Le film de Thomas Vinterberg au casting royal, inspiré de l’histoire tragique du sous-marin russe, Kursk, n’est pas aussi mauvais que veut bien le dire la critique française.


Avec Kursk sorti dans les salles obscures le 7 novembre, les amateurs inconditionnels de films tels que K-19 : Le Piège des profondeurs de Kathryn Bigelow (2002), A la poursuite d’Octobre rouge de John McTiernan (1990) ou Das Boot de Wolfgang Petersen (1982), seront satisfaits de pouvoir enfin assister à une  reconstitution au cinéma de faits réels de l’histoire navale survenus dans l’après-guerre froide. Le film du réalisateur danois, Thomas Vinterberg, relate la tragédie des 118 membres de l’équipage d’un sous-marin russe de la flotte du Nord qui, lors d’un exercice de la marine de la Fédération de Russie, en août 2000, fit naufrage en mer de Barents.

Histoire d’une tragédie

Après l’explosion d’une torpille à l’avant de l’immense navire de 154 mètres de long, 23 survivants regroupés à l’arrière luttèrent pour leur survie en attendant d’être secourus. Malheureusement, en raison d’hésitations et de lenteurs liées à des considérations politico-militaires (frictions Est-Ouest ; refus de l’aide occidentale, en premier lieu britannique, par les autorités russes ; état déliquescent des matériels des forces armées russes dans les années 2000…), dépassant largement le cadre du sauvetage en mer, les marins périrent tous. A terre, leurs familles furent systématiquement désinformées avant d’être complètement abandonnées à leur sort tragique par les autorités. Cette catastrophe souleva à l’époque une vague d’indignation, tant en Russie que dans le reste du monde.

Produit par le magnat Luc Besson, par le biais de sa société EuropaCorp (à l’origine de nombreux films français à succès au box-office international tels que Lucy), le film a disposé d’un budget de 40 millions de dollars. Cette somme fut manifestement nécessaire, attendu que le tournage mobilisa des moyens conséquents. Des scènes ont été tournées dans les rades des deux plus grands ports militaires français : Toulon et Brest, mais également à l’intérieur-même du Redoutable, le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) construit en France et aujourd’hui désarmé, dénucléarisé et exposé à la Cité de la Mer à Cherbourg. Pour reconstituer l’environnement de Mourmansk et de la base navale de Vidayevo, port d’attache du Kursk, il aura fallu que les équipes se déplacent jusqu’en Roumanie et filment des barres de HLM grises dans une ville côtière…

Casting royal, accueil glacial

L’amiral britannique David Russell, qui était en charge de la coordination des efforts britanniques de sauvetage du Kursk en 2000, a lui-même été conseiller sur le tournage, de même que l’ont été le journaliste Robert Moore dont le best-seller A Time To Die a inspiré le film et l’expert international en sous-marins Martin Ramsey. Le scénariste n’est autre que l’Américain Robert Rodat, auteur du scénario du film Il faut sauver le soldat Ryan.

Malgré une distribution de rêve incarnée par les acteurs Colin Firth (Le Patient anglais, Shakespeare in Love, Le Discours d’un Roi), Léa Seydoux (La Vie d’Adèle, Inglorious Basterds), Matthias Schoenaerts (De Rouille et d’Os, Suite française), ainsi que Max von Sydow (Le Septième Sceau, Les Trois jours du Condor, Pelle Le Conquérant), la critique française, qui s’attendait semble-t-il à un techno-thriller haletant, ne semble pas avoir été séduite par le caractère également intimiste de cette épopée tragique des marins du Kursk. Par contraste, la critique cinématographique anglo-saxonne est bien mieux disposée. Le quotidien britannique The Guardian donne une note de 4 sur 5 à cette « oeuvre habile » dont « émanent à la fois la tristesse et la rage » tandis que le Hollywood Reporter évoque « un film d’action efficace ».

Un film d’actualité

Il est évident que le film est forcément manichéen au vu du sujet traité. Par ailleurs, le fait que les acteurs soient tous occidentaux et non-slaves – à l’exception d’un jeune acteur russe dans le rôle du fils du héros – ne contribue pas à rendre plus réaliste cette reconstitution d’un drame. Kursk reste néanmoins un film poignant qui, en ces temps incertains et troublés, conduit à nous interroger sur notre relation, en tant qu’Occidentaux, non seulement avec notre grand voisin de l’Est d’une manière générale, mais également, au sein de nos démocraties libérales, sur notre relation en tant que simples citoyens avec le pouvoir en place, au cas où une catastrophe similaire se produirait pour nos propres marins.

Il ne s’agit malheureusement pas d’une perspective lointaine et irréaliste. En effet, le 17 novembre 2018, après une année de recherches, l’épave du sous-marin argentin San Juan a été retrouvée au large des côtes du pays gisant par 800 mètres de fond avec ses 44 membres d’équipage. Parti de Mar del Plata, il aurait implosé à 400 mètres de profondeur. L’enquête se poursuit. Les familles des disparus, tout comme celles des marins du Kursk, ont mis en cause la maintenance du sous-marin construit dans les années 1980 et les risques pour l’équipage.

Lire la suite