Les premiers opposants à l’URSS libérale que Macron nous vend ne sont pas forcément ceux que l’on croit…


On pourrait commenter ici l’effondrement de la Macronie, la révélation plus rapide que prévu qu’elle est peuplée de ravis de la crèche libérale et/ou de troisièmes couteaux des anciens partis de gouvernements qui ont vu l’occasion d’un destin qui tardait, de technocrates-lobbyistes qui ont pris des ministères intéressant le secteur d’activité de leurs maîtres (Défense, Travail, Education, Agriculture, Santé). Collomb compris d’ailleurs, dont Mitterrand ou Hollande n’ont jamais voulu, et qu’on nous a survendu en seul homme d’Etat ou presque de l’actuel équipe, c’est dire où ils en sont rendus.

Une cour mérovingienne sans prise sur les événements

Oui, on pourrait commenter mais ce qui a changé, désormais, c’est qu’on s’en fout. L’âge, sans doute. La lassitude, sûrement. La certitude, aussi, que ce pouvoir comme les précédents, dans un mélange de cynisme, d’indifférence et d’incompétence, se révèle incapable de penser l’effondrement écologique en cours et la fin inéluctable et plus rapide que prévue de ce monde-là et peut-être du monde tout court.

Alors le ridicule politique de cette cour mérovingienne sans prise sur les événements, oui, on s’en fout.

De toute manière, le pouvoir actuel, derrière son impéritie guignolesque, prend le soin de choisir son premier opposant, le plus pratique, aussi nul que lui mais en plus mal vu par les médias: le RN (ex-FN). Tout cela, histoire de continuer à enfermer l’électeur dans un choix impossible, dans les deux mâchoires du même piège à con, selon l’admirable formule du grand Jean-Patrick Manchette dans Nada.

Inefficacité à gauche

Et la gauche, alors, je veux dire la vraie ? Elle ne nous fait pas très envie, à vrai dire, ces temps-ci: caudillisme rouge chez les uns, scissiparité suicidaire chez les autres, inefficacité pour tous.

S’opposer, d’accord, mais avec qui ? Pourquoi pas avec ces opposants réels que sont Bartleby et Oblomov, qui nous donnent les seules armes pour résister à ces jeunes avantageux  hyperactifs qui ont oublié de prendre leur Ritaline et qui peuplent, à tous les niveaux, la Macronie, cette start-up dont on peut penser, comme 95% des start-up, qu’elle repose sur une idée apparemment neuve et en fait très démodée (le libéralisme qui ne marche nulle part), sur une appli déjà obsolète à peine sur le marché et donc qu’elle va faire faillite.

Oui, pour se reposer et oublier tous ces agités du bocal, rallions-nous à Bartleby et Oblomov, nos seuls amis, les anti-héros de Melville et de Gontcharov, extrêmement angoissants pour tous les pouvoirs parce qu’ils se dérobent, ils refusent de jouer, ils font sécession en douceur.

Vive l’URSS libérale !

« Je préfèrerais ne pas » comme dit Bartleby qui inquiète bien son patron avec cette attitude: « L’idée me vint que Bartleby pourrait bien atteindre un âge avancé, continuer à occuper mes locaux et défier mon autorité, plonger mes visiteurs dans la perplexité, exposer au scandale ma réputation professionnelle, jeter une ombre sur mes bureaux, vivre le plus longtemps possible sur ses économies. » Oui, « je préfèrerais ne pas » : le seul slogan viable du moment devant les « réformes », ce nouveau nom des régressions sociales. Quant à Oblomov, il nous plaît de savoir que sous le régime soviétique, on pouvait être trainé devant les tribunaux pour « oblomovisme », c’est à dire pour un délit qui recouvrait un mélange de paresse et de désintérêt vis-à-vis de la glorieuse révolution en cours. Et qu’est-ce que la Macronie, sinon une URSS libérale où l’on prétend, à l’aide de médias aux ordres et d’une propagande incessante, contre toute évidence, que le système est indépassable, que la situation de tous s’améliore, que ceux qui ne le croient pas, appartiennent à l’ancien monde.

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Alors, oui, ce cher Oblomov a la seule attitude qui convienne par les temps qui courent et nous allons nous empresser d’adopter: « A peine sorti de son lit, le matin, le voilà qui se couche sur son divan, se pose la main sur le front et réfléchit, réfléchit, jusqu’à ce que, épuisé par ce pénible travail, il murmure, en toute bonne conscience : ‘Assez peiné aujourd’hui pour le bien commun !’. »

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