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Pour nos élites, il est inconcevable que l’immigration pose un problème

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Marcel Gauchet, par Hannah Assouline.

Causeur. Depuis janvier 2015, la France a été régulièrement frappée par des attentats islamistes qui affaiblissent une cohésion sociale déjà fragile. En dépit de la rhétorique guerrière qui fait florès dans la classe politique, nous avons du mal à penser ce qui nous arrive. Du reste, nous avons déjà du mal à le nommer. Faut-il, selon vous, parler de « guerre contre le terrorisme » ?

Marcel Gauchet. Nous ne sommes pas en guerre, car la guerre suppose des entités politiques définies qui se combattent suivant des règles établies. Si nous étions en guerre, nous devrions considérer Salah Abdeslam comme un prisonnier de guerre couvert par la convention de Genève, ce qui serait assez embêtant pour l’enquête et le procès. Nous sommes dans une affaire de police à l’épreuve d’un genre particulier de délinquance qu’on appelle terrorisme. Cependant le mot de « police » est trop faible par rapport à la gravité de ces attentats. Aussi l’affichage de militaires qui ne servent absolument à rien d’un point de vue pratique – ils n’ont empêché aucun attentat – revêt-il une importance symbolique extrême. En fait, nous aurions besoin d’une police qui utiliserait des moyens militaires. Cela voudrait dire tuer des gens considérés comme des combattants, alors que la police arrête les suspects et ne tire qu’en situation de légitime défense.

En tout cas, si c’est une guerre, c’est une drôle de guerre. Malgré la prolongation de l’état d’urgence et les grandes déclarations du gouvernement, seule une poignée de djihadistes présumés a été arrêtée cet été. Comment expliquez-vous le fossé entre le vocabulaire belliqueux employé par les autorités et la faiblesse des résultats ?

Nous sommes en guerre et en vacances, et c’est pour protéger les vacances que nous sommes en guerre ! Cette manière assez particulière de faire la guerre nous éloigne passablement d’une quelconque mobilisation collective. Tous nos repères habituels répugnent fondamentalement aux moyens qu’il faudrait utiliser. Un état de guerre réel, par exemple, ne laisserait pas des ennemis déclarés revenir s’installer sur notre territoire. Or nous allons tranquillement permettre à quelques centaines de djihadistes de regagner leurs pénates dans nos banlieues, rapatriement de Syrie aux frais du contribuable, avec quelques mois de prison à la clé tout au plus. Mais nous n’allons pas manquer de poster des militaires devant la cité pour leur montrer qu’au cas où, ça pourrait chauffer ![access capability= »lire_inedits »]

Oui, mais le terme de « guerre » renvoie aussi à une mobilisation de la société contre un ennemi intérieur – l’islam radical qui constitue le terreau du djihadisme. Est-il plus pertinent sur ce front ? Comment nommeriez-vous, pour votre part, ce qui nous arrive ?

Il n’y a pas de nom pour désigner ce qui nous arrive. Nous sommes dans un cas de proto-guerre civile pour des motifs qui nous sont inintelligibles. Dans la guerre sociale que menaient les anarchistes à la fin du xixe siècle, aussi détestables que l’on pouvait juger leurs moyens, on comprenait parfaitement leurs motivations. Ils étaient les acteurs les plus radicaux d’une lutte des classes qui se poursuivait par ailleurs selon d’autres voies. L’enjeu était clair pour tout le monde : le renversement de la société bourgeoise. Mais les terroristes islamistes d’aujourd’hui n’ont pas de but défini et ne veulent pas le pouvoir. Personne ne peut comprendre à quoi cela sert de tirer sur des gens attablés à une terrasse de café. Ce qui ajoute à notre incompréhension, c’est qu’en dépit de tous les efforts pour le nier, les djihadistes sont des Français d’un genre particulier. Ils sont issus de l’immigration, c’est-à-dire du projet de vivre mieux chez nous que dans la société d’origine. Or la seule chose certaine que l’on discerne derrière leur conduite, c’est qu’ils nous haïssent pour ce que nous sommes…

À la frontière de l’identité et de la délinquance, le djihadisme apparaît comme un sous-produit d’un certain type de séparatisme musulman qu’on observe aujourd’hui en France. Y a-t-il dans l’islam quelque chose de structurellement impossible à intégrer ?

Cette frange aberrante ne représente évidemment pas l’islam en général. La bonne démarche est de s’interroger sur la situation globale de l’islam et de chercher à comprendre à partir de là certaines expressions extrêmes qui s’y manifestent. Ce qui est vrai, c’est que l’islam nous confronte à un type de religiosité que nous avons quitté depuis longtemps et qui va totalement contre l’idée spontanée que l’Occidental d’aujourd’hui peut se faire de la religion. Pour nous, la religion c’est avant tout des croyances individuelles. Pour un musulman, c’est avant tout une façon de faire société, et l’islam a poussé plus loin encore que le judaïsme et le christianisme cette connexion entre foi et mœurs. Ce qui fait que le passage à la modernité y représente un défi particulièrement rude.

L’islam exclut donc toute sortie de la religion ?

Au contraire, ce processus est bien entamé dans les sociétés musulmanes, et c’est pour cela que les islamistes nous pourrissent l’existence ! Les musulmans sont gagnés comme les autres par l’occidentalisation du monde, qui est le vrai nom de la mondialisation. Les Occidentaux sont aveugles à l’immense difficulté de cette acculturation obligée pour les peuples qui la subissent. Ceux-ci se voient contraints de digérer en très peu de temps un cadre culturel qui a mis des siècles à se créer chez nous, qui leur tombe dessus de l’extérieur et qui remet profondément en question leur manière d’être. Étonnez-vous de l’ambivalence de leur accueil ! Ils prennent, parce que c’est une proposition qu’on ne peut pas refuser, mais ils ne nous vouent pas une affection débordante. Nous voudrions que les barbares auxquels nous apportons la « civilisation » nous embrassent sur la bouche. Mais ils ont des motifs de nous porter d’autres sentiments.

Quand « ces barbares » sortent de nos écoles, on est en droit de s’étonner…

Cela veut dire que nos écoles ne leur ont pas appris grand-chose, ou ont réveillé autre chose. Un enfant n’arrive pas comme une page vierge à l’école, il est déjà le produit d’une société, d’une culture, d’un univers et de repères culturels. En cas de contradiction entre ce bagage et ce que l’école est chargée de lui apprendre, ça peut faire très mal, dans tous les sens de l’expression.

Dans les années 1980, on était sûrs, avec Christian Jelen, qu’ils feraient de bons Français. Même Michèle Tribalat pensait qu’on pouvait « faire France ». Au bout de trois ou quatre générations d’immigrés, nous découvrons avec stupéfaction qu’un monde étranger s’est constitué autour de nous !

Nous avons créé une contre-société dont nous n’avons aucune idée. Jadis, la France était ce pays singulier où n’importe qui pouvait devenir français sans un pli. Non seulement français mais « franchouillardisé » jusqu’au trognon. Nous avons vécu jusqu’à une date récente sur la fausse sécurité de cette expérience historique. Elle nous a trompés, car entre-temps tout a changé, l’immigration a changé, l’islam, puisque c’est principalement de lui qu’il s’agit, a changé, notre société a changé. D’abord, nous n’avons plus affaire à la même immigration. On émigrait par adhésion plus ou moins consciente aux valeurs de la société d’accueil. On allait aux États-Unis pour jouir de la liberté, de la prospérité, de la possibilité de s’exprimer en tant qu’individu. La France a été une terre d’immigration privilégiée parce qu’elle a offert pendant longtemps l’exemple de la République, ce qui voulait dire beaucoup pour les gens qui la rejoignaient. Portée par cet esprit, l’école jouait aisément son rôle d’intégrateur…

Comment cette belle mécanique s’est-elle enrayée ?

C’est le grand tournant de la mondialisation qui a changé l’immigration. Il en a fait une affaire économique comme le reste, qui n’implique absolument pas d’adhésion aux valeurs de la société d’accueil, laquelle est uniquement perçue sous l’angle des bénéfices matériels qu’elle apporte. Dans ce cadre, non seulement vous ne renoncez pas à votre identité d’origine mais vous entendez bien l’importer dans la société d’accueil.

Mais les Français musulmans sont souvent plus royalistes que le roi, surenchérissant par rapport à l’islam de leurs parents…

Dans le même temps, l’islam a changé lui aussi. En fonction du mécanisme réactif dont nous avons déjà parlé, la globalisation, en accélérant l’acculturation des sociétés musulmanes, a amplifié la riposte fondamentaliste. Tous ces mouvements entrent en résonance. Et nos sociétés, de leur côté, se sont elles aussi « identitarisées », de telle sorte que dans un premier temps elles n’ont pas vu malice dans l’affirmation d’identités exotiques, au contraire.[/access]

à suivre…

COMPRENDRE LE MALHEUR FRANCAIS

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Déradicalisation au doigt mouillé

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« Un surveillant a été agressé à l’arme blanche dimanche par un détenu islamiste, aidé par plusieurs complices. »

Ainsi commence dans Le Figaro du 6 septembre le récit circonstancié de l’agression qui a eu lieu dimanche à la prison d’Osny, en région parisienne. « Le détenu auteur des faits, Bilal T., a frappé sa victime à l’aide d’«une lame de 25 cm très fine et très aiguisée qui a transpercé de part en part la gorge du surveillant à 2 mm de la carotide puis est passée à quelques millimètres du poumon», affirme-t-on de sources pénitentiaires. Selon ces dernières, l’individu bénéficiait de fortes complicités parmi les autres détenus avec lesquels cette agression aurait été programmée. Les enquêteurs auraient trouvé sur un autre détenu des liens qui font penser que l’idée était de procéder à une «exécution» telle que Daech a l’habitude de les pratiquer. Selon des personnels pénitentiaires, l’auteur de l’agression «aurait badigeonné l’une des portes de cellules du sang du surveillant et aurait levé les mains afin de prier». »

Du coup, le secrétaire général de l’UFAP-UNSA, le principal syndicat de surveillants de prison, n’est pas content. « Les établissements pénitentiaires sont assis sur une véritable poudrière. Ils comptent 300 détenus prévenus pour faits de terrorisme et un millier en voie de radicalisation. Bien avant l’ouverture de ces unités, l’UFAP a demandé que la sécurité prévale et que ces quartiers soient totalement étanches du reste de la détention. Autrement dit, ces individus ne doivent pas se rencontrer, et il faut qu’il y ait au moins trois surveillants par détenu. Mais l’on préfère mettre en place des programmes qui n’ont ni queue ni tête. Nous sommes fatigués de ce mot de déradicalisation qui ne veut rien dire ».

Aux Editions Michalon, Julien Revial a sorti l’année dernière Cellule de déradicalisation où il s’amuse à comparer les deux visages de la déradicalisation — l’une à dimension théologique, l’autre à dimension affective. « Psychologie de bazar », a dit un parlementaire. Déradicalisation au doigt mouillé, si je puis dire. Arnaque, dit carrément l’auteur.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Cellule de déradicalisation : chronique d'une désillusion

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Contre le port de la tolérance intégrale

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Baignade contre l'interdiction du burkini. Sipa. Numéro de reportage : 00770213_000006.

Tariq Ramadan condamne toute violence physique faite aux femmes. Simplement, il réclame le droit de lire le Coran et de consulter Dieu pour savoir s’il faut, ou non, la frapper. Monsieur Ramadan condamne avec la plus grande vigueur la violence faite aux homosexuels. Simplement, il pense que l’homosexualité est un crime au regard de sa foi. Comme tout homme a le droit de croire, tout homme a le droit de considérer cette pratique comme une monstruosité contre nature.

Une conception prédicatrice de la tolérance

Pour les besoins d’une enquête personnelle, j’ai dû visionner les débats télévisuels de cet éminent docteur, et je suis toujours étonné que des journalistes ou des hommes politiques français tombent dans le panneau de cette conception prédicatrice de la tolérance. La conception prédicatrice de la tolérance se présente comme la conception achevée de la tolérance. Lorsque vous vous élevez contre telle ou telle pratique, Monsieur Ramadan s’étonne. Son visage s’arrondit, ses lèvres s’effilent, il vous répond : « Qu’est-ce qui vous gêne ? Vous n’aimez pas les musulmans ? Pourquoi vous ne laissez pas les gens faire ce qu’ils veulent ? ».

Et ainsi en va-t-il de la sexualité féminine. Bien sûr, notre éminent spécialiste du fait religieux (qu’on me permette de ne pas énumérer ses diplômes, une journée n’y suffirait pas) a le plus grand respect pour les femmes. Il ne leur ferait jamais aucun mal et milite internationalement pour la cessation des pratiques barbares les concernant. Simplement, il pense que le problème de la pureté féminine se pose. C’est un peu comme si l’on disait : je ne ferais jamais de mal à un juif. Simplement, j’aimerais savoir si ce sont des sous-hommes ou non. Ou bien : j’ai le plus grand respect pour les indiens Tupi-Guarani. Simplement, je me demande s’ils ont une âme.

Et notre vaillant docteur d’étudier le Coran pour trouver la bonne réponse. Voilà où nous en sommes.

L’appel grotesque au débat

Il est à noter que, dans le monde de la tolérance intégrale vers lequel nous nous dirigeons à grand pas sous la pression de ces vaillants progressistes, les prédicateurs ne détestent rien tant que le dogmatisme. Ils sont d’ailleurs très étonnés toutes les fois qu’un contradicteur (généralement ce qu’on appelle, avec une moue de dédain, un laïcard) s’emporte. Monsieur Ramadan a bien le droit de lire le Coran pour savoir s’il faut lapider une femme quand on est un bon musulman. Mais que quelqu’un coupe la parole à Monsieur Ramadan, ça non. Voilà qui est indigne.

Cette farce amusante à Paris (et très cruelle ailleurs) continuera aussi longtemps que nous accepterons l’idée qu’un homme a reçu de Dieu la capacité de déterminer si un sein doit être caché ou non (Molière, si tu nous entends…). La sexualité des femmes n’est pas un problème, et le savoir de Monsieur Ramadan n’est pas un savoir. Quant à cet appel au débat, à la démocratie, à la sérénité, il ne signifie rien dans la bouche d’un homme qui s’octroie, sous prétexte d’études, le pouvoir de départager le pur de l’impur. Il est aussi absurde d’envisager un débat démocratique sur la pureté féminine que d’envisager sereinement un débat sur la nature possiblement diabolique des chats noirs à poil court.

Corée du Nord: le peloton d’exécution pour une simple sieste?

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Kim-Jong-Un. Sipa. Numéro de reportage : 00690481_000001.

En Corée du Nord, le mois d’août aurait été sanglant. Une purge estivale dont seul Pyongyang a le secret. Fin août, un journal sud-coréen citant une « source anonyme » faisait savoir que l’ancien ministre de l’agriculture Hwang Min et un haut fonctionnaire avaient été exécutés au début du mois d’août. Une exécution spectaculaire : les deux fonctionnaires seraient morts sous le feu de canons anti-aériens. Le jeune tyran ne fait pas dans le détail.

Mercredi dernier, le porte-parole du ministère de l’Unification de Séoul, annonçait pour sa part, que c’était l’un des principaux ministres de Kim-Jong-Un, le vice premier-ministre Kim-Yong Jin qui avait été éliminé par un très classique peloton d’exécution.

Régulièrement les services de renseignement sud-coréens font état de purges brutales. En avril 2015, la Corée du Sud évoqua la mort de 15 hauts fonctionnaires du nord parmi lesquels celle de Hyon Yong-Chol, le ministre de la défense de Kim-Yong Un, accusé d’avoir fait une sieste lors de défilés militaires ! Depuis les services sud-coréens sont revenus sur cette information, annonçant qu’il avait plus probablement été déchu. Même chose au sujet d’un chef d’état-major de l’armée, accusé de corruption, donné pour mort par les services sud-coréens. Il fut nommé membre suppléant du Politburo en mai 2016. Les services sud-coréens reconnurent qu’ils s’étaient probablement trompés.

Des rumeurs invérifiables

Risque-t-on le peloton d’exécution pour avoir piqué un somme en Corée du Nord  ? Invérifiables et diffusées le plus souvent par les services de renseignement sud-coréens, ces informations sont au moins sujettes à caution. Certes, la Corée du Nord est l’un des pays les plus tyranniques de la planète et la période est propice aux tensions et règlements de compte internes. D’autant que de nombreux médias se sont faits l’écho d’une augmentation récente des défections de hauts cadres du régime, largement susceptibles d’irriter Kim III. En aout, sept diplomates auraient quitté le pays alors que Pyongyang multiplie de son côté les tirs de missiles balistiques en direction de la mer du Japon. Une démonstration de puissance qui vise autant à narguer les institutions internationales incapables de réagir à la menace nord-coréenne, qu’en interne à renforcer l’autorité du leader sur le parti et l’armée.

Mais toutes les « informations » sur des purges sans fin relèvent plus souvent d’un jeu de propagande entre les deux Corée. Par la diffusion de ces rumeurs, Séoul maintient un certain niveau de tensions entre les deux pays et incite les candidats nord coréens à la défection, des sources toujours intéressantes d’informations pour le sud qui « débriefe » tous les nord-coréens.  Par ailleurs, il est évident que pour les services de sécurité sud-coréens chargés d’espionner le pays le plus fermé de la planète, la tâche n’est pas aisée et la diffusion régulière de rumeurs ou d’informations sur la Corée du Nord est une façon de prouver leur utilité. Méthode classique des services de renseignements après la chute du Mur de Berlin qui pour contrer « leur chômage technique » avaient largement tendance à surévaluer la menace.

De son côté, la Corée du Nord (qui ne dément jamais aucune « rumeur ») y trouve aussi son compte en apparaissant comme un régime fort et sous contrôle. Il fait même preuve d’une certaine subtilité en matière de communication en faisant réapparaître les présumés purgés lors de cérémonies officielles, quelques mois après l’annonce de leur mort. Une manière de ridiculiser les services de renseignement du Sud.

Purges et fantasmes

Si Kim Jong-Un est tout à fait capable d’exécuter ses plus proches collaborateurs et anciens affidés, l’élimination brutale de hauts cadres du régime reste exceptionnelle et signale la crainte de la montée en puissance d’une faction contestataire, ou trop affairistes au sein de l’élite comme le décrit le journaliste Philippe Pons dans son récent livre Corée du Nord, un état guérilla en mutation.

C’est le sort que connut Jang Song Thaek, éminence grise du pouvoir, et accessoirement oncle du jeune dirigeant. Accusé de trahison, il fut exécuté à la mitrailleuse lourde en décembre 2013. Condamné à mort par un tribunal militaire sous l’inculpation d’avoir fomenté un coup d’état, il fut éliminé en présence de cadres du Parti. L’information fut alors relayée par les médias officiels, sa photo effacée de la plupart des photos officielles, et des milliers d’articles des archives qui évoquaient son travail furent détruites, ce qui pour Pyongyang vaut confirmation. Comme au temps de l’URSS, les cadres du parti effectivement exécutés disparaissent des photos et leurs noms sont souvent effacés dans les archives des journaux officiels.

Une médiatisation spectaculaire de l’événement destinée à marquer les esprits de l’élite dirigeante du pays et les éventuels candidats à une mise en cause du pouvoir absolu de Kim Jong Un. Démonstration que Pyongyang maitrise l’art de la dramaturgie. Cette exécution, suivi de nombreuses arrestations fut un événement sans précédent depuis les grandes purges des années 60. «à la fois Kim Il-sung et Kim Jong-il ont été réticents à tuer leurs hauts fonctionnaires. Sous leur règne, de nombreux responsables ont été rétrogradés ou envoyés à la campagne où ils étaient censés faire du travail de bureau, des tâches de base ou du travail forcé», écrit l’expert russe Andrei Lankov sur le site NKnews

Mais les rumeurs non-confirmées d’exécutions spectaculaires pour sieste trop prolongées relèvent bien plus de la machine à fantasmes qu’aiment alimenter les services de renseignements américaines et sud-coréens largement relayée par une  presse occidentale qui oublie là toute consigne de prudence.

Sous le burkini, la vague islamiste

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« Débat stérile », « polémique indigne », « querelle hystérique » : après la publication des premiers arrêtés anti-burkinis[1. S’agissant d’un habit qui évoque furieusement la burqa et pas du tout le bikini, on devrait plutôt écrire « burqini ». Où se niche la bien-pensance…], début août, toutes les grandes consciences du pays et environ 95 % des journalistes ont martelé sans relâche les mêmes éléments de langage. Sujet sans intérêt, circulez. Attention, contrairement à ce que pensent certains, fort excités, sur les forums de discussion, on n’est pas un traître, un salaud ou un vendu-aux-barbus parce qu’on est hostile à l’interdiction. Mais l’argument assené en boucle pour clouer le bec de tout contradicteur laisse rêveur. On n’aurait pas le droit d’interdire le burkini, mais il faudrait interdire d’en parler ? On aimerait comprendre en quoi la promotion d’un costume de bain islamique, jusque-là inconnu sous nos cieux, serait un sujet moins digne de débat que la hiérarchie des normes dans la loi travail, dont nous avons mangé à tous les repas pendant des semaines. Les grands démocrates qui s’émerveillaient des interminables et autarciques logorrhées de Nuit debout, rebaptisées « débats citoyens », sur des thématiques le plus souvent absconses et confidentielles, voient d’un fort mauvais œil que l’on débatte d’une question qui intéresse sacrément une majorité de Français, et pas seulement des méchants de droite : au-delà du burkini, la progression d’un islam radical qui nourrit ou encourage le terrorisme.

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire?

On aimerait comprendre, façon de parler, vu que le même mécanisme de censure est à l’œuvre depuis quarante ans – même s’il perd assurément de son efficacité. Identité ? Islam ? Immigration ? Questions dangereuses, idées puantes, lepéno-sarkozysme. Pouah, pas touche. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire : après dix-huit mois d’expérience de la terreur, nos innombrables petits singes croient encore faire disparaître les choses qui leur déplaisent en interdisant les mots. Il n’y a pas de problème, répètent-ils en guise de formule conjuratoire. Comme l’analyse Marcel Gauchet, il n’y a pas de problème parce que, dans leur logiciel intellectuel, il ne peut pas y en avoir. Ou alors, il vient de nous, de nos idées étroites et de nos peurs rances.

On croyait que les attentats et ce qu’ils nous ont appris sur la société musulmane en France feraient l’effet d’un coup de réel. Las ! Tout occupées à dispenser des leçons de maintien multiculti, les VIP de la gauche politique et médiatique (qui comptent, faut-il le rappeler, des tas de gens de droite) ne voient pas qu’une guerre culturelle a commencé. Ce n’est pas, ou pas seulement, pour faire parler d’eux que des maires ont décidé d’interdire le burkini, mais pour répondre à la demande sourde de leurs administrés qui, depuis Nice, expriment de diverses manières la même opinion, ou le même sentiment : ça suffit ! Assez de complaisance ! Arrêtons de céder du terrain !

Cette guerre ne sera pas menée par des forces armées mais par la société, elle ne vise pas à conquérir des territoires mais des esprits, elle ne combat pas les musulmans mais l’islam fondamentaliste et séparatiste qui veut les empêcher d’être français. Du reste, si nous devons la livrer, c’est d’abord pour ceux – et peut-être plus encore pour celles – qui subissent, dans notre pays, le joug des « Frères » et ne peuvent compter que sur la France pour y échapper. Que doit-on dire à toutes ces femmes qui assurent que, si on n’interdit pas ce nouveau carcan qu’est le burkini, elles seront contraintes de le porter ? Chacun sa vie ? Edwy Plenel, semble-t-il, n’a pas daigné répondre à Fatiha Daoudi, juriste et chroniqueuse au HuffPost Maghreb qui, en quelques phrases, a ridiculisé son interminable et prévisible plaidoyer pour ce « vêtement comme un autre » : « À vous entendre pérorer sur la liberté vestimentaire des femmes musulmanes, confortablement installé dans une démocratie centenaire dont les institutions sont solidement ancrées et où les libertés individuelles sont sacralisées, je sens mes cheveux se dresser sur ma tête non voilée et la colère m’envahir. » Droit dans les gencives.

Soumission sociétale

De peur de froisser les spécialistes, on se gardera de se demander si ceux qui endoctrinent des gamins et pourrissent la vie de leurs concitoyens dès qu’ils sont majoritaires sont salafistes, wahhabites ou islamo-déséquilibrés. Leur islam est certainement plus identitaire et politique que strictement religieux. Pour une partie des enfants d’immigrés, il est un état d’esprit, une façon de voir et de diviser le monde entre « eux » et « nous » plus qu’une spiritualité. Reste une certitude : au cours des dernières années, cet état d’esprit s’est répandu, poussant un nombre croissant de musulmans à vivre dans une société parallèle devenue, stricto sensu, une contre-société. En effet, il ne s’agit pas seulement d’entre-soi, tel que le pratiquent les Juifs religieux ou beaucoup de Chinois, mais de sécession hostile. Ainsi, à en croire nombre de représentants communautaires interrogés par Bertrand Pasquet, c’est seulement après Nice que la rue musulmane s’est sentie concernée par les attentats.

On aurait tort, toutefois, de croire à une évolution spontanée. Nous sommes en présence d’une offensive qui n’est pas menée par un commandement unifié mais par des myriades d’individus et de factions, d’associations, d’amicales, de médias, sans oublier des sponsors plus ou moins transparents. Comme le souligne Marcel Gauchet, cette nébuleuse ne cherche nullement à prendre le pouvoir comme le Ben Abbes d’Houellebecq. Ses activistes s’emploient à renforcer leur contrôle sur le groupe, en particulier sur sa partie féminine, tout en menant un combat idéologique qui se traduit régulièrement par des campagnes destinées à tester notre capacité de résistance. C’est ce qui s’est passé avec le burkini.

Le Conseil d’État a tranché, le droit a parlé, dit-on. Après le Washington Post, le New York Times et toute la presse convenable de la Terre, le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU s’est permis d’engueuler la France dans un tweet comminatoire, appelant les maires non concernés par l’arrêt à abroger au plus vite leurs mesures discriminatoires. De quoi je me mêle ? C’est bête, mais quand le machin droits-de-l’homme de l’ONU et le Conseil d’État parlent en chœur de liberté, j’ai une furieuse envie d’interdire. Pourtant, on ne saurait le faire de gaieté de cœur. Ma fibre libérale souffre doublement, pour le burkini et pour son interdiction.

En attendant, et n’en déplaise à tous ceux qui veulent nous obliger à vivre ensemble avec n’importe qui, la « dérisoire affaire » du burkini marquera peut-être le début de la reconquête culturelle des territoires perdus – du Kulturkampf, comme aurait dit Bismarck. À nous de décider collectivement si nous voulons qu’elle se fasse à la manière corse ou dans les formes républicaines. Si la République se montre mollassonne, compassionnelle et accommodante, beaucoup de ses enfants déçus commenceront à lorgner avec envie sur les défenses identitaires spontanées des Corses, oubliant qu’elles se déploient grâce à l’intimidation collective orchestrée par des manifestations silencieuses mais punitives, organisées en représailles dans les cités où résident les auteurs d’actions violentes.

Je préfère pour ma part la manière républicaine. La force de la loi, la puissance de la Raison –pour les câlins, on verra plus tard. Si la bataille est engagée, on ne recule plus, comme disait l’autre. Peut-être faudra-t-il, si le Conseil d’État s’entête, légiférer sur le burkini. À moins, bien sûr, que les islamo-activistes qui nous cherchent entendent finalement l’appel à la discrétion que leur a lancé Jean-Pierre Chevènement. Amusant, les réactions outrées que ce mot a suscitées – encore qu’à l’ère des prides, on pouvait s’y attendre. Discret, moi, répète si t’oses ! La discrétion, il y a des maisons pour ça ! Pourtant, ne pas jeter ses croyances à la tête de ses concitoyens, en particulier quand on sait que leur affichage – en l’occurrence celui de l’infériorité des femmes – heurte la sensibilité majoritaire, ne devrait pas être considéré comme une humiliation, mais comme une forme de courtoisie républicaine. On peut parfois dire « après vous », s’effacer devant l’ancienneté, au lieu de revendiquer sans cesse une visibilité maximale.

Sauver la jeunesse perdue

Reste que le burkini ne fait pas une politique. Il est temps, entend-on de toute part, de redéfinir les règles du jeu et de renégocier (ou de négocier) le pacte entre la France et son islam. Dit ainsi, cela paraît simple. En réalité, c’est un inextricable casse-tête. Bien sûr, on peut compter sur Jean-Pierre Chevènement pour faire œuvre utile à la tête de la Fondation pour l’islam de France. Qu’il nous permette de lui suggérer le lancement d’un vaste audit des milliers d’associations qui bénéficient de fonds publics et dont un nombre conséquent contribuent non pas au développement de la jeunesse mais à son décervelage.

Pour négocier, encore faut-il définir les parties en présence. On connaît la difficulté qu’il y a à faire émerger une représentation légitime de l’islam de France, et il est à craindre que la nouvelle relance du chantier, aussi bien intentionnée soit-elle, ne parvienne pas à régler le problème. Il est fort bon de discuter avec Tareq Oubrou et d’autres personnalités tout aussi respectables, mais cela ne sera d’aucune utilité pour regagner une jeunesse perdue qui les considère à peu près comme des juifs – et ce n’est pas un compliment. C’est l’encadrement intermédiaire de la société musulmane – animateurs culturels et caïds subventionnés – qu’il faut évaluer et, si besoin, neutraliser.

Quant à la France, seconde partie au dialogue, on voudrait bien son numéro de téléphone. Comment dire ce que nous attendons de nos compatriotes musulmans, quand nous sommes loin d’attendre tous la même chose et d’avoir la même définition des différences que nous tolérons et de celles dont nous ne voulons pas ? Cette pluralité qui fait le charme de notre société est plus problématique au sommet de l’État où le président laisse, comme à son habitude, se développer une cacophonie qui lui permet d’avoir plusieurs fers au feu. Mais alors, qui parle au nom de la France : Manuel Valls qui a soutenu les arrêtés anti-burqini, ou Najat Vallaud-Belkacem qui, soucieuse de ne pas s’aliéner les électeurs de Villeurbanne, a décrété qu’il s’agissait d’une intolérable atteinte aux libertés ? Jean-Pierre Chevènement ou l’inénarrable Thierry Tuot, cosignataire de l’arrêt du Conseil d’État, chantre de la « société d’inclusion », qui veut en finir avec la suprématie du français à l’école ?

En attendant, nos dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir devraient s’interdire de flatter la fibre victimaire de jeunes Français qui n’ont jamais subi la colonisation en leur serinant que nous sommes coupables de tous leurs maux. C’est en tenant, depuis trente ans, ce discours, infantilisant et condescendant sous son air compatissant, qu’on a semé dans des esprits faibles la graine de la haine et du ressentiment, et abandonné la majorité silencieuse à la loi du plus fort. Pour l’islam, la bataille de France a commencé. Comme le disait Churchill le 4 juin 1940 devant la Chambre des communes, « We shall fight on the beaches »« Nous nous battrons sur les plages ». Et nous ne gagnerons pas à coups de bon sentiment.

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°38.   

Contre l’islamisme, la guerre culturelle est déclarée

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Ce numéro n’était pas encore en kiosque que sa « une » faisait déjà jaser sur les réseaux sociaux : pour nos détracteurs, montrer une publicité australienne pour le burkini surmontée du logo antifasciste « No pasaran » relèverait au mieux du blasphème, au pire de l’incitation à la guerre civile. Or, si guerre il y a, hors poussées de djihad, celle-ci est essentiellement culturelle et ce n’est pas nous qui l’avons déclarée.

Même si « on n’est pas un traître, un salaud ou un vendu-aux-barbus parce qu’on est hostile à l’interdiction », ayons conscience que « ce n’est pas, ou pas seulement, pour faire parler d’eux que des maires ont décidé d’interdire le burkini, mais pour répondre à la demande sourde de leurs administrés qui, depuis Nice, expriment de diverses manières la même opinion, ou le même sentiment : ça suffit ! Assez de complaisance ! Arrêtons de céder du terrain ! » à l’islamisme, fût-il non violent, explique Elisabeth Lévy. À l’instar de Marcel Gauchet, interrogé dans nos colonnes pour le plus grand bonheur d’Edouard Louis, notre directrice de la rédaction voit un bras de fer s’engager entre la culture française d’une part, portée par des citoyens de toutes obédiences, et la mouvance islamiste qui cherche à gagner du terrain à coups d’accommodements déraisonnables.

Le souci, c’est que nos gentils apôtres du multiculturalisme ne conçoivent pas une seconde pareille épreuve de force, empêtrés dans un irénisme naïf faisant de l’immigration et de culture de l’Autre une chance inouïe. Une telle complaisance ne rend pas service aux musulmans patriotes, sincèrement désolé des attentats et des atteintes à l’identité française perpétrés au nom de leur religion, comme l’a vérifié Bertrand Pasquet dans un reportage auprès de la « communauté ». Quelques millions de musulmans Français que Jean-Pierre Chevènement, également interviewé dans ce numéro, a toujours considérés comme des citoyens de plein droit, ultramajoritairement acquis aux valeurs républicaines. Maintenant ses propos sur la nécessaire discrétion des musulmans, le nouveau président de la Fondation des œuvres de l’islam invite tous les Français à accomplir leur « djihad laïque » en se conformant aux lois qui régissent le sacrosaint vivre-ensemble hexagonal depuis plus d’un siècle.

Mais le burkini n’est pas seulement un vêtement, c’est un défi lancé à la France, cible désignée de l’Etat islamique sur le plan guerrier mais également des Frères musulmans sur le font culturel, argue Régis de Castelnau, fervent avocat d’une laïcité de combat. D’ailleurs, même chez les plus dévots, à l’image des jeunes catholiques participant aux Journées mondiales de la jeunesse, la multiplication des revendications victimaires d’un islam violent, auquel on doit l’assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, provoque un sentiment de révolte légitime quelles que soient les homélies lénifiantes du pape François. Charlotte Amadis, notre envoyée spéciale aux JMJ de Cracovie, nous décrit le traumatisme des catholiques de France, las de tendre la joue à leurs bourreaux barbus.

Pourtant, dans les médias mainstream, le petit train-train du « pas d’amalgame » poursuit son bonhomme de chemin, selon Ingrid Riocreux, experte en enfumage médiatique et animatrice du blog Causeur La Voix de nos maîtres, que j’ai eue le plaisir de lire et d’interviewer sur le conseil du toujours avisé Basile de Koch (qu’il en soit remercié sur plusieurs générations… lisez « le moi de Basile », Jalons vous le rendra !).

Après une brève incursion en mer Noire, où les deux anciens frères ennemis Poutine et Erdogan scellent leur rapprochement, sous l’œil expert de Luc Rosenzweig, notre numéro vous fera rencontrer nos amis les bêtes. Pour Elisabeth Lévy, aimer les animaux n’empêche nullement de manger de la viande, n’en déplaise aux végans. « On peut aimer les animaux et les manger. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas vivre avec eux, les nourrir, les soigner, les protéger et in fine les tuer si on ne les aime pas. », plaide notre chère guide suprême, rejointe par Fabrice Hadjadj et l’éleveuse-chercheuse Jocelyne Porcher dans sa critique de l’antispécisme. Si l’on en croit le philosophe Francis Wolff, interrogé dans ce numéro, cette idéologie découle d’une conception puérile de l’animal, confondu avec la personne humaine, en déconnexion totale avec la Nature et l’histoire des hommes. Attention, je vois certains visages pâlir comme un plat de quinoa : amis végétariens, ne zappez pas, Paulina Dalmayer vous représente avec brio. « La production de viande à l’échelle industrielle conduit à la chosification des bêtes et à la déshumanisation des humains », conclut notre plume de choc. Jugement que ne démentiront pas la plupart des contributeurs au dossier « Restons humains, mangeons de la viande », choqués par les vidéos de mauvais traitements dans les abattoirs.

De la ferme à la culture des nourritures de l’âme, il n’y a qu’un pas de côté. Et comme nous ne faisons jamais rien comme nos concurrents, Jérôme Leroy vous a concoté un florilège des classiques à (re)lire, Balzac au premier chef. Hors actualité, Thomas Moralles pilote les voitures d’écrivains, dont la légendaire Jaguar de Sagan cependant qu’Elisabeth Lévy et votre serviteur arpentent le pays de Pasolini. Dans sa ville de Pordenone, au nord-est de l’Italie, le romancier transalpin Alberto Garlini nous a accueillis avec une gentillesse extrême, revenant sur son chef Les noirs et les rouges (Gallimard, 2014, traduction de Vincent Raynaud) et l’histoire tumultueuse de la botte. Pour terminer sur une note rigolote, le comédien Maurice Risch, jeune homme de soixante-treize printemps, retrace son immense carrière, promenant sa bouille de nanars (Mon curé chez les Thaïlandaises, Le Führer en folie) en films d’auteur (Truffaut, Blier, Pascal Thomas…).  Moteur !

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Les noirs et les rouges

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COMPRENDRE LE MALHEUR FRANCAIS

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Un sacrifice italien

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L'Europe sortie de l'Histoire ?

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Tafta: le grand bluff

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Manifestation anti-Tafta. Sipa. Numéro de reportage : 00710807_000011.

Les dernières déclarations de Jean-Claude Juncker et de la Commission européenne sur le traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) jettent une lumière crue sur la manœuvre politicienne à laquelle s’est livré le gouvernement de François Hollande. La Commission «  continuera de négocier » avec les Etats-Unis le traité transatlantique de libre-échange (TTIP ou Tafta), car le mandat de la Commission reste pleinement valable, aucun pays de l’UE n’ayant officiellement manifesté sa réprobation ou son désaccord, a assuré dimanche son président Jean-Claude Juncker, en marge du G20 de Hangzhou. Il a alors ajouté que« Etant donné le mandat  » que les Etats-membres de l’UE ont accordé à la Commission, « nous continuerons de négocier avec les Etats-Unis  », en dépit de la contestation manifestée au sein des gouvernements français et allemand.

Fekl et les canards sauvages

Il convient donc de revenir sur la déclaration du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur du gouvernement français, Matthias Fekl. Ce dernier avait indiqué que la France demanderait en septembre à la Commission, à l’occasion d’une réunion des ministres européens du Commerce, d’arrêter les négociations sur ce projet en raison du « manque de transparence de ces dernières ». Que les négociations du TTIP manquent de transparence est une évidence. Les conditions draconiennes qui sont mises à la consultation des documents de négociation en témoignent. Mais, cela, le gouvernement français le savait depuis 2013. On s’étonne qu’il ait fallu trois ans à un membre de ce gouvernement pour découvrir ce qu’experts et militants dénonçaient depuis le début. On veut bien croire que l’on a le cerveau embrumé dans ce gouvernement, au point de confondre un Macron avec un socialiste ou prendre la politique de Bercy pour une attaque contre la « finance ». Mais il y a des limites à l’indécence.

Alors, comme le disait Michel Audiard, il faudrait peut-être éviter de prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Bref, le drapeau noir flotte sur la marmite et si les cormorans européistes continuent de crier ainsi au-dessus des jonques de Hangzhou, on aura droit aux tontons flingueurs ; bref ce sera du brutal, et on pourrait bien se fâcher.

Car, cette déclaration (indécente) de Matthias Fekl fait écho à celle, prononcée dimanche dernier le 28 août, par le ministre social-démocrate allemand de l’Economie, Sigmar Gabriel, qui a estimé que les discussions avaient de facto échoué car les Européens ne devaient pas céder aux exigences des Etats-Unis. La chancelière conservatrice Angela Merkel continue cependant de défendre le projet. La réalité est que les différents gouvernements savent très bien que les opinions publiques sont aujourd’hui violemment remontées contre le TAFTA, et cela non sans de très bonnes raisons. Ce traité, et l’on a l’expérience des traités précédents, n’apportera rien que ce soit aux consommateurs ou aux producteurs. Il est fait, avant tout, pour enrichir les actionnaires et la finance, pour accélérer, si faire se peut, le mouvement de désindustrialisation que l’on observe dans les pays d’Europe occidentale.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jacques Sapir.

Gabon: les Bongo restent (malgré tout) au pouvoir

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Ali Bongo. Sipa. Numéro de reportage : AP21944685_000001.

C’est peu dire que la réélection d’Ali Bongo ne s’est pas très bien passée. Déjà en 2009, le résultat du suffrage présidentiel avait souffert de violentes émeutes urbaines. Et puis tout était reparti comme avant.

La Françafrique bouge encore

Après l’annonce des résultats aussi serrés que controversés, il y a bien eu des morts et des blessés dans la capitale. L’Assemblée nationale a brûlé et le quartier général du principal opposant, Jean Ping, a été pris d’assaut. Des violences somme toutes symboliques si on les compare à celles de Bujumbura ou de Bangui. Mais globalement l’armée est restée calme et la Police a maintenu l’ordre. Libreville est largement sous contrôle d’Ali Bongo Odimba. Une semaine après la nuit des résultats, la crise Gabonaise a déjà quitté le fil principal de l’actualité.

Les médias internationaux s’attendaient à un scénario à la burkinabé ou à la centrafricaine. Le spectre d’une crise de dix ans à l’ivoirienne était dans tous les esprits. Il est vrai qu’Ali, le fils putatif de l’ancien agent de la Françafrique, contraste par sa raideur avec la bonhomie paternelle d’Omar. Certains guettaient déjà l’avion d’Ali Bongo avant qu’il ne s’envole vers un pays ami. La foule, d’abord en liesse, se serait ensuite jetée sur le palais présidentiel pour piller le butin amassé depuis tant d’années. Il n’en fut rien. Le fils Bongo s’est fait un prénom. Son deuxième septennat s’ouvre déjà. La Françafrique, aux intérêts pétroliers et militaires conséquents, est toujours debout.

Ping, l’ex-cacique du régime

Les protestations discrètes se sont fait entendre ici et là, à Paris ou à Bruxelles. Mais la perspective de voir Jean Ping s’installer aux commandes de l’Etat gabonais a sans doute modéré l’enthousiasme révolutionnaire. L’ancien cacique du régime, ex gendre d’Omar Bongo, peine à incarner le renouveau politique. Directeur de cabinet du président dès 1984 sans être de l’ethnie majoritaire fang. Plusieurs fois ministres avant d’être exilé comme haut fonctionnaire international après 2008, son accession au pouvoir n’aurait pas fondamentalement changé les rouages et les pratiques de l’état gabonais.Assez malhabile, il a d’ailleurs annoncé sa victoire avant même d’attendre les résultats officiels. Ses partisans se sont aussitôt lancé dans les violences qui ont fait craindre le pire. Ils ont malgré eux renforcé l’image d’un Ali Bongo garant de l’ordre et de la stabilité. Tandis que Jean Ping perdait ses qualités d’opposant pacifique.

Hollande: l’homme est nu

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Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg. Sipa. Numéro de reportage : 00691077_000001.

Connaît-on un seul président dont les principaux ministres ont démissionné les uns après les autres avant de se présenter contre lui à l’élection présidentielle ? Ne cherchez pas ! Vous ne trouverez pas. François Hollande est bien le premier à se trouver dans cette situation. Ses alliés politiques se sont tous, ou presque, retournés contre lui. Qui lui reste fidèle ? Cazeneuve, Le Drian, Sapin, Le Fol, éventuellement Vallaud-Belkacem. On ne sait même pas ce qu’en pense Ségolène Royal.

Le premier secrétaire du PS à l’Elysée

En 2011, François Hollande avait gagné le second tour de la primaire socialiste grâce au soutien d’Arnaud Montebourg. Si le candidat de la démondialisation avait opté pour Martine Aubry, l’issue du scrutin aurait été bien incertaine. Il s’agissait d’une alliance politique, « la fameuse alliance des contraires » dont les exemples jalonnent l’histoire politique. Montebourg a décroché le ministère qu’il voulait, mais le Président lui avait confié un couteau sans manche. Hollande n’avait aucune intention de tenir compte de l’avis de son allié, sinon pour se débarrasser de Jean-Marc Ayrault. Mais sur le fond, nada. Tout Hollande est là, derrière le président  perce toujours le premier secrétaire du PS. D’ailleurs, lors de cette fameuse fête de la rose de Frangy de 2014, ce n’est pas le discours-réquisitoire de Montebourg contre l’Union européenne et l’Allemagne, mais bien la foucade de ce dernier, cette promesse de lui « envoyer de la cuvée du redressement », lancée à la cantonade au milieu des journalistes, qui a provoqué le divorce. Critiquer impitoyablement ma politique, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre, comme dirait un autre Corrézien célèbre, mais me traiter d’impuissant devant la France entière, ça non ! Quand l’égo du petit bonhomme prend le pas sur l’homme d’Etat… Sur le coup, Hollande n’a pas perdu un seul ministre mais trois. Aurélie Filipetti et Benoît Hamon, la première bon gré, le second mal gré, avaient dû suivre.

En nommant Manuel Valls à Matignon, François Hollande avait aussi perdu Cécile Duflot, ce qui n’était pas si grave, mais avec la proposition de constitutionnaliser la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme, il finira par perdre aussi l’icône Christiane Taubira. Enfin, le Président aurait rompu sur une question régalienne, faisant passer la patrie avant toute considération tactique, et perdant ainsi une personnalité emblématique de son quinquennat sur l’autel de l’intérêt général ? On pourrait le dire si le projet avait été mené à son terme. Or, c’est précisément après avoir perdu sa ministre qu’il a fini par y renoncer, faisant piteusement porter la responsabilité de son échec sur la droite sénatoriale, qui soutenait pourtant le projet présidentiel d’origine. Tout ça pour ça…

Son fils prodigue l’a trahi

Et puis, il y a eu Emmanuel Macron. Macron qu’il aimait. Macron qu’il chérissait. Macron qu’il admirait. Macron qu’il avait fait. Il devait être son allié dans le jeu à trois face à Manuel Valls. Mais la créature lui a échappé. Un remake pitoyable de « Frankenstein ». Macron qui apprend à connaître son mentor et qui comprend que celui qui l’a nommé est toujours un premier secrétaire du PS, cherchant synthèses et compromis boiteux. Macron qui comprend aussi que cet homme ne sera pas réélu, ne pourra sans doute pas être candidat à sa succession tant il est rejeté dans le pays. Et Macron qui se met à son compte, persuadé qu’il est meilleur, mesurant peut-être aussi que ce n’est pas bien difficile, finalement.

Duflot candidate à la primaire EELV, Hamon candidat à la primaire de la « Belle alliance populaire », invention brevetée par le duo Hollande-Cambadélis. Taubira qui se tâte. Montebourg, candidat à la présidentielle – à travers la primaire seulement si elle n’est pas organisée par le duo Hollande-Cambadélis (on le comprend !). Macron quasiment candidat à la présidentielle, directement. Tous candidats contre lui. Du côté de Matignon, Manuel Valls le soutient comme la corde soutient le pendu, rêvant à sa candidature en cas d’impossibilité de candidature hollandienne. Quand Emmanuel Macron est parti, François Hollande aurait pu faire monter le jeune espoir Mathias Fekl au ministère de l’Economie. Son profil aurait pu permettre d’embêter à la fois Arnaud Montebourg, dont le ministre du Commerce extérieur qui refuse le TAFTA se rapproche idéologiquement, et Emmanuel Macron sur le créneau de la jeunesse. Mais il a préféré tout donner au fidèle Sapin. Petit joueur, le Président ? Peut-être seulement prudent. Qui sait si Fekl au moment décisif n’aurait pas fini par le lâcher à son tour, faisant revivre à Bercy le proverbe « jamais deux sans trois » ?

On ne peut même pas évoquer le Roi qui est nu. Car roi, monarque républicain, l’a-t-il été seulement un seul jour ? C’est seulement d’un homme nu dont il s’agit. Un homme nu qui cache ses attributs avec ses mains, sous le regard d’un peuple entier. Que peut-il inspirer sinon le rire et/ou la pitié ?

Alain Finkielkraut : «Le burkini est un drapeau»

D’après l’auteur de L’identité malheureuse, alors que le bikini symbolise la libération sexuelle des sociétés individualistes occidentales, la burqa est un vêtement « holiste » incarnant la primauté de la collectivité sur l’individu, en l’occurrence la femme. Face aux cris d’orfraie de la presse anglo-saxonne ayant tiré à boulets rouges sur les arrêtés ant-burkini de l’été, Alain Finkielkraut préconise la fermeté.

À l’exception notable de Manuel Valls, constant adversaire du voile islamique et du burkini, le Parti socialiste s’est illustré par son discours lénifiant, au point que les Américains semblent « devenus le surmoi de la gauche française ». Et l’idéologie multiculturelle a gagné jusqu’aux plus hautes juridictions, comme l’atteste la décision du Conseil d’Etat invalidant l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet, alors même qu’il aurait fallu en appeler au respect l’ordre public. Paradoxalement, ce sont les hérauts du vivre-ensemble et du métissage qui défendent le plus ardemment ce vecteur de la séparation entre les religions.

Quant à la chevauchée fantastique d’Emmanuel Macron vers la présidentielle, elle laisse l’Académicien de marbre. À quoi bon se faire le chantre du progressisme à l’heure où le conservatisme est unanimement conspué par la classe politique ? L’économisme de l’ancien jeune ministre n’annonce rien de bon…

Pour nos élites, il est inconcevable que l’immigration pose un problème

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marcel gauchet immigration islam
Marcel Gauchet, par Hannah Assouline.
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Marcel Gauchet, par Hannah Assouline.

Causeur. Depuis janvier 2015, la France a été régulièrement frappée par des attentats islamistes qui affaiblissent une cohésion sociale déjà fragile. En dépit de la rhétorique guerrière qui fait florès dans la classe politique, nous avons du mal à penser ce qui nous arrive. Du reste, nous avons déjà du mal à le nommer. Faut-il, selon vous, parler de « guerre contre le terrorisme » ?

Marcel Gauchet. Nous ne sommes pas en guerre, car la guerre suppose des entités politiques définies qui se combattent suivant des règles établies. Si nous étions en guerre, nous devrions considérer Salah Abdeslam comme un prisonnier de guerre couvert par la convention de Genève, ce qui serait assez embêtant pour l’enquête et le procès. Nous sommes dans une affaire de police à l’épreuve d’un genre particulier de délinquance qu’on appelle terrorisme. Cependant le mot de « police » est trop faible par rapport à la gravité de ces attentats. Aussi l’affichage de militaires qui ne servent absolument à rien d’un point de vue pratique – ils n’ont empêché aucun attentat – revêt-il une importance symbolique extrême. En fait, nous aurions besoin d’une police qui utiliserait des moyens militaires. Cela voudrait dire tuer des gens considérés comme des combattants, alors que la police arrête les suspects et ne tire qu’en situation de légitime défense.

En tout cas, si c’est une guerre, c’est une drôle de guerre. Malgré la prolongation de l’état d’urgence et les grandes déclarations du gouvernement, seule une poignée de djihadistes présumés a été arrêtée cet été. Comment expliquez-vous le fossé entre le vocabulaire belliqueux employé par les autorités et la faiblesse des résultats ?

Nous sommes en guerre et en vacances, et c’est pour protéger les vacances que nous sommes en guerre ! Cette manière assez particulière de faire la guerre nous éloigne passablement d’une quelconque mobilisation collective. Tous nos repères habituels répugnent fondamentalement aux moyens qu’il faudrait utiliser. Un état de guerre réel, par exemple, ne laisserait pas des ennemis déclarés revenir s’installer sur notre territoire. Or nous allons tranquillement permettre à quelques centaines de djihadistes de regagner leurs pénates dans nos banlieues, rapatriement de Syrie aux frais du contribuable, avec quelques mois de prison à la clé tout au plus. Mais nous n’allons pas manquer de poster des militaires devant la cité pour leur montrer qu’au cas où, ça pourrait chauffer ![access capability= »lire_inedits »]

Oui, mais le terme de « guerre » renvoie aussi à une mobilisation de la société contre un ennemi intérieur – l’islam radical qui constitue le terreau du djihadisme. Est-il plus pertinent sur ce front ? Comment nommeriez-vous, pour votre part, ce qui nous arrive ?

Il n’y a pas de nom pour désigner ce qui nous arrive. Nous sommes dans un cas de proto-guerre civile pour des motifs qui nous sont inintelligibles. Dans la guerre sociale que menaient les anarchistes à la fin du xixe siècle, aussi détestables que l’on pouvait juger leurs moyens, on comprenait parfaitement leurs motivations. Ils étaient les acteurs les plus radicaux d’une lutte des classes qui se poursuivait par ailleurs selon d’autres voies. L’enjeu était clair pour tout le monde : le renversement de la société bourgeoise. Mais les terroristes islamistes d’aujourd’hui n’ont pas de but défini et ne veulent pas le pouvoir. Personne ne peut comprendre à quoi cela sert de tirer sur des gens attablés à une terrasse de café. Ce qui ajoute à notre incompréhension, c’est qu’en dépit de tous les efforts pour le nier, les djihadistes sont des Français d’un genre particulier. Ils sont issus de l’immigration, c’est-à-dire du projet de vivre mieux chez nous que dans la société d’origine. Or la seule chose certaine que l’on discerne derrière leur conduite, c’est qu’ils nous haïssent pour ce que nous sommes…

À la frontière de l’identité et de la délinquance, le djihadisme apparaît comme un sous-produit d’un certain type de séparatisme musulman qu’on observe aujourd’hui en France. Y a-t-il dans l’islam quelque chose de structurellement impossible à intégrer ?

Cette frange aberrante ne représente évidemment pas l’islam en général. La bonne démarche est de s’interroger sur la situation globale de l’islam et de chercher à comprendre à partir de là certaines expressions extrêmes qui s’y manifestent. Ce qui est vrai, c’est que l’islam nous confronte à un type de religiosité que nous avons quitté depuis longtemps et qui va totalement contre l’idée spontanée que l’Occidental d’aujourd’hui peut se faire de la religion. Pour nous, la religion c’est avant tout des croyances individuelles. Pour un musulman, c’est avant tout une façon de faire société, et l’islam a poussé plus loin encore que le judaïsme et le christianisme cette connexion entre foi et mœurs. Ce qui fait que le passage à la modernité y représente un défi particulièrement rude.

L’islam exclut donc toute sortie de la religion ?

Au contraire, ce processus est bien entamé dans les sociétés musulmanes, et c’est pour cela que les islamistes nous pourrissent l’existence ! Les musulmans sont gagnés comme les autres par l’occidentalisation du monde, qui est le vrai nom de la mondialisation. Les Occidentaux sont aveugles à l’immense difficulté de cette acculturation obligée pour les peuples qui la subissent. Ceux-ci se voient contraints de digérer en très peu de temps un cadre culturel qui a mis des siècles à se créer chez nous, qui leur tombe dessus de l’extérieur et qui remet profondément en question leur manière d’être. Étonnez-vous de l’ambivalence de leur accueil ! Ils prennent, parce que c’est une proposition qu’on ne peut pas refuser, mais ils ne nous vouent pas une affection débordante. Nous voudrions que les barbares auxquels nous apportons la « civilisation » nous embrassent sur la bouche. Mais ils ont des motifs de nous porter d’autres sentiments.

Quand « ces barbares » sortent de nos écoles, on est en droit de s’étonner…

Cela veut dire que nos écoles ne leur ont pas appris grand-chose, ou ont réveillé autre chose. Un enfant n’arrive pas comme une page vierge à l’école, il est déjà le produit d’une société, d’une culture, d’un univers et de repères culturels. En cas de contradiction entre ce bagage et ce que l’école est chargée de lui apprendre, ça peut faire très mal, dans tous les sens de l’expression.

Dans les années 1980, on était sûrs, avec Christian Jelen, qu’ils feraient de bons Français. Même Michèle Tribalat pensait qu’on pouvait « faire France ». Au bout de trois ou quatre générations d’immigrés, nous découvrons avec stupéfaction qu’un monde étranger s’est constitué autour de nous !

Nous avons créé une contre-société dont nous n’avons aucune idée. Jadis, la France était ce pays singulier où n’importe qui pouvait devenir français sans un pli. Non seulement français mais « franchouillardisé » jusqu’au trognon. Nous avons vécu jusqu’à une date récente sur la fausse sécurité de cette expérience historique. Elle nous a trompés, car entre-temps tout a changé, l’immigration a changé, l’islam, puisque c’est principalement de lui qu’il s’agit, a changé, notre société a changé. D’abord, nous n’avons plus affaire à la même immigration. On émigrait par adhésion plus ou moins consciente aux valeurs de la société d’accueil. On allait aux États-Unis pour jouir de la liberté, de la prospérité, de la possibilité de s’exprimer en tant qu’individu. La France a été une terre d’immigration privilégiée parce qu’elle a offert pendant longtemps l’exemple de la République, ce qui voulait dire beaucoup pour les gens qui la rejoignaient. Portée par cet esprit, l’école jouait aisément son rôle d’intégrateur…

Comment cette belle mécanique s’est-elle enrayée ?

C’est le grand tournant de la mondialisation qui a changé l’immigration. Il en a fait une affaire économique comme le reste, qui n’implique absolument pas d’adhésion aux valeurs de la société d’accueil, laquelle est uniquement perçue sous l’angle des bénéfices matériels qu’elle apporte. Dans ce cadre, non seulement vous ne renoncez pas à votre identité d’origine mais vous entendez bien l’importer dans la société d’accueil.

Mais les Français musulmans sont souvent plus royalistes que le roi, surenchérissant par rapport à l’islam de leurs parents…

Dans le même temps, l’islam a changé lui aussi. En fonction du mécanisme réactif dont nous avons déjà parlé, la globalisation, en accélérant l’acculturation des sociétés musulmanes, a amplifié la riposte fondamentaliste. Tous ces mouvements entrent en résonance. Et nos sociétés, de leur côté, se sont elles aussi « identitarisées », de telle sorte que dans un premier temps elles n’ont pas vu malice dans l’affirmation d’identités exotiques, au contraire.[/access]

à suivre…

COMPRENDRE LE MALHEUR FRANCAIS

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Déradicalisation au doigt mouillé

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deradicalisation revial daech islam

deradicalisation revial daech islam

« Un surveillant a été agressé à l’arme blanche dimanche par un détenu islamiste, aidé par plusieurs complices. »

Ainsi commence dans Le Figaro du 6 septembre le récit circonstancié de l’agression qui a eu lieu dimanche à la prison d’Osny, en région parisienne. « Le détenu auteur des faits, Bilal T., a frappé sa victime à l’aide d’«une lame de 25 cm très fine et très aiguisée qui a transpercé de part en part la gorge du surveillant à 2 mm de la carotide puis est passée à quelques millimètres du poumon», affirme-t-on de sources pénitentiaires. Selon ces dernières, l’individu bénéficiait de fortes complicités parmi les autres détenus avec lesquels cette agression aurait été programmée. Les enquêteurs auraient trouvé sur un autre détenu des liens qui font penser que l’idée était de procéder à une «exécution» telle que Daech a l’habitude de les pratiquer. Selon des personnels pénitentiaires, l’auteur de l’agression «aurait badigeonné l’une des portes de cellules du sang du surveillant et aurait levé les mains afin de prier». »

Du coup, le secrétaire général de l’UFAP-UNSA, le principal syndicat de surveillants de prison, n’est pas content. « Les établissements pénitentiaires sont assis sur une véritable poudrière. Ils comptent 300 détenus prévenus pour faits de terrorisme et un millier en voie de radicalisation. Bien avant l’ouverture de ces unités, l’UFAP a demandé que la sécurité prévale et que ces quartiers soient totalement étanches du reste de la détention. Autrement dit, ces individus ne doivent pas se rencontrer, et il faut qu’il y ait au moins trois surveillants par détenu. Mais l’on préfère mettre en place des programmes qui n’ont ni queue ni tête. Nous sommes fatigués de ce mot de déradicalisation qui ne veut rien dire ».

Aux Editions Michalon, Julien Revial a sorti l’année dernière Cellule de déradicalisation où il s’amuse à comparer les deux visages de la déradicalisation — l’une à dimension théologique, l’autre à dimension affective. « Psychologie de bazar », a dit un parlementaire. Déradicalisation au doigt mouillé, si je puis dire. Arnaque, dit carrément l’auteur.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Cellule de déradicalisation : chronique d'une désillusion

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Contre le port de la tolérance intégrale

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burkini tariq ramadan islam religion
Baignade contre l'interdiction du burkini. Sipa. Numéro de reportage : 00770213_000006.
burkini tariq ramadan islam religion
Baignade contre l'interdiction du burkini. Sipa. Numéro de reportage : 00770213_000006.

Tariq Ramadan condamne toute violence physique faite aux femmes. Simplement, il réclame le droit de lire le Coran et de consulter Dieu pour savoir s’il faut, ou non, la frapper. Monsieur Ramadan condamne avec la plus grande vigueur la violence faite aux homosexuels. Simplement, il pense que l’homosexualité est un crime au regard de sa foi. Comme tout homme a le droit de croire, tout homme a le droit de considérer cette pratique comme une monstruosité contre nature.

Une conception prédicatrice de la tolérance

Pour les besoins d’une enquête personnelle, j’ai dû visionner les débats télévisuels de cet éminent docteur, et je suis toujours étonné que des journalistes ou des hommes politiques français tombent dans le panneau de cette conception prédicatrice de la tolérance. La conception prédicatrice de la tolérance se présente comme la conception achevée de la tolérance. Lorsque vous vous élevez contre telle ou telle pratique, Monsieur Ramadan s’étonne. Son visage s’arrondit, ses lèvres s’effilent, il vous répond : « Qu’est-ce qui vous gêne ? Vous n’aimez pas les musulmans ? Pourquoi vous ne laissez pas les gens faire ce qu’ils veulent ? ».

Et ainsi en va-t-il de la sexualité féminine. Bien sûr, notre éminent spécialiste du fait religieux (qu’on me permette de ne pas énumérer ses diplômes, une journée n’y suffirait pas) a le plus grand respect pour les femmes. Il ne leur ferait jamais aucun mal et milite internationalement pour la cessation des pratiques barbares les concernant. Simplement, il pense que le problème de la pureté féminine se pose. C’est un peu comme si l’on disait : je ne ferais jamais de mal à un juif. Simplement, j’aimerais savoir si ce sont des sous-hommes ou non. Ou bien : j’ai le plus grand respect pour les indiens Tupi-Guarani. Simplement, je me demande s’ils ont une âme.

Et notre vaillant docteur d’étudier le Coran pour trouver la bonne réponse. Voilà où nous en sommes.

L’appel grotesque au débat

Il est à noter que, dans le monde de la tolérance intégrale vers lequel nous nous dirigeons à grand pas sous la pression de ces vaillants progressistes, les prédicateurs ne détestent rien tant que le dogmatisme. Ils sont d’ailleurs très étonnés toutes les fois qu’un contradicteur (généralement ce qu’on appelle, avec une moue de dédain, un laïcard) s’emporte. Monsieur Ramadan a bien le droit de lire le Coran pour savoir s’il faut lapider une femme quand on est un bon musulman. Mais que quelqu’un coupe la parole à Monsieur Ramadan, ça non. Voilà qui est indigne.

Cette farce amusante à Paris (et très cruelle ailleurs) continuera aussi longtemps que nous accepterons l’idée qu’un homme a reçu de Dieu la capacité de déterminer si un sein doit être caché ou non (Molière, si tu nous entends…). La sexualité des femmes n’est pas un problème, et le savoir de Monsieur Ramadan n’est pas un savoir. Quant à cet appel au débat, à la démocratie, à la sérénité, il ne signifie rien dans la bouche d’un homme qui s’octroie, sous prétexte d’études, le pouvoir de départager le pur de l’impur. Il est aussi absurde d’envisager un débat démocratique sur la pureté féminine que d’envisager sereinement un débat sur la nature possiblement diabolique des chats noirs à poil court.

Corée du Nord: le peloton d’exécution pour une simple sieste?

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coree nord kim jong un
Kim-Jong-Un. Sipa. Numéro de reportage : 00690481_000001.
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Kim-Jong-Un. Sipa. Numéro de reportage : 00690481_000001.

En Corée du Nord, le mois d’août aurait été sanglant. Une purge estivale dont seul Pyongyang a le secret. Fin août, un journal sud-coréen citant une « source anonyme » faisait savoir que l’ancien ministre de l’agriculture Hwang Min et un haut fonctionnaire avaient été exécutés au début du mois d’août. Une exécution spectaculaire : les deux fonctionnaires seraient morts sous le feu de canons anti-aériens. Le jeune tyran ne fait pas dans le détail.

Mercredi dernier, le porte-parole du ministère de l’Unification de Séoul, annonçait pour sa part, que c’était l’un des principaux ministres de Kim-Jong-Un, le vice premier-ministre Kim-Yong Jin qui avait été éliminé par un très classique peloton d’exécution.

Régulièrement les services de renseignement sud-coréens font état de purges brutales. En avril 2015, la Corée du Sud évoqua la mort de 15 hauts fonctionnaires du nord parmi lesquels celle de Hyon Yong-Chol, le ministre de la défense de Kim-Yong Un, accusé d’avoir fait une sieste lors de défilés militaires ! Depuis les services sud-coréens sont revenus sur cette information, annonçant qu’il avait plus probablement été déchu. Même chose au sujet d’un chef d’état-major de l’armée, accusé de corruption, donné pour mort par les services sud-coréens. Il fut nommé membre suppléant du Politburo en mai 2016. Les services sud-coréens reconnurent qu’ils s’étaient probablement trompés.

Des rumeurs invérifiables

Risque-t-on le peloton d’exécution pour avoir piqué un somme en Corée du Nord  ? Invérifiables et diffusées le plus souvent par les services de renseignement sud-coréens, ces informations sont au moins sujettes à caution. Certes, la Corée du Nord est l’un des pays les plus tyranniques de la planète et la période est propice aux tensions et règlements de compte internes. D’autant que de nombreux médias se sont faits l’écho d’une augmentation récente des défections de hauts cadres du régime, largement susceptibles d’irriter Kim III. En aout, sept diplomates auraient quitté le pays alors que Pyongyang multiplie de son côté les tirs de missiles balistiques en direction de la mer du Japon. Une démonstration de puissance qui vise autant à narguer les institutions internationales incapables de réagir à la menace nord-coréenne, qu’en interne à renforcer l’autorité du leader sur le parti et l’armée.

Mais toutes les « informations » sur des purges sans fin relèvent plus souvent d’un jeu de propagande entre les deux Corée. Par la diffusion de ces rumeurs, Séoul maintient un certain niveau de tensions entre les deux pays et incite les candidats nord coréens à la défection, des sources toujours intéressantes d’informations pour le sud qui « débriefe » tous les nord-coréens.  Par ailleurs, il est évident que pour les services de sécurité sud-coréens chargés d’espionner le pays le plus fermé de la planète, la tâche n’est pas aisée et la diffusion régulière de rumeurs ou d’informations sur la Corée du Nord est une façon de prouver leur utilité. Méthode classique des services de renseignements après la chute du Mur de Berlin qui pour contrer « leur chômage technique » avaient largement tendance à surévaluer la menace.

De son côté, la Corée du Nord (qui ne dément jamais aucune « rumeur ») y trouve aussi son compte en apparaissant comme un régime fort et sous contrôle. Il fait même preuve d’une certaine subtilité en matière de communication en faisant réapparaître les présumés purgés lors de cérémonies officielles, quelques mois après l’annonce de leur mort. Une manière de ridiculiser les services de renseignement du Sud.

Purges et fantasmes

Si Kim Jong-Un est tout à fait capable d’exécuter ses plus proches collaborateurs et anciens affidés, l’élimination brutale de hauts cadres du régime reste exceptionnelle et signale la crainte de la montée en puissance d’une faction contestataire, ou trop affairistes au sein de l’élite comme le décrit le journaliste Philippe Pons dans son récent livre Corée du Nord, un état guérilla en mutation.

C’est le sort que connut Jang Song Thaek, éminence grise du pouvoir, et accessoirement oncle du jeune dirigeant. Accusé de trahison, il fut exécuté à la mitrailleuse lourde en décembre 2013. Condamné à mort par un tribunal militaire sous l’inculpation d’avoir fomenté un coup d’état, il fut éliminé en présence de cadres du Parti. L’information fut alors relayée par les médias officiels, sa photo effacée de la plupart des photos officielles, et des milliers d’articles des archives qui évoquaient son travail furent détruites, ce qui pour Pyongyang vaut confirmation. Comme au temps de l’URSS, les cadres du parti effectivement exécutés disparaissent des photos et leurs noms sont souvent effacés dans les archives des journaux officiels.

Une médiatisation spectaculaire de l’événement destinée à marquer les esprits de l’élite dirigeante du pays et les éventuels candidats à une mise en cause du pouvoir absolu de Kim Jong Un. Démonstration que Pyongyang maitrise l’art de la dramaturgie. Cette exécution, suivi de nombreuses arrestations fut un événement sans précédent depuis les grandes purges des années 60. «à la fois Kim Il-sung et Kim Jong-il ont été réticents à tuer leurs hauts fonctionnaires. Sous leur règne, de nombreux responsables ont été rétrogradés ou envoyés à la campagne où ils étaient censés faire du travail de bureau, des tâches de base ou du travail forcé», écrit l’expert russe Andrei Lankov sur le site NKnews

Mais les rumeurs non-confirmées d’exécutions spectaculaires pour sieste trop prolongées relèvent bien plus de la machine à fantasmes qu’aiment alimenter les services de renseignements américaines et sud-coréens largement relayée par une  presse occidentale qui oublie là toute consigne de prudence.

Sous le burkini, la vague islamiste

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burkini islam gauchet conseil etat

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« Débat stérile », « polémique indigne », « querelle hystérique » : après la publication des premiers arrêtés anti-burkinis[1. S’agissant d’un habit qui évoque furieusement la burqa et pas du tout le bikini, on devrait plutôt écrire « burqini ». Où se niche la bien-pensance…], début août, toutes les grandes consciences du pays et environ 95 % des journalistes ont martelé sans relâche les mêmes éléments de langage. Sujet sans intérêt, circulez. Attention, contrairement à ce que pensent certains, fort excités, sur les forums de discussion, on n’est pas un traître, un salaud ou un vendu-aux-barbus parce qu’on est hostile à l’interdiction. Mais l’argument assené en boucle pour clouer le bec de tout contradicteur laisse rêveur. On n’aurait pas le droit d’interdire le burkini, mais il faudrait interdire d’en parler ? On aimerait comprendre en quoi la promotion d’un costume de bain islamique, jusque-là inconnu sous nos cieux, serait un sujet moins digne de débat que la hiérarchie des normes dans la loi travail, dont nous avons mangé à tous les repas pendant des semaines. Les grands démocrates qui s’émerveillaient des interminables et autarciques logorrhées de Nuit debout, rebaptisées « débats citoyens », sur des thématiques le plus souvent absconses et confidentielles, voient d’un fort mauvais œil que l’on débatte d’une question qui intéresse sacrément une majorité de Français, et pas seulement des méchants de droite : au-delà du burkini, la progression d’un islam radical qui nourrit ou encourage le terrorisme.

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire?

On aimerait comprendre, façon de parler, vu que le même mécanisme de censure est à l’œuvre depuis quarante ans – même s’il perd assurément de son efficacité. Identité ? Islam ? Immigration ? Questions dangereuses, idées puantes, lepéno-sarkozysme. Pouah, pas touche. Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire : après dix-huit mois d’expérience de la terreur, nos innombrables petits singes croient encore faire disparaître les choses qui leur déplaisent en interdisant les mots. Il n’y a pas de problème, répètent-ils en guise de formule conjuratoire. Comme l’analyse Marcel Gauchet, il n’y a pas de problème parce que, dans leur logiciel intellectuel, il ne peut pas y en avoir. Ou alors, il vient de nous, de nos idées étroites et de nos peurs rances.

On croyait que les attentats et ce qu’ils nous ont appris sur la société musulmane en France feraient l’effet d’un coup de réel. Las ! Tout occupées à dispenser des leçons de maintien multiculti, les VIP de la gauche politique et médiatique (qui comptent, faut-il le rappeler, des tas de gens de droite) ne voient pas qu’une guerre culturelle a commencé. Ce n’est pas, ou pas seulement, pour faire parler d’eux que des maires ont décidé d’interdire le burkini, mais pour répondre à la demande sourde de leurs administrés qui, depuis Nice, expriment de diverses manières la même opinion, ou le même sentiment : ça suffit ! Assez de complaisance ! Arrêtons de céder du terrain !

Cette guerre ne sera pas menée par des forces armées mais par la société, elle ne vise pas à conquérir des territoires mais des esprits, elle ne combat pas les musulmans mais l’islam fondamentaliste et séparatiste qui veut les empêcher d’être français. Du reste, si nous devons la livrer, c’est d’abord pour ceux – et peut-être plus encore pour celles – qui subissent, dans notre pays, le joug des « Frères » et ne peuvent compter que sur la France pour y échapper. Que doit-on dire à toutes ces femmes qui assurent que, si on n’interdit pas ce nouveau carcan qu’est le burkini, elles seront contraintes de le porter ? Chacun sa vie ? Edwy Plenel, semble-t-il, n’a pas daigné répondre à Fatiha Daoudi, juriste et chroniqueuse au HuffPost Maghreb qui, en quelques phrases, a ridiculisé son interminable et prévisible plaidoyer pour ce « vêtement comme un autre » : « À vous entendre pérorer sur la liberté vestimentaire des femmes musulmanes, confortablement installé dans une démocratie centenaire dont les institutions sont solidement ancrées et où les libertés individuelles sont sacralisées, je sens mes cheveux se dresser sur ma tête non voilée et la colère m’envahir. » Droit dans les gencives.

Soumission sociétale

De peur de froisser les spécialistes, on se gardera de se demander si ceux qui endoctrinent des gamins et pourrissent la vie de leurs concitoyens dès qu’ils sont majoritaires sont salafistes, wahhabites ou islamo-déséquilibrés. Leur islam est certainement plus identitaire et politique que strictement religieux. Pour une partie des enfants d’immigrés, il est un état d’esprit, une façon de voir et de diviser le monde entre « eux » et « nous » plus qu’une spiritualité. Reste une certitude : au cours des dernières années, cet état d’esprit s’est répandu, poussant un nombre croissant de musulmans à vivre dans une société parallèle devenue, stricto sensu, une contre-société. En effet, il ne s’agit pas seulement d’entre-soi, tel que le pratiquent les Juifs religieux ou beaucoup de Chinois, mais de sécession hostile. Ainsi, à en croire nombre de représentants communautaires interrogés par Bertrand Pasquet, c’est seulement après Nice que la rue musulmane s’est sentie concernée par les attentats.

On aurait tort, toutefois, de croire à une évolution spontanée. Nous sommes en présence d’une offensive qui n’est pas menée par un commandement unifié mais par des myriades d’individus et de factions, d’associations, d’amicales, de médias, sans oublier des sponsors plus ou moins transparents. Comme le souligne Marcel Gauchet, cette nébuleuse ne cherche nullement à prendre le pouvoir comme le Ben Abbes d’Houellebecq. Ses activistes s’emploient à renforcer leur contrôle sur le groupe, en particulier sur sa partie féminine, tout en menant un combat idéologique qui se traduit régulièrement par des campagnes destinées à tester notre capacité de résistance. C’est ce qui s’est passé avec le burkini.

Le Conseil d’État a tranché, le droit a parlé, dit-on. Après le Washington Post, le New York Times et toute la presse convenable de la Terre, le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU s’est permis d’engueuler la France dans un tweet comminatoire, appelant les maires non concernés par l’arrêt à abroger au plus vite leurs mesures discriminatoires. De quoi je me mêle ? C’est bête, mais quand le machin droits-de-l’homme de l’ONU et le Conseil d’État parlent en chœur de liberté, j’ai une furieuse envie d’interdire. Pourtant, on ne saurait le faire de gaieté de cœur. Ma fibre libérale souffre doublement, pour le burkini et pour son interdiction.

En attendant, et n’en déplaise à tous ceux qui veulent nous obliger à vivre ensemble avec n’importe qui, la « dérisoire affaire » du burkini marquera peut-être le début de la reconquête culturelle des territoires perdus – du Kulturkampf, comme aurait dit Bismarck. À nous de décider collectivement si nous voulons qu’elle se fasse à la manière corse ou dans les formes républicaines. Si la République se montre mollassonne, compassionnelle et accommodante, beaucoup de ses enfants déçus commenceront à lorgner avec envie sur les défenses identitaires spontanées des Corses, oubliant qu’elles se déploient grâce à l’intimidation collective orchestrée par des manifestations silencieuses mais punitives, organisées en représailles dans les cités où résident les auteurs d’actions violentes.

Je préfère pour ma part la manière républicaine. La force de la loi, la puissance de la Raison –pour les câlins, on verra plus tard. Si la bataille est engagée, on ne recule plus, comme disait l’autre. Peut-être faudra-t-il, si le Conseil d’État s’entête, légiférer sur le burkini. À moins, bien sûr, que les islamo-activistes qui nous cherchent entendent finalement l’appel à la discrétion que leur a lancé Jean-Pierre Chevènement. Amusant, les réactions outrées que ce mot a suscitées – encore qu’à l’ère des prides, on pouvait s’y attendre. Discret, moi, répète si t’oses ! La discrétion, il y a des maisons pour ça ! Pourtant, ne pas jeter ses croyances à la tête de ses concitoyens, en particulier quand on sait que leur affichage – en l’occurrence celui de l’infériorité des femmes – heurte la sensibilité majoritaire, ne devrait pas être considéré comme une humiliation, mais comme une forme de courtoisie républicaine. On peut parfois dire « après vous », s’effacer devant l’ancienneté, au lieu de revendiquer sans cesse une visibilité maximale.

Sauver la jeunesse perdue

Reste que le burkini ne fait pas une politique. Il est temps, entend-on de toute part, de redéfinir les règles du jeu et de renégocier (ou de négocier) le pacte entre la France et son islam. Dit ainsi, cela paraît simple. En réalité, c’est un inextricable casse-tête. Bien sûr, on peut compter sur Jean-Pierre Chevènement pour faire œuvre utile à la tête de la Fondation pour l’islam de France. Qu’il nous permette de lui suggérer le lancement d’un vaste audit des milliers d’associations qui bénéficient de fonds publics et dont un nombre conséquent contribuent non pas au développement de la jeunesse mais à son décervelage.

Pour négocier, encore faut-il définir les parties en présence. On connaît la difficulté qu’il y a à faire émerger une représentation légitime de l’islam de France, et il est à craindre que la nouvelle relance du chantier, aussi bien intentionnée soit-elle, ne parvienne pas à régler le problème. Il est fort bon de discuter avec Tareq Oubrou et d’autres personnalités tout aussi respectables, mais cela ne sera d’aucune utilité pour regagner une jeunesse perdue qui les considère à peu près comme des juifs – et ce n’est pas un compliment. C’est l’encadrement intermédiaire de la société musulmane – animateurs culturels et caïds subventionnés – qu’il faut évaluer et, si besoin, neutraliser.

Quant à la France, seconde partie au dialogue, on voudrait bien son numéro de téléphone. Comment dire ce que nous attendons de nos compatriotes musulmans, quand nous sommes loin d’attendre tous la même chose et d’avoir la même définition des différences que nous tolérons et de celles dont nous ne voulons pas ? Cette pluralité qui fait le charme de notre société est plus problématique au sommet de l’État où le président laisse, comme à son habitude, se développer une cacophonie qui lui permet d’avoir plusieurs fers au feu. Mais alors, qui parle au nom de la France : Manuel Valls qui a soutenu les arrêtés anti-burqini, ou Najat Vallaud-Belkacem qui, soucieuse de ne pas s’aliéner les électeurs de Villeurbanne, a décrété qu’il s’agissait d’une intolérable atteinte aux libertés ? Jean-Pierre Chevènement ou l’inénarrable Thierry Tuot, cosignataire de l’arrêt du Conseil d’État, chantre de la « société d’inclusion », qui veut en finir avec la suprématie du français à l’école ?

En attendant, nos dirigeants et ceux qui aspirent à le devenir devraient s’interdire de flatter la fibre victimaire de jeunes Français qui n’ont jamais subi la colonisation en leur serinant que nous sommes coupables de tous leurs maux. C’est en tenant, depuis trente ans, ce discours, infantilisant et condescendant sous son air compatissant, qu’on a semé dans des esprits faibles la graine de la haine et du ressentiment, et abandonné la majorité silencieuse à la loi du plus fort. Pour l’islam, la bataille de France a commencé. Comme le disait Churchill le 4 juin 1940 devant la Chambre des communes, « We shall fight on the beaches »« Nous nous battrons sur les plages ». Et nous ne gagnerons pas à coups de bon sentiment.

Cet article en accès libre est extrait de Causeur n°38.   

Contre l’islamisme, la guerre culturelle est déclarée

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burkini riocreux chevenement gauchet risch

burkini riocreux chevenement gauchet risch

Ce numéro n’était pas encore en kiosque que sa « une » faisait déjà jaser sur les réseaux sociaux : pour nos détracteurs, montrer une publicité australienne pour le burkini surmontée du logo antifasciste « No pasaran » relèverait au mieux du blasphème, au pire de l’incitation à la guerre civile. Or, si guerre il y a, hors poussées de djihad, celle-ci est essentiellement culturelle et ce n’est pas nous qui l’avons déclarée.

Même si « on n’est pas un traître, un salaud ou un vendu-aux-barbus parce qu’on est hostile à l’interdiction », ayons conscience que « ce n’est pas, ou pas seulement, pour faire parler d’eux que des maires ont décidé d’interdire le burkini, mais pour répondre à la demande sourde de leurs administrés qui, depuis Nice, expriment de diverses manières la même opinion, ou le même sentiment : ça suffit ! Assez de complaisance ! Arrêtons de céder du terrain ! » à l’islamisme, fût-il non violent, explique Elisabeth Lévy. À l’instar de Marcel Gauchet, interrogé dans nos colonnes pour le plus grand bonheur d’Edouard Louis, notre directrice de la rédaction voit un bras de fer s’engager entre la culture française d’une part, portée par des citoyens de toutes obédiences, et la mouvance islamiste qui cherche à gagner du terrain à coups d’accommodements déraisonnables.

Le souci, c’est que nos gentils apôtres du multiculturalisme ne conçoivent pas une seconde pareille épreuve de force, empêtrés dans un irénisme naïf faisant de l’immigration et de culture de l’Autre une chance inouïe. Une telle complaisance ne rend pas service aux musulmans patriotes, sincèrement désolé des attentats et des atteintes à l’identité française perpétrés au nom de leur religion, comme l’a vérifié Bertrand Pasquet dans un reportage auprès de la « communauté ». Quelques millions de musulmans Français que Jean-Pierre Chevènement, également interviewé dans ce numéro, a toujours considérés comme des citoyens de plein droit, ultramajoritairement acquis aux valeurs républicaines. Maintenant ses propos sur la nécessaire discrétion des musulmans, le nouveau président de la Fondation des œuvres de l’islam invite tous les Français à accomplir leur « djihad laïque » en se conformant aux lois qui régissent le sacrosaint vivre-ensemble hexagonal depuis plus d’un siècle.

Mais le burkini n’est pas seulement un vêtement, c’est un défi lancé à la France, cible désignée de l’Etat islamique sur le plan guerrier mais également des Frères musulmans sur le font culturel, argue Régis de Castelnau, fervent avocat d’une laïcité de combat. D’ailleurs, même chez les plus dévots, à l’image des jeunes catholiques participant aux Journées mondiales de la jeunesse, la multiplication des revendications victimaires d’un islam violent, auquel on doit l’assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, provoque un sentiment de révolte légitime quelles que soient les homélies lénifiantes du pape François. Charlotte Amadis, notre envoyée spéciale aux JMJ de Cracovie, nous décrit le traumatisme des catholiques de France, las de tendre la joue à leurs bourreaux barbus.

Pourtant, dans les médias mainstream, le petit train-train du « pas d’amalgame » poursuit son bonhomme de chemin, selon Ingrid Riocreux, experte en enfumage médiatique et animatrice du blog Causeur La Voix de nos maîtres, que j’ai eue le plaisir de lire et d’interviewer sur le conseil du toujours avisé Basile de Koch (qu’il en soit remercié sur plusieurs générations… lisez « le moi de Basile », Jalons vous le rendra !).

Après une brève incursion en mer Noire, où les deux anciens frères ennemis Poutine et Erdogan scellent leur rapprochement, sous l’œil expert de Luc Rosenzweig, notre numéro vous fera rencontrer nos amis les bêtes. Pour Elisabeth Lévy, aimer les animaux n’empêche nullement de manger de la viande, n’en déplaise aux végans. « On peut aimer les animaux et les manger. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas vivre avec eux, les nourrir, les soigner, les protéger et in fine les tuer si on ne les aime pas. », plaide notre chère guide suprême, rejointe par Fabrice Hadjadj et l’éleveuse-chercheuse Jocelyne Porcher dans sa critique de l’antispécisme. Si l’on en croit le philosophe Francis Wolff, interrogé dans ce numéro, cette idéologie découle d’une conception puérile de l’animal, confondu avec la personne humaine, en déconnexion totale avec la Nature et l’histoire des hommes. Attention, je vois certains visages pâlir comme un plat de quinoa : amis végétariens, ne zappez pas, Paulina Dalmayer vous représente avec brio. « La production de viande à l’échelle industrielle conduit à la chosification des bêtes et à la déshumanisation des humains », conclut notre plume de choc. Jugement que ne démentiront pas la plupart des contributeurs au dossier « Restons humains, mangeons de la viande », choqués par les vidéos de mauvais traitements dans les abattoirs.

De la ferme à la culture des nourritures de l’âme, il n’y a qu’un pas de côté. Et comme nous ne faisons jamais rien comme nos concurrents, Jérôme Leroy vous a concoté un florilège des classiques à (re)lire, Balzac au premier chef. Hors actualité, Thomas Moralles pilote les voitures d’écrivains, dont la légendaire Jaguar de Sagan cependant qu’Elisabeth Lévy et votre serviteur arpentent le pays de Pasolini. Dans sa ville de Pordenone, au nord-est de l’Italie, le romancier transalpin Alberto Garlini nous a accueillis avec une gentillesse extrême, revenant sur son chef Les noirs et les rouges (Gallimard, 2014, traduction de Vincent Raynaud) et l’histoire tumultueuse de la botte. Pour terminer sur une note rigolote, le comédien Maurice Risch, jeune homme de soixante-treize printemps, retrace son immense carrière, promenant sa bouille de nanars (Mon curé chez les Thaïlandaises, Le Führer en folie) en films d’auteur (Truffaut, Blier, Pascal Thomas…).  Moteur !

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Les noirs et les rouges

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COMPRENDRE LE MALHEUR FRANCAIS

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Un sacrifice italien

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Tafta: le grand bluff

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Manifestation anti-Tafta. Sipa. Numéro de reportage : 00710807_000011.
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Manifestation anti-Tafta. Sipa. Numéro de reportage : 00710807_000011.

Les dernières déclarations de Jean-Claude Juncker et de la Commission européenne sur le traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) jettent une lumière crue sur la manœuvre politicienne à laquelle s’est livré le gouvernement de François Hollande. La Commission «  continuera de négocier » avec les Etats-Unis le traité transatlantique de libre-échange (TTIP ou Tafta), car le mandat de la Commission reste pleinement valable, aucun pays de l’UE n’ayant officiellement manifesté sa réprobation ou son désaccord, a assuré dimanche son président Jean-Claude Juncker, en marge du G20 de Hangzhou. Il a alors ajouté que« Etant donné le mandat  » que les Etats-membres de l’UE ont accordé à la Commission, « nous continuerons de négocier avec les Etats-Unis  », en dépit de la contestation manifestée au sein des gouvernements français et allemand.

Fekl et les canards sauvages

Il convient donc de revenir sur la déclaration du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur du gouvernement français, Matthias Fekl. Ce dernier avait indiqué que la France demanderait en septembre à la Commission, à l’occasion d’une réunion des ministres européens du Commerce, d’arrêter les négociations sur ce projet en raison du « manque de transparence de ces dernières ». Que les négociations du TTIP manquent de transparence est une évidence. Les conditions draconiennes qui sont mises à la consultation des documents de négociation en témoignent. Mais, cela, le gouvernement français le savait depuis 2013. On s’étonne qu’il ait fallu trois ans à un membre de ce gouvernement pour découvrir ce qu’experts et militants dénonçaient depuis le début. On veut bien croire que l’on a le cerveau embrumé dans ce gouvernement, au point de confondre un Macron avec un socialiste ou prendre la politique de Bercy pour une attaque contre la « finance ». Mais il y a des limites à l’indécence.

Alors, comme le disait Michel Audiard, il faudrait peut-être éviter de prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. Bref, le drapeau noir flotte sur la marmite et si les cormorans européistes continuent de crier ainsi au-dessus des jonques de Hangzhou, on aura droit aux tontons flingueurs ; bref ce sera du brutal, et on pourrait bien se fâcher.

Car, cette déclaration (indécente) de Matthias Fekl fait écho à celle, prononcée dimanche dernier le 28 août, par le ministre social-démocrate allemand de l’Economie, Sigmar Gabriel, qui a estimé que les discussions avaient de facto échoué car les Européens ne devaient pas céder aux exigences des Etats-Unis. La chancelière conservatrice Angela Merkel continue cependant de défendre le projet. La réalité est que les différents gouvernements savent très bien que les opinions publiques sont aujourd’hui violemment remontées contre le TAFTA, et cela non sans de très bonnes raisons. Ce traité, et l’on a l’expérience des traités précédents, n’apportera rien que ce soit aux consommateurs ou aux producteurs. Il est fait, avant tout, pour enrichir les actionnaires et la finance, pour accélérer, si faire se peut, le mouvement de désindustrialisation que l’on observe dans les pays d’Europe occidentale.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jacques Sapir.

Gabon: les Bongo restent (malgré tout) au pouvoir

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gabon ali bongo ping
Ali Bongo. Sipa. Numéro de reportage : AP21944685_000001.
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Ali Bongo. Sipa. Numéro de reportage : AP21944685_000001.

C’est peu dire que la réélection d’Ali Bongo ne s’est pas très bien passée. Déjà en 2009, le résultat du suffrage présidentiel avait souffert de violentes émeutes urbaines. Et puis tout était reparti comme avant.

La Françafrique bouge encore

Après l’annonce des résultats aussi serrés que controversés, il y a bien eu des morts et des blessés dans la capitale. L’Assemblée nationale a brûlé et le quartier général du principal opposant, Jean Ping, a été pris d’assaut. Des violences somme toutes symboliques si on les compare à celles de Bujumbura ou de Bangui. Mais globalement l’armée est restée calme et la Police a maintenu l’ordre. Libreville est largement sous contrôle d’Ali Bongo Odimba. Une semaine après la nuit des résultats, la crise Gabonaise a déjà quitté le fil principal de l’actualité.

Les médias internationaux s’attendaient à un scénario à la burkinabé ou à la centrafricaine. Le spectre d’une crise de dix ans à l’ivoirienne était dans tous les esprits. Il est vrai qu’Ali, le fils putatif de l’ancien agent de la Françafrique, contraste par sa raideur avec la bonhomie paternelle d’Omar. Certains guettaient déjà l’avion d’Ali Bongo avant qu’il ne s’envole vers un pays ami. La foule, d’abord en liesse, se serait ensuite jetée sur le palais présidentiel pour piller le butin amassé depuis tant d’années. Il n’en fut rien. Le fils Bongo s’est fait un prénom. Son deuxième septennat s’ouvre déjà. La Françafrique, aux intérêts pétroliers et militaires conséquents, est toujours debout.

Ping, l’ex-cacique du régime

Les protestations discrètes se sont fait entendre ici et là, à Paris ou à Bruxelles. Mais la perspective de voir Jean Ping s’installer aux commandes de l’Etat gabonais a sans doute modéré l’enthousiasme révolutionnaire. L’ancien cacique du régime, ex gendre d’Omar Bongo, peine à incarner le renouveau politique. Directeur de cabinet du président dès 1984 sans être de l’ethnie majoritaire fang. Plusieurs fois ministres avant d’être exilé comme haut fonctionnaire international après 2008, son accession au pouvoir n’aurait pas fondamentalement changé les rouages et les pratiques de l’état gabonais.Assez malhabile, il a d’ailleurs annoncé sa victoire avant même d’attendre les résultats officiels. Ses partisans se sont aussitôt lancé dans les violences qui ont fait craindre le pire. Ils ont malgré eux renforcé l’image d’un Ali Bongo garant de l’ordre et de la stabilité. Tandis que Jean Ping perdait ses qualités d’opposant pacifique.

Hollande: l’homme est nu

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Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg. Sipa. Numéro de reportage : 00691077_000001.
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Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg. Sipa. Numéro de reportage : 00691077_000001.

Connaît-on un seul président dont les principaux ministres ont démissionné les uns après les autres avant de se présenter contre lui à l’élection présidentielle ? Ne cherchez pas ! Vous ne trouverez pas. François Hollande est bien le premier à se trouver dans cette situation. Ses alliés politiques se sont tous, ou presque, retournés contre lui. Qui lui reste fidèle ? Cazeneuve, Le Drian, Sapin, Le Fol, éventuellement Vallaud-Belkacem. On ne sait même pas ce qu’en pense Ségolène Royal.

Le premier secrétaire du PS à l’Elysée

En 2011, François Hollande avait gagné le second tour de la primaire socialiste grâce au soutien d’Arnaud Montebourg. Si le candidat de la démondialisation avait opté pour Martine Aubry, l’issue du scrutin aurait été bien incertaine. Il s’agissait d’une alliance politique, « la fameuse alliance des contraires » dont les exemples jalonnent l’histoire politique. Montebourg a décroché le ministère qu’il voulait, mais le Président lui avait confié un couteau sans manche. Hollande n’avait aucune intention de tenir compte de l’avis de son allié, sinon pour se débarrasser de Jean-Marc Ayrault. Mais sur le fond, nada. Tout Hollande est là, derrière le président  perce toujours le premier secrétaire du PS. D’ailleurs, lors de cette fameuse fête de la rose de Frangy de 2014, ce n’est pas le discours-réquisitoire de Montebourg contre l’Union européenne et l’Allemagne, mais bien la foucade de ce dernier, cette promesse de lui « envoyer de la cuvée du redressement », lancée à la cantonade au milieu des journalistes, qui a provoqué le divorce. Critiquer impitoyablement ma politique, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre, comme dirait un autre Corrézien célèbre, mais me traiter d’impuissant devant la France entière, ça non ! Quand l’égo du petit bonhomme prend le pas sur l’homme d’Etat… Sur le coup, Hollande n’a pas perdu un seul ministre mais trois. Aurélie Filipetti et Benoît Hamon, la première bon gré, le second mal gré, avaient dû suivre.

En nommant Manuel Valls à Matignon, François Hollande avait aussi perdu Cécile Duflot, ce qui n’était pas si grave, mais avec la proposition de constitutionnaliser la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme, il finira par perdre aussi l’icône Christiane Taubira. Enfin, le Président aurait rompu sur une question régalienne, faisant passer la patrie avant toute considération tactique, et perdant ainsi une personnalité emblématique de son quinquennat sur l’autel de l’intérêt général ? On pourrait le dire si le projet avait été mené à son terme. Or, c’est précisément après avoir perdu sa ministre qu’il a fini par y renoncer, faisant piteusement porter la responsabilité de son échec sur la droite sénatoriale, qui soutenait pourtant le projet présidentiel d’origine. Tout ça pour ça…

Son fils prodigue l’a trahi

Et puis, il y a eu Emmanuel Macron. Macron qu’il aimait. Macron qu’il chérissait. Macron qu’il admirait. Macron qu’il avait fait. Il devait être son allié dans le jeu à trois face à Manuel Valls. Mais la créature lui a échappé. Un remake pitoyable de « Frankenstein ». Macron qui apprend à connaître son mentor et qui comprend que celui qui l’a nommé est toujours un premier secrétaire du PS, cherchant synthèses et compromis boiteux. Macron qui comprend aussi que cet homme ne sera pas réélu, ne pourra sans doute pas être candidat à sa succession tant il est rejeté dans le pays. Et Macron qui se met à son compte, persuadé qu’il est meilleur, mesurant peut-être aussi que ce n’est pas bien difficile, finalement.

Duflot candidate à la primaire EELV, Hamon candidat à la primaire de la « Belle alliance populaire », invention brevetée par le duo Hollande-Cambadélis. Taubira qui se tâte. Montebourg, candidat à la présidentielle – à travers la primaire seulement si elle n’est pas organisée par le duo Hollande-Cambadélis (on le comprend !). Macron quasiment candidat à la présidentielle, directement. Tous candidats contre lui. Du côté de Matignon, Manuel Valls le soutient comme la corde soutient le pendu, rêvant à sa candidature en cas d’impossibilité de candidature hollandienne. Quand Emmanuel Macron est parti, François Hollande aurait pu faire monter le jeune espoir Mathias Fekl au ministère de l’Economie. Son profil aurait pu permettre d’embêter à la fois Arnaud Montebourg, dont le ministre du Commerce extérieur qui refuse le TAFTA se rapproche idéologiquement, et Emmanuel Macron sur le créneau de la jeunesse. Mais il a préféré tout donner au fidèle Sapin. Petit joueur, le Président ? Peut-être seulement prudent. Qui sait si Fekl au moment décisif n’aurait pas fini par le lâcher à son tour, faisant revivre à Bercy le proverbe « jamais deux sans trois » ?

On ne peut même pas évoquer le Roi qui est nu. Car roi, monarque républicain, l’a-t-il été seulement un seul jour ? C’est seulement d’un homme nu dont il s’agit. Un homme nu qui cache ses attributs avec ses mains, sous le regard d’un peuple entier. Que peut-il inspirer sinon le rire et/ou la pitié ?

Alain Finkielkraut : «Le burkini est un drapeau»

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D’après l’auteur de L’identité malheureuse, alors que le bikini symbolise la libération sexuelle des sociétés individualistes occidentales, la burqa est un vêtement « holiste » incarnant la primauté de la collectivité sur l’individu, en l’occurrence la femme. Face aux cris d’orfraie de la presse anglo-saxonne ayant tiré à boulets rouges sur les arrêtés ant-burkini de l’été, Alain Finkielkraut préconise la fermeté.

À l’exception notable de Manuel Valls, constant adversaire du voile islamique et du burkini, le Parti socialiste s’est illustré par son discours lénifiant, au point que les Américains semblent « devenus le surmoi de la gauche française ». Et l’idéologie multiculturelle a gagné jusqu’aux plus hautes juridictions, comme l’atteste la décision du Conseil d’Etat invalidant l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet, alors même qu’il aurait fallu en appeler au respect l’ordre public. Paradoxalement, ce sont les hérauts du vivre-ensemble et du métissage qui défendent le plus ardemment ce vecteur de la séparation entre les religions.

Quant à la chevauchée fantastique d’Emmanuel Macron vers la présidentielle, elle laisse l’Académicien de marbre. À quoi bon se faire le chantre du progressisme à l’heure où le conservatisme est unanimement conspué par la classe politique ? L’économisme de l’ancien jeune ministre n’annonce rien de bon…