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Entre Macron et EDF, il y a de l’électricité dans l’air…

Entre Macron et EDF, il y a de l’électricité dans l’air…
Le président Macron à Marcoussis, 8 septembre 2022 © Eliot Blondet/POOL/SIPA

Et c’est le président de la République qui est court-circuité.


À moins d’être totalement insouciant voire inconscient, vous n’ignorez pas que « nous sommes en guerre », notre Effrayant de la République n’a de cesse de nous le rappeler avec solennité. Quel que soit le discours qu’il prononce, la narine du télévangéliste frémit, ses mains, en des gestes qui se veulent expressifs ponctuent ses graves paroles comme pour donner mieux à voir le malheur tout prêt à s’abattre. « En guerre » : contre un virus, contre l’inflation, contre le réchauffement climatique… Peu importe la cause pourvu qu’on ait la guerre. 

Prince des flammes, t’as la queue qui crame !

La dernière des « guerres » dans laquelle s’est engagé notre Valeureux de la République a pour but de réduire la gabegie énergétique des Français. Et c’est dans le cadre solennel d’une conférence de presse qu’Emmanuel Macron vient de chercher à se dédouaner de toute responsabilité quant à la précarité de la situation énergétique du pays. Nous ne sommes pas sûrs du tout qu’il ait convaincu les Gaulois réfractaires. Quant à son accès de colère contre Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, on en a plutôt souri, tant il nous a semblé aussi puéril que surjoué.

M. Lévy, rappelons-le, a récemment souligné habilement, sans jamais le nommer, la responsabilité du président dans la crise énergétique qui se profile. Ainsi, il a d’emblée rendu peu crédibles les solutions que pourrait proposer Emmanuel Macron pour sortir le pays de cette ornière. Le président est victime comme le dit si bien Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, dans ses Mémoires du « sort des gens qui veulent assembler les contradictions en contentant tout le monde. » Or, « les peuples sont las quelques temps devant que de s’apercevoir qu’ils le sont » a encore affirmé le cardinal de Retz, toujours dans ses Mémoires. Gageons que nous y sommes. À ce propos, comme nous avons aussi d’autres références que littéraires, il nous semble opportun de citer ici la réplique de Diego à Sid le paresseux dans L’âge de glace : « Prince des flammes, t’as la queue qui crame ! » Autrement dit, ça sent le roussi pour notre Flamboyant.

Précisons. Jean-Bernard Lévy, polytechnicien de 67 ans, passé dans les cabinets ministériels, PDG de Thales, de Matra Communication, président du directoire de Vivendi et à la tête d’EDF depuis huit ans, aurait atteint en mars 2023 la limite d’âge pour diriger une grande entreprise publique. C’est pourquoi, en juillet dernier, il a décidé, en accord avec l’État, d’accélérer le processus de sa succession. 

Mais, libre, voilà qu’il en profite pour régler ses comptes avec le gouvernement. Le 9 août, il a porté plainte contre l’État, son principal actionnaire, réclamant 8 milliards d’euros pour compenser l’obligation qu’a eu EDF de distribuer de l’électricité à bas coût à ses concurrents. Il vient également d’expliquer pourquoi, selon lui, autant de centrales nucléaires sont à l’arrêt : « C’est tout simple, c’est la faute de la stratégie du gouvernement. On nous a dit : préparez-vous à fermer les centrales. Donc on n’a plus embauché de gens capables de construire des centrales, mais on a embauché des gens capables de les fermer. »

Il y avait par conséquent urgence pour Emmanuel Macron d’endosser le rôle de celui qui allait nous sortir du bourbier énergétique dans lequel nous pataugeons. Bourbier dans lequel il aurait contribué à nous plonger. Il s’agissait aussi de prévenir les mouvements sociaux qu’on sent bruire. Dans cette perspective, notre Terrorisant a relu Soleil vert écrit par Harry Harrison en 1966 ou, à tout le moins, a revu la formidable adaptation cinématographique de ce roman d’anticipation, réalisée par Richard Fleischer en 1974 et qui se passe en… 2022. Dans le film, les océans sont mourants. La canicule, présente toute l’année en raison de l’effet de serre, a provoqué l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, la pauvreté et la surpopulation. On encourage l’euthanasie volontaire. Dans le roman, aux accents prophétiques, on peut lire : « Le charbon était censé durer des siècles ; on l’a surexploité pour le chauffage des masses. Et le pétrole, il en reste si peu qu’on ne peut même plus s’en servir de combustible, il faut le transformer en produits chimiques et plastiques, toutes ces saloperies. Et les fleuves, qui les a pollués ? L’eau, qui l’a bue ? La couche arable qui l’a épuisée ? Tout a été englouti, utilisé, consumé. » De quoi, donc, largement inspirer notre Lisant.

Le spectre de la coercition

Silencieux ou presque depuis le 14 juillet quand il a demandé au pays de « se préparer à un scénario où il nous faudrait nous passer du gaz russe », Emmanuel Macron, qui ne manque jamais des mots pour le dire, a sommé les Français de se préparer au pire, à savoir une coupure totale des approvisionnements en gaz conjuguée à un hiver rigoureux. Auquel cas, le pays devrait se résoudre à des « rationnements ». 

Qu’on se rassure, notre homme providentiel a la solution pour éviter d’en arriver à cette extrémité.  « La solution est dans nos mains. » a assuré notre Chef de guerre, appelant « à changer les comportements » comme par exemple « mettre la climatisation un peu moins fort » et « le chauffage un peu moins fort que d’habitude. » Ainsi a parlé notre Contraignant de la République, agitant le spectre de la coercition pour s’assurer, comme il le fit lors de la crise sanitaire, la docilité du peuple. 

Il en a également profité opportunément pour régler son compte à Jean-Bernard Lévy qui contribue, nous l’avons vu, à décrédibiliser l’action du gouvernement quant au nucléaire : « Il est inacceptable que des gens qui ont eu la responsabilité de la maintenance du parc de centrales installées disent avoir manqué de visibilité. Nous avons décalé (…) la fermeture des centrales initialement prévue et redonné de la visibilité à la filière. Chacun à sa place doit prendre ses responsabilités. Les travaux de maintenance du parc existant ne sont en rien conditionnées par les décisions sur le nouveau nucléaire que j’ai prises, il est vrai, en fin de mandat. Qui pourrait penser qu’un pays doté d’un tel parc de réacteurs puisse effectuer ses investissements et ses recrutements en fonction d’une commande de nouveau réacteurs ? C’est faux et irresponsable. » 

Pour se défendre de qui oserait penser à son propos, toujours avec le cardinal de Retz, « il faut souvent changer d’opinion pour être toujours de son parti. », notre Ergotant de la République est allé jusqu’à rappeler qu’il avait convaincu son ancien ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, au début du précédent quinquennat, de reporter de dix ans l’objectif d’amener à 50 % la part du nucléaire dans le mix énergétique. « Ceux qui accusent aujourd’hui le président d’impréparation sont les mêmes que ceux qui l’accusaient d’avoir fait avaler des couleuvres à Nicolas Hulot pour protéger la filière nucléaire », fait valoir un familier du palais. Prions pour que les dubitatifs de tout poil n’envisagent pas d’aller se réchauffer dans la rue, cet automne.


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est professeur de Lettres modernes

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