’Attali comme je me méfie du monde de l’entreprise qu’il adule.  Cette fois, force est de reconnaître qu’il n’a pas tort. Enfantins ? Comment ne pas sourire quand un grand quadragénaire barbu comme le Christ dévale la rue sur une trottinette ?

Dans ma bonne ville picarde, j’ai failli me faire écraser une bonne dizaine de fois par des bobos à bicyclettes, casques sur les oreilles, complètement autistes, alors que je marchais tranquillement dans une rue piétonne. De plus, ils vous engueulent. Rendez-vous compte : vous avez eu le culot de vous trouver devant le deux roues; ils ont dû faire un écart.  À ce propos, il faut lire Cycle mortel, roman de François Marchand, publié chez Ecriture. Cette fable imagine, dans le Paris de 2015, que les usagers du Vélib’, sont terrassés les un après les autres. Des morts en série. La médecine ne comprend pas. Béchetoile, la maire socialiste de la capitale, croit voir un complot de la droite pour éliminer ses électeurs. Roman provocateur? Excessif ? Certainement. On sent bien que Marchand en rajoute dans la réaction et dans l’anti-gauche plurielle. Mais tout de même : quand on a failli de faire renverser par ces nouveaux cyclistes « modernes » qui se croient tout permis, Cycle mortel nous fait chaud au coeur.

 

Cycle mortel, François Marchand, Ecriture, 2013.

Peindre des parcelles de notre existence

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peintres roumains vuitton

L’espace culturel Louis-Vuitton, à Paris, a réuni un choix d’œuvres représentatives des principaux artistes roumains actuels, principalement des peintres. L’occasion de découvrir une école de peinture qui, loin des fantasmes de l’art contemporain, s’intéresse à ces expériences minimes qui constituent le tissu de notre existence.

La Roumanie est sans doute l’un des pays qui contribuent le plus au renouvellement de la figuration contemporaine. La ville de Cluj, en Transylvanie, à proximité de la Hongrie, y joue un rôle déterminant ; si bien qu’on pourrait parler d’école de Cluj, comme il y a une école de Leipzig. Les artistes de ce vivier roumain, la plupart jeunes, paraissent particulièrement dégagés des genres et des manières du XXe siècle. Ils fuient les picturalités tapageuses et les compositions saturées de délires. Leur peinture, apparemment plus sobre, est aussi plus réaliste. Elle pénètre la vie humaine avec probité et, disons-le, avec pertinence.

À l’image de  Serban Savu (né en 1978) qui peint avec bonhomie la vie dans les banlieues héritées d’un collectivisme déchu, ou encore de Sergiu Toma (né en 1987) qui évoque le silence des existences ordinaires avec un lyrisme contenu. Bogdan Vlatudja (né en 1971) lui, brosse, à la manière d’Anselm Kiefer, la noirceur des déraisons urbanistiques, tandis que Mircea Suciu (né en 1978) signe la très belle peinture Leading the blind où l’Histoire se révèle comme coalescence des cécités. Enfin, Adrian Ghenie (né en 1977), malheureusement représenté par une seule toile, donne un aperçu de son talent à nous conduire dans l’intimité de la bestialité humaine.

On ne peut pas dire que ces artistes soient des nostalgiques de la période communiste. Ils semblent, au contraire, nourrir une méfiance instinctive pour tout ce qui est utopies, promesses d’avenir et beaux discours. Pourtant, alors que les savoir-faire figuratifs étaient laminés à l’Ouest, le réalisme socialiste, aussi contestable soit-il, assurait une sorte de transmission minimale des pratiques. Ce n’est sans doute pas un hasard si une bonne part des artistes figuratifs contemporains sont apparus dans d’ex-pays socialistes : Allemagne de l’Est, Russie, Roumanie, Chine, etc. Les artistes exposés à l’espace Louis-Vuitton sont cependant loin d’être réductibles à une filiation locale. Au contraire, ils brillent par leur aptitude à puiser dans des sources très éclectiques. Ici on sent des échos de Vermeer, là des caravagesques napolitains, là de Vuillard, là encore d’Éric Fischl ou de Michaël Borremans. Ces artistes roumains ne se sentent pas limités à ce cher vieux XXe siècle. Ils s’y intéressent, évidemment, mais sans exclusive. C’est ce qui s’appelle avoir une lecture intelligente de l’histoire de l’art.

Leur peinture peut donner l’impression d’un certain classicisme. Cependant, elle ne relève en rien d’un retour sommaire à la peinture d’histoire ou à la peinture anecdotique. Ce n’est pas non plus une de ces peintures de fantasme, comme il y en a eu tant au XXe siècle. Les fantasmes, surtout ceux des autres, à la longue, je trouve cela extrêmement ennuyeux. Les artistes roumains dont il est question s’intéressent plutôt à ces petits moments ou à ces expériences minimes qui constituent le tissu de notre existence. Généralement, on passe si vite sur ces parcelles de vécu qu’on ne s’en rend pas compte. Ces éléments de vie sont tout de suite mélangés à d’autres, pris dans le tourbillon des événements. Ils nous échappent, tout comme la vie elle-même. En s’y intéressant, ces artistes montrent de quoi l’existence est faite. Que demander de plus ? À voir donc de toute urgence…

 

Scènes roumaines, jusqu’au 12 janvier 2014. Espace culturel Louis Vuitton. 60, rue de Bassano ou 101, avenue des Champs-Élysées, Paris 8e.

*Photo : Oana Farcas, « Blue man ».

Bilan musique 2013

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dion beatles cantat

À l’échelle internationale, 2013 est sans conteste l’année Bowie : une exposition hommage à l’artiste caméléon a attiré les foules et le gotha rock à Londres cet été (événement dont Causeur vous a rendu compte), précédée d’un album qui tient la route comme un bon T. Rex, publié sans tir de sommation en mars. Pas moins de cinq titres en ont été extraits depuis, avec cette pure aberration : les deux gros tubes potentiels (« Dancing Out In Space » et « How Does The Grass Grow? ») n’ont pas bénéficié d’une sortie en single. À écouter : « Valentine’s Day ».

Enterrés vivants par le légendaire flair infaillible de la critique hexagonale à la sortie de leur album, les Strokes ont pourtant été les premiers à décoller les oreilles cette année. La musique pop-rock des New-Yorkais nous tripote l’âme comme Gershwin lèche le Manhattan de Woody Allen : amoureusement et frénétiquement. Ce cinquième essai intemporel porte l’intensité de vie à ébullition, normal donc que les béni-bobos soient passés à côté. À écouter : « Slow Animals ».

En mars toujours est sorti le nouvel album électro-rock du berlinois IAMX. Dans les années 80, un tel disque aurait investi les hit-parades naturellement (avec une meilleure pochette, soit). Mais quelque chose s’est perdu en route depuis, comme le savent tous les bons vivants. Les moindres aspérités se meurent. Il est possible de mesurer l’étendue des dégâts de la grande dénaturation générale actuelle à travers de simples faits anodins, comme par exemple l’omniprésence automatique du mot gourmand(e) ou gourmandise dans les textes culinaires quand rien n’en justifie l’usage (le livre anglais Crazy for Chocolate est devenu Gourmandises au chocolat dans sa version française…). À écouter avec gourmandise : « The Unified Field ».

Le printemps a aussi charrié dans son sillage le retour des vétérans new wave de Depeche Mode, toujours fringants. À écouter : « Should Be Higher », le meilleur single du groupe depuis « Walking In My Shoes ».

L’été est arrivé avec son cortège de blockbusters, Daft Punk a ramassé le jackpot international (« Get Lucky ») avant de se ramasser avec un flop intersidéral (« Lose Yourself To Dance »). Du coup, on ne sait où réside vraiment l’exploit.

Le grand gagnant du circuit francophone se nomme Stromae, dont l’album Racine Carrée renouvelle la chanson française (entre pop, rap et électro) et sonne déjà comme un classique indépassable dans le genre. L’artiste belge – audacieux, singulier et créatif – apporte une vraie bouffée d’oxygène dans le marché du disque, une grande claque aux petits mauvais auteurs. Après un premier album qui l’avait révélé de manière fracassante (avec « Alors on danse »), le phénomène n’a pas fini de faire l’unanimité autour de lui. À écouter : « Papaoutai », clip de l’année par la même occasion (100 millions de vues YouTube bien méritées !).

Dans un autre genre, la rentrée nous a réservé un beau lot de douceurs automnales – les pochettes ne trompent pas – avec le retour remarquable des bûcherons assagis de New Model Army, injustement ignorés des radios et médias français (qui osera le droit d’inventaire de la sacro sainte exception culturelle française un jour ?) et l’envoûtant deuxième album de Agnes Obel. A écouter : « Knievel » (New Model Army) et « Run Cried The Crawling » (Agnes Obel).

Pour les amateurs de variétés glitter, Céline Dion a sorti le grand jeu en novembre avec des chansons bigger than life évoquant tour à tour Michael Jackson, Justin Timberlake, Dolores O’Riordan ou encore Pink ! À écouter : « Loved Me Back To Life ». Bien sûr, les nostalgiques de Noir Désir préfèreront goûter la rédemption publique bigger than death de Bertrand Cantat, dont l’album plus ou moins solo est l’évènement discographique français de cette fin d’année (à écouter : « Avec le temps »).

Petite mention également à la pépite introspective Rouge Ardent, flamboyant retour aux sources soul-funky d’Axelle Red (autre belge de l’année avec Stromae). A écouter : « Rouge Ardent ».

Enfin, je vous recommande l’album des musiques de films de John Parish – le complice de PJ Harvey -, Screenplay, parfait pour des nuits intimes en tête à tête avec une bouteille de vin rouge ardent ou l’être aimé (ou les deux de préférence).

Les Beatles et les Rolling Stones, à cause desquels l’âge de la retraite est sans cesse repoussé, nous reviennent chacun avec un double album live pour les fêtes. Alors Stones ou Beatles ? Les deux mon neveu !

 

 

David Bowie, The Next Day, ISO Records

The Strokes, Comedown Machine, RCA Records

IAMX, The Unified Field, 61 Seconds Records

Depeche Mode, Delta Machine, Columbia Records

Daft Punk, Random Access Memories, Columbia Records

Stromae, Racine Carrée, Universal

New Model Army, Between Dog And Wolf, Attack Attack Records

Agnes Obel, Aventine, PIAS

Céline Dion, Loved Me Back To Life, Sony Music

Détroit, Horizons, Barclay

Axelle Red, Rouge Ardent, Naïve

John Parish, Screenplay, Thrill Jockey

The Beatles, On Air – Live at the BBC Volume 2, Calderstone

The Rolling Stones, Sweet Summer Sun – Hyde Park Live, Eagle

 

*Photo : Bauweraerts/Isopix/SIPA. 00670005_000003.

En Corée du Nord, le népotisme ne passera pas. L’avunculisme non plus!

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Kim Jong un, le jeune chef de la Corée du Nord, a fait exécuter son oncle, parce que celui-ci était son mentor, et qu’il en était le protégé.

Cet oncle a été puni par le neveu pour crime de népotisme.

C’est que les communistes ne plaisantent pas avec ce crime atroce.

En Corée du Nord, les neveux vont être entraînés à suivre l’exemple de leur chef  et à dénoncer les oncles et tantes qui auront tenté de les aider.

Les oncles et tantes devront prouver qu’ils  haïssent et combattent le népotisme en dénonçant les neveux qui ne les auront pas dénoncés.

Telle est l’émulation communiste.

Ceux qui dénonceront leurs oncles et tantes après avoir dénoncé et envoyé à la mort leur père et leur mère auront prouvé qu’ils ne placent pas les liens familiaux au-dessus de leurs devoirs de communistes.

Ceux qui ne dénonceront pas le népotisme de leurs oncles et tantes seront exécutés pour crime d’avunculisme.

Cette vertu admirable fait paraître bien laxistes et bien corruptibles nos Robespierre, nos Marat et nos Mélenchon.

Il est temps de se ressaisir.

Parmi les plumes de Causeur qui dénoncent l’usage du mot totalitaire par les anticommunistes néo-cons, s’en trouvera-t-il une pour chanter l’héroïsme révolutionnaire de Kim Jong un ?

UMP : la guerre des sous-chefs (suite et sans doute pas fin)

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sarkozy morano ump

sarkozy morano ump

Du nouveau à l’est ! Comme nous l’avions prévu il y a trois semaines, sauf retournement extraordinaire, Nadine Morano mènera la liste de l’UMP aux européennes pour la circonscription du grand Est. D’après L’Opinion,  Nicolas Sarkozy aurait pris la décision en personne avant de l’annoncer à son ancienne ministre le 5 décembre dernier. Etonnant. Jusqu’à présent, la stratégie du chef de l’Etat était pourtant claire : apparaître comme un recours au-dessus des partis en général et de l’UMP en particulier. Sa médiation ratée[1. Au bénéfice de Jean-Pierre Raffarin. Quelle humiliation !],  entre Copé et Fillon ayant laissé des mauvais souvenirs, Sarkozy avait résolu de ne plus se mêler des bisbilles internes à l’UMP.

En désignant la tête de liste pour le Grand Est, l’ancien président a donc dérogé à la règle qu’il s’était fixée. Pour une raison simple : sans cet arbitrage, deux pions essentiels de son dispositif se seraient affrontés. Nadine Morano est la trésorière de l’association des Amis de Nicolas Sarkozy, fidèle entre les fidèles. Et Arnaud Danjean compte parmi les jeunes loups sur lesquels Sarkozy pense s’appuyer dans la bataille pour 2017. Comment expliquer que Danjean ait rendu les armes aussi facilement, alors qu’il avait annoncé virilement sa candidature au JDD et bénéficié du  soutien de Joseph Daul et Michel Barnier ? Sarko himself l’a probablement incité très fortement à se contenter de la seconde place… On imagine Copé et Fillon, respectivement soutiens de Morano et de Danjean, ravis de laisser à Nicolas Sarkozy le soin d’arbitrer ce duel fratricide, au risque d’écorner sa stratégie présidentielle en descendant dans la mêlée.

Mais que les duettistes du fol hiver dernier ne se réjouissent pas trop vite. D’autres grandes manœuvres ont commencé pour ces élections européennes, mais sur le plan idéologique. Et là, Sarko, juré-craché, laissera les belligérants se débrouiller entre eux. En cause, la position de Michel Barnier, membre de l’équipe Barroso à Bruxelles, qui court deux lièvres à la fois. La direction de l’UMP comptait faire de Barnier l’adversaire d’Harlem Désir en Ile-de-France et le coordinateur de toute sa campagne nationale. L’ancien ministre des Affaires étrangères caresse aussi l’espoir d’être le candidat du PPE à la présidence de la Commission. C’est justement ce qu’ont contesté vigoureusement le sénateur Philippe Marini et le député Pierre Lellouche au bureau politique de l’UMP la semaine dernière. Membre de la Commission et même candidat à la succession de Barroso, Barnier serait à juste titre considéré comme l’homme du « Système », un sacré handicap pour mener les listes du premier parti d’opposition. D’autant que l’UMP compte lancer un slogan du genre : « Nous aimons l’Europe donc nous en voulons une autre ». Alain Lamassoure, qui n’est par ailleurs toujours pas assuré de mener la liste dans le Sud-Ouest, s’est insurgé contre ce signe d’euroscepticisme. « Arrêtez de taper sur la Commission » a-t-il exhorté, en bon fédéraliste.

Pourtant, Marini et Lellouche ne constituent pas à proprement parler des souverainistes de l’UMP comme Myard, Guaino ou Lucca. Ce sont plutôt des libéraux à la sauce anglo-saxonne, défavorables à l’intervention de la puissance publique, qu’elle soit nationale ou européenne. En cela, il n’est pas si étonnant que Jean-François Copé leur ait donné raison face à Lamassoure. L’argument électoral anti-système se marie à merveille avec ses penchants économiques libéraux.

On imagine très bien Copé recyclant sur le plan européen la fameuse phrase de Pompidou qu’il répète tous les trois jours : « Arrêtez d’emmerder les Français ! » Face à Harlem Désir, qui appellera sans doute à « voter pour une Europe de gauche contre une Europe de droite afin qu’elle puisse vraiment changer » (je vous la fais courte), il serait suicidaire d’opposer son clone idéologique Michel Barnier, au risque d’offrir un boulevard au FN. La commission d’investiture de l’UMP devrait donc choisir un autre champion francilien que Michel Barnier et lui souhaiter bonne chance dans sa course à la présidence de la Commission européenne.

Après tout, l’UMP a des problèmes de riches. Le PS s’apprête à défendre « une autre Europe », allié au SPD allemand, qui vient de former un gouvernement de coalition avec… la chancelière Merkel. On pense aussi au Front de Gauche qui croyait se refaire la cerise avec ce scrutin européen après les bisbilles municipales, mais dont on se demande aujourd’hui s’il existera encore en avril prochain. Le Parti de Gauche de Mélenchon ne vient-il pas de suspendre sa participation au PGE (Parti de la gauche européenne) au prétexte qu’il est présidé par… son allié Pierre Laurent, secrétaire national du PCF ? On pourrait aussi évoquer les sueurs froides de Florian Philippot lorsqu’il imagine les futurs bons mots de campagne de son alter ego du Sud-Est, un certain Jean-Marie Le Pen. Décidément, le rendez-vous électoral du 25 mai sera le moment de tous les dangers. Pour tous !

*Photo : MARVAUX-POOL/SIPA. 00624078_000013.

Tombeau pour Jean-Luc

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jean luc benoziglio

jean luc benoziglio

Jean-Luc, maintenant que tu as pris congé

Je peux te dire que je t’admirais et que je t’enviais parfois

Nous avions vingt ans à Lausanne

Nous étions des copains de quartier

Nous passions nos étés à la piscine Montchoisi

Tu me filais des contes pour Le Peuple

Je les publiais aussitôt….tu avais déjà trop de talent

Trop d’élégance, trop d’humour, trop de pudeur.

 

Tu avais aussi une voiture de sport

Tu aimais le jazz

Tu avais touché un héritage qui te permettrait de vivre indépendant à Paris

Tu n’avais aucune contrainte

Tu aimais Laurence Sterne, Queneau et Perec

Et, surtout, les polars américains.

 

Tu pensais qu’un écrivain ne devait pas tout dire

Tu étais toujours dans l’understatement

Jamais tu ne te fâchais

Jamais tu ne prenais parti

 

Ton père était psychiatre à Monthey

Aussi secret que toi

Tu n’as appris qu’á cinquante ans que tu étais juif

Alors tu t’es mis à traduire le Deutéronome

Avant tu parlais de tes ex en jouant avec le langage et les sentiments

 

Je te voyais rarement à Paris

J’ignore pourquoi

La nuit de ta mort, j’ai rêvé de toi

À mon réveil, j’ai décidé qu’il était temps de se retrouver

C’était déjà trop tard

Beno s’en va-t-en guerre, c’était le titre d’un de tes romans.

À Lausanne, tout le monde t’appelait Beno

La guerre est finie pour toi, Beno

Elle le sera bientôt pour moi

 

On se retrouvera à la piscine Montchoisi, dis !

 

*Photo : ANDERSEN ULF/SIPA. SIPAUSA30062920_000008.

Hollande, du Bourget à la Bérézina

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centrafrique francois hollande

centrafrique francois hollande

On relit Guerre et Paix pour échapper à l’actualité. On se dit que rien ne vaut un de ces romans universels pour être ailleurs, enfin. L’affrontement titanesque entre Napoléon et la Russie, revu par un Tolstoï visionnaire et précis, devrait normalement nous emmener très loin. En suivant Pierre et Natacha, le prince André et le comte Rostov, Napoléon et Koutouzov, on s’évadera à mille lieues du confusionnisme idéologique des bonnets rouges, des sifflets au passage du cortège présidentiel du 11-Novembre, des insultes racistes contre Christiane Taubira et de l’impuissance si manifeste de François Hollande.

Évidemment, on se trompe. Notamment sur ce dernier point : « Il ne pouvait arrêter ce qui se passait devant lui et autour de lui et qui était censé être dirigé par lui, dépendre de lui, et pour la première fois, par suite de l’échec, cette affaire lui parut inutile et horrible. »[access capability= »lire_inedits »]

Dans les chapitres XXVIII à XXXIX du troisième volume de son monument total, Tolstoï s’arrête ainsi sur les sentiments de Napoléon face à la débâcle programmée de sa campagne de Russie. Il peint l’Empereur en proie à une étrange acédie, à un sentiment d’aquoibonisme historique qui le met hors d’un jeu qu’il a pourtant lui-même initié : « Dans ses précédentes batailles, il n’envisageait que les hasards heureux, tandis que maintenant une foule de hasards malheureux se présentaient à lui et il les attendait tous. Oui, c’était comme en rêve : on voit un malfaiteur vous attaquer, on lève le bras pour lui porter le coup terrible qui, on le sait, doit l’anéantir, on sent son bras, sans force et mou, retomber comme un chiffon.»

Cette petite musique affreuse de l’impuissance qui saisit un homme en théorie au faîte de son pouvoir, c’est pourtant celle que fait aujourd’hui entendre un François Hollande tombé à 20 % dans les sondages. Napoléon en 1812 et François Hollande en 2013, aussi surprenant que cela puisse paraître, ont la même psychologie. Longtemps, tout leur a réussi, chacun à son échelle. Ils n’ont envisagé que des « hasards heureux » pour reprendre les termes de Tolstoï. Il y eut Austerlitz pour l’un et la victoire à la primaire socialiste pour l’autre ! Et puis, la chance fuit, l’énergie manque sans que l’on sache trop pourquoi.

On regarde François Hollande, et on lit encore dans Guerre et Paix, un peu plus loin : « Il attendait avec une angoisse douloureuse la fin de cette affaire à laquelle il croyait participer mais qu’il ne pouvait arrêter. » On ne saurait mieux dire.[/access]

*Photo : REX/Alon Skuy/Gallo Ima/REX/SIPA. REX40311099_000004.

Dis, maman, c’est quoi la musique juive ?

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ivry gitlis musique

ivry gitlis musique

Tantôt l’archet caresse, déchire ou fait pleurer l’âme, tantôt il conduit la noce et fait danser les mariés comme dans les tableaux de Chagall. On dit que les plus grands violonistes du XXe siècle ont été des Juifs. À 91 ans, l’immense Ivry Gitlis, qui sort un coffret de 5 CD (Decca) en même temps qu’une réédition de son autobiographie L’âme et la corde (Buchet-Chastel), en est le plus beau témoignage.

Mais quel rapport entre le violoniste volant au-dessus des toits de Vitebsk et la sirène jouant de la flûte pour Ulysse sur une mosaïque byzantine de Beth Shean au Musée de Jérusalem ? Entre le clarinettiste David Krakauer, le roi du klezmer, et Reinette l’Oranaise, la reine de la musique arabo-andalouse ? Entre Darius Milhaud, compositeur juif comtadin, et le Kaddish de Maurice Ravel ou le Kol Nidrei de Max Bruch (deux thèmes juifs qui ont inspiré des compositeurs non juifs) ? Entre la musique judéo-andalouse et le festival annuel Jazz’n Klezmer à Paris et, disons, la scène du théâtre des Trois Baudets créé en décembre 1947 par Jacques Canetti ? Tous appartiennent aux vastes territoires de la musique juive, une histoire d’amour qui remonte aux temps bibliques et qui accompagne les pérégrinations d’une population, voyageuse et multiforme.

Depuis 2000 ans, sa musique – ses musiques – a emprunté et essaimé, intégrant les modes et variations liées à l’environnement et à l’époque, composant un patrimoine riche et vivant, ancien et irréductible. Profondément ancré en chacun, il recèle la mémoire intime, l’enfance, le passé familial, telle une valise qu’on emporte sur le chemin de l’exil avec quelques photos jaunies. Destiné à collecter, sauvegarder et conserver cet héritage, l’Institut européen des Musiques juives (IEMJ), dirigé par Hervé Roten, a pris récemment ses quartiers dans un nouvel espace situé au 29 rue Marcel Duchamp à Paris[1. Entrée 42, rue Nationale. Ouvert du lundi au jeudi, 10-13h et 14h-18h. Tél : 01 45 82 20 52. M° : Olympiades, Nationale, Porte d’Ivry.]. Il intègre la médiathèque Henriette Halphen, fondée par sa fille Isabelle Friedman.

« Il y a des salles aux cieux qui ne s’ouvrent qu’au son des chants, » dit le Zohar. Le chant synagogal est traditionnellement très prisé. Il peut arriver que l’officiant soit, comme le grand-rabbin Olivier Kaufmann, un ténor, dont la voix et la ferveur élèvent l’âme réjouie des fidèles. Dans d’autres communautés, on s’assure la présence d’un ‘hazzan, un chantre. Les communautés hassidiques parviennent à l’extase par le chant et la danse. L’infini répertoire des chansons populaires, gaies ou tragiques, célèbrent la vie et la mère juive éternelle. Le violon rit et pleure, l’accordéon palpite et frissonne.

Aucun art ne semble aussi paradoxal, aussi complexe que la musique. « Nous représentons le centre européen le plus important pour les musiques juives » souligne Hervé Roten qui a consacré sa thèse d’ethnomusicologie aux communautés judéo-portugaises de Bordeaux et Bayonne. Confronté aux exigences matérielles et concrètes que représente la conservation de cet art « soluble dans l’air », il explique : « La musique, c’est comme la cuisine : les deux se sont transmis au fil des siècles par la tradition orale. » Une transmission fragile qui, en Europe, a été brisée, après un XXe siècle sillonné de guerres, expulsions, pogroms, exils, auxquels ont succédé oubli, rejet ou abandon des traditions.

La France est au croisement des cultures dites ashkénazes d’Europe centrale et orientale, et sépharades du pourtour méditerranéen. « Dis, maman, c’est quoi la musique juive ? » interroge une petite vidéo musicale sur le site de l’IEMJ. Parler de musique juive, c’est nécessairement faire le grand écart, comme l’illustrent deux amoureux de la musique situés aux extrêmes de cet art. D’abord l’œuvre classique du compositeur Fernand Halphen né en 1872, père d’Henriette et Georges, élève de Gabriel Fauré et de Jules Massenet. Capitaine au 13° régiment d’infanterie territoriale, ce second grand prix de Rome est « mort pour la France » en 1917. Sa Valse lente pour violon et piano ou sa Sonate pour violon et piano ont un charme obsédant (dans la collection Patrimoines musicaux des Juifs de France). Le double CD de ses Mélodies, pièces pour piano et musique de chambre a reçu l’Orphée d’or 2007 de l’Académie du disque lyrique. Un concert Fernand Halphen et les compositeurs de la guerre de 14-18 aura lieu au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme le 6 avril 2014[2. Hôtel St-Aignan, 71 rue du Temple, Paris. M° Rambuteau, Hôtel-de-Ville. Tél : 01 53 01 86 60.].

Quant à l’incontournable Jacques Canetti, qu’aurait été la chanson française du XXe s. sans ce Juif bulgare, musicien et chanteur, qui découvrit et produisit Georges Brassens, Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Charles Trenet, Edith Piaf, et tant d’autres ? Il était le frère du Nobel de littérature Elias Canetti (dont Pierre Arditi a enregistré un choix de textes à paraître en mars) et il figure parmi « Ces étrangers qui ont fait la France » (éd. Robert Laffont). Vient de paraître le coffret Jacques Canetti –  Mes 50 ans de chansons. Avec Brel,  Brassens, Vian, Higelin, Fontaine… (Prod. Jacques Canetti).

 

*Photo : BABIRAD/SIPA. 00491459_000004.

Quelques ruraux trop tranquilles

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pierric guittaut fille pluie

pierric guittaut fille pluie

Pour tout bagage, Morgane Martin a 17 ans et la beauté du diable. Lorsque Hughes l’aperçoit, il croit voir un spectre : « Cette pluie, cet orage formidable sont l’onction de la Nature à sa délivrance, sa seconde naissance. L’union de la Terre et du Ciel pour célébrer sa nouvelle vie à l’aune d’une promesse brillant de mille feux dans son esprit enfiévré. Il l’aime. » En pleine cambrousse, l’ancien rugbyman reconverti dans le notariat débarque au pays des querelles de voisinage pour régler une affaire d’héritage.

Marié mais cocu, Hughes « le Nantais » tombe sous le charme de Morgane. Mais son irruption dans le marigot local réveille des haines héréditaires dont bien peu se sortiront indemnes. Voilà pour l’intrigue.

Après le sombre mais haché Beyrouth-sur-Loire, Pierric Guittaut polit sa cuirasse de romancier avec La Fille de la pluie. L’auteur joue avec les poncifs du polar rural (chasse, scènes d’amour champêtres, joutes dans les bistrots) mais il n’en renouvelle pas moins les codes par son paganisme noir. À l’image de l’ancien sanctuaire de la « Combe aux loups », théâtre d’étreintes interdites où poussent les cadavres, les lieux bousculent le songe cartésien d’une Nature domestiquée. Ici, Prométhée plie devant Gaïa. Quand les éléments se déchaînent, les corps fusionnent : la sensualité primitive des personnages féminins donne la mesure d’une Nature souvent hostile. Ainsi, il n’est pas innocent que la première et l’ultime apparition de l’héroïne se fassent sous le signe de l’orage, ni qu’elle-même ponctue le roman de références ésotériques, Morgane étant le double romanesque de la déesse celte Morrigane.

Pour son premier opus publié à la Série Noire, Pierric Guittaut a particulièrement soigné le style de ses descriptions, tour à tour lyrique et chirurgical, les mettant au service d’une intrigue menée sans temps mort.

Si l’on croit parfois lire un scénario de Chabrol transposé dans l’univers rural de Jean Becker, corneilles et louves nourricières nous ramènent vite à la terrible beauté d’une Nature vengeresse : « Sur les hauteurs rocheuses, par-delà le domaine des Rimberts, un animal au pelage détrempé est venu se réfugier à l’abri des masses de rocs jetés là par des mouvements géologiques que l’homme n’a pas connus […] Moins d’un mètre sous l’animal repose le corps d’un homme dont personne ne retrouvera jamais les restes et dont le granit multimillénaire constituera la pierre tombale anonyme ».

Méfiez-vous des rousses…

La Fille de la pluie, Pierric Guittaut, Gallimard/Série noire, 2013.

 

*Photo : tankgirlrs.

Le Christ sur une trottinette

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« À toi, sublime inconnu, l’amour est une denrée rare. L’autre, l’étranger, le métèque est ton propre reflet dans le miroir du monde. Je t’aime ». C’était il y a peu, à Amiens. Un jour pluvieux, maussade. Ce texte ornait le montant d’une porte métallique bleu cobalt, presque noire. Ecriture exquise, à l’ancienne, féminine, en lettres d’un bleu aigue-marine. Qui l’a écrit ? Cela m’interpelle. Je sors mon appareil photo. Shoote. Abandonne la photo dans un coin du bureau de mon ordinateur. Pense à autre chose. Je viens de la retrouver. Qui était cette manière de Restif de La Bretonne? Quelle belle gratuité d’écrire, « d’écrier » pour s’écrier, un texte sur un mur ! Geste enfantin ? Certainement. Il y a quelques semaines, sur France Inter, Jacques Attali affirmait, péremptoire, que nous étions 7 milliards d’enfants sur terre. Adultes aux comportements enfantins, nous ne pensons qu’à court terme, dans l’urgence. En bon vieux jacobin, je me méfie d’Attali comme je me méfie du monde de l’entreprise qu’il adule.  Cette fois, force est de reconnaître qu’il n’a pas tort. Enfantins ? Comment ne pas sourire quand un grand quadragénaire barbu comme le Christ dévale la rue sur une trottinette ?

Dans ma bonne ville picarde, j’ai failli me faire écraser une bonne dizaine de fois par des bobos à bicyclettes, casques sur les oreilles, complètement autistes, alors que je marchais tranquillement dans une rue piétonne. De plus, ils vous engueulent. Rendez-vous compte : vous avez eu le culot de vous trouver devant le deux roues; ils ont dû faire un écart.  À ce propos, il faut lire Cycle mortel, roman de François Marchand, publié chez Ecriture. Cette fable imagine, dans le Paris de 2015, que les usagers du Vélib’, sont terrassés les un après les autres. Des morts en série. La médecine ne comprend pas. Béchetoile, la maire socialiste de la capitale, croit voir un complot de la droite pour éliminer ses électeurs. Roman provocateur? Excessif ? Certainement. On sent bien que Marchand en rajoute dans la réaction et dans l’anti-gauche plurielle. Mais tout de même : quand on a failli de faire renverser par ces nouveaux cyclistes « modernes » qui se croient tout permis, Cycle mortel nous fait chaud au coeur.

 

Cycle mortel, François Marchand, Ecriture, 2013.

Peindre des parcelles de notre existence

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peintres roumains vuitton

peintres roumains vuitton

L’espace culturel Louis-Vuitton, à Paris, a réuni un choix d’œuvres représentatives des principaux artistes roumains actuels, principalement des peintres. L’occasion de découvrir une école de peinture qui, loin des fantasmes de l’art contemporain, s’intéresse à ces expériences minimes qui constituent le tissu de notre existence.

La Roumanie est sans doute l’un des pays qui contribuent le plus au renouvellement de la figuration contemporaine. La ville de Cluj, en Transylvanie, à proximité de la Hongrie, y joue un rôle déterminant ; si bien qu’on pourrait parler d’école de Cluj, comme il y a une école de Leipzig. Les artistes de ce vivier roumain, la plupart jeunes, paraissent particulièrement dégagés des genres et des manières du XXe siècle. Ils fuient les picturalités tapageuses et les compositions saturées de délires. Leur peinture, apparemment plus sobre, est aussi plus réaliste. Elle pénètre la vie humaine avec probité et, disons-le, avec pertinence.

À l’image de  Serban Savu (né en 1978) qui peint avec bonhomie la vie dans les banlieues héritées d’un collectivisme déchu, ou encore de Sergiu Toma (né en 1987) qui évoque le silence des existences ordinaires avec un lyrisme contenu. Bogdan Vlatudja (né en 1971) lui, brosse, à la manière d’Anselm Kiefer, la noirceur des déraisons urbanistiques, tandis que Mircea Suciu (né en 1978) signe la très belle peinture Leading the blind où l’Histoire se révèle comme coalescence des cécités. Enfin, Adrian Ghenie (né en 1977), malheureusement représenté par une seule toile, donne un aperçu de son talent à nous conduire dans l’intimité de la bestialité humaine.

On ne peut pas dire que ces artistes soient des nostalgiques de la période communiste. Ils semblent, au contraire, nourrir une méfiance instinctive pour tout ce qui est utopies, promesses d’avenir et beaux discours. Pourtant, alors que les savoir-faire figuratifs étaient laminés à l’Ouest, le réalisme socialiste, aussi contestable soit-il, assurait une sorte de transmission minimale des pratiques. Ce n’est sans doute pas un hasard si une bonne part des artistes figuratifs contemporains sont apparus dans d’ex-pays socialistes : Allemagne de l’Est, Russie, Roumanie, Chine, etc. Les artistes exposés à l’espace Louis-Vuitton sont cependant loin d’être réductibles à une filiation locale. Au contraire, ils brillent par leur aptitude à puiser dans des sources très éclectiques. Ici on sent des échos de Vermeer, là des caravagesques napolitains, là de Vuillard, là encore d’Éric Fischl ou de Michaël Borremans. Ces artistes roumains ne se sentent pas limités à ce cher vieux XXe siècle. Ils s’y intéressent, évidemment, mais sans exclusive. C’est ce qui s’appelle avoir une lecture intelligente de l’histoire de l’art.

Leur peinture peut donner l’impression d’un certain classicisme. Cependant, elle ne relève en rien d’un retour sommaire à la peinture d’histoire ou à la peinture anecdotique. Ce n’est pas non plus une de ces peintures de fantasme, comme il y en a eu tant au XXe siècle. Les fantasmes, surtout ceux des autres, à la longue, je trouve cela extrêmement ennuyeux. Les artistes roumains dont il est question s’intéressent plutôt à ces petits moments ou à ces expériences minimes qui constituent le tissu de notre existence. Généralement, on passe si vite sur ces parcelles de vécu qu’on ne s’en rend pas compte. Ces éléments de vie sont tout de suite mélangés à d’autres, pris dans le tourbillon des événements. Ils nous échappent, tout comme la vie elle-même. En s’y intéressant, ces artistes montrent de quoi l’existence est faite. Que demander de plus ? À voir donc de toute urgence…

 

Scènes roumaines, jusqu’au 12 janvier 2014. Espace culturel Louis Vuitton. 60, rue de Bassano ou 101, avenue des Champs-Élysées, Paris 8e.

*Photo : Oana Farcas, « Blue man ».

Bilan musique 2013

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dion beatles cantat

dion beatles cantat

À l’échelle internationale, 2013 est sans conteste l’année Bowie : une exposition hommage à l’artiste caméléon a attiré les foules et le gotha rock à Londres cet été (événement dont Causeur vous a rendu compte), précédée d’un album qui tient la route comme un bon T. Rex, publié sans tir de sommation en mars. Pas moins de cinq titres en ont été extraits depuis, avec cette pure aberration : les deux gros tubes potentiels (« Dancing Out In Space » et « How Does The Grass Grow? ») n’ont pas bénéficié d’une sortie en single. À écouter : « Valentine’s Day ».

Enterrés vivants par le légendaire flair infaillible de la critique hexagonale à la sortie de leur album, les Strokes ont pourtant été les premiers à décoller les oreilles cette année. La musique pop-rock des New-Yorkais nous tripote l’âme comme Gershwin lèche le Manhattan de Woody Allen : amoureusement et frénétiquement. Ce cinquième essai intemporel porte l’intensité de vie à ébullition, normal donc que les béni-bobos soient passés à côté. À écouter : « Slow Animals ».

En mars toujours est sorti le nouvel album électro-rock du berlinois IAMX. Dans les années 80, un tel disque aurait investi les hit-parades naturellement (avec une meilleure pochette, soit). Mais quelque chose s’est perdu en route depuis, comme le savent tous les bons vivants. Les moindres aspérités se meurent. Il est possible de mesurer l’étendue des dégâts de la grande dénaturation générale actuelle à travers de simples faits anodins, comme par exemple l’omniprésence automatique du mot gourmand(e) ou gourmandise dans les textes culinaires quand rien n’en justifie l’usage (le livre anglais Crazy for Chocolate est devenu Gourmandises au chocolat dans sa version française…). À écouter avec gourmandise : « The Unified Field ».

Le printemps a aussi charrié dans son sillage le retour des vétérans new wave de Depeche Mode, toujours fringants. À écouter : « Should Be Higher », le meilleur single du groupe depuis « Walking In My Shoes ».

L’été est arrivé avec son cortège de blockbusters, Daft Punk a ramassé le jackpot international (« Get Lucky ») avant de se ramasser avec un flop intersidéral (« Lose Yourself To Dance »). Du coup, on ne sait où réside vraiment l’exploit.

Le grand gagnant du circuit francophone se nomme Stromae, dont l’album Racine Carrée renouvelle la chanson française (entre pop, rap et électro) et sonne déjà comme un classique indépassable dans le genre. L’artiste belge – audacieux, singulier et créatif – apporte une vraie bouffée d’oxygène dans le marché du disque, une grande claque aux petits mauvais auteurs. Après un premier album qui l’avait révélé de manière fracassante (avec « Alors on danse »), le phénomène n’a pas fini de faire l’unanimité autour de lui. À écouter : « Papaoutai », clip de l’année par la même occasion (100 millions de vues YouTube bien méritées !).

Dans un autre genre, la rentrée nous a réservé un beau lot de douceurs automnales – les pochettes ne trompent pas – avec le retour remarquable des bûcherons assagis de New Model Army, injustement ignorés des radios et médias français (qui osera le droit d’inventaire de la sacro sainte exception culturelle française un jour ?) et l’envoûtant deuxième album de Agnes Obel. A écouter : « Knievel » (New Model Army) et « Run Cried The Crawling » (Agnes Obel).

Pour les amateurs de variétés glitter, Céline Dion a sorti le grand jeu en novembre avec des chansons bigger than life évoquant tour à tour Michael Jackson, Justin Timberlake, Dolores O’Riordan ou encore Pink ! À écouter : « Loved Me Back To Life ». Bien sûr, les nostalgiques de Noir Désir préfèreront goûter la rédemption publique bigger than death de Bertrand Cantat, dont l’album plus ou moins solo est l’évènement discographique français de cette fin d’année (à écouter : « Avec le temps »).

Petite mention également à la pépite introspective Rouge Ardent, flamboyant retour aux sources soul-funky d’Axelle Red (autre belge de l’année avec Stromae). A écouter : « Rouge Ardent ».

Enfin, je vous recommande l’album des musiques de films de John Parish – le complice de PJ Harvey -, Screenplay, parfait pour des nuits intimes en tête à tête avec une bouteille de vin rouge ardent ou l’être aimé (ou les deux de préférence).

Les Beatles et les Rolling Stones, à cause desquels l’âge de la retraite est sans cesse repoussé, nous reviennent chacun avec un double album live pour les fêtes. Alors Stones ou Beatles ? Les deux mon neveu !

 

 

David Bowie, The Next Day, ISO Records

The Strokes, Comedown Machine, RCA Records

IAMX, The Unified Field, 61 Seconds Records

Depeche Mode, Delta Machine, Columbia Records

Daft Punk, Random Access Memories, Columbia Records

Stromae, Racine Carrée, Universal

New Model Army, Between Dog And Wolf, Attack Attack Records

Agnes Obel, Aventine, PIAS

Céline Dion, Loved Me Back To Life, Sony Music

Détroit, Horizons, Barclay

Axelle Red, Rouge Ardent, Naïve

John Parish, Screenplay, Thrill Jockey

The Beatles, On Air – Live at the BBC Volume 2, Calderstone

The Rolling Stones, Sweet Summer Sun – Hyde Park Live, Eagle

 

*Photo : Bauweraerts/Isopix/SIPA. 00670005_000003.

En Corée du Nord, le népotisme ne passera pas. L’avunculisme non plus!

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Kim Jong un, le jeune chef de la Corée du Nord, a fait exécuter son oncle, parce que celui-ci était son mentor, et qu’il en était le protégé.

Cet oncle a été puni par le neveu pour crime de népotisme.

C’est que les communistes ne plaisantent pas avec ce crime atroce.

En Corée du Nord, les neveux vont être entraînés à suivre l’exemple de leur chef  et à dénoncer les oncles et tantes qui auront tenté de les aider.

Les oncles et tantes devront prouver qu’ils  haïssent et combattent le népotisme en dénonçant les neveux qui ne les auront pas dénoncés.

Telle est l’émulation communiste.

Ceux qui dénonceront leurs oncles et tantes après avoir dénoncé et envoyé à la mort leur père et leur mère auront prouvé qu’ils ne placent pas les liens familiaux au-dessus de leurs devoirs de communistes.

Ceux qui ne dénonceront pas le népotisme de leurs oncles et tantes seront exécutés pour crime d’avunculisme.

Cette vertu admirable fait paraître bien laxistes et bien corruptibles nos Robespierre, nos Marat et nos Mélenchon.

Il est temps de se ressaisir.

Parmi les plumes de Causeur qui dénoncent l’usage du mot totalitaire par les anticommunistes néo-cons, s’en trouvera-t-il une pour chanter l’héroïsme révolutionnaire de Kim Jong un ?