La messe est dite si on en croit Michel Onfray, et l’Occident judéo-chrétien dont la mort est programmée par ses ennemis autant que par ses propres lâchetés n’aurait plus qu’à « sombrer avec élégance ». En est-il même encore capable ? Embarqués sur ce Titanic qu’est Décadence, deuxième volet d’une Brève Encyclopédie du monde (rien que ça !) commencée avec Cosmos, les passagers que nous sommes peuvent néanmoins agrémenter leur traversée de ces 600 pages, qu’ils pressentent fatale, en regardant le très long métrage qui leur est projeté : une sorte de péplum historico-philosophique qui leur explique, non pas comment utiliser leur gilet de sauvetage ou s’entraider dans cette catastrophe collective, mais pourquoi ils vont nécessairement périr dans ce naufrage.


jacques brel-avec élégance

Tant pis pour eux d’ailleurs, qui n’avaient qu’à pas devenir chrétiens il y a deux mille ans et qui sont aujourd’hui acculés, faudrait-il ajouter, à devoir choisir entre deux maux : bafouer leurs principes en recourant à la force brutale afin de sauver la civilisation judéo-chrétienne qui prend l’eau, ou contribuer par excès d’humanisme au « déclin de la force vitale » qu’annonçait il y a plus d’un siècle Nietzsche, voyant dans cet épuisement la fatalité propre au nihilisme. Ces passagers peuvent d’autant moins compter sur l’ultime satisfaction de voir leurs ennemis se noyer avant eux qu’ils ignorent si l’ennemi est à bord ou commandite de l’extérieur le naufrage. C’est en tout cas une autre « fable » que celle rapportée par Hans Blumenberg dans Le souci traverse le fleuve que relate Onfray dans cette épopée qu’on ne peut dire « apocalyptique » puisque aucune révélation finale n’en résultera.

Pourquoi l’humanisme épicurien n’a-t-il pas réussi à fonder une civilisation puissante et joyeuse?

Voici bel et bien venu le temps de l’« apocalypse sans royaume » dont parlait Günther Anders (Le Temps de la fin), même si c’est moins une catastrophe nucléaire qu’il faut désormais redouter qu’un effondrement intérieur dont l’élan entropique remonterait selon Onfray à

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est philosophe et essayiste, professeur émérite de philosophie des est philosophe et essayiste, professeur émérite de philosophie des religions à la Sorbonne. Dernier ouvrage paru : Antonin Artaud, ou la fidélité à l’infini, Pierre-Guillaume de Roux, 2014.