Ils ont descendu les Champs-Elysées, parapluie contre parapluie. En ce jour de commémoration de la Victoire, ils se voulaient barrage contre l’Histoire mondiale qui gronde. Pendant que la patrouille de France déployait sa traîne bleu blanc rouge, le président Macron a ranimé la flamme du soldat inconnu. Moment toujours émouvant. N’eût été les deux torses de Femen trouant de leur blancheur à l’encre noire le rideau de pluie sous les arbres roussis, la mise en scène était parfaite. Comme l’avaient été, dans l’Est de la France, ces jours derniers, les autres célébrations de cette marche de la mémoire.

Le petit théâtre de la paix

Belle parade pour une Europe défunte. Quatre-vingt chefs d’Etat. Mais sans la Pologne, à peine May et Trump, l’intermittent du spectacle. « Les morts dorment en paix dans le sein de la terre », a dit le poète. Une commémoration ne doit pas être un cliché. La mémoire est performative. La flamme du soldat inconnu est à percevoir à l’horizon : le monde se réarme partout et il y a, dans notre République, des territoires perdus.

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Cette commémoration rappelait des scènes nationales récentes depuis l’Hymne à la joie, le soir de l’élection, aux Grandes eaux de Versailles, en passant par le discours de la Sorbonne sur l’Europe déchirée. A chaque fois, ces scènes de théâtre contrastent avec la réalité : Trump et son America first qui ne va pas au forum de la paix ; feu le couple franco-allemand. La semaine dernière, à l’Arc de Triomphe, le Tzar de toutes les Russies, arrivé en retard, a quitté le théâtre, à la russe. Le président tel Jeanne d’Arc, avait déroulé son discours, les yeux au ciel et sur la terre.

Trump, voilà l’ennemi ?

Tout chef d’Etat a un rapport singulier avec l’Histoire. Mais s’inscrire dans l’histoire, ce n’est pas resservir des soupes refroidies des années trente et du nationalisme sauce populiste. Macron décalque les dangers auxquels nous sommes confrontés sur ceux du passé et joue un pacifisme anxiogène qui reste en travers de l’Europe face à l’islamisme, l’immigration, l’insécurité, le mondialisme, la pauvreté. Le « patriotisme est le contraire du nationalisme » ? Et vice versa. Tir de mots sans effet auxquels fait opposition, jour après jour, l’Europe des peuples retranchés.

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L’Europe, en miettes, n’avance pas au même pas. L’Europe serait menacée au point de créer une armée européenne ? Disons pourquoi et par qui précisément. Ce n’est pas en conjurant les « passions tristes » qu’on dégoupille des bombes réelles. Les voix des peuples s’élèvent partout en Europe. Dans les églises, on fait du saute-mouton sur le réel au profit d’un vivre ensemble délétère alors qu’une remise en question de la loi de 1905 se profile à l’horizon. Ce n’est pas l’absence de Trump au forum de la paix qui fait peur mais l’Europe déconstruite, le multinationalisme tous azimuts, les guerres inutiles des sexes, des coeurs, des moeurs, l’antisémitisme, la lutte démultipliée des gras contre les maigres.

Après le boléro, entendons murmurer le chant du départ: « Ami, entends-tu le cri sourd des Français dans la plaine »…

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