Il semble qu’on perde de vue, aujourd’hui, une certaine idée du luxe, sous l’influence néfaste de deux puritanismes. Pour faire sommaire, il existe des puritains de gauche pour lesquels la Beauté même a toujours été vaguement suspecte ; et des puritains de droite qui prétendent que le luxe récompense le mérite personnel, mais n’obéit pas à une vocation supérieure. Les seconds devraient se voir interdire de posséder quoi que ce soit, et les premiers être déclarés ennemis du genre humain. Ces deux visions restreintes ne sont au fond qu’un même blasphème contre l’indispensable éclat de la pompe et de la pourpre.

La laideur des architectures communistes nous l’a suffisamment démontré : il semble que, pour les utopistes égalitaires, toute forme de Beauté soit une insulte au prolétariat et, au nom d’une morale étriquée, ceux-là se sont mis à craindre l’expression de tout luxe comme les chrétiens doloristes suspectaient Satan derrière chaque bonheur humain. La haute culture elle-même, dite « bourgeoise » par de nombreux marxistes, n’apparaissait plus ainsi comme une voie d’élévation personnelle, mais comme une frivolité coupable, un marqueur de caste, un moyen d’oppression parmi d’autres. Finalement, ces idéologies défendent, au nom d’une égalité abstraite, les moyens concrets de la survie animale, autrement dit la possibilité, pour une espèce, de se perpétuer intégralement au sein de blockhaus uniformes. Au prix de la dignité de l’homme, car la dignité de l’homme est un poème au sujet du crépuscule, ou les plumes chatoyantes hérissées sur le crâne d’un guerrier cherokee. Et aussi, sans doute, l’aptitude à verser son sang pour des principes supérieurs.

*Photo : twm1340.

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