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La banalité du « mais »

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. « J’aime qu’on me contredise ! » pourrait être sa devise


En quittant le studio d’Europe 1, le 23 mars, après avoir réagi à l’agression du rabbin d’Orléans, Arié Engelberg, acte odieux commis sous les yeux de son jeune fils, j’ai de nouveau fait le constat d’une triste réalité. Face au « fléau », au « poison », à l’« horreur » de l’antisémitisme et à son « effroyable » progression depuis le 7 octobre 2023, les mots commencent à manquer. Peu à peu, à force d’être répétés, ils se vident de leur sens, ils s’assèchent. Tout cela prend l’odeur rance de la banalisation. D’abord, les réactions des représentants de la communauté juive. Trop seuls. Puis celles des premiers responsables politiques. Qui est au rendez-vous ? Et pour dire quoi ? Qui ne se montre pas ?

Je suis peu à peu devenu un dénicheur compulsif des « Oui, mais… ». Je les traque. Le 8 mars, pour la Journée internationale des droits des femmes, les militantes du collectif Nous vivons, étendard mémoriel des femmes victimes du Hamas le 7-Octobre, parce que juives, n’ont pu intégrer le cortège parisien de la manifestation. « Oui, mais… » Certains se demandent alors quelle est la « couleur politique » de ce collectif. Et pour Boualem Sansal ? « Certes, il ne devrait pas être emprisonné, mais… » et sont alors cités ses propos sur le régime algérien et sur le conflit de territorialité qui l’oppose au Maroc dans le Sahara occidental. Idem pour les affiches antisémites visant Cyril Hanouna, « elles sont inacceptables, mais… » ; puis la direction des Insoumis assure ignorer les codes historiques de l’antisémitisme. Lors d’un meeting à Brest, Jean-Luc Mélenchon assure ad nauseam que « pas de bol, nous, on n’a pas ces affiches, on n’est pas au courant, on sait pas, d’accord ». C’est le haut du spectre, mais il y a tout un camaïeu de réactions, de « Oui, mais » ou de silence au sein de la gauche non insoumise qui participe à ce climat de plus en plus pestilentiel et dangereux.

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Alors comment retrouver le goût de l’avenir ? À gauche, après ces affiches intolérables, dans un accablant continuum depuis le 7-Octobre, il ne pourra y avoir de « Oui, mais… » lors des prochaines élections législatives pour prétexter une alliance avec des représentants LFI. C’est une question d’éthique politique, de respect des valeurs qui sont au cœur de notre engagement humaniste et progressiste. Il faudrait aussi davantage de créativité de la part du monde de la culture pour donner un imaginaire, une perspective, à ceux qui, comme moi, ne veulent pas d’un trumpisme à la française. Nous sommes depuis trop longtemps en cale sèche alors que la bataille idéologique ne cesse d’être menée par le camp d’en face qui a aussi ses « Oui, mais… ».

« Oui, on a le droit d’avorter, mais… » ; « Oui, la Russie a envahi l’Ukraine, mais… » ; « Oui, le réchauffement climatique est une réalité, mais… » ; « Oui, c’est la devise républicaine “Liberté, Égalité, Fraternité”, mais… » ; « Oui pour l’État de droit, mais… » ; « Oui, il faudrait davantage rémunérer le travail et mieux répartir la richesse produite, mais… » ; etc.

« Douce France » de Céline Cléber, chronique du grand embrasement à venir?

Il n’aura fallu que d’un coup de feu pour que la France s’embrase… Céline Cléber, haut-fonctionnaire et plume de droite, décrit dans un roman sa vision d’une (inévitable?) rébellion des banlieues de notre pays… Et plonge aussi son lecteur au cœur du pouvoir, pour comprendre le fonctionnement de ces services de l’État qui laissent agir ceux qui ont la haine de la France… Mais rassurez-vous, ce n’est que de la littérature…


Par une belle soirée d’été, Mohamad, jeune beur désœuvré en mal de reconnaissance de la part de ses pairs, met la main sur un pistolet et décide de s’en prendre aux « kouffars » de la petite église de son quartier de Bagneux en banlieue sud de Paris. Quand il se retrouve nez à nez avec le jeune curé chaldéen de la paroisse, plus personne ne peut l’arrêter et il abat le prêtre à bout portant. La police surgit, des coups de feux sont échangés et un jeune de la bande est tué. Immédiatement, les banlieues s’enflamment, les armes sortent des caves et plus rien ne peut arrêter la guerre civile, pas même les forces de l’ordre, rendues impuissantes par la lâcheté, le cynisme et l’incompréhension des pouvoirs publics face aux évènements. Telle est la trame du premier roman de Céline Cléber, haut-fonctionnaire évoluant dans les hautes strates du pouvoir et manifestement bien informée du fonctionnement des services du ministère de l’Intérieur.

Vous n’aurez pas de sitôt le loisir de lire un compte-rendu de cet ouvrage dans Le Monde, Télérama et autres fleurons de la presse vivre-ensembliste, qui préféreront toujours faire la promotion de n’importe quel navet pour peu que celui-ci récite le catéchisme de la religion diversitaire. C’est bien dommage, tout d’abord parce que Céline Cléber fait montre dans ce premier opus de qualités littéraires tout à fait exceptionnelles. À la manière de nos plus grands écrivains du XIXe siècle, l’auteur décortique minutieusement les ressorts de l’embrasement à venir et analyse très finement les ressorts de l’âme humaine et les jeux d’acteurs, sans jamais sombrer dans le manichéisme, qu’il s’agisse des jeunes musulmans de nos banlieues en panne d’assimilation, des hommes politiques, des hiérarques des services de l’État, des agents des forces de l’ordre et des magistrats. Elle nous présente une galerie de personnages imprégnés à des degrés divers d’un besoin de considération sociale, et inégalement armés pour résister aux petites lâchetés et compromissions à la tentation desquelles les aléas de l’existence les exposent.

Certains passages relèvent probablement, de la part de l’auteur, de l’introspection : on songe à cet égard à un chapitre, situé presque à la fin de l’ouvrage, où l’auteur relate par le menu un dialogue entre Fabrice Luchini et un préfet de la République, dialogue dont on ne sait pas très bien jusqu’à quel point il est réel ou imaginaire, mais dont le contenu reflète les doutes et les craintes qui ne peuvent que traverser l’esprit d’un grand serviteur de l’État profondément animé du désir d’œuvrer pour le bien de son pays et soucieux du devenir de celui-ci.

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L’action est située en été mais l’année n’est pas précisée. S’agit-il d’une dystopie, d’un roman d’anticipation, d’une prophétie ? Céline Cléber laisse la porte ouverte à ces trois lectures possibles, tout en indiquant qu’elle a souhaité décrire ce qui peut apparaître comme le scénario du pire afin de le conjurer. On est évidemment tenté de faire le rapprochement et la comparaison avec certains ouvrages de Michel Houellebecq, quoi que le style soit ici plus soutenu.

L’œuvre est certes de fiction, mais l’auteur, manifestement bien informée, livre au lecteur une quantité impressionnante de détails et d’anecdotes sur les jeux de pouvoir, sur le fonctionnement des services de l’État, et sur l’expansion de la mouvance islamiste. Elle décrit ainsi par le menu, par exemple, la coexistence difficile, sur le terrain, entre une association d’aide scolaire aux jeunes et la bande du quartier de Bagneux où est située une partie de l’action, et l’impossibilité pour l’association scolaire d’intervenir en direction des adolescents, sauf à prendre le risque de « contrarier » les bandes, lesquelles ont régulièrement besoin de chair fraîche et qui ne sauraient tolérer qu’on ait des velléités de soustraire à leur apprentissage intensif de la délinquance les éléments qu’elles jugent les plus prometteurs… Dans un autre chapitre du livre, Céline Cléber décrit aussi en détails comment les réseaux musulmans du pays de Gex dans le département de l’Ain tirent parti de la localisation de l’aéroport de Genève, situé à cheval sur la frontière franco-suisse, pour s’approvisionner plus facilement en armes et en cash en provenance de pays du Moyen-Orient au nez et à la barbe des douanes helvétiques et françaises.

Certains des personnages de ce roman font inévitablement penser à des acteurs connus du théâtre politique, du présent ou du passé récent. Un choix que l’auteur assume pleinement : « C’est que la vie, en particulier la vie politique, est parfois plus romanesque et plus rocambolesque que la littérature », écrit-elle en avant-propos. Le chef de l’État au moment des évènements est décrit comme un homme jeune et moderne, qui avait gagné beaucoup d’argent chez un banquier d’affaires, peu enclin à écouter ses interlocuteurs, toujours prompt à s’auto-justifier et à s’exonérer de toute responsabilité quand des problèmes surviennent, sans convictions bien arrêtées si ce n’est un « attrait pour les évolutions sociétales les plus débridées » : toute ressemblance avec l’actuel locataire de l’Élysée serait évidemment fortuite… Faut-il en conclure que l’auteur situe l’action de son roman avant l’expiration du mandat présidentiel en cours ?

Céline Cléber. Douce France, éditions du Toucan, 2025. 426 pages

Douce France

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INSPE/Education nationale: la fabrique des coachs

La baisse du niveau des élèves s’explique aussi par celle de leurs enseignants. La faute revient à l’Éducation nationale qui n’exige plus des futurs professeurs la maîtrise des savoirs enseignés. Elle veut des avocats pour les lubies du moment (écologie, égalité, vivre-ensemble) et de gentils accompagnateurs.


« Il ne faut pas que l’instituteur soit dans la commune le représentant du gouvernement ; il convient qu’il y soit le représentant de l’humanité ; ce n’est pas un président du Conseil, si considérable que soit un président du Conseil, ce n’est pas une majorité qu’il faut que l’instituteur dans la commune représente : il est le représentant né de personnages moins transitoires, il est le seul et l’inestimable représentant des poètes et des artistes, des philosophes et des savants, des hommes qui ont fait et qui maintiennent l’humanité. » Charles Péguy, De Jean Coste (1902).

L’échec de l’école française aujourd’hui est patent : un quart des élèves ne lisent pas couramment à l’entrée au collège, 90 % des élèves font 15 fautes ou plus dans une dictée de 67 mots, nos élèves obtiennent des résultats largement inférieurs à la moyenne des pays européens à la dernière étude TIMSS… Cette catastrophe est multifactorielle : l’influence des écrans, le moindre engagement des parents et l’hétérogénéité des classes interfèrent avec l’apprentissage. Mais on ne peut pas ignorer la corrélation entre la baisse du niveau des élèves et celle des enseignants.

Les rapports des jurys des concours des premier et second degrés sont éloquents :

– « un nombre significatif de copies comportent des erreurs orthographiques (a/à) et lexicales : l’ectrice, journals, électorals, réflection » ;
– « les accents sont totalement absents de certaines copies » ;
– « la recherche d’un contre-exemple pour infirmer une assertion mathématique n’est pas automatisée1 » ;
 « la conversion d’unités du type 0,5 h = 30 minutes n’est pas maîtrisée ».

Mais comment faire lorsqu’on manque de candidats et qu’on s’est fixé comme but non d’instruire, mais de lutter contre les inégalités ?

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La massification de l’enseignement liée à la promesse républicaine d’élever le peuple grâce à l’école a rendu les méthodes traditionnelles caduques. On a ainsi condamné les enseignements humanistes classiques puis la littérature « bourgeoise du xixe », source de discriminations, pour les remplacer par la fable pédagogiste qui séduit le faux intellectuel en lui offrant une revanche sur le savant. Elle convient parfaitement à une époque obsédée par la lutte contre les inégalités et les « violences de classe ».

Nébuleuse, accessible à tous, impossible à évaluer scientifiquement, la pédagogie exalte la spontanéité au détriment du contenu. Ses défenseurs se targuent de libérer les élèves des traditions transmissives et de favoriser l’esprit critique de leurs élèves. Pourtant, l’esprit critique, comme toute forme de jugement, ne peut s’exercer que sur un contenu. Or, les Philippe Meirieu, Jean Foucambert, Évelyne Charmeux et autres mentors de la Rue de Grenelle ont méthodiquement déboulonné tout ce qui faisait l’excellence de l’école française. Comme l’écrivait déjà Rachel Boutonnet dans son excellent Journal d’une institutrice clandestine, « les enseignants sont dans la position de tenir un discours savant anti-savoir ; et de tenir un discours qui interdit toute réflexion en prétendant qu’il est libérateur ».

Dans La Crise de l’éducation, Hannah Arendt écrivait : « Au fond, on n’éduque jamais que pour un monde déjà hors de ses gonds ou sur le point d’en sortir, car c’est là le propre de la condition humaine que le monde soit créé par des mortels afin de leur servir de demeure pour un temps limité. C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice ; elle doit protéger cette nouveauté et l’introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux. »

Au contraire, en accord avec les objectifs fixés aux élèves, les formations des futurs enseignants rompent avec la tradition, véhiculant un grand nombre de contre-vérités : les compétences sont plus nécessaires que les connaissances, toute transmission est un endoctrinement, les enseignants ne doivent plus être des figures d’autorité mais des accompagnateurs, des coachs en quelque sorte… On n’exige plus d’eux qu’ils maîtrisent les savoirs enseignés, mais bien qu’ils se fassent les instruments de la justice sociale voulue par l’État. Pour en avoir le cœur net, suivons un jeune professeur des écoles, du concours aux formations continues en passant par la formation initiale.

Le concours : des partis pris idéologiques largement assumés

Dans un article paru sur le site de L’Étudiant en janvier 2022, Arnaud Dubois, coresponsable du parcours de préparation au concours de professeur des écoles à l’université de Rouen, confiait : « Nous n’avons pas choisi les élèves avec les meilleures notes, car ils auront une place ailleurs2. » Vous avez bien lu : pour devenir enseignant, il faut s’efforcer de ne pas obtenir les meilleurs résultats. En tant que privilégiés capables d’embrasser d’autres carrières, les bons candidats occuperaient les places qui devraient naturellement revenir à de moins bons qu’eux…

Certaines épreuves ne visent aucunement à tester le niveau des candidats dans les disciplines qu’ils seront amenés à enseigner, mais bien leur maîtrise du jargon de pseudo-professionnels n’ayant pas vu un élève depuis bien longtemps. Les rapports du jury sont, à cet égard aussi, édifiants. On peut y lire par exemple :

– « ont été valorisées les copies qui évoquaient un prolongement de la séance par une production ou une action citoyenne au sein de l’école » (Nantes 2024) ;

– « pour développer la réflexion attendue dans la troisième partie, il est conseillé de développer sa culture littéraire et citoyenne, en lisant notamment des essais contemporains sur l’écologie, le vivre-ensemble, les problématiques familiales et sociales » (Grenoble 2024).

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Dans une épreuve de géographie (Bordeaux 2023), l’un des documents soumis à la sagacité des candidats se félicitait de la reconquête de l’espace urbain par les femmes. Il est extrait de l’ouvrage d’épistémologie Genre et construction de la géographie édité par la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine en 2013. Les candidats ne sont bien évidemment pas invités à discuter de la pertinence de ce choix…

Les livres de référence pour la préparation au concours contiennent de nombreuses pages consacrées à l’écologie. Les futurs candidats potassent la quantité de déchets produite par les Français, les modes de déplacement dans les écoquartiers et la définition de « corridors verts ». On s’assure ainsi qu’ils verdiront bien tous leurs cours et fassent de l’écologie une vertu cardinale.

Formation initiale : remplacer le savoir par des luttes sociales

Après avoir décroché le concours, notre futur professeur des écoles devra passer quelques mois sur les bancs d’un Inspé, officine universitaire communiquant bien souvent en écriture inclusive. On y trouve les désormais traditionnels séminaires de lutte contre les stéréotypes de genre ou la précarité menstruelle, et les actions contre le réchauffement climatique. Au lieu de permettre aux futurs professeurs de combler leurs lacunes, on les invite à organiser des expositions, anticiper les sorties scolaires et concevoir des « escape games » qu’ils proposeront à leurs classes autour de ces thématiques modernes.

La vacuité des formations proposées est noyée dans un jargon prétentieux. On peut lire par exemple sur le site de l’Inspé Paris : « En cohérence avec les compétences attendues du personnel éducatif et pédagogique, des psychologues de l’éducation nationale à se mobiliser et mobiliser les élèves contre les stéréotypes et les discriminations de tout ordre, à promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, dès 2017, la direction de l’Inspé a nommé une référente Égalité, qui avait pour mission d’œuvrer à développer la culture de l’égalité, au travers des formations (initiale, continue), de manifestations (Journées d’études, table ronde…). » Vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous : il manque même des verbes dans cette phrase !

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Et voici comment l’Inspé de Lille pense se rendre attractif : « Dans le cadre de sa politique d’innovation pédagogique, l’INSPÉ Lille-HdF propose un ensemble cohérent d’environnements capacitants, de tiers lieux à visées éducative et formative qui sont notamment inspirés par le mouvement Maker et les pédagogies par le faire. » On pense aux Femmes savantes et aux Précieuses ridicules, malheureusement pas de Molière à l’horizon.

La formation continue enfonce le clou

Le réseau Canopé est l’organisme d’État chargé de la formation continue des professeurs. Il a dispensé environ 250 000 formations en 2023.

La présentation publiée sur son site annonce la couleur : « Éducation à la transition écologique et sociale, intelligence artificielle, lutte contre le harcèlement, école inclusive, bien-être, valeurs de la République et laïcité, égalité filles-garçons et lutte contre les discriminations, éducation aux médias et à l’information… autant de thématiques abordées par Réseau Canopé dans des parcours de formation et des temps forts pédagogiques en lien avec l’actualité et les enjeux éducatifs contemporains tout au long de l’année. »

Là encore, l’accent est mis sur les lubies du moment – écologie, égalité, vivre-ensemble… – et non sur la connaissance. Un enseignant avide de se perfectionner a le choix entre éteindre son ordinateur et se rabattre sur une formation aux « émotions climatiques » ou « à la grande transition, question méta sociétale hyper vive3 ».

Canopé édite notamment le jeu Égalia, mission Stéréotypos dont voici la présentation : « L’égalité est de mesure sur Égalia tandis que la discrimination et le sexisme sont légion sur Stéréotypos. Le chef de Stéréotypos, Discriminator, a volé la Pierre de l’Égalité qui garantit l’harmonie sur Égalia afin d’y instaurer des lois et mœurs discriminantes ! Les joueurs prennent le rôle des rebelles et sont en mission sur Stéréotypos pour rétablir l’égalité sur Égalia. Ils résolvent de multiples énigmes autour des thèmes en lien avec l’égalité filles/garçons : stéréotypes de genre, histoire des droits des femmes, mixité des métiers, etc4. »

L’immense majorité des candidats, qui sont les professeurs de demain, souffre d’avoir à subir ce lavage de cerveau. Ils sont malheureusement nombreux à se laisser contaminer après quelques mois. Comment retrouver l’exigence et la liberté ?

À lire aussi : Éducation nationale, reconstruire pour assurer l’avenir

Imaginons un instant que l’argent public éhontément gaspillé dans ces instituts soit restitué aux premiers intéressés : les aspirants professeurs, à travers un bon formation. Ils choisiraient leur cursus, les ouvrages qui les intéressent et nous assisterions à l’émergence d’instituts privés et libres, concurrents. Les candidats passeraient ensuite un examen (et non un concours), leur permettant de s’inscrire sur des listes d’aptitude comme en Finlande, en Estonie, en Suisse… On ne leur ferait pas miroiter un poste de fonctionnaire à vie, mais la réalisation d’un rêve : être si bon enseignant que les écoles se disputeraient leur compétence et qu’ils rendraient leurs élèves heureux.

Il faut bien sûr revoir en profondeur les attendus de cet examen en fonction de programmes scolaires rénovés et allégés. Ce n’est qu’en posant très clairement les objectifs à atteindre par les élèves qu’on pourra déterminer les connaissances et compétences que leurs enseignants doivent acquérir. On sait ce qui marche à l’école primaire, il faut revenir à des programmes centrés sur l’essentiel (savoir lire, écrire, compter, connaître l’histoire, la géographie et acquérir les bases du raisonnement scientifique), ne pas en changer tous les deux ans et réinstaurer un examen de fin de CM2 ou de 6e permettant ensuite d’orienter les élèves.

L’enseignement secondaire pourrait ensuite proposer des filières d’excellence, classiques, dont les professeurs seraient recrutés sur leur maîtrise de la discipline enseignée, leur niveau culturel et leur capacité à ne pas faire état de leurs opinions politiques en classe.

Il faut aussi, bien sûr, remettre en place des filières professionnelles dignes de ce nom et former des professionnels à l’enseignement et non l’inverse.

Ce n’est qu’en libérant les professeurs de l’idéologie que nos élèves renoueront avec la réussite.

La Grande Garderie

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  1. On notera au passage que ces rapports eux-mêmes comportent des fautes (« automatisée », au lieu de « automatique »). Ce qui signifie que la baisse du niveau atteint non seulement les professeurs, mais aussi ceux qui les jugent. ↩︎
  2. « Des nouveaux parcours pour devenir professeur ouvrent à la rentrée 2022 », letudiant.fr, 19 janvier 2022. ↩︎
  3. 3 « La transition écologique est-elle une question socialement vive ? », canotech.fr ↩︎
  4. « Egalia : mission Stéréotypos », escape game pédagogique, réseau-canopée.fr ↩︎

Causons ! Le podcast de Causeur

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Avec Driss Ghali, Jean-Baptiste Roques et Jeremy Stubbs.


Sandrine Rousseau a présidé une commission parlementaire sur les abus sexuels dans le milieu du cinéma qui vient de présenter ses recommandations. Certes, la commission a proposé certaines mesures plutôt de bon sens pour encadrer le travail des enfants au cinéma, mais il y a aussi des absurdités. Par exemple, il deviendrait quasiment impossible de faire un film avec des acteurs mineurs pour dénoncer l’exploitation sexuelle des enfants. D’ailleurs, l’interrogation de certains témoins par la commission n’a pas été sans rappeler les interrogations de cinéastes aux Etats-Unis à l’époque du maccarthysme. L’approche générale pèche par sa tendance à considérer tous les hommes blancs hétérosexuels comme potentiellement coupables jusqu’à ce qu’ils prouvent leur innocence.

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Nous savons comment Donald Trump est perçu en France et plus généralement en Europe, mais quelle image a-t-on de lui sur d’autres continents ? Driss Ghali nous parle de la perception plutôt positive à certains égards qu’ont de lui les Marocains. En revanche, au Brésil, comme en Europe, il y a deux camps : celui de la bourgeoisie bien-pensante, des socialistes à la Lula et des juges, qui l’exècre ; et celui d’une nouvelle droite libérale, voire libertarienne, (à la différence de la droite bolsonarienne, plutôt étatiste) qui, quoique pro-ukrainienne, voit dans Trump un modèle positif à bien des égards.

Vivons-nous vraiment la fin de la mondialisation?

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Souhaitant réindustrialiser son pays et mettre fin à la « Grande évasion », le président américain Donald Trump est accusé de bousculer l’économie mondiale en remettant en cause le libre-échange. Il a finalement décidé cette semaine d’uniformiser à 10% ses taxes douanières pour trois mois, mais il les augmente en revanche pour la Chine. Grande analyse.


X. Thery / IA.

Donald Trump a décidé du haut de l’imperium américain de mettre un terme à la mondialisation, ce phénomène économique débuté sous les auspices américains en 1945 lors de la création du GATT et largement amplifié à partir de 1972 et surtout dans les années 1980 par la financiarisation de l’économie avec Ronald Reagan. Il s’y est essayé tout du moins en érigeant des tarifs douaniers à plus de 20% en moyenne, les ramenant finalement au bout de quelques jours à 10% sauf pour la Chine qui se voit punie d’un taux de 125% pour avoir résisté aux remontrances trumpiennes. Ce mouvement de déconstruction est perçu par le monde entier, et même en interne par les grandes entreprises aux États-Unis, comme un défi lancé à la prospérité des économies nationales, comme si le libre-échange intégral était devenu la norme de pensée moderne. Il part pourtant d’un constat accablant pour les États-Unis et les prédécesseurs de Donald Trump : la première puissance mondiale est aussi le pays qui accuse le déficit commercial des biens de consommation le plus important du monde, plus de 1200 Mds $. Comment cette économie surpuissante a-t-elle pu en arriver là ? L’ambition de réindustrialisation de l’économie américaine est-elle si funeste ? Pour les Etats-Unis, mais aussi pour les économies occidentales, dont la France ? J’avoue qu’à priori je ne sais pas, mais avant d’apporter des réponses toutes faites à ces questions, en détestation de Trump tant le personnage est irritant, je souhaite m’interroger sur la Grande évasion industrielle qui a profondément touché nos économies et les conséquences qu’elle a eues sur notre cohésion sociale et notre prospérité.

La grande évasion aux Etats-Unis d’Amérique

Donald Trump est un voyou, il est brutal, il est grossier, il transgresse 80 années de pratiques diplomatiques policées, il nous impose ses diktats… C’est entendu. Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi sous la domination du monde par les Américains depuis 1945 ? Ils ont imposé le libre-échange et le GATT à tout l’Occident, puis ils ont mis un terme au système de change international de Bretton Woods en 1971, puis ils ont fait baisser le dollar unilatéralement lors des accords du Plaza en 1985… Le tout en échange d’une protection militaire dont on découvre aujourd’hui qu’elle était somme toute assez théorique (de Gaulle l’avait bien compris et signifié aux Américains en quittant l’Otan en 1966). Bref, ils nous ont toujours tout imposé. Poliment, mais durement et sans échappatoire possible. J’ai d’ailleurs toujours pensé que Donald Trump n’était qu’une figure paroxystique de la brutalité américaine. Un Américain « plus plus », un général Mc Arthur en costume cravate.

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Il faut se rappeler que les Etats-Unis ont connu leur décollage industriel à la fin du XIX° siècle en pratiquant un protectionnisme sévère avec un tarif douanier qui s’élevait à près de 40% jusqu’en 1920 où il retomba à 20% avant de remonter à 60% en 1932. Puis, à partir de  1947, les Américains nous ont imposé progressivement un système de libre-échange (les tarifs sont tombés à 12% en 1960, puis à 5% dans les années 80, et enfin à 2,5% en 2020, avant possiblement de se stabiliser à 10% si Trump maintient ses dernières dispositions) qui a dans un premier temps apporté un surcroît de prospérité aux économies occidentales. À commencer par celle des États-Unis. Ils possédaient les technologies majeures dans l’aéronautique (Boeing, Lockheed, Mc Donnell Douglas, Northrop, Général Dynamics, Hugues, Rockwell, Grumann), le spatial (la NASA et ses sous-traitants dans le domaines aéronautique), le nucléaire (Général Electric, Westinghouse), l’informatique (IBM, Sperry, Hewlett-Packard, Dec…), l’industrie de défense – la seule exception est l’automobile où ils ont toujours été nuls (Ford, General Motos et Chrysler ont certes inventé la production industrielle, le «fordisme », mais les performances intrinsèques de leurs voitures étaient très en arrière dans les années 60-70 et le sont toujours), ce qui provoque encore aujourd’hui leur rancœur vis-à-vis des Européens, notamment des Allemands, et des Japonais. Ils avaient aussi inventé les sociétés de conseil, les big four, chargées de diffuser le soft-power américain dans toutes les entreprises européennes (et de les espionner aussi dans le même temps, comme Mc Kinsey qui transmettait tous ses rapports à la CIA…). Nous en avons tiré parti et eux aussi, plus que tous autres.

Le retournement contre l’industrie américaine

Mais progressivement ce libre-échange s’est retourné contre les économies occidentales, à commencer par celle des États-Unis. Plus exactement contre le secteur industriel de leur économie. En 1970, la balance commerciale des biens de consommation des États-Unis  enregistrait un excédent de 2 Mds $. Durant cette année, les exportations américaines se sont élevées à 56 Mds $, tandis que les importations ont atteint 54 m Mds $. Les échanges étaient donc équilibrés. Pourtant en 2024, le déficit commercial des États-Unis a atteint un niveau record, avec un déficit des biens s’élevant à environ 1 200 Mds $.  En incluant les services, le déficit total était de 920 Mds $. Les exportations étaient au niveau de 3 190 Mds $, tandis que les importations ont atteint 4 110 Mds $. Ce déficit impressionnant représentait 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, ce qui explique en grande partie le déficit budgétaire (1800 Mds $, soit 6,2% du PIB) et la dette (125% du PIB) américains qui sont colossaux. 

Mais surtout, en 1970, l’industrie manufacturière représentait 27% du PIB des Etats-Unis contre seulement 12% en 2024. L’économie américaine est largement devenue une économie de services et la production de biens de consommation a été entièrement déléguée à des pays asiatiques dont l’économie a émergé endurant ces cinquante dernières années. La fringale de consommation américaine a été symétrique de ce qu’il faut bien qualifier de Grande évasion industrielle. La walmartisation  de l’économie est à l’œuvre : il s’agit d‘acheter toujours moins cher des produits à la qualité douteuse dans des super stores tels que Walmart au début et chez Amazon aujourd’hui. A mesure que les placards se remplissaient de produits plus ou moins utiles venus du Japon, puis de la Chine et enfin du Vietnam, les campagnes américaines perdaient presque toutes leurs usines et leurs emplois industriels (10 millions perdus de 1980 à nos jours).

Cette délocalisation ne touche pas seulement les produits à faible valeur ajoutée. Ce ne sont pas seulement les cigarettes électroniques ou les tee-shirts que les Asiatiques fabriquent désormais. Ce sont les ordinateurs et les smartphones (en Chine ou au Vietnam), les puces (TSMC à Taïwan) et même désormais les plateformes digitales (Deepseek qui concurrence ChatGPT). Je me souviens avoir acheté un MacIntsosh SE en 1987 pour la somme de 25 000 Francs (4000 €) environ. Cela représenterait sans doute 8000 € en 2025 en tenant compte de l’inflation. Aujourd’hui, un ordinateur comparable (mais beaucoup plus puissant) coûte environ 1000 €… Un prix de vente divisé par huit et un prix de revient certainement encore plus restreint. A l’époque, il faut se souvenir que Steve Jobs, avant qu’il ne soit écarté de l’entreprise qu’il avait fondée, était très fier de faire visiter son usine de Californie où les Macs étaient fabriqués par des robots. Mais même entièrement robotisée, une usine californienne ne pouvait résister à la logique de financiarisation de l’économie. Là où il était raisonnable auparavant d’attendre 10% de résultat d’exploitation d’une entreprise industrielle, c’est désormais les 20% qui font référence. Et les usines sont parties en Chine. C’est IBM qui a ouvert le bal tragique. La vénérable compagnie qui était devenue leader mondial des ordinateurs personnels décida finalement d’externaliser leur fabrication chez un façonnier chinois, Lenovo. Plusieurs années plus tard, ils se rendirent compte que ne maîtrisant pas le process industriel, ils perdaient la main sur la conception même du produit. Et ils finirent par vendre leur activité d’ordinateurs personnels, qui s’appellent désormais Lenovo et qui sont chinois. Apple a su, par une politique de haute valeur ajoutée, conserver la conception de ses produits, mais 90% des pièces composant un IPhone sont étrangères et assemblées en Chine. Sous l’effet des 104% de droits de douane imposés à la Chine, la gestion de la fabrication des IPhones vendus aux États-Unis par Apple est devenue un véritable casse-tête. On parle même d’une augmentation de 50 à 100% du prix de vente, selon les modalités de calcul des droits des composants qui entrent et qui sortent.

Un homme exhibe fièrement son nouvel iPhone 6 à la sortie du magasin Apple à Paris, octobre 2015. SIPA. AP21798835_000002

Les entreprises américaines sont impitoyables. Elles n’ont pour seul intérêt que celui de leurs actionnaires. Henri Ford, qui fut le premier à appliquer la doctrine tayloriste à l’industrie automobile avait ainsi lancé la fabrication de ses voitures en recourant intensivement à une main d’œuvre immigrée. Il mesura bien vite que c’était une impasse et pour vendre ses nouvelles Ford T, il comprit qu’il fallait « relocaliser » la main d’œuvre. Il décida en 1914 de multiplier le salaire horaire par deux pour que les ouvriers américains reviennent dans ses usines et qu’ils puissent grâce à leur salaire confortable devenir des acheteurs de Ford T.  Ce système de protection des employés de l’industrie a perduré jusqu’au tournant des années 80. La financiarisation de l’économie a amené à remplacer des ouvriers qualifiés américains payés 30 $ de l’heure par des ouvriers immigrés payés trois fois moins ou par des ouvriers délocalisés au Mexique payés moins de 5 $ de l’heure. La rust belt est née là. Elle a ravagé tout le centre-est des États-Unis qui avait fait tout la prospérité de l’économie américaine. J.D. Vance, le vide-président de Donald Trump est né là et il a souffert de la misère imposée aux blue-collars blancs américains. Son Hillbilly elegy retrace le drame de la désindustrialisation appalachienne. Son influence est certainement déterminante sur la tentative de réindustrialisation entreprise par Donald Trump et qu’il comptera sans doute poursuivre s’il est élu président à sa suite dans trois ans.

La réindustrialisation américaine est-elle possible ?

C’est avant tout un choix politique. Il s’agit pour Donald Trump de conforter ses électeurs et ceux de Vance qui vivent depuis 40 ans dans le ressentiment vis-à-vis de l’économie mondialisée. L‘économie chinoise est en passe de doubler celle des États-Unis, elle l’a déjà doublée en ce qui concerne l’industrie. La Chine est devenue l’usine du monde. Elle construit ainsi deux nouvelles centrales électriques à charbon par semaine, Presque un réacteur nucléaire par mois, 10 usines de semi-conducteurs par an… Et 700 000 containers quittent chaque jour la Chine pour délivrer les biens de consommation achetés par les Américains et les Européens. Donald Trump a compris que cette situation n’était plus supportable car elle s’accompagne d’un développement corollaire de la puissance militaire chinoise : chaque année la Marine chinoise met à la mer environ 50 nouveaux navires de tonnage important (frégates, sous-marins, destroyers, et même porte-avions…). Les États-Unis ont dominé militairement le monde en échange du libre-échange qui les a conduits à se désindustrialiser. Les Chinois sont en train de construire leur puissance militaire en profitant de la désindustrialisation américaine. La Grande évasion est un jeu de pompe aspirante sur fond de domination militaire.

On ne sait pas où s’arrêtera l’Hubris de Trump en la matière. Il est subitement revenu en arrière en stabilisant les droits de douane à 10% pour la plupart des pays du monde (provisoirement pour 90 jours, mais cela risque de perdurer car la pression des oligarques américains et très forte pour l’y contraindre), mais il a entamé un bras de fer incroyable avec la Chine. Le taux imposé à celle-ci s’élève aujourd’hui (demain on ne sait pas) à 125%, ce qui revient à tuer toutes les importations chinoises aux Etats-Unis et à imposer aux entreprises américaines qui sous-traitent la fabrication de biens technologiques en Asie des contraintes dantesques. Car le modèle de la division internationale du travail s’est imposé comme principe d’efficacité. L’optimisation des coûts a été le corollaire nécessaire de la transformation des ouvriers européens et américains en consommateurs ou en chômeurs pour certains. Il sera très compliqué, voire impossible pour certains produits, de détricoter ce modèle. Les exemples donnés ces jours-ci sur l’intrication des composants de provenances très nombreuses sont très parlants. Un IPhone est la somme des dizaines de composants produits en Asie, même s’ils sont conçus aux États-Unis, un Boeing le gigantesque puzzle de milliers de composants venant du monde entier (et notamment d’Europe). Un vrai casse-tête pour ces géants industriels qui essaient même de comprendre l’impact des nouveaux tarifs sur leurs coûts de fabrication, car les pièces peuvent être taxées jusqu’à quatre fois en passant et repassant les frontières.

Un défi qui dépasse le clivage droite-gauche

La gauche, européenne en particulier, est totalement libre-échangiste au plan de la circulation des capitaux et des personnes. C’est elle qui fut un des plus ardents défenseurs des accords du GATT à la fin des années 90. Le libre-échangisme a été proposé par les Américains et  mis en œuvre par les sociaux-démocrates européens sous l’impulsion des socialistes français (notamment deloriens) qui comptent (qui comptaient jusqu’à l’élection de Trump) parmi les plus atlantistes des partis. Ce n’était pas à proprement parler un dévoiement idéologique, mais un prolongement de leur ADN internationaliste. Pour les mêmes raisons, ils sont devenus immigrationnistes, et même remplacistes, pour accompagner le grand mouvement de baisse des salaires dans l’industrie. Ce logiciel est en train d’évoluer au nom de l’écologie. La relocalisation de l’industrie leur semble aujourd’hui nécessaire pour des raisons environnementales, mais proposée par Donald Trump sous sa forme la plus brutale, elle leur apparaît comme insupportable en raison de son auteur et il est savoureux d’entendre des écologistes discourir à contre-emploi sur les bienfaits du libre-échange. Ils sont plus que jamais intellectuellement déroutés.

La droite, américaine et européenne, est devenue aussi totalement libre-échangiste après sa grande mutation au reaganisme et au thatchérisme au tournant des années 80. Elle ne l’a pas toujours été au cours du XXe siècle. Loin de là. Mais la financiarisation de l’économie qui a accompagné le libre-échangisme, si elle a ruiné les classes moyennes occidentales au profit des classes moyennes orientales, a parallèlement organisé des transferts gigantesques de richesse au profit des classes supérieures de la société. Les riches sont devenus de plus en plus riches et transnationaux. Ce sont eux qui sont aux leviers de commande de l’économie et ils n’ont aucune envie de freiner la désindustrialisation de leur pays qui leur a tant profité. De la même manière s’ils sont très embêtés par l’immigration qui remet en cause le cadre culturel de la société qui les a vus naître, ils sont dans les faits totalement immigrationnistes car les taux de 20% de résultat d’exploitation désormais attendus de l’industrie reposent entièrement sur le maintien d’une pression salariale impitoyable. Ils sont plus que jamais intellectuellement écartelés.

Et en France ?

L’Amérique trumpienne nous traite désormais en ennemi négligeable. Elle nous traitait auparavant en valet, mais elle y mettait les formes. Elle ne les y met désormais plus. Elle nous espionne, elle nous menace de représailles économiques, elle veut rompre notre alliance militaire, elle remet en cause notre État de droit et nos valeurs démocratiques. C’est brutal, mais ça a le mérite d’être clair et ça nous incite à ouvrir les yeux. Nos voisins allemands, en particulier, commencent à trouver la pilule de leur atlantisme indéfectible un peu amère. Il n’est pas jusqu’au Financial Times de titrer « de Gaulle avait raison ».

Mandatory Credit: Photo by Ludovic MARIN/UPI/Shutterstock (15166744f) US President Donald Trump and French President Emmanuel Macron shake hands in the Oval Office of the White House in Washington, DC, on Monday, February 24, 2025. French President Emmanuel MacronMeets with President Trump, Washington, District of Columbia, United States – 24 Feb 2025/shutterstock_editorial_French_President_Emmanuel_Macr_15166744f//2502242235

La droite « turbo » est en France très trumpienne. Elle fut dans le passé très protectionniste, mais pas vraiment patriotique. Elle fut pro-anglaise, pro-autrichienne, pro-russe, pro-anglaise à nouveau, pro-prussienne, lamentablement pro-allemande, elle finit très pro-américaine. Elle adore Trump parce qu’il a une grande gueule, qu’il l’ouvre à tort et à travers, alors qu’en France nous n’avons plus aucun leader pour exprimer quoi que ce soit. Elle est donc prête à avaler toutes ses couleuvres. Y compris des droits de douane à 25%… Ils sont retombés à 10%, elle respire un peu mieux. Mais est-elle devenue protectionniste pour autant ? Est-elle prête à appliquer une politique trumpienne en France ? La droite souverainiste (tendance Bellamy) y voit sans doute une opportunité, mais la droite bourgeoise n’y est sans doute pas prête, car après avoir renoncé à tout patriotisme économique, elle se rend compte qu’il n’y a plus rien à protéger. Tout a été bradé, éparpillé « façon puzzle », dissous dans la mondialisation

Souvenons-nous des campagnes françaises il y a encore 30 ans. Chaque bourg, chaque chef-lieu de canton avait qui sa tréfilerie, qui sa fabrique de meubles, qui son atelier de chaussettes, qui son haut-fourneau, qui son industrie mécanique, qui son usine pharmaceutique… Ce tissu dense de petites entreprises industrielles (certes trop petites et sous-capitalisées par rapport à l’Allemagne) procurait des emplois qualifiés à tous les Français. Que voit-on à leur place désormais ? Des magasins Ikea, des Leroy-Merlin, des Degriffstock, des entrepôts Action… Où l’on trouve tous les produits que nous ne fabriquons plus mais que nous consommons avidement.

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En 2023, le déficit commercial français s’élevait à 99 Mds €. Il est important de noter que la balance commerciale des services, notamment grâce au tourisme, a souvent été excédentaire, contribuant à compenser partiellement le déficit des biens. Toutefois, malgré ces excédents dans les services, la balance commerciale globale de la France reste déficitaire depuis le début des années 2000. Et pour cause, presque symétriquement à celle des États-Unis, mais en aggravant encore ses effets, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB est passée de 22% en 1970 à 9,5% en 2024. En 1970 la France avait un solde commercial très légèrement excédentaire, presque à l’équilibre, comme aux États-Unis. Et depuis 1980, ce sont 2,5 millions d’emplois industriels qui ont été sacrifiés.

L’Allemagne et l’Italie ont perdu presque autant, en part relative, d’emplois industriels, mais ils en avaient plus au départ (37% du PIB en Allemagne et 30% en Italie, en 1970 – 20% et 15% aujourd’hui). Ils ont donc conservé leur avance industrielle ce qui leur permet, sans doute provisoirement, d’avoir un solde commercial positif (220 Mds € pour l’Allemagne, 55 Mds pour l’Italie en 2024). Mais il faut noter que comme pour la France et les Etats-Unis, ce solde commercial était en 1970 presque à l’équilibre. La mondialisation est passée par là et puisqu’il y a des excédents chez certains, il y a nécessairement des déficits chez les autres. Le décalage salarial et la faiblesse de la lire pour l’Italie, la trop forte valeur du Franc (l’effet Trichet-Beregovoy) sont passés par là au moment où se mettait en place l’Euro et que se figeaient les parités de change empêchant tout réajustement monétaire. Il faut à ce titre noter qu’en France, sur les 2,5 millions d’emplois industriels perdus depuis 1980, 2 millions l’ont été depuis 2002, date d’entrée en vigueur de l’Euro. Le Traité de Maastricht, l’Union Européenne ont été et restent farouchement libre-échangistes à l’intérieur, comme à l’extérieur… La France y a presque tout perdu.

Nous avons vu que nos campagnes furent couvertes de cheminées témoignant de notre passé « petit-industriel ». Mais comment oublier les grands centres industriels ou s’étalaient les fleurons de l’industrie mondiale ? Que sont devenus Alcatel (leader mondial des télécoms) – Alstom (leader mondial de l’électro-mécanique) – Essilor (leader mondial de l’optique) – Péchiney (leader mondial de l’aluminium) – Usinor-Sacilor (leader européen de l’acier) – Lafarge (leader mondial du ciment) – Sanofi (leader européen de la pharmacie)… Ils ont pour certains purement disparus, ou été absorbés (comme Peugeot-Citroën) dans des consortiums qui n’ont plus rien de français, leurs usines ont disparu avec eux selon le mot d’ordre lancé par Serge Tchuruk (patron de Total puis d’Alcatel) en 1995 « Il faut envisager que notre industrie se débarrasse de ses usines ». Elle s’est effectivement débarrassée de ses usines, puis la France s’est débarrassé de son industrie, puis la nomenklatura française s’est débarrassée de Serge Tchuruk (ce qui n’était pas le plus grave…). Car la turbo-droite qui n’aime rien tant que l’argent était prête à sacrifier un des siens en même temps que des usines qui sentaient la sueur et la graisse.

Ce ne sont pas seulement des usines qui ont disparu, mais les savoir-faire. On a vu ce qu’il en a été pour IBM avec Lenovo. Ces savoir-faire ne sont pas ou très difficilement relocalisables. Ils ont été dissous dans la mondialisation. Même les entreprises comme Framatome qui sont restées en France et qui ont cessé pendant 20 ans de produire des réacteurs nucléaires ont perdu l’essentiel de leur savoir-faire (d’où les difficultés énormes pour construire les EPR), alors on imagine très bien que celles qui n’ont plus rien conservé, comme Sanofi qui a quasiment tout sous-traité à l’Inde, sont aujourd’hui face à des difficultés quasi insurmontables pour relocaliser.

L’ambition de réindustrialisation trumpienne, sa volonté de lutter contre la Grande évasion manufacturière, est sans doute louable d’un point de vue américain. Et malgré la méthode brouillonne et aléatoire déployée par le président américain, il est possible qu’elle aboutisse à certains résultats économiques. Et il est encore plus probable qu’elle conforte son électorat qui est majoritaire. En France, au point où nous en sommes rendus, il ne reste pratiquement plus rien à protéger et une politique protectionniste qui ne reposerait que sur des barrières douanières n’aboutirait à aucun résultat concret hormis une inflation importante de nos biens de consommations. Il aurait fallu le faire il y a 30 ans, mais nous avons fait le contraire avec le marché unique et le traité de Maastricht.

Maudite soit la guerre !

Nous pensions notre chroniqueur perdu quelque part dans les solitudes dépeuplées de la Creuse. Et voici que nous arrive, inspiré justement par un monument aux morts creusois, un texte absolument pacifiste, alors même que notre président — sur lui toutes les bénédictions du Prophète — prépare depuis trois mois un affrontement contre l’ours russe, et propose d’offrir l’arme nucléaire à l’Allemagne, fervent supporter de l’Ukraine comme elle a jadis été celle de la Croatie et de la Bosnie contre nos amis serbes. Mais quelle mouche l’a piqué ?


Je suis parti me mettre au vert, loin des villes tentaculaires. La Creuse, que je connaissais mal, m’a paru propre à ce dessein. Pensez, 3 habitants au km2 ! Des lacs, des forêts, des tourbières, et par chance, un grand soleil…

Je me suis donc installé dans le village de Royère-de-Vassivière, 572 habitants. Puis par curiosité touristique et passion photographique, j’ai un peu tourné autour…

À quelques kilomètres s’élève le village de Gentioux — 371 habitants, et un monument aux morts très célèbre. Et rare : les monuments qui crachent sur la guerre sont au nombre de trois, selon la spécialiste Annette Becker : Gentioux, Equeurdreville, Saint-Martin-d’Estréaux. Tous trois ont le même slogan : Maudite soit la guerre !

Celui de Gentioux, avec cet enfant tendant le poing vers la stèle supposée glorieuse, est le plus spectaculaire. Mais celui d’Equerdeville, avec l’inscription « Si vis pacem, para pacem », n’est pas mal non plus. Si tu veux la paix, par exemple, n’impose pas des sanctions idiotes à la Russie, demain à la Chine, tout en te faisant tondre par l’Oncle Sam. On ne fait la paix qu’en parlant aux ennemis.

En ce moment, à l’Elysée comme à Bruxelles ou Berlin, on en est revenu à la vieille maxime de Végèce (écrivain romain des IVe-Ve siècles, il écrivait au cœur des invasions barbares), « si vis pacem para bellum ». On ne parle pas à Poutine (pas même à Trump, d’ailleurs), on blablate entre soi.

(Je laisse le lecteur apprécier l’ironie des manufacturiers qui ont baptisé « Parabellum » la cartouche 9 x 19mm, et appelé « Peacemaker » (le Pacificateur) le colt Single Action Army (1872), celui des westerns de notre enfance, hymnes à la paix et à l’amour du prochain comme chacun sait.

Pour que la machine de guerre soit performante et bien tueuse, il faut que les industriels se mobilisent, et que des politiques leur fournissent les subsides nécessaires à faire repartir les usines, laissées en friche depuis quelques décennies, selon la vision très intelligente des eurocrates qui nous gouvernent. Et ces subsides, mes amis, c’est dans nos poches qu’ils iront les chercher. Le Covid n’ayant pas effrayé grand-monde, essayons Poutine.

La conjonction de ces réflexions optimistes et des monuments aux morts creusois (le département est de ceux qui ont payé le tribut le plus lourd en 14-18, avec 20% des mobilisés perdus dans les tranchées et le no man’s land) m’a rappelé le discours d’adieu prononcé le 17 janvier 1961 par le président sortant, Eisenhower :

« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

C’est le cœur du problème. De façon significative, c’est le générique de départ du film d’Oliver Stone, JFK, sorti trente ans plus tard. La collusion des généraux amateurs de médailles, de planqués à l’arrière, d’industriels à qui la paix ne rapporte plus assez, et qui essaient la guerre, et de petits génies qui se disent qu’un conflit même limité suspendrait la tenue d’élections en 2027.

Des technocrates, bien planqués dans leurs bunkers et dans leurs pantoufles, des hommes (et quelques femmes) qui ne feront jamais la guerre, propagent des rumeurs de IIIème conflit mondial. Ils insinuent qu’il serait bon de consacrer une part significative du budget au réarmement — quitte à piocher dans le bas de laine des Français.

Pas dans les super-bénéfices des banques. Pas dans celui des grandes compagnies. Pas dans les poches des boursiers. Non : dans les chaussettes trouées de ceux qui, il y a cinq ans, ont enfilé des gilets jaunes parce qu’ils avaient le pain quotidien de plus en plus hebdomadaire. Il faut domestiquer le peuple, quitte à le sacrifier. Faisons-lui peur une nouvelle fois. L’ours russe après le virus chinois.

D’autant plus de raisons de saluer les pacifistes qui ont édifié ces monuments de rage et de raison. Le maire de Gentioux, Jules Coutaux, était un jaurésien de la première heure, mobilisé lui-même, gazé et survivant : enfin un politique qui savait de quoi il causait ! Le monument a été longtemps exclu des cérémonies militaires : il a fallu attendre 1985 pour qu’un préfet qui passait là pour inaugurer la gendarmerie vienne saluer les morts.

À Royère-de-Vassivière, un nom manquait sur le monument (qui porte l’inscription fort rare mais pleine de sens, « morts pour la civilisation »), celui de Félix Baudy, fusillé pour l’exemple en 1914 et réhabilité en 1934. Une plaque célèbre sa mémoire dans le cimetière proche — et elle propose que « maudite soit la guerre ».

À Gentioux, quand j’y suis passé, le drapeau du Hamas était accroché à une fenêtre, presque en face du monument aux morts, qui avait été tagué des prénoms des « petits anges » tués par la police française, puis recouvert du même drapeau d’assassins.  La référence à la « civilisation » que défendirent les Poilus prend alors tout son sens — et toute son actualité. En 1914, on appelait les Prussiens les « Huns ». En 2025, je vous laisse le soin de nommer les barbares qui veulent anéantir nos cités.

Madame Bachelot et le cul de Donald Trump

Roselyne Bachelot choque sur BFMTV en lançant une remarque crue au sujet de la réunion à venir entre Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison Blanche, le 17 avril. Elle propose ironiquement aux journalistes de demander à Mme Meloni « quel goût a le cul de Trump », provoquant un malaise en plateau. Ses propos ont rapidement suscité de vives réactions, dénonçant une vulgarité chez l’ancienne ministre progressiste qui dépasse celle du populiste Trump…


Il est de rigueur – hélas – que l’hommage de la médiocrité au réel mérite en arrive tôt ou tard à se vautrer dans la fange de la vulgarité.

Madame Bachelot vient d’en donner une clinquante illustration  sur le plateau de BFMTV. Presque aussi clinquante que ses affriolantes tenues rose-bonbon qu’un psychanalyste de comptoir mettrait probablement sur le compte d’une espèce d’angoisse – existentielle, bien sûr – de passer inaperçue.

Il y a donc le plumage, mais aussi le ramage.

À propos de la rencontre prochaine entre Giorgia Meloni et Donald Trump, Madame Bachelot a donc eu à la télévision ce mot d’une subtilité sans égale : « Moi, je demanderai à Giorgia Meloni quel goût à la cul de Donald Trump. » Buzz assuré ! Mais le but n’est-il pas celui-là ? Exister, exister encore, par tous les moyens. Y compris les plus bas, les plus méprisables. Pathétique !

On s’épargnera ici la facilité qu’il y aurait à livrer le nombre de fondements dont l’intéressée se serait empressée de tester le goût juste pour s’imposer encore une fois, une fois de plus, une fois de trop, tant comme ministre – de piètre envergure – dans des gouvernements divers et variés que comme bateleuse de plateaux de télévision où, son plus grand talent – le seul en fait – est de ricaner elle-même de ses propres balivernes. Les occasions ne manquent pas, faut-il dire.

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Pour ma part, j’ai le souvenir de Madame Bachelot, improbable ministre de la Culture au temps du Covid. Elle vint sur le plateau de France 2 chez son ami Laurent Ruquier, également son comparse des Grosses Têtes – là, est en fait la vraie place de la dame – pour, du haut de sa science de pharmacienne d’officine nous expliquer que la décision avait été prise de fermer les librairies car le virus du Covid restait actif sept heures durant sur les couvertures des livres… Pour ma part, j’attendais que, toujours du haut de son grand savoir, elle nous explique comme il se faisait que ledit virus boudât les couvertures de magazines et de journaux, ou en tout cas, n’y demeurât pas actif plusieurs heures, puisque les débits de presse, eux, restaient ouverts.

Hélas, nous n’eûmes pas droit à ce complément d’analyse. Cela est dommage, car sans aucun doute, une démonstration d’un tel niveau de science aurait fait de la ministre une nobélisable potable.

Évidemment, proférer de telles énormités, oser faire montre sans rougir d’un si piètre niveau de réflexion devant des centaines de milliers de spectateurs n’est pas anodin. Tout cela n’est au fond que l’expression du mépris dans lequel ces gens nous tiennent, nous autres, citoyens ordinaires, qu’ils considèrent sans doute tout disposés à avaler, béats d’admiration, ces inepties. Et à nous pâmer d’aise devant de telles vulgarités.

En réalité, Madame Bachelot, comme ses semblables, ne nous donne guère que la jubilatoire envie de lui montrer ce qui semble avoir tellement d’importance dans ce qui lui sert de pensée.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Guerre ou génocide ?

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Ce vendredi, une nouvelle frappe israélienne a entrainé la mort de 10 civils à Gaza, nourrisant les accusations envers l’Etat hébreu de perpétrer un « génocide » en Palestine. Cette stratégie de propagande, relayée aussi en France par l’extrême gauche, repose sur une relecture idéologique du conflit où la haine d’Israël se substitue à l’analyse des faits et où ce sont les terroristes qui s’érigent en victimes.


Au moment où la guerre contre le Hamas reprend après l’échec des négociations sur le sort des otages, les accusations de génocide des Palestiniens refont surface avec une vigueur toxique. Il est essentiel de rappeler la nature du mensonge islamiste, une stratégie de propagande bien rodée qui s’appuie sur la victimisation et la manipulation émotionnelle pour masquer la réalité des conflits au Moyen-Orient.

Une propagande pernicieuse

Depuis des décennies, les mouvements islamistes, dont le Hamas est l’un des représentants les plus emblématiques, ont développé un narratif puissant reposant sur l’inversion des rôles entre agresseurs et victimes. Cette propagande vise à faire passer Israël pour un État oppresseur et criminel, alors même qu’il fait face à des attaques répétées et qu’il a toujours cherché des solutions diplomatiques au conflit.
L’accusation de « génocide » portée contre Israël est l’un des éléments les plus pernicieux de cette manipulation. Un génocide suppose une volonté d’extermination systématique d’un peuple, ce qui est en totale contradiction avec la réalité : Israël mène une guerre contre une organisation terroriste qui prend sa propre population en otage, utilise les civils comme boucliers humains et se cache derrière des infrastructures médicales et éducatives. Pourtant, cette propagande trouve un écho grandissant en Occident, notamment grâce à des relais médiatiques et politiques qui reprennent sans recul les éléments de langage islamistes.

Le Hamas et d’autres groupes islamistes exploitent aussi les réseaux sociaux pour diffuser des images tronquées, sorties de leur contexte, voire totalement fabriquées. La viralité de ces contenus contribue à radicaliser une partie de la jeunesse occidentale, qui, mal informée, adopte une posture militante sans véritable compréhension du conflit.

Un facteur clé dans cette diffusion des idées islamistes est le biais idéologique qui gangrène les universités occidentales. Depuis plusieurs décennies, de nombreux établissements, notamment dans les sciences sociales, sont devenus des bastions d’un marxisme culturel revu à la lumière des luttes décoloniales et identitaires. L’enseignement y est souvent dominé par une grille de lecture où l’Occident est systématiquement perçu comme l’oppresseur, et toute lutte contre lui comme légitime.

À lire aussi : Reconnaitre aujourd’hui «l’État palestinien» est au moins une grave erreur, au pire une ignominie

Dans ce contexte, l’antisionisme a été instrumentalisé comme un prolongement des luttes anti-impérialistes. Israël est présenté non plus comme un État issu de l’histoire tragique du peuple juif, mais comme un bastion du colonialisme occidental au Moyen-Orient. Cette vision simpliste, qui ignore totalement les dimensions historiques, géopolitiques et culturelles du conflit israélo-palestinien, séduit une jeunesse en quête de causes à défendre, souvent plus réactive aux slogans chocs qu’à une analyse rigoureuse des faits.

Une idéologie qui trouve de nombreux relais en Occident

Les associations étudiantes, souvent infiltrées par des militants radicaux, jouent un rôle clé dans cette dérive. Elles promeuvent une idéologie manichéenne où toute critique du Hamas ou des régimes islamistes est immédiatement assimilée à de l’islamophobie ou du racisme. Ce climat intellectuel empêche un véritable débat et favorise une pensée unique où le « camp du bien » est déjà désigné : celui des Palestiniens, assimilés à des victimes éternelles.

Cette manipulation idéologique a des conséquences concrètes. Elle radicalise une partie de la jeunesse, qui se mobilise pour des causes qu’elle ne comprend qu’à travers des prismes déformés. Elle pousse aussi à la banalisation du terrorisme, comme on a pu le voir avec certaines manifestations où des étudiants occidentaux en viennent à justifier les massacres du 7-Octobre ou à minimiser la dangerosité du Hamas.

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Enfin, cette polarisation intellectuelle affaiblit la capacité de l’Occident à analyser lucidement les enjeux géopolitiques et à défendre ses propres valeurs face à des idéologies hostiles. En cédant à la rhétorique islamiste, certains acteurs politiques et intellectuels occidentaux participent à l’effondrement du discernement et de la pensée critique, rendant ainsi la lutte contre l’extrémisme encore plus difficile.

Le mensonge totalitaire : du national-socialisme au totalitarisme… islamiste

Le totalitarisme islamiste s’inscrit dans la continuité historique du totalitarisme national-socialiste. Ce lien ne relève ni du hasard ni d’une simple coïncidence idéologique. Il est le fruit d’une convergence doctrinale et d’une collaboration historique avérée, incarnée notamment par le rôle du Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, oncle de Yasser Arafat. Ce dernier, allié stratégique du régime nazi, a non seulement soutenu la politique génocidaire de l’Allemagne hitlérienne, mais a également contribué activement à la mise en œuvre de la « solution finale » en recrutant des volontaires musulmans pour la Waffen-SS. Ce partenariat criminel illustre une connexion idéologique profonde entre ces deux mouvements totalitaires, fédérés par un antisémitisme virulent et structurant.

L’antisémitisme comme matrice

Contrairement à une idée largement répandue, l’antisémitisme islamiste ne découle pas de la création de l’État d’Israël en 1948. Il précède largement l’avènement du sionisme politique et s’inscrit dans une tradition théologique et géopolitique où la souveraineté juive est perçue comme une anomalie historique à éradiquer. La doctrine islamiste considère le Dar al-Islam (territoire sous domination musulmane) comme un espace sacralisé où aucune entité non musulmane ne saurait légitimement exercer une souveraineté. Cette perspective absolutiste alimente un rejet viscéral du sionisme, non pas en tant que projet politique, mais en tant qu’expression de la persistance juive dans l’histoire, vécue comme une offense insupportable à l’ordre islamique.

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Dès les premiers jours de l’État d’Israël, ce rejet s’est manifesté par une stratégie asymétrique combinant terrorisme, guerre psychologique et propagande victimaire. Le totalitarisme islamiste a ainsi réussi à imposer un récit inversé où l’agresseur devient la victime et la victime, l’agresseur. Cette manipulation a trouvé un écho favorable auprès de certaines élites occidentales, toujours enclines à épouser la cause du « faible » contre le « fort », sans examiner la nature réelle des forces en présence.

Une stratégie de dissimulation et de déstabilisation

Le totalitarisme islamiste a perfectionné l’art du double discours : d’un côté, il promeut une vision pacifique et modérée de l’islam destinée aux opinions publiques occidentales, et de l’autre, il cultive un discours de haine apocalyptique dans ses cercles internes. Cette schizophrénie propagandiste lui permet d’exploiter la naïveté des démocraties libérales, engluées dans une lecture relativiste du monde et paralysées par la peur d’être taxées d’islamophobie.

Cette méthode s’inspire directement des techniques de propagande mises en place par le régime nazi. À l’instar du Völkischer Beobachter, organe de presse officiel du IIIe Reich qui accusait les juifs d’être un peuple génocidaire (Völkermörder), les islamistes – qu’ils soient sunnites ou chiites – alimentent une rhétorique conspirationniste où Israël est décrit comme une entité démoniaque, orchestrant les malheurs du monde. Ce récit, relayé par des médias inféodés et des réseaux sociaux complaisants, vise à préparer les esprits à la légitimation d’une violence systématique contre l’État juif et, par extension, contre les démocraties occidentales.

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Le totalitarisme islamiste applique une méthode éprouvée :

  • Semer la terreur à travers des attentats ciblés.
  • Offrir une paix illusoire en échange de concessions territoriales ou politiques.
  • Exploiter ces concessions pour renforcer son emprise et préparer de nouvelles agressions.
  • En parallèle, il diffuse l’idée selon laquelle l’islam, « religion d’amour et de paix », serait la cible d’un impérialisme impitoyable orchestré par les États-Unis et Israël. Cette inversion accusatoire permet de masquer la réalité de son projet hégémonique et de s’assurer le soutien d’une partie de la gauche radicale occidentale, séduite par la rhétorique victimaire et anticolonialiste.

Le rôle des relais occidentaux dans la propagation du mensonge totalitaire

Ce qui distingue le totalitarisme islamiste de ses prédécesseurs, c’est son extraordinaire capacité à instrumentaliser les contradictions internes des sociétés démocratiques. Son discours trouve des relais efficaces parmi certaines élites européennes et américaines, séduites par un mélange de tiers-mondisme culpabilisant, de fascination pour le radicalisme révolutionnaire et d’un antisémitisme latent masqué sous les oripeaux de l’antisionisme.

Un manifestant hurle sa colère à Downing Street, à Londres, 28 mai 2024 © Mike Ruane/Story Picture Agency//SIPA

L’un des paradoxes les plus frappants est la coexistence, dans les sociétés occidentales, d’une judéophilie commémorative – qui pleure les juifs morts des génocides passés – et d’une indifférence glaciale, voire d’une hostilité rampante, envers les juifs vivants. Ce phénomène se traduit par une complaisance grandissante envers les discours qui, sous couvert de critique d’Israël, légitiment implicitement des formes modernes de persécution antijuive.

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Cependant, un clivage grandissant se dessine entre les élites et les classes populaires. Alors que les premières, souvent formatées par un discours académique imprégné de relativisme culturel, se montrent sensibles à la propagande islamiste, les secondes, confrontées directement aux conséquences de l’immigration massive et du terrorisme, développent une méfiance instinctive. Cette fracture sociale et cognitive joue un rôle décisif dans la perception du danger islamiste : plus éloignées des réalités du terrain, les élites persistent dans une attitude de déni, tandis que les populations confrontées aux effets concrets de l’islamisme réclament des réponses fermes.

L’improbable retour de Kamala Harris

Malgré son échec à l’élection présidentielle, l’ancienne vice-présidente de Joe Biden espère continuer la politique. Elle ambitionnerait de devenir gouverneur de Californie, État où la popularité des démocrates est pourtant en train de partir en fumée…


« I’m not going anywhere ». L’ancienne vice-présidente des États-Unis a signé un retour politique que personne n’attendait le jeudi 3 avril dernier à Dana Point, Californie, à l’occasion du Leading Women Defined Summit, un évènement soutenant le leadership des femmes de couleur. Son projet reste flou, mais l’essentiel n’est pas là. Cette déclaration a suffi à faire le bonheur des Républicains, de la presse ayant un peu le sens de l’humour, des amateurs de curiosités politiques… Bref, d’un peu tout le monde. De tout le monde, à l’exception peut-être des Californiens. La candidate malheureuse de l’élection présidentielle de 2024 envisagerait en effet de briguer le poste de gouverneur de l’État de Californie l’année prochaine. Il pourrait sembler naturel que la fusée Kamala retombe là où elle avait décollé politiquement il y a bientôt dix ans, mais les électeurs locaux ayant dernièrement eu leur lot de catastrophes, rien ne dit qu’ils auront envie de ce drôle de come-back.

« Je ne suis pas là pour dire je vous l’avais bien dit ! »

On ne l’avait quasiment plus vue depuis le 15 décembre 2024, et son discours au Democratic National Committee, l’instance dirigeante du Parti démocrate en charge notamment de la gouvernance du parti et de la coordination de la levée de fonds. Encore sonnée par sa défaite face à Donald Trump, Kamala Harris avait alors exhorté ses soutiens à ne pas perdre espoir. Peu importait alors la lourde défaite à la présidentielle, la perte de quatre sièges au Sénat, de la majorité républicaine à la Chambre des représentants et à la Cour Suprême, car les démocrates pouvaient toujours « l’aider à finir le job » en « travaillant dur ». Kamala Harris avait ponctué ce discours optimiste d’une promesse de se retrouver l’année suivante.

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Nous voilà donc au rendez-vous, à Dana Point, en Californie, avec ce sommet. On aurait pu penser que Kamala Harris, qui avouait pendant la campagne que « rien ne lui venait à l’esprit » lorsqu’on lui demandait ce qui la distinguait de Joe Biden, aurait mis à profit ces quelques semaines de répit pour affiner son message politique. Il n’en fut rien : la vice-présidente est restée dans le flou, évoquant simplement « un sentiment de peur qui s’empare de notre pays », nourri par « des choses dont nous sommes témoins chaque jour »1. Nous n’en saurons pas davantage sur ces « choses », mais l’ancienne vice-présidente s’est tout de même montrée rassurante : « nous savions que beaucoup de choses allaient arriver, beaucoup de choses ». Pas vraiment de quoi faire taire les mauvaises langues qui estiment que celle qui a remplacé Joe Biden au pied levé n’a pas de suite dans les idées… En revanche, ces déclarations ont provoqué la réaction de Kush Desai, porte-parole de la Maison Blanche, qui a rétorqué que, en tant que vice-présidente, Kamala Harris ne s’était pas privée « d’utiliser le système judiciaire comme une arme contre ses opposants, de pratiquer la censure des réseaux sociaux et de procéder à la destruction de notre économie et de nos frontières ».

Retour à l’envoyeur

En dépit de sa large défaite, Kamala Harris se voit encore comme la future candidate démocrate et reste persuadée qu’elle aurait pu vaincre Donald Trump avec plus de temps (comprendre : si Joe Biden s’était retiré plus tôt). Bien qu’on lui prête la volonté de se présenter à l’élection présidentielle de 2028, cela ne semble pas faire l’unanimité chez les démocrates qui lui reprochent notamment d’être une figure du passé. Son échec lors des primaires démocrates de 2020 ne plaide pas non plus en sa faveur, même si aucun favori ne s’est encore dégagé.

C’est certainement ce pourquoi Kamala Harris lorgnerait sur le poste de gouverneur de Californie, une belle occasion de redorer son blason en vue d’une éventuelle candidature présidentielle à moyen terme. Si certains poids lourds du parti, à l’image de l’ancien gouverneur démocrate de Virginie Terry McAuliffe, considèrent l’idée comme intéressante, Madame Harris a également reçu des encouragements pour le moins inattendus. Donald Trump a ainsi déclaré « laissez-la se présenter » avant d’ironiser en ajoutant « qu’elle allait devoir commencer à donner des interviews ».

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Le choix de la Californie n’a rien d’anodin, car c’est dans cet Etat très largement acquis à la cause démocrate que Kamala Harris avait entamé sa carrière politique. De 2004 à 2017, Madame Harris a exercé comme procureure adjointe puis générale de San Francisco. Sa révélation politique est intervenue en 2016, avec une élection victorieuse au poste de sénatrice démocrate de Californie. De passage dans le coin, début février, elle avait fait profiter les médias de son expertise (« On peut sentir qu’il y avait de la fumée ici ») avant de renseigner les passants sur ses activités récentes. Après être « revenue à la maison depuis deux semaines et trois jours », voilà que la démocrate entendait « remonter le moral des survivants de cette crise extraordinaire »2 – comme si ces derniers n’en avaient pas assez soupé comme ça.

Cela fait un moment déjà que les démocrates font étalage de leur incompétence à la tête de cet État. Donald Trump ne fait peut-être pas toujours preuve de finesse, mais il avait raison en estimant que les incendies ayant dévasté Los Angeles auraient pu être évités moyennant une meilleure gestion des forêts. Gavin Newsom, le gouverneur sortant, est lui critiqué pour avoir préféré délester le programme de résilience aux incendies de 28 millions de dollars3. Alors que les feux faisaient rage et que Karen Bass, la maire démocrate de Los Angeles, ne trouvait rien de mieux à faire que de visiter le Ghana, le réservoir du quartier de Pacific Palisades, particulièrement touché, restait désespérément vide… Si Kamala Harris n’est pas responsable de ces incendies ni de leur mauvaise gestion, le poids de l’idéologie démocrate pourrait s’avérer trop lourd pour son éventuelle candidature.

Même si celle qui avait proposé de dépénaliser l’immigration illégale pour faire diminuer… l’immigration illégale4 parvient à motiver des volontaires pour distribuer ses tracts de campagne pour 2026, ces derniers risquent fort de trouver porte close.


  1. https://www.nationalreview.com/news/kamala-harris-vows-to-stay-politically-active-im-not-going-anywhere/ ↩︎
  2. https://www.nytimes.com/2025/02/06/us/kamala-harris-tours-palisades.html ↩︎
  3. https://www.telegraph.co.uk/us/comment/2025/01/17/the-california-wildfires-have-doomed-kamala-harriss-politic/ ↩︎
  4. https://www.foxnews.com/politics/harris-shifts-key-positions-border-illegal-immigration-campaign-promises-pragmatic-approach ↩︎

Reconnaitre aujourd’hui «l’État palestinien» est au moins une grave erreur, au pire une ignominie

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Paix au Proche-Orient : la France fait diplomatiquement fausse route. Sur les 193 pays membres de l’ONU, 146 reconnaissent déjà officiellement l’État palestinien.


Dans une interview diffusée le 9 avril, le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de faire reconnaitre par la France « l’État palestinien ». À la suite de plusieurs États européens, la France en ferait l’annonce en juin prochain, parce que, a-t-il dit, « je pense qu’à un moment donné ce sera juste et parce que je veux aussi participer à une dynamique collective, qui doit permettre aussi à tous ceux qui défendent la Palestine de reconnaître à leur tour Israël, ce que plusieurs d’entre eux ne font pas ». Autrement dit, la reconnaissance dudit « État de Palestine », un État non existant dont la création effective est refusée avec constance depuis 1948 par ses représentants auto-proclamés, permettrait la reconnaissance par tous, d’un État légitime et existant depuis cette même date, à savoir l’État d’Israël. On peine à suivre ce raisonnement triplement erroné.

Une posture

Tout d’abord, parce que la reconnaissance d’un État non existant, aux frontières non définies et sans institutions établies, est objectivement une absurdité. Une telle pétition de principe ne peut donc que relever de la posture politique. Les différents États qui ont déjà adopté cette prise de position sont en effet d’une part des pays qui ne reconnaissent pas la légitimé de l’État d’Israël comme la Corée du nord ou Cuba, et des pays musulmans (à l’exception de la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc), d’autre part des pays comme certains en Europe ou en Amérique latine, qui l’ont fait au nom du soutien à « la solution à deux États ». Dans les deux cas, la reconnaissance de l’État palestinien virtuel procède d’une critique à l’égard d’Israël : critique radicale, visant à la disparition de l’État juif sur sa terre et à l’édification d’un État arabe palestinien, d’une « Palestine du Jourdain à la Méditerranée », ou critique conjoncturelle soupçonnant Israël de refuser la création d’un État palestinien, voire l’accusant de visée génocidaire à l’égard du « peuple palestinien ».

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Or, l’Histoire récente du Moyen-Orient a montré que la reconnaissance d’Israël par les pays arabes n’était pas conditionnée par la reconnaissance abstraite de la part d’Israël d’un État palestinien virtuel. C’est au contraire la mise à l’écart de la question palestinienne, en privilégiant les dimensions sécuritaires et économiques, qui a permis la normalisation progressive des relations entre Israël et certains pays arabes. Un des motifs évoqués (sinon invoqués) du lancement des attaques génocidaires du 7-Octobre lancées par le Hamas en territoire israélien, est d’ailleurs précisément la relégation de la question palestinienne dans l’agenda géopolitique de la région.

Le Hamas n’attend que ça

Plus que jamais après le 7-Octobre 2023, et alors que le Hamas détient toujours des otages, reconnaitre un État palestinien, est donc non pas seulement une erreur stratégique mais également une faute morale confinant à l’ignominieux. Cette reconnaissance symbolique d’un État non existant serait aujourd’hui accorder une légitimité et pire une absolution, au Hamas, à ses soutiens et à ses admirateurs. Aussi, l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, a-t-il déclaré à la suite des propos du président français : « Parler de la création d’un État palestinien, aujourd’hui, quand la guerre continue et avant d’avoir créé les conditions qui pourraient mener à la paix, cela fait exactement l’inverse ».

Les Israéliens croient de moins en moins à un État palestinien à leurs frontières

Il s’agirait en effet d’analyser pourquoi ladite « solution à deux États » portée par le passé notamment par le Mouvement La Paix Maintenant et les partis de gauche israélienne, est aujourd’hui largement discréditée en Israël. Un sondage réalisé trois semaines après les attaques a ainsi révélé que 28,6 % des Israéliens juifs étaient en faveur d’une solution à deux États, contre 37,5 % un mois plus tôt, selon le sondage Peace Index de l’université de Tel Aviv.[1] D’ailleurs, le 17 janvier 2024, le chef du Hamas à l’étranger, Khaled Meshaal, n’a-t-il pas déclaré : « Nous rejetons l’idée d’une solution à deux États. Notre objectif est clair : un État palestinien du fleuve à la mer, du nord au sud. Le 7 octobre a renouvelé le rêve et l’espoir[2]» [de cette Palestine] ?

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Mais le reflux de la crédibilité de l’hypothèse d’un État palestinien vivant en bonne entente aux côtés d’Israël, vient de plus loin encore. Comme le signalent à juste titre Georges Bensoussan[3] ou Shmuel Trigano[4], le rejet d’un État juif sur sa terre ancestrale s’inscrit dans une histoire longue, et la création de l’État arabe de Palestine a été refusée à plusieurs reprises depuis 1947. La partie arabe ou palestinienne a-t-elle d’ailleurs jamais avancé une proposition de partage territorial à discuter ? Le seul projet formulé à ce jour réside dans le slogan génocidaire « From the River to the Sea ! ». Alors, que les Israéliens explorent d’autres voies d’établissement et d’apaisement des relations avec leurs voisins, c’est compréhensible. Pour n’avoir pas pris en compte cette réalité, les partis de gauche israélienne ont perdu une large part de leur soutien au sein de la population.

Plutôt que de renoncer à exprimer un « soutien inconditionnel » à Israël (comme l’a fait ce 10 avril, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet en forme d’un mea culpa) au motif d’une opposition à la politique du premier ministre Benjamin Netanyahu, la France devrait adopter enfin une attitude claire à l’égard des ennemis d’Israël. Si notre pays et son président veulent peser sur la destinée du monde et en l’occurrence œuvrer en faveur d’une paix juste au Proche Orient, la réaffirmation du danger islamiste s’impose, de même que la nécessité de soutenir Israël, en première ligne contre cette menace.

https://www.youtube.com/watch?v=Jh-nnhxCjeo

[1] « Dans un Israël traumatisé, les pacifistes gardent l’espoir d’une solution à deux États », Times of Israel, 8 décembre 2023.

[2] Voir https://www.youtube.com/watch?v=V8yug98BqNc

Ou Saba Net (Agence de presse yéménite) 18 janvier 2024 : « Meshaal : Nous rejetons le terme de solution à deux États et la solution est de se débarrasser de l’occupation ».

[3] Georges Bensoussan, Juifs en pays arabes. Le grand déracinement 1870-1975, Éditions Taillandier 2021 et Les origines du conflit israélo-arabe 1870-1950, Éditions des PUF 2023

[4] Shmuel Trigano, « Le refus palestinien d’un État juif », Controverses, n° 7, 2008, pp. 38-43

La banalité du « mais »

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Marche en soutien au rabbin d'Orléans et contre l'antisémitisme. Arié Engelberg avait été agressé en pleine rue à Orléans le samedi 22 mars 2025 © Charles Bury/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. « J’aime qu’on me contredise ! » pourrait être sa devise


En quittant le studio d’Europe 1, le 23 mars, après avoir réagi à l’agression du rabbin d’Orléans, Arié Engelberg, acte odieux commis sous les yeux de son jeune fils, j’ai de nouveau fait le constat d’une triste réalité. Face au « fléau », au « poison », à l’« horreur » de l’antisémitisme et à son « effroyable » progression depuis le 7 octobre 2023, les mots commencent à manquer. Peu à peu, à force d’être répétés, ils se vident de leur sens, ils s’assèchent. Tout cela prend l’odeur rance de la banalisation. D’abord, les réactions des représentants de la communauté juive. Trop seuls. Puis celles des premiers responsables politiques. Qui est au rendez-vous ? Et pour dire quoi ? Qui ne se montre pas ?

Je suis peu à peu devenu un dénicheur compulsif des « Oui, mais… ». Je les traque. Le 8 mars, pour la Journée internationale des droits des femmes, les militantes du collectif Nous vivons, étendard mémoriel des femmes victimes du Hamas le 7-Octobre, parce que juives, n’ont pu intégrer le cortège parisien de la manifestation. « Oui, mais… » Certains se demandent alors quelle est la « couleur politique » de ce collectif. Et pour Boualem Sansal ? « Certes, il ne devrait pas être emprisonné, mais… » et sont alors cités ses propos sur le régime algérien et sur le conflit de territorialité qui l’oppose au Maroc dans le Sahara occidental. Idem pour les affiches antisémites visant Cyril Hanouna, « elles sont inacceptables, mais… » ; puis la direction des Insoumis assure ignorer les codes historiques de l’antisémitisme. Lors d’un meeting à Brest, Jean-Luc Mélenchon assure ad nauseam que « pas de bol, nous, on n’a pas ces affiches, on n’est pas au courant, on sait pas, d’accord ». C’est le haut du spectre, mais il y a tout un camaïeu de réactions, de « Oui, mais » ou de silence au sein de la gauche non insoumise qui participe à ce climat de plus en plus pestilentiel et dangereux.

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Alors comment retrouver le goût de l’avenir ? À gauche, après ces affiches intolérables, dans un accablant continuum depuis le 7-Octobre, il ne pourra y avoir de « Oui, mais… » lors des prochaines élections législatives pour prétexter une alliance avec des représentants LFI. C’est une question d’éthique politique, de respect des valeurs qui sont au cœur de notre engagement humaniste et progressiste. Il faudrait aussi davantage de créativité de la part du monde de la culture pour donner un imaginaire, une perspective, à ceux qui, comme moi, ne veulent pas d’un trumpisme à la française. Nous sommes depuis trop longtemps en cale sèche alors que la bataille idéologique ne cesse d’être menée par le camp d’en face qui a aussi ses « Oui, mais… ».

« Oui, on a le droit d’avorter, mais… » ; « Oui, la Russie a envahi l’Ukraine, mais… » ; « Oui, le réchauffement climatique est une réalité, mais… » ; « Oui, c’est la devise républicaine “Liberté, Égalité, Fraternité”, mais… » ; « Oui pour l’État de droit, mais… » ; « Oui, il faudrait davantage rémunérer le travail et mieux répartir la richesse produite, mais… » ; etc.

« Douce France » de Céline Cléber, chronique du grand embrasement à venir?

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Violences urbaines à Marseilles suite à la mort de Nahel, tué après un refus d'obtempérer, Marseille, le 30 juin 2023 © SENER YILMAZ ASLAN/SIPA

Il n’aura fallu que d’un coup de feu pour que la France s’embrase… Céline Cléber, haut-fonctionnaire et plume de droite, décrit dans un roman sa vision d’une (inévitable?) rébellion des banlieues de notre pays… Et plonge aussi son lecteur au cœur du pouvoir, pour comprendre le fonctionnement de ces services de l’État qui laissent agir ceux qui ont la haine de la France… Mais rassurez-vous, ce n’est que de la littérature…


Par une belle soirée d’été, Mohamad, jeune beur désœuvré en mal de reconnaissance de la part de ses pairs, met la main sur un pistolet et décide de s’en prendre aux « kouffars » de la petite église de son quartier de Bagneux en banlieue sud de Paris. Quand il se retrouve nez à nez avec le jeune curé chaldéen de la paroisse, plus personne ne peut l’arrêter et il abat le prêtre à bout portant. La police surgit, des coups de feux sont échangés et un jeune de la bande est tué. Immédiatement, les banlieues s’enflamment, les armes sortent des caves et plus rien ne peut arrêter la guerre civile, pas même les forces de l’ordre, rendues impuissantes par la lâcheté, le cynisme et l’incompréhension des pouvoirs publics face aux évènements. Telle est la trame du premier roman de Céline Cléber, haut-fonctionnaire évoluant dans les hautes strates du pouvoir et manifestement bien informée du fonctionnement des services du ministère de l’Intérieur.

Vous n’aurez pas de sitôt le loisir de lire un compte-rendu de cet ouvrage dans Le Monde, Télérama et autres fleurons de la presse vivre-ensembliste, qui préféreront toujours faire la promotion de n’importe quel navet pour peu que celui-ci récite le catéchisme de la religion diversitaire. C’est bien dommage, tout d’abord parce que Céline Cléber fait montre dans ce premier opus de qualités littéraires tout à fait exceptionnelles. À la manière de nos plus grands écrivains du XIXe siècle, l’auteur décortique minutieusement les ressorts de l’embrasement à venir et analyse très finement les ressorts de l’âme humaine et les jeux d’acteurs, sans jamais sombrer dans le manichéisme, qu’il s’agisse des jeunes musulmans de nos banlieues en panne d’assimilation, des hommes politiques, des hiérarques des services de l’État, des agents des forces de l’ordre et des magistrats. Elle nous présente une galerie de personnages imprégnés à des degrés divers d’un besoin de considération sociale, et inégalement armés pour résister aux petites lâchetés et compromissions à la tentation desquelles les aléas de l’existence les exposent.

Certains passages relèvent probablement, de la part de l’auteur, de l’introspection : on songe à cet égard à un chapitre, situé presque à la fin de l’ouvrage, où l’auteur relate par le menu un dialogue entre Fabrice Luchini et un préfet de la République, dialogue dont on ne sait pas très bien jusqu’à quel point il est réel ou imaginaire, mais dont le contenu reflète les doutes et les craintes qui ne peuvent que traverser l’esprit d’un grand serviteur de l’État profondément animé du désir d’œuvrer pour le bien de son pays et soucieux du devenir de celui-ci.

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L’action est située en été mais l’année n’est pas précisée. S’agit-il d’une dystopie, d’un roman d’anticipation, d’une prophétie ? Céline Cléber laisse la porte ouverte à ces trois lectures possibles, tout en indiquant qu’elle a souhaité décrire ce qui peut apparaître comme le scénario du pire afin de le conjurer. On est évidemment tenté de faire le rapprochement et la comparaison avec certains ouvrages de Michel Houellebecq, quoi que le style soit ici plus soutenu.

L’œuvre est certes de fiction, mais l’auteur, manifestement bien informée, livre au lecteur une quantité impressionnante de détails et d’anecdotes sur les jeux de pouvoir, sur le fonctionnement des services de l’État, et sur l’expansion de la mouvance islamiste. Elle décrit ainsi par le menu, par exemple, la coexistence difficile, sur le terrain, entre une association d’aide scolaire aux jeunes et la bande du quartier de Bagneux où est située une partie de l’action, et l’impossibilité pour l’association scolaire d’intervenir en direction des adolescents, sauf à prendre le risque de « contrarier » les bandes, lesquelles ont régulièrement besoin de chair fraîche et qui ne sauraient tolérer qu’on ait des velléités de soustraire à leur apprentissage intensif de la délinquance les éléments qu’elles jugent les plus prometteurs… Dans un autre chapitre du livre, Céline Cléber décrit aussi en détails comment les réseaux musulmans du pays de Gex dans le département de l’Ain tirent parti de la localisation de l’aéroport de Genève, situé à cheval sur la frontière franco-suisse, pour s’approvisionner plus facilement en armes et en cash en provenance de pays du Moyen-Orient au nez et à la barbe des douanes helvétiques et françaises.

Certains des personnages de ce roman font inévitablement penser à des acteurs connus du théâtre politique, du présent ou du passé récent. Un choix que l’auteur assume pleinement : « C’est que la vie, en particulier la vie politique, est parfois plus romanesque et plus rocambolesque que la littérature », écrit-elle en avant-propos. Le chef de l’État au moment des évènements est décrit comme un homme jeune et moderne, qui avait gagné beaucoup d’argent chez un banquier d’affaires, peu enclin à écouter ses interlocuteurs, toujours prompt à s’auto-justifier et à s’exonérer de toute responsabilité quand des problèmes surviennent, sans convictions bien arrêtées si ce n’est un « attrait pour les évolutions sociétales les plus débridées » : toute ressemblance avec l’actuel locataire de l’Élysée serait évidemment fortuite… Faut-il en conclure que l’auteur situe l’action de son roman avant l’expiration du mandat présidentiel en cours ?

Céline Cléber. Douce France, éditions du Toucan, 2025. 426 pages

Douce France

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INSPE/Education nationale: la fabrique des coachs

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Stand de l'Inspé Versailles au salon d'orientation Postbac, à la Grande Halle de la Villette, 10 janvier 2025 © INSPE Versailles

La baisse du niveau des élèves s’explique aussi par celle de leurs enseignants. La faute revient à l’Éducation nationale qui n’exige plus des futurs professeurs la maîtrise des savoirs enseignés. Elle veut des avocats pour les lubies du moment (écologie, égalité, vivre-ensemble) et de gentils accompagnateurs.


« Il ne faut pas que l’instituteur soit dans la commune le représentant du gouvernement ; il convient qu’il y soit le représentant de l’humanité ; ce n’est pas un président du Conseil, si considérable que soit un président du Conseil, ce n’est pas une majorité qu’il faut que l’instituteur dans la commune représente : il est le représentant né de personnages moins transitoires, il est le seul et l’inestimable représentant des poètes et des artistes, des philosophes et des savants, des hommes qui ont fait et qui maintiennent l’humanité. » Charles Péguy, De Jean Coste (1902).

L’échec de l’école française aujourd’hui est patent : un quart des élèves ne lisent pas couramment à l’entrée au collège, 90 % des élèves font 15 fautes ou plus dans une dictée de 67 mots, nos élèves obtiennent des résultats largement inférieurs à la moyenne des pays européens à la dernière étude TIMSS… Cette catastrophe est multifactorielle : l’influence des écrans, le moindre engagement des parents et l’hétérogénéité des classes interfèrent avec l’apprentissage. Mais on ne peut pas ignorer la corrélation entre la baisse du niveau des élèves et celle des enseignants.

Les rapports des jurys des concours des premier et second degrés sont éloquents :

– « un nombre significatif de copies comportent des erreurs orthographiques (a/à) et lexicales : l’ectrice, journals, électorals, réflection » ;
– « les accents sont totalement absents de certaines copies » ;
– « la recherche d’un contre-exemple pour infirmer une assertion mathématique n’est pas automatisée1 » ;
 « la conversion d’unités du type 0,5 h = 30 minutes n’est pas maîtrisée ».

Mais comment faire lorsqu’on manque de candidats et qu’on s’est fixé comme but non d’instruire, mais de lutter contre les inégalités ?

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La massification de l’enseignement liée à la promesse républicaine d’élever le peuple grâce à l’école a rendu les méthodes traditionnelles caduques. On a ainsi condamné les enseignements humanistes classiques puis la littérature « bourgeoise du xixe », source de discriminations, pour les remplacer par la fable pédagogiste qui séduit le faux intellectuel en lui offrant une revanche sur le savant. Elle convient parfaitement à une époque obsédée par la lutte contre les inégalités et les « violences de classe ».

Nébuleuse, accessible à tous, impossible à évaluer scientifiquement, la pédagogie exalte la spontanéité au détriment du contenu. Ses défenseurs se targuent de libérer les élèves des traditions transmissives et de favoriser l’esprit critique de leurs élèves. Pourtant, l’esprit critique, comme toute forme de jugement, ne peut s’exercer que sur un contenu. Or, les Philippe Meirieu, Jean Foucambert, Évelyne Charmeux et autres mentors de la Rue de Grenelle ont méthodiquement déboulonné tout ce qui faisait l’excellence de l’école française. Comme l’écrivait déjà Rachel Boutonnet dans son excellent Journal d’une institutrice clandestine, « les enseignants sont dans la position de tenir un discours savant anti-savoir ; et de tenir un discours qui interdit toute réflexion en prétendant qu’il est libérateur ».

Dans La Crise de l’éducation, Hannah Arendt écrivait : « Au fond, on n’éduque jamais que pour un monde déjà hors de ses gonds ou sur le point d’en sortir, car c’est là le propre de la condition humaine que le monde soit créé par des mortels afin de leur servir de demeure pour un temps limité. C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice ; elle doit protéger cette nouveauté et l’introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux. »

Au contraire, en accord avec les objectifs fixés aux élèves, les formations des futurs enseignants rompent avec la tradition, véhiculant un grand nombre de contre-vérités : les compétences sont plus nécessaires que les connaissances, toute transmission est un endoctrinement, les enseignants ne doivent plus être des figures d’autorité mais des accompagnateurs, des coachs en quelque sorte… On n’exige plus d’eux qu’ils maîtrisent les savoirs enseignés, mais bien qu’ils se fassent les instruments de la justice sociale voulue par l’État. Pour en avoir le cœur net, suivons un jeune professeur des écoles, du concours aux formations continues en passant par la formation initiale.

Le concours : des partis pris idéologiques largement assumés

Dans un article paru sur le site de L’Étudiant en janvier 2022, Arnaud Dubois, coresponsable du parcours de préparation au concours de professeur des écoles à l’université de Rouen, confiait : « Nous n’avons pas choisi les élèves avec les meilleures notes, car ils auront une place ailleurs2. » Vous avez bien lu : pour devenir enseignant, il faut s’efforcer de ne pas obtenir les meilleurs résultats. En tant que privilégiés capables d’embrasser d’autres carrières, les bons candidats occuperaient les places qui devraient naturellement revenir à de moins bons qu’eux…

Certaines épreuves ne visent aucunement à tester le niveau des candidats dans les disciplines qu’ils seront amenés à enseigner, mais bien leur maîtrise du jargon de pseudo-professionnels n’ayant pas vu un élève depuis bien longtemps. Les rapports du jury sont, à cet égard aussi, édifiants. On peut y lire par exemple :

– « ont été valorisées les copies qui évoquaient un prolongement de la séance par une production ou une action citoyenne au sein de l’école » (Nantes 2024) ;

– « pour développer la réflexion attendue dans la troisième partie, il est conseillé de développer sa culture littéraire et citoyenne, en lisant notamment des essais contemporains sur l’écologie, le vivre-ensemble, les problématiques familiales et sociales » (Grenoble 2024).

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Dans une épreuve de géographie (Bordeaux 2023), l’un des documents soumis à la sagacité des candidats se félicitait de la reconquête de l’espace urbain par les femmes. Il est extrait de l’ouvrage d’épistémologie Genre et construction de la géographie édité par la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine en 2013. Les candidats ne sont bien évidemment pas invités à discuter de la pertinence de ce choix…

Les livres de référence pour la préparation au concours contiennent de nombreuses pages consacrées à l’écologie. Les futurs candidats potassent la quantité de déchets produite par les Français, les modes de déplacement dans les écoquartiers et la définition de « corridors verts ». On s’assure ainsi qu’ils verdiront bien tous leurs cours et fassent de l’écologie une vertu cardinale.

Formation initiale : remplacer le savoir par des luttes sociales

Après avoir décroché le concours, notre futur professeur des écoles devra passer quelques mois sur les bancs d’un Inspé, officine universitaire communiquant bien souvent en écriture inclusive. On y trouve les désormais traditionnels séminaires de lutte contre les stéréotypes de genre ou la précarité menstruelle, et les actions contre le réchauffement climatique. Au lieu de permettre aux futurs professeurs de combler leurs lacunes, on les invite à organiser des expositions, anticiper les sorties scolaires et concevoir des « escape games » qu’ils proposeront à leurs classes autour de ces thématiques modernes.

La vacuité des formations proposées est noyée dans un jargon prétentieux. On peut lire par exemple sur le site de l’Inspé Paris : « En cohérence avec les compétences attendues du personnel éducatif et pédagogique, des psychologues de l’éducation nationale à se mobiliser et mobiliser les élèves contre les stéréotypes et les discriminations de tout ordre, à promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, dès 2017, la direction de l’Inspé a nommé une référente Égalité, qui avait pour mission d’œuvrer à développer la culture de l’égalité, au travers des formations (initiale, continue), de manifestations (Journées d’études, table ronde…). » Vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous : il manque même des verbes dans cette phrase !

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Et voici comment l’Inspé de Lille pense se rendre attractif : « Dans le cadre de sa politique d’innovation pédagogique, l’INSPÉ Lille-HdF propose un ensemble cohérent d’environnements capacitants, de tiers lieux à visées éducative et formative qui sont notamment inspirés par le mouvement Maker et les pédagogies par le faire. » On pense aux Femmes savantes et aux Précieuses ridicules, malheureusement pas de Molière à l’horizon.

La formation continue enfonce le clou

Le réseau Canopé est l’organisme d’État chargé de la formation continue des professeurs. Il a dispensé environ 250 000 formations en 2023.

La présentation publiée sur son site annonce la couleur : « Éducation à la transition écologique et sociale, intelligence artificielle, lutte contre le harcèlement, école inclusive, bien-être, valeurs de la République et laïcité, égalité filles-garçons et lutte contre les discriminations, éducation aux médias et à l’information… autant de thématiques abordées par Réseau Canopé dans des parcours de formation et des temps forts pédagogiques en lien avec l’actualité et les enjeux éducatifs contemporains tout au long de l’année. »

Là encore, l’accent est mis sur les lubies du moment – écologie, égalité, vivre-ensemble… – et non sur la connaissance. Un enseignant avide de se perfectionner a le choix entre éteindre son ordinateur et se rabattre sur une formation aux « émotions climatiques » ou « à la grande transition, question méta sociétale hyper vive3 ».

Canopé édite notamment le jeu Égalia, mission Stéréotypos dont voici la présentation : « L’égalité est de mesure sur Égalia tandis que la discrimination et le sexisme sont légion sur Stéréotypos. Le chef de Stéréotypos, Discriminator, a volé la Pierre de l’Égalité qui garantit l’harmonie sur Égalia afin d’y instaurer des lois et mœurs discriminantes ! Les joueurs prennent le rôle des rebelles et sont en mission sur Stéréotypos pour rétablir l’égalité sur Égalia. Ils résolvent de multiples énigmes autour des thèmes en lien avec l’égalité filles/garçons : stéréotypes de genre, histoire des droits des femmes, mixité des métiers, etc4. »

L’immense majorité des candidats, qui sont les professeurs de demain, souffre d’avoir à subir ce lavage de cerveau. Ils sont malheureusement nombreux à se laisser contaminer après quelques mois. Comment retrouver l’exigence et la liberté ?

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Imaginons un instant que l’argent public éhontément gaspillé dans ces instituts soit restitué aux premiers intéressés : les aspirants professeurs, à travers un bon formation. Ils choisiraient leur cursus, les ouvrages qui les intéressent et nous assisterions à l’émergence d’instituts privés et libres, concurrents. Les candidats passeraient ensuite un examen (et non un concours), leur permettant de s’inscrire sur des listes d’aptitude comme en Finlande, en Estonie, en Suisse… On ne leur ferait pas miroiter un poste de fonctionnaire à vie, mais la réalisation d’un rêve : être si bon enseignant que les écoles se disputeraient leur compétence et qu’ils rendraient leurs élèves heureux.

Il faut bien sûr revoir en profondeur les attendus de cet examen en fonction de programmes scolaires rénovés et allégés. Ce n’est qu’en posant très clairement les objectifs à atteindre par les élèves qu’on pourra déterminer les connaissances et compétences que leurs enseignants doivent acquérir. On sait ce qui marche à l’école primaire, il faut revenir à des programmes centrés sur l’essentiel (savoir lire, écrire, compter, connaître l’histoire, la géographie et acquérir les bases du raisonnement scientifique), ne pas en changer tous les deux ans et réinstaurer un examen de fin de CM2 ou de 6e permettant ensuite d’orienter les élèves.

L’enseignement secondaire pourrait ensuite proposer des filières d’excellence, classiques, dont les professeurs seraient recrutés sur leur maîtrise de la discipline enseignée, leur niveau culturel et leur capacité à ne pas faire état de leurs opinions politiques en classe.

Il faut aussi, bien sûr, remettre en place des filières professionnelles dignes de ce nom et former des professionnels à l’enseignement et non l’inverse.

Ce n’est qu’en libérant les professeurs de l’idéologie que nos élèves renoueront avec la réussite.

La Grande Garderie

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  1. On notera au passage que ces rapports eux-mêmes comportent des fautes (« automatisée », au lieu de « automatique »). Ce qui signifie que la baisse du niveau atteint non seulement les professeurs, mais aussi ceux qui les jugent. ↩︎
  2. « Des nouveaux parcours pour devenir professeur ouvrent à la rentrée 2022 », letudiant.fr, 19 janvier 2022. ↩︎
  3. 3 « La transition écologique est-elle une question socialement vive ? », canotech.fr ↩︎
  4. « Egalia : mission Stéréotypos », escape game pédagogique, réseau-canopée.fr ↩︎

Causons ! Le podcast de Causeur

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Sandrine Rousseau après une séance de questions au gouvernement, Paris, 1 avril 2025 © LEO VIGNAL/SIPA

Avec Driss Ghali, Jean-Baptiste Roques et Jeremy Stubbs.


Sandrine Rousseau a présidé une commission parlementaire sur les abus sexuels dans le milieu du cinéma qui vient de présenter ses recommandations. Certes, la commission a proposé certaines mesures plutôt de bon sens pour encadrer le travail des enfants au cinéma, mais il y a aussi des absurdités. Par exemple, il deviendrait quasiment impossible de faire un film avec des acteurs mineurs pour dénoncer l’exploitation sexuelle des enfants. D’ailleurs, l’interrogation de certains témoins par la commission n’a pas été sans rappeler les interrogations de cinéastes aux Etats-Unis à l’époque du maccarthysme. L’approche générale pèche par sa tendance à considérer tous les hommes blancs hétérosexuels comme potentiellement coupables jusqu’à ce qu’ils prouvent leur innocence.

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Nous savons comment Donald Trump est perçu en France et plus généralement en Europe, mais quelle image a-t-on de lui sur d’autres continents ? Driss Ghali nous parle de la perception plutôt positive à certains égards qu’ont de lui les Marocains. En revanche, au Brésil, comme en Europe, il y a deux camps : celui de la bourgeoisie bien-pensante, des socialistes à la Lula et des juges, qui l’exècre ; et celui d’une nouvelle droite libérale, voire libertarienne, (à la différence de la droite bolsonarienne, plutôt étatiste) qui, quoique pro-ukrainienne, voit dans Trump un modèle positif à bien des égards.

Vivons-nous vraiment la fin de la mondialisation?

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Conteneurs maritimes avec la skyline de Manhattan à New York, vus depuis Jersey City, New Jersey, États-Unis. Avril 2025 © Angelina Katsanis/UPI/Shuttersto/SIPA

Souhaitant réindustrialiser son pays et mettre fin à la « Grande évasion », le président américain Donald Trump est accusé de bousculer l’économie mondiale en remettant en cause le libre-échange. Il a finalement décidé cette semaine d’uniformiser à 10% ses taxes douanières pour trois mois, mais il les augmente en revanche pour la Chine. Grande analyse.


X. Thery / IA.

Donald Trump a décidé du haut de l’imperium américain de mettre un terme à la mondialisation, ce phénomène économique débuté sous les auspices américains en 1945 lors de la création du GATT et largement amplifié à partir de 1972 et surtout dans les années 1980 par la financiarisation de l’économie avec Ronald Reagan. Il s’y est essayé tout du moins en érigeant des tarifs douaniers à plus de 20% en moyenne, les ramenant finalement au bout de quelques jours à 10% sauf pour la Chine qui se voit punie d’un taux de 125% pour avoir résisté aux remontrances trumpiennes. Ce mouvement de déconstruction est perçu par le monde entier, et même en interne par les grandes entreprises aux États-Unis, comme un défi lancé à la prospérité des économies nationales, comme si le libre-échange intégral était devenu la norme de pensée moderne. Il part pourtant d’un constat accablant pour les États-Unis et les prédécesseurs de Donald Trump : la première puissance mondiale est aussi le pays qui accuse le déficit commercial des biens de consommation le plus important du monde, plus de 1200 Mds $. Comment cette économie surpuissante a-t-elle pu en arriver là ? L’ambition de réindustrialisation de l’économie américaine est-elle si funeste ? Pour les Etats-Unis, mais aussi pour les économies occidentales, dont la France ? J’avoue qu’à priori je ne sais pas, mais avant d’apporter des réponses toutes faites à ces questions, en détestation de Trump tant le personnage est irritant, je souhaite m’interroger sur la Grande évasion industrielle qui a profondément touché nos économies et les conséquences qu’elle a eues sur notre cohésion sociale et notre prospérité.

La grande évasion aux Etats-Unis d’Amérique

Donald Trump est un voyou, il est brutal, il est grossier, il transgresse 80 années de pratiques diplomatiques policées, il nous impose ses diktats… C’est entendu. Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi sous la domination du monde par les Américains depuis 1945 ? Ils ont imposé le libre-échange et le GATT à tout l’Occident, puis ils ont mis un terme au système de change international de Bretton Woods en 1971, puis ils ont fait baisser le dollar unilatéralement lors des accords du Plaza en 1985… Le tout en échange d’une protection militaire dont on découvre aujourd’hui qu’elle était somme toute assez théorique (de Gaulle l’avait bien compris et signifié aux Américains en quittant l’Otan en 1966). Bref, ils nous ont toujours tout imposé. Poliment, mais durement et sans échappatoire possible. J’ai d’ailleurs toujours pensé que Donald Trump n’était qu’une figure paroxystique de la brutalité américaine. Un Américain « plus plus », un général Mc Arthur en costume cravate.

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Il faut se rappeler que les Etats-Unis ont connu leur décollage industriel à la fin du XIX° siècle en pratiquant un protectionnisme sévère avec un tarif douanier qui s’élevait à près de 40% jusqu’en 1920 où il retomba à 20% avant de remonter à 60% en 1932. Puis, à partir de  1947, les Américains nous ont imposé progressivement un système de libre-échange (les tarifs sont tombés à 12% en 1960, puis à 5% dans les années 80, et enfin à 2,5% en 2020, avant possiblement de se stabiliser à 10% si Trump maintient ses dernières dispositions) qui a dans un premier temps apporté un surcroît de prospérité aux économies occidentales. À commencer par celle des États-Unis. Ils possédaient les technologies majeures dans l’aéronautique (Boeing, Lockheed, Mc Donnell Douglas, Northrop, Général Dynamics, Hugues, Rockwell, Grumann), le spatial (la NASA et ses sous-traitants dans le domaines aéronautique), le nucléaire (Général Electric, Westinghouse), l’informatique (IBM, Sperry, Hewlett-Packard, Dec…), l’industrie de défense – la seule exception est l’automobile où ils ont toujours été nuls (Ford, General Motos et Chrysler ont certes inventé la production industrielle, le «fordisme », mais les performances intrinsèques de leurs voitures étaient très en arrière dans les années 60-70 et le sont toujours), ce qui provoque encore aujourd’hui leur rancœur vis-à-vis des Européens, notamment des Allemands, et des Japonais. Ils avaient aussi inventé les sociétés de conseil, les big four, chargées de diffuser le soft-power américain dans toutes les entreprises européennes (et de les espionner aussi dans le même temps, comme Mc Kinsey qui transmettait tous ses rapports à la CIA…). Nous en avons tiré parti et eux aussi, plus que tous autres.

Le retournement contre l’industrie américaine

Mais progressivement ce libre-échange s’est retourné contre les économies occidentales, à commencer par celle des États-Unis. Plus exactement contre le secteur industriel de leur économie. En 1970, la balance commerciale des biens de consommation des États-Unis  enregistrait un excédent de 2 Mds $. Durant cette année, les exportations américaines se sont élevées à 56 Mds $, tandis que les importations ont atteint 54 m Mds $. Les échanges étaient donc équilibrés. Pourtant en 2024, le déficit commercial des États-Unis a atteint un niveau record, avec un déficit des biens s’élevant à environ 1 200 Mds $.  En incluant les services, le déficit total était de 920 Mds $. Les exportations étaient au niveau de 3 190 Mds $, tandis que les importations ont atteint 4 110 Mds $. Ce déficit impressionnant représentait 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, ce qui explique en grande partie le déficit budgétaire (1800 Mds $, soit 6,2% du PIB) et la dette (125% du PIB) américains qui sont colossaux. 

Mais surtout, en 1970, l’industrie manufacturière représentait 27% du PIB des Etats-Unis contre seulement 12% en 2024. L’économie américaine est largement devenue une économie de services et la production de biens de consommation a été entièrement déléguée à des pays asiatiques dont l’économie a émergé endurant ces cinquante dernières années. La fringale de consommation américaine a été symétrique de ce qu’il faut bien qualifier de Grande évasion industrielle. La walmartisation  de l’économie est à l’œuvre : il s’agit d‘acheter toujours moins cher des produits à la qualité douteuse dans des super stores tels que Walmart au début et chez Amazon aujourd’hui. A mesure que les placards se remplissaient de produits plus ou moins utiles venus du Japon, puis de la Chine et enfin du Vietnam, les campagnes américaines perdaient presque toutes leurs usines et leurs emplois industriels (10 millions perdus de 1980 à nos jours).

Cette délocalisation ne touche pas seulement les produits à faible valeur ajoutée. Ce ne sont pas seulement les cigarettes électroniques ou les tee-shirts que les Asiatiques fabriquent désormais. Ce sont les ordinateurs et les smartphones (en Chine ou au Vietnam), les puces (TSMC à Taïwan) et même désormais les plateformes digitales (Deepseek qui concurrence ChatGPT). Je me souviens avoir acheté un MacIntsosh SE en 1987 pour la somme de 25 000 Francs (4000 €) environ. Cela représenterait sans doute 8000 € en 2025 en tenant compte de l’inflation. Aujourd’hui, un ordinateur comparable (mais beaucoup plus puissant) coûte environ 1000 €… Un prix de vente divisé par huit et un prix de revient certainement encore plus restreint. A l’époque, il faut se souvenir que Steve Jobs, avant qu’il ne soit écarté de l’entreprise qu’il avait fondée, était très fier de faire visiter son usine de Californie où les Macs étaient fabriqués par des robots. Mais même entièrement robotisée, une usine californienne ne pouvait résister à la logique de financiarisation de l’économie. Là où il était raisonnable auparavant d’attendre 10% de résultat d’exploitation d’une entreprise industrielle, c’est désormais les 20% qui font référence. Et les usines sont parties en Chine. C’est IBM qui a ouvert le bal tragique. La vénérable compagnie qui était devenue leader mondial des ordinateurs personnels décida finalement d’externaliser leur fabrication chez un façonnier chinois, Lenovo. Plusieurs années plus tard, ils se rendirent compte que ne maîtrisant pas le process industriel, ils perdaient la main sur la conception même du produit. Et ils finirent par vendre leur activité d’ordinateurs personnels, qui s’appellent désormais Lenovo et qui sont chinois. Apple a su, par une politique de haute valeur ajoutée, conserver la conception de ses produits, mais 90% des pièces composant un IPhone sont étrangères et assemblées en Chine. Sous l’effet des 104% de droits de douane imposés à la Chine, la gestion de la fabrication des IPhones vendus aux États-Unis par Apple est devenue un véritable casse-tête. On parle même d’une augmentation de 50 à 100% du prix de vente, selon les modalités de calcul des droits des composants qui entrent et qui sortent.

Un homme exhibe fièrement son nouvel iPhone 6 à la sortie du magasin Apple à Paris, octobre 2015. SIPA. AP21798835_000002

Les entreprises américaines sont impitoyables. Elles n’ont pour seul intérêt que celui de leurs actionnaires. Henri Ford, qui fut le premier à appliquer la doctrine tayloriste à l’industrie automobile avait ainsi lancé la fabrication de ses voitures en recourant intensivement à une main d’œuvre immigrée. Il mesura bien vite que c’était une impasse et pour vendre ses nouvelles Ford T, il comprit qu’il fallait « relocaliser » la main d’œuvre. Il décida en 1914 de multiplier le salaire horaire par deux pour que les ouvriers américains reviennent dans ses usines et qu’ils puissent grâce à leur salaire confortable devenir des acheteurs de Ford T.  Ce système de protection des employés de l’industrie a perduré jusqu’au tournant des années 80. La financiarisation de l’économie a amené à remplacer des ouvriers qualifiés américains payés 30 $ de l’heure par des ouvriers immigrés payés trois fois moins ou par des ouvriers délocalisés au Mexique payés moins de 5 $ de l’heure. La rust belt est née là. Elle a ravagé tout le centre-est des États-Unis qui avait fait tout la prospérité de l’économie américaine. J.D. Vance, le vide-président de Donald Trump est né là et il a souffert de la misère imposée aux blue-collars blancs américains. Son Hillbilly elegy retrace le drame de la désindustrialisation appalachienne. Son influence est certainement déterminante sur la tentative de réindustrialisation entreprise par Donald Trump et qu’il comptera sans doute poursuivre s’il est élu président à sa suite dans trois ans.

La réindustrialisation américaine est-elle possible ?

C’est avant tout un choix politique. Il s’agit pour Donald Trump de conforter ses électeurs et ceux de Vance qui vivent depuis 40 ans dans le ressentiment vis-à-vis de l’économie mondialisée. L‘économie chinoise est en passe de doubler celle des États-Unis, elle l’a déjà doublée en ce qui concerne l’industrie. La Chine est devenue l’usine du monde. Elle construit ainsi deux nouvelles centrales électriques à charbon par semaine, Presque un réacteur nucléaire par mois, 10 usines de semi-conducteurs par an… Et 700 000 containers quittent chaque jour la Chine pour délivrer les biens de consommation achetés par les Américains et les Européens. Donald Trump a compris que cette situation n’était plus supportable car elle s’accompagne d’un développement corollaire de la puissance militaire chinoise : chaque année la Marine chinoise met à la mer environ 50 nouveaux navires de tonnage important (frégates, sous-marins, destroyers, et même porte-avions…). Les États-Unis ont dominé militairement le monde en échange du libre-échange qui les a conduits à se désindustrialiser. Les Chinois sont en train de construire leur puissance militaire en profitant de la désindustrialisation américaine. La Grande évasion est un jeu de pompe aspirante sur fond de domination militaire.

On ne sait pas où s’arrêtera l’Hubris de Trump en la matière. Il est subitement revenu en arrière en stabilisant les droits de douane à 10% pour la plupart des pays du monde (provisoirement pour 90 jours, mais cela risque de perdurer car la pression des oligarques américains et très forte pour l’y contraindre), mais il a entamé un bras de fer incroyable avec la Chine. Le taux imposé à celle-ci s’élève aujourd’hui (demain on ne sait pas) à 125%, ce qui revient à tuer toutes les importations chinoises aux Etats-Unis et à imposer aux entreprises américaines qui sous-traitent la fabrication de biens technologiques en Asie des contraintes dantesques. Car le modèle de la division internationale du travail s’est imposé comme principe d’efficacité. L’optimisation des coûts a été le corollaire nécessaire de la transformation des ouvriers européens et américains en consommateurs ou en chômeurs pour certains. Il sera très compliqué, voire impossible pour certains produits, de détricoter ce modèle. Les exemples donnés ces jours-ci sur l’intrication des composants de provenances très nombreuses sont très parlants. Un IPhone est la somme des dizaines de composants produits en Asie, même s’ils sont conçus aux États-Unis, un Boeing le gigantesque puzzle de milliers de composants venant du monde entier (et notamment d’Europe). Un vrai casse-tête pour ces géants industriels qui essaient même de comprendre l’impact des nouveaux tarifs sur leurs coûts de fabrication, car les pièces peuvent être taxées jusqu’à quatre fois en passant et repassant les frontières.

Un défi qui dépasse le clivage droite-gauche

La gauche, européenne en particulier, est totalement libre-échangiste au plan de la circulation des capitaux et des personnes. C’est elle qui fut un des plus ardents défenseurs des accords du GATT à la fin des années 90. Le libre-échangisme a été proposé par les Américains et  mis en œuvre par les sociaux-démocrates européens sous l’impulsion des socialistes français (notamment deloriens) qui comptent (qui comptaient jusqu’à l’élection de Trump) parmi les plus atlantistes des partis. Ce n’était pas à proprement parler un dévoiement idéologique, mais un prolongement de leur ADN internationaliste. Pour les mêmes raisons, ils sont devenus immigrationnistes, et même remplacistes, pour accompagner le grand mouvement de baisse des salaires dans l’industrie. Ce logiciel est en train d’évoluer au nom de l’écologie. La relocalisation de l’industrie leur semble aujourd’hui nécessaire pour des raisons environnementales, mais proposée par Donald Trump sous sa forme la plus brutale, elle leur apparaît comme insupportable en raison de son auteur et il est savoureux d’entendre des écologistes discourir à contre-emploi sur les bienfaits du libre-échange. Ils sont plus que jamais intellectuellement déroutés.

La droite, américaine et européenne, est devenue aussi totalement libre-échangiste après sa grande mutation au reaganisme et au thatchérisme au tournant des années 80. Elle ne l’a pas toujours été au cours du XXe siècle. Loin de là. Mais la financiarisation de l’économie qui a accompagné le libre-échangisme, si elle a ruiné les classes moyennes occidentales au profit des classes moyennes orientales, a parallèlement organisé des transferts gigantesques de richesse au profit des classes supérieures de la société. Les riches sont devenus de plus en plus riches et transnationaux. Ce sont eux qui sont aux leviers de commande de l’économie et ils n’ont aucune envie de freiner la désindustrialisation de leur pays qui leur a tant profité. De la même manière s’ils sont très embêtés par l’immigration qui remet en cause le cadre culturel de la société qui les a vus naître, ils sont dans les faits totalement immigrationnistes car les taux de 20% de résultat d’exploitation désormais attendus de l’industrie reposent entièrement sur le maintien d’une pression salariale impitoyable. Ils sont plus que jamais intellectuellement écartelés.

Et en France ?

L’Amérique trumpienne nous traite désormais en ennemi négligeable. Elle nous traitait auparavant en valet, mais elle y mettait les formes. Elle ne les y met désormais plus. Elle nous espionne, elle nous menace de représailles économiques, elle veut rompre notre alliance militaire, elle remet en cause notre État de droit et nos valeurs démocratiques. C’est brutal, mais ça a le mérite d’être clair et ça nous incite à ouvrir les yeux. Nos voisins allemands, en particulier, commencent à trouver la pilule de leur atlantisme indéfectible un peu amère. Il n’est pas jusqu’au Financial Times de titrer « de Gaulle avait raison ».

Mandatory Credit: Photo by Ludovic MARIN/UPI/Shutterstock (15166744f) US President Donald Trump and French President Emmanuel Macron shake hands in the Oval Office of the White House in Washington, DC, on Monday, February 24, 2025. French President Emmanuel MacronMeets with President Trump, Washington, District of Columbia, United States – 24 Feb 2025/shutterstock_editorial_French_President_Emmanuel_Macr_15166744f//2502242235

La droite « turbo » est en France très trumpienne. Elle fut dans le passé très protectionniste, mais pas vraiment patriotique. Elle fut pro-anglaise, pro-autrichienne, pro-russe, pro-anglaise à nouveau, pro-prussienne, lamentablement pro-allemande, elle finit très pro-américaine. Elle adore Trump parce qu’il a une grande gueule, qu’il l’ouvre à tort et à travers, alors qu’en France nous n’avons plus aucun leader pour exprimer quoi que ce soit. Elle est donc prête à avaler toutes ses couleuvres. Y compris des droits de douane à 25%… Ils sont retombés à 10%, elle respire un peu mieux. Mais est-elle devenue protectionniste pour autant ? Est-elle prête à appliquer une politique trumpienne en France ? La droite souverainiste (tendance Bellamy) y voit sans doute une opportunité, mais la droite bourgeoise n’y est sans doute pas prête, car après avoir renoncé à tout patriotisme économique, elle se rend compte qu’il n’y a plus rien à protéger. Tout a été bradé, éparpillé « façon puzzle », dissous dans la mondialisation

Souvenons-nous des campagnes françaises il y a encore 30 ans. Chaque bourg, chaque chef-lieu de canton avait qui sa tréfilerie, qui sa fabrique de meubles, qui son atelier de chaussettes, qui son haut-fourneau, qui son industrie mécanique, qui son usine pharmaceutique… Ce tissu dense de petites entreprises industrielles (certes trop petites et sous-capitalisées par rapport à l’Allemagne) procurait des emplois qualifiés à tous les Français. Que voit-on à leur place désormais ? Des magasins Ikea, des Leroy-Merlin, des Degriffstock, des entrepôts Action… Où l’on trouve tous les produits que nous ne fabriquons plus mais que nous consommons avidement.

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En 2023, le déficit commercial français s’élevait à 99 Mds €. Il est important de noter que la balance commerciale des services, notamment grâce au tourisme, a souvent été excédentaire, contribuant à compenser partiellement le déficit des biens. Toutefois, malgré ces excédents dans les services, la balance commerciale globale de la France reste déficitaire depuis le début des années 2000. Et pour cause, presque symétriquement à celle des États-Unis, mais en aggravant encore ses effets, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB est passée de 22% en 1970 à 9,5% en 2024. En 1970 la France avait un solde commercial très légèrement excédentaire, presque à l’équilibre, comme aux États-Unis. Et depuis 1980, ce sont 2,5 millions d’emplois industriels qui ont été sacrifiés.

L’Allemagne et l’Italie ont perdu presque autant, en part relative, d’emplois industriels, mais ils en avaient plus au départ (37% du PIB en Allemagne et 30% en Italie, en 1970 – 20% et 15% aujourd’hui). Ils ont donc conservé leur avance industrielle ce qui leur permet, sans doute provisoirement, d’avoir un solde commercial positif (220 Mds € pour l’Allemagne, 55 Mds pour l’Italie en 2024). Mais il faut noter que comme pour la France et les Etats-Unis, ce solde commercial était en 1970 presque à l’équilibre. La mondialisation est passée par là et puisqu’il y a des excédents chez certains, il y a nécessairement des déficits chez les autres. Le décalage salarial et la faiblesse de la lire pour l’Italie, la trop forte valeur du Franc (l’effet Trichet-Beregovoy) sont passés par là au moment où se mettait en place l’Euro et que se figeaient les parités de change empêchant tout réajustement monétaire. Il faut à ce titre noter qu’en France, sur les 2,5 millions d’emplois industriels perdus depuis 1980, 2 millions l’ont été depuis 2002, date d’entrée en vigueur de l’Euro. Le Traité de Maastricht, l’Union Européenne ont été et restent farouchement libre-échangistes à l’intérieur, comme à l’extérieur… La France y a presque tout perdu.

Nous avons vu que nos campagnes furent couvertes de cheminées témoignant de notre passé « petit-industriel ». Mais comment oublier les grands centres industriels ou s’étalaient les fleurons de l’industrie mondiale ? Que sont devenus Alcatel (leader mondial des télécoms) – Alstom (leader mondial de l’électro-mécanique) – Essilor (leader mondial de l’optique) – Péchiney (leader mondial de l’aluminium) – Usinor-Sacilor (leader européen de l’acier) – Lafarge (leader mondial du ciment) – Sanofi (leader européen de la pharmacie)… Ils ont pour certains purement disparus, ou été absorbés (comme Peugeot-Citroën) dans des consortiums qui n’ont plus rien de français, leurs usines ont disparu avec eux selon le mot d’ordre lancé par Serge Tchuruk (patron de Total puis d’Alcatel) en 1995 « Il faut envisager que notre industrie se débarrasse de ses usines ». Elle s’est effectivement débarrassée de ses usines, puis la France s’est débarrassé de son industrie, puis la nomenklatura française s’est débarrassée de Serge Tchuruk (ce qui n’était pas le plus grave…). Car la turbo-droite qui n’aime rien tant que l’argent était prête à sacrifier un des siens en même temps que des usines qui sentaient la sueur et la graisse.

Ce ne sont pas seulement des usines qui ont disparu, mais les savoir-faire. On a vu ce qu’il en a été pour IBM avec Lenovo. Ces savoir-faire ne sont pas ou très difficilement relocalisables. Ils ont été dissous dans la mondialisation. Même les entreprises comme Framatome qui sont restées en France et qui ont cessé pendant 20 ans de produire des réacteurs nucléaires ont perdu l’essentiel de leur savoir-faire (d’où les difficultés énormes pour construire les EPR), alors on imagine très bien que celles qui n’ont plus rien conservé, comme Sanofi qui a quasiment tout sous-traité à l’Inde, sont aujourd’hui face à des difficultés quasi insurmontables pour relocaliser.

L’ambition de réindustrialisation trumpienne, sa volonté de lutter contre la Grande évasion manufacturière, est sans doute louable d’un point de vue américain. Et malgré la méthode brouillonne et aléatoire déployée par le président américain, il est possible qu’elle aboutisse à certains résultats économiques. Et il est encore plus probable qu’elle conforte son électorat qui est majoritaire. En France, au point où nous en sommes rendus, il ne reste pratiquement plus rien à protéger et une politique protectionniste qui ne reposerait que sur des barrières douanières n’aboutirait à aucun résultat concret hormis une inflation importante de nos biens de consommations. Il aurait fallu le faire il y a 30 ans, mais nous avons fait le contraire avec le marché unique et le traité de Maastricht.

Maudite soit la guerre !

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JPB

Nous pensions notre chroniqueur perdu quelque part dans les solitudes dépeuplées de la Creuse. Et voici que nous arrive, inspiré justement par un monument aux morts creusois, un texte absolument pacifiste, alors même que notre président — sur lui toutes les bénédictions du Prophète — prépare depuis trois mois un affrontement contre l’ours russe, et propose d’offrir l’arme nucléaire à l’Allemagne, fervent supporter de l’Ukraine comme elle a jadis été celle de la Croatie et de la Bosnie contre nos amis serbes. Mais quelle mouche l’a piqué ?


Je suis parti me mettre au vert, loin des villes tentaculaires. La Creuse, que je connaissais mal, m’a paru propre à ce dessein. Pensez, 3 habitants au km2 ! Des lacs, des forêts, des tourbières, et par chance, un grand soleil…

Je me suis donc installé dans le village de Royère-de-Vassivière, 572 habitants. Puis par curiosité touristique et passion photographique, j’ai un peu tourné autour…

À quelques kilomètres s’élève le village de Gentioux — 371 habitants, et un monument aux morts très célèbre. Et rare : les monuments qui crachent sur la guerre sont au nombre de trois, selon la spécialiste Annette Becker : Gentioux, Equeurdreville, Saint-Martin-d’Estréaux. Tous trois ont le même slogan : Maudite soit la guerre !

Celui de Gentioux, avec cet enfant tendant le poing vers la stèle supposée glorieuse, est le plus spectaculaire. Mais celui d’Equerdeville, avec l’inscription « Si vis pacem, para pacem », n’est pas mal non plus. Si tu veux la paix, par exemple, n’impose pas des sanctions idiotes à la Russie, demain à la Chine, tout en te faisant tondre par l’Oncle Sam. On ne fait la paix qu’en parlant aux ennemis.

En ce moment, à l’Elysée comme à Bruxelles ou Berlin, on en est revenu à la vieille maxime de Végèce (écrivain romain des IVe-Ve siècles, il écrivait au cœur des invasions barbares), « si vis pacem para bellum ». On ne parle pas à Poutine (pas même à Trump, d’ailleurs), on blablate entre soi.

(Je laisse le lecteur apprécier l’ironie des manufacturiers qui ont baptisé « Parabellum » la cartouche 9 x 19mm, et appelé « Peacemaker » (le Pacificateur) le colt Single Action Army (1872), celui des westerns de notre enfance, hymnes à la paix et à l’amour du prochain comme chacun sait.

Pour que la machine de guerre soit performante et bien tueuse, il faut que les industriels se mobilisent, et que des politiques leur fournissent les subsides nécessaires à faire repartir les usines, laissées en friche depuis quelques décennies, selon la vision très intelligente des eurocrates qui nous gouvernent. Et ces subsides, mes amis, c’est dans nos poches qu’ils iront les chercher. Le Covid n’ayant pas effrayé grand-monde, essayons Poutine.

La conjonction de ces réflexions optimistes et des monuments aux morts creusois (le département est de ceux qui ont payé le tribut le plus lourd en 14-18, avec 20% des mobilisés perdus dans les tranchées et le no man’s land) m’a rappelé le discours d’adieu prononcé le 17 janvier 1961 par le président sortant, Eisenhower :

« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

C’est le cœur du problème. De façon significative, c’est le générique de départ du film d’Oliver Stone, JFK, sorti trente ans plus tard. La collusion des généraux amateurs de médailles, de planqués à l’arrière, d’industriels à qui la paix ne rapporte plus assez, et qui essaient la guerre, et de petits génies qui se disent qu’un conflit même limité suspendrait la tenue d’élections en 2027.

Des technocrates, bien planqués dans leurs bunkers et dans leurs pantoufles, des hommes (et quelques femmes) qui ne feront jamais la guerre, propagent des rumeurs de IIIème conflit mondial. Ils insinuent qu’il serait bon de consacrer une part significative du budget au réarmement — quitte à piocher dans le bas de laine des Français.

Pas dans les super-bénéfices des banques. Pas dans celui des grandes compagnies. Pas dans les poches des boursiers. Non : dans les chaussettes trouées de ceux qui, il y a cinq ans, ont enfilé des gilets jaunes parce qu’ils avaient le pain quotidien de plus en plus hebdomadaire. Il faut domestiquer le peuple, quitte à le sacrifier. Faisons-lui peur une nouvelle fois. L’ours russe après le virus chinois.

D’autant plus de raisons de saluer les pacifistes qui ont édifié ces monuments de rage et de raison. Le maire de Gentioux, Jules Coutaux, était un jaurésien de la première heure, mobilisé lui-même, gazé et survivant : enfin un politique qui savait de quoi il causait ! Le monument a été longtemps exclu des cérémonies militaires : il a fallu attendre 1985 pour qu’un préfet qui passait là pour inaugurer la gendarmerie vienne saluer les morts.

À Royère-de-Vassivière, un nom manquait sur le monument (qui porte l’inscription fort rare mais pleine de sens, « morts pour la civilisation »), celui de Félix Baudy, fusillé pour l’exemple en 1914 et réhabilité en 1934. Une plaque célèbre sa mémoire dans le cimetière proche — et elle propose que « maudite soit la guerre ».

À Gentioux, quand j’y suis passé, le drapeau du Hamas était accroché à une fenêtre, presque en face du monument aux morts, qui avait été tagué des prénoms des « petits anges » tués par la police française, puis recouvert du même drapeau d’assassins.  La référence à la « civilisation » que défendirent les Poilus prend alors tout son sens — et toute son actualité. En 1914, on appelait les Prussiens les « Huns ». En 2025, je vous laisse le soin de nommer les barbares qui veulent anéantir nos cités.

Madame Bachelot et le cul de Donald Trump

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BFMTV, 9 avril 2025. Capture.

Roselyne Bachelot choque sur BFMTV en lançant une remarque crue au sujet de la réunion à venir entre Donald Trump et Giorgia Meloni à la Maison Blanche, le 17 avril. Elle propose ironiquement aux journalistes de demander à Mme Meloni « quel goût a le cul de Trump », provoquant un malaise en plateau. Ses propos ont rapidement suscité de vives réactions, dénonçant une vulgarité chez l’ancienne ministre progressiste qui dépasse celle du populiste Trump…


Il est de rigueur – hélas – que l’hommage de la médiocrité au réel mérite en arrive tôt ou tard à se vautrer dans la fange de la vulgarité.

Madame Bachelot vient d’en donner une clinquante illustration  sur le plateau de BFMTV. Presque aussi clinquante que ses affriolantes tenues rose-bonbon qu’un psychanalyste de comptoir mettrait probablement sur le compte d’une espèce d’angoisse – existentielle, bien sûr – de passer inaperçue.

Il y a donc le plumage, mais aussi le ramage.

À propos de la rencontre prochaine entre Giorgia Meloni et Donald Trump, Madame Bachelot a donc eu à la télévision ce mot d’une subtilité sans égale : « Moi, je demanderai à Giorgia Meloni quel goût à la cul de Donald Trump. » Buzz assuré ! Mais le but n’est-il pas celui-là ? Exister, exister encore, par tous les moyens. Y compris les plus bas, les plus méprisables. Pathétique !

On s’épargnera ici la facilité qu’il y aurait à livrer le nombre de fondements dont l’intéressée se serait empressée de tester le goût juste pour s’imposer encore une fois, une fois de plus, une fois de trop, tant comme ministre – de piètre envergure – dans des gouvernements divers et variés que comme bateleuse de plateaux de télévision où, son plus grand talent – le seul en fait – est de ricaner elle-même de ses propres balivernes. Les occasions ne manquent pas, faut-il dire.

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Pour ma part, j’ai le souvenir de Madame Bachelot, improbable ministre de la Culture au temps du Covid. Elle vint sur le plateau de France 2 chez son ami Laurent Ruquier, également son comparse des Grosses Têtes – là, est en fait la vraie place de la dame – pour, du haut de sa science de pharmacienne d’officine nous expliquer que la décision avait été prise de fermer les librairies car le virus du Covid restait actif sept heures durant sur les couvertures des livres… Pour ma part, j’attendais que, toujours du haut de son grand savoir, elle nous explique comme il se faisait que ledit virus boudât les couvertures de magazines et de journaux, ou en tout cas, n’y demeurât pas actif plusieurs heures, puisque les débits de presse, eux, restaient ouverts.

Hélas, nous n’eûmes pas droit à ce complément d’analyse. Cela est dommage, car sans aucun doute, une démonstration d’un tel niveau de science aurait fait de la ministre une nobélisable potable.

Évidemment, proférer de telles énormités, oser faire montre sans rougir d’un si piètre niveau de réflexion devant des centaines de milliers de spectateurs n’est pas anodin. Tout cela n’est au fond que l’expression du mépris dans lequel ces gens nous tiennent, nous autres, citoyens ordinaires, qu’ils considèrent sans doute tout disposés à avaler, béats d’admiration, ces inepties. Et à nous pâmer d’aise devant de telles vulgarités.

En réalité, Madame Bachelot, comme ses semblables, ne nous donne guère que la jubilatoire envie de lui montrer ce qui semble avoir tellement d’importance dans ce qui lui sert de pensée.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Guerre ou génocide ?

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Un Palestinien dans les ruines à Gaza après des frappes israéliennes, 9 avril 2025 © Omar Ashtawy apaimages/SIPA

Ce vendredi, une nouvelle frappe israélienne a entrainé la mort de 10 civils à Gaza, nourrisant les accusations envers l’Etat hébreu de perpétrer un « génocide » en Palestine. Cette stratégie de propagande, relayée aussi en France par l’extrême gauche, repose sur une relecture idéologique du conflit où la haine d’Israël se substitue à l’analyse des faits et où ce sont les terroristes qui s’érigent en victimes.


Au moment où la guerre contre le Hamas reprend après l’échec des négociations sur le sort des otages, les accusations de génocide des Palestiniens refont surface avec une vigueur toxique. Il est essentiel de rappeler la nature du mensonge islamiste, une stratégie de propagande bien rodée qui s’appuie sur la victimisation et la manipulation émotionnelle pour masquer la réalité des conflits au Moyen-Orient.

Une propagande pernicieuse

Depuis des décennies, les mouvements islamistes, dont le Hamas est l’un des représentants les plus emblématiques, ont développé un narratif puissant reposant sur l’inversion des rôles entre agresseurs et victimes. Cette propagande vise à faire passer Israël pour un État oppresseur et criminel, alors même qu’il fait face à des attaques répétées et qu’il a toujours cherché des solutions diplomatiques au conflit.
L’accusation de « génocide » portée contre Israël est l’un des éléments les plus pernicieux de cette manipulation. Un génocide suppose une volonté d’extermination systématique d’un peuple, ce qui est en totale contradiction avec la réalité : Israël mène une guerre contre une organisation terroriste qui prend sa propre population en otage, utilise les civils comme boucliers humains et se cache derrière des infrastructures médicales et éducatives. Pourtant, cette propagande trouve un écho grandissant en Occident, notamment grâce à des relais médiatiques et politiques qui reprennent sans recul les éléments de langage islamistes.

Le Hamas et d’autres groupes islamistes exploitent aussi les réseaux sociaux pour diffuser des images tronquées, sorties de leur contexte, voire totalement fabriquées. La viralité de ces contenus contribue à radicaliser une partie de la jeunesse occidentale, qui, mal informée, adopte une posture militante sans véritable compréhension du conflit.

Un facteur clé dans cette diffusion des idées islamistes est le biais idéologique qui gangrène les universités occidentales. Depuis plusieurs décennies, de nombreux établissements, notamment dans les sciences sociales, sont devenus des bastions d’un marxisme culturel revu à la lumière des luttes décoloniales et identitaires. L’enseignement y est souvent dominé par une grille de lecture où l’Occident est systématiquement perçu comme l’oppresseur, et toute lutte contre lui comme légitime.

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Dans ce contexte, l’antisionisme a été instrumentalisé comme un prolongement des luttes anti-impérialistes. Israël est présenté non plus comme un État issu de l’histoire tragique du peuple juif, mais comme un bastion du colonialisme occidental au Moyen-Orient. Cette vision simpliste, qui ignore totalement les dimensions historiques, géopolitiques et culturelles du conflit israélo-palestinien, séduit une jeunesse en quête de causes à défendre, souvent plus réactive aux slogans chocs qu’à une analyse rigoureuse des faits.

Une idéologie qui trouve de nombreux relais en Occident

Les associations étudiantes, souvent infiltrées par des militants radicaux, jouent un rôle clé dans cette dérive. Elles promeuvent une idéologie manichéenne où toute critique du Hamas ou des régimes islamistes est immédiatement assimilée à de l’islamophobie ou du racisme. Ce climat intellectuel empêche un véritable débat et favorise une pensée unique où le « camp du bien » est déjà désigné : celui des Palestiniens, assimilés à des victimes éternelles.

Cette manipulation idéologique a des conséquences concrètes. Elle radicalise une partie de la jeunesse, qui se mobilise pour des causes qu’elle ne comprend qu’à travers des prismes déformés. Elle pousse aussi à la banalisation du terrorisme, comme on a pu le voir avec certaines manifestations où des étudiants occidentaux en viennent à justifier les massacres du 7-Octobre ou à minimiser la dangerosité du Hamas.

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Enfin, cette polarisation intellectuelle affaiblit la capacité de l’Occident à analyser lucidement les enjeux géopolitiques et à défendre ses propres valeurs face à des idéologies hostiles. En cédant à la rhétorique islamiste, certains acteurs politiques et intellectuels occidentaux participent à l’effondrement du discernement et de la pensée critique, rendant ainsi la lutte contre l’extrémisme encore plus difficile.

Le mensonge totalitaire : du national-socialisme au totalitarisme… islamiste

Le totalitarisme islamiste s’inscrit dans la continuité historique du totalitarisme national-socialiste. Ce lien ne relève ni du hasard ni d’une simple coïncidence idéologique. Il est le fruit d’une convergence doctrinale et d’une collaboration historique avérée, incarnée notamment par le rôle du Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, oncle de Yasser Arafat. Ce dernier, allié stratégique du régime nazi, a non seulement soutenu la politique génocidaire de l’Allemagne hitlérienne, mais a également contribué activement à la mise en œuvre de la « solution finale » en recrutant des volontaires musulmans pour la Waffen-SS. Ce partenariat criminel illustre une connexion idéologique profonde entre ces deux mouvements totalitaires, fédérés par un antisémitisme virulent et structurant.

L’antisémitisme comme matrice

Contrairement à une idée largement répandue, l’antisémitisme islamiste ne découle pas de la création de l’État d’Israël en 1948. Il précède largement l’avènement du sionisme politique et s’inscrit dans une tradition théologique et géopolitique où la souveraineté juive est perçue comme une anomalie historique à éradiquer. La doctrine islamiste considère le Dar al-Islam (territoire sous domination musulmane) comme un espace sacralisé où aucune entité non musulmane ne saurait légitimement exercer une souveraineté. Cette perspective absolutiste alimente un rejet viscéral du sionisme, non pas en tant que projet politique, mais en tant qu’expression de la persistance juive dans l’histoire, vécue comme une offense insupportable à l’ordre islamique.

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Dès les premiers jours de l’État d’Israël, ce rejet s’est manifesté par une stratégie asymétrique combinant terrorisme, guerre psychologique et propagande victimaire. Le totalitarisme islamiste a ainsi réussi à imposer un récit inversé où l’agresseur devient la victime et la victime, l’agresseur. Cette manipulation a trouvé un écho favorable auprès de certaines élites occidentales, toujours enclines à épouser la cause du « faible » contre le « fort », sans examiner la nature réelle des forces en présence.

Une stratégie de dissimulation et de déstabilisation

Le totalitarisme islamiste a perfectionné l’art du double discours : d’un côté, il promeut une vision pacifique et modérée de l’islam destinée aux opinions publiques occidentales, et de l’autre, il cultive un discours de haine apocalyptique dans ses cercles internes. Cette schizophrénie propagandiste lui permet d’exploiter la naïveté des démocraties libérales, engluées dans une lecture relativiste du monde et paralysées par la peur d’être taxées d’islamophobie.

Cette méthode s’inspire directement des techniques de propagande mises en place par le régime nazi. À l’instar du Völkischer Beobachter, organe de presse officiel du IIIe Reich qui accusait les juifs d’être un peuple génocidaire (Völkermörder), les islamistes – qu’ils soient sunnites ou chiites – alimentent une rhétorique conspirationniste où Israël est décrit comme une entité démoniaque, orchestrant les malheurs du monde. Ce récit, relayé par des médias inféodés et des réseaux sociaux complaisants, vise à préparer les esprits à la légitimation d’une violence systématique contre l’État juif et, par extension, contre les démocraties occidentales.

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Le totalitarisme islamiste applique une méthode éprouvée :

  • Semer la terreur à travers des attentats ciblés.
  • Offrir une paix illusoire en échange de concessions territoriales ou politiques.
  • Exploiter ces concessions pour renforcer son emprise et préparer de nouvelles agressions.
  • En parallèle, il diffuse l’idée selon laquelle l’islam, « religion d’amour et de paix », serait la cible d’un impérialisme impitoyable orchestré par les États-Unis et Israël. Cette inversion accusatoire permet de masquer la réalité de son projet hégémonique et de s’assurer le soutien d’une partie de la gauche radicale occidentale, séduite par la rhétorique victimaire et anticolonialiste.

Le rôle des relais occidentaux dans la propagation du mensonge totalitaire

Ce qui distingue le totalitarisme islamiste de ses prédécesseurs, c’est son extraordinaire capacité à instrumentaliser les contradictions internes des sociétés démocratiques. Son discours trouve des relais efficaces parmi certaines élites européennes et américaines, séduites par un mélange de tiers-mondisme culpabilisant, de fascination pour le radicalisme révolutionnaire et d’un antisémitisme latent masqué sous les oripeaux de l’antisionisme.

Un manifestant hurle sa colère à Downing Street, à Londres, 28 mai 2024 © Mike Ruane/Story Picture Agency//SIPA

L’un des paradoxes les plus frappants est la coexistence, dans les sociétés occidentales, d’une judéophilie commémorative – qui pleure les juifs morts des génocides passés – et d’une indifférence glaciale, voire d’une hostilité rampante, envers les juifs vivants. Ce phénomène se traduit par une complaisance grandissante envers les discours qui, sous couvert de critique d’Israël, légitiment implicitement des formes modernes de persécution antijuive.

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Cependant, un clivage grandissant se dessine entre les élites et les classes populaires. Alors que les premières, souvent formatées par un discours académique imprégné de relativisme culturel, se montrent sensibles à la propagande islamiste, les secondes, confrontées directement aux conséquences de l’immigration massive et du terrorisme, développent une méfiance instinctive. Cette fracture sociale et cognitive joue un rôle décisif dans la perception du danger islamiste : plus éloignées des réalités du terrain, les élites persistent dans une attitude de déni, tandis que les populations confrontées aux effets concrets de l’islamisme réclament des réponses fermes.

L’improbable retour de Kamala Harris

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L'ancienne vice-présidente Kamala Harris accepte le prix du président lors de la 56e cérémonie des NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), Pasadena, USA © Richard Shotwell/AP/SIPA

Malgré son échec à l’élection présidentielle, l’ancienne vice-présidente de Joe Biden espère continuer la politique. Elle ambitionnerait de devenir gouverneur de Californie, État où la popularité des démocrates est pourtant en train de partir en fumée…


« I’m not going anywhere ». L’ancienne vice-présidente des États-Unis a signé un retour politique que personne n’attendait le jeudi 3 avril dernier à Dana Point, Californie, à l’occasion du Leading Women Defined Summit, un évènement soutenant le leadership des femmes de couleur. Son projet reste flou, mais l’essentiel n’est pas là. Cette déclaration a suffi à faire le bonheur des Républicains, de la presse ayant un peu le sens de l’humour, des amateurs de curiosités politiques… Bref, d’un peu tout le monde. De tout le monde, à l’exception peut-être des Californiens. La candidate malheureuse de l’élection présidentielle de 2024 envisagerait en effet de briguer le poste de gouverneur de l’État de Californie l’année prochaine. Il pourrait sembler naturel que la fusée Kamala retombe là où elle avait décollé politiquement il y a bientôt dix ans, mais les électeurs locaux ayant dernièrement eu leur lot de catastrophes, rien ne dit qu’ils auront envie de ce drôle de come-back.

« Je ne suis pas là pour dire je vous l’avais bien dit ! »

On ne l’avait quasiment plus vue depuis le 15 décembre 2024, et son discours au Democratic National Committee, l’instance dirigeante du Parti démocrate en charge notamment de la gouvernance du parti et de la coordination de la levée de fonds. Encore sonnée par sa défaite face à Donald Trump, Kamala Harris avait alors exhorté ses soutiens à ne pas perdre espoir. Peu importait alors la lourde défaite à la présidentielle, la perte de quatre sièges au Sénat, de la majorité républicaine à la Chambre des représentants et à la Cour Suprême, car les démocrates pouvaient toujours « l’aider à finir le job » en « travaillant dur ». Kamala Harris avait ponctué ce discours optimiste d’une promesse de se retrouver l’année suivante.

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Nous voilà donc au rendez-vous, à Dana Point, en Californie, avec ce sommet. On aurait pu penser que Kamala Harris, qui avouait pendant la campagne que « rien ne lui venait à l’esprit » lorsqu’on lui demandait ce qui la distinguait de Joe Biden, aurait mis à profit ces quelques semaines de répit pour affiner son message politique. Il n’en fut rien : la vice-présidente est restée dans le flou, évoquant simplement « un sentiment de peur qui s’empare de notre pays », nourri par « des choses dont nous sommes témoins chaque jour »1. Nous n’en saurons pas davantage sur ces « choses », mais l’ancienne vice-présidente s’est tout de même montrée rassurante : « nous savions que beaucoup de choses allaient arriver, beaucoup de choses ». Pas vraiment de quoi faire taire les mauvaises langues qui estiment que celle qui a remplacé Joe Biden au pied levé n’a pas de suite dans les idées… En revanche, ces déclarations ont provoqué la réaction de Kush Desai, porte-parole de la Maison Blanche, qui a rétorqué que, en tant que vice-présidente, Kamala Harris ne s’était pas privée « d’utiliser le système judiciaire comme une arme contre ses opposants, de pratiquer la censure des réseaux sociaux et de procéder à la destruction de notre économie et de nos frontières ».

Retour à l’envoyeur

En dépit de sa large défaite, Kamala Harris se voit encore comme la future candidate démocrate et reste persuadée qu’elle aurait pu vaincre Donald Trump avec plus de temps (comprendre : si Joe Biden s’était retiré plus tôt). Bien qu’on lui prête la volonté de se présenter à l’élection présidentielle de 2028, cela ne semble pas faire l’unanimité chez les démocrates qui lui reprochent notamment d’être une figure du passé. Son échec lors des primaires démocrates de 2020 ne plaide pas non plus en sa faveur, même si aucun favori ne s’est encore dégagé.

C’est certainement ce pourquoi Kamala Harris lorgnerait sur le poste de gouverneur de Californie, une belle occasion de redorer son blason en vue d’une éventuelle candidature présidentielle à moyen terme. Si certains poids lourds du parti, à l’image de l’ancien gouverneur démocrate de Virginie Terry McAuliffe, considèrent l’idée comme intéressante, Madame Harris a également reçu des encouragements pour le moins inattendus. Donald Trump a ainsi déclaré « laissez-la se présenter » avant d’ironiser en ajoutant « qu’elle allait devoir commencer à donner des interviews ».

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Le choix de la Californie n’a rien d’anodin, car c’est dans cet Etat très largement acquis à la cause démocrate que Kamala Harris avait entamé sa carrière politique. De 2004 à 2017, Madame Harris a exercé comme procureure adjointe puis générale de San Francisco. Sa révélation politique est intervenue en 2016, avec une élection victorieuse au poste de sénatrice démocrate de Californie. De passage dans le coin, début février, elle avait fait profiter les médias de son expertise (« On peut sentir qu’il y avait de la fumée ici ») avant de renseigner les passants sur ses activités récentes. Après être « revenue à la maison depuis deux semaines et trois jours », voilà que la démocrate entendait « remonter le moral des survivants de cette crise extraordinaire »2 – comme si ces derniers n’en avaient pas assez soupé comme ça.

Cela fait un moment déjà que les démocrates font étalage de leur incompétence à la tête de cet État. Donald Trump ne fait peut-être pas toujours preuve de finesse, mais il avait raison en estimant que les incendies ayant dévasté Los Angeles auraient pu être évités moyennant une meilleure gestion des forêts. Gavin Newsom, le gouverneur sortant, est lui critiqué pour avoir préféré délester le programme de résilience aux incendies de 28 millions de dollars3. Alors que les feux faisaient rage et que Karen Bass, la maire démocrate de Los Angeles, ne trouvait rien de mieux à faire que de visiter le Ghana, le réservoir du quartier de Pacific Palisades, particulièrement touché, restait désespérément vide… Si Kamala Harris n’est pas responsable de ces incendies ni de leur mauvaise gestion, le poids de l’idéologie démocrate pourrait s’avérer trop lourd pour son éventuelle candidature.

Même si celle qui avait proposé de dépénaliser l’immigration illégale pour faire diminuer… l’immigration illégale4 parvient à motiver des volontaires pour distribuer ses tracts de campagne pour 2026, ces derniers risquent fort de trouver porte close.


  1. https://www.nationalreview.com/news/kamala-harris-vows-to-stay-politically-active-im-not-going-anywhere/ ↩︎
  2. https://www.nytimes.com/2025/02/06/us/kamala-harris-tours-palisades.html ↩︎
  3. https://www.telegraph.co.uk/us/comment/2025/01/17/the-california-wildfires-have-doomed-kamala-harriss-politic/ ↩︎
  4. https://www.foxnews.com/politics/harris-shifts-key-positions-border-illegal-immigration-campaign-promises-pragmatic-approach ↩︎

Reconnaitre aujourd’hui «l’État palestinien» est au moins une grave erreur, au pire une ignominie

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Sur cette photo fournie par le bureau des médias de la présidence égyptienne, le président français Emmanuel Macron salue un garçon palestinien, qui reçoit des soins médicaux dans une salle dédiée aux patients palestiniens à l’hôpital d’El-Arich, au nord de la péninsule du Sinaï, à environ 50 km à l’ouest de la frontière avec la bande de Gaza, en Égypte, le mardi 8 avril 2025 © AP/SIPA

Paix au Proche-Orient : la France fait diplomatiquement fausse route. Sur les 193 pays membres de l’ONU, 146 reconnaissent déjà officiellement l’État palestinien.


Dans une interview diffusée le 9 avril, le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de faire reconnaitre par la France « l’État palestinien ». À la suite de plusieurs États européens, la France en ferait l’annonce en juin prochain, parce que, a-t-il dit, « je pense qu’à un moment donné ce sera juste et parce que je veux aussi participer à une dynamique collective, qui doit permettre aussi à tous ceux qui défendent la Palestine de reconnaître à leur tour Israël, ce que plusieurs d’entre eux ne font pas ». Autrement dit, la reconnaissance dudit « État de Palestine », un État non existant dont la création effective est refusée avec constance depuis 1948 par ses représentants auto-proclamés, permettrait la reconnaissance par tous, d’un État légitime et existant depuis cette même date, à savoir l’État d’Israël. On peine à suivre ce raisonnement triplement erroné.

Une posture

Tout d’abord, parce que la reconnaissance d’un État non existant, aux frontières non définies et sans institutions établies, est objectivement une absurdité. Une telle pétition de principe ne peut donc que relever de la posture politique. Les différents États qui ont déjà adopté cette prise de position sont en effet d’une part des pays qui ne reconnaissent pas la légitimé de l’État d’Israël comme la Corée du nord ou Cuba, et des pays musulmans (à l’exception de la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc), d’autre part des pays comme certains en Europe ou en Amérique latine, qui l’ont fait au nom du soutien à « la solution à deux États ». Dans les deux cas, la reconnaissance de l’État palestinien virtuel procède d’une critique à l’égard d’Israël : critique radicale, visant à la disparition de l’État juif sur sa terre et à l’édification d’un État arabe palestinien, d’une « Palestine du Jourdain à la Méditerranée », ou critique conjoncturelle soupçonnant Israël de refuser la création d’un État palestinien, voire l’accusant de visée génocidaire à l’égard du « peuple palestinien ».

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Or, l’Histoire récente du Moyen-Orient a montré que la reconnaissance d’Israël par les pays arabes n’était pas conditionnée par la reconnaissance abstraite de la part d’Israël d’un État palestinien virtuel. C’est au contraire la mise à l’écart de la question palestinienne, en privilégiant les dimensions sécuritaires et économiques, qui a permis la normalisation progressive des relations entre Israël et certains pays arabes. Un des motifs évoqués (sinon invoqués) du lancement des attaques génocidaires du 7-Octobre lancées par le Hamas en territoire israélien, est d’ailleurs précisément la relégation de la question palestinienne dans l’agenda géopolitique de la région.

Le Hamas n’attend que ça

Plus que jamais après le 7-Octobre 2023, et alors que le Hamas détient toujours des otages, reconnaitre un État palestinien, est donc non pas seulement une erreur stratégique mais également une faute morale confinant à l’ignominieux. Cette reconnaissance symbolique d’un État non existant serait aujourd’hui accorder une légitimité et pire une absolution, au Hamas, à ses soutiens et à ses admirateurs. Aussi, l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, a-t-il déclaré à la suite des propos du président français : « Parler de la création d’un État palestinien, aujourd’hui, quand la guerre continue et avant d’avoir créé les conditions qui pourraient mener à la paix, cela fait exactement l’inverse ».

Les Israéliens croient de moins en moins à un État palestinien à leurs frontières

Il s’agirait en effet d’analyser pourquoi ladite « solution à deux États » portée par le passé notamment par le Mouvement La Paix Maintenant et les partis de gauche israélienne, est aujourd’hui largement discréditée en Israël. Un sondage réalisé trois semaines après les attaques a ainsi révélé que 28,6 % des Israéliens juifs étaient en faveur d’une solution à deux États, contre 37,5 % un mois plus tôt, selon le sondage Peace Index de l’université de Tel Aviv.[1] D’ailleurs, le 17 janvier 2024, le chef du Hamas à l’étranger, Khaled Meshaal, n’a-t-il pas déclaré : « Nous rejetons l’idée d’une solution à deux États. Notre objectif est clair : un État palestinien du fleuve à la mer, du nord au sud. Le 7 octobre a renouvelé le rêve et l’espoir[2]» [de cette Palestine] ?

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Mais le reflux de la crédibilité de l’hypothèse d’un État palestinien vivant en bonne entente aux côtés d’Israël, vient de plus loin encore. Comme le signalent à juste titre Georges Bensoussan[3] ou Shmuel Trigano[4], le rejet d’un État juif sur sa terre ancestrale s’inscrit dans une histoire longue, et la création de l’État arabe de Palestine a été refusée à plusieurs reprises depuis 1947. La partie arabe ou palestinienne a-t-elle d’ailleurs jamais avancé une proposition de partage territorial à discuter ? Le seul projet formulé à ce jour réside dans le slogan génocidaire « From the River to the Sea ! ». Alors, que les Israéliens explorent d’autres voies d’établissement et d’apaisement des relations avec leurs voisins, c’est compréhensible. Pour n’avoir pas pris en compte cette réalité, les partis de gauche israélienne ont perdu une large part de leur soutien au sein de la population.

Plutôt que de renoncer à exprimer un « soutien inconditionnel » à Israël (comme l’a fait ce 10 avril, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet en forme d’un mea culpa) au motif d’une opposition à la politique du premier ministre Benjamin Netanyahu, la France devrait adopter enfin une attitude claire à l’égard des ennemis d’Israël. Si notre pays et son président veulent peser sur la destinée du monde et en l’occurrence œuvrer en faveur d’une paix juste au Proche Orient, la réaffirmation du danger islamiste s’impose, de même que la nécessité de soutenir Israël, en première ligne contre cette menace.

https://www.youtube.com/watch?v=Jh-nnhxCjeo

[1] « Dans un Israël traumatisé, les pacifistes gardent l’espoir d’une solution à deux États », Times of Israel, 8 décembre 2023.

[2] Voir https://www.youtube.com/watch?v=V8yug98BqNc

Ou Saba Net (Agence de presse yéménite) 18 janvier 2024 : « Meshaal : Nous rejetons le terme de solution à deux États et la solution est de se débarrasser de l’occupation ».

[3] Georges Bensoussan, Juifs en pays arabes. Le grand déracinement 1870-1975, Éditions Taillandier 2021 et Les origines du conflit israélo-arabe 1870-1950, Éditions des PUF 2023

[4] Shmuel Trigano, « Le refus palestinien d’un État juif », Controverses, n° 7, 2008, pp. 38-43