Loi Macron, la grande peur de la gauche

Loi Macron, la grande peur de la gauche

macron travail dimanche

La loi Macron n’a pas fini de faire parler d’elle. Elle intrigue, enflamme ou encourage, fait grincer des dents, ricaner ou flairer un enfumage supplémentaire. La partie s’annonce serrée, les coups de hache ne pourront être évités sur ce projet qui veut tout faire, ne fera probablement rien et qui recueille au choix éloges ou sarcasmes bien au-delà de chez nous… Si le projet est dans les clous de ce que proposait Jacques Attali au Président Sarkozy -libérer de la croissance- : dans sa version finale, il manquera très certainement d’audace.

Le gouvernement  ne peut anticiper précisément ce que donnera cette loi caddie dans les faits, et ce pour de multiples raisons, cependant il nous donne d’ores et déjà rendez-vous mi-2015 pour en constater les bienfaits… Ça ne mange pas de pain !

Oh les habiles calculateurs ! Si l’on prête un peu l’oreille aux milieux financiers, on entend, une fois n’est pas coutume,  une petite musique positive… L’effet conjugué de la baisse de l’euro et du prix du pétrole, pourraient bien nous envoyer quelques bonnes nouvelles. Mais leurs conséquences ne sont pas immédiates : le poids des entraves économiques, que la loi de notre chouchou transversal  est supposée alléger, est encore trop lourd et diffère de 5 à 6 mois les effets positifs escomptés…

Bref, quand arrivera enfin cette brise libératrice venue d’ailleurs, il n’est pas certain que les Français accepteront de prendre des vessies pour des lanternes, autrement dit, qu’ils attribueront tout seul le bénéfice de cette conjoncture macro-économique à la loi économique Macron. Il faut donc commencer dès maintenant un bourrage de crâne par anticipation. Si le travail est habilement mené, il sera alors tout naturel, quand quelques points de croissance –après la virgule- viendront surprendre les français qui ne les attendent plus, d’en attribuer les mérites à cette loi miracle… Abracadabra !

Pour la « croissance et l’activité », la loi Macron,  c’est une centaine de propositions qui touchent les professions réglementées, l’épargne salariale, les transports, le permis de conduire,  la grande distribution, les prud’hommes ou les sociétés d’autoroutes et les retraites chapeaux, entre autres. « Lever des freins, investir et travailler » en sont la colonne vertébrale. Et pour ce faire,  simplifions : l’accès aux professions juridiques réglementées, par exemple, en permettant d’augmenter le nombre d’officines, d’associer les différentes spécialités et de baisser les tarifs pratiqués. Libérer le transport par bus à travers la France, baisser les délais et le coût du permis de conduire, contrôler et ajuster les tarifs autoroutiers poursuivent le même objectif.  Attirer les investisseurs étrangers en renonçant au délit d’entrave qui faisait figure d’épouvantail. Réforme des prud’hommes, spécialisation des tribunaux de commerce pour gagner en rapidité. D’autres mesures doivent faciliter l’épargne salariale. Pour le commerce, le texte envisage d’élargir les ouvertures du dimanche et d’intervenir dans les situations où la concurrence est mise à mal. Un inventaire à la Prévert qui prévoit un saupoudrage de simplifications, mâtiné d’un peu de contrôle. Mais rien finalement, ou si peu, sur notre obèse code du travail.

Quoi qu’il en soit, il faudrait déjà la voter, cette loi. Mais au lieu de faire de la pédagogie pour effacer l’image désastreuse du premier porteur du projet –souvenez-vous : Montebourg en croisade contre quiconque a l’outrecuidance de gagner sa vie- et d’expliquer clairement aux intéressés en quoi consistent les mesures proposées, c’est un message purement politique que délivrent de conserve Emmanuel et Manuel.  Sentant venir les réticences de son propre camp, Emmanuel Macron a cru nécessaire de rappeler qu’il s’agissait bien d’une loi de gauche : comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement puisqu’il s’agit d’une loi de progrès et de liberté ?

Au-delà des mouvements de rue qu’entraînent divers points du projet, les réactions les plus vives se cristallisent sur un point de détail. Le travail du dimanche ou la question d’autoriser, dans certaines professions, 7 dimanches travaillés supplémentaires par an. Et cette question divise la France avec autant de vigueur que la présence des crèches dans les lieux publics, l’abandon des notes à l’école, ou les problèmes de filiation. C’est que le dimanche, c’est sacré !

L’ironie de l’histoire est que pour des raisons éthiques, philosophiques, religieuses ou sociales, le « travail du dimanche » rassemble dans une même opposition, toutes les couleurs de l’échiquier politique ou social. De Martine Aubry, à qui n’échappe aucun calcul politique, aux tenants d’une « trêve » hebdomadaire supposée éviter l’extension de la fièvre acheteuse dont notre société est déjà la proie, en passant par les indignés de la régression sociale, chacun a de bonnes raisons de se cabrer sur une telle mesure consumériste. D’autant que les chiffres se contredisent sur les bénéfices attendus.

On dit que la vérité sort de la bouche des enfants… Elle vient aussi parfois d’étrangers qui, vivant en France, en observent les travers avec une distance particulière : « En France on dirait que l’idéologie prend le pas sur la réalité économique » disait récemment l’un d’entre eux.

Peut être, mais c’est une loi de gauche et ça va marcher : c’est le Premier ministre qui l’a dit.

*Photo :  PETIT TESSON-POOL/SIPA. 00699762_000001.


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