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Les Athéniens malades de la peste

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legende ebola grece

« Le mal, dit-on, fit son apparition en Éthiopie, au-dessus de l’Égypte : de là il descendit en Égypte et en Libye. » Au IVe siècle avant J.-C., dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse,  Thucydide observe l’extension de la peste, partie des rivages africains pour atteindre ceux de la Grèce. Aujourd’hui, un nouveau spectre hante l’Occident : il a pour nom « Ebola ». On le sent rôder à nos frontières. Cette fièvre hémorragique, jusque-là cantonnée à l’Afrique où elle se livrait à de brefs carnages avant de disparaître, a pris une dimension nouvelle non seulement par le nombre de victimes qu’elle a provoqué en Afrique de l’Ouest mais aussi par les cas qui apparaissent désormais de manière sporadique au cœur de nos villes. Cette peur de l’épidémie est à la fois très archaïque et très moderne. La vision des médecins en combinaison intégrale renvoie à un certain nombre de films catastrophe eux-mêmes inspirés de romans d’anticipation comme Je suis une légende, de Richard Matheson, où des mutants traquent les derniers hommes indemnes. Le point commun entre Je suis une légende et Ebola, point qui est presque un invariant dans la grande peur des épidémies, c’est le sang, principal vecteur du virus, mais aussi de la peur. On apprenait ainsi, récemment, qu’Air Canada avait refusé de transporter un échantillon prélevé sur un malade ![access capability= »lire_inedits »]

L’une des premières descriptions des ravages sanitaires et psychologiques d’une épidémie – la peste à Athènes – se trouve donc dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse. On y retrouve cette présence du sang : « L’intérieur, le pharynx et la langue devenaient sanguinolents », de la fièvre, et de la mort presque certaine des malades. Thucydide précise que cette peste est venue d’Afrique, sans que l’on puisse cependant expliquer son apparition à Athènes, pas plus que l’on n’explique aujourd’hui l’arrivée d’Ebola chez nous. D’où psychose et rumeur : « Le mal se déclara subitement à Athènes et (…) on colporta le bruit que les Péloponnésiens avaient empoisonné les puits. » Mais ce qui nous semble encore plus proche, c’est le courage des soignants victimes de leur dévouement : « Ceux qui approchaient les malades périssaient également (…) : mus par le sentiment de l’honneur, ils négligeaient toute précaution, allaient soigner leurs amis ; car, à la fin, les gens de la maison eux-mêmes se lassaient, vaincus par l’excès du mal, d’entendre les gémissements des moribonds. » On laissera donc la parole à Camus qui, dans La Peste, trouve une raison d’espérer au cœur de la catastrophe, qui forge de nouvelles solidarités : « Il y a chez les hommes plus de choses à admirer qu’à mépriser. » Les soignants tombés sur le front d’Ebola prouvent peut-être qu’il avait raison.[/access]

Valérie à tous les râteliers

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valerie trierweiler hollande

Voici quelques semaines que les dents de Valérie occupent une part de l’actualité politique française. Même si beaucoup de mensonges, affaires, émissions, démissions  et compromissions sont passés sous les ponts depuis la parution de son livre…

Valérie a la dent dure.

On lui avait trouvé la dent dure pour sa révélation des blagues douteuses de son Président de copain concernant les « sans-dents ». Pour avoir également invité le peuple français dans sa chambre à coucher pour y assister à des consternantes scènes de ménage, de jalousie, de pamoison ou autres détails intimes scabreux. Pour avoir confondu son métier de journaliste et son état de copine de Président. Pour avoir approché encore un peu plus du caniveau la fonction déjà affaiblie d’un homme public au bord du gouffre.

Valérie a les dents longues.

Non contente du phénoménal succès de librairie qui souligne l’appétit Français pour le ragot –bonne nouvelle, les français lisent !-, non contente des sommes faramineuses gagnées à couler ce qu’il restait de dignité au Président, Valérie, la femme blessée a retrouvé le sens des affaires en même temps que ses esprits et s’exporte -en plus de dix langues, excusez du peu-. C’est probablement ce qu’on appelle l’excellence française, que vantait un grotesque Montebourg, du temps de sa splendeur, dans sa marinière bleue et blanche Armor-Lux.

Comme notre ex-première dame a un sens du commerce –extérieur- à faire pâlir d’envie tous les économistes penchés au chevet de la France malade, en plus de ses interviews en exclusivité pour les journaux des pays dans lesquels son « livre d’amour » sort ces jours-ci, notre manageuse promet du scoop… A quoi sert d’avoir une exclu si l’on n’a pas de scoop ?

Et elle en apporte un au quotidien La Repubblica. Où l’histoire se répète : alors que parait ce week-end dans la presse people une photo de François Hollande et sa future-ex-nouvelle compagne Julie Gayet dans les jardins de l’Elysée, Valérie livre à la presse étrangère une petite conversation des plus croustillantes au regard des indiscrétions du sniper-photographe qui hante les murs du Palais : « Il voulait me dire qu’il ne m’en voulait pas pour le livre. Et il voulait m’assurer que Julie Gayet ne vient jamais à l’Élysée. A l’évidence, le mensonge nous a accompagnés jusqu’à la fin ».

C’est l’arroseuse arrosée. On se souvient avec quelle classe l’amant avait éconduit la belle. Elle affirme qu’il la bombarde, depuis, de textos, de mails et de bouquets de fleurs pour la supplier de revenir. Pour rien au monde elle ne se priverait de le faire savoir. On s’était demandé, à le voir si imperméable aux émotions et au désamour des français, si François Hollande n’était pas immensément fier. On en doute à présent !

Et bientôt des dents en or…

« Il m’a dit : je saurai toujours te trouver », ajoute-t-elle. Donnant délibérément un double sens à cette citation, puisqu’elle explique également au Times Magazine qu’elle se sent espionnée par l’Elysée.

Aujourd’hui Valérie montre les dents, plutôt guérie que blessée, elle ne lâchera jamais.

Et si le président Hollande a promis de la retrouver où qu’elle soit, cela l’empêchera-t-elle d’aller  cacher ses millions en Belgique ou ailleurs, où elle pourra enfin sourire de toutes ses dents… en or ?

 *Photo : VILLEMAIN CYRIL/SIPA. 00698687_000012.

Immigration : faut-il sermonner le Saint Père?

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Eric Zemmour est bien d’accord avec les Femen : le passage éclair du pape François à Strasbourg le 25 novembre est un scandale. Sauf que pour l’auteur du Suicide Français, le souverain @pontifex (son petit nom sur Twitter) n’a pas péché par action, en faisant cette apparition au Parlement européen et au Conseil de l’Europe, mais par omission, en n’allant pas célébrer une messe à la cathédrale.

« Qui suis-je pour juger ? »[1. Phrase reprise par Virginie Tellenne (Frigide Barjot) qui en a fait le titre d’un livre sur son engagement pour l’union homosexuelle et contre l’abandon de la filiation biologique (Qui suis-je pour juger, confessions d’une catho républicaine, éditions Salvator, 2014).] avait répondu François l’Argentin aux quelques journaleux qui tentaient de lui arracher une condamnation des homosexuels. Zemmour, lui, ne se pose pas la question. Il est Zemmour, et à ce titre – notoirement supérieur à celui d’évêque de Rome – il est habilité à juger le « serviteur des serviteurs », accessoirement chef spirituel d’un milliard et demi d’humains.

Alors il s’enflamme, dans sa chronique sur RTL : rendez-vous compte, le pape n’a même pas dit « Dieu » ou « Jésus », ni « avortement », ni « euthanasie », ni « mariage homosexuel ». Bref, « il dit les mots qui plaisent, pas les mots qui fâchent ». Sacrilège, semble s’étouffer notre zorro national ! Pire encore : « Il prône l’accueil généreux des migrants. » Décidément, on aura tout vu.

Un pape qui fait comme un certain Jésus-Christ dans l’Evangile, qui préfère la simplicité au faste, la douceur à la violence, et qui veut une Eglise ouverte sur le monde ? Et pourquoi pas le pardon et l’amour du prochain, tant qu’on y est ? D’autant qu’il y a plus grave encore, accrochez-vous : « Ce pape est obsédé par le dialogue entre le christianisme et l’islam. »

Alors là, forcément, si François n’est même pas cap’ d’appeler à la guerre sainte contre les mahométans, on se demande bien ce qui fait encore la supériorité de l’humanisme chrétien sur la barbarie islamiste ! Vous allez voir qu’un jour, cette pourriture gauchiste va nous expliquer qu’il faut aimer nos ennemis, comme l’autre Palestinien barbu dans la Bible.

« François jette les dogmes aux orties pour complaire à l’époque », explique donc tranquillement le gardien de la foi cathodique. Et d’évoquer « sa complaisance à l’égard du mariage homosexuel », bien connue de tous les catholiques qui ont lu la lettre dans laquelle il déclarait : « L’adoption du projet de loi serait un grave recul anthropologique. Le mariage (formé d’un homme et d’une femme) n’est pas la même chose que l’union de deux personnes de même sexe. »

« Le pape François est l’idole des médias, des députés européens et de la gauche occidentale, accuse enfin le néo-réac chéri de L’Obs. Il n’a pas l’air de s’inquiéter que les habituels contempteurs les plus sarcastiques et vindicatifs de l’Eglise l’applaudissent. » Mon Dieu ! Un pape « qu’adorent nos contemporains progressistes » ! Tous aux abris, le spectre de la réconciliation plane à l’horizon !

Autant il est toujours salutaire d’entendre Zemmour torturer les oreilles chastes de nos progressistes intégristes et autres néo-inquisiteurs médiatiques, autant son sermon condescendant adressé à un pape jugé trop moderne fait un peu pitié. Finalement, depuis la sortie de son best-seller, on se dit que la différence entre Eric Zemmour et un chrétien, c’est l’espérance. Tiens, ça rime avec France…

*Image : Soleil.

Théorie du genre : Petit Poilu à l’assaut des différences

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najat petit poilu genre

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire de « L’expérience extraordinaire », quinzième tome des aventures de Petit Poilu (Dupuis). Je n’ai pas lu les autres tomes puisque je suis tombé sur ce volume par hasard. J’ai trouvé intéressant de vous faire part de quelques planches de cet album. Dans un souci de faire vite et synthétique, à chaque fois qu’il manque une ou plusieurs pages, je vous écris un bref résumé de l’action. Je vais tâcher de rester purement descriptif dans un premier temps.

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Une journée ordinaire commence pour Petit Poilu. Cartable sur le dos, il s’en va à l’école.

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Chemin faisant, le soleil tape dur et Petit Poilu se laisse tenter par une baignade dans une piscine. Mais l’eau se transforme soudain en grosses bulles, et notre héros se trouve aspiré vers le fond par un gros tube qui l’avale. Après quelques tourbillons dans d’étranges méandres, il se retrouve craché à l’autre extrémité du tube dans un endroit inconnu. Il a à peine le temps de reprendre ses esprits que deux bras mécaniques munis de pinces le cueillent et l’enferment dans une cage. Petit Poilu découvre qu’il n’est pas seul dans la cage : il y a aussi une petite fille. La BD étant muette, c’est la quatrième de couv qui nous apprend qu’elle s’appelle Ève. Dans la cage, Petit Poilu et Ève font brièvement connaissance et échangent des sourires amicaux. Mais les deux bras mécaniques font de nouveau leur apparition et vont chercher nos deux héros dans leur cage pour les emporter manu militari Dieu sait où.

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Un troisième personnage fait son apparition. Elle tient des manettes de commande et semble présider à une sorte de laboratoire. La quatrième de couv’ nous apprend son nom : il s’agit de Miss Divine. Les deux bras mécaniques larguent brutalement Petit Poilu et Ève dans une sorte de nacelle, et Miss Divine leur donne à voir un écran.

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En toute logique, si vous avez bien suivi, Eve ayant choisi le ballon de foot plutôt que le poney rose, elle subit une douloureuse réprimande en se faisant pincer les fesses et Miss Divine est furieuse. Après cette première expérience, Petit Poilu et Ève se retrouvent de nouveau enfermés dans leur nacelle et trouvent un peu de répit. Mais Miss Divine revient, équipée cette fois d’un flacon bleu et d’un flacon rose. Les bras mécaniques saisissent nos deux héros et les plongent dans un bain. Miss Divine saupoudre du bleu dans le bain de Petit Poilu, puis du rose dans le bain d’Ève. La réaction chimique transforme l’eau en mousse.

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Mais l’effet lobotomisant de l’expérience s’estompe et ils retrouvent tout leur esprit ; Petit Poilu et Ève s’échangent alors leurs jouets. Furieuse de voir Petit Poilu jouer à la poupée et Ève jouer au foot, elle se saisit d’une tapette pour les frapper mais, dans sa rage, dérape sur un jouet à roulettes et tombe assommée sur le sol.

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Fin de l’histoire.

Après cette dernière page de l’aventure, on peut lire ceci :

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Extrait de la quatrième de couv’ :

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Voilà. C’était peut-être un peu long à lire mais, la lecture étant faite, on peut commencer l’analyse des choses. En premier lieu, il convient de chercher quelques informations complémentaires sur les aventures de Petit Poilu. Petit Poilu possède une page officielle sur laquelle on lit ceci :

« PETIT POILU, UN OUTIL PÉDAGOGIQUE ET LUDIQUE !

Petit Poilu figure sur la liste officielle de l’Éducation Nationale et est plébiscité par les enseignants et Inspecteurs de l’Éducation Nationale. La série s’avère être un outil de travail complet et agréable à utiliser en atelier. En effet, chaque tome développe un thème propre autour duquel il est aisé d’organiser des ateliers de discussion même avec les plus petits. De l’amour à la jalousie, de la peur à l’injustice, de l’amitié à la colère, le « petit message qui fait grandir d’un poil » laisse libre cours à la réflexion et ouvre la porte à l’expression orale. »

On peut en effet trouver des fiches pédagogiques correspondant à chaque album. En l’occurrence, nous trouvons la fiche de ce tome ici.

Petit Poilu n’est donc pas une simple BD enfantine comme peuvent l’être Petit Ours Brun, Mickey Mouse ou Popi ; Petit Poilu revendique une charge sémantique « citoyenne » active puisque c’est un outil pédagogique au sein de l’Éducation Nationale.

Bien.

Nous n’allons pas tourner autour du pot pour comprendre de quoi nous parle cette BD. Elle nous parle explicitement de la notion du genre, cette fameuse théorie qui n’existe pas, et fait la promotion de ses interrogations auprès des très jeunes enfants. Nous n’allons pas non plus bêtement hurler au scandale et dénoncer Satan à l’œuvre. Nous allons pourtant hurler au scandale et dénoncer Satan à l’œuvre (ton d’imprécateur médiéval), mais nous allons le faire avec un peu d’intelligence et de mesure.

Nous trouvons évidemment cette BD scandaleuse pour plusieurs raisons :

1. Sous des aspects récréatifs et divertissants, cette BD est clairement un outil de reprogrammation idéologique. Vous allez me répondre que Bayard Presse ou Pif Gadget donnent bien dans le contenu idéologique (catho pour l’un, communiste pour l’autre) et vous aurez raison. Mais Bayard Presse et Pif Gadget ne cachent pas leurs messages et ne font pas dans l’instillation subreptice. Et ni l’un ni l’autre ne nouent de partenariat avec l’Éducation  nationale.

2. Qu’il s’agisse de réalités biologiques ou de construits sociaux, le message de cette BD est qu’il faut les déconstruire et estomper les différenciations. Or les enfants ont besoin de repères et d’identifications claires pour bien grandir, et non de leçons de déconstructivisme. Je veut bien qu’on soit déconstructiviste, mais à la condition qu’on soit devenu une grande personne et qu’on comprenne ce à quoi on s’attaque. Si on veut se lancer dans le jeu des identités floues et des affinités électives, mieux vaut savoir le plus clairement possible la différence entre le Je et l’Autre. Et quand on est un enfant, on est très loin de cette sophistication intellectuelle qui joue sur la transgression. Si on veut briser la norme, il faut d’abord qu’il y ait une norme à briser. L’enfance, c’est l’école de la norme, qu’on le veuille ou non. On ne se roule pas par terre, on est gentil avec les gens, on ne fait pas de caprice, on mange proprement, on apprend à lire. Dans la vie normale, les gens ne se roulent pas par terre à la première contrariété – même si cette notion de « vie normale des gens normaux » peut sembler complètement nazie pour certains. Alors, si on veut se rouler par terre, insulter les gens, faire des caprices et ingérer n’importe quoi, on peut le faire plus grand en devenant par exemple chanteur dans un groupe punk. Mais la vie sex and drugs and rock and roll n’est pas faite pour les enfants. On peut insulter la reine d’Angleterre, mais à la condition d’être un sujet de la reine d’Angleterre. On peut faire du cubisme ou du ready-made, mais à la condition de maîtriser parfaitement la figuration académique qu’on entend subvertir.

3. Dans un monde peuplé de gens normaux, l’école apprend aux enfants des aptitudes techniques et intellectuelles, elle n’est pas là pour les plonger dans des débats participatifs sur le rôle des sciences sociales appliquées aux données biologiques de la sexuation (« organiser des ateliers de discussion même avec les plus petits »). C’est sans doute passionnant quand on est chercheur dans une université ou quand on est impliqué dans une activité collectiviste ponctuée d’AG, mais c’est extrêmement malvenu dans une école primaire.

Ensuite, vient la dimension satanique de l’ouvrage. Je vais expliquer pourquoi j’utilise le mot satanique, sinon on va me prendre pour un illuminé de chez Civitas.

Observons le personnage du « savant fou », interprété ici par une femme qui se nomme « Miss Divine ». Qu’a donc cette femme de divin pour mériter ce nom ?

– Elle règne en maîtresse absolue sur son domaine. Des créatures mécaniques lui obéissent au doigt et à l’œil comme des prolongements d’elle-même, elle semble donc toute-puissante.

– Elle ne manipule presque rien par elle-même, donnant l’image d’un pur intellect qui n’opère que par des intermédiaires – un peu comme Krang dans les Tortues Ninja, cet être qui n’est qu’un cerveau et qui n’interagit avec le monde que grâce à un corps artificiel qui le protège et le transporte. Elle est d’ailleurs maladroite dans le monde réel où traînent au sol des jouets à roulettes, alors qu’elle est très puissante derrière d’abstraites consoles de commande.

– Son but est de créer des êtres humains à son image, c’est un démiurge. La petite fille s’appelle – oh la la la quel hasard dis donc – Ève.

Or, toute Miss Divine qu’elle est, elle apparaît comme méchante et malfaisante. Logiquement, elle devrait s’appelait Miss Maboule, Miss Méchante, ou Miss Sadique puisqu’elle agit en tortionnaire contre les enfants. Mais non. Elle s’appelle Miss Divine. Bon. On va dire que c’est le nom dont elle s’est affublée elle-même pour se donner de la contenance, asseoir son autorité et se prendre pour la démiurge qu’elle rêve être. Soit.

Mais je m’autorise à penser qu’elle s’appelle Miss Divine parce que les auteurs voient réellement Dieu comme ceci : un être qui, au contraire de créer l’homme pour son bien, joue à contraindre pour son mal un homme dont l’existence provenant de la Nature lui précède et dont l’essence est fondamentalement bonne. C’est à dire une inversion totale du Dieu de la Bible et des évangiles, jusque dans son sexe puisque c’est une femme ; voilà pourquoi je parlais de satanique. Le récit est très clair : des enfants – l’homme à l’état pur, l’âge incorrompu, l’innocence – se voient contraints à des affects construits, et le plan échoue. La Nature dit le vrai, Miss Divine – et la norme sociale qu’elle construit – disent le faux. Ça se passe dans un laboratoire, le raisonnement est donc scientifiquement validé. J’émets de sérieux doutes sur l’appartenance des auteurs à une église de Satan (des cagoules, des bougies, des psalmodies lugubres, du sang sur un autel, HA HA HA HA HA) mais je maintiens que cette inversion complète de l’image de Dieu est porteuse d’un certain sens sacrilège assumé, même s’il ne porte pas ce nom et n’est pas avancé comme tel. Ne soyons pas bêtement complotiste non plus.

En général, dans un labo, le savant fou est en blouse blanche. C’est le cliché du scientifique qui travaille en laboratoire. Mais Miss Divine arbore une tenue très éloignée du domaine scientifique. Clairement, Miss Divine est le type parfait de la gouvernante austère. Uniforme victorien, chignon sévère, lunettes de vieille fille, look d’institutrice du XIXème. Miss Divine n’est donc pas une autorité scientifique : Miss Divine est une éducatrice de la morale d’antan, et le laboratoire est un lieu d’expérience comportementale. Sa tenue « de l’ancien temps » évoque évidemment toute la charge puritaine associée traditionnellement à ce rôle.

La leçon est la suivante : nous sommes des êtres non-déterminés, la société (aux valeurs arbitraires et normatives justifiées par une morale obsolète) est un carcan contre la parfaite expression de notre volonté et/ou de notre nature.

La conclusion enfonce le clou : Petit Poilu et Ève plongent Miss Divine dans un bain et lui font subir le double effet de ses potions : en stimulant à la fois le masculin et le féminin, elle devient un monstre hybride (on songe à la scène finale de La Mouche !). On pourrait croire au premier abord que la BD nous apprend qu’on peut être à la fois masculin et féminin (être un garçon qui joue à la poupée et se met un nœud dans les cheveux), mais alors on ne comprend pas pourquoi l’état final de Miss Divine est révulsant et ridicule ! N’incarne-t-elle pas, à ce stade, l’indifférenciation hermaphrodite accomplie ? Eh bien non ! Car ce qu’il faut comprendre, ce n’est pas qu’il faut être de façon égale masculin et féminin (ce qui est est décrit comme un état monstrueux), mais qu’il faut être masculin ou féminin de façon indifférenciée. La sexuation, socle de l’identité, n’est donc pas traitée selon les termes de l’égalité ou de l’équivalence des différences, mais selon les termes de l’effacement de la différence.

En résumé, cet épisode de Petit Poilu nous apprend :

1. que la différenciation est construite.

2. que la différenciation est un obstacle ou un carcan puisqu’elle oblige à choisir l’un pour rejeter l’autre.

3. que l’identité est une expression de notre profonde et seule individualité, hors de tout déterminisme.

4. que notre volonté doit primer sur le reste et finir par s’imprimer sur le reste (notre corps, les codes sociaux).

5. que Miss Divine a tort, puisque c’est nous qui sommes les démiurges de notre propre identité.

6. que nature et culture sont des ennemis – la culture étant le lieu du construit, donc du contaminé par la morale.

7. que les enfants ont raison contre un monde d’avant qui enseigne l’erreur.

C’était un article long et flou, je vous remercie pour votre attention.

*Photo : LECARPENTIER-POOL/SIPA. 00652846_000005. 

«Droit à l’IVG » : une valeur centriste?

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Chantal Jouanno n’est pas contente. Elle ne comprend pas ce que fait Jean-Christophe Fromantin à l’UDI. « Il n’y a pas vraiment sa place », a-t-elle indiqué sur France 2. Pourtant, le député-maire de Neuilly-sur-Seine fait partie des fondateurs de l’UDI. Il a même récemment été candidat à la présidence de ce parti, obtenant 11,1% des voix, ce qui ne constitue pas un score ridicule. Quel est donc la cause du courroux de Madame Jouanno ? Quel crime M. Fromantin a-t-il perpétré ? Un braquage de banques ? Pire ? Il a donné une fessée à l’un de ses enfants ? Pire ? Il n’est pas favorable au mariage pour tous ? Oui, mais ce n’est pas ça, cette fois, et c’est encore pire. Vous ne voyez toujours pas ? Il a voté contre la résolution « réaffirmant le droit fondamental à l’IVG », lors du scrutin d’hier à l’occasion de l’anniversaire de l’adoption par l’Assemblée nationale de la Loi Veil. Chantal Jouanno décrète, impitoyable : «  C’est voter contre les femmes ». Ah oui, c’est grave, là.

Le problème, c’est que lorsque Chantal Jouanno tente d’être plus précise, elle se prend les pieds dans le tapis. Et elle se ramasse lamentablement. Qu’on en juge : «  C’est même aller à l’encontre de l’esprit de l’UDI car Simone Veil  a symboliquement la première carte d’adhésion de l’UDI, elle est membre d’honneur, elle a la première carte. Hier c’était les 40 ans de son discours sur l’IVG. Voter contre, c’est déjà voter contre les valeurs de l’UDI fondamentalement. » 

L’inculture et/ou la paresse de Madame Jouanno ne l’ont visiblement pas conduite à lire le discours prononcé par Simone Veil il y a quarante ans. À ceux qui hésitaient encore sur leur vote, la ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing disait : « À ceux-ci je veux dire que, si la loi est générale et donc abstraite, elle est faite pour s’appliquer à des situations individuelles souvent angoissantes ; que si elle n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement et que, comme le disait Montesquieu : « la nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. » Non, Madame Jouanno, Simone Veil n’a jamais souhaité créé un droit à l’IVG et encore moins le qualifier de fondamental. Ceci s’adresse d’ailleurs à tous mes aimables consoeurs et confrères qui ont répété toute la journée d’hier que cette résolution réaffirmait le droit créé par Simone Veil. Rien n’est plus faux, le texte de son discours resté célèbre, et qu’il convient de lire entièrement, fait foi. Il est vrai que cette lecture peut sembler rébarbative à Chantal Jouanno. Elle aurait pu alors regarder le téléfilm diffusé par France 2 le même soir. On y voit clairement Simone Veil, incarnée par l’actrice Emmanuelle Devos, s’opposer frontalement à Françoise Giroud, secrétaire d’Etat à la condition féminine, laquelle souhaite affirmer « le droit des femmes de disposer de leur corps ». VGE et Jacques Chirac ont souhaité que ce soit la ministre de la Santé qui porte ce projet parce qu’il s’agissait d’une loi de santé publique, et rien d’autre dans l’esprit du gouvernement. Simone Veil rédigea sa loi et prononça le discours en ce sens. Dans le téléfilm, on la voit même demander au ministre de l’Intérieur Poniatowski : « Mais faites taire Giroud ! ». Aujourd’hui, elle dirait sans doute : « Mais faites taire Jouanno ! ».

Car si quelqu’un a été fidèle au discours de Simone Veil, ce n’est pas Chantal Jouanno, c’est bien Jean-Christophe Fromantin.

*Photo : AURORE/SIPA. 00456401_000004.

Tocqueville à Koh-Lanta

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Entre le début du mois de septembre et la fin du mois de novembre, j’ai fait l’expérience de la téléréalité. Non pas en tant que candidat bien sûr, en tant que téléspectateur. C’était déjà de ma part un effort d’intégration sociale et de communion cathodique avec mes semblables. J’en avais assez de passer pour inculte dans les dîners et aujourd’hui, moi aussi je peux briller. En bientôt quinze ans, le phénomène de la téléréalité s’est étendu et l’offre est devenue si vaste que, sur certaines chaînes, on ne sait plus très bien où commence le réel et où s’arrête la farce (JT inclus). Dans l’embarras du choix, qu’allais-je choisir ? Les amours dans la gadoue ? Les petites verrines chronométrées ? Danse et dents blanches ? L’école des fans pour adulescents ? Les sous-doués en vase clos ? Rien de tout ça ; va pour Koh-Lanta.

Soucieux de voir se rencontrer les disciplines qui rebutent et les grands succès du petit écran, j’ai fini par me dire que l’émission Koh-Lanta ferait un excellent sujet d’étude en philosophie politique. Et je n’ai pas été déçu. Si Tocqueville avait eu à débarquer en Thaïlande, en Malaisie ou aux Philippines avec les équipes de tournage (si tant est que l’Université française puisse encore produire des Tocqueville), il aurait fort bien pu en déduire les inclinations politiques actuelles, sans pour autant tomber dans la fange où se complaisent d’autres émissions. On y voit en effet une vingtaine de personnes venues de tous horizons qui, mues par l’envie de remporter individuellement une coquette somme mise en jeu, sont invitées à former deux équipes distinctes, l’une rouge, l’autre jaune, et à surmonter certaines épreuves. Échelonnés sur plusieurs semaines, leurs exploits et leurs péripéties émanent d’abord de l’affrontement entre ces deux équipes, puis, dans une seconde phase de jeu, de talents individuels au sein d’une seule équipe réunifiée après plusieurs éliminations de part et d’autre. Trois champs de compétences se profilent alors : le souci du confort collectif, la performance physique, l’entregent stratégique.

Tout « aventurier » qui se respecte doit avoir avant tout, ou la capacité, ou du moins la volonté de tirer parti de l’environnement pour les besoins du groupe. Pêche, cueillette, cuisine, vaisselle, cabane ou feu de camp, les occasions de se montrer ingénieux et dévoué ne manquent pas. Le candidat en tirera une indéniable reconnaissance de la part de ses coéquipiers, jamais, toutefois, au point de faire oublier la cagnotte. Il y a, dans ce domaine, les meneurs et les suiveurs. Les premiers ne peuvent pas compter que là-dessus pour s’en sortir, les seconds doivent donner le change d’une manière ou d’une autre. Ensuite, il y a l’effort physique. Un candidat peu apte à donner de sa personne lors des épreuves collectives sera très vite assimilé à un boulet, à moins qu’il n’ait eu l’intelligence d’être préposé à la confection des repas ou de s’être rendu un temps indispensable par sa dextérité à utiliser les palmes et le harpon. Enfin, pour celles et ceux qui ne brillent ni par leurs qualités sportives, ni par la débrouille et la symbiose avec la nature, qui ne sont donc ni Rambo ni Robinson, il reste le bla-bla. Untel est certes bon nageur, mais il en devient trop dangereux ; telle autre s’active sur le camp mais elle pense ceci de toi, etc. L’art et la manière de faire et défaire des alliances provisoires en prétextant l’esprit d’équipe, le fair-play ou l’amitié naissante, les larmes aux yeux et la main sur le cœur. Eh oui, car la nuit tombée, le présentateur Denis Brogniart convoque l’équipe (poussive ou réunifiée) autour d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour, sanctionnant l’élimination d’un candidat.

À tour de rôle, chacun vient alors déposer secrètement dans une urne en bois ethnik son petit bulletin assassin, s’employant, en off, à motiver son choix, les sourcils en chevron et le regard en peine. L’affaire se complique lorsqu’un candidat veinard, se sentant en grand danger, a le mauvais goût de jouer le collier d’immunité – caché sur l’île par les producteurs facétieux – glané lors d’une cueillette de jésuite. Dans ces cas-là, les conjurés se lancent discrètement de gros yeux, comme s’ils s’étaient assis sur un objet saillant. Qu’il s’agisse d’évincer un candidat suite aux mauvais résultats de l’équipe dans les grands défis, ou, plus encore, du chacun-pour-soi qui prévaut après réunification, le spectacle politique est toujours gros d’enseignements. Il y a celle qui veut se venger d’un manque de politesse à son égard, celui qui se méfie d’un candidat qu’il estime lui être supérieur en tout, celui encore qui, pris en défaut de caractère, s’en remet systématiquement à l’avis du fort en gueule. Il y a aussi le candidat qui se fait fort d’appliquer la justice et de voter au mérite ; celui-là est tellement désarmant qu’il est pris pour le pire des fourbes et ostracisé dès que possible. Enfin, il y a ceux qui, d’anciens rouges qu’ils étaient avant réunification, avouent être dans l’incapacité morale d’éliminer l’un des « leurs », comme si le fait d’avoir partagé durant une semaine un bol de riz et un coin de sac de couchage avaient fait d’eux des frères de sang, les empêchant de récompenser le talent des anciens jaunes. Gageons que la plupart d’entre eux, dans le civil, se revendiqueront ouverts à l’étranger et rétifs aux grandes manifestations cocardières. Et le jour de la grande finale, tous seront appelés à voter une dernière fois pour le plus complet des deux finalistes – généralement celui qui sera parvenu à se mettre à dos le moins possible de ses concurrents.

Du point de vue sociologique, Tocqueville aurait eu ici matière à disséquer le triomphe de vulgum pecus. Koh-Lanta est l’un de ces jeux de téléréalité dans lesquels le visage des candidats leur tient lieu de nom de famille. On y célèbre les individualités ; on y rappelle l’importance du « social » dont on ne soucie finalement guère que dans la mesure où il ne contrevient pas à l’intérêt personnel mais le renforce ; on y assume la mise en concurrence monnayée ; on y respecte scrupuleusement la parité (même si le podium semble ne se soumettre qu’assez rarement aux injonctions de celle-ci) ; on n’y reconnaît, pour finir, que l’aura des démagogues. En outre, l’extrême médiatisation et le chèque promis ne sont pas des limites à la comparaison d’avec la vie ordinaire : chaque selfie déposé sur Facebook est un quart d’heure de célébrité, célébrité qui n’est convoitée que sous le rapport de l’argent, gage de toutes les libertés. Bref, si Koh-Lanta est un formidable objet de contemplation politique, c’est parce que cette émission reflète, plus fidèlement qu’aucune autre, notre condition politique contemporaine. S’y déploient tous les talents, eux-mêmes bridés par la manière dont chacun appréhende les talents d’autrui à l’aune de son intérêt privé.

Au moins ai-je enfin rejoint le troupeau, ce qui n’est pas toujours désagréable.

Comment la loi Veil a changé ma vie

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ivg assemblee nationale

Je ne me rappelle plus trop ce qu’il y avait avant, juste un sentiment merveilleux de confort, d’amour et d’apaisement, doucement rythmé par les ondulations du liquide où je vis, et par les comptines que me chante maman en caressant ce qu’elle appelle son « petit ventre ». Juste des couleurs tendres, toutes les nuances de l’orange et toute la gamme des bleus.

Non, en fait, mon premier vrai souvenir, c’est lorsqu’avec une voix blanche que je ne lui connaissais pas, le cœur battant la chamade, maman a déclaré à celui qu’elle nomme « mon chéri » qu’elle avait une grande nouvelle à lui annoncer. Il y a eu un grand silence, puis un bruit énorme, après qu’elle lui ait dit en tremblant Tu vas être papa …». C’est alors que mon chéri s’est mis à crier. Jamais je n’avais entendu des sons aussi violents. Au bout de quelques instants, mon chéri a hurlé des bruits que je n’ai pas compris, quelque chose comme « ce sera moi ou lui, je fous le camp ! » Et il a claqué la porte à toute force. Le cœur de maman s’emballait, et j’ai ressenti une douleur aiguë au creux de son ventre, alors qu’elle se recroquevillait sur elle-même, toute secouée de tremblements. Je ne la reconnais pas. Elle ne s’est calmée que longtemps après, alors qu’on était passé déjà du rose orangé au bleu profond.

Quelque temps plus tard, alors que ma vie douillette avait repris comme autrefois au fond moelleux du petit ventre, mon chéri est revenu. J’ai d’abord eu peur qu’il ne se remettre à crier, mais cette fois, heureusement, sa voix était plus calme. Ce qui m’étonnait, c’est que le mal de ventre de maman avait repris de plus belle, sans parler de son cœur, qui n’en faisait qu’à sa tête.

« Excuse-moi pour l’autre jour, je me suis un peu énervé », a dit mon chéri. « Mais il faut me comprendre, c’est vraiment pas le moment. Je sais bien que je t’avais dit que j’en voudrais un, que ça cimenterait notre couple, qu’on pourrait lui donner le nom de ton grand-père si c’était un garçon, mais bon… pas maintenant. Il faut être adulte, tu comprends. Un gosse, ça veut dire pas de nouvelle voiture. Et puis j’ai calculé, il tomberait pile poil pendant les vacances d’été. C’est pas possible, tu comprends ? »

La douleur dans le ventre est devenue plus forte. En même temps, j’ai entendu mon chéri qui demandait à maman d’arrêter de sangloter comme une madeleine, qu’elle était vraiment ridicule. Puis il s’est rapproché, l4A prise dans ses bras et lui a chuchoté qu’il s’était renseigné, que tout baignait, qu’il avait déjà pris contact avec le centre d’IVG.

Dans le ventre, la douleur est subitement devenue atroce. Maman a eu un geste brusque, mon chéri l’a lâchée et s’est mis à crier : «  je rêve ou t’es en train de me gerber dessus? Ça va pas la tête? Putain, je me demande des fois si je ferais pas mieux de vous laisser une bonne fois pour toutes, toi et ton lardon, puisque tu l’aimes tant! » Cette fois, c’est maman qui a hurlé : « Ne me laisse pas, je t’en prie, je t’aime. Je ferai tout ce que tu veux ! ». Mon chéri lui a dit d’aller se laver, qu’elle puait, et qu’ensuite, ils pourraient enfin parler en adultes responsables.

Un peu plus tard, la conversation a repris. Maman gémissait à voix basse : «  je l’aime, c’est mon enfant à moi, mon enfant ». Mais mon chéri lui répondait qu’elle n’y connaissait rien, qu’elle était décidément toujours aussi bête et inculte, que ce n’était qu’un simple amas de cellules, et d’ailleurs, que si c’était autre chose, on n’aurait pas le droit de le faire passer.

Et quand maman lui a demandé si on avait vraiment le droit, mon chéri s’est énervé à nouveau : « Non seulement c’est un droit, ma pauvre poulette, mais c’est un droit fon-da-men-tal, même qu’ à l’Assemblée nationale, tous les groupes politiques ont adopté un genre de loi, l’autre jour, pour le rappeler haut et fort à tous les tarés qui le contestent encore ! L’Assemblée nationale ! »

« Et le pape François, dont tu dis qu’il est vraiment super et qui a déclaré l’autre jour que l’avortement relevait de la culture du déchet ? »

« Tu comprends rien, décidément. D’abord, ça m’étonnerait que le pape François ait dit ça. Et puis c’est pas ses oignons. Tu as le droit de disposer de ton corps, bordel ! Un droit, c’est un droit. Et c’est ton corps, tu m’entends, le tien ! De toute façon, je te le répète, ce sera lui ou moi ! » Puis il est reparti en claquant la porte.

Ce matin, très tôt, mon chéri est encore revenu. Il avait à nouveau sa voix mielleuse lorsqu’il a dit à maman que c’était aujourd’hui le grand jour. Drôle de grand jour : maman a sangloté toute la nuit en caressant son « petit ventre ». Les douleurs ne cessent plus.

« Habille-toi en vitesse, on va être en retard au centre », a ordonné mon chéri. « Et puis surtout, arrête de chialer, bon sang. Ils vont finir par croire que t’es pas consentante, que t’as envie de le garder ! ».

Maman a eu un haut le cœur, mais elle n’a rien dit. Pas un mot. Elle s’est tue jusqu’à ce que, quelques heures plus tard, une autre voix, coupante et glaciale, lui dise de s’allonger et de se détendre, que tout irait bien, qu’elle ne sentirait absolument rien avec l’anesthésie. C’est alors que j’ai perçu, mais déjà très lointain, tremblant et presque étouffé, son tout dernier mot : « oui ».

*Photo : wikimedia.

Lettre à mes députés sur la reconnaissance de l’Etat palestinien

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Madame la députée, Monsieur le député,

Le 28 novembre aura lieu un vote du Parlement sur une résolution visant à imposer de manière unilatérale la reconnaissance d’un État palestinien, sans aucune négociation avec Israël.

Or, en l’état actuel, l’« Etat palestinien » serait représenté par l’alliance de l’Autorité palestinienne et du Hamas (classé organisation terroriste), dont l’accord gouvernemental n’a pas été rompu. Cet état de choses — ajouté à la violence et à la barbarie récemment déclenchées à Jérusalem sous l’influence de l’idéologie meurtrière du Hamas et du Djihad islamique —, ferait que cette résolution, si elle était votée, entrerait  en contradiction absolue avec nos idéaux démocratiques et le respect constitutionnel des droits de l’homme. Rappelons que le Hamas, le Djihad islamique et même certains membres du Fatah ont salué les assassins de fidèles priant  dans une  synagogue de Jérusalem-Ouest  comme des « martyrs nationaux du peuple palestinien ».

Dans un tel contexte les démocraties ne sauraient en effet, sans grand risque pour leur avenir même, soutenir la fondation d’un nouvel État sous l’influence grandissante de Daesch dans la région.

Je vous renvoie, pour mémoire, à la lettre signée par 110 parlementaires adressée en 2011 au Président Sarkozy. Elle affirmait avec force la nécessité d’une solution négociée s’opposant à toute reconnaissance unilatérale par la France.

J’ose donc espérer que  vous voterez le 28 novembre contre cette résolution aux effets que l’on peut craindre contre-productifs,  aussi dommageable pour le peuple d’Israël que pour les Palestiniens.

Je  vous prie d’agréer, Madame la députée, Monsieur le député, l’expression de mes salutations distinguées.

«Pour Marine Le Pen, 2017, c’est sans doute trop tôt!»

 olivier dard fn

Propos recueillis par Daoud Boughezala et Gil Mihaely

Causeur : Avec son programme social très étatiste, ses odes à la République et un électorat très composite, le FN est-il toujours un parti d’extrême droite ?

Olivier Dard : Le terme d’extrême droite est ambigu et très discuté par les chercheurs, en France comme à l’étranger. Dans mes ouvrages, je lui préfère la notion de « droite radicale ». Cela étant, le FN de Marine Le Pen est incontestablement différent de celui  de son père. D’abord, leur rapport à l’histoire des droites nationalistes françaises est tout à fait différent.Jean-Marie Le Pen est le véritable héritier de toute l’histoire des ligues nationalistes françaises depuis la fin du xixe siècle, qui n’ont jamais vraiment cherché à construire un parti de gouvernement. Marine Le Pen est née en 1968, a eu 20 ans en 1988, et il y a tout un héritage qui n’est pas le sien, notamment sur la décolonisation, même si elle a participé récemment à une cérémonie d’hommage aux harkis. Surtout, son objectif est de construire une force politique destinée à accéder au pouvoir et à l’exercer. C’est la raison pour laquelle Marine Le Pen surveille comme le lait sur le feu les villes gérées par le FN. Là où son père multipliait les provocations pour rester à l’écart, elle s’efforce au contraire d’arrondir un certain nombre d’angles.

Marine Le Pen a en effet mis beaucoup d’eau dans le vin du FN ces dernières années. Dans le même temps, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir remettre à plat les accords de Schengen sur la libre circulation des hommes en Europe. N’y a-t-il pas là les prémices d’un programme commun FN et UMP ?

Je ne le crois pas, car tout d’abord ce serait la mort de l’UMP, et les dirigeants de l’UMP le savent. Deuxièmement, ils se heurteraient d’emblée à une telle bronca médiatique qu’ils en seraient tétanisés.[access capability= »lire_inedits »] Troisièmement, à la différence de ce qui s’est passé dans le rapport PS-PC dans les années 1970 et 1980, cela profiterait au FN et non pas à l’UMP. Au tout début de l’émergence du Front, la droite classique aurait pu juguler cette ascension, par exemple en pratiquant des alliances à l’échelle locale. Mais, aujourd’hui, le FN a son identité, son électorat et, surtout, le vent en poupe.
En revanche, le positionnement actuel de Nicolas Sarkozy sur nombre de sujets est très ambigu. D’un côté, on le sent soucieux de s’ouvrir vers le centre, et, d’un autre, de prendre en compte des aspirations proches de la ligne du FN au risque de s’aliéner les centristes. C’est une stratégie à risques car, comme l’a bien dit Jean-Marie Le Pen, « les électeurs préféreront toujours l’original à la copie ».

Curieusement, vous ne mentionnez pas le plus évident des obstacles à l’union : l’incompatibilité des propositions économiques de l’UMP et du FN, sur des questions aussi essentielles que l’euro et le rôle de l’État providence …

Sur le principe, les programmes paraissent totalement incompatibles. Sauf que la ligne économique du FN a très largement évolué à travers les années. Le programme du FN d’il y a vingt ans se rapprochait du libéralisme de l’actuelle UMP, Le Pen père se vantait même d’avoir connu l’économie de l’offre et les idées de Reagan avant les autres ! Depuis, Marine Le Pen s’est repositionnée en prônant un étatisme interventionniste qui prenne en compte le sort des territoires, des politiques sociales, etc. Bref, je ne pense pas que les enjeux économiques pèsent d’un grand poids dans la probabilité d’une alliance.

Sans avoir eu besoin de s’allier avec l’UMP, Marine Le Pen a déjà gagné la bataille de la respectabilité. Il lui reste à remporter celle de la crédibilité. Quand on l’interroge sur le manque de cadres du FN, sa présidente insinue que des centaines de hauts fonctionnaires très compétents n’attendent que le sifflet de l’arbitre pour la rallier. Y croyez-vous ?

Comme dirait l’autre, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ! ». J’ignore si des hauts fonctionnaires ont dit derrière des vitres fumées à Marine Le Pen qu’ils se rallieraient à elle « le jour où ». En revanche, ce que je vois, c’est qu’il y a une forme de danger à manipuler ce genre de discours quand on préside le Front national. La force de Marine Le Pen réside dans son discours anti-élites et ses charges contre les technocrates qui nous gouvernent. Mais on ne peut pas critiquer la technostructure tout en expliquant qu’on va s’appuyer sur elle ! Dans le cadre d’une campagne présidentielle, si Marine Le Pen est vraiment en position d’arriver au second tour, elle devra dépasser cette contradiction.

Combien faut-il de technocrates pour gouverner la France ? Certains parlent de 500 personnes, d’autres de 2 000…

Je crois que ce n’est pas un problème de nombre. Le défi numéro un est d’arriver à sécréter au sein du parti une élite capable de gouverner. C’est encore loin d’être le cas au FN, même s’il multiplie les initiatives pour attirer des enseignants ou des chefs d’entreprise. Vient ensuite un autre obstacle : la formidable résistance que pourrait opposer la haute administration à un gouvernement frontiste… Dans des citadelles comme Bercy ou la place Beauvau, le ministre peut commander, mais il faut que l’intendance suive.

Un troisième facteur joue contre Marine Le Pen : les contraintes internationales, à commencer par l’Europe. On est dans un carcan qui rend les marges de manœuvre des gouvernements assez étroites. L’épisode du budget français est emblématique : il ne va pas se passer grand-chose parce que l’Europe ne veut pas taper sur les doigts de la France, pour ne pas faire monter le FN. Reste que la France n’est plus maîtresse de son budget. Quand, à propos de la GPA, qu’elle combat, Marine Le Pen affirme qu’elle « coupera le cordon » avec la Convention européenne des droits de l’homme, c’est imparable. Elle sait qu’aucun dirigeant du PS ou de l’UMP ne le fera. Mais le ferait-elle si elle était au pouvoir, et comment gérerait-elle les inévitables mesures de rétorsion ? Si l’intérêt de Marine Le Pen est bien sûr de progresser électoralement, mieux vaut pour elle qu’elle  ne se retrouve pas trop vite dans une position trop favorable – 2017, c’est sans doute trop tôt.

Le FN semble éprouver un double sentiment de rejet et de fascination pour les élites françaises – songez que l’énarque Florian Philippot a été nommé vice-président trois ans après son adhésion ! Peut-il partir de cette ambivalence pour révolutionner le système français de recrutement des élites politiques ? Comme aux États-Unis, des hommes politiques qui seraient d’ex-capitaines d’industrie pourraient supplanter les traditionnels énarques…

Le modèle français de recrutement des élites administratives est au bord de l’épuisement. À partir des années 1920, ce modèle a pu fonctionner pendant des décennies car, sous Vichy ou sous le gaullisme, on vivait en régime d’économie administrée. Ce type d’élites correspondait au personnel politique qu’on retrouvait partout en Europe occidentale. Il y a encore vingt ans, les épreuves des concours de recrutement des hauts fonctionnaires européens ressemblaient beaucoup à celles des grands concours français. Aujourd’hui, c’est fini ! le modèle à l’anglo-saxonne a gagné, comme en témoigne l’évolution de Sciences Po. Il s’agit de ne plus sacraliser la fonction publique, de donner moins de place à des disciplines classiques comme l’histoire au profit d’enjeux bien plus actuels tels que les études sur le genre. Les grandes écoles se sont adaptées à ce nouveau modèle en envoyant leurs étudiants en stage à l’étranger. Mais, au niveau de notre classe politique, le décalage reste incontestable, particulièrement en matière de maîtrise des langues étrangères.

Entre ces deux modèles, le FN refuse de choisir puisqu’il tient un discours anti-élites tous azimuts. Ses diatribes visent tout autant les élites traditionnelles issues de l’ENA que les élites mondialisées. Dans ces conditions, sur qui pourra-t-il encore s’appuyer pour arriver au pouvoir et surtout l’exercer ? Aujourd’hui, il ne donne aucune réponse crédible à cette question.

Le rejet de l’énarchie et des élites mondialisées permet de capitaliser des voix à bon compte. Mis à part cette fibre populiste, le refus de l’immigration constitue-t-il le ressort unique du vote frontiste ?

Ce qui unit l’électorat FN dans sa diversité, c’est la défense identitaire, si l’on ne limite pas l’identité à l’immigration. L’identité, ce n’est pas uniquement une question ethnique, mais aussi sociale, économique et territoriale. J’ai été pendant des années professeur en Lorraine, à Metz, où l’effondrement de la sidérurgie a entraîné la fin d’un monde. Dans les provinces françaises, les politiques de reconversion industrielle menées par la droite et la gauche ont coûté très cher, pour des résultats très en deçà de ce qu’on pouvait en attendre. Il y a aujourd’hui des populations qui sont très difficiles à employer vu la technicité d’un certain nombre de métiers.

À mesure que les écoles ferment et que les services publics s’en vont, la désertification se développe. Les gens ne disent pas seulement « on n’a pas assez de retraite, on n’a pas assez de salaire », mais, de plus en plus, « vous êtes en train de casser notre mode de vie ». En jouant la carte des territoires et de l’enracinement, le FN met le doigt sur des réalités d’importance et capte donc un électorat rural qui n’était au départ pas le sien.

Le congrès du FN, qui se déroulera à Lyon fin novembre, se conclura très certainement par l’adoption d’une motion unique. Derrière cette unanimité de façade, la diversité idéologique, qui va des nationaux-libéraux (Aymeric Chauprade) aux souverainistes gauchisants (Florian Philippot), menace-t-elle la cohésion du parti lepéniste ?

Je ne suis pas certain que les clivages internes s’expriment aussi profondément que vous le dites. Marine Le Pen a deux atouts pour elle : elle est l’élément fédérateur et elle réussit ! Aussi longtemps que ses succès la porteront, ce qu’elle dit restera incontesté. Ainsi, un certain nombre d’anciens militants qui avaient quitté le FN sont en train d’y revenir, en se disant qu’il faut en passer par là car Marine Le Pen gagne. Mais, et là vous avez raison, par-delà le charisme personnel de sa présidente, se pose la question du futur programme de gouvernement que devra élaborer le FN. Marine Le Pen est très habile, mais cela ne veut pas dire qu’elle a gagné la bataille de la compétence ! En matière de politique extérieure, c’est assez flou, elle peine encore à trancher entre les positions des uns et des autres. Sur le plan économique, les choses sont plus claires, mais la ligne retenue suscite quelques réticences. C’est sur les questions européennes que la présidente du FN est sans doute la plus fédératrice, mais il s’agit davantage d’une fédération de rejets que de propositions alternatives.

À vous entendre, les militants frontistes obéissent comme un seul homme à Marine Le Pen, quitte à mettre leurs divergences sous le boisseau. À terme, l’émergence de personnalités concurrentes telles que sa nièce Marion Maréchal-Le Pen ou même Florian Philippot ne pourrait-elle pas lui faire de l’ombre ?

Gare au malentendu : le FN n’est pas seulement un parti de militants ! C’est d’abord un parti d’électeurs dominé par une figure charismatique, dont la force de frappe passe par les médias et non les appareils. Dites-vous bien que le congrès va bien plus intéresser la presse que les électeurs du FN. Pour répondre à votre question, il serait intéressant de comparer les taux de notoriété. Qui l’opinion connaît-elle du FN en dehors de Marine Le Pen ? Peut-être Florian Philippot et Louis Aliot, Marion Maréchal, Bruno Gollnisch et Gilbert Collard. Toutes ces individualités comptent moins que l’étiquette frontiste et les thèmes mobilisés. Parmi eux, il faut compter avec la question de l’islamisme et sa force d’attraction. Aux régionales de 2010 en Lorraine, où le FN avait recueilli 14,87 % des voix, une liste soutenue par des groupements dissidents (Mouvement national républicain, Parti de la France, Nouvelle Droite populaire), et dont les quatre femmes têtes de listes départementales n’étaient pas connues du grand public, a recueilli 3 % des voix, avec comme seul mot d’ordre : « Stop aux minarets en Lorraine ! ». Au-delà des questions de personnes, un éventuel changement de nom et d’emblème du parti représente donc un enjeu crucial pour le FN de demain.[/access]

 *Photo : Hannah.

Robespierre contre Super Mario

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robespierre revolution creed

Alors, si on a bien compris, le personnage de Robespierre et, au passage les soldats de l’An II qui ont tout de même, excusez du peu, sauvé par les armes ce qui fait notre Nation aujourd’hui, sont attaqués dans un jeu vidéo du nom d’Assassin’s Creed. On est assez nul en jeu vidéo, et même complètement étranger à cet univers. On vient d’ailleurs de lire dans Le Monde que le joueur de jeux vidéo avait en moyenne 31 ans, était un homme et était inactif. On ne sait pas pourquoi, mais ce genre de portrait robot ne nous donne pas très envie de nous intéresser davantage à cet univers-là. Ca sent tout de même un peu le célibataire malpropre un poil autiste, un genre de personnage de Simenon des années 2.0. , qui est à deux doigts de sombrer dans le meurtre en série ou d’aller s’engager dans le Jihad pour voir comment ça fait d’égorger en vrai (IRL comme disent ces nouveaux zombies) et non plus derrière un écran en tripotant dans des spasmes onanistes, une manette pleine de boutons.

Il n’empêche, on a cru comprendre aussi que le jeu vidéo était, du fait de l’abondance de pratiquants, un enjeu aussi commercial qu’idéologique. On peut non seulement par ce biais se faire du pognon mais aussi, de manière très gramsciste, créer ou accompagner des représentations dominantes pour les faire passer comme des choses qui vont de soi. On ne compte plus les jeux où l’on dézingue le méchant du moment,  Castro, Chavez, Ben Laden, bref toute la gamme qui va, sans trop faire de détail, de l’islamiste barbu à la racaille néocommuniste. Dans ce cas précis,  il s’agit donc de faire passer Robespierre pour un monstre. Finalement, ça ira plus vite que du Furet, historien en son temps financé par les universités US aux fonds abondés par les think tanks néolibéraux et anticommunistes  et qui a beaucoup fait pour détruire jusqu’au désir de changer la moindre des choses dans notre monde car cela conduirait forcément à la Terreur, au Goulag, aux Camps de la mort. Ce n’est pas compliqué, tu demandes une augmentation du SMIC et la sauvegarde des services publics, et tu es déjà un khmer rouge…

On remarquera que Robespierre en prend donc plein la tête, comme diraient les joueurs de jeux vidéo, ces derniers temps. L’année dernière, c’était un masque de l’Incorruptible reconstitué par un soi-disant spécialiste de la chose et un médecin légiste qui avait dû faire son stage au cirque Pinder. Comme par hasard, Robespierre y apparaissait monstrueux et grêlé, car c’est bien connu, quand on est méchant, on a une sale gueule, selon la philosophie politique décidément très élaborée de ces gens-là.

Alors rappelons, simplement, que sur Robespierre, on n’est pas obligé de croire les libéraux et les réacs, que la Terreur à Paris a fait moins de morts que la Semaine Sanglante contre les Communards et que Robespierre est une des plus belles voix humaines de l’émancipation. Mais sans doute, à l’époque où un Gattaz voudrait que la France sorte de l’Organisation internationale du Travail, l’organisme onusien sur les questions sociales, car il trouve encore trop contraignantes leurs recommandations pourtant minimales,  à l’époque où un Macron  voudrait bien geler les salaires sur trois ans et assouplir les 35 heurs qui à force d’être assouplies vont finir par ressembler à une contorsionniste dans un cirque,   à cette époque, donc, est-il difficile d’accepter la parole de celui qui osait dire: « Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier ”

Et puis, il n’y a pas que Furet dans la vie. Allez voir du côté Slavoj Zizek qui essaie de penser Robespierre et la Terreur comme un moment dans une histoire beaucoup plus complexe et claire à la fois puisque c’est celle de l’éternel désir d’égalité entre les hommes et écoutons justement, en guise de conclusion, ce que dit Zizek, tout de même plus crédible que SuperMario sur cette question, dans Robespierre, entre vertu et Terreur (Stock)  “ Ma thèse est de dire : il y a des situations où la démocratie ne fonctionne pas, où elle perd sa substance, où il faut réinventer des modalités de mobilisation populaire. La Terreur ne se résume pas à Robespierre. Il y avait alors une agitation populaire, incarnée par des figures encore plus radicales, comme Babeuf ou Hébert. Il faut rappeler qu’on a coupé plus de têtes après la mort de Robespierre qu’avant – mais lui avait coupé des têtes de riches. »

A notre connaissance, aucune marque de jeu vidéo n’a proposé de reprendre le scénario de Zizek. C’est bien dommage : puisque le jeu vidéo fait désormais office de manuel d’histoire pour le décérébré contemporain, on aurait pu rééquilibrer la balance…

 *Image : L’exécution de Robespierre (wikicommons).

Les Athéniens malades de la peste

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legende ebola grece

legende ebola grece

« Le mal, dit-on, fit son apparition en Éthiopie, au-dessus de l’Égypte : de là il descendit en Égypte et en Libye. » Au IVe siècle avant J.-C., dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse,  Thucydide observe l’extension de la peste, partie des rivages africains pour atteindre ceux de la Grèce. Aujourd’hui, un nouveau spectre hante l’Occident : il a pour nom « Ebola ». On le sent rôder à nos frontières. Cette fièvre hémorragique, jusque-là cantonnée à l’Afrique où elle se livrait à de brefs carnages avant de disparaître, a pris une dimension nouvelle non seulement par le nombre de victimes qu’elle a provoqué en Afrique de l’Ouest mais aussi par les cas qui apparaissent désormais de manière sporadique au cœur de nos villes. Cette peur de l’épidémie est à la fois très archaïque et très moderne. La vision des médecins en combinaison intégrale renvoie à un certain nombre de films catastrophe eux-mêmes inspirés de romans d’anticipation comme Je suis une légende, de Richard Matheson, où des mutants traquent les derniers hommes indemnes. Le point commun entre Je suis une légende et Ebola, point qui est presque un invariant dans la grande peur des épidémies, c’est le sang, principal vecteur du virus, mais aussi de la peur. On apprenait ainsi, récemment, qu’Air Canada avait refusé de transporter un échantillon prélevé sur un malade ![access capability= »lire_inedits »]

L’une des premières descriptions des ravages sanitaires et psychologiques d’une épidémie – la peste à Athènes – se trouve donc dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse. On y retrouve cette présence du sang : « L’intérieur, le pharynx et la langue devenaient sanguinolents », de la fièvre, et de la mort presque certaine des malades. Thucydide précise que cette peste est venue d’Afrique, sans que l’on puisse cependant expliquer son apparition à Athènes, pas plus que l’on n’explique aujourd’hui l’arrivée d’Ebola chez nous. D’où psychose et rumeur : « Le mal se déclara subitement à Athènes et (…) on colporta le bruit que les Péloponnésiens avaient empoisonné les puits. » Mais ce qui nous semble encore plus proche, c’est le courage des soignants victimes de leur dévouement : « Ceux qui approchaient les malades périssaient également (…) : mus par le sentiment de l’honneur, ils négligeaient toute précaution, allaient soigner leurs amis ; car, à la fin, les gens de la maison eux-mêmes se lassaient, vaincus par l’excès du mal, d’entendre les gémissements des moribonds. » On laissera donc la parole à Camus qui, dans La Peste, trouve une raison d’espérer au cœur de la catastrophe, qui forge de nouvelles solidarités : « Il y a chez les hommes plus de choses à admirer qu’à mépriser. » Les soignants tombés sur le front d’Ebola prouvent peut-être qu’il avait raison.[/access]

Valérie à tous les râteliers

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valerie trierweiler hollande

valerie trierweiler hollande

Voici quelques semaines que les dents de Valérie occupent une part de l’actualité politique française. Même si beaucoup de mensonges, affaires, émissions, démissions  et compromissions sont passés sous les ponts depuis la parution de son livre…

Valérie a la dent dure.

On lui avait trouvé la dent dure pour sa révélation des blagues douteuses de son Président de copain concernant les « sans-dents ». Pour avoir également invité le peuple français dans sa chambre à coucher pour y assister à des consternantes scènes de ménage, de jalousie, de pamoison ou autres détails intimes scabreux. Pour avoir confondu son métier de journaliste et son état de copine de Président. Pour avoir approché encore un peu plus du caniveau la fonction déjà affaiblie d’un homme public au bord du gouffre.

Valérie a les dents longues.

Non contente du phénoménal succès de librairie qui souligne l’appétit Français pour le ragot –bonne nouvelle, les français lisent !-, non contente des sommes faramineuses gagnées à couler ce qu’il restait de dignité au Président, Valérie, la femme blessée a retrouvé le sens des affaires en même temps que ses esprits et s’exporte -en plus de dix langues, excusez du peu-. C’est probablement ce qu’on appelle l’excellence française, que vantait un grotesque Montebourg, du temps de sa splendeur, dans sa marinière bleue et blanche Armor-Lux.

Comme notre ex-première dame a un sens du commerce –extérieur- à faire pâlir d’envie tous les économistes penchés au chevet de la France malade, en plus de ses interviews en exclusivité pour les journaux des pays dans lesquels son « livre d’amour » sort ces jours-ci, notre manageuse promet du scoop… A quoi sert d’avoir une exclu si l’on n’a pas de scoop ?

Et elle en apporte un au quotidien La Repubblica. Où l’histoire se répète : alors que parait ce week-end dans la presse people une photo de François Hollande et sa future-ex-nouvelle compagne Julie Gayet dans les jardins de l’Elysée, Valérie livre à la presse étrangère une petite conversation des plus croustillantes au regard des indiscrétions du sniper-photographe qui hante les murs du Palais : « Il voulait me dire qu’il ne m’en voulait pas pour le livre. Et il voulait m’assurer que Julie Gayet ne vient jamais à l’Élysée. A l’évidence, le mensonge nous a accompagnés jusqu’à la fin ».

C’est l’arroseuse arrosée. On se souvient avec quelle classe l’amant avait éconduit la belle. Elle affirme qu’il la bombarde, depuis, de textos, de mails et de bouquets de fleurs pour la supplier de revenir. Pour rien au monde elle ne se priverait de le faire savoir. On s’était demandé, à le voir si imperméable aux émotions et au désamour des français, si François Hollande n’était pas immensément fier. On en doute à présent !

Et bientôt des dents en or…

« Il m’a dit : je saurai toujours te trouver », ajoute-t-elle. Donnant délibérément un double sens à cette citation, puisqu’elle explique également au Times Magazine qu’elle se sent espionnée par l’Elysée.

Aujourd’hui Valérie montre les dents, plutôt guérie que blessée, elle ne lâchera jamais.

Et si le président Hollande a promis de la retrouver où qu’elle soit, cela l’empêchera-t-elle d’aller  cacher ses millions en Belgique ou ailleurs, où elle pourra enfin sourire de toutes ses dents… en or ?

 *Photo : VILLEMAIN CYRIL/SIPA. 00698687_000012.

Immigration : faut-il sermonner le Saint Père?

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pape francois zemmour
Soleil

pape francois zemmour

Eric Zemmour est bien d’accord avec les Femen : le passage éclair du pape François à Strasbourg le 25 novembre est un scandale. Sauf que pour l’auteur du Suicide Français, le souverain @pontifex (son petit nom sur Twitter) n’a pas péché par action, en faisant cette apparition au Parlement européen et au Conseil de l’Europe, mais par omission, en n’allant pas célébrer une messe à la cathédrale.

« Qui suis-je pour juger ? »[1. Phrase reprise par Virginie Tellenne (Frigide Barjot) qui en a fait le titre d’un livre sur son engagement pour l’union homosexuelle et contre l’abandon de la filiation biologique (Qui suis-je pour juger, confessions d’une catho républicaine, éditions Salvator, 2014).] avait répondu François l’Argentin aux quelques journaleux qui tentaient de lui arracher une condamnation des homosexuels. Zemmour, lui, ne se pose pas la question. Il est Zemmour, et à ce titre – notoirement supérieur à celui d’évêque de Rome – il est habilité à juger le « serviteur des serviteurs », accessoirement chef spirituel d’un milliard et demi d’humains.

Alors il s’enflamme, dans sa chronique sur RTL : rendez-vous compte, le pape n’a même pas dit « Dieu » ou « Jésus », ni « avortement », ni « euthanasie », ni « mariage homosexuel ». Bref, « il dit les mots qui plaisent, pas les mots qui fâchent ». Sacrilège, semble s’étouffer notre zorro national ! Pire encore : « Il prône l’accueil généreux des migrants. » Décidément, on aura tout vu.

Un pape qui fait comme un certain Jésus-Christ dans l’Evangile, qui préfère la simplicité au faste, la douceur à la violence, et qui veut une Eglise ouverte sur le monde ? Et pourquoi pas le pardon et l’amour du prochain, tant qu’on y est ? D’autant qu’il y a plus grave encore, accrochez-vous : « Ce pape est obsédé par le dialogue entre le christianisme et l’islam. »

Alors là, forcément, si François n’est même pas cap’ d’appeler à la guerre sainte contre les mahométans, on se demande bien ce qui fait encore la supériorité de l’humanisme chrétien sur la barbarie islamiste ! Vous allez voir qu’un jour, cette pourriture gauchiste va nous expliquer qu’il faut aimer nos ennemis, comme l’autre Palestinien barbu dans la Bible.

« François jette les dogmes aux orties pour complaire à l’époque », explique donc tranquillement le gardien de la foi cathodique. Et d’évoquer « sa complaisance à l’égard du mariage homosexuel », bien connue de tous les catholiques qui ont lu la lettre dans laquelle il déclarait : « L’adoption du projet de loi serait un grave recul anthropologique. Le mariage (formé d’un homme et d’une femme) n’est pas la même chose que l’union de deux personnes de même sexe. »

« Le pape François est l’idole des médias, des députés européens et de la gauche occidentale, accuse enfin le néo-réac chéri de L’Obs. Il n’a pas l’air de s’inquiéter que les habituels contempteurs les plus sarcastiques et vindicatifs de l’Eglise l’applaudissent. » Mon Dieu ! Un pape « qu’adorent nos contemporains progressistes » ! Tous aux abris, le spectre de la réconciliation plane à l’horizon !

Autant il est toujours salutaire d’entendre Zemmour torturer les oreilles chastes de nos progressistes intégristes et autres néo-inquisiteurs médiatiques, autant son sermon condescendant adressé à un pape jugé trop moderne fait un peu pitié. Finalement, depuis la sortie de son best-seller, on se dit que la différence entre Eric Zemmour et un chrétien, c’est l’espérance. Tiens, ça rime avec France…

*Image : Soleil.

Théorie du genre : Petit Poilu à l’assaut des différences

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najat petit poilu genre

najat petit poilu genre

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire de « L’expérience extraordinaire », quinzième tome des aventures de Petit Poilu (Dupuis). Je n’ai pas lu les autres tomes puisque je suis tombé sur ce volume par hasard. J’ai trouvé intéressant de vous faire part de quelques planches de cet album. Dans un souci de faire vite et synthétique, à chaque fois qu’il manque une ou plusieurs pages, je vous écris un bref résumé de l’action. Je vais tâcher de rester purement descriptif dans un premier temps.

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Une journée ordinaire commence pour Petit Poilu. Cartable sur le dos, il s’en va à l’école.

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Chemin faisant, le soleil tape dur et Petit Poilu se laisse tenter par une baignade dans une piscine. Mais l’eau se transforme soudain en grosses bulles, et notre héros se trouve aspiré vers le fond par un gros tube qui l’avale. Après quelques tourbillons dans d’étranges méandres, il se retrouve craché à l’autre extrémité du tube dans un endroit inconnu. Il a à peine le temps de reprendre ses esprits que deux bras mécaniques munis de pinces le cueillent et l’enferment dans une cage. Petit Poilu découvre qu’il n’est pas seul dans la cage : il y a aussi une petite fille. La BD étant muette, c’est la quatrième de couv qui nous apprend qu’elle s’appelle Ève. Dans la cage, Petit Poilu et Ève font brièvement connaissance et échangent des sourires amicaux. Mais les deux bras mécaniques font de nouveau leur apparition et vont chercher nos deux héros dans leur cage pour les emporter manu militari Dieu sait où.

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Un troisième personnage fait son apparition. Elle tient des manettes de commande et semble présider à une sorte de laboratoire. La quatrième de couv’ nous apprend son nom : il s’agit de Miss Divine. Les deux bras mécaniques larguent brutalement Petit Poilu et Ève dans une sorte de nacelle, et Miss Divine leur donne à voir un écran.

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En toute logique, si vous avez bien suivi, Eve ayant choisi le ballon de foot plutôt que le poney rose, elle subit une douloureuse réprimande en se faisant pincer les fesses et Miss Divine est furieuse. Après cette première expérience, Petit Poilu et Ève se retrouvent de nouveau enfermés dans leur nacelle et trouvent un peu de répit. Mais Miss Divine revient, équipée cette fois d’un flacon bleu et d’un flacon rose. Les bras mécaniques saisissent nos deux héros et les plongent dans un bain. Miss Divine saupoudre du bleu dans le bain de Petit Poilu, puis du rose dans le bain d’Ève. La réaction chimique transforme l’eau en mousse.

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Mais l’effet lobotomisant de l’expérience s’estompe et ils retrouvent tout leur esprit ; Petit Poilu et Ève s’échangent alors leurs jouets. Furieuse de voir Petit Poilu jouer à la poupée et Ève jouer au foot, elle se saisit d’une tapette pour les frapper mais, dans sa rage, dérape sur un jouet à roulettes et tombe assommée sur le sol.

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Fin de l’histoire.

Après cette dernière page de l’aventure, on peut lire ceci :

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Extrait de la quatrième de couv’ :

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Voilà. C’était peut-être un peu long à lire mais, la lecture étant faite, on peut commencer l’analyse des choses. En premier lieu, il convient de chercher quelques informations complémentaires sur les aventures de Petit Poilu. Petit Poilu possède une page officielle sur laquelle on lit ceci :

« PETIT POILU, UN OUTIL PÉDAGOGIQUE ET LUDIQUE !

Petit Poilu figure sur la liste officielle de l’Éducation Nationale et est plébiscité par les enseignants et Inspecteurs de l’Éducation Nationale. La série s’avère être un outil de travail complet et agréable à utiliser en atelier. En effet, chaque tome développe un thème propre autour duquel il est aisé d’organiser des ateliers de discussion même avec les plus petits. De l’amour à la jalousie, de la peur à l’injustice, de l’amitié à la colère, le « petit message qui fait grandir d’un poil » laisse libre cours à la réflexion et ouvre la porte à l’expression orale. »

On peut en effet trouver des fiches pédagogiques correspondant à chaque album. En l’occurrence, nous trouvons la fiche de ce tome ici.

Petit Poilu n’est donc pas une simple BD enfantine comme peuvent l’être Petit Ours Brun, Mickey Mouse ou Popi ; Petit Poilu revendique une charge sémantique « citoyenne » active puisque c’est un outil pédagogique au sein de l’Éducation Nationale.

Bien.

Nous n’allons pas tourner autour du pot pour comprendre de quoi nous parle cette BD. Elle nous parle explicitement de la notion du genre, cette fameuse théorie qui n’existe pas, et fait la promotion de ses interrogations auprès des très jeunes enfants. Nous n’allons pas non plus bêtement hurler au scandale et dénoncer Satan à l’œuvre. Nous allons pourtant hurler au scandale et dénoncer Satan à l’œuvre (ton d’imprécateur médiéval), mais nous allons le faire avec un peu d’intelligence et de mesure.

Nous trouvons évidemment cette BD scandaleuse pour plusieurs raisons :

1. Sous des aspects récréatifs et divertissants, cette BD est clairement un outil de reprogrammation idéologique. Vous allez me répondre que Bayard Presse ou Pif Gadget donnent bien dans le contenu idéologique (catho pour l’un, communiste pour l’autre) et vous aurez raison. Mais Bayard Presse et Pif Gadget ne cachent pas leurs messages et ne font pas dans l’instillation subreptice. Et ni l’un ni l’autre ne nouent de partenariat avec l’Éducation  nationale.

2. Qu’il s’agisse de réalités biologiques ou de construits sociaux, le message de cette BD est qu’il faut les déconstruire et estomper les différenciations. Or les enfants ont besoin de repères et d’identifications claires pour bien grandir, et non de leçons de déconstructivisme. Je veut bien qu’on soit déconstructiviste, mais à la condition qu’on soit devenu une grande personne et qu’on comprenne ce à quoi on s’attaque. Si on veut se lancer dans le jeu des identités floues et des affinités électives, mieux vaut savoir le plus clairement possible la différence entre le Je et l’Autre. Et quand on est un enfant, on est très loin de cette sophistication intellectuelle qui joue sur la transgression. Si on veut briser la norme, il faut d’abord qu’il y ait une norme à briser. L’enfance, c’est l’école de la norme, qu’on le veuille ou non. On ne se roule pas par terre, on est gentil avec les gens, on ne fait pas de caprice, on mange proprement, on apprend à lire. Dans la vie normale, les gens ne se roulent pas par terre à la première contrariété – même si cette notion de « vie normale des gens normaux » peut sembler complètement nazie pour certains. Alors, si on veut se rouler par terre, insulter les gens, faire des caprices et ingérer n’importe quoi, on peut le faire plus grand en devenant par exemple chanteur dans un groupe punk. Mais la vie sex and drugs and rock and roll n’est pas faite pour les enfants. On peut insulter la reine d’Angleterre, mais à la condition d’être un sujet de la reine d’Angleterre. On peut faire du cubisme ou du ready-made, mais à la condition de maîtriser parfaitement la figuration académique qu’on entend subvertir.

3. Dans un monde peuplé de gens normaux, l’école apprend aux enfants des aptitudes techniques et intellectuelles, elle n’est pas là pour les plonger dans des débats participatifs sur le rôle des sciences sociales appliquées aux données biologiques de la sexuation (« organiser des ateliers de discussion même avec les plus petits »). C’est sans doute passionnant quand on est chercheur dans une université ou quand on est impliqué dans une activité collectiviste ponctuée d’AG, mais c’est extrêmement malvenu dans une école primaire.

Ensuite, vient la dimension satanique de l’ouvrage. Je vais expliquer pourquoi j’utilise le mot satanique, sinon on va me prendre pour un illuminé de chez Civitas.

Observons le personnage du « savant fou », interprété ici par une femme qui se nomme « Miss Divine ». Qu’a donc cette femme de divin pour mériter ce nom ?

– Elle règne en maîtresse absolue sur son domaine. Des créatures mécaniques lui obéissent au doigt et à l’œil comme des prolongements d’elle-même, elle semble donc toute-puissante.

– Elle ne manipule presque rien par elle-même, donnant l’image d’un pur intellect qui n’opère que par des intermédiaires – un peu comme Krang dans les Tortues Ninja, cet être qui n’est qu’un cerveau et qui n’interagit avec le monde que grâce à un corps artificiel qui le protège et le transporte. Elle est d’ailleurs maladroite dans le monde réel où traînent au sol des jouets à roulettes, alors qu’elle est très puissante derrière d’abstraites consoles de commande.

– Son but est de créer des êtres humains à son image, c’est un démiurge. La petite fille s’appelle – oh la la la quel hasard dis donc – Ève.

Or, toute Miss Divine qu’elle est, elle apparaît comme méchante et malfaisante. Logiquement, elle devrait s’appelait Miss Maboule, Miss Méchante, ou Miss Sadique puisqu’elle agit en tortionnaire contre les enfants. Mais non. Elle s’appelle Miss Divine. Bon. On va dire que c’est le nom dont elle s’est affublée elle-même pour se donner de la contenance, asseoir son autorité et se prendre pour la démiurge qu’elle rêve être. Soit.

Mais je m’autorise à penser qu’elle s’appelle Miss Divine parce que les auteurs voient réellement Dieu comme ceci : un être qui, au contraire de créer l’homme pour son bien, joue à contraindre pour son mal un homme dont l’existence provenant de la Nature lui précède et dont l’essence est fondamentalement bonne. C’est à dire une inversion totale du Dieu de la Bible et des évangiles, jusque dans son sexe puisque c’est une femme ; voilà pourquoi je parlais de satanique. Le récit est très clair : des enfants – l’homme à l’état pur, l’âge incorrompu, l’innocence – se voient contraints à des affects construits, et le plan échoue. La Nature dit le vrai, Miss Divine – et la norme sociale qu’elle construit – disent le faux. Ça se passe dans un laboratoire, le raisonnement est donc scientifiquement validé. J’émets de sérieux doutes sur l’appartenance des auteurs à une église de Satan (des cagoules, des bougies, des psalmodies lugubres, du sang sur un autel, HA HA HA HA HA) mais je maintiens que cette inversion complète de l’image de Dieu est porteuse d’un certain sens sacrilège assumé, même s’il ne porte pas ce nom et n’est pas avancé comme tel. Ne soyons pas bêtement complotiste non plus.

En général, dans un labo, le savant fou est en blouse blanche. C’est le cliché du scientifique qui travaille en laboratoire. Mais Miss Divine arbore une tenue très éloignée du domaine scientifique. Clairement, Miss Divine est le type parfait de la gouvernante austère. Uniforme victorien, chignon sévère, lunettes de vieille fille, look d’institutrice du XIXème. Miss Divine n’est donc pas une autorité scientifique : Miss Divine est une éducatrice de la morale d’antan, et le laboratoire est un lieu d’expérience comportementale. Sa tenue « de l’ancien temps » évoque évidemment toute la charge puritaine associée traditionnellement à ce rôle.

La leçon est la suivante : nous sommes des êtres non-déterminés, la société (aux valeurs arbitraires et normatives justifiées par une morale obsolète) est un carcan contre la parfaite expression de notre volonté et/ou de notre nature.

La conclusion enfonce le clou : Petit Poilu et Ève plongent Miss Divine dans un bain et lui font subir le double effet de ses potions : en stimulant à la fois le masculin et le féminin, elle devient un monstre hybride (on songe à la scène finale de La Mouche !). On pourrait croire au premier abord que la BD nous apprend qu’on peut être à la fois masculin et féminin (être un garçon qui joue à la poupée et se met un nœud dans les cheveux), mais alors on ne comprend pas pourquoi l’état final de Miss Divine est révulsant et ridicule ! N’incarne-t-elle pas, à ce stade, l’indifférenciation hermaphrodite accomplie ? Eh bien non ! Car ce qu’il faut comprendre, ce n’est pas qu’il faut être de façon égale masculin et féminin (ce qui est est décrit comme un état monstrueux), mais qu’il faut être masculin ou féminin de façon indifférenciée. La sexuation, socle de l’identité, n’est donc pas traitée selon les termes de l’égalité ou de l’équivalence des différences, mais selon les termes de l’effacement de la différence.

En résumé, cet épisode de Petit Poilu nous apprend :

1. que la différenciation est construite.

2. que la différenciation est un obstacle ou un carcan puisqu’elle oblige à choisir l’un pour rejeter l’autre.

3. que l’identité est une expression de notre profonde et seule individualité, hors de tout déterminisme.

4. que notre volonté doit primer sur le reste et finir par s’imprimer sur le reste (notre corps, les codes sociaux).

5. que Miss Divine a tort, puisque c’est nous qui sommes les démiurges de notre propre identité.

6. que nature et culture sont des ennemis – la culture étant le lieu du construit, donc du contaminé par la morale.

7. que les enfants ont raison contre un monde d’avant qui enseigne l’erreur.

C’était un article long et flou, je vous remercie pour votre attention.

*Photo : LECARPENTIER-POOL/SIPA. 00652846_000005. 

«Droit à l’IVG » : une valeur centriste?

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veil udi jouanno ivg

veil udi jouanno ivg

Chantal Jouanno n’est pas contente. Elle ne comprend pas ce que fait Jean-Christophe Fromantin à l’UDI. « Il n’y a pas vraiment sa place », a-t-elle indiqué sur France 2. Pourtant, le député-maire de Neuilly-sur-Seine fait partie des fondateurs de l’UDI. Il a même récemment été candidat à la présidence de ce parti, obtenant 11,1% des voix, ce qui ne constitue pas un score ridicule. Quel est donc la cause du courroux de Madame Jouanno ? Quel crime M. Fromantin a-t-il perpétré ? Un braquage de banques ? Pire ? Il a donné une fessée à l’un de ses enfants ? Pire ? Il n’est pas favorable au mariage pour tous ? Oui, mais ce n’est pas ça, cette fois, et c’est encore pire. Vous ne voyez toujours pas ? Il a voté contre la résolution « réaffirmant le droit fondamental à l’IVG », lors du scrutin d’hier à l’occasion de l’anniversaire de l’adoption par l’Assemblée nationale de la Loi Veil. Chantal Jouanno décrète, impitoyable : «  C’est voter contre les femmes ». Ah oui, c’est grave, là.

Le problème, c’est que lorsque Chantal Jouanno tente d’être plus précise, elle se prend les pieds dans le tapis. Et elle se ramasse lamentablement. Qu’on en juge : «  C’est même aller à l’encontre de l’esprit de l’UDI car Simone Veil  a symboliquement la première carte d’adhésion de l’UDI, elle est membre d’honneur, elle a la première carte. Hier c’était les 40 ans de son discours sur l’IVG. Voter contre, c’est déjà voter contre les valeurs de l’UDI fondamentalement. » 

L’inculture et/ou la paresse de Madame Jouanno ne l’ont visiblement pas conduite à lire le discours prononcé par Simone Veil il y a quarante ans. À ceux qui hésitaient encore sur leur vote, la ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing disait : « À ceux-ci je veux dire que, si la loi est générale et donc abstraite, elle est faite pour s’appliquer à des situations individuelles souvent angoissantes ; que si elle n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement et que, comme le disait Montesquieu : « la nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. » Non, Madame Jouanno, Simone Veil n’a jamais souhaité créé un droit à l’IVG et encore moins le qualifier de fondamental. Ceci s’adresse d’ailleurs à tous mes aimables consoeurs et confrères qui ont répété toute la journée d’hier que cette résolution réaffirmait le droit créé par Simone Veil. Rien n’est plus faux, le texte de son discours resté célèbre, et qu’il convient de lire entièrement, fait foi. Il est vrai que cette lecture peut sembler rébarbative à Chantal Jouanno. Elle aurait pu alors regarder le téléfilm diffusé par France 2 le même soir. On y voit clairement Simone Veil, incarnée par l’actrice Emmanuelle Devos, s’opposer frontalement à Françoise Giroud, secrétaire d’Etat à la condition féminine, laquelle souhaite affirmer « le droit des femmes de disposer de leur corps ». VGE et Jacques Chirac ont souhaité que ce soit la ministre de la Santé qui porte ce projet parce qu’il s’agissait d’une loi de santé publique, et rien d’autre dans l’esprit du gouvernement. Simone Veil rédigea sa loi et prononça le discours en ce sens. Dans le téléfilm, on la voit même demander au ministre de l’Intérieur Poniatowski : « Mais faites taire Giroud ! ». Aujourd’hui, elle dirait sans doute : « Mais faites taire Jouanno ! ».

Car si quelqu’un a été fidèle au discours de Simone Veil, ce n’est pas Chantal Jouanno, c’est bien Jean-Christophe Fromantin.

*Photo : AURORE/SIPA. 00456401_000004.

Tocqueville à Koh-Lanta

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koh lanta tocqueville

koh lanta tocqueville

Entre le début du mois de septembre et la fin du mois de novembre, j’ai fait l’expérience de la téléréalité. Non pas en tant que candidat bien sûr, en tant que téléspectateur. C’était déjà de ma part un effort d’intégration sociale et de communion cathodique avec mes semblables. J’en avais assez de passer pour inculte dans les dîners et aujourd’hui, moi aussi je peux briller. En bientôt quinze ans, le phénomène de la téléréalité s’est étendu et l’offre est devenue si vaste que, sur certaines chaînes, on ne sait plus très bien où commence le réel et où s’arrête la farce (JT inclus). Dans l’embarras du choix, qu’allais-je choisir ? Les amours dans la gadoue ? Les petites verrines chronométrées ? Danse et dents blanches ? L’école des fans pour adulescents ? Les sous-doués en vase clos ? Rien de tout ça ; va pour Koh-Lanta.

Soucieux de voir se rencontrer les disciplines qui rebutent et les grands succès du petit écran, j’ai fini par me dire que l’émission Koh-Lanta ferait un excellent sujet d’étude en philosophie politique. Et je n’ai pas été déçu. Si Tocqueville avait eu à débarquer en Thaïlande, en Malaisie ou aux Philippines avec les équipes de tournage (si tant est que l’Université française puisse encore produire des Tocqueville), il aurait fort bien pu en déduire les inclinations politiques actuelles, sans pour autant tomber dans la fange où se complaisent d’autres émissions. On y voit en effet une vingtaine de personnes venues de tous horizons qui, mues par l’envie de remporter individuellement une coquette somme mise en jeu, sont invitées à former deux équipes distinctes, l’une rouge, l’autre jaune, et à surmonter certaines épreuves. Échelonnés sur plusieurs semaines, leurs exploits et leurs péripéties émanent d’abord de l’affrontement entre ces deux équipes, puis, dans une seconde phase de jeu, de talents individuels au sein d’une seule équipe réunifiée après plusieurs éliminations de part et d’autre. Trois champs de compétences se profilent alors : le souci du confort collectif, la performance physique, l’entregent stratégique.

Tout « aventurier » qui se respecte doit avoir avant tout, ou la capacité, ou du moins la volonté de tirer parti de l’environnement pour les besoins du groupe. Pêche, cueillette, cuisine, vaisselle, cabane ou feu de camp, les occasions de se montrer ingénieux et dévoué ne manquent pas. Le candidat en tirera une indéniable reconnaissance de la part de ses coéquipiers, jamais, toutefois, au point de faire oublier la cagnotte. Il y a, dans ce domaine, les meneurs et les suiveurs. Les premiers ne peuvent pas compter que là-dessus pour s’en sortir, les seconds doivent donner le change d’une manière ou d’une autre. Ensuite, il y a l’effort physique. Un candidat peu apte à donner de sa personne lors des épreuves collectives sera très vite assimilé à un boulet, à moins qu’il n’ait eu l’intelligence d’être préposé à la confection des repas ou de s’être rendu un temps indispensable par sa dextérité à utiliser les palmes et le harpon. Enfin, pour celles et ceux qui ne brillent ni par leurs qualités sportives, ni par la débrouille et la symbiose avec la nature, qui ne sont donc ni Rambo ni Robinson, il reste le bla-bla. Untel est certes bon nageur, mais il en devient trop dangereux ; telle autre s’active sur le camp mais elle pense ceci de toi, etc. L’art et la manière de faire et défaire des alliances provisoires en prétextant l’esprit d’équipe, le fair-play ou l’amitié naissante, les larmes aux yeux et la main sur le cœur. Eh oui, car la nuit tombée, le présentateur Denis Brogniart convoque l’équipe (poussive ou réunifiée) autour d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour, sanctionnant l’élimination d’un candidat.

À tour de rôle, chacun vient alors déposer secrètement dans une urne en bois ethnik son petit bulletin assassin, s’employant, en off, à motiver son choix, les sourcils en chevron et le regard en peine. L’affaire se complique lorsqu’un candidat veinard, se sentant en grand danger, a le mauvais goût de jouer le collier d’immunité – caché sur l’île par les producteurs facétieux – glané lors d’une cueillette de jésuite. Dans ces cas-là, les conjurés se lancent discrètement de gros yeux, comme s’ils s’étaient assis sur un objet saillant. Qu’il s’agisse d’évincer un candidat suite aux mauvais résultats de l’équipe dans les grands défis, ou, plus encore, du chacun-pour-soi qui prévaut après réunification, le spectacle politique est toujours gros d’enseignements. Il y a celle qui veut se venger d’un manque de politesse à son égard, celui qui se méfie d’un candidat qu’il estime lui être supérieur en tout, celui encore qui, pris en défaut de caractère, s’en remet systématiquement à l’avis du fort en gueule. Il y a aussi le candidat qui se fait fort d’appliquer la justice et de voter au mérite ; celui-là est tellement désarmant qu’il est pris pour le pire des fourbes et ostracisé dès que possible. Enfin, il y a ceux qui, d’anciens rouges qu’ils étaient avant réunification, avouent être dans l’incapacité morale d’éliminer l’un des « leurs », comme si le fait d’avoir partagé durant une semaine un bol de riz et un coin de sac de couchage avaient fait d’eux des frères de sang, les empêchant de récompenser le talent des anciens jaunes. Gageons que la plupart d’entre eux, dans le civil, se revendiqueront ouverts à l’étranger et rétifs aux grandes manifestations cocardières. Et le jour de la grande finale, tous seront appelés à voter une dernière fois pour le plus complet des deux finalistes – généralement celui qui sera parvenu à se mettre à dos le moins possible de ses concurrents.

Du point de vue sociologique, Tocqueville aurait eu ici matière à disséquer le triomphe de vulgum pecus. Koh-Lanta est l’un de ces jeux de téléréalité dans lesquels le visage des candidats leur tient lieu de nom de famille. On y célèbre les individualités ; on y rappelle l’importance du « social » dont on ne soucie finalement guère que dans la mesure où il ne contrevient pas à l’intérêt personnel mais le renforce ; on y assume la mise en concurrence monnayée ; on y respecte scrupuleusement la parité (même si le podium semble ne se soumettre qu’assez rarement aux injonctions de celle-ci) ; on n’y reconnaît, pour finir, que l’aura des démagogues. En outre, l’extrême médiatisation et le chèque promis ne sont pas des limites à la comparaison d’avec la vie ordinaire : chaque selfie déposé sur Facebook est un quart d’heure de célébrité, célébrité qui n’est convoitée que sous le rapport de l’argent, gage de toutes les libertés. Bref, si Koh-Lanta est un formidable objet de contemplation politique, c’est parce que cette émission reflète, plus fidèlement qu’aucune autre, notre condition politique contemporaine. S’y déploient tous les talents, eux-mêmes bridés par la manière dont chacun appréhende les talents d’autrui à l’aune de son intérêt privé.

Au moins ai-je enfin rejoint le troupeau, ce qui n’est pas toujours désagréable.

Comment la loi Veil a changé ma vie

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ivg assemblee nationale

ivg assemblee nationale

Je ne me rappelle plus trop ce qu’il y avait avant, juste un sentiment merveilleux de confort, d’amour et d’apaisement, doucement rythmé par les ondulations du liquide où je vis, et par les comptines que me chante maman en caressant ce qu’elle appelle son « petit ventre ». Juste des couleurs tendres, toutes les nuances de l’orange et toute la gamme des bleus.

Non, en fait, mon premier vrai souvenir, c’est lorsqu’avec une voix blanche que je ne lui connaissais pas, le cœur battant la chamade, maman a déclaré à celui qu’elle nomme « mon chéri » qu’elle avait une grande nouvelle à lui annoncer. Il y a eu un grand silence, puis un bruit énorme, après qu’elle lui ait dit en tremblant Tu vas être papa …». C’est alors que mon chéri s’est mis à crier. Jamais je n’avais entendu des sons aussi violents. Au bout de quelques instants, mon chéri a hurlé des bruits que je n’ai pas compris, quelque chose comme « ce sera moi ou lui, je fous le camp ! » Et il a claqué la porte à toute force. Le cœur de maman s’emballait, et j’ai ressenti une douleur aiguë au creux de son ventre, alors qu’elle se recroquevillait sur elle-même, toute secouée de tremblements. Je ne la reconnais pas. Elle ne s’est calmée que longtemps après, alors qu’on était passé déjà du rose orangé au bleu profond.

Quelque temps plus tard, alors que ma vie douillette avait repris comme autrefois au fond moelleux du petit ventre, mon chéri est revenu. J’ai d’abord eu peur qu’il ne se remettre à crier, mais cette fois, heureusement, sa voix était plus calme. Ce qui m’étonnait, c’est que le mal de ventre de maman avait repris de plus belle, sans parler de son cœur, qui n’en faisait qu’à sa tête.

« Excuse-moi pour l’autre jour, je me suis un peu énervé », a dit mon chéri. « Mais il faut me comprendre, c’est vraiment pas le moment. Je sais bien que je t’avais dit que j’en voudrais un, que ça cimenterait notre couple, qu’on pourrait lui donner le nom de ton grand-père si c’était un garçon, mais bon… pas maintenant. Il faut être adulte, tu comprends. Un gosse, ça veut dire pas de nouvelle voiture. Et puis j’ai calculé, il tomberait pile poil pendant les vacances d’été. C’est pas possible, tu comprends ? »

La douleur dans le ventre est devenue plus forte. En même temps, j’ai entendu mon chéri qui demandait à maman d’arrêter de sangloter comme une madeleine, qu’elle était vraiment ridicule. Puis il s’est rapproché, l4A prise dans ses bras et lui a chuchoté qu’il s’était renseigné, que tout baignait, qu’il avait déjà pris contact avec le centre d’IVG.

Dans le ventre, la douleur est subitement devenue atroce. Maman a eu un geste brusque, mon chéri l’a lâchée et s’est mis à crier : «  je rêve ou t’es en train de me gerber dessus? Ça va pas la tête? Putain, je me demande des fois si je ferais pas mieux de vous laisser une bonne fois pour toutes, toi et ton lardon, puisque tu l’aimes tant! » Cette fois, c’est maman qui a hurlé : « Ne me laisse pas, je t’en prie, je t’aime. Je ferai tout ce que tu veux ! ». Mon chéri lui a dit d’aller se laver, qu’elle puait, et qu’ensuite, ils pourraient enfin parler en adultes responsables.

Un peu plus tard, la conversation a repris. Maman gémissait à voix basse : «  je l’aime, c’est mon enfant à moi, mon enfant ». Mais mon chéri lui répondait qu’elle n’y connaissait rien, qu’elle était décidément toujours aussi bête et inculte, que ce n’était qu’un simple amas de cellules, et d’ailleurs, que si c’était autre chose, on n’aurait pas le droit de le faire passer.

Et quand maman lui a demandé si on avait vraiment le droit, mon chéri s’est énervé à nouveau : « Non seulement c’est un droit, ma pauvre poulette, mais c’est un droit fon-da-men-tal, même qu’ à l’Assemblée nationale, tous les groupes politiques ont adopté un genre de loi, l’autre jour, pour le rappeler haut et fort à tous les tarés qui le contestent encore ! L’Assemblée nationale ! »

« Et le pape François, dont tu dis qu’il est vraiment super et qui a déclaré l’autre jour que l’avortement relevait de la culture du déchet ? »

« Tu comprends rien, décidément. D’abord, ça m’étonnerait que le pape François ait dit ça. Et puis c’est pas ses oignons. Tu as le droit de disposer de ton corps, bordel ! Un droit, c’est un droit. Et c’est ton corps, tu m’entends, le tien ! De toute façon, je te le répète, ce sera lui ou moi ! » Puis il est reparti en claquant la porte.

Ce matin, très tôt, mon chéri est encore revenu. Il avait à nouveau sa voix mielleuse lorsqu’il a dit à maman que c’était aujourd’hui le grand jour. Drôle de grand jour : maman a sangloté toute la nuit en caressant son « petit ventre ». Les douleurs ne cessent plus.

« Habille-toi en vitesse, on va être en retard au centre », a ordonné mon chéri. « Et puis surtout, arrête de chialer, bon sang. Ils vont finir par croire que t’es pas consentante, que t’as envie de le garder ! ».

Maman a eu un haut le cœur, mais elle n’a rien dit. Pas un mot. Elle s’est tue jusqu’à ce que, quelques heures plus tard, une autre voix, coupante et glaciale, lui dise de s’allonger et de se détendre, que tout irait bien, qu’elle ne sentirait absolument rien avec l’anesthésie. C’est alors que j’ai perçu, mais déjà très lointain, tremblant et presque étouffé, son tout dernier mot : « oui ».

*Photo : wikimedia.

Lettre à mes députés sur la reconnaissance de l’Etat palestinien

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Madame la députée, Monsieur le député,

Le 28 novembre aura lieu un vote du Parlement sur une résolution visant à imposer de manière unilatérale la reconnaissance d’un État palestinien, sans aucune négociation avec Israël.

Or, en l’état actuel, l’« Etat palestinien » serait représenté par l’alliance de l’Autorité palestinienne et du Hamas (classé organisation terroriste), dont l’accord gouvernemental n’a pas été rompu. Cet état de choses — ajouté à la violence et à la barbarie récemment déclenchées à Jérusalem sous l’influence de l’idéologie meurtrière du Hamas et du Djihad islamique —, ferait que cette résolution, si elle était votée, entrerait  en contradiction absolue avec nos idéaux démocratiques et le respect constitutionnel des droits de l’homme. Rappelons que le Hamas, le Djihad islamique et même certains membres du Fatah ont salué les assassins de fidèles priant  dans une  synagogue de Jérusalem-Ouest  comme des « martyrs nationaux du peuple palestinien ».

Dans un tel contexte les démocraties ne sauraient en effet, sans grand risque pour leur avenir même, soutenir la fondation d’un nouvel État sous l’influence grandissante de Daesch dans la région.

Je vous renvoie, pour mémoire, à la lettre signée par 110 parlementaires adressée en 2011 au Président Sarkozy. Elle affirmait avec force la nécessité d’une solution négociée s’opposant à toute reconnaissance unilatérale par la France.

J’ose donc espérer que  vous voterez le 28 novembre contre cette résolution aux effets que l’on peut craindre contre-productifs,  aussi dommageable pour le peuple d’Israël que pour les Palestiniens.

Je  vous prie d’agréer, Madame la députée, Monsieur le député, l’expression de mes salutations distinguées.

«Pour Marine Le Pen, 2017, c’est sans doute trop tôt!»

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olivier dard fn

 olivier dard fn

Propos recueillis par Daoud Boughezala et Gil Mihaely

Causeur : Avec son programme social très étatiste, ses odes à la République et un électorat très composite, le FN est-il toujours un parti d’extrême droite ?

Olivier Dard : Le terme d’extrême droite est ambigu et très discuté par les chercheurs, en France comme à l’étranger. Dans mes ouvrages, je lui préfère la notion de « droite radicale ». Cela étant, le FN de Marine Le Pen est incontestablement différent de celui  de son père. D’abord, leur rapport à l’histoire des droites nationalistes françaises est tout à fait différent.Jean-Marie Le Pen est le véritable héritier de toute l’histoire des ligues nationalistes françaises depuis la fin du xixe siècle, qui n’ont jamais vraiment cherché à construire un parti de gouvernement. Marine Le Pen est née en 1968, a eu 20 ans en 1988, et il y a tout un héritage qui n’est pas le sien, notamment sur la décolonisation, même si elle a participé récemment à une cérémonie d’hommage aux harkis. Surtout, son objectif est de construire une force politique destinée à accéder au pouvoir et à l’exercer. C’est la raison pour laquelle Marine Le Pen surveille comme le lait sur le feu les villes gérées par le FN. Là où son père multipliait les provocations pour rester à l’écart, elle s’efforce au contraire d’arrondir un certain nombre d’angles.

Marine Le Pen a en effet mis beaucoup d’eau dans le vin du FN ces dernières années. Dans le même temps, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir remettre à plat les accords de Schengen sur la libre circulation des hommes en Europe. N’y a-t-il pas là les prémices d’un programme commun FN et UMP ?

Je ne le crois pas, car tout d’abord ce serait la mort de l’UMP, et les dirigeants de l’UMP le savent. Deuxièmement, ils se heurteraient d’emblée à une telle bronca médiatique qu’ils en seraient tétanisés.[access capability= »lire_inedits »] Troisièmement, à la différence de ce qui s’est passé dans le rapport PS-PC dans les années 1970 et 1980, cela profiterait au FN et non pas à l’UMP. Au tout début de l’émergence du Front, la droite classique aurait pu juguler cette ascension, par exemple en pratiquant des alliances à l’échelle locale. Mais, aujourd’hui, le FN a son identité, son électorat et, surtout, le vent en poupe.
En revanche, le positionnement actuel de Nicolas Sarkozy sur nombre de sujets est très ambigu. D’un côté, on le sent soucieux de s’ouvrir vers le centre, et, d’un autre, de prendre en compte des aspirations proches de la ligne du FN au risque de s’aliéner les centristes. C’est une stratégie à risques car, comme l’a bien dit Jean-Marie Le Pen, « les électeurs préféreront toujours l’original à la copie ».

Curieusement, vous ne mentionnez pas le plus évident des obstacles à l’union : l’incompatibilité des propositions économiques de l’UMP et du FN, sur des questions aussi essentielles que l’euro et le rôle de l’État providence …

Sur le principe, les programmes paraissent totalement incompatibles. Sauf que la ligne économique du FN a très largement évolué à travers les années. Le programme du FN d’il y a vingt ans se rapprochait du libéralisme de l’actuelle UMP, Le Pen père se vantait même d’avoir connu l’économie de l’offre et les idées de Reagan avant les autres ! Depuis, Marine Le Pen s’est repositionnée en prônant un étatisme interventionniste qui prenne en compte le sort des territoires, des politiques sociales, etc. Bref, je ne pense pas que les enjeux économiques pèsent d’un grand poids dans la probabilité d’une alliance.

Sans avoir eu besoin de s’allier avec l’UMP, Marine Le Pen a déjà gagné la bataille de la respectabilité. Il lui reste à remporter celle de la crédibilité. Quand on l’interroge sur le manque de cadres du FN, sa présidente insinue que des centaines de hauts fonctionnaires très compétents n’attendent que le sifflet de l’arbitre pour la rallier. Y croyez-vous ?

Comme dirait l’autre, « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ! ». J’ignore si des hauts fonctionnaires ont dit derrière des vitres fumées à Marine Le Pen qu’ils se rallieraient à elle « le jour où ». En revanche, ce que je vois, c’est qu’il y a une forme de danger à manipuler ce genre de discours quand on préside le Front national. La force de Marine Le Pen réside dans son discours anti-élites et ses charges contre les technocrates qui nous gouvernent. Mais on ne peut pas critiquer la technostructure tout en expliquant qu’on va s’appuyer sur elle ! Dans le cadre d’une campagne présidentielle, si Marine Le Pen est vraiment en position d’arriver au second tour, elle devra dépasser cette contradiction.

Combien faut-il de technocrates pour gouverner la France ? Certains parlent de 500 personnes, d’autres de 2 000…

Je crois que ce n’est pas un problème de nombre. Le défi numéro un est d’arriver à sécréter au sein du parti une élite capable de gouverner. C’est encore loin d’être le cas au FN, même s’il multiplie les initiatives pour attirer des enseignants ou des chefs d’entreprise. Vient ensuite un autre obstacle : la formidable résistance que pourrait opposer la haute administration à un gouvernement frontiste… Dans des citadelles comme Bercy ou la place Beauvau, le ministre peut commander, mais il faut que l’intendance suive.

Un troisième facteur joue contre Marine Le Pen : les contraintes internationales, à commencer par l’Europe. On est dans un carcan qui rend les marges de manœuvre des gouvernements assez étroites. L’épisode du budget français est emblématique : il ne va pas se passer grand-chose parce que l’Europe ne veut pas taper sur les doigts de la France, pour ne pas faire monter le FN. Reste que la France n’est plus maîtresse de son budget. Quand, à propos de la GPA, qu’elle combat, Marine Le Pen affirme qu’elle « coupera le cordon » avec la Convention européenne des droits de l’homme, c’est imparable. Elle sait qu’aucun dirigeant du PS ou de l’UMP ne le fera. Mais le ferait-elle si elle était au pouvoir, et comment gérerait-elle les inévitables mesures de rétorsion ? Si l’intérêt de Marine Le Pen est bien sûr de progresser électoralement, mieux vaut pour elle qu’elle  ne se retrouve pas trop vite dans une position trop favorable – 2017, c’est sans doute trop tôt.

Le FN semble éprouver un double sentiment de rejet et de fascination pour les élites françaises – songez que l’énarque Florian Philippot a été nommé vice-président trois ans après son adhésion ! Peut-il partir de cette ambivalence pour révolutionner le système français de recrutement des élites politiques ? Comme aux États-Unis, des hommes politiques qui seraient d’ex-capitaines d’industrie pourraient supplanter les traditionnels énarques…

Le modèle français de recrutement des élites administratives est au bord de l’épuisement. À partir des années 1920, ce modèle a pu fonctionner pendant des décennies car, sous Vichy ou sous le gaullisme, on vivait en régime d’économie administrée. Ce type d’élites correspondait au personnel politique qu’on retrouvait partout en Europe occidentale. Il y a encore vingt ans, les épreuves des concours de recrutement des hauts fonctionnaires européens ressemblaient beaucoup à celles des grands concours français. Aujourd’hui, c’est fini ! le modèle à l’anglo-saxonne a gagné, comme en témoigne l’évolution de Sciences Po. Il s’agit de ne plus sacraliser la fonction publique, de donner moins de place à des disciplines classiques comme l’histoire au profit d’enjeux bien plus actuels tels que les études sur le genre. Les grandes écoles se sont adaptées à ce nouveau modèle en envoyant leurs étudiants en stage à l’étranger. Mais, au niveau de notre classe politique, le décalage reste incontestable, particulièrement en matière de maîtrise des langues étrangères.

Entre ces deux modèles, le FN refuse de choisir puisqu’il tient un discours anti-élites tous azimuts. Ses diatribes visent tout autant les élites traditionnelles issues de l’ENA que les élites mondialisées. Dans ces conditions, sur qui pourra-t-il encore s’appuyer pour arriver au pouvoir et surtout l’exercer ? Aujourd’hui, il ne donne aucune réponse crédible à cette question.

Le rejet de l’énarchie et des élites mondialisées permet de capitaliser des voix à bon compte. Mis à part cette fibre populiste, le refus de l’immigration constitue-t-il le ressort unique du vote frontiste ?

Ce qui unit l’électorat FN dans sa diversité, c’est la défense identitaire, si l’on ne limite pas l’identité à l’immigration. L’identité, ce n’est pas uniquement une question ethnique, mais aussi sociale, économique et territoriale. J’ai été pendant des années professeur en Lorraine, à Metz, où l’effondrement de la sidérurgie a entraîné la fin d’un monde. Dans les provinces françaises, les politiques de reconversion industrielle menées par la droite et la gauche ont coûté très cher, pour des résultats très en deçà de ce qu’on pouvait en attendre. Il y a aujourd’hui des populations qui sont très difficiles à employer vu la technicité d’un certain nombre de métiers.

À mesure que les écoles ferment et que les services publics s’en vont, la désertification se développe. Les gens ne disent pas seulement « on n’a pas assez de retraite, on n’a pas assez de salaire », mais, de plus en plus, « vous êtes en train de casser notre mode de vie ». En jouant la carte des territoires et de l’enracinement, le FN met le doigt sur des réalités d’importance et capte donc un électorat rural qui n’était au départ pas le sien.

Le congrès du FN, qui se déroulera à Lyon fin novembre, se conclura très certainement par l’adoption d’une motion unique. Derrière cette unanimité de façade, la diversité idéologique, qui va des nationaux-libéraux (Aymeric Chauprade) aux souverainistes gauchisants (Florian Philippot), menace-t-elle la cohésion du parti lepéniste ?

Je ne suis pas certain que les clivages internes s’expriment aussi profondément que vous le dites. Marine Le Pen a deux atouts pour elle : elle est l’élément fédérateur et elle réussit ! Aussi longtemps que ses succès la porteront, ce qu’elle dit restera incontesté. Ainsi, un certain nombre d’anciens militants qui avaient quitté le FN sont en train d’y revenir, en se disant qu’il faut en passer par là car Marine Le Pen gagne. Mais, et là vous avez raison, par-delà le charisme personnel de sa présidente, se pose la question du futur programme de gouvernement que devra élaborer le FN. Marine Le Pen est très habile, mais cela ne veut pas dire qu’elle a gagné la bataille de la compétence ! En matière de politique extérieure, c’est assez flou, elle peine encore à trancher entre les positions des uns et des autres. Sur le plan économique, les choses sont plus claires, mais la ligne retenue suscite quelques réticences. C’est sur les questions européennes que la présidente du FN est sans doute la plus fédératrice, mais il s’agit davantage d’une fédération de rejets que de propositions alternatives.

À vous entendre, les militants frontistes obéissent comme un seul homme à Marine Le Pen, quitte à mettre leurs divergences sous le boisseau. À terme, l’émergence de personnalités concurrentes telles que sa nièce Marion Maréchal-Le Pen ou même Florian Philippot ne pourrait-elle pas lui faire de l’ombre ?

Gare au malentendu : le FN n’est pas seulement un parti de militants ! C’est d’abord un parti d’électeurs dominé par une figure charismatique, dont la force de frappe passe par les médias et non les appareils. Dites-vous bien que le congrès va bien plus intéresser la presse que les électeurs du FN. Pour répondre à votre question, il serait intéressant de comparer les taux de notoriété. Qui l’opinion connaît-elle du FN en dehors de Marine Le Pen ? Peut-être Florian Philippot et Louis Aliot, Marion Maréchal, Bruno Gollnisch et Gilbert Collard. Toutes ces individualités comptent moins que l’étiquette frontiste et les thèmes mobilisés. Parmi eux, il faut compter avec la question de l’islamisme et sa force d’attraction. Aux régionales de 2010 en Lorraine, où le FN avait recueilli 14,87 % des voix, une liste soutenue par des groupements dissidents (Mouvement national républicain, Parti de la France, Nouvelle Droite populaire), et dont les quatre femmes têtes de listes départementales n’étaient pas connues du grand public, a recueilli 3 % des voix, avec comme seul mot d’ordre : « Stop aux minarets en Lorraine ! ». Au-delà des questions de personnes, un éventuel changement de nom et d’emblème du parti représente donc un enjeu crucial pour le FN de demain.[/access]

 *Photo : Hannah.

Robespierre contre Super Mario

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robespierre revolution creed

robespierre revolution creed

Alors, si on a bien compris, le personnage de Robespierre et, au passage les soldats de l’An II qui ont tout de même, excusez du peu, sauvé par les armes ce qui fait notre Nation aujourd’hui, sont attaqués dans un jeu vidéo du nom d’Assassin’s Creed. On est assez nul en jeu vidéo, et même complètement étranger à cet univers. On vient d’ailleurs de lire dans Le Monde que le joueur de jeux vidéo avait en moyenne 31 ans, était un homme et était inactif. On ne sait pas pourquoi, mais ce genre de portrait robot ne nous donne pas très envie de nous intéresser davantage à cet univers-là. Ca sent tout de même un peu le célibataire malpropre un poil autiste, un genre de personnage de Simenon des années 2.0. , qui est à deux doigts de sombrer dans le meurtre en série ou d’aller s’engager dans le Jihad pour voir comment ça fait d’égorger en vrai (IRL comme disent ces nouveaux zombies) et non plus derrière un écran en tripotant dans des spasmes onanistes, une manette pleine de boutons.

Il n’empêche, on a cru comprendre aussi que le jeu vidéo était, du fait de l’abondance de pratiquants, un enjeu aussi commercial qu’idéologique. On peut non seulement par ce biais se faire du pognon mais aussi, de manière très gramsciste, créer ou accompagner des représentations dominantes pour les faire passer comme des choses qui vont de soi. On ne compte plus les jeux où l’on dézingue le méchant du moment,  Castro, Chavez, Ben Laden, bref toute la gamme qui va, sans trop faire de détail, de l’islamiste barbu à la racaille néocommuniste. Dans ce cas précis,  il s’agit donc de faire passer Robespierre pour un monstre. Finalement, ça ira plus vite que du Furet, historien en son temps financé par les universités US aux fonds abondés par les think tanks néolibéraux et anticommunistes  et qui a beaucoup fait pour détruire jusqu’au désir de changer la moindre des choses dans notre monde car cela conduirait forcément à la Terreur, au Goulag, aux Camps de la mort. Ce n’est pas compliqué, tu demandes une augmentation du SMIC et la sauvegarde des services publics, et tu es déjà un khmer rouge…

On remarquera que Robespierre en prend donc plein la tête, comme diraient les joueurs de jeux vidéo, ces derniers temps. L’année dernière, c’était un masque de l’Incorruptible reconstitué par un soi-disant spécialiste de la chose et un médecin légiste qui avait dû faire son stage au cirque Pinder. Comme par hasard, Robespierre y apparaissait monstrueux et grêlé, car c’est bien connu, quand on est méchant, on a une sale gueule, selon la philosophie politique décidément très élaborée de ces gens-là.

Alors rappelons, simplement, que sur Robespierre, on n’est pas obligé de croire les libéraux et les réacs, que la Terreur à Paris a fait moins de morts que la Semaine Sanglante contre les Communards et que Robespierre est une des plus belles voix humaines de l’émancipation. Mais sans doute, à l’époque où un Gattaz voudrait que la France sorte de l’Organisation internationale du Travail, l’organisme onusien sur les questions sociales, car il trouve encore trop contraignantes leurs recommandations pourtant minimales,  à l’époque où un Macron  voudrait bien geler les salaires sur trois ans et assouplir les 35 heurs qui à force d’être assouplies vont finir par ressembler à une contorsionniste dans un cirque,   à cette époque, donc, est-il difficile d’accepter la parole de celui qui osait dire: « Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier ”

Et puis, il n’y a pas que Furet dans la vie. Allez voir du côté Slavoj Zizek qui essaie de penser Robespierre et la Terreur comme un moment dans une histoire beaucoup plus complexe et claire à la fois puisque c’est celle de l’éternel désir d’égalité entre les hommes et écoutons justement, en guise de conclusion, ce que dit Zizek, tout de même plus crédible que SuperMario sur cette question, dans Robespierre, entre vertu et Terreur (Stock)  “ Ma thèse est de dire : il y a des situations où la démocratie ne fonctionne pas, où elle perd sa substance, où il faut réinventer des modalités de mobilisation populaire. La Terreur ne se résume pas à Robespierre. Il y avait alors une agitation populaire, incarnée par des figures encore plus radicales, comme Babeuf ou Hébert. Il faut rappeler qu’on a coupé plus de têtes après la mort de Robespierre qu’avant – mais lui avait coupé des têtes de riches. »

A notre connaissance, aucune marque de jeu vidéo n’a proposé de reprendre le scénario de Zizek. C’est bien dommage : puisque le jeu vidéo fait désormais office de manuel d’histoire pour le décérébré contemporain, on aurait pu rééquilibrer la balance…

 *Image : L’exécution de Robespierre (wikicommons).